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"Boys and girls of every age,
Wouldn't you like to see something strange?
Come with us and you will see,
This, our town of Halloween!"
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Halloween me manque toujours.
Lorsque les jours se rallongent et qu'il commence à faire de plus en plus chaud, l'automne me manque. Tout comme Halloween.
Je veux toujours retourner en automne, lorsque les feuilles colorées tombent sur le sol à l'odeur de sous-bois. Je veux le ciel gris, la brise fraîche et les arbres qui deviennent multicolores. Mais surtout, creuser les citrouilles aux mille visages effrayants, l'odeur de la pulpe qui mijote dans mon chaudron de sorcière, les costumes à choisir pour la grande soirée, le final d'octobre. Sans parler du bruit des feuilles qui craquent sous mes pieds lorsque je marche dehors...
Cette nuit, nous étions dans la même saison que dans la vraie vie : sur la fin de l'hiver et le début du printemps. Mon âme de jardinière ne déteste pas vraiment le printemps, mais rien ne vaut l'automne.
J'étais en train de faire les courses, tard en fin de journée, lorsque la nuit commençait à s'étaler dans la ville. Je n'étais pas seule, je me trouvais en compagnie d'une bonne amie nommée "Grace". (PS : je ne connais personne de ce nom, IRL.).
Je n'avais pas besoin de grand chose, j'ai seulement pris un panier noir en main et j'ai déambulé dans les rayons avec mon amie. Je portais une longue robe bleu azur, avec des Converses blanches aux pieds et mes longs cheveux châtains étaient noués en tresse dans mon dos, se balançant à chacun de mes pas. J'étais petite, avec la peau blanche trop pâle, et très fine. Tout le contraire de Grace, plus grande que moi et plus costaud aussi. Je mettais quelques légumes dans mon panier, lorsque Grace partit au rayon boucherie pour s'acheter un foie de veau. Ne mangeant pas de viande, je l'ai laissé faire dans son coin. Elle m'a rejoint dans mon rayon, au moment où mes yeux s'émerveillèrent de ma trouvaille :
- Regarde ! Des citrouilles !
Je me suis jetée sur les potirons orangés, heureuse d'en voir, en expliquant :
- Après Halloween, plus personne n'en vend alors que c'est encore de saison ! Sachant qu'on arrive au printemps, c'est un miracle d'en trouver ! J'en prends une !
Grace, qui connaissait mon amour pour Halloween, sourit en coin en me regardant choisir ma précieuse courge.
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"This is Halloween, this is Halloween,
Pumpkins scream in the dead of night!
This is Halloween, everybody make a scene,
Trick or treat till the neighbors gonna die of fright,
It's our town, everybody scream,
In this town of Halloween!"
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J'ai choisi une citrouille assez grosse, mais pas trop, et assez haute pour creuser dedans. Je savais déjà ce que je voulais faire :
- Je vais écrire "I Miss Halloween" et je vais la mettre devant la porte de l'école. Je congèlerais la pulpe pour faire un gâteau ou un risotto.
Nous avons continué nos achats, surtout dans les rayons juste à côté des caisses. Grace tenait son sac contenant sa viande en main et, attendant que je termine, l'a posé sur un tapis roulant. Cependant, elle n'avait pas vu que le tapis de la caisse était en marche et ouvert, alors la caissière l'a passé pour la faire payer.
- Oh non ! s'écria mon amie. Nous n'avons pas fini !
La caissière haussa les épaules :
- Ce n'est pas grave, vous pouvez payer et retourner en magasin avec le ticket.
À la caisse d'à côté, une autre employée scannait les achats d'une bande de jeunes, pendant que Grace essayait de négocier, sans trop réussir. Je tiquais, comprenant que les choses allaient dégénérer, alors je tempérais les dialogues entre la dame et mon amie. D'ailleurs, cette dernière parlait de plus en plus fort.
- Grace, tout va bien ! calmais-je. Paye juste ton foie et terminons les courses.
- Non ! Je n'ai pas fait exprès de mettre ça sur le tapis, c'est complétement con ! Alisone, soit de mon côté !
J'ai levé les yeux au ciel.
- Grace, calme-toi ! En plus, tu sais que j'ai déjà été caissière plusieurs fois, donc je serais du côté de la dame.
(True Story IRL).
La bande à notre gauche nous jetait des regards en coin, écoutant en murmurant entre elles. Elles lorgnèrent même mon panier, dans lequel il y avait mes achats, mais aussi mon porte-monnaie ouvert sur ma carte de visite, que je devais donner plus tard à quelqu'un. Je n'ai pas relevé lorsque j'ai reconnu notre voisine de caisse, étant une étudiante avec laquelle nous étions Internes, Grace et moi. Nous ne l'aimions pas vraiment, c'était une horrible harceleuse avec sa bande de pintades.
Grace souffla, mais obtempéra enfin, payant sa viande en serrant les dents. La fille d'à côté sortit son téléphone pour scroller, pendant que je retournais en rayon pour terminer mes courses. Je devais choisir mon repas du soir dans le coin des pâtisseries, lorsque Clarisse, la bully me rejoint. Elle tenta de m'intimider en montrant l'écran de son téléphone :
- J'ai googlé ton site Internet, et c'est vraiment trop pourri ! Tes créations sont de la grosse merde !
Derechef, j'ai levé les yeux au plafond :
- Et qu'est-ce que tu veux que je fasse d'une information aussi stupide provenant d'une fille aussi neuneu que toi ?
Elle s'étrangla avec son chewing-gum en s'offusquant.
J'ai souri en coin en rejoignant Grace aux caisses pour quitter le magasin.
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"I am the one hiding under your bed,
Teeth ground sharp and eyes glowing red,
I am the one hiding under your stairs,
Fingers like snakes and spiders in my hair,
This is Halloween, this is Halloween,
Halloween! Halloween! Halloween! Halloween!
In this town we call home,
Everyone hail to the pumpkin song!"
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Grace et moi étions étudiantes à "The Academy of Unseen Arts", une école de magie, réservée aux sorciers et aux sorcières. Nous étions dimanche soir, c'était la derrière soirée avant la reprise. Oui, nous sortions de deux semaines de vacances bien méritées, et je n'avais aucune envie de reprendre les cours.
Grace et moi arrivâmes dans notre chambre, une petite pièce que nous partagions dans l'immense manoir qui servait d'école et de dortoir. Chacune, nous avions : un lit, avec un bureau en bois usé, une chaise, une armoire, une table de nuit et un petit réfrigérateur, sous l'évier de la kitchenette. J'ai mis mes courses dans les placards au-dessus du lavabo, pendant que Grace rangeait le frais dans le frigo. Bien sûr, l'école avait un réfectoire, mais les élèves pouvaient parfois rester dans leurs chambres pour manger, tout en révisant. Nous avions également une minuscule salle de bain. La chambre était plutôt sombre, avec une tapisserie baroque et des lustres croulant sous le poids de plusieurs bougies à moitié fondu. Nous étions au second étage et notre fenêtre donnait sur le gigantesque jardin de l'Académie.
Le blues du dimanche soir m'attrista grandement. J'ai posé ma citrouille sur ma table de nuit pour me remonter le moral. Il faisait déjà nuit dehors et Grace souhaitait reprendre notre projet.
À l'abord de l'extraordinaire espace vert, Grace avait commencé à découper des planches de bois, pour ensuite les polir et les peindre. Elle voulait fabriquer une cabane enchantée dans les branches du chêne centenaire. C'était un arbre aussi magique qu'ancien. Nous avions déjà bien avancé dans notre projet, en scellant et en sécurisant les grosses branches qui nous aideraient pour poser nos futures marches en bois. Grace sortit la scie électrique pour couper les planches, pendant que je levais les yeux au ciel pour admirer les millions d'étoiles qui brillaient dans le ciel noir, au milieu de la Pleine Lune des Vers. Je soufflais de mélancolie devant une telle beauté.
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"In this town, don't we love it now?
Everybody's waiting for the next surprise,
'Round that corner, man hiding in the trash can,
Something's waiting no to pounce, and how you'll,
Scream! This is Halloween,
Red 'n' black, and slimy green,
Aren't you scared?"
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Grace souffla d'exaspération face à la planche récalcitrante.
- Alisone ? Un peu d'aide magique ?
Elle se releva. Je souris en tendant ma main vers le sol, au-dessus des planches, puis j'ai simplement récité :
- Ic bebeode þisne sweord þæt hé forcierfe þá bende þæra un clýse.
Mes iris se tintèrent d'or le temps que le sortilège se réalise, les planches se découpèrent et se polirent par magie et quelques secondes plus tard, un petit tas tout propre et prêt à l'usage se trouva à nos pieds.
Voilà la raison pour laquelle je voulais sécher les cours du lendemain, contrairement aux élèves de l'Académie, je n'avais pas besoin d'apprendre les sorts par cœur, parce que ma magie était innée. Certes, je ne récitais pas des formules en Latin comme mes collègues, les miennes fonctionnaient en vieil Anglais, mais la finalité restait la même.
J'aidais ensuite Grace à porter les planches vers l'énorme chêne. Les racines sécurisées en escaliers se voyaient très bien sous la pleine lune. Les grosses branches s'élevaient vers le ciel, montrant en son centre les murs en bois que nous avions déjà commencé à construire et à poser.
Il ne restait plus grand chose à faire pour terminer notre cabane.
Mais, il était tard, et demain les cours reprenaient.
Nous sommes donc parties nous coucher.
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"Well, that's just fine,
Say it once, say it twice,
Take a chance and roll the dice,
Ride with the moon in the dead of night,
Everybody scream, everybody scream,
In our town of Halloween!"
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Le réveil fut difficile et le cœur n'y était pas. Pourtant, j'ai revêtu ma robe azur et je suis allée en cours avec mon amie. Évidemment, l'altercation de la veille était encore dans la tête vide de Clarisse, qui me tuait du regard avec ses valets toutes aussi stupides qu'elle.
Lors de la pause du repas de midi, notre professeur principal, qui enseignait la magie théorique, vint me voir. J'étais dans un couloir en compagnie de Grace, lorsqu'il me briefa :
- Alisone, nous avons reçu une information anonyme stipulant que tu possèdes de la drogue dans ta chambre !
J'étouffais un rire.
- Ce qui est complétement stupide.
Mais l'homme sortit un petit sac en plastique de la poche de son costume pour me le montrer avec colère. Dedans, il y avait de la poudre blanche.
- Et ça, c'est quoi ?
- Aucune idée. Ce que vous faites en dehors des cours ne me regarde pas.
Grace ricana, mais le visage de l'enseignant devint écarlate :
- J'ai trouvé ça dans ta chambre tout à l'heure ! La drogue est interdite à l'Académie !
Je levais les yeux au plafond, comprenant que j'étais en train de me faire piéger par une personne, dont l'identité ne fut pas difficile à trouver.
Clarisse.
Comme je ne supportais ni que des gens me hurlent dessus, ni d'être accusé à tort, je me suis mise à crier plus fort que l'adulte devant moi :
- JE NE POSSÈDE AUCUNE DROGUE ! Et ceux qui me connaissent savent très bien POURQUOI ! Si vous voulez des explications, demandez à ma TANTE, elle se fera une joie de vous EXPLIQUER pourquoi vous êtes un parfait IDIOT qui s'est fait manipuler par une bande de COLLÉGIENNES EN JUPES !
Grace lutta pour ne pas exploser de rire, tandis que le professeur explosa de rage, en lâchant :
- Très bien, chez le Directeur vous et moi, de suite !
Je souris jusqu'aux oreilles :
- Avec plaisir.
Puis, nous avons suivi le benêt à travers les couloirs labyrinthiques.
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"I am the clown with the tear-away face,
Here in a flash and gone without a trace,
I am the "who" when you call, "Who's there?"
I am the wind blowing through your hair."
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Le bureau du Directeur se trouvait dans les profondeurs de l'Académie, sous les caves et les cachots. Déjà que les élèves avaient peur de se faire appeler par le patron, le simple fait de glisser dans les tréfonds du château n'aidait pas les gens.
Sauf moi.
J'aimais beaucoup les pierres sombres des couloirs, suintants d'humidité à cause des douves autour des murs. Les flammes des bougies virevoltaient dans les courants d'air, formant des ombres inquiétantes à chaque tour et détour.
J'étais à côté de Grace, qui me souriait en coin, juste derrière le professeur qui semblait plus apeuré que n'importe qui, de marcher sur ce sol froid et dans cette ambiance lugubre.
Une fois devant l'immense porte en fer forgé, l'homme tressaillit et toqua d'une main tremblante. De longues secondes passèrent avant qu'une voix grave ne hurle :
- Entrez !
Avec un bruit de gongs rouillés, il ouvrit le battant pour pénétrer dans l'antre du Directeur.
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"I am the shadow on the moon at night,
Filling your dreams to the brim with fright,
This is Halloween, this is Halloween,
Halloween! Halloween! Halloween! Halloween!
Tender lumplings everywhere,
Life's no fun without a good scare,
That's our job, but we're not mean,
In our town of Halloween."
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Le bureau, plongé dans une semi-obscurité, camouflait le Directeur derrière son pupitre, assit sur sa chaise. Le professeur essaya de garder un peu de contenance en expliquant la situation et en donnant à l'homme le sachet de drogue.
Le Directeur leva un sourcil en observant longuement l'enseignant. Puis, il prit le combiné de son téléphone fixe à sa droite et il composa le numéro de téléphone de ma tante. Quelques sonneries plus tard, j'entendis la voix de ma gardienne légale. Les adultes lui expliquèrent la situation, et, comme je m'en doutais, ma tante s'est mise à hurler :
- PARDON ?! Qui est assez stupide dans cette Académie pour accuser Alisone d'une telle chose ?
Le stupide en question bégaya pour lui répondre. Le Directeur sourit en laissant ma tante balancer, avec rage :
- Êtes-vous idiot ? Tout le monde connaît l'histoire d'Alisone ! La raison pour laquelle elle ne peut PAS être celle qui cache ou prend de la drogue, est à cause de sa mère ! Ma sœur, paix à son âme, était une junky addicte jusqu'aux os ! Elle était enceinte qu'elle se shootait encore ! Quand Alisone est née, sa mère a vendu sa fille pour une dose de plus ! Par Lucider, heureusement que j'ai retrouvé l'acheteuse illégale à temps pour récupérer ma nièce ! Sa mère est morte quelques mois plus tard. Alisone a dû subir un sevrage violent dès la naissance ! Espèce d'idiot !
J'esquissais un sourire.
Yep, c'était ma tante, cette badass.
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"Everybody's waiting for the next surprise,
Skeleton Jack might catch you in the back,
And scream like a banshee,
Make you jump out of your skin,
This is Halloween, everybody scream."
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Pendant que le professeur se faisait remonter les bretelles, Grace et moi dénonçâmes Clarisse et sa bande de stupides.
Heureusement, cette journée de reprise toucha à sa fin. La nuit tomba doucement sur les jardins et la forêt de l'Académie. J'ai pris ma citrouille qui se trouvait toujours sur ma table de nuit, puis je suis sortie. J'étais seule dehors, à me promener sous la lune et les étoiles. Repenser à mon histoire et à ma mère m'avait pas mal secoué. Alors, mes pas m'ont naturellement guidé vers notre future cabane.
Enfin, je soufflais et je décidais de laisser ma magie parler à travers moi. J'ai levé ma main gauche vers la cabane, et j'ai lancé :
- Lasa n-uile fil ocum ocus lasa nuile fil indium, ar-focraim atot-oilg.
Les planches créées la veille se mouvèrent toutes seules et s'installèrent sur les marches, une par une. Une fois les escaliers faits, j'ai repris :
- Lasa n-uile fil ocum ocus lasa nuile fil indium, atot-oilcfe, gìallfae dom.
Les branches mortes sur le sol couvert de feuilles se taillèrent par magie pour ensuite se greffer aux marches, devenant une longue rambarde de sécurité.
Puis, j'ai fait danser mes bras de droite et de gauche devant moi, en continuant :
- Weorc untoworpenlic.
Des lumières magiques s'allumèrent dans la cabane, comme des millions d'étoiles, des lucioles ou des bougies incandescentes. J'ai posé ma citrouille devant moi et j'ai repris mes gestes :
- Awendaþ eft wansæliga neat.
La courge s'envola dans les airs et se creusa par enchantement. L'intérieur se vida et un texte apparut sur la peau épaisse : "I miss Halloween".
Avec les mouvements de mes mains, j'ai utilisé ma magie pour mettre ma citrouille désormais allumée, devant la cabane, comme un signe de bienvenue.
Notre petite cabane brillait par ma magie, avec des escaliers en colimaçon en bois qui montaient les grosses branches jusqu'à la salle en hauteur. Il y avait une porte qui ressemblait à celle des fées, en plus grande, avec une petite terrasse sur laquelle le lierre étirait sa verdure et ses feuilles. Les lumières étincelantes donnaient un côté étrangement beau et Spooky à la fois. Pour terminer, j'ai jeté mon dernier sort :
- Ablinn ðu forlæte ðu nu.
Ce sortilège permettait de rendre la cabane invisible à tous les regards sauf à moi et à Grace. Je ne voulais que personne ne trouve cette merveille.
Satisfaite de mon ouvrage et de ma sorcellerie, je suis rentrée à l'Académie en souriant.
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"Won't ya please make way for a very special guy,
Our man Jack is King of the Pumpkin patch,
Everyone hail to the Pumpkin King, now!
This is Halloween, this is Halloween!
Halloween! Halloween! Halloween! Halloween!
In this town we call home,
Everyone hail to the pumpkin song!"
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Puis, je me suis réveillée.
Il était 5h50.
J'ai passé une nuit atroce, quasi-blanche, ponctuée d'insomnies durant des heures, de Mack qui vomit sur les draps, de Brendan qui rentrait du travail à 2h30 du matin, et de mes cauchemars en série.
La routine, mais je suis exténuée.
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28.02.2025
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