Le bureau du FBI bourdonnait d'activité comme un organisme vivant, chaque secteur de l'immense pièce fonctionnant en harmonie avec les autres. Les téléphones sonnaient sans cesse, brisés seulement par le claquement des dossiers qui se refermaient d'un geste précis, comme si chaque mouvement avait son propre rythme. Les discussions feutrées des agents se mêlaient au cliquetis incessant des claviers, formant une toile de fond constante dans l'atmosphère tendue et électrique. C'était un endroit où l'urgence régnait, mais toujours sous contrôle, un endroit où chaque décision, chaque mot comptait.

Au milieu de cette agitation, Lisbon était ancrée à son bureau, son regard fixé sur un rapport qui semblait refuser de se terminer. C'était un détail qui aurait dû être simple, mais l'ironie était là : non pas qu'elle manquait de compétence—au contraire, elle aurait pu boucler ce dossier en une vingtaine de minutes, les yeux fermés, un autre jour. Mais aujourd'hui, tout semblait différent. Aujourd'hui, son ventre arrondi, témoin silencieux de sa grossesse, compliquait chaque mouvement, chaque geste.

Elle avait déplacé son clavier trois fois dans l'espoir de trouver la position idéale. Puis elle avait ajusté sa chaise deux fois de plus, la plaçant peut-être trop bas, peut-être trop haut. Et bien sûr, chaque fois, un soupir plus fort que le précédent s'était échappé de ses lèvres, comme une libération bien méritée après chaque tentative infructueuse.

Peu importait la façon dont elle s'installait, quelque chose n'allait jamais. Son dos la lançait dès qu'elle se penchait un peu trop en avant, son ventre bloquait l'accès habituel à son clavier, et la chaise, pourtant réglée avec la précision d'un horloger, semblait soudain conspirer contre elle. Chaque ajustement faisait naître un nouveau petit malaise. Ce n'était pas une question de confort physique, mais de cette légère gêne persistante qui naissait à chaque mouvement, comme si son corps, déjà sollicité par la grossesse, lui rappelaient que les choses avaient changé.

Lisbon souffla un soupir agacé, se laissant tomber en arrière dans sa chaise, la tête un peu plus penchée, avant de poser une main sur son ventre. Elle espérait, dans ce geste, trouver un peu de réconfort, de calme. Mais Sarah, insensible à ses frustrations et impatiente de se faire entendre, lui répondit par un petit coup sous la paume, comme pour lui signifier avec une douce ironie : "Eh, c'est pas mon problème, maman." Un petit sourire se dessina malgré elle sur ses lèvres. Ce petit être à l'intérieur d'elle semblait déjà un caractère bien trempé.

Cependant, avant qu'elle ne puisse pleinement se détendre, un frémissement d'inquiétude la traversa. Lisbon redressa brusquement la tête, ses yeux scrutant la pièce, puis se concentrant sur la silhouette qui se tenait devant elle. C'était son patron. Il se tenait droit, peut-être un peu trop droit, une posture rigide qui trahissait une tension qu'il peinait à dissimuler. Son regard était soigneusement neutre, mais il y avait quelque chose dans l'air, un poids qu'il ne parvenait pas à masquer.

Lisbon fronça légèrement les sourcils. Elle connaissait trop bien ce genre de langage corporel. Il allait dire quelque chose qu'il n'avait probablement pas envie de dire. C'était écrit dans la manière dont il se tenait là, juste en face d'elle, hésitant et inconfortable.

D'un coup d'œil furtif, il lança un regard rapide à Jane, qui, confortablement installé sur le canapé de l'open-space, sirotait son thé avec une nonchalance qui frôlait l'indécence. Son sourire charmeur, détendu, semblait dire qu'il n'avait absolument rien à voir avec ce qui se passait ici, même si son regard amusé ne le trahissait pas.

Sentant l'attention sur lui, Jane leva brièvement les yeux de sa tasse et adressa à leur supérieur son plus beau sourire charmant. Et, comme un réflexe, cette simple action amplifia encore l'inconfort palpable de leur patron. Il toussota, un peu plus fort cette fois, et fit un pas en avant, sans parvenir à se départir de cette gêne qui l'habitait.

— Agent Lisbon, on peut parler un instant ? demanda-t-il, sa voix teintée d'une hésitation qui en disait long.

Lisbon haussait un sourcil, une lueur de méfiance dans le regard. Elle n'aimait pas du tout ce ton.

— Bien sûr, répondit-elle d'un ton mesuré, mais son attitude ne cachait pas la vigilance croissante qui s'installa en elle.

Elle tenta de se lever, mais tout à coup, la réalité de sa grossesse la rattrapa. Elle réalisa immédiatement son erreur. Le ventre changeait son centre de gravité, modifiait son équilibre de manière imperceptible, mais qui, dans ce genre de moment, devenait frappant. Lisbon se retrouva déséquilibrée, poussée par un mélange d'obstination et de maladresse qui la fit se tendre instantanément. Ses muscles se crispèrent, mais ses efforts pour se redresser ne firent que la rendre plus vulnérable à la gravité.

Dans un réflexe presque instinctif, elle attrapa le bord de son bureau pour se soutenir, mais cela ne fit que souligner à quel point elle se trouvait hors de contrôle. Un grognement, mi-effort, mi-agacement, échappa de ses lèvres alors qu'elle luttait pour se redresser.

Le tout sous le regard figé et embarrassé de son patron, qui semblait hésiter entre lui proposer de l'aide et se reculer pour éviter d'être impliqué dans cette scène apparemment hors de sa portée.

Et bien sûr, Jane, assis confortablement sur son canapé, ne tarda pas à éclater de rire, un rire secoué et mal maîtrisé qui ne fit qu'ajouter à la gêne évidente qui régnait dans la pièce.

Lisbon, quant à elle, réussit enfin à se hisser sur ses jambes, secouant la tête, tentant de retrouver une dignité perdue dans cet effort contre la gravité. Elle se redressa, croisa les bras, et planta un regard noir dans celui de son supérieur, celui-là même qui, maintenant, avait l'air de se dire qu'il aurait dû choisir un autre moment pour aborder cette conversation.

— Quoi ? lança-t-elle, l'expression de défi clairement imprimée sur son visage.

Il esquissa un micro-hochement de tête, comme s'il venait de confirmer quelque chose dans sa tête, une conclusion silencieuse qu'il était maintenant prêt à partager. Mais Lisbon n'était pas dupe. Ce simple mouvement était plus lourd de sens qu'il ne l'aurait imaginé. Elle sentait l'ombre d'une annonce désagréable se profiler, prête à éclater dans l'air comme un orage imminent.

Et bien sûr, Jane ne se donna même pas la peine de cacher son sourire satisfait. Il était tout à fait à l'aise dans cette situation, comme si tout cela n'était qu'un spectacle qu'il attendait avec impatience. Il haussait les épaules en toute nonchalance, ses yeux pétillants d'amusement, bien conscient que cette scène allait être un régal pour lui. Lisbon, quant à elle, n'était pas dans le même état d'esprit. Elle savait que ce qui allait suivre ne serait pas plaisant.

Son patron sembla hésiter, comme s'il cherchait la bonne approche, celle qui ne provoquerait ni une explosion de colère, ni un regard noir fatal. Mais il n'était pas assez préparé. Il n'avait pas anticipé la tempête que cela allait provoquer.

— Écoutez, on a tous énormément de respect pour vous et votre travail… commença-t-il, mais Lisbon sentait déjà que l'ouragan allait frapper.

Elle arqua un sourcil, un regard perçant fixant son supérieur. Elle attendait le "mais" comme on attend une pluie torrentielle après les nuages sombres.

— Mais ? lança-t-elle, sa voix s'élevant légèrement, trahissant la tension qui montait en elle.

Son patron eut un léger mouvement de recul, comme s'il avait été pris de court, ce qui n'échappa pas à Lisbon. Elle suivit discrètement la direction de son regard… et le trouva posé sur Jane, confortablement installé sur le canapé de l'open-space.

Bien sûr, pensa Lisbon, le seul à se délecter du spectacle.

Jane, toujours aussi nonchalant, sirotait son thé avec une tranquillité déconcertante. Ses pieds étaient posés sur la table basse, son regard se perdait dans le vide, comme s'il était un observateur extérieur à tout ce qui se passait autour de lui. Son expression était sereine, presque détachée, mais tout en lui hurlait : "Je n'ai rien à voir avec tout ça, mais je me régale de la scène."

Sentant l'attention sur lui, il leva les yeux, un sourire éclatant surgissant instantanément sur son visage, affichant une innocence presque enfantine, un air qui disait que tout allait bien dans le meilleur des mondes.

Lisbon se pinça les lèvres, sentant déjà la rage monter en elle. Elle savait exactement où cela allait mener. Elle savait que Jane, dans toute sa gloire de nonchalance, savourait chaque seconde de cet instant.

Le patron, déjà mal à l'aise, se crispa un peu plus en voyant le sourire de Jane, et il sembla chercher ses mots, comme s'il n'était pas certain de la meilleure façon de formuler la suite.

— Vous êtes à quelques semaines d'accoucher… et, hum… on pense que ce serait plus prudent que vous preniez votre congé maternité un peu en avance. Il se frotta la nuque, comme si la phrase avait été difficile à sortir.

Lisbon cligna des yeux. Ses pensées s'emballèrent immédiatement. Son cerveau refusa catégoriquement de traiter cette information, comme un mécanisme de défense qui se mettait en place tout seul.

— Vous pensez ? demanda-t-elle, la confusion se mêlant à l'incrédulité dans sa voix. Elle avait du mal à saisir le sens de cette phrase, à comprendre que ce qu'il venait de dire n'était pas une blague.

Son patron se racla la gorge, cherchant visiblement à adoucir la pilule. Mais Lisbon n'était pas prête à gober n'importe quelle explication, surtout pas celle-là.

— C'est une façon polie de dire qu'on vous demande de rentrer chez vous, expliqua-t-il maladroitement.

Le silence qui suivit était lourd, écrasant, et Lisbon se retrouva figée dans un mélange d'incrédulité et d'indignation pure. Elle ouvrit la bouche pour protester, mais aucun mot ne semblait venir. Elle se tourna vers son supérieur, puis revint vers Jane, son regard passant de l'un à l'autre, cherchant un sens, une raison. Elle n'y croyait pas.

— Vous voulez me mettre à la porte ? demanda-t-elle finalement, sa voix trahissant l'étonnement et la colère qui grondaient en elle.

— Oh non, non, pas du tout ! tenta-t-il de rectifier précipitamment, levant les mains en signe de désarmement, comme pour désamorcer une bombe qu'il avait lancée sans vraiment y penser.

— Enfin… si. Un peu, admit-il, visiblement gêné. Il grimaça, comme s'il savait qu'il était sur un terrain glissant.

— Mais gentiment. Il ajouta un sourire forcé, mais celui-ci ne parvint pas à cacher le malaise qui était maintenant palpable dans toute la pièce.

Jane, qui observait la scène depuis son canapé avec un sourire à peine dissimulé, ne put s'empêcher de lâcher un léger rire, un rire à peine audible, mais suffisant pour déclencher un regard noir immédiat de Lisbon.

Elle se tourna lentement vers lui, le défi dans les yeux, mais son regard fut à peine soutenu par une expression d'indignation croissante. Jane, pour sa part, leva immédiatement les mains en signe d'innocence.

— Ah, désolé, Lisbon, mais il fallait bien que ça vienne un jour. C'est une grosse étape ! dit-il, l'air de ne pas y toucher, mais le sourire narquois qu'il portait trahissait son amusement.

Lisbon plissa les yeux, le regard perçant, chaque fibre de son être refusant d'accepter la situation qui se déroulait devant elle. Elle avait fait un effort considérable pour garder son calme, mais maintenant, la frustration faisait surface, elle la sentait prête à exploser. Ses bras se croisèrent instinctivement, et son corps s'arqua légèrement, adoptant une posture plus ferme et autoritaire, mais son ventre, grandissant et imposant, lui rappela sa condition, ralentissant un peu sa réponse.

Elle posa les mains sur ses hanches, un geste qu'elle voulait puissant, autoritaire, mais dans son état, cela n'avait fait qu'ajouter à l'image d'une mère prête à sermonner son adolescent rebelle. Elle savait qu'elle devait se tenir droite, mais tout en elle voulait se débattre contre le rôle qu'on voulait lui imposer. Ses yeux, d'ordinaire pleins de sérieux et de concentration, oscillaient entre exaspération et défiance. Chaque mouvement lui rappelait que, malgré tout, elle refusait d'être mise de côté.

Le fait qu'elle doive légèrement lever le menton pour défier son patron ne faisait qu'accentuer l'impression de force intérieure qu'elle dégageait. Il n'était pas question qu'elle cède, et son attitude le montrait parfaitement.

— J'ai encore du travail à faire, déclara-t-elle d'une voix ferme, tranchante comme une lame.

Son supérieur, déjà visiblement épuisé par cette conversation, secoua la tête avec un soupir, comme si ce combat contre sa propre obstination devenait trop difficile à gérer.

— Lisbon, vous ne pouvez même plus attacher vos chaussures sans aide, répondit-il, presque d'un ton las, mais il ne pouvait cacher l'inquiétude qui se dégageait de ses mots.

Lisbon se figea. Ce simple constat fit l'effet d'une claque, la faisant vaciller sur place. Ses yeux s'écarquillèrent légèrement, trahissant une pointe d'indignation pure, de frustration brute. Elle se retourna brusquement vers Jane, l'air outré, comme si ce dernier avait été l'initiateur de cette remarque.

— Ce n'est arrivé qu'une seule fois ! lança-t-elle, son ton fort, bien qu'un peu plus faible qu'elle ne l'aurait voulu.

Jane, visiblement ravi de la tournure des événements, haussait un sourcil, son expression affichant un amusement flagrant qui ne manqua pas d'irriter encore plus Lisbon.

— Vraiment ? Parce que ce matin, j'ai vu un combat acharné entre toi et une paire de bottines. Et elles ont gagné, répondit-il d'un ton moqueur, tout en se redressant légèrement dans son canapé, comme un spectateur savourant un spectacle qu'il ne voulait surtout pas interrompre.

Lisbon serra les dents et plissa les yeux, une lueur menaçante dans le regard. C'était le genre de provocation qu'elle détestait, et elle n'allait pas se laisser faire.

— Tu veux que je t'attache les lacets autour du cou ? demanda-t-elle, sa voix basse, mais pleine de cette énergie prête à exploser.

Jane fit mine de réfléchir, ses yeux s'allumant d'une malice évidente, avant de se frotter le menton comme s'il était en pleine réflexion stratégique.

— Hm… pas très pratique pour marcher, mais tu sais quoi ? Tente ta chance, répondit-il, un sourire espiègle aux lèvres, comme s'il n'attendait que ça : une réponse, une réaction, une nouvelle occasion de jouer sur ses nerfs.

Lisbon souffla bruyamment, clairement à bout de patience, et se retourna, les joues légèrement rosies d'agacement. Elle essaya de se reprendre, mais chaque mot de Jane la mettait davantage sur les nerfs. C'était pourtant son rôle de faire face, de garder le contrôle. Mais là, en face de son patron, de Jane, elle se sentait un peu perdue, comme si l'équilibre entre son rôle de professionnelle et celui de femme enceinte lui échappait à chaque seconde.

Elle se tourna vers son supérieur, bien décidée à revenir à la situation, mais sans pouvoir effacer totalement l'agacement qui la traversait.

— Je vais très bien. Je peux encore travailler, déclara Lisbon d'une voix ferme, un brin agacée, mais déterminée à ne pas céder.

Son supérieur la fixa un instant, semblant peser le pour et le contre de poursuivre ce combat qu'il savait déjà perdu d'avance. Il poussa un soupir las, un geste qui trahissait qu'il avait anticipé cette résistance obstinée.

— Agent Lisbon… vous avez coincé votre arme sous votre ventre il y a deux jours, dit-il, sa voix légèrement hésitante.

Lisbon ouvrit la bouche, mais aucun mot ne sortit. Elle se figea, déstabilisée par cette observation imprévue. Elle cligna des yeux, cherchant à trouver une réponse, mais aucun argument ne lui vint immédiatement. Le silence qui s'ensuivit était lourd, pesant, et elle sentit la chaleur de la honte envahir son visage.

À côté d'elle, Jane, confortablement installé sur le canapé, couvrit un rire derrière sa main, mais Lisbon l'entendit distinctement. Elle se tourna lentement vers lui, lançant un regard noir qui aurait pu tuer sur place n'importe quel agent débutant.

Jane, implacable, se contenta de sourire encore plus largement, comme s'il savourait chaque seconde de cette scène. Lisbon inspira profondément, se redressant avec toute la dignité qui lui restait, décidée à ne pas céder.

— Ce n'est pas une raison pour me virer, dit-elle, les mâchoires serrées, refusant d'admettre que la situation échappait à son contrôle.

— On ne vous vire pas, corrigea-t-il d'un ton patient, comme s'il tentait de désamorcer un conflit qu'il savait déjà inévitable. On vous suggère fortement de rentrer chez vous et de vous reposer.

Lisbon croisa les bras, clairement pas convaincue par cet argument. Elle n'était pas prête à accepter sans réagir, pas encore. Son regard, dur et déterminé, se fixa sur son supérieur.

Jane, quant à lui, s'était installé de plus en plus confortablement dans le spectacle, son sourire en coin ne laissant aucun doute sur le plaisir qu'il éprouvait à observer la scène.

Lisbon se sentit prise au piège, mais son obstination prenait le dessus. Elle croisa les bras, les dents serrées, prête à riposter.

— Je vais devenir folle si je reste à la maison à attendre que le bébé arrive.

Elle n'exagérait même pas. L'idée de passer ses journées à tourner en rond, à écouter Jane lui proposer des méthodes douteuses pour déclencher l'accouchement plus vite, ou pire, à se retrouver coincée dans un canapé sans personne pour l'en extirper…

Non. Absolument pas. Elle en avait trop vu, trop fait pour laisser son rôle de professionnelle se dissiper dans l'inactivité.

Jane, sentant que son obstination faiblissait, décida d'achever le travail. Il se leva enfin, s'approcha d'elle avec un sourire parfaitement innocent, ce qui signifiait nécessairement quelque chose de louche.

— Tu n'as pas à rester à la maison, Teresa, lança-t-il en haussant un sourcil, l'air faussement réfléchi, comme s'il venait de trouver une échappatoire parfaite.

— Tu peux venir avec moi traquer des mensonges dans les supermarchés, espionner les voisins, ou encore… Il baissa la voix, son regard brillant de malice. — … tester toutes les boulangeries de la ville.

Lisbon le fixa longuement, une lueur d'agacement, mais aussi d'amusement, passant dans ses yeux. Ce genre de réponse était exactement ce à quoi elle s'attendait de la part de Jane, mais il n'avait pas tort, cela aurait peut-être été plus divertissant que de rester cloîtrée chez elle.

Puis, sans surprise, elle roula des yeux, un geste qu'elle ne pouvait plus s'empêcher de faire à force de le connaître.

— Très convaincant, répliqua-t-elle d'un ton à la fois exaspéré et amusé, tout en faisant clairement comprendre qu'elle n'était pas prête à se laisser séduire par ses propositions.

Son patron, qui n'avait manifestement pas envie d'entendre la suite de ce spectacle, parut soulagé de voir que son acharnement baissait enfin, et qu'elle ne résistait plus autant.

— Prenez du temps pour vous, agent Lisbon, dit-il avec un soupir de soulagement, enfin prêt à clore cette discussion.

Lisbon le fixa un instant, cherchant une faille dans son argumentaire, mais au fond d'elle-même, elle savait que cette bataille était terminée. Elle soupira, résignée.

— Très bien, répondit-elle, un soupir résigné échappant de ses lèvres.

Elle ne pouvait pas continuer ainsi, et même si elle n'en était pas entièrement convaincue, elle savait qu'elle avait besoin de prendre un peu de recul.

Son patron esquissa un sourire, mais Lisbon savait déjà qu'il avait perdu cette bataille. Elle n'abandonnait jamais totalement, et elle n'allait pas se laisser mettre sur la touche aussi facilement.

— Mais si quelque chose de gros arrive, je veux être informée, dit-elle, avec une fermeté retrouvée.

— Bien sûr, répondit-il rapidement, heureux d'entendre une réponse plus calme.

— Et si je reçois un appel, je répondrai, ajouta-t-elle, sans même laisser le temps à son supérieur de protester.

Il hésita, comme s'il cherchait un moyen de la convaincre de rester à la maison, mais Lisbon était déjà décidée. Il comprenait que la discussion était terminée, mais il fallait encore un petit dernier coup.

— Et si Jane vient ici et vous embête, c'est votre problème, déclara-t-elle, une lueur de défi dans les yeux.

Son supérieur lui lança un regard las, comme s'il venait d'échanger un problème contre un autre. Il comprit qu'il avait désormais plus de mal à gérer Lisbon que de la convaincre de prendre son congé. Puis, sans un mot de plus, il tourna les talons, s'éclipsant aussi vite que possible, laissant Lisbon seule avec son mari survolté.

Jane, toujours aussi satisfait, afficha un large sourire.

— Eh bien, Madame Jane, prête pour une vie de loisirs et d'oisiveté ? lança-t-il, sa voix pleine d'amusement.

Lisbon lui lança immédiatement le regard du jugement absolu, mais Jane ne sembla pas y prêter attention.

— Ne m'appelle pas comme ça, répondit-elle, sur un ton de défi.

Il ne se laissa pas démonter. Toujours aussi triomphant, il lui tendit son manteau, tout sourire.

— Allez, Madame Lisbon-Jane, rentrons à la maison.

Lisbon attrapa son manteau, mais avec un certain agacement, comme si c'était une arme qu'on l'obligeait à déposer.

— Si je me mets à faire du tricot, promets-moi de me secouer, dit-elle, mi-sérieuse, mi-irritée, ne se laissant pas complètement séduire par l'idée d'un congé.

Jane, amusé par sa réponse, l'embrassa tendrement sur la tempe, son sourire narquois toujours bien en place.

— Lisbon, si tu te mets au tricot, je serais trop occupé à me moquer pour penser à te secouer, répondit-il, sa voix pleine de malice.

Lisbon lui donna un coup de coude bien placé, un petit geste amusé qui montrait qu'il avait touché un point sensible. Jane esquissa un sourire charmeur, toujours ravi de la voir réagir de cette manière.

Alors qu'ils quittaient le bureau, Lisbon sentit les regards amusés de leurs collègues suivre leur départ, oscillant entre amusement et soulagement. Elle détestait cette impression d'être mise de côté, mais elle savait aussi que tout ce qu'elle souhaitait en ce moment, c'était se prouver à elle-même qu'elle pouvait encore faire une différence, même à l'approche de son congé.

Elle n'aimait pas l'inactivité, elle n'aimait pas se sentir inutile, mais alors que Jane lui ouvrait la porte avec un clin d'œil complice, que l'air frais du dehors lui caressa le visage, elle se dit que, peut-être, un peu de repos ne serait pas la pire des choses.

Elle posa une main sur son ventre en descendant les marches du bâtiment, sentant un léger coup en réponse, comme si Sarah, déjà, avait un avis sur la question.

Jane, à côté d'elle, sourit largement.

— Je crois qu'elle approuve, dit-il, ses yeux pétillant de malice.

Lisbon secoua la tête, mi-agacée, mi-amusée, mais elle ne put s'empêcher de sourire malgré elle.

— Elle a intérêt à être plus sage que toi, répondit-elle, un sourire en coin.

Jane afficha immédiatement une moue faussement choquée.

— Impossible, c'est une Jane, répliqua-t-il, le regard amusé.

Elle le regarda en biais, un éclat de malice dans ses yeux, et sourit malgré elle.

— Eh bien, on est foutus, admit-elle, un petit rire s'échappant de ses lèvres.

Jane hocha la tête, un éclat de malice dans les yeux.

— Complètement, confirma-t-il avec enthousiasme.

Et tandis qu'ils s'éloignaient du bureau, Lisbon se promit qu'elle ne laisserait pas Jane prendre le dessus, même pendant son congé. Mais elle savait déjà qu'il allait tout faire pour la divertir… et qu'au fond, elle ne pourrait pas lui en vouloir.