Chapitre 22:

Emma se pointa devant l'immense maison de Regina et ouvrit la porte avec le trousseau de clefs qui lui avait été donné. Elle pensa, sans réprimander son sourire au chemin qu'elle avait parcouru depuis son arrivée à Storybrooke. Elle ne pensait plus du tout à New York, à son ancienne brigade, ses anciens collègues, son ancien grade. Elle avait évolué au sein de la police et avait aidé à résoudre des enquêtes assez compliquées et tordues. Elle n'était pas peu fière d'avoir réussi à prouver sa valeur. Quant à Regina, elle était passée de la haine à une sorte d'amitié améliorée, toujours un peu compliquée mais cela avançait plutôt dans le bon sens. Elle pensa au moment où elle lui avait dit que personne ne devait jamais venir chez elle et au moment où elle lui tendit les clefs plus tôt dans la journée. Elle soupira et regarda autour d'elle. Elle s'installa dans le canapé et c'est un peu stressée de ce Regina devait lui dire qu'elle prit son mal en patiente.

19h sonna et Regina ne rentrait toujours pas. Il ne semblait pourtant pas à Emma qu'il était convenu qu'elle rentre tard. Mais après tout, elle tenta de se rassurer en se disant qu'aucune heure n'avait été convenue.

20h puis 21h. Emma saisit son téléphone, elle commençait à s'inquiéter.

«Regina? Tout va bien? Je peux passer un autre soir si tu préfères.»

Elle attendit patiemment la réponse qui ne vint jamais. Au bout d'une demi-heure, Emma perdit son sang froid et retourna en trombe à la mairie, se stationnant à moitié sur la chaussée. A peine le frein à main tirée, elle se précipita dehors avant d'apercevoir une voiture qu'elle connaissait pour avoir croisé son chemin quelques fois; celle de Daniel. Avant d'arriver dans le bureau de Regina, elle buta sur un homme dans les escaliers qui descendait. Elle ne l'avait pas vu et entrepris de s'excuser lorsqu'elle remarqua qu'il s'agissait de l'ex-mari de la femme qu'elle convoitait.

- Vous! Dit-elle simplement.

- Moi? Vous êtes qui, vous? Répondit-il.

- Une amie de Regina.

Il fronça légèrement les sourcils.

- Elle ne vous a jamais mentionnée.

Elle sentait que l'homme qu'elle avait en face d'elle essayait de la piquer.

- Vous n'allez pas la lâcher?

- En quoi ça vous regarde? Ria-t-il.

- Ça me regarde lorsqu'une fois vous avoir mis dehors comme quasiment tous les soirs, elle m'appelle et je dois me déplacer pour lui tenir compagnie parce qu'elle ne se sent pas en sécurité et parce qu'elle est épuisée d'avoir à vous repousser. Vous êtes un harceleur.

- Je ne vous permets pas, vous ne savez pas qui je suis!

- Je sais parfaitement qui vous êtes et je sais parfaitement comment vous fonctionnez également.

Daniel sourit d'une manière provocatrice, ce qui fit monter les nerfs d'Emma. Elle sentait que bientôt, elle ne pourrait plus contenir son calme et elle dirait certainement des choses qu'elle regretterait.

- Et comment je fonctionne, au juste?

- Par corruption.

Le sourire suffisant de Daniel s'effaça quasi systématiquement lorsqu'il entendit ce mot.

- Je ne vois absolument pas de quoi vous voulez parler.

- Je sais très bien ce que vous trafiquez, je connais l'existence de vos comptes étrangers. Je sais beaucoup plus de choses sur vous que vous n'en savez sur moi, Daniel Mills.

- Ne m'obligez pas à devoir utiliser mon réseau pour vous ruiner la vie.

- Ce qui est drôle c'est que vous ne démentez pas mes propos, je ne vous entends que me menacer.

- Vous n'avez aucune preuve.

- Vous êtes sûr? A votre place, je ne prendrai pas ce risque.

Emma s'était lancée dans le bluff, elle avait bien des preuves, mais inutilisables devant un tribunal, malheureusement.

- Vous seriez prête à détruire votre vie et celle d'une famille entière?

La blonde explosa de rire.

- Ma vie, j'en fais mon affaire. En revanche, de quelle famille parlez-vous au juste?

- De ma femme et mon fils.

- Votre ex-femme.

Daniel fronça les sourcils et esquissa un sourire.

- Je vois… Vous êtes amoureuse de ma femme. Je comprends après tout, elle est extrêmement intelligente et séduisante. Il faudrait être fou pour ne pas savoir apprécier.

- Aussi fou que vous? Je pense que vous êtes la seule personne à n'avoir su apprécier sa compagnie. Mais ne changez pas de sujet. Je vais déposer une plainte contre vous, vous êtes juge, vous prononcez des jugements sous corruption. Vous cachez cet argent sale. Vous devez sans doute avoir un bon moyen de le blanchir par la suite…

- Que voulez-vous? Finit-il par dire, agacé et commençant à stresser de la situation.

- Une seule chose. C'est très simple. Vous laissez Regina en paix et vous n'entendrez plus jamais parler de moi.

- Vous voulez rire?

- Vous avez pourtant réussi à la tromper, la quitter et ne plus lui donner de nouvelles depuis quelques années. Pourquoi ce si soudain revirement de situation?

- Cela ne vous concerne pas. Et par ailleurs, elle n'a pas l'air d'être particulièrement en opposition avec la situation. Demandez-lui comment s'est passé ce petit moment en ma compagnie ce soir, et vous verrez.

- Vous mentez!

- Vous ne pouvez pas me donner de leçons. Ne vous aventurez surtout pas sur des chemins sinueux, j'ai bien plus de connaissances que vous le pensez et je n'hésiterais pas à faire appel à ces personnes influentes pour vous détruire avant même que vous n'ayez eu le temps de retirer votre plainte -si plainte il y a-.

- Je n'ai pas peur de vous et comme je vous l'ai dit, je n'ai rien à perdre.

- Vous avez Regina.

Emma serra les poings.

- Regina n'est pas ma propriété privée, elle n'est celle de personne. Désolée de vous annoncer qu'elle n'a jamais été la vôtre non plus.

Daniel éclata de rire et continua à descendre les escaliers jusqu'à ce qu'Emma ne le voie plus. Elle jeta un œil sur son téléphone, un message était arrivé, sans doute durant sa conversation avec Daniel.

«Désolée». C'était tout.

Emma avait conscience et peur que ce message veuille dire beaucoup. Elle finit de monter les marches deux par deux et entra sans s'annoncer dans le bureau de Regina, où une magnifique plaque «Maire de Storybrooke – Madame Regina NOLAN» était disposée sur la porte.

- Regina? Fit-elle simplement en peinant à reprendre son souffle.

- Je suis désolée Emma, j'ai été retenue ici.

- Oui, je sais. Je viens de croiser Daniel, dans le couloir.

La brune soupira et n'en demanda pas plus. Elle semblait épuisée.

- Il m'a fait comprendre que tu t'offrais à lui, de temps en temps.

Silence.

- C'est vrai, Regina?

- Emma, s'il te plait je suis très fatiguée.

La blonde baissa la tête puis sortit de sa poche un enregistreur vocal, contenant l'enregistrement qu'elle venait de prendre il y a quelques instants, dans le couloir, dans lequel se trouvait des aveux à demi-mot concernant les comptes à l'étranger et la corruption. Elle avait eu la brillante idée de l'activer dès qu'elle s'était aperçue qu'elle se trouvait en face de Daniel. Elle rembobina et appuya sur Play, laissant défiler leur conversation. Regina ne dit rien, elle écouta simplement, le regard par la fenêtre. Lorsque l'enregistrement fut terminé, Emma rangea son appareil.

- Tu ne veux toujours pas déposer une plainte?

- Non, Emma. C'est le…

- Père de ton fils oui. Et ton bourreau par la même occasion.

Regina haussa les épaules et observa un silence avant de reprendre.

- Il ment. Il ne s'est rien passé entre nous, ni aujourd'hui ni aucun autre jour hormis la première fois, comme je te l'ai dit.

- Je te crois et tu n'as pas à te justifier auprès de moi.

- Je n'ai plus de justifications à te donner maintenant? Donc tu ne veux rien savoir?

- Euh… Hésita Emma.

- D'accord alors.

- Attends! Dis-moi juste comment il a réagi en voyant la plaque, parce qu'il a dû la voir, sur ta porte, je me trompe?

- Tu ne te trompes pas.

- Alors? S'impatienta la blonde.

- Alors il a mal réagi. Pour lui, c'est une fissure de plus entre nous.

- C'en est une, n'est-ce pas?

- Oui. C'était l'objectif en effet.

Emma réfléchit quelques instants.

- Qu'a-t-il dit? Demanda-t-elle finalement.

- Il n'a rien dit.

- Comment peux-tu dire qu'il a très mal réagi alors?

- Je n'ai aucune envie de parler de ça à quiconque, soupira Regina.

- Tu peux tout me dire, je ne vais jamais te juger. Tu seras toujours la femme la plus forte qu'il m'ait été donnée de rencontrer.

- Rentrons Emma, j'ai à te parler.

- Ah non! Là non! On va pas rentrer. Enfin si, mais après et tu vas me dire maintenant ce que tu as à me dire. Sinon on va encore se prendre la tête sur quelque chose qui n'a rien à voir et on va encore repousser l'échéance. Je suis stressée Regina, je n'en peux plus d'attendre.

- Pourquoi tu es stressée?

- Parce que je ne sais pas ce que tu as à me dire, je ne sais pas si tu comptes me raconter que tu veux plus me voir ou quoi que ce soit.

- Je vois.

Comme Emma ne répondit pas, Regina prit une grande inspiration.

- J'ai immensément réfléchi ces derniers temps.

- A proposde?

- A propos de nous.

La blonde déglutit.

- Nous?

- Oui. J'ai été trop dure avec toi à certains moments. J'avais peur de toi. Ces derniers temps, je me suis rendue compte de ce que tu faisais pour moi et surtout ce que tu étais capable de faire pour moi. Tu me l'as encore prouvé avec ce fameux enregistrement. Je me suis aussi aperçue que tu comptais pour moi…

Emma prit une chaise pour s'assoir, elle commençait à se sentir faible. Au fond d'elle, elle sentait arriver le «mais».

- Mais…

«Le voici» pensa-t-elle.

- Je n'arrive pas à me sentir prête à passer le pas et m'assumer avec toi. Rien à voir avec toi, d'ailleurs, sois en certaine.

- D'accord.

Emma tenta de cacher sa déception, en vain.

- Cependant, j'ai beaucoup réfléchi à ta situation et tes envies à toi, comme tu l'as suggéré à quelques reprises.

- Et tu en as tiré quelle conclusion?

- Je voulais te dire que je suis prête à faire certaine concession pour toi.

Emma respira plus rapidement, ses mains devenaient moites. Elle souhaitait que Regina termine au plus vite sa conversation mais en même temps, elle redoutait ce qu'elle pouvait lui dire. La brune reprit d'elle-même.

- Je me suis décidée à ne plus te traiter de manière hautaine, comme j'ai l'habitude de le faire avec tous les autres. Tu as le droit de me toucher, de m'embrasser comme tu le souhaites. Tu as le droit de venir chez moi quand l'envie t'en prend. Et…

- Et? Insista Emma.

- Et je ne verrai plus personne tant que tu souhaiteras me voir.

- Oh.

La blonde réprima un sourire du mieux qu'elle le put. Certes ce n'était pas un couple mais l'évolution était nette et son cœur battait la chamade.

- Tu as des observations, ou des questions?

- Une multitude, en réalité.

- Je t'écoute.

- Déjà, on a le droit de se montrer affectueuses l'une envers l'autre à n'importe quel endroit?

- Si tu peux éviter un maximum les endroits publics, pas contre toi, simplement je reste Maire de la Commune.

- Je comprends. En fait, il s'agit presque d'un couple mais sans la dénomination?

- C'est un peu ça, oui. Mais je préfère que tu n'utilises pas ce mot.

- C'est noté.

Un léger silence passa.

- J'ai le droit de te dire ce que je pense? Reprit Emma.

- Oui, bien sûr.

- Je te remercie, pour cette évolution. Pour les efforts que tu as produit pour moi. Pour tout en fait. Mais est-ce que cette situation a encore une chance d'évoluer?

- Chaque chose en son temps, non?

- C'est d'accord. Je suis très heureuse, Regina. J'ai aussi le droit de m'exprimer non?

- Oui, ria Regina. Mais tu vois, j'aimerais que tu viennes dormir chez moi ce soir. Avec moi, dans mon lit.

Emma se leva, lui embrassa la joue, signe d'acceptation et lui tira la main.

- On rentre?