Bon bah... Nouveau chapitre. J'avais déjà écrit tout ça le mois dernier. J'ai pas publié parce que je voulais avancer davantage le chapitre. Au final, on est fin février et j'ai pas réussi à avancer jusqu'au point que j'avais comme objectif, ni jusqu'au nouvel objectif moins ambitieux que je me suis fixé.e entre temps.
Je pense que j'ai besoin de publier quand même, et que c'est plus cool pour vous de pas attendre trois mois. J'espère que ça me donnera le coup de boost dont j'ai besoin^^
Je commence à comprendre pourquoi les gens galèrent sur les tous derniers chapitres de leurs histoires, même si il m'en reste encore...3? Comme ce que je vous dis depuis six chapitres?
Bref, quoi qu'il en soit j'espère que vous apprécierez ce nouveau chapitre!
Pour rappel, dans le précédent les aurors menaient leur enquête et interrogeaient Vivian, Ewald et les autres sur Kayns, suite à sa mort.
Merci encore à celleux qui me suivent fidèlement et me laissent des reviews!
Bonne lecture, on se retrouve en bas :)
Je ne dors pas cette nuit là. Ewald m'avait prévenue que les doses de potion de sommeil sans rêve étaient à espacer dans le temps. Apparemment, abuser de la potion cause des troubles du comportement, et rend fou sur le long terme. Comme si je ne l'étais pas déjà. J'imagine, sans vraiment en être sûre, que c'est logique. Le cerveau utilise le sommeil, et les rêves, pour faire le tri dans les événements de la journée, après tout. Bloquer ce processus doit être particulièrement néfaste sur la durée… Ceci étant dit, mon esprit refuse néanmoins de me laisser sombrer, malgré les supplications de mon corps. Alors je reste dans le noir, les yeux grands ouverts. J'écoute la respiration d'Ewald, régulière et profonde. J'ai tendu le bras vers lui, juste assez pour le toucher. J'ai envie de me serrer contre lui, mais je ne veux pas le déranger. Je ne veux pas le réveiller. Dans le même temps, j'ai envie de partir. De m'enfuir. D'aller me rouler en boule quelque part où je serais seule, enfin. Je suis tiraillée entre ces deux désirs contraires, et je ne bouge pas. Je ne veux pas inquiéter l'ancien Serpentard encore plus, alors je sais que je ne peux céder à la pulsion puissante en moi qui me pousse à partir en courant.
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À mon profond soulagement, je suis largement laissée en paix les jours suivants. Lorsque je saute le repas de midi, le lendemain de mon rendez-vous avec Harry Potter, personne ne me fait de reproche. Ewald se contente de demander à Jamy de m'apporter une portion du repas, et s'assure que je vide l'assiette. Comme souvent, mon meilleur ami semble deviner ce dont j'ai besoin sans que nous parlions. Il me tient compagnie en silence lorsque nous sommes dans la même pièce, me laissant profiter de sa chaleur lorsque j'ai besoin de contact physique. Il me laisse tranquille lorsque je me réfugie dans ma chambre et que je ferme la porte.
Il sait que je me coupe. Je ne le fais pas quand il est avec moi, mais je sais très bien qu'il se doute que dès que je suis hors de sa vue… C'est comme si j'essayais de me débarrasser d'une démangeaison qui ne ferait qu'empirer. Quand ma lame perce ma peau, fait couler le sang, je m'appartiens à nouveau. Quelques instants. Le temps de regretter ce que je viens de faire. De culpabiliser parce que je sais très bien que ce n'est pas ce qu'Ewald souhaiterait. Parce qu'il est là, présent, qu'il ne demande qu'à m'aider. Mais ça ne suffit pas, même si je m'en veux que ça ne soit pas assez. Et aussi, je sais que ça ne sert à rien, au fond. De me couper. Je me complais dans une illusion car elle est la seule à me faire ressentir ce dont j'ai besoin, en ce moment. Ce sentiment de m'appartenir.
En réalité, le respect de l'ancien Serpentard pour mes limites m'aide aussi. Le fait qu'il s'assure d'avoir mon accord avant d'initier un contact physique. Son respect presque religieux pour mon esprit lorsque nous ouvrons nôtre connexion… Ce n'est pas une illusion. C'est réel. J'ai aussi conscience, quelque part, que le temps m'aidera à me retrouver, sans doute. Mais je ne suis pas sûre d'en vouloir, du temps. Depuis ce moment où j'étais seule avec Alphonse chez la grand-mère d'Ewald, la pensée du suicide ne m'a pas lâchée. Comme une peluche que j'ai serrée contre moi pour tenir lors des interrogatoires. Comme une promesse dont l'échéance se rapproche, à présent. Je n'ai rien dit à Ewald de tout ça, mais j'imagine qu'il ne serait pas surpris. Après moi, il est la personne qui me connaît le mieux, après tout.
Je ne sais pas trop quoi faire, maintenant. L'attente de nouvelles sur l'enquête est comme une épée de damoclès au-dessus de ma tête. Je n'ai toujours rien dit à mes parents. Je sais qu'il va bien falloir. Je n'ai pas l'énergie de le faire, pourtant. Je n'ai aucune idée de la réaction qu'ils vont avoir. Ça fait beaucoup. Je leur ai déjà fait vivre beaucoup d'expériences désagréables, mais apprendre que je les ai trompés depuis le début? Que la personne qu'ils pensaient connaître, qu'ils aimaient, n'était qu'une illusion? Qu'est-ce que ça va leur faire? Apprendre que je n'ai jamais été celle qu'ils pensaient et qu'ils n'ont rien vu?
Je n'ai pas peur qu'ils me rejettent. Ce serait sans doute la meilleure option, pour moi comme pour eux. Poursuivre des chemins séparés, ou devenir «amis» en quelque sorte, dans quelques années. Une fois qu'il y aurait de la distance. Si je survivais jusque là, bien sûr. Je ne vois pas comment vivre dans le déni pourrait fonctionner en tout cas, si ils se persuadaient que je reste leur fille, que je suis quelqu'un que je n'ai jamais été… Ou pire, si ils refusaient d'écouter, tout simplement. Merde, au-delà de ça je n'ai aucune idée de comment ma situation peut-être gérée, juridiquement. Je suis une adulte dans un corps d'enfant mais à présent ce n'est plus un secret. Que dit le droit sorcier là dessus? Est-ce que le droit sorcier dit quelque chose sur un sujet vaguement similaire, tout court?
Ces réflexions tournent pas mal dans mon esprit, et je n'ai pas de réponse. Tout ce que je sais, c'est qu'à un moment ou un autre je devrai avoir cette discussion avec mes parents, et qu'elle va tout changer. Mais ça peut attendre. Quand on ira à l'hôpital pour ma poitrine, ou après les vacances en Croatie, peut-être. Pour qu'ils puissent encore profiter de ça en paix. Pour que j'aie un peu de temps encore avant de rajouter du chaos à ma vie. En plus, après la Croatie, je retournerai chez Ewald, puis à Poudlard, et ça leur laissera du temps pour digérer. C'est sans doute mieux. De toute façon, dans l'immédiat, l'idée de quitter le manoir émeraude pour aller voir mes parents me fait paniquer. Et puis, je me dis que d'ici la Croatie, nous aurons peut-être le fin mot de l'enquête? Quitte à tout leur raconter, autant attendre que ça soit derrière nous.
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Les trois premiers jours après les interrogatoires, je les passe donc dans une paix royale. Amaranthe n'est pas présente à tous les repas, et lorsqu'elle l'est, elle ne m'adresse pas la parole. Elle n'a jamais explicité les raisons de son nouveau comportement vis à vis de moi, mais j'imagine que les explications potentielles sont multiples. Le fait d'apprendre que je n'étais pas du tout une surdouée prometteuse, mais juste une adulte dans un corps d'enfant. Le fait qu'Ewald aie décidé d'utiliser l'argent de sa famille pour payer mes frais d'avocat en s'opposant frontalement à elle. Le fait que j'ai impliqué Ewald dans tout ça, aussi… Rosemary, elle, s'est assurée que je sache que je pouvais lui parler si j'en ressentais le besoin, mais me laisse autant d'espace que je le souhaite.
Je passe donc mes journées entre la bibliothèque, le parc, ma chambre et celle d'Ewald, en plus de mes apparitions aux repas. Je ne lis pas beaucoup, car trop de pensées m'empêchent de me concentrer sur la lecture. Les quelques moments où je parviens à m'immerger dans l'histoire, néanmoins, sont des moments bénis où je m'échappe de ma réalité. J'écris par contre. Des fragments de mots échappés de ma tête, des poèmes, beaucoup. Des mots pour Arthur qu'il ne lira jamais et que je brûle une fois seule. Je n'ai pas de nouvelles de lui. Je ne sais pas si Ewald en a, mais je n'ose pas lui poser la question. Ça fait mal de penser à Arthur.
Quand je ne lis pas ou que je n'écris pas, je me promène dans le parc, toujours accompagnée par Ewald. On fait du duel, un peu, ce qui m'aide autant que lui à évacuer de la tension, sinon plus vu que pour moi c'est vraiment un challenge. À l'occasion d'une de ces sorties, nous quittons les limites du domaines pour que je capte du réseau et que je prenne des nouvelles d'Alphonse. Je découvre à cette occasion que le manoir émeraude est situé en Irlande, dans le nord d'un parc national. J'apprends que le père d'Alphonse s'est montré assez choqué d'apprendre ce qu'il s'était passé. Mon ami me raconte que c'est assez bizarre la situation en ce moment, mais que son père est beaucoup plus présent que d'habitude, et se montre compréhensif, même si il a d'abord été très en colère en apprenant que son fils a frôlé la mort.
«Il ne comprend pas vraiment ce qui m'est arrivé, en particulier ce que ça peut faire, une attaque de légilimancie. Il se sent vraiment impuissant, je crois. Mais passer du temps avec Azmi me fait du bien! Et Viv', papa a dit que tu étais toujours la bienvenue si tu veux revenir passer du temps ici, à l'occasion!»
C'est vraiment étrange de penser que tant de gens sont au courant du secret que j'ai gardé pendant onze ans, maintenant. Que ce secret est révélé à de plus en plus de monde hors de mon contrôle. C'est angoissant. Quoi qu'il en soit, même si je n'ai pas l'intention de retourner chez Alphonse dans l'immédiat, ça fait chaud au cœur de lire les mots du Gryffondor. J'ai conscience que la situation est loin d'être rose pour lui, malgré ses tentatives de me rassurer. Mais au moins, son père l'a bien accepté, et j'ai l'impression que mon ami va déjà beaucoup mieux que la dernière fois que je l'ai vu, au bureau des aurors.
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Lorsque j'ai du mal à faire le tri dans mes pensées, et que les mots ne me viennent pas, je prends l'habitude de m'entraîner aux Sortilèges. Je peux m'immerger dedans pendant des heures, et ça me plonge dans un état presque méditatif. À ces moments là, Ewald en profite souvent pour rédiger des candidatures ou étudier des potions complexes, ce qui semble avoir un effet similaire sur lui. De temps en temps, il corrige un de mes mouvements de baguette, ou m'enseigne un nouveau sort. J'essaye de réussir à lancer ceux qui me sont les plus familiers en informulé, même si je ne travaille ça que petit à petit. Ça peut être très frustrant.
Enfin, la dernière activité à laquelle je me consacre souvent est la sieste. Bien malgré moi, il faut le dire. Mais plus d'une fois, à l'occasion d'un câlin avec Ewald, je refais surface après de longues minutes, parfois presque une heure, après m'être endormie sans m'en apercevoir. Je n'arrive pas à dormir la nuit, et j'imagine que ces moments d'apaisement sont les seuls où je baisse ma garde. Peut-être parce que l'ancien Serpentard est réveillé, et que je sais que je peux lui faire confiance pour veiller sur moi. Dans tous les cas, je suis toujours embarrassée après de tels événements, mais mon ami ne me fait jamais de reproche.
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Un soir, quand j'écoute Ewald dormir, je réfléchis à comment je pourrais disparaître, là, maintenant. Ce n'est pas comme d'habitude, mon idéation passive. C'est plus actif, plus concret. Voyons voir… Je devrais réussir à me lever sans inquiéter mon ami. Il se réveille souvent quand je dois aller aux toilettes, la nuit, mais d'expérience je sais qu'il se rendort avant que je ne revienne. Il faudrait que je prenne sa baguette, peut-être, pour pouvoir faire de la magie à l'extérieur sans être tracée. Mais je ne veux pas lui faire ça. Et puis, de toute façon, je n'ai pas besoin de magie pour mourir.
Une fois sortie d'ici, j'irai récupérer mes lames dans ma chambre. Je laisserais un petit mot à Ewald, pour lui dire de conserver mes écrits ou de s'en débarrasser, comme j'avais fait pour Quentin…
Cette pensée me fait pauser. Je sais que je ne peux pas faire ça. Je me retourne dans le lit, tendant la main vers celle de mon meilleur ami, juste pour être en contact avec lui, pour exorciser un peu mes pensées. Plus tard. Je ne peux pas le laisser maintenant. Il faut attendre, encore. M'assurer que ni lui, ni les autres ne paieront pour mes erreurs.
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Dix neuf juillet. Ça fait quatre jours que les interrogatoires sont finis. Une semaine depuis la mort de Kayns. J'ai à peine dormi, comme c'est devenu l'habitude, mais lorsque Ewald se réveille (nous n'avons pas dormi séparément depuis que j'ai tué le scientifique) je sais que je ne réussirai pas à me rendormir. Du coup, nous descendons ensemble prendre le petit déjeuner. Alors que nous nous installons à la bibliothèque, Jamy vient apporter du courrier à mon ami. Une lettre d'Arthur. J'ai un pincement de cœur en entendant le nom de l'ancien Poufsouffle. Il me manque.
Je m'installe à la table où nous avons pris nos habitudes, prenant soin de garder mes murailles levées pendant qu'Ewald parcourt rapidement la lettre d'Arthur. Lorsqu'il la baisse, je lui demande:
«Comment il va?»
Ma voix a dû sonner un peu trop neutre, car mon meilleur ami lève les yeux vers moi, me dévisageant prudemment avant de répondre:
«Il me dit qu'il tient le coup, ce qui peut tout et rien vouloir dire… Il me raconte qu'il a témoigné, lui aussi. Apparemment sa mère est restée avec lui tout du long. Il est désolé de ne pas être revenu, le jour de la mort de Kayns. Lady Clifford lui a dit qu'il devait prioriser sa santé mentale, et que c'était plus simple de faire venir les aurors à leur manoir. Pour le coup, je pense que ça devait être effectivement moins lourd comme ça… Après ce qu'il s'est passé avec le pédocriminel je suppose qu'ils ont un système de soutien bien rodé pour Arthur. Il a recommencé à voir sa psychomage, apparemment. Et il s'inquiète de nous.
-Ça lui ressemble bien.» je soupire, avec un léger sourire. «J'espère vraiment que ça va aller.»
Ewald fronce les sourcils.
«Peu importe comment il gère ça, tu sais que tu n'es pas responsable, j'espère? C'est la faute de Kayns.»
Je ne m'embarrasse pas de faux-semblants, Ewald a tapé dans le mille.
«Et Arthur n'aurait pas croisé sa route si il n'était pas ami avec moi.»
L'ancien Serpentard me regarde droit dans les yeux avant de rétorquer abruptement:
«Si il n'était pas ami avec toi, il serait mort il y a des années.»
Je ne réponds rien. Je sais que j'y suis pour beaucoup dans les traumatismes d'Arthur. Je sais aussi qu'Ewald ne voudra pas l'admettre. Et en vrai, je comprends son point de vue. C'est juste que la vérité se trouve sans doute quelque part entre nos deux opinions. Et peu importe, après tout. Ce qui est fait est fait. Le mieux que je puisse faire pour l'instant, pour me racheter, c'est de foutre la paix à l'ancien Poufsouffle. Je n'aurais pas pensé que ce serait si douloureux, c'est tout. La main d'Ewald se pose sur la mienne et je me force à lui offrir un sourire léger, pas vraiment sincère. Ses yeux cherchent les miens et je lui demande, en détournant le regard:
«Tu peux me faire un câlin?»
Ses bras autour de moi m'ancrent autant que les battements réguliers de son cœur. Quand nous nous séparons, je sors de quoi écrire, imitée par Ewald qui rédige une réponse pour Arthur. Ça me rappelle que je n'ai pas donné de nouvelles à Quentin depuis presque deux semaines, alors je commence à écrire une lettre. Je suis obligée de faire beaucoup de pauses. Je ne sais pas trop quoi lui dire, comment le lui dire. Pourtant, étrangement, coucher les mots sur le papier a un effet apaisant sur moi, et j'arrive à trouver l'exercice plus naturel que dans nos dernières lettres. Peut-être parce que je suis vraiment sincère, peut-être parce que les derniers événements ont tout redistribué. Peut-être parce que perdre Arthur m'a fait réaliser que je voulais vraiment Quentin dans ma vie, d'une façon ou d'une autre.
À un moment, Ewald m'interrompt pour me proposer d'ajouter un mot pour Arthur, mais je décline. Je n'ai heureusement pas besoin de trouver d'excuse pour justifier mon manque d'enthousiasme, car mon ami se contente de hocher la tête. Il doit supposer que j'ai trop à gérer en ce moment, ce qui n'est pas si éloigné que ça de la vérité. Je n'ai pas le droit de contacter l'ancien Poufsouffle, et je ne saurai pas quoi lui dire à part m'excuser. Même si je pouvais lui écrire, j'aurais trop peur de raviver encore ses traumas.
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Les jours suivants se fondent à nouveau dans la même routine, mais un nouvel événement se profile à l'horizon: mon rendez-vous à Sainte Mangouste pour qu'on relance mes sorts anti puberté. C'est la première fois que je vais quitter le manoir émeraude depuis les interrogatoires. L'idée me rend nerveuse. La date coïncide avec un entretien qu'Ewald doit passer avec un maître des potions réputé en vue d'un potentiel apprentissage. Ça veut dire qu'on quittera le manoir ensemble, mais qu'il ne pourra pas m'accompagner. Je dois retrouver mon père côté moldu pour qu'il vienne avec moi, et c'est là que mon meilleur ami m'abandonnera. Ensuite, je suis censée l'attendre sur le chemin de traverse pour qu'on rentre ensemble. Mon père sera sans doute ravi de découvrir la rue sorcière dont ma mère a tant parlé après m'avoir accompagnée pour mes courses de rentrée…
Pour oublier mon angoisse montante, je me replonge dans les bouquins de magie naturelle que m'avait prêté Amaranthe avant notre confrontation avec Kayns. Ewald, lui, se concentre sur la préparation de son entretien. Il met la touche finale à son projet d'amélioration de la potion d'Aiguise-Méninges, et je me retrouve à lui servir d'assistante de temps en temps. Je découvre à cette occasion la petite salle de potions aménagée pour lui près du jardin. Elle est bien éclairée, contrairement aux cachots de Poudlard, mais il est facile d'obscurcir les fenêtres pour préparer des potions qui demandent l'absence complète de lumière naturelle. L'ancien Serpentard peut passer des heures enfermé ici. J'imagine qu'il se retenait, avant, pour pouvoir veiller sur moi. Je suis réticente à rester séparée de lui trop longtemps, en général. J'ai peur qu'il se lasse que je le colle autant, mais pour l'instant il n'a rien dit. Je me sens en sécurité, avec lui. Du coup, je reste souvent avec lui dans le laboratoire, prétextant vouloir améliorer mes compétences en potions. Il voit sans doute clair dans mon jeu, mais il me donne toujours des tâches à réaliser pour l'aider, ou me lance sur des projets de potion à mon niveau, et semble prendre plaisir à jouer au professeur. De fait, je pense que je m'améliore un peu, sous sa tutelle.
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C'est le vingt-quatre juillet, deux jours avant mon trajet à sainte Mangouste, que l'article de journal est publié. Personne au manoir ne suit la presse, mais Amaranthe, elle, se tient au courant. C'est comme ça qu'elle débarque le matin pendant nôtre petit déjeuner, la Gazette du sorcier serrée dans son poing.
«Des informations ont fuité.» déclare-t'elle, d'un ton sombre.
Il y a un moment de flottement alors qu'elle étale le journal sur la table, révélant un article en première page intitulé «Décès suspect du docteur Kayns, expert médicomage». Je me rapproche, montant mes murailles aussi fermement que je peux, par automatisme. Sans regarder, je sais qu'Ewald a eu exactement le même réflexe. Rosemary, quand à elle, laisse échapper un petit bruit surpris avant de demander, d'un ton inquiet:
«Est-ce que les noms des enfants ont fuité?
-Non.» répond la matriarche, et sa fille laisse échapper un soupir de soulagement. «Il est simplement dit qu'il a été trouvé mort dans des circonstances suspectes à son domicile, et que les aurors ont ouvert une enquête. Apparemment, Harry Potter s'est refusé à tout commentaire concernant les éventuelles pistes qu'ils auraient. L'article est assez vide, le reste est surtout un résumé de la vie du docteur, de tout ce qu'il a apporté à la communauté magique… Le blabla habituel.»
Je me détends très légèrement à ces mots, me rasseyant plus naturellement dans ma chaise. Rosemary semble rassurée, même si elle paraît toujours nerveuse. Je lève les yeux vers Ewald, qui fronce les sourcils.
«Avec un article en première page, passer l'affaire sous silence risque d'être compliqué, n'est-ce pas, grand-mère?»
Il a raison. Mes murailles, toujours plus efficaces lorsque je suis en public, contiennent à peine la pointe de panique qui me traverse. Amaranthe hoche la tête, l'air toujours sombre.
«Précisément. Je vais conférer avec Lord Malefoy et Lady Brightfield dans la journée pour déterminer la marche à suivre. Il va falloir s'assurer que le jeune Potter trouve d'où est venue la fuite. Il serait fâcheux que les journalistes aient accès à davantage d'informations.»
Je suis capable de percevoir la colère sous-jacente de la grand-mère d'Ewald, sans doute parce que je commence à bien m'être familiarisée avec elle. Je ne saurais pas vraiment dire ce qui l'a suscitée pour autant, et je ne suis pas en état de m'en soucier. J'essaye encore de comprendre ce que ça implique pour moi, et plus important, pour Ewald et les autres.
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Le reste de la journée se passe dans une atmosphère tendue. Ni Ewald, ni moi ne parvenons à nous concentrer sur nos tâches habituelles, et nous nous retrouvons rapidement dans le parc pour une session de duel. L'ancien Serpentard n'y va pas de main morte avec moi, et je suis bientôt entièrement immergée dans le ballet d'esquive et de parades. Toute ma concentration va à essayer de donner un minimum de challenge à mon ami, et à parvenir à lancer quelques sorts entre deux esquives. Lorsque je suis trop fatiguée, Ewald me demande de faire apparaître des cibles qu'il prend un malin plaisir à détruire les unes après les autres, sans faire de pause. Après ça, nous marchons une bonne demi-heure dans le parc main dans la main, chacun plongés dans nos pensées. Une fois rentrés au manoir, nous nous douchons. Ma lame m'accompagne, mais ne suffit pas à me débarrasser de ma nervosité.
Au repas de midi, Draco Malefoy se joint à nous, en compagnie d'Amaranthe. Avant de manger, ils prennent le temps de nous tenir au courant de l'évolution de la situation. Apparemment, les aurors n'ont aucune piste sur l'identité de la ou des personnes qui auraient pu transmettre l'information à la presse. Leurs bureaux sont protégés contre les intrusions, y compris d'animagus (à cause de Rita Skeeter, j'imagine). Harry Potter a apparemment donné des consignes pour accélérer l'enquête et renforcer encore la sécurité des informations. De nôtre côté, tout ce qu'on nous demande c'est d'attendre. Il n'y a rien à faire. Cette simple consigne me donnerait presque de l'urticaire. Je grogne intérieurement. Je crois que je vais avoir besoin d'un deuxième duel juste après le repas. Malgré mes murailles, je ressens la tension intérieure qui m'habite à un niveau presque insupportable.
Avant de partir, Draco Malefoy demande à me parler. Il a déjà pris congé d'Amaranthe, qui a regagné son manoir, et Rosemary quitte la pièce, suivie d'Ewald. L'avocat me détaille du regard avant de m'offrir un sourire qui se veut sans doute encourageant:
«Nous allons nous occuper du problème de la Gazette, d'accord? Vous n'avez pas à vous inquiéter. Quoi qu'il arrive, vous êtes la victime, et je suis là pour vous défendre. Je suis votre avocat. Si vous voulez me rendre service, par contre...»
Je regarde l'aristocrate avec attention, intriguée. Celui ci sort de ses robes de sorciers une lettre qu'il me tend:
«Scorpius s'inquiète de n'avoir eu aucune nouvelle de votre part depuis des semaines. Il m'a supplié de vous donner cette lettre. Si vous pouviez lui répondre, ça me simplifierait grandement la vie.»
Je fronce les sourcils.
«Il est au courant?
-J'essaye d'être aussi transparent que possible avec lui, et vous êtes son amie. Il sait que je vous défends dans une affaire, pas davantage.
-Je… vois» je réponds, d'un ton presque interrogatif «Et ça ne vous pose pas de problème que je reste en contact avec lui?
-Asseyons nous, voulez-vous?» me propose l'avocat, me désignant d'un large geste de bras les fauteuils.
Je m'installe sans protester, incertaine de ce que veut mon interlocuteur qui s'assoit sur le fauteuil à côté de moi, me regardant dans les yeux avec sérieux.
«Je vais être direct avec vous. Mon fils a très peu d'amis, et je sais que ça ne vous a pas échappé. Il m'a parlé de ce que vous avez fait pour lui, à Poudlard. Pas seulement le fait de l'avoir accepté en connaissant son nom de famille et de l'avoir aidé avec ses devoirs, mais aussi de l'avoir accompagné pour ses examens quand il était isolé, par exemple. J'en suis reconnaissant.
-Mais je ne suis pas la personne qu'il pense, la personne que vous croyez que j'étais.
-Vous avez toujours été cette fille coincée dans un corps plus jeune, depuis le début de votre amitié avec mon fils. Tout ce que ça change pour moi, c'est que vous êtes d'autant plus un atout pour lui. Je sais jusqu'où vous pouvez aller pour vos amis. Je pense que c'est une chance pour Scorpius que vous soyez dans sa vie.»
Un peu choquée, je regarde l'avocat.
«J'ai un intérêt personnel dans vôtre défense, Vivian. Je ne fais pas ça uniquement pour l'argent. J'ai besoin de savoir que mon fils a des alliés solides. Vous n'avez pas agi par intérêt lorsque vous vous êtes liée d'amitié avec lui. De fait, si j'ai bien suivi, vous avez toujours été sincère avec lui. C'est une qualité importante.»
Je ne vois pas quoi répondre à ça. Je ne m'attendais pas à autant de franchise de la part de Draco Malefoy, déjà. Aussi, je ne pensais pas que Scorpius aurait raconté tant de choses à son père, une erreur due sans doute au fait que je me base trop sur mon propre comportement. Je n'ai jamais fait très confiance aux adultes, dans mes deux vies. Maintenant, pourquoi est-ce que l'avocat me parle de tout ça maintenant? Connaissant les Serpentard, il attend quelque chose de moi. Je fronce les sourcils, puis demande, incertaine:
«Vous voulez que je reprenne contact avec lui donc… Et que je lui dise qui je suis?»
L'homme hoche la tête.
«Avec la Gazette qui a décidé de se mêler de l'affaire, je crains que nous ne puissions pas échapper au procès, auquel cas il est fort probable que la vérité ne soit rendue publique, d'une façon ou d'une autre. Je préférerais que mon fils l'apprenne de votre bouche.»
Je sens que mes murs ne suffisent pas à masquer ma tension, et j'en ai la confirmation lorsque Draco Malefoy reprend la parole, laissant voir une pointe de compassion (feinte ou réelle, je ne sais pas).
«Je comprends totalement que ça soit compliqué pour vous, Vivian. Je ne vous demande pas de tout lui raconter d'une traite et sans ménagement. Juste, pensez-y, d'accord? Et écrivez lui, si vous le voulez bien, il est en train de se persuader que vous ne voulez plus lui adresser la parole.»
L'homme soupire, et l'expression sérieuse et peinée qui traverse brièvement son visage n'est pas feinte cette fois. J'en suis sûre, parce qu'il la masque rapidement, et les mots qu'il ajoute ensuite sont une forme de confirmation.
«Mon fils a une forme de fragilité en lui, Vivian. Il a été souvent rejeté, juste à cause de son ascendance, de ma réputation. Ses amis sont très importants pour lui. Je n'aime pas le voir souffrir, à plus forte raison à cause de craintes qui n'ont pas lieu d'être. Vous êtes son amie, n'est-ce pas?»
C'est à mon tour de soupirer, alors même que je hoche la tête.
«Oui. Je lui écrirai. Je… Je lui dirai qui je suis.»
Mes sentiments sont mitigés alors que Draco Malefoy prend congé avec un sourire teinté de reconnaissance. Je ne sais pas comment je vais parler à Scorpius. Je ne sais pas comment il va prendre tout ça. Avoir la bénédiction de l'avocat est étrange. Je me demande si sa femme est au courant, elle. J'imagine que ça ne serait pas pro de sa part de lui parler de mon affaire, mais qui sait. Je suis une amie de son fils, après tout. À voir si c'est encore pour longtemps. Scorpius reste assez pur, malgré ce qu'il a vécu. C'est un Poufsouffle. Savoir que j'ai tué des gens risque d'avoir un impact sur lui. Savoir que j'ai menti sur qui je suis aussi. Même si, pour les meurtres, j'imagine qu'il a au moins un peu d'expérience avec les proches meurtriers, au vu de l'identité de son père...
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«Qu'est-ce que te voulait lord Malefoy?»
C'est le soir. Nous sommes installés sur mon lit, pour une fois. Nous sommes plus tendus que d'habitude, à cause de l'article de journal. Si Ewald n'avait pas été là, je sais pertinemment que je serais en train de me couper. Oh, je sais bien que ça ne suffirait pas à éloigner la sensation oppressante d'être traquée, la terreur maladive que je ressens à l'idée que mon nom ne soit rendu public… Au procès, si on en arrive là comme le craignent les adultes. J'ai l'impression de ne jamais avoir le temps pour reprendre mon souffle. Je ne sais pas comment fait Ewald pour continuer à paraître si calme. Pour encaisser. J'ai conscience qu'aujourd'hui, en tout cas, beaucoup de sa sérénité est purement de façade, produit de son éducation et de ses solides murailles occlumentiques. Je le connais trop bien pour me leurrer. Mais il garde soigneusement ses émotions. Possiblement pour me protéger, pas juste par habitude, j'en ai conscience. Probablement pour ne pas trop inquiéter sa mère non plus.
«Vivian?»
Je me force à me reconcentrer sur le moment présent.
«Il voulait me parler de Scorpius. C'était… Assez étrange comme discussion.»
Je raconte à Ewald l'échange que j'ai eu avec mon avocat dans le détail. Je lui dis aussi ma surprise de l'avoir vu si sincère, et mes doutes que ça ne soit pas vraiment le cas. C'est un politicien, après tout. Je doute de pouvoir me targuer de l'avoir vu sans masque. Il a sans doute au moins un ou deux motifs cachés, et pourtant…
«Je pense que tu as raison. Il a sans doute d'autres intérêts en jeu. Néanmoins, les Malefoys sont réputés pour faire passer leur famille en premier, et je pense que tu as suffisamment l'habitude des aristocrates sang pur pour pouvoir te fier à tes impressions.» répond Ewald avec un sourire ironique lorsqu'il mentionne les sang pur.
«Comment tu te sens par rapport à ça?» me demande il encore
Je soupire.
«Je ne sais pas vraiment… Je vais écrire à Scorpius, c'est sûr. Regarde...»
Je sors la lettre de Scorpius que m'a confiée Draco plus tôt, la tendant à Ewald pour qu'il la lise. Le Poufsouffle n'a écrit qu'une poignée de mots, mais il m'a touchée. J'arrive à lire, en sous-texte, l'insécurité qu'à évoquée son père. Je me reconnais dans sa crainte d'être rejeté.
«Chère Vivian,
Je m'inquiète de ne pas avoir de tes nouvelles. Père m'a dit qu'il était ton avocat sur une affaire compliquée. Je sais que tu n'aimes pas parler de toi, mais je suis ton ami. Je veux juste que tu saches que je suis là si tu as besoin. Je m'inquiète.
Tu viens toujours à ma fête d'anniversaire?
Scorpius»
Ewald me rend le mot avec une mine pensive et une pointe d'inquiétude dans le regard quand il croise le mien.
«Tu vas lui dire qui tu es, comme t'a demandé lord Malefoy?»
Je remonte mes genoux contre ma poitrine, essayant de maintenir la fermeté de mes murailles.
«Oui. Je… Je crois que c'est nécessaire, et je préfère lui dire moi même plutôt qu'il l'apprenne lors d'un procès pour meurtre.» un rire désillusionné m'échappe. «Je ne sais pas comment, mais je vais lui écrire, oui.» je soupire «C'est un problème pour demain.»
L'ancien Serpentard hoche gravement la tête, effleurant mon esprit pour me transmettre une légère vague d'apaisement.
«Tu le considère vraiment comme un ami.»
Je croise le regard d'Ewald, et je refuse de baisser les yeux en répondant, même si c'est quelque chose de compliqué pour moi à admettre à haute voix.
«C'est vrai. Je ne voulais pas être amie avec lui mais… C'est la magie des Poufsouffle, je suppose!» je conclus, utilisant l'humour pour atténuer le sérieux de ma réponse.
Mon ami hoche la tête pensivement, et pendant quelques instants nous gardons un silence confortable.
«En parlant de Poufsouffle, qu'est-ce qu'il se passe entre toi et Arthur?»
Je suis prise de surprise. Pourtant, j'aurais dû m'en douter. Je n'ai pas réagi de façon naturelle, l'autre jour, quand Ewald a reçu la lettre de lui. Je n'ai pas mentionné le Poufsouffle depuis la mort de Kayns, d'ailleurs, maintenant que j'y pense. C'est aussi un indice. Je lutte pour garder mes murailles en état de fonctionnement. Je réalise que j'ai mis trop de temps à répondre pour nier qu'il y a quelque chose, à présent. Je serre mes bras autour de mes genoux, baissant ma tête pour pouvoir me mordre discrètement. Je sens plus que je ne vois qu'Ewald s'est tendu. Je l'inquiète. Je me hais de l'inquiéter.
«Vivian, qu'est-ce qu'il se passe?»
Je soupire, mais me force à répondre:
«Rien de grave, juste...»
Je soupire à nouveau, avant de me résoudre à cracher le morceau.
«J'ai reçu une lettre de sa mère qui me demandait de rester éloignée de lui, pour son bien.
-Comment ça, pour son bien?»
Ewald ne cherche pas à me dissimuler sa colère, et je tressaille. Il pose doucement sa main sur la mienne.
«Montre moi cette lettre.»
Je hausse les épaules, tentant (et échouant, j'en ai bien conscience) de minimiser la chose.
«C'est pas la peine. C'est pas grave. Si c'est ce qui est mieux pour lui dans l'immédiat, autant le respecter, non? Et j'ai des nouvelles de lui par ton biais.»
Je croise le regard gris de l'ancien Serpentard, et je comprends que je ne vais pas y couper. De mauvaise grâce, je tends la main vers ma malle, entrouvrant le compartiment du dessus. Évidemment, Ewald ne manque pas le fait que j'aie gardé ce mot accessible. Est-ce qu'il se doute que je l'ai déjà relu plusieurs fois, depuis que je l'ai reçu? Il me connaît trop bien.
Il ne met pas longtemps à finir de lire les quelques lignes dont s'est fendue la mère d'Arthur. Ses lèvres se pincent tellement qu'elles forment une ligne blanchie.
«Qu'elle ose...» il siffle, entre ses dents, sa colère semblant avoir augmenté d'un cran.
«Ewald… C'est vraiment pas grave. On s'en fout.»
Je me sens vraiment mal, maintenant. Peu importe, pourtant. J'ai ce que je mérite. Je n'ai pas l'énergie d'affronter le déni de mon meilleur ami. L'ancien Serpentard prend le temps de respirer profondément avant de poser la lettre avec une délicatesse presque dangereuse, tant elle contraste avec son état d'esprit. Ensuite, il se tourne vers moi, sa main se posant avec délicatesse sur mon épaule. Il me laisse le temps de me dérober au contact, mais je l'accepte. Je sais que je ne le mérite pas, qu'il finira bien par se lasser, mais ça me fait tellement de bien.
«Elle n'avait pas le droit de te dire ça.»
Je hausse les épaules.
«Vivian. Tu n'es pas responsable de ce qu'il s'est passé. Tu as tué deux fois, deux fois en présence d'Arthur. Deux fois pour le protéger. Sans toi, il serait mort il y a des années. J'en sais suffisamment pour dire ça. Il m'a parlé de ce qu'il s'est passé ce jour là. Il n'aurait pas pu se défendre.
-Sans moi, il n'aurait pas eu à revivre ça.
-Tu n'es pas responsable pour les actes de Kayns.»
Je lève les yeux au ciel, frustrée. Ce n'est pas la question. C'est à cause de son amitié pour moi qu'Arthur s'est retrouvé là, en danger. Sans moi, ça n'aurait pas eu lieu. Comme si il avait lu dans mon esprit, Ewald reprend:
«Même quand on l'a découvert, Kayns a fait ses choix. Il aurait pu discuter. Il aurait pu se rendre. C'est lui qui a fait le choix de se battre, qui a menacé Arthur et nous a forcés à le tuer.
-J'aurais pu l'incapaciter avec ma baguette.»
Ewald a un petit rire sans joie.
«Tu as dit toi même que tu n'étais pas certaine que tu aurais pu l'arrêter, que tu as choisi l'option qui te donnait la certitude de protéger tes amis. Tu ne le regrettes pas, je le sais autant que toi. Et tu as eu raison.
-C'est vrai. Je le referais si c'était nécessaire.» je réponds, avec une pointe de froideur, écho du calme froid que je ressens en cet instant. Je tuerais aussi souvent qu'il le faudra, si c'est ce qui garantit la sécurité de ceux à qui je tiens. Mais Arthur… Arthur n'aurait pas dû être confronté à ça, à nouveau.
«Arthur se remettra. Il n'aurait pas pu se remettre, si il était mort.»
Une nouvelle fois, les mots de mon meilleur ami font écho à mes pensées.
«Tu n'es pas responsable pour les choix des autres. Tu n'es pas responsable pour le fait que Kayns t'aie prise pour cible. Tu as réagi à ce qu'il se passait. Ce n'est pas toi le problème, c'est Kayns. C'est lui qui a blessé Arthur, et que lady Clifford ose te tenir pour responsable…
-Il faut quand même reconnaître que j'ai une fâcheuse tendance à me retrouver dans ce genre de situations, non?» je réplique, avec amertume.
L'ancien Serpentard crispe le poing avant d'expirer profondément.
«Tu as une malchance impressionnante. Ça ne fait pas de toi un monstre, et tu n'es pas à blâmer. Tu n'es ni responsable pour le fait qu'Arthur se soit retrouvé dans cette situation, ni pour la façon dont il le vit.»
Je ne réponds rien. Je sais qu'il y a du vrai dans ce que dit Ewald, même si je ne suis pas convaincue à cent pour cent. En sachant que Kayns était dangereux, j'aurais juste dû me dénoncer aux aurors. À trop vouloir me protéger, j'ai mis les autres en danger. Le bras d'Ewald entoure mes épaules avec lenteur, me détournant de mes réflexions. Je croise le regard de mon meilleur ami qui me dévisage pour s'assurer que je ne montre pas de signe d'inconfort, juste avant qu'il m'attire contre lui. Je le serre fort contre moi, avec une pointe de désespoir. Nous restons enlacés en silence quelques instants, avant qu'il ne reprenne la parole sans m'éloigner de lui.
«La situation est ce qu'elle est, Vivian. Écris à Arthur. Si sa mère tente quoi que ce soit, je lui dirai ma façon de penser.»
Je remue un peu, de façon à pouvoir regarder l'ancien Serpentard dans les yeux. Je me sens si lasse.
«Je ne préfère pas. On a suffisamment de choses à gérer pour l'instant. Le fait de savoir qu'Arthur va aussi bien que possible me suffit.
-Je refuse que tu te prives de lui parler juste parce que sa mère se trompe de cible.
-Elle doit se sentir impuissante.» je soupire «Je suis sûre que tu comprends pourquoi elle réagit comme ça. Elle défend son fils comme elle peut.»
Je sens le corps d'Ewald se tendre contre le mien.
«C'est une adulte. Une lady. Elle se sent sans doute impuissante, oui. Tout est passé, elle ne peut gérer que les retombées. Mais ce n'est pas une raison pour s'attaquer à toi. Tu es… Plus jeune, à défaut d'être réellement une enfant. Tu es l'une des meilleures amies de son fils. Merlin, tu as tué pour le protéger! Elle devrait être capable de comprendre ça par elle même. Elle panique alors qu'elle devrait réfléchir.»
Je hausse les épaules.
«C'est comme ça.»
Avant qu'Ewald aie le temps de protester à nouveau, je reprends la parole.
«Je ne dis pas que je ne parlerai plus jamais à Arthur, d'accord? Juste que pour l'instant, avec le journal et l'enquête, ça fait déjà beaucoup. Je n'ai pas envie de confronter lady Clifford. Je veux juste qu'Arthur puisse guérir, autant que possible. Je doute qu'un conflit ouvert entre toi ou moi, et sa mère n'aide beaucoup. Imagine ce que ça lui ferait, de devoir choisir un camp! Sa priorité doit être lui même.» je soupire. «Bien sûr que ça fait mal. Il… Il n'a pas cherché à me contacter non plus. À part si sa mère intercepte ses lettres, bien sûr, mais dans ce cas je pense que celle qu'il t'a envoyé aurait été différente. Je… J'ai des nouvelles par toi. C'est suffisant pour l'instant.
-Je n'aime pas ça.
-Je sais. Moi non plus.» je réponds, honnêtement. «Mais je n'ai pas l'énergie pour ça et puis… Je...»
Je reprends ma respiration. J'ai du mal à dire ça à haute voix.
«Je ne suis pas seule, tu es là.»
Malgré moi, mon affirmation sonne un peu comme une question. Sans doute parce que je sais qu'il finira par partir, lui aussi, par me rejeter. Combien de temps avant que je ne puisse plus me blottir contre lui? Combien de temps avant qu'il ne réalise que je suis nocive? Je repousse ces pensées alors que mon meilleur ami me fait parvenir une vague d'affection par le biais de notre lien, assortie de sentiments rassurants.
«Je ne te laisserai pas tomber, Vivian.» ajoute il, à haute voix.
À part moi, je pense que c'est une promesse qu'il ne pourra pas tenir, mais malgré tout son affirmation me fait du bien.
La discussion s'arrête là, à mon grand soulagement. Nous restons dans mon lit, moi recroquevillée contre lui qui finit par me caresser doucement les cheveux d'un geste machinal. Lorsqu'il part se doucher, ma lame se charge de chasser la douleur temporairement, en la rendant physique.
oOo
La veille de ma visite à sainte Mangouste, je suis plus stressée que jamais. Même le duel que nous avons fait cet après-midi dans le parc du château n'est pas parvenu à totalement dissiper mon appréhension sur le moment, alors plusieurs heures plus tard… J'ai beaucoup trop de sujets d'inquiétude. La lettre que j'ai envoyée ce matin à Scorpius, où sans lui dire que j'ai tué quelqu'un (chaque chose en son temps), je lui explique que je n'ai pas réellement onze ans, et j'évoque un peu mon identité réelle. Il y a le fait de quitter le manoir émeraude, affronter l'extérieur, revoir mon père… Je ne suis pas vraiment d'humeur à feindre l'enthousiasme qui sera attendu de moi alors que je le ferai visiter le chemin de traverse. Il y a le fait de me retrouver dans un environnement médical avec mes craintes de finir cobaye. Il y a le motif du rendez-vous, bien sûr, la prolongation de mes sorts de suspension de la puberté. Aujourd'hui, il ne sera pas question de bloquer définitivement la croissance de ma poitrine, ce sera un problème pour la rentrée. Madame Pomfresh doit voir mes parents quelques temps après la reprise des cours. Et d'ici là… D'ici là, il sauront sans doute pour moi, et ça risque de changer les choses. Le potentiel procès, mon épée de Damoclès personnel, bouleversera sans doute tout ça d'abord. Mais juste de devoir prolonger les sorts de suspension de la puberté me rappelle que je n'ai pas le droit de gérer mon corps comme je l'entends. La colère en moi ne s'éteint jamais complètement, à ce sujet.
Le dernier sujet d'appréhension, et pas des moindres, est le renouvellement des sorts en lui-même. Devoir consulter un médicomage inconnu, alors qu'à Poudlard au moins Madame Pomfresh était une donnée connue. Alors qu'Arthur était avec moi. Et bien évidemment, qui dit médicomage inconnu et visite pour motifs médicaux dit sorts de diagnostic. C'est pour ça que ce soir là, je me force à demander à Ewald, avant de dormir:
«J'ai besoin que tu me soignes.»
L'ancien Serpentard, qui lisait, appuyé contre la tête de son lit, se redresse brusquement, ses yeux parcourant mon corps avec inquiétude.
«Je n'ai rien fait! Enfin, pas maintenant, je veux dire. Il n'y a rien de grave.» je m'empresse de le rassurer, comprenant la raison de sa panique soudaine. Mon ami semble se détendre légèrement, mais pose son livre sur sa table de nuit avant de se tourner vers moi, m'accordant sa pleine attention.
«Montre moi.»
Même si j'ai demandé, je ne le fais pas de gaîté de cœur. J'enlève mon haut avant de retirer mes glamours. Comme souvent dans ce genre de situation, le visage d'Ewald prend une expression plus neutre alors qu'il dresse ses boucliers occlumentiques. Pour encaisser ce que je me suis fait. J'ignore de mon mieux le mélange de honte et de culpabilité que je ressens alors que la baguette de mon meilleur ami parcourt mon corps pour refermer mes plaies. Contrairement à Arthur, lui cherche mon regard en me soignant. J'ai dû mal à croiser ses yeux.
Ewald travaille rapidement et soigneusement, refermant les coupures les plus récentes en priorité, avant de s'attarder sur les autres cicatrices qui n'ont pas fini de cicatriser. Je prends conscience, au temps que ça prend, en ayant un regard extérieur posé sur moi, d'à quel point j'ai abusé ces derniers temps. Machinalement, je compte le nombre de fois où sa baguette entre en action. J'arrête lorsque je dépasse les deux cent. Le chiffre fait peur. Il paraît beaucoup trop grand pour toutes les coupures insignifiantes et superficielles que je me suis faites.
Ce n'est qu'une fois qu'il a reposé sa baguette que l'ancien Serpentard prend la parole, après m'avoir observé quelques secondes en silence. Comme pour me laisser une chance de parler avant lui.
«Vivian...» il soupire, l'air de ne pas réussir à trouver ses mots. «C'était… Je sais qu'il y a beaucoup trop de choses qui se passent ses temps ci. Mais t'être coupée à ce point là… Je...» il souffle de frustration, et avant qu'il ne trouve quoi dire pour exprimer sa pensée, comme un automatisme, je m'excuse.
«Je suis désolée.»
Je me sens comme une merde, à lui rajouter encore du souci. Honteuse de ce qu'il a vu. Lui aussi à énormément de choses à gérer, ces temps-ci. En plus des problèmes que nous partageons, il doit penser à son avenir, chercher un apprentissage, poursuivre son éducation politique… Et il y a aussi les choses dont il n'était pas prêt à me parler avant que je ne tue Kayns, même si je ne suis pas sûre que ça soit toujours d'actualité.
La main d'Ewald se pose sur la mienne avec délicatesse, prenant le temps, comme toujours, de me laisser me dérober avant de vraiment saisir mes doigts. Je relève légèrement la tête, croisant brièvement son regard. Ses murailles sont moins hautes que pendant qu'il me soignait, sans doute parce qu'il fait vraiment un effort pour communiquer avec moi.
«Tu n'as pas besoin de t'excuser. Juste… On en a déjà parlé plusieurs fois, et je ne crois pas que ça soit ma place de t'empêcher de te couper à tout prix. Mais quand je vois ça…» ses doigts se crispent entre les miens, et je note que sa deuxième main est serrée en poing. «J'aimerais enlever toutes tes lames, je me demande si je fais le bon choix. Je sais que ton libre arbitre est plus important, je ne vais pas revenir sur ce que je t'ai dit… Merlin, Vivian, je me sens juste impuissant. Ça sert à quoi si je ne suis là que pour te soigner, après?»
Je ne veux pas pleurer maintenant, le faire culpabiliser d'une façon ou d'une autre pour ses mots et ramener à moi sa frustration légitime. C'est pour ça que je retiens mes larmes. Ce serait tellement plus simple, si je n'étais pas cassée, si je n'avais pas besoin de me couper pour tenir le coup. Si je voulais bien faire preuve d'un peu plus de bonne volonté pour tenir. Parce qu'en vrai, je sais bien que je pourrais m'en passer, au moins le faire beaucoup moins. Je n'en ai juste pas envie, la plupart du temps. Parce que quelle importance, n'est-ce pas? À quoi bon? Et puis, ça soulage, même si ce n'est que temporaire… Je soupire. Ce n'est pas le moment de me laisser emporter.
Presque timidement, je me rapproche d'Ewald. Je m'attends à ce qu'il ne me repousse, surtout lorsqu'il lâche ma main. Pourtant, c'est seulement pour mieux pouvoir m'enlacer. Je lui rends son étreinte avec une touche de désespoir, miroir de celui tangible dans son geste. Je n'arrive pas à parler, alors je tends mon esprit vers lui. Il s'ouvre au contact sans hésiter, et je lui transmets ce que j'ai trop de mal à formuler. Qu'il m'aide, qu'il m'aide tellement, que j'ai une reconnaissance titanesque à son égard. Que je sais que je ne pourrai jamais lui rendre la moitié de ce qu'il me donne. Que je suis désolée de me couper, honteuse de me laisser tenter, coupable de continuer à le faire en sachant que je vais le blesser. Que je tiens à lui. Je lui transmets ce sentiment puissant qui me retourne les tripes qui n'est même plus de la reconnaissance à ce stade, pour sa façon de prendre soin de moi. De me laisser faire mes choix, même lorsqu'il les désapprouve.
À travers nôtre lien, je sens la vulnérabilité de mon meilleur ami. Je sens aussi sa détermination, et son affection pour moi. Nous sommes liés. Toujours.
Nous continuons à nous étreindre, sachant que cette question de coupure va continuer à rester en suspens. Jusqu'à ce que je meure enfin, pense une part de moi. Je ne lui laisse pas vraiment de place dans l'immédiat, car penser ainsi est une forme de trahison alors qu'Ewald est contre moi. Ce n'est pas ce qu'il veut. Moi même, je ne sais pas ce que je veux. Je sais juste que je ne peux pas continuer ainsi. Avec Kayns et l'interrogatoire, j'ai appris que je n'étais rien, que je ne m'appartenais pas, et qu'aucune part de ce qui faisait moi n'était à l'abri. Ma mort au moins serait mienne. Et pourtant, ces certitudes perdent un peu de leur relief agressif, en cet instant. Je regagne un peu d'autonomie, d'appartenance à moi-même, au quotidien.
«J'ai peur de te perdre.»
Ce n'est qu'un souffle, mais proches comme nous le sommes je ne peux que l'entendre.
C'est à ce moment là que j'éclate en sanglots. Silencieusement, au début, j'essaye de les contrôler. Les bras d'Ewald se resserrent sur moi, et je renonce à toute discrétion, puisqu'il sait.
Ce n'est que plus tard que l'ancien Serpentard relâche doucement sa prise, et je reste appuyée sur lui.
«Merci de m'avoir laissé te soigner.»
Honteuse, je me détache un peu de lui. Il comprend en croisant mon regard.
«Sainte Mangouste?»
Je baisse les yeux.
«Merci quand même, Vivian.
-J'aurais préféré ne pas t'infliger ça.»
L'ancien Serpentard soupire légèrement, s'installant de façon à pouvoir me faire face, même si sa main a retrouvé la mienne.
«Je peux encaisser, Vivian. Si je ne peux pas t'empêcher de faire ça, je veux au moins pouvoir te soigner. Prendre soin de toi dans la mesure que tu m'autorise. C'est pire pour moi de savoir que tu te blesses sans pouvoir rien faire, que de voir le résultat de ce que tu t'es fait et de soigner ce que tu m'autorises à soigner. Ce n'est pas en cachant la vérité qu'elle disparaîtra.»
Je me force à regarder mon meilleur ami dans les yeux. Je lui dois au moins ça. Ne pas fuir la conversation. Il me sourit légèrement, un sourire qui se veut rassurant plutôt que joyeux.
«Je suis avec toi. On en a déjà parlé. Si tu peux, j'aimerais que tu évites de le faire autant que possible. Je suis là si tu as besoin de parler, ou juste de contact.» il détourne légèrement le regard en disant ça. «Je suis aussi là si il s'agit de limiter les dégâts.» Il hausse les épaules. «Tu es ma meilleure amie.»
Je serre sa main fort dans la mienne, lui transmettant par nôtre lien ma reconnaissance tout en répondant à voix haute.
«Merci.»
oOo
Cette nuit là, je suis réveillée par un gémissement. Le temps que j'ouvre les yeux, Ewald est en train de se redresser en position assise. Un peu désorientée, je souffle:
«Qu'est-ce qu'il se passe? Tout va bien?»
L'ancien Serpentard ne me répond pas immédiatement, et l'inquiétude me fait revenir rapidement à la réalité. Je me redresse à mon tour, posant la main sur l'épaule de mon meilleur ami, qui sursaute. Je retire tout de suite ma main en m'excusant, par automatisme. La main d'Ewald rattrape la mienne à mi-chemin, la serrant avec presque trop de force.
«Vivian?» sa voix est tendue. Je fronce les sourcils, toujours perdue.
«Oui?»
En entendant ma réponse, mon ami se détend avec une soudaineté presque surnaturelle. Il laisse échapper un petit «Oh...» avant de respirer profondément. Ensuite seulement, il reprend la parole, d'une voix beaucoup plus normale. Je n'ai toujours pas bougé, figée dans l'incompréhension de ce qu'il se passe et craignant de faire quelque chose de travers.
«Je suis désolé de t'avoir réveillée. J'ai fait un cauchemar.»
Sa main relâche sa prise sur la mienne progressivement, jusqu'à atteindre un niveau acceptable. Je ne peux m'empêcher de remarquer qu'il ne me lâche pas néanmoins. Je distingue, dans la pénombre, qu'il essuie ses yeux discrètement avec son autre main.
«Ce n'est pas grave.» je réponds, calmement. Ce n'est pas comme si je ne l'avais jamais réveillé, moi.
«Tu as eu déjà tellement de mal à t'endormir… Tu devrais te recoucher, je ne vais pas tarder non plus.»
La voix d'Ewald est redevenue complètement normale, mais je le soupçonne d'occluder. Sa main est toujours dans la mienne, et après une hésitation je commence à la caresser doucement du pouce.
«Tu veux en parler?» je demande, un peu tendue.
«Tu devrais vraiment dormir, Vivian. Tu as besoin de sommeil.»
Il sonne toujours composé, mais il est toujours en boule, et surtout, il n'a pas répondu à ma question.
«Ce n'était pas une réponse.» j'observe, tranquillement.
L'ancien Serpentard me lance un regard et nos yeux se rencontrent. Il semble tendu, à nouveau, et c'est lui qui rompt le contact visuel en premier avant de demander, d'une voix à peine perceptible:
«Tu veux bien te rapprocher un peu de moi?»
Je ne suis pas sûre d'avoir bien compris, mais je n'ose pas lui demander de répéter, vu comme il a l'air d'avoir eu du mal à me demander ça. Hésitante, je me rapproche de lui lentement, en lui laissant le temps de bien voir mes mouvements au cas où j'aurais mal compris. Au cas où il changerait d'avis aussi. On a l'habitude de se faire des câlins, d'être en contact mais il n'a jamais demandé comme ça. La situation est différente. Il est vulnérable, peu importe à quel point il essaie de se reprendre le contrôle avec l'occlumencie. Dès que mon épaule entre en contact avec la sienne, il m'attire contre lui avec force.
Malgré ma surprise, je ne montre aucun signe d'inconfort alors qu'il me serre contre lui avec une touche de désespoir. Je ne comprends toujours pas totalement ce qu'il se passe, mais je sens bien qu'il a besoin de ça, maintenant. Alors je le serre contre moi aussi fort que je l'ose, me sentant dans le même temps infiniment gauche. Je ne sais pas quoi lui dire. Je sens sur sa joue sur la mienne, mouillée de larmes. Je ne réagis pas. Je doute qu'il veuille que je lui fasse remarquer. Il prend des respirations profondes, comme si il essayait toujours de se calmer.
Après plusieurs minutes, il relâche doucement la pression. Je ne m'éloigne pas de lui pour autant, le laissant décider de si il veut rompre notre étreinte.
«Je suis désolé.» souffle il
«Tu n'as pas de raison de l'être.» je souffle en réponse, lui renvoyant ses propres mots.
Nous restons encore quelques secondes en silence, et j'effleure doucement son esprit. Il s'ouvre au contact, mais je sens qu'il est prudent. Qu'a t'il peur que je ne voie? Quoi qu'il en soit, je respecte sa distance, me contentant de lui faire sentir mon affection, et le fait que je sois totalement okay avec le fait qu'il m'aie réveillée. Qu'il n'est en aucun cas diminué à mes yeux pour ce qu'il vient de se passer. Je ne sais pas comment lui faire comprendre autrement qu'il n'y a aucun problème, que ça ne change rien.
C'est lorsqu'il se détend que je réalise à quel point il était toujours tendu. Il soupire profondément avant de m'attirer à nouveau plus proche de lui.
«J'ai rêvé que… Que tu mourrais. Que j'étais juste à côté et que je ne pouvais rien faire.»
Son esprit effleure le mien, empreint d'hésitation, mais lorsque j'accepte le contact il me laisse voir et ressentir des fragments épars de son rêve.
D'abord une sensation oppressante de panique alors qu'il me cherche dans une réplique cauchemardesque du manoir émeraude, emplie de portes de tous les côtés, de recoins sombres, déserté de toute vie. Un homme qui se dresse face à lui, menaçant de tuer sa famille et Arthur. Kayns. Dans le rêve, le combat est beaucoup plus équilibré que dans la vraie vie. Ewald triomphe, et sa famille est libre, mais la panique ne le quitte pas. Augmente même, lorsque Arthur lui demande où je suis, où il m'a cachée. Le cauchemar reprend comme au début, mais cette fois-ci c'est la porte d'une salle de bain qu'il ouvre après un moment. Je suis dans la baignoire, et mon corps est couvert de coupures et de sang. Lorsque Ewald se précipite vers moi, je pose ma baguette contre ma tempe avec un grand sourire. Ma tête explose alors que les émotions de paniquent se muent en une douleur atroce et un sentiment de perte violent.
Choquée, je serre Ewald contre moi, comme pour exorciser ce qu'il vient de me montrer. Je me sens presque malade. Je ne sais pas quoi faire, pas quoi dire. J'ai conscience que ces visions ne viennent pas de nulle part. Le lien n'est pas dur à faire avec les derniers événements, après qu'il m'ai soignée tout à l'heure, en plus.
«Je suis désolé, je n'aurais pas dû...» souffle Ewald «Je n'ai pas réfléchi.
-Je suis contente que tu m'aies montré ça.» j'ai un petit rire ironique «Peut-être pas contente, d'accord. Mais je suis reconnaissante que tu m'aies fait assez confiance pour me le montrer. Et Ewald? Je suis vraiment désolée que mon comportement t'inquiète autant. Je… Je ne sais pas quoi te dire. Je ne sais pas ce que j'en pense. Mais dans tous les cas tu n'as pas de raison de t'excuser. Je…»
Une nouvelle fois, les mots se dérobent à moi et je sens des larmes de frustration me monter aux yeux. Mon esprit trouve le sien et je lui fais ressentir ma reconnaissance pour la confiance qu'il m'accorde, ma culpabilité, aussi, d'être qui je suis et de le faire souffrir comme ça. Il me répond sans mots avec sa compréhension profonde de qui je suis pour me dire de ne pas me sentir coupable d'être qui je suis. Il me transmet avec retenue son affection, il me fait sentir à quel point il tient à moi. Comme si je pouvais en douter après tout ça. En réponse, je lui fais ressentir l'amour que j'ai pour lui, même si c'est effrayant d'être à nu, comme ça. Ce serait si facile de me briser encore plus. Je le réalise, il y a encore des parts de moi qui peuvent l'être. Mais pas ici, pas maintenant, pas lui. Je lui fais confiance. Et si je dois brûler pour cette confiance, je brûlerai.
Je suis toujours dans ses bras lorsque nous nous rallongeons pour essayer de dormir. Mon corps est niché contre le sien, mon dos contre son ventre, ma tête sous la sienne et ses bras autour de moi. Comme si j'étais une peluche grand modèle. Je me sens protégée autant que lui doit se sent rassuré, je le sais. Nos esprit se frôlent encore un peu avant que je ne sombre dans le sommeil. Malgré le côté inhabituel de cette position, et l'inconfort de dormir si proches, je ne me réveille plus une seule fois avant que l'alarme ne sonne, signalant le moment de se lever.
oOo
Je serre au fond de moi ce précieux sentiment
J'apaise mon âme à ces fortes certitudes
Ces liens qui nous relient éloignent la solitude
Et nous nous soutiendront pour aller de l'avant
Il est trop tard pour fuir ou pour couper ces liens
On est là pour tenir et être heureux ensemble
C'est ainsi que nous pourrons sourire demain
Je suis reconnaissante pour ce qui nous rassemble
Pour plaisanter dans la douleur des amis vrais
Pour nous aider quand nos erreurs nous font tomber
Pour ne plus avoir besoin de cacher ses larmes
Et avoir une raison de brandir ses armes
-Extrait du journal étoilé de Vivian Éris, écrit dans un élan d'optimisme-
Alors, des retours?
J'avais envisagé de faire une elipse, à l'origine, mais au final il me semblait qu'il y avait trop de choses en suspens entre Ewald et Vivian notamment pour juste les passer sous silence.
Pensez aux reviews, j'ai besoin de ma dose de motivation :p
à la prochaine!
