Chapitre 26:
Emma fixait le dos de son amie, lorsque son téléphone se mit à sonner. Elle se dépêcha de couper le son et sortit de la pièce pour ne pas réveiller son amie. Lorsqu'elle fut dehors, elle était choquée du nom apparu sur son portable. Regina.
Que lui voulait-elle? Elle hésita à lui répondre avant de se résigner, elle restait tout de même sa supérieure hiérarchique.
- Swan! Dit-elle l'air détaché.
- Bonjour Miss Swan. Je vous contacte pour une raison particulière ce matin. Je suis à la recherche d'effectifs pour cette nuit.
Ton sec, froid. Elle avait l'impression d'être revenue des mois en arrière.
- Et vous vous êtes dit que j'étais le profil parfait?
- A vrai dire non, il me manque juste une personne. Si vous n'êtes pas d'accord j'appellerai la personne suivante sur la liste.
- Je vois.
La réponse était tellement détachée qu'Emma fut surprise de la manière dont Regina pouvait faire semblant que rien ne s'était jamais passé entre elles.
- Je n'ai pas toute la journée, Swan.
- Quelles sont les modalités?
- Un congé ce jour, un congé demain. La nuit démarrera à 19h pour se terminer à 7h, heure à laquelle les premières équipes de jour seront présentes.
- Qui sera présent?
Emma sentait que ses questions faisaient l'effet d'une irritation particulière auprès de la brune, mais elle n'en avait plus rien à faire.
- Vous vous croyez en colonie de vacances?
- Pardonnez-moi de me renseigner sur la question.
Elle l'entendit soupirer bruyamment.
- En dehors de l'équipe de nuit habituelle, nous avons Miss Lucas, M. Flynn, M. Humbert, M. Hopper, moi en supervision au poste et vous, si vous me faites l'honneur d'une réponse.
Le fait qu'elle soit présente la dérangeait quelque peu, mais elle fit mine de ne pas avoir entendu cette partie de la phrase.
- Ok alors.
- Parfait, alors à ce soir.
Elle raccrocha avant même d'avoir eu de retour. Elle ragea un peu en verrouillant son téléphone quand elle sentit des bras l'enlacer par derrière.
- C'était qui? Demanda la voie à peine éveillée de Tamara.
- Euh… Dit-elle gênée en s'extirpant un peu de son étreinte. Ma patronne.
- La fameuse Regina?
- C'est ça, des heures supplémentaires à faire au boulot.
Maintenant qu'elle avait décuvé, elle ne voulait plus franchement avoir la compagnie plus qu'amicale de Tamara, mais elle n'osa pas lui faire de peine, celle-ci ayant l'air d'avoir un avis plus que tranché sur la question.
- Tu me feras visiter ton poste de police avant que je rentre à New York?
Emma soupira de soulagement. Elle avait au moins l'intention de rentrer.
- Okay!
- Génial. J'ai quelques courses à faire, à plus!
Elle l'embrassa rapidement et récupéra son sac à main resté sur la table avant de s'enfuir.
«Mais dans quel bordel tu es encore» pensa Emma. Sa manière de l'embrasser lui avait prouvé qu'elle souhaitait plus qu'un simple plan d'un soir, ce qui n'était pas au gout de la blonde. Elle retourna se coucher, il fallait qu'elle soit en forme pour sa prochaine nuit qui ne serait pas de tout repos.
- Très bien! Dit Regina devant une grosse partie de son équipe de jour. Je laisse la parole à M. Morris, qui va vous expliquer la situation.
- Merci madame le Maire.
Emma observait la scène mais surtout sa supérieure. Pourquoi fallait-il qu'elle l'appelle, elle? Elle n'avait certainement plus beaucoup de volontaires, puisque son frère n'avait visiblement pas pu se libérer. Elle se décida cependant à écouter les consignes et le dossier du violeur de bâtiments communaux. Une fois qu'il eut attribué un quartier à chacun des nouveaux pour leur patrouille nocturne en voiture, il leur prodigua un ultime conseil:
- Faites-vous très discret! Cela fait quelques semaines que nous lui courrons après et qu'il a réussi à nous échapper. Cette personne est très maligne. Merci à vous. Nous démarrerons les rondes dans 1 heure. En attendant, je suis à votre disposition pour toute question.
Il détourna les yeux vers Regina, ce qui n'échappa pas à Emma. Notamment parce qu'il lui dévorait les jambes du regard. Elle bouillonna de l'intérieur lorsqu'il le vit toquer au bureau dans lequel la brune s'était déjà enfermée. Il pénétra dedans et n'en ressorti que 15 minutes plus tard.
«Cela suffit pour un homme» observa Emma, dévorée par la jalousie.
Elle hésita un long moment puis entreprit la même action que Philippe, sans vraiment savoir pourquoi d'ailleurs.
- Swan? Fit-elle en la voyant refermer la porte derrière elle.
- Madame le Maire!
Et puis rien pendant quelques secondes. Regina finit par reprendre la parole.
- Que me vaut cette visite?
- J'en sais trop rien à vrai dire.
Regina fronça les sourcils.
- Je vous conseille dans ce cas de prendre la porte.
Vraiment, elles avaient fait un énorme bond en arrière.
- C'est bien avec ce Philippe? C'est de la fraicheur, de la nouveauté?
Le regard de Regina s'assombrit.
- A quel moment et dans quelle mesure, Swan, vous vous imaginez pouvoir pénétrer mon intimité?
- Mmh… Disons, il y a quatre jours et avec ces trois-là.
Elle brandit fièrement les trois doigts qui lui avaient servis lors de leur dernière sauterie dans son véhicule. Regina ne put réprimander un sourire amusé en baissant la tête et constata qu'Emma avait beaucoup de cran.
- Je vois. Dit-elle simplement toujours aussi durement après s'être reprise. Je pense que vous avez du travail, je vous laisse vaquer à vos occupations.
Elle lui indiqua la porte, qu'elle prit d'ailleurs sans dire un mot de plus.
La chasse à l'homme allait commencer, elle avait eu les instructions de Philippe de l'appeler si elle pensait voir la moindre chose. Elle se foutait royalement de ce type, elle n'en ferait qu'à sa tête. Elle le savait. Elle tourna dans les ruelles qui lui avaient été attribuées, l'air blasé. Puis elle finit par se rendre compte que c'était ridicule et que le mec n'entrait que dans des bâtiments communaux. Elle checka sur son portable celui qui aurait pu être dans son quartier et trouva seulement la bibliothèque municipale. Elle se posta donc devant et ne bougea plus. C'était certes risqué, mais moins stupide que le stratagème du chef de la brigade de nuit. Elle patienta sans rien voir jusqu'à environ 3heures du matin. Puis aperçut un homme marchant discrètement et regardant de part et d'autre d'un air suspect. Elle s'aplatit dans son siège pour ne pas être repérée. Après avoir cassé une vitre, il tourna la poignée de l'intérieur et pénétra dans les locaux de la bibliothèque.
C'était le moment pour Emma. Elle sortit discrètement, sans claquer la porte de son véhicule et s'avança à pas de loup jusqu'à la porte restée entrouverte. Elle dégaina son arme en toute discrétion et en prenant soin de ne pas marcher sur des éclats de verre, elle se trouva en un rien de temps dans le dos de l'auteur des intrusions. Elle saisit son bras et lui coinça derrière le dos en le menaçant de son arme sur la nuque.
- Police! Qui êtes-vous?
- Aïe, aïe, vous me faites mal.
- QUI ETES-VOUS?
- Je m'appelle Gaston… Gaston LeGume.
- Qu'est-ce que vous faites à vous introduire dans les bâtiments de la Commune? Vous avez cassé la vitre de 3 musées, l'office du tourisme et maintenant la bibliothèque. Que cherchez-vous?
- Une amie, une amie.
Emma s'étonna de sa réponse.
- Quoi?
- J'ai une amie qui refuse de me dire où elle travaille. Je sais qu'elle travaille pour la Ville, pour Madame Mills.
- Madame Nolan! Grinça-t-elle.
- Oui... Enfin…Je cherche des affaires personnelles dans tous les bâtiments communaux pour savoir où elle travaille, c'est tout.
- C'est tout? S'énerva-t-elle en appuyant son arme un peu plus dans sa peau. Vous dégradez des biens publics mais pire encore, vous m'avez l'air d'être un harceleur. Si elle ne vous a pas dit où elle travaillait, c'est qu'elle devait en avoir toutes les raisons.
- Ne tirez pas, par pitié!
Il commençait à pleurnicher ce qui dégouta Emma.
- Avez-vous trouvé ce que vous recherchiez aujourd'hui?
- Oui, oui elle travaille ici…
La blonde en avait assez entendu, elle décrocha son téléphone et appela directement Regina.
- Oui! Fit-elle quand elle eut décroché. Je l'ai. Ne posez pas de question. Je le tiens en joue, vous pouvez venir.
Puis elle raccrocha sans lui avoir laissé le temps d'en placer une.
Quelques minutes après, Philippe se pointa avec la voiture adéquate pour embarquer l'homme. Emma se fit une fierté de tout lui expliquer et de lui décliner son identité. Il la regarda avec des yeux noirs.
- Vous vous prenez pour qui? Lui dit-il finalement.
- Je vous demande pardon? Répondit-elle l'air détachée.
- Vous n'avez pas écouté mes ordres?
- Ah, parce que vous êtes mon chef?
- Je suis le chef de cette opération oui.
- Qui a tellement fonctionné avant que j'arrive.
Il la fusilla du regard.
- Sachez bien que cela ne restera pas impuni, j'en fais mon affaire personnelle.
Emma lui rigola au nez, ce qui n'arrangea clairement pas la situation. Elle reprit sa voiture et rentra au poste. Lorsqu'elle fut rentrée, elle eut juste le temps de déposer ses affaires que la porte du bureau de Regina claqua.
- Swan! Cria-t-elle.
- Dans votre bureau, je sais! Soupira-t-elle en se levant.
Lorsqu'elle fut entrée, elle ne fut pas surprise de trouver Philippe assis, le sourire aux lèvres. Elle prit place sur une chaise brusquement et attendit son reste.
- Swan, vous n'avez pas suivi les consignes que nous vous avions donné au début de la ronde.
- Nan! Dit-elle sous les yeux colériques de son collègue de nuit.
- Peut-on savoir quelle est la raison? Vous n'avez aucun grade, vous n'êtes pas au-dessus des lois, restez à votre place ou je m'arrangerai pour vous muter.
Le sourire en coin de Philippe s'accentua ce qui enragea Emma, mais elle était surtout choquée par la proposition de mutation. Le silence régna à nouveau et l'homme perdit peu à peu son sourire.
- Vous ne sanctionnez pas?
Regina leva un regard noir vers lui.
- Je ne vous permets pas de me dire ce que j'ai à faire, Morris. Maintenant, veuillez me laisser seule avec Miss Swan que nous discutions ensemble de ce qu'il conviendra.
Il hocha la tête et disparu rapidement, conscient d'être allé trop loin. Lorsque la porte fut fermée, Regina souffla et continua de remplir un papier.
- Vous n'avez rien à dire? Se risqua Emma.
- Non. Félicitations.
La blonde n'en croyait pas ses oreilles. Elle s'attendait à recevoir une sanction. Regina sentit ce regard pesant et lâcha son stylo.
- Je ne vais quand même pas vous sanctionner pour avoir attrapé quelqu'un qui est recherché depuis des semaines, sans résultat? Peu m'importe les moyens, le résultat est le même. Et il me convient. Son plan était de toute façon pourri et égocentré. Vouloir récolter des lauriers ne fait pas tout.
- Pourquoi ne pas lui avoir dit que son plan était merdique alors? Vous avez peur de ne plus pouvoir profiter de son entrejambe?
La brune la fixa dans les yeux, d'un regard sombre.
- Je crois bien que vous êtes consciente que même si je couchais avec M. Morris, cela ne m'empêcherait en aucun cas de le descendre plus bas que terre. Et qu'il ne pourrait pas résister à l'envie de goûter à nouveau à ma peau.
Emma grimaça. Pouvait-elle lui en vouloir après tout? Elle avait bien couché avec Tamara.
- Bon… Je crois dans ce cas que nous n'avons plus rien à nous dire. Même si je pense que j'aurais mérité de plus amples félicitations pour être votre meilleur agent de police, visiblement de jour comme de nuit.
Regina sourit.
- J'ai bien un moyen, mais tu l'as refusé il y a quelques jours.
Emma déglutit. Que devait-elle faire? Accepter d'être traitée comme un jouet? Alors même qu'elle savait qu'elle n'aurait rien de Regina? Pourquoi cette dernière s'entêtait-elle avec la blonde? Elle ferma les yeux, elle allait surement le regretter et en souffrir. Mais vu comme elle l'obsédait, c'était bien mieux que rien.
- Fais ce que tu veux de moi… Répondit finalement Emma dans un souffle presque inaudible.
