Disclaimer : Tout est fictif dans ce qui suit.


Hôtel Continental, Berlin

Cela faisait plusieurs mois déjà. Depuis sa dernière rupture, Richard ne participait plus à aucune sortie s'il savait que ses amis seraient accompagnés. Il n'avait pas envie de tenir la chandelle, mais encore moins de devoir chercher une femme susceptible de l'accompagner rien que pour l'occasion. L'homme qu'il avait été autrefois n'aurait pas hésité il y a encore quelques temps. Mais voilà, Richard changeait, et il ne savait pas où la route présente allait le mener.

Alors qu'il venait gentiment de rejeter une énième demande de sortie lors de laquelle il serait susceptible de se sentir de trop, Richard avait fini par perdre patience. Pourtant, il ne s'agissait selon Till que d'une "dérive entre potes". C'était sa façon d'appeler les sorties rien qu'entre eux, mais où ils avaient tendance à se montrer dragueurs et pour certains, infidèles. Raison de plus pour que Richard refuse, alors que cela lui rappelait ses défauts et son incapacité à garder une vie amoureuse stable.

Posés face à face dans la salle de séjour de la chambre de Richard, celui-ci lisait tandis que Paul se relaxait.

- Tu peux me dire pourquoi tu es encore célibataire ?

Par ces mots, Paul venait indéniablement de troubler la tranquillité d'esprit de son ami. Ils se fixèrent avec des pensées allant dans deux directions opposées. Paul avait engagé cette conversation par pure curiosité, mais Richard ne semblait pas enclin à la suivre. Pour le lui prouver, il ne prit pas la peine de répondre et replongea dans le magazine qui venait malheureusement de perdre toute saveur. Sans pour autant sentir sa curiosité diminuer, Paul se tourna sur le ventre et le fixa en souriant rien que pour l'exaspérer. Cela fut rapide car Richard sentit le poids de ses regards, qu'il espéra fuir en fermant les yeux. Mais le rire narquois de Paul fit baisser sa patience à zéro.

- Assez ! Tu penses tellement fort que ça m'en donne la migraine ! grogna t-il.

- Allez, réponds ! C'est de la pudeur ou quoi ? Pas avec moi quand même ! Tu sais que tu peux tout me dire.

Après avoir soufflé, Richard jeta nonchalamment son magazine sur la table basse et le regarda enfin.

- Tu crois que je ne sais pas pourquoi tu es là ? Les autres t'ont chargé de me forcer la main, admets-le.

Paul ne perdit pas son sourire et capitula en dénonçant le coupable. C'était une demande de Christoph afin d'encourager Richard à mettre un pied dehors. Évidemment ! Chacun avait sa propre chambre et les autres étaient en train de se préparer, alors le fait que Paul ne "perde son temps" à s'affaler sur le canapé de la chambre de Richard au lien d'en faire autant n'était pas anodin.

- Ta rupture avec Olga, tu as réussi à la dissimuler grâce au silence. Sauf pour nous ! Tes vieux copains ont bien remarqué qu'il se trame un truc. Tout le monde sait que tu n'aimes pas être seul, et pourtant tu t'obstines à le rester depuis que vous avez cassé. Les ruptures ne t'ont jamais fait perdre confiance en ta capacité à charmer les femmes, mais ça commence à faire un bail qu'on te voit seul. On approche d'un nouveau record à afficher sur le tableau du groupe. Tu t'es lassé des femmes, ça y est ?

Richard n'aimait pas rester muet lorsque l'un de ses amis lui parlait, car c'était impoli, mais ce sujet épineux allait s'éterniser avec un homme comme Paul. Raison pour laquelle il décida de ne donner que des réponses courtes et sans détail.

- Non !

- Alors elles se sont lassées de toi ? insista Landers.

Richard hocha la tête de façon résignée et amusée.

- Ça oui, et depuis longtemps. Même s'il y en a certaines qui sont plus téméraires que d'autres.

- Alors c'est quoi ? Tu as du mal à digérer que ce soit fini avec Olga ?

Richard soupira et passa ses mains derrière sa tête. "Ça y est, j'en ai marre" pensa t-il avant de sentir ses jambes échapper à son contrôle et faire de brusques mouvements. Repérant sa perte de patience, Landers le titilla joyeusement.

- Reesh !

- Pfff... Pas plus que les autres, j'ai fini par m'y faire. Je te trouve bien curieux.

- À moins que tu ne fasses une pause ?

Richard tendit ses doigts sous l'impatience et se força à garder la maîtrise de la situation. Il savait que son ami aimait le provoquer et que cela n'avait rien de méchant. Paul aimait seulement avoir des réponses car il était trop protecteur et soucieux de son état.

- Rien de tout ça, Paul. Arrête un peu de réfléchir sinon ton petit cerveau va cramer, c'est trop pour lui là.

Alors que Paul couina comme un chien avec un regard suppliant, Richard haussa les sourcils. Peu étonné par un comportement aussi puérile de sa part, il tenta d'y résister mais cela ne dura que quelques secondes car même s'il s'en cachait la vue, il l'entendait encore. Il se cacha alors le visage en riant, et Landers savoura sa victoire.

- Tu m'énerves. Bon, juste une partie de moi en fait.

- Je ne comprends pas.

- Qu'est-ce que je disais ? Tu as fusillé tes neurones à vouloir chercher comme ça.

- Tu vas voir ta tronche, toi.

Paul le rejoignit sur son canapé dans l'espoir d'insister un peu sur le sujet initial, mais il décida de changer de sujet d'abord pour l'amadouer. Ils passèrent un bon moment à parler de tout et de rien, se bousculant de temps en temps aux épaules. Ce ne fut que lorsque l'effet de leur camaraderie fut passé que Richard avoua en regardant droit devant lui :

- Une partie de moi semble vouloir faire une pause, sans mon accord.

Après ces mots mystérieux redonnant partiellement sa sagesse à Paul, il désigna d'un signe de tête l'endroit où se cachaient ses attributs masculins. Paul ouvrit légèrement la bouche lorsqu'il comprit et cessa de plaisanter. Il se posa correctement et se comporta de la façon la plus respectueuse possible sachant que ce problème pouvait toucher n'importe quel homme, et sans prévenir.

- Tu veux dire que tu as des problèmes avec ça, mon grand ?

Allumant une cigarette tout en sachant qu'il était interdit de fumer, l'homme aux cheveux noirs en prit une première bouffée.

- Depuis un certain temps.

- Ah !

Devant cette réponse sans détour, Paul perdit ses mots. Étonné que son ami ne le lui avoue avec autant d'indifférence que de calme, il sut qu'il avait dû passer beaucoup de temps à réfléchir là-dessus afin de garder le contrôle de ses nerfs. En effet, Richard ne restait jamais sans une charmante compagnie, donc jamais sans activité sexuelle. Le fait de ne plus réussir à avoir de rapports avaient dû profondément atteindre Richard.

- C'est que ça ne tient qu'à moitié ou ça ne veut plus se lever du tout ? creusa Paul.

- Un peu les deux, ça dépend des moments.

Encore plus de franchise de la part de cet homme si pudique habituellement stupéfia Paul. Il se sentit heureux de l'entendre se confier à lui, et comprenait désormais pourquoi Kruspe ne tenait plus du tout à les accompagner lors des soirées avec le groupe. Si femmes il y avait, il n'aurait plus la moindre chance de rentrer avec l'une d'elles tout en étant certain de pouvoir la satisfaire. Son pouvoir de séduction sur une femme était une chose, mais le fait de passer à l'acte avec elle en était une autre. D'où son célibat qui s'éternisait.

Mais pourquoi alors semblait-il si lointain et peu atteint par ce fait ? Aux yeux de ses proches, il n'était pas du genre à se laisser abattre pour tel ou tel problème. Richard adorait avoir la compagnie des femmes alors par le fait, il aimait également prendre du plaisir avec elles. Même pour des femmes de passage. Le concernant, la méditation ne faisait pas tout avec lui. Il passait tellement de temps avec le groupe que l'isolement lui était pratiquement impossible pour trouver la possibilité de méditer, alors il lui fallait une autre méthode. La voie médicamenteuse n'était pas une option puisqu'il restait seul. Peut-être compensait-il par la musique !

- Tu as vu un spécialiste ? demanda Paul.

Son ami le regarda pendant plusieurs secondes, au point que Paul se sentit mal à l'aise. Soudain, Richard rigola avant de retourner la tête et Paul comprit ce que cela voulait dire. Ce n'était pas un homme tel que lui qui irait parler à un spécialiste de ses troubles érectiles. Il préférait apparemment subir son problème et souffrir de la solitude.

- Ça fait un peu plus de trois ans que ça a commencé. Au départ, ce n'était rien pour moi. C'était rare, et je ne couchais pas assez souvent pour m'en plaindre. On enchaîne les tournées depuis des années et je passe mon temps en dépression en dehors, alors les rapports ne sont pas privilégiés. Mais ça m'a déjà fichu des soirées en l'air.

Paul ressentit de la tristesse pour Richard, même si lui semblait découragé au point de ne rien tenter pour arranger les choses. Il avait dû s'y résigner au bout de quelques rendez-vous "gâchés" ! Sans cacher sa peine, Paul lui passa doucement une main de la cuisse jusqu'au genou en tapotant dessus.

- Tu crois que c'est à cause de la clope ?

- Quoi d'autre ? Si j'oublie tout ce qui est dépressions, stress et âge... Déjà que le tout est bon pour faire "baisser" le moral, mais alors ça... je pense que c'est le véritable déclencheur.

Paul réalisa pourquoi son ami ne s'occupait pas de son problème. Son addiction au tabac étant irrémédiable, il avait fait son choix au détriment du reste. Après avoir fait craquer les os de son cou, le plus jeune se releva pour aller se planter devant la fenêtre. La vue lui offrait une partie de la ville, mais surtout le parking arrière avec la zone des fumeurs, où quelques membres du personnel étaient en train de discuter. Ricanant alors qu'il transgressait leurs règles, Richard sentit son ami se rapprocher de lui et l'imiter. Paul le ceintura par derrière en narguant silencieusement le personnel qui n'avait aucune chance de savoir que son ami fumait dans la suite. Néanmoins, l'odeur du gel douche du guitariste était si forte que Paul en fut enivré au point de fourrer sa tête dans son cou.

- Qu'est-ce que tu sens bon, toi !

Paul n'entendit pas la déglutition de son ami, qui éloigna sa cigarette pour ne pas l'incommoder. Mais il resta en position parce que l'un comme l'autre, il sentit qu'ils étaient à l'aise. Ils regardèrent l'extérieur en restant l'un contre l'autre, et Paul demanda même une latte à son ami. Richard lui plaça le tube dans la bouche le temps d'une latte, tout en lui déconseillant s'il tenait à rester performant au lit. Paul haussa les épaules avec une moue peu concernée.

- Je t'aurai prévenu, hein ! dit Richard.

Tout en restant collé à lui, Paul passa devant et ils se détendirent à leur façon. Ils fumèrent la cigarette à tour de rôle en jetant des regards furtifs à l'extérieur, savourant la vue. En plus de sa chaleur, le soleil leur offrait une vue panoramique en se reflétant sur toutes les vitres aux alentours. C'était un spectacle à la fois romantique et apaisant car malgré l'agitation incessante autour de l'hôtel et dans les rues, pas un seul bruit ne leur parvenait. Pas un cri, ni un klaxon.

Au terme de deux pures minutes de sérénité, ils tournèrent tous les deux la tête vers la cigarette au moment où Richard la rapprocha. Alors qu'ils s'en approchèrent en même temps, ils s'arrêtèrent en réalisant que leurs lèvres allaient se toucher. Se fixant sans peur ni regret, ils sourirent. Richard plaça ensuite sa cigarette entre les lèvres de l'aîné et le laissa inspirer. Lorsqu'il fit de même après, il réalisa que Paul n'avait pas reculé la tête et avait d'ailleurs posé une main sur sa nuque. Suivant son instinct alors qu'il frissonnait, Richard éloigna la cigarette de leurs visages et l'embrassa doucement. Conquis, Landers gémit et lui rendit immédiatement en passant ses bras autour de lui. Ce baiser était à la fois tendre et sensuel. Ils en savourèrent chaque seconde et leurs bouches se caressèrent avec douceur.

Lorsqu'un hélicoptère s'approcha de l'hôtel face à eux, se dirigeant probablement vers l'héliport du bâtiment, Richard y jeta un œil attentif et souffla d'agacement. Il volait bas et était proche de leur baie vitrée, ce qui menaçait leur identité puisqu'ils étaient à l'avant-dernier étage. Autant que pour calmer leur paranoïa que pour ne pas ternir ce moment, Paul pivota légèrement et tira l'immense rideau suffisamment pour les occulter de l'appareil. Se tournant de nouveau vers son ami, il afficha un sourire et le vit calmé.

- Tranquilles ! murmura Paul.

Puis ils recommencèrent, avant que l'odeur du mégot ne les interrompe également. Richard jura avant d'aller le mettre dans le verre d'eau de Paul pour l'éteindre. Ce dernier le regarda revenir vers lui et lui tendit une main en espérant qu'il ne la lui arrache pas sous la mauvaise humeur.

- Ça me casse les burnes ! pesta le guitariste.

- Reste zen, mon grand.

- Trop tard !

Richard se colla promptement contre lui et cela le rendit nerveux. Pourtant, il afficha un sourire au dernier moment et plaqua doucement Paul contre le mur près de la baie vitrée. Prenant un air mystérieux et satisfait, il lui demanda :

- Je t'ai fait peur, hein ?

L'autre homme resta sans répondre et lui attrapa la tête, avant de l'embrasser à nouveau. Peut-être sa façon de dire "non" ! Leur baiser fut plus brut, moins patient et sans aucun contrôle. Après avoir pris conscience de son propre gémissement, Richard recula la tête et murmura en plongeant dans ses pupilles dilatées :

- C'est qu'on y prend goût, ma parole !

- Tu parles de moi ou de toi ?

Paul savait très bien qu'il avait parlé pour tous les deux. C'était exactement pour cette raison qu'ils en avaient pris l'habitude sur scène : ils étaient dépendants l'un de l'autre. En plus de la provocation qui avait bâti leur réputation, ils aimaient cette petite habitude.

Alors que leurs mains commençaient à imiter leurs lèvres avec plus d'avidité, passant de la tête au haut du corps, Richard entra dans la bouche de son ami. Sous la stupeur, Paul ôta la main qu'il avait dans son dos. Pour ne pas lui faire penser qu'il n'aimait pas ça, il la passa derrière sa tête en caressant ses cheveux et fit de même avec sa langue. Leurs corps étaient littéralement collés à présent et chacun pouvait sentir à point l'autre perdait son souffle. Ils se mirent à explorer les membres et recoins du corps de l'autre, ce qui s'avéra tout aussi excitant pour Paul lorsqu'il se retrouva acculé. Pris dans leur fougue, Richard fut le dernier à sentir la partie inférieure de son corps lui échapper, ce qui laissa voir à Paul qu'il n'avait finalement aucun problème. Il afficha sa surprise sans le vouloir, ce qui fit violemment sursauter Richard lorsqu'il s'en aperçut. Embarrassé, il recula alors que Landers souleva que ce n'était pas grave, et tenta d'aller se calmer plus loin. L'aîné parvint à le rattraper à quelques mètres de la porte d'entrée, avant que Richard ne cherche à prendre la fuite hors de la chambre.

- Ça ne sert à rien de tourner le dos à ce qu'on ne comprend pas.

Paul le rassura comme il put mais l'autre guitariste fuyait encore son regard.

- Ta réaction, ça ne me gêne pas. Tu vois bien que je suis toujours là.

Déglutissant en se retournant enfin, le plus jeune s'énerva contre lui-même.

- Pardon, je ne sais pas ce que j'ai en ce moment. C'est... ça me rend fou...

- Moi je le sais, Rick. Je sais ce que tu as.

Paul l'avait coupé sans en avoir envie mais il voulait l'encourager à accepter sa condition, si sa propre pensée s'avérait juste.

- Écoute-moi bien, il n'y a rien de grave à ça. Tu n'as pas le moindre problème. Tu as tout simplement viré de bord, ne cherche pas plus loin.

Richard déglutit après un silence gêné.

- Il semblerait, oui. Mais c'est encore pire qu'être impuissant.

Il semblait avoir accepté cette éventualité, pourtant le fait qu'il en soit bouleversé rendit Paul mal à l'aise. Il lui posa un baiser sur la lèvre et demanda :

- Pourquoi ce serait pire ?

Richard afficha enfin un sourire.

- Parce que je sais que je peux encore le faire. J'aurai juste peur.

Landers sourit à son tour, lui qui pensait que Richard avait eu honte.

- C'est juste une question de tournure des événements. Tu as la preuve que tu n'as aucun problème d'ordre physique, et c'est le principal. Si tu as juste peur de l'image que tu donnerais aux gens, ça ne les regarde pas et peu importe qui. Fans, famille, amis... tu fais ce que tu veux de ton corps et les autres n'ont pas à gérer ta vie. L'attirance ne se choisit pas. Tu peux même le garder pour toi si c'est ce que tu veux vraiment, pour être tranquille. Je garderai le secret, tu as ma parole.

L'autre homme se calma et se laissa conduire jusqu'au canapé, sur lequel il commença à réfléchir en sa compagnie. Par amitié et respect pour son intimité, Paul lui posa un coussin entre les jambes pour qu'il ne se sente pas humilié par son érection. Richard l'en remercia et attendit que son courage ne se manifeste pour parler. Au final, il se laissa même tenter par un peu d'humour.

- Tu sais, le coussin n'aurait pas servi à grand chose. Elle n'est pas bien grande, alors ça ne se voit pas quand je suis assis.

- Arrête de te dévaloriser comme ça.

Rieur, Paul lui poussa doucement l'épaule. Voyant qu'il était enfin détendu, il garda le sourire et le questionna sur ce qu'il pensait être à l'origine de son changement. Mais Richard ne semblait pas savoir lui-même car même s'il ne ressentait plus rien sexuellement avec les femmes, il les trouvait toujours aussi belles.

- Il n'y a aucun mal à avoir envie de toucher un homme plutôt qu'une femme. Ceux qui pensent le contraire n'ont qu'une moitié de cerveau, alors qu'ils s'occupent de leurs culs. Tu n'as pas été élevé chez les culs-bénis.

Richard se tourna vers lui et le regarda longuement, au point de le rendre aussi timide qu'une groupie effarouchée. Cette vision sembla lui plaire comme lorsqu'il avait le dessus sur quelque chose, mais il rebaissa la tête pour éviter que Paul ne se sente mal. D'ailleurs, c'était plutôt Kruspe qui perdit en confiance à cet instant.

- Les femmes ne me font plus rien mais jusqu'à présent, je n'ai réussi à ressentir ce genre de sensations qu'avec un seul homme. Alors aussi révélateur que ce soit, une réponse isolée a du mal à me convaincre pour l'instant. C'est difficile pour moi de savoir si c'est vraiment ce que je ressens, même de savoir si mes sentiments sont réels. Surtout que je n'entretiens pas n'importe quels rapports avec lui. Il se situe là mon problème.

- Je vais t'aider à y voir plus clair.

Paul lui passa un bras derrière le cou et se pencha vers lui.

- Laisse les sentiments de côté pour l'instant, c'est nouveau pour toi alors c'est normal que tes pensées soient embrouillées. Première chose, demande-toi si c'est quelqu'un dont ton existence pourrait se passer. Si c'est un homme que tu connais depuis peu et que tu pourrais facilement oublier.

- Ah pas du tout ! répondit immédiatement Richard.

Paul leva son pouce devant eux.

- Deuxième chose, est-ce que tu ressens pour lui quelque chose de spécial et que tu as déjà ressenti avec les femmes que tu as le plus aimées ?

Richard resta silencieux sur ce coup. Tournant la tête vers lui, Paul le vit afficher un grand sourire charmeur en regardant dans le vide. Probablement inconscient, mais c'était exactement ce beau sourire qu'affichait son ami lorsqu'il se trouvait en face d'une personne qui - selon Paul - lui plaisait. Ceci amena Paul à croire que sa réponse était positive et qu'en plus cela lui plaisait. De nouveau, il leva son pouce pour l'encourager.

- Alors si c'est quelqu'un de confiance, tu peux essayer de glisser ça dans une conversation sans qu'il se doute de quelque chose ! demanda Paul.

Après un court silence, Richard souffla difficilement et murmura :

- Je viens de le faire.

En voyant la mine soudaine de Paul lorsqu'il comprit, il ne put s'empêcher de rire ouvertement. L'aîné en perdit sa langue et commença même à rougir. Kruspe riva son regard sur la table basse pour ne pas qu'il se sente sous pression. Il était allégé d'un poids, mais nu et désarmé d'avoir extériorisé ses sentiments avec la personne qui l'attirait. Mais au moins, c'était sorti de sa bouche et peut-être que si Paul l'envoyait sur les roses juste une fois, il cesserait de penser à lui !

Le sourire de Richard disparut peu à peu car il se persuadait d'avoir mené son ami à un malaise irréparable. Paul était doux et attentif mais même s'il l'avait poussé à se confier, Richard savait que ses sentiments étaient à sens unique et il ne voulait pas que son ami de longue date ne se sente mal en sa présence en le croyant malheureux, car seul "par sa faute". Richard fit alors la seule chose qu'il pensait imminente de toute manière, et poussa l'autre homme à rejoindre les autres.

- Les gars doivent t'attendre, tu devrais éviter de traîner. Dis-leur que je n'ai pas l'intention de changer d'avis de toute manière.

Avec un peu de chance, après une énorme cuite en compagnie des autres, Landers oublierait toute cette conversation. Et si dans le pire des cas il balançait son secret aux autres à cause de l'ivresse, il y aurait peu de chance que leurs amis ne le croient. Désespéré, l'aîné fit une dernière tentative pour lui redonner le sourire.

- Comment tu te sens maintenant ? demanda t-il.

Appréciant le fait qu'il lui adresse encore la parole, Richard fut honnête.

- Bien et mal à la fois. Je suis allégé d'un poids parce que je n'ai plus ça sur les épaules, mais ce n'est pas comme si ça allait changer quoi que ce soit. Ne fais pas cette tête-là, je n'ai pas envie d'être observé ou plaint comme un malheureux, ou une bête de foire. Va retrouver les autres et éclatez-vous !

Sans un mot ni un regard de plus, Kruspe se leva. Il contourna le canapé pour aller dans sa chambre sans lui laisser le temps de s'exprimer. Pensif, Paul fronça les sourcils en revoyant le visage de Richard qui s'était fermé comme un coffre fort. Bien que ce revirement devait être une étape difficile à vivre chez une personne telle que lui, Paul n'accepta pas du tout d'être vu comme le "méchant" de l'histoire, celui qui isolait les autres pour une infime différence de goûts, en pensait du mal ou encore le pointait du doigt. Il finit par se perdre dans ses pensées sans réaliser que Christoph lui annonçait qu'ils étaient prêts à partir.

À sa sortie de la chambre, Richard vit que Paul était toujours assis. Il ronchonna à voix basse mais pensa qu'il devait encore attendre le message de départ de Schneider. Il décida de retourner dans sa chambre en attendant, ne pouvant se résoudre à affronter son regard une fois de plus. Il eut à peine posé la main sur la poignée que Paul le rejoignit tout en gagnant verbalement du temps.

- Une bête de foire, tu disais. Tu prétends que c'est comme ça que je te vois ?

S'asseyant lourdement sur son lit, Richard désespéra.

- Paul...

- Paul quoi ? Tu as vu à quel point tu me rabaisses là ?

Il n'hésita pas à suivre son ami et se posa à côté de lui sur le lit.

- Je ne voulais pas t'insulter.

D'une voix sèche, l'aîné serra son poing le plus éloigné.

- Raté !

- Je dis simplement que moi-même, je ne sais pas quoi penser. Alors peu importe ton jugement, c'est pour dire que je l'accepterai mais que je n'ai pas envie d'en subir des répercutions. Je préférerais qu'on fasse comme si je n'avais rien dit parce que je veux penser à autre chose. C'est possible ça ?

Après plusieurs secondes d'un silence palpable, Paul décida d'aller de l'avant à sa façon.

- Et si je n'ai pas envie ?

- Quoi ? demanda Richard, agacé.

- Je te dis que je n'ai pas envie ! répéta Paul.

- Écoute ! Peu importe ce que je viens de te dire, ne te monte pas la tête avec et va t'amuser. Tu vois que j'aurai mieux fait de la fermer !

- Mais Rick, tu ne comprends pas que tu viens de faire le plus grand pas en avant qui soit ? Tu ne vas pas revenir en arrière ? Le plus dur c'est de le dire, pas d'agir. Tu as fait le plus dur, il ne te reste qu'à t'accepter toi-même et pour ça, tu dois envoyer chier les autres parce que ta vie t'appartient. Concentre-toi sur le bonheur que tu ressentiras. Compare ça à l'accueil chaleureux des bras d'une mère que tu n'aurais pas vu depuis des jours.

L'autre homme soupira et se laissa tomber en arrière.

- Désolé mais ça, c'est comme la chaleur estivale en plein hiver. Je ne l'ai jamais sentie.

Frustré que Richard ne piétine sa belle comparaison avec autant de désinvolture, Paul le fixa plusieurs secondes avec la bouche grande ouverte. Au moment où il allait le reprendre, Richard commença à soutenir son regard pour le défier puis finit par rigoler. Après lui avoir tapé sur la cuisse, Landers se détendit et s'allongea à ses côtés. Fixer le plafond ne lui étant pas d'un grand intérêt malgré le confort, il se tourna vers son ami.

- Je crois que je vais rester avec toi ce soir.

Richard tourna immédiatement la tête vers lui, n'appréciant que de façon mitigée sa décision.

- Quoi ? Hé, ne gâche pas ta soirée pour moi.

- Ce n'est pas du gâchis, ma décision est réfléchie depuis que tu m'as tourné le dos tout à l'heure.

Il expliqua avoir envoyé un message il y a quelques minutes à Christoph, disant qu'il allait tenir compagnie à Richard pour la soirée. Pour lui témoigner sa reconnaissance, Richard lui prit la joue et le remercia, avant de l'embrasser doucement. Alors qu'il recula la tête, Paul lui posa une main sur la nuque et lui en donna un bien plus long avant de murmurer contre ses lèvres :

- Tu es du genre dominant ou dominé ?

Souriant timidement, le plus jeune fuit son regard mais répondit tout de même :

- Ça dépend avec qui je suis, et des circonstances. J'ai déjà été les deux. Mais dans les cas de disputes où j'ai bien fait chier mes gonzesses, je peux te dire que j'ai fini en dessous plus d'une fois. Ce qui n'est pas plus mal.

- Tu m'étonnes, surtout quand tu as affaire à une véritable tigresse. Je peux te demander quelque chose ?

- Tout ce que tu voudras. Tu m'évites de jouer au solitaire ce soir.

- Allonge-toi complètement sur moi.

Richard en eut le souffle coupé. Ces mots-là, il ne les avait pas vus venir. Sachant qu'il devait être un peu embarrassé, Paul l'embrassa à nouveau.

- Moi j'adore être dominé, tu le sauras.

L'encourageant à nouveau après que Kruspe eut grandement apprécié cette information, Paul le vit passer lentement au-dessus de lui et avec précaution. Son ami lui paraissait déjà costaud habituellement, mais le voir et le sentir sur lui de cette façon le diminuait totalement. Ce qui n'était pas pour lui déplaire. Il lui posa les mains sur les hanches et céda au moment où le parfum de Richard lui embrouilla les sens. Il remonta légèrement la tête vers lui et unit leurs lèvres. Cette fois, ils prirent leur temps et approfondirent le baiser en se caressant les lèvres alors que leurs langues se livraient une petite bataille.

Richard s'abaissa en sentant son poids gagner le combat contre son équilibre. Paul lui fit passer les jambes de chaque côté de son corps, se sentant entièrement prisonnier à son grand plaisir. Richard était aussi sensuel que brut, et leur différence de corpulence excita Paul. Ses mains passèrent courageusement dans le dos de Richard, ainsi que sur ses fesses. Il l'entendit gémir, et Kruspe devint plus sauvage dans son baiser avant de se laisser tomber un peu plus sur lui. Alors que Landers nota l'érection toujours présente de son ami, il réalisa que Richard n'était pas le seul à être excité par un homme. Lui aussi commençait à gagner de la hauteur. Il avait une érection qui, bien qu'imprévue, l'encouragea à poursuivre sa voie. Lorsque Richard sentit une différence entre leurs jambes, il stoppa et le questionna d'un regard. Paul hocha la tête.

- Je voulais être sûr du ressenti, et je le suis. Maintenant, à toi de me dire si tu veux...

Paul venait de se faire couper timidement par les lèvres de Richard. Il avait dû se précipiter à cause des mots de Paul et le regrettait, mais il décida tout de même d'être franc.

- Hum... pardon ! Mais oui, je veux.

Après un baiser plus lascif et accompagné de caresses innocentes, ils retournèrent au salon pour profiter un maximum du soleil et de la vue. Ils restèrent blottis l'un contre l'autre, ne se séparant que rarement et discutant d'eux-mêmes, de leurs goûts en matière de sexe et même de domination. Ils évoquèrent aussi leurs appréhensions et leurs craintes. Ainsi, ils se découvraient peu à peu tous les deux, et avaient moins peur vis-à-vis de leur relation masculine. Alors qu'ils balayaient à nouveau la ville baignée de soleil, Paul ronronna de se sentir étreint par derrière avec le souffle et les baisers de Richard dans le cou. Il avait déjà eu vent de cet aspect chez lui, son ami aux cheveux noirs était d'une tendresse infinie hors du lit.

- Pour l'instant, je pense que j'aurai peur de faire quelque chose au lit. On n'a jamais fait ça et à notre âge, je ne sais pas si j'oserai. Peut-être qu'avec une période d'adaptation...

Paul murmura son approbation sur les mots de son ami en lui caressant la nuque.

- C'est vrai que c'est un énorme changement pour deux vieux hétéros comme nous.

Paul savait que Richard était très susceptible sur son âge et son apparence et l'avait volontairement asticoté.

- Vieux ? Non mais hé ! Tu vas voir ta tête.

- Rigole un peu, mon beau vieux.

Outré, Richard le renversa doucement devant la baie vitrée et se laissa entièrement tomber sur lui. Bien qu'écrasé, l'aîné continua de rire et eut l'audace de l'entourer de ses jambes.

- Mmmm... Estime-toi heureux, tu es foutrement mignon pour un homme de la cinquantaine.

Bien que réceptif à ce compliment, Kruspe bouda.

- Oui enfin, tu as vu le poids et les rides que j'ai pris ?

- Et alors ? Les gens sont censés nous aimer pour notre musique, pas pour notre apparence. Je te l'ai dit tout à l'heure, envoie-les chier. Pour les rides, on en a tous pris mais entre nous, tu es encore le même pour moi. Si c'est juste une question d'estime personnelle, on peut faire un programme alimentaire tous les deux ?

Après un silence de plusieurs secondes pour peser le pour et le contre, Richard l'embrassa et le remercia.

- Je veux bien.

- D'accord ! Alors pour commencer, on va arrêter les abus de boissons parce que je sais que tu en prends pas mal ces derniers temps.

Richard acquiesça tristement.

- Moi je m'en fiche, ça me fait plus de surface à tripoter. Mais c'est vrai que c'est facile à dire pour moi, je peux manger et boire tout ce que je veux sans prendre de poids. Je t'aiderai s'il le faut et on le fera avec patience. Pas d'abus en tournées ni en dehors, et surtout on va bouger physiquement.

Après un long baiser pendant lequel il se remémora leur début d'après-midi, Richard l'aida à se relever et ils allèrent se poser sur le canapé, où il l'encouragea à se poser à califourchon sur lui. Paul savoura cette position qui lui donnait à son tour un aspect protecteur et dominant envers le plus jeune. Alors qu'il respirait son parfum enivrant, Paul partagea sa décision.

- On va tenter le coup, même si comme tu dis on prendra le temps de s'adapter. Si tu veux, on peut s'en tenir à une relation platonique pour l'instant ? On verra avec le temps si ça évolue ! Même si ça ne change pas, je ne suis pas du genre à demander du sexe pour me sentir bien. Ou alors on peut s'engager physiquement en testant la masturbation ou la fellation.

- Tu le ferais ? demanda Richard.

Paul le vit déglutir mais ne chercha pas à le mettre mal à l'aise.

- Bien sûr ! À condition que tu le veuilles bien, sans te forcer. Tout comme moi je ne te forcerai jamais. Je ne suis pas un gros baiseur, même mes rapports avec les femmes ont été de plus en plus soft avec l'âge. J'aime ce qu'on partage toi et moi, que ce soit sur scène ou personnellement. Je ne m'étais pas senti aussi bien depuis longtemps et c'est grâce à toi. Alors que ça reste comme ça ou non, j'aimerai bien qu'on continue.

Pendant de longues minutes, ils parlèrent et se caressèrent de façon soft, puis plus osée, avant de calmer à nouveau leurs élans pour ne rien précipiter.

- Je... je suis d'accord. Pour les mains et la bouche, ça me tente.

Paul plongea dans ses iris quasiment masquées par la dilatation de ses pupilles. L'envie lui prit de faire un essai, sans pour autant mettre la pression à son ami. Il posa d'abord une main sur sa bosse et vit Richard fermer les yeux, et pencher la tête en arrière avant de lâcher un gémissement incontrôlé. Son geste étant bien accueilli, Paul ouvrit le pantalon et plongea doucement sa main dans le boxer de Richard. Allant et venant doucement sur la peau lisse et chaude de son membre, il sentit sa propre érection devenir douloureuse. Remuant sous le plaisir, Kruspe suréleva légèrement son bassin pour accentuer la masturbation et sentit les lèvres de Paul ravager son cou.

- La vie est belle ?

Richard et Paul tournèrent brusquement la tête vers la porte d'entrée, où se tenaient leurs quatre amis.

- Eh bien, eh bien, eh bien ! Voilà pourquoi tu voulais rester avec Richard ! dit Oliver.

- Depuis quand vous roucoulez tous les deux ? ajouta Till.

Entre lui qui se mordait les lèvres pour ne pas rire, Oliver qui rougissait, Christian qui était raide comme un piquet et Christoph qui exhibait son téléphone... c'était à ceux qui étaient les plus gênés dans cette histoire.

- Vous pouvez répondre, on ne va pas vous mordre !

- Ça fait longtemps que vous auriez dû vous mettre le grappin dessus, de toute façon.

Étonné par tant de franchise et d'encouragements de leur part, Richard brisa le silence.

- C'est gentil les gars. Mais pourquoi vous avez tous rappliqué ? On vous croyait partis.

Le batteur s'approcha sans se soucier de les déranger alors que la main de Paul, toujours fourrée dans le pantalon de Richard, bougea sous l'embarras tout en accentuant l'érection de ce dernier. Il avait trop peur de la retirer et il ne se faisait pas d'illusion, elle ne passait pas du tout inaperçue. Tous l'avaient vue depuis le début et la voyaient encore. Après avoir volontairement attardé son regard sur la main en question avec un grand sourire, Schneider tendit son portable et lui fit voir l'écran.

- La prochaine fois que tu écriras un message, fais attention à bien l'envoyer. Sinon on ne serait pas tous les quatre là, à attendre ta réponse.

Lorsque Richard retourna la tête vers lui, Paul n'osa pas soutenir son regard en imaginant à quel point il devait lui en vouloir. Ceux des autres en revanche ne manquaient pas de malice. Alors que Christoph les rejoignait à la porte, il leur dit :

- Bon ben on peut y aller, Paul a la situation bien en main.

Ses mots provoquèrent un fou rire collectif, y compris chez le couple.

- Vous voulez qu'on aille demander à l'accueil si la suite nuptiale est libre ? demanda Oliver.

- Oui, on vous la préparera avec des pétales de roses...

- Une réserve de capotes...

- Du lubrifiant bien sûr...

Là-dessus, les quatre hommes se regardèrent tout en énumérant tout ce dont ils garniraient une chambre digne de leurs deux amis. Ils ne firent plus attention à eux et donnèrent libre cours à leur imagination débordante. Sous-vêtements coquins, poupée sexuelle, musique romantique, invitation de la plus jolie membre du personnel hôtelier pour un threesome torride... et bien plus.

Lorsqu'ils regardèrent à nouveau Paul et Richard, ils ne purent que contenir leur frustration. Les deux hommes s'embrassaient, et probablement depuis le début de leur litanie. C'était leur façon de leur dire qu'ils arrêtaient d'écouter leurs âneries. Finalement, le groupe décida de leur accorder l'intimité qu'ils méritaient.

- On vous lâche, c'est bon.

Alors que Paul se sépara de Richard pour lui adresser un sourire victorieux, il s'attendit à entendre la porte se refermer. Mais non ! Il reçut un baiser dans les cheveux de la part de Till... avant que les trois autres ne viennent leur témoigner leur joie de façon très mature et mouvementée. Ils leur sautèrent littéralement dessus et les étreignirent à les étouffer en leur écrasant les joues par leurs embrassades.

Au moins, Paul et Richard n'avaient plus rien à craindre concernant le fait de garder le secret.

Fin.