Bonjour à toutes et à tous !

Vous l'avez attendu, le voilà ! Le nouveau chapitre qui, on espère, va vous plaire !

Bonne lecture !


Chapitre 17 : Des fiançailles royales

Une semaine plus tard

Hermione sortit du portail sur les quais de Boralus à la suite de Sylvanas et passa un doigt pour desserrer le col amidonné de sa tenue en cuir. Elle suivit l'Elfe en grimaçant, n'ayant pas l'habitude de marcher avec des bottes. Alors qu'elle se faufilait parmi les badauds qui tentaient d'approcher des jardins du donjon Portvaillant, elle regrettait ses habituelles baskets blanches. Il faisait chaud en cette fin de journée et l'air frais marin avait la vertu de rafraichir quelque peu son visage.

- Avance un peu, on est déjà en retard ! Lança Coursevent qui arrivait à se faufiler dans la foule avec une facilité déconcertante.

- La faute à qui ? Rétorqua Hermione qui se retrouva bloquée derrière deux marins qui tenaient des gamins sur leurs épaules.

- A ta pile magique qui se décharge toute seule, lâcha l'Elfe avec un rire avant d'accélérer. A se demander si tu as la mononucléose ou si t'es simplement une grosse nympho !

Hermione roula des yeux avant de concentrer sa magie et de se téléporter quelques mètres plus loin, réapparaissant à côté de Sylvanas.

- Le pont d'accès est là-bas, fit la reine de Lordaeron en désignant un pont, et les contrôles des invitations s'y feront, expliqua l'Elfe. Ce sera plus calme après ce point de passage.

Arrivées devant quelques gardes, les deux femmes montrèrent leurs invitations signées de la main de la nouvelle Amiral Suprême et se faufilèrent derrière les barrières dressées. Hermione profita que Sylvanas ralentissait son allure pour observer les jardins qui étaient d'une beauté à couper le souffle.

- Tu te verrais vivre ici ? demanda l'Elfe. Avec Jaina ?

- Pourquoi me demandes-tu d'avoir un avis sur ce qui est du domaine de l'impossible ? répondit sèchement la brunette.

- Tu sais, tu peux faire capoter ce mariage. Tu as croisé l'archimage récemment ? Elle ne respire pas la joie de vivre. Il suffirait d'un plan machiavélique pour aider la famille Portvaillant à réaffirmer sa position et...

- Elle est assez grande pour se sortir d'une situation qui ne lui conviendrait pas, coupa Hermione. Elle avait un choix, elle a pris une décision. Ce n'est plus mon problème. Et que ce soit clair, Sylvanas. Je suis ici pour la féliciter et boire une coupe, et uniquement parce que tu as insisté lourdement. Une fois ces deux choses faites, je me casse.

- Oui, ma Source, se moqua Sylvanas en grimpant souplement les marches menant à l'intérieur de la vaste demeure des Portvaillant.

Un majordome prit leur invitation et fit signe à un page d'accompagner les deux femmes jusqu'à la salle de réception. Tout en suivant le jeune homme, Sylvanas glissa son bras sous celui d'Hermione qui haussa un sourcil.

- Faisons une entrée remarquée, ma Source, chuchota l'ancienne banshee tandis que la musique d'un orchestre se faisant de plus en plus entendre.

Le page s'arrêta à l'entrée de la salle ou déjà des dizaines de convives discutaient, une flute à la main, tandis que des serveurs passaient de groupe en groupe pour proposer des petits-fours. Le jeune homme glissa quelques mots à l'oreille d'un chambellan qui tapa fortement dans ses mains pour attirer l'attention des invités aux royales fiançailles.

- La reine de Lordaeron, Dame Sylvanas Coursevent, et la déesse primordiale, l'Origine de toutes magies.

Les conversations s'interrompirent et tous les regards se portèrent sur les deux femmes qui faisaient leur entrée dans la salle. Sylvanas semblait parfaitement dans son élément, gratifiant d'un sourire ou d'un signe de tête différentes personnes. Hermione, quant à elle, se contentait de tenir le bras de son amie. Jaina et Katherine Portvaillant vinrent à leur rencontre et les quatre femmes se retrouvèrent au milieu de la salle. Les deux Portvaillant n'avaient pas l'air complètement à l'aise et Hermione se retint d'aller fouiller dans l'esprit des deux femmes pour savoir ce qui pouvait obscurcir une si belle journée.

- Dame Coursevent, ma Source, nous vous remercions de nous honorer de votre présence, commença Katherine avec une courte révérence pour Hermione.

- Dame Portvaillant, salua Sylvanas avant de sourire à Jaina. Amiral suprême, quelle belle journée pour vos fiançailles.

Jaina eut un regard étrange qui fit tiquer Hermione. Elle regarda par-dessus l'épaule de sa moitié magique pour voir un homme qui s'approchait d'elles. Ce dernier était beau, bien apprêté mais la brunette trouvait que quelque chose clochait chez lui, sans qu'elle n'arrive à mettre le doigt dessus.

"C'est ta jalousie qui parle..."

- Sylvanas, Hermione, c'est un plaisir de vous voir, poursuivit l'archimage en tendant la main à Coursevent qui la serra chaleureusement.

Hermione saisit la main de son amie et se pencha pour l'effleurer de ses lèvres.

- Félicitations, Amiral Suprême, souffla la Source. Vous nous présentez votre promis ?

- Archiduc Marius de Norwington, maison alliée des Portvaillant, fit l'homme en venant se mettre à côté de Jaina pour passer son bras dans le dos de l'archimage. Mes hommages, mesdames.

"Bon point pour lui, il est assez grand pour ne pas paraitre ridicule à côté de sa future femme..." songea Hermione.

Le chambellan frappa à nouveau dans ses mains.

- Sa majesté Anduin Wrynn, roi du Hurlevent, chef des forces de l'Alliance.

- A plus tard, Jaina, fit Sylvanas en attrapant Hermione par le coude et en l'entraînant vers une serveuse qu'elle délesta de deux coupes de vin pétillant.

Les deux femmes se mirent dans un coin et Sylvanas avait l'air de quelqu'un qui s'amusait beaucoup.

- Quoi ? Demanda Hermione alors que son amie la dévisageait, attendant visiblement quelque chose.

- Tu vas faire échouer ses fiançailles. Dis-moi comment !

- Je ne ferai rien de tel. C'est le choix de Jaina et ça me convient.

- Si tu le dis... souffla l'Elfe.

Anduin vint les rejoindre, une coupe à la main, et le jeune roi avait l'air profondément ennuyé.

- C'est une catastrophe, souffla-t-il en s'adossant contre le mur, à côté de la Source.

- Vous avez également remarqué que le vin n'était pas parfaitement assorti aux amuse-bouches ? Se moqua Sylvanas.

- Ce n'est pas la chose la plus mal assortie de cette fin de journée, répondit le roi dans un murmure, ses yeux bleus se posant sur Jaina et Marius.

Son regard glissa sur la Source qui finissait sa coupe d'une traite pour ensuite la poser sur le plateau d'un serveur qui passait près d'elle.

- Je vais y aller, lâcha-t-elle. Majesté, je vous souhaite une agréable soirée. Sylvanas, je suis certaine que tu viendras me raconter tous les ragots demain à la première heure et même avant.

- Hermione, je n'ai pas eu le plaisir de trinquer avec vous, fit Anduin. Et j'aurais espéré que vous me feriez l'honneur d'une danse.

La brunette allait refuser mais Anduin avait un tel regard qu'elle soupira.

- Un verre, une danse, et je m'éclipse, marmonna-t-elle avant de s'éloigner pour aller se chercher une flute.

Anduin se tourna vers Sylvanas et se pencha à son oreille.

- Elle et Jaina. Vous me suivez ?

- Je n'attends que ça, sourit l'Elfe. Restez là, je m'occupe de l'archimage.

Le roi attendit la Source, bloquant sa vue sur le coin de la salle où se trouvait l'archimage que venait de rejoindre l'Elfe. Il leva son verre avec un sourire vers Hermione qui fit contre mauvaise fortune bon cœur.

- Majesté, à quoi buvons-nous ? Aux fiançailles ?

- Non, répondit honnêtement Anduin. Je ne suis pas pour les mariages arrangés. Je compte prendre une loi pour les interdire sur les territoires de l'Alliance. Malheureusement, ce sera trop tard pour ma tante.

Le roi observa l'archimage de loin et soupira.

- Elle est tout ce qui me reste de mon enfance. Je l'aime et tout ce que je souhaite, c'est qu'elle trouve la paix. Et ce n'est pas en restant ici qu'elle la trouvera. Quant au bonheur, n'en parlons pas.

- Elle a pris sa décision, fit Hermione.

- Elle voulait faire plaisir à sa mère. Se racheter une fois de plus pour la mort de son père. Quand cessera-t-elle de se reprocher les erreurs de Daelin ?

Katherine Portvaillant s'approcha d'eux et s'inclina devant la Source.

- La reine Coursevent m'a indiqué que des affaires réclamaient votre présence hors de Kul Tiras mais que vous aimeriez danser avec ma fille avant de partir. Quel type de musique souhaitez-vous ?

- Hein ? Heu... j'en sais rien … je ne …

- Quelque chose de lent, proposa le roi, ce sera respectueux de notre déesse qui ne va pas se trémousser comme une femme de peu de vertu.

- Suivez-moi, ma Source. Jaina vous attend, juste le temps de donner consigne à l'orchestre.

Hermione lança un regard noir à Anduin qui, souriant, leva sa flute pour la déesse. Tandis qu'elle traversait la salle pour en rejoindre le centre, elle sentit les regards des convives posés sur elle. Le temps de quelques inspirations pour se calmer, elle se trouva près de Jaina à qui elle tendit machinalement la main, l'invitant muettement à la saisir pour danser.

- Veuillez m'excuser Dame Portvaillant, c'est un traquenard de Sylvanas et Arduin. Je n'avais pas...

- Envie de danser avec moi ?

Jaina avait l'air attristé et Hermione se mordit la lèvre inférieure, se demandant si elle pouvait être totalement honnête le jour des fiançailles de la femme qu'elle aimait.

- Si, bien sûr. Mais pas dans ces circonstances, murmura-t-elle.

- En quoi cela empêche cette valse ? Fiancée ou pas, j'ai plaisir à prendre ce temps avec vous.

Les premières notes de musiques retentirent et Hermione glissa sa main dans le dos de Jaina pour l'attirer près d'elle. L'archimage posa la sienne sur l'épaule de sa moitié magique et suivit le rythme imposé par la musique. Elle sourit en remarquant que la brunette avait les yeux fermés et l'archimage se demanda si c'était parce que la brunette profitait de l'instant autant qu'elle ou parce qu'elle se concentrait pour compter les pas.

- Je dois admettre ma surprise, chuchota la Kultirassienne à l'oreille de sa partenaire. Vous dansez très bien.

- Chut... je compte les pas, répliqua la Source avant qu'un sourire moqueur étire ses lèvres.

- Mais... comment...

- Vous l'avez pensé tellement fort qu'il faudrait que je sois sourde pour ne pas l'avoir entendu. Je profite seulement de l'instant.

"Et je voudrais qu'il ne cesse jamais..." songea la Source en pressant son corps contre celui de la future mariée, les faisant doucement tournoyer.

- Je vous imagine bien danser avec Aliénor, moins avec Lexa, reprit Jaina.

- Lexa était amatrice de danses latines. Beaucoup plus rythmées, plus sensuelles, beaucoup plus chaudes... susurra la brunette.

L'archimage sentit sa magie frémir, en accord avec l'émotion qui habitait sa moitié à l'évocation du souvenir.

- Désolée de vous imposer ça, fit la Source.

- Cette jeune femme est spéciale. J'ai apprécié la côtoyer. Je comprends qu'elle vous fasse de l'effet.

- Parlons d'autres choses, voulez-vous. Ce Marius a l'air d'un... gentil garçon. Vous allez vous établir définitivement à Boralus ?

- Nous ne ferons pas maison commune avant le mariage. Pour l'après, c'est en discussion. Je ne veux pas me couper d'Hurlevent.

La brunette ne relança pas la discussion, préférant savourer l'instant. C'était probablement la dernière fois qu'elle tenait Jaina contre elle, qu'elle pouvait respirer son parfum, profiter de sa chaleur, sentir son souffle sur sa peau. Si elles avaient été seules, elle aurait tenté sa chance une dernière fois. Elle lui aurait dit ce qu'elle ressentait pour elle et qu'elle se mourrait lentement à chaque fois qu'elles étaient séparées. Et elle lui promettrait de trouver une solution pour Kul Tiras. Mais Jaina avait trop rapidement accepté, sans vouloir y réfléchir avec elle, ce qui en disait long sur ce que l'Amiral Suprême pensait de leur trop courte relation.

Entendant que la musique se finissait, la brunette se recula et fit une révérence pour l'archimage sous les applaudissements de la salle.

- Je vous souhaite une agréable soirée, Dame Portvaillant, et une vie de bonheur.

La brunette s'éloigna rapidement, passant devant Sylvanas et Anduin pour leur murmurer un "bande de traitres" bien senti. Puis elle demanda à un serveur où se trouvaient les toilettes. Les explications du jeune homme intimidé de parler à la Déesse étaient balbutiantes et compliquées, aussi Hermione sortit de la salle et poussa une porte au hasard. Elle ne tomba pas sur les toilettes mais sur les cuisines.

- C'est bien ma veine... Désolée de vous avoir dérang...

Elle ne finit pas sa phrase, coupée par un homme qui giflait fortement une serveuse qui, sous la violence du choc, se trouva à terre après s'être cogné la tête sur le coin d'une table de service. L'homme se retourna vers la Source qui reconnut le fiancé de Jaina.

- Finalement, je vais peut-être mettre fin à ces fiançailles. Dans le sang... murmura froidement Hermione.


Sylvanas dansait avec Anduin sur un air plus enjoué que celui qui avait ouvert le bal. Les invités s'amusaient, Jaina discutait avec sa mère, l'ambiance était propice pour que tous passent une bonne soirée. Aussi, personne n'aurait pu prédire que ce qui allait se produire.

Tout commença par un hurlement qui figea l'assemblée. Anduin interrompit sa danse et jeta un regard perplexe à sa cavalière.

- Vous avez entendu ? Demanda-t-il.

Un deuxième cri retentit à l'étage, suivi d'une floppée de jurons.

- Où est Marius ? Demanda Katherine Portvaillant tandis que Jaina cherchait du regard son fiancé dans la foule.

Le fiancé fit un retour fracassant dans la salle de bal, propulsé par une gifle magistrale assenée par la Source. Marius trébucha et tomba sur le sol, manquant de bousculer une vieille dame de l'aristocratie locale.

- Alors tu t'en prends à des pauvres serveuses incapables de se défendre ? gronda Hermione en attrapant une chaise vide qu'elle jeta sur l'archiduc qui tentait de se relever.

L'impact de la chaise le fit tomber à nouveau et la Source fondit sur lui pour l'attraper par le col. Elle lui colla deux autres gifles.

- C'est la dernière fois que tu violentes une femme, espèce d'infame merde, articula froidement la Source.

- Partez de chez moi, couina Marius avant de se prendre une autre gifle.

Une dent sauta de sa mâchoire pour atterrir dans l'assiette d'un invité qui glapit d'horreur.

- Tu n'es pas chez toi, immonde cafard. Tu es chez l'autre moitié de l'Origine de toutes magies. Et si j'étais à sa place, je te renverrai d'où tu viens.

- HERMIONE ! tonna Jaina. CA SUFFIT !

La brunette n'abattit pas son poing sur le visage du bellâtre qui avait les avant-bras positionnés pour se protéger et lâcha le col de la tunique, faisant claquer l'arrière de la tête de Marius sur le sol. Elle resta cependant à cheval sur l'homme, défiant du regard Jaina.

- C'est votre futur époux, soit. Je ne sais pas comment vous pouvez envisager de passer une partie de votre immortalité avec ce sous-homme. Mais à votre place, ma Source, je ne tolèrerai pas la violence gratuite envers des personnes qui ne peuvent se défendre.

L'archiduc profita que l'attention de son adversaire n'était plus sur lui pour tenter un coup de poing dans le menton de la Déesse. Cette dernière, sans quitter sa moitié magique du regard, para le coup en enfermant le poing dans sa main puis serra les doigts jusqu'à briser les phalanges de l'homme qui hurla sa douleur. Jaina étendit la main et propulsa de sa magie la brunette qui glissa au sol avant d'être arrêtée par un mur.

- Et bien, appliquez donc vos principes à vous-même. Marius n'étant pas de taille face à vous, prenez-vous en donc à quelqu'un qui peut rivaliser.

Sylvanas voulut rejoindre son amie pour l'aider à se relever mais Anduin l'arrêta en lui attrapant le poignet.

- N'allez pas vous mêler de ça, chuchota-t-il.

Hermione se remit sur pieds, tremblante d'une fureur difficilement contenue.

- De toutes les personnes qui ont détenu la moitié du pouvoir de l'Origine de toutes magies, je pensais que vous en étiez la plus digne. Force est de constater que je me suis trompée. Faible avec les forts et forte avec les faibles, telle est votre devise, Amiral Suprême. Occupez-vous donc de votre serpillère ensanglantée, je vais voir si votre employée est encore vivante.

Elle tourna les talons et se dirigea vers la sortie, le regard fixé devant elle, ignorant les murmures et les regards réprobateurs.

- Ma Source ! Appela Katherine Portvaillant avant de traverser la salle à grandes enjambées. Vous avez dit que... ma fille... est... est une déesse ?

Hermione se retourna et acquiesça durement.

- Ouais, sûrement une erreur que je vais regretter toute ma vie. Jamais je n'aurais dû faire d'elle mon égale. Elle restera dans les mémoires comme la pire Origine de toutes magies ayant jamais existée.

Un murmure plus grand s'éleva dans la salle, toute l'attention tournée vers la demi-déesse locale.

- Quelle déception, fit Hermione. Un tel pouvoir au service des puissants. Vous n'avez rien retenu des leçons d'Aliénor ? Rien appris des enseignements de Lexa ? Tout ce temps perdu, quel gâchis. Adieu, Portvaillant. Que votre éternité soit source de remise en question, de remords et de regrets.

- Je n'ai pas besoin de votre grandiloquence ni de votre dédain. Je suis à même de gérer ce monde, vous pouvez même en trouver un ailleurs qui vous convienne mieux.

Hermione allait lui demander si elle comptait gérer le monde comme elle avait géré Théramore mais se retint. Ce n'était plus son problème. Sans un mot, elle quitta la pièce et retourna dans les cuisines. Elle trouva la jeune serveuse assise sur une chaise, un torchon pressé contre sa blessure. La gamine était aussi pâle qu'un mur d'hôpital et la Source vint s'agenouiller devant elle.

- Je peux regarder ? demanda-t-elle d'une voix douce.

Le regard craintif fendit le cœur de la brunette qui aurait aimé avoir Marius sous la main pour lui fendre le crâne une bonne fois pour toute.

- Je vais arranger ça, ce sera juste un mauvais souvenir.

Délicatement, elle ôta le linge ensanglanté et effleura de ses doigts la blessure qui se referma sous l'effet de sa magie.

- Voilà, il n'y a plus rien, fit la Source en se relevant dans une grimace. Merde, avec ses conneries, l'archicasse-couille m'a flingué le dos.

La gamine rit dans son torchon en entendant le langage peu châtié de la Déesse.

- Ne le répétez à personne, chuchota-t-elle, c'est notre secret.

La jeune femme acquiesça vigoureusement.

- Si l'autre con vous touche encore, criez dans votre esprit mon nom et je viendrais aussitôt. Maintenant, je file avant d'être expulsée par la garde. Bon courage !

Hermione tourna la tête pour voir venir au bout du couloir Jaina et des hommes en armure. Sans plus attendre elle tourna les talons et disparut dans un craquement sonore.

La serveuse se leva quand l'archimage et son escorte pénétrèrent dans les cuisines et tous firent une révérence. Le regard bleu de l'autre moitié de la Source se posa sur le torchon ensanglanté que tenait la jeune femme et Jaina fronça les sourcils.

- Que s'est-il passé ici ? Demanda-t-elle.

- Et bien, Amiral Suprême, votre fiancé est venu ici mécontent car le vin servi, bah, il trouvait qu'il était tiède. Il a giflé Maggie et elle est tombée sur la table et s'est ouvert le crâne. La Déesse est arrivée à ce moment-là et elle lui a cogné dessus.

Jaina sentait qu'une migraine pointait dans son crâne. Elle était encore en colère envers sa moitié magique qui avait une furieuse tendance à s'immiscer dans ses affaires mais cette colère était en train de se nourrir d'une évidence, Marius était un arriviste et l'alliance des deux maisons n'était pas une raison suffisante pour se lier à ce crétin. Et oui, Hermione avait raison à ce sujet. Ce qui l'énervait encore un peu plus.

- Prenez votre soirée, fit-elle à la serveuse malmenée. Et présentez-vous à l'intendance demain matin, vous aurez un dédommagement pour ce qui s'est produit. Je suis navrée que vous ayez été agressée. J'espère que vous ne m'en tiendrez pas rigueur, Mademoiselle.

Jaina tourna les talons et retourna dans la salle de bal. A son retour, les conversations moururent et l'archimage eut un regard désolé pour sa mère.

- Les fiançailles sont annulées, clama-t-elle d'une voix forte. Garde, reconduisez l'archiduc hors de ma demeure !

- Mais... j'ai été agressé ! Vous...

- J'ai à peine plus de patience que l'Origine de toute magie, n'en abusez pas.

Le ton sec de l'archimage fit trembler le fiancé répudié mais il ne semblait pas vouloir bouger. Anduin échangea un court regard avec Sylvanas et les deux souverains attrapèrent l'indésirable par les épaules pour le traîner hors de la salle. Les deux compères poussèrent l'ex-fiancé vers l'escalier sans égard et celui-ci rata la première marche, descendant la volée suivante sur les fesses.

- Bon débarras, commenta Sylvanas en serrant la main d'Anduin.

Ils voulurent retourner dans la salle mais durent laisser passer le flot de convives qui partaient, frustrés que les festivités se soient achevées prématurément.

- Vous saviez que Jaina était une déesse ? fit le roi en fronçant les sourcils.

- Oui.

- Depuis quand... est-elle comme ça ?

- Depuis le jour de la destruction de Théramore, murmura Sylvanas. Chut, elle arrive.

L'archimage s'approcha, le visage fermé, sa mère sur ses talons. Katherine avait visiblement envie de discuter avec sa fille mais ne savait pas quel sujet aborder en premier.

- Ma Source, fit Anduin avec une révérence pour sa tante.

- Satisfaits ? Lâcha-t-elle en regardant les deux protagonistes.

Anduin n'en menait pas large, ne sachant s'il s'adressait à une déesse ou à sa tante, mais Sylvanas n'avait apparemment aucun complexe.

- Plutôt oui. Bien qu'on n'y soit pour rien dans la raclée que cet avorton a encaissée.

- Ma tante, nous en avions maintes fois discuté, tous les deux. Vous connaissez ma position sur les mariages arrangés.

- Ma chérie, ce mariage avait pour but de raffermir notre position de leader à Kul Tiras. Si tu m'avais dit que tu étais l'autre moitié de la déesse, jamais je ne t'aurais soumis cet accord, nous n'en avions pas besoin, fit Katherine, mortifiée que sa fille ait failli épouser un homme qu'elle n'aimait pas, pour rien.

Le roi posa sa main sur l'avant-bras de l'archimage et le serra doucement.

- La Déesse vous aime, dit-il doucement. En est-il de même pour vous ?

- C'est la magie qui veut ça...

- J'ai rarement vu quelqu'un d'aussi têtue à nier les évidences, tu me désespères, renifla Sylvanas. Je rentre à Lordaeron, j'ai entendu assez de conneries pour ce soir ! Anduin, je vous dois un verre. N'hésitez pas à passer me voir !

- Je vais vous raccompagner, Dame Coursevent, fit Katherine avant de sourire à sa fille. Jaina, ce qui m'importe, c'est ton bonheur. Sois heureuse, c'est tout ce que je souhaite.

L'Elfe, accompagnée de la matriarche Portvaillant, descendit les escaliers et le roi lui sourit avant de reporter son attention sur sa tante.

- Ma tante, votre mère m'a ôté les mots de la bouche. Je vous soutiendrai toujours, sans préjugé. Mais n'oubliez pas que je vous connais. Et il était évident que ce mariage arrangé était la pire idée que vous ayez eue. Et je ne comprends pas la logique qui vous a poussé à dire oui. Si vous refusez que la magie vous contraigne dans vos sentiments, pourquoi vous infliger cet homme qui, ne me mentez pas, ne vous a jamais fait vibrer ?

L'archimage regarda son neveu dans les yeux et ne vit que sincérité et non flatterie de cour. La tension quitta ses épaules et un soupir accompagna ses épaules qui tombaient.

- Tu as raison. Je refuse quelque chose que je souhaite et non quelque chose qu'elle m'impose...

- Y a-t-il quelque chose que je peux faire pour vous aider ?

- Vous pouvez remonter le temps et m'empêcher de propulser Hermione à travers la salle ? demanda Jaina.

- Je crains que ce soit plus dans vos cordes que dans les miennes, sourit Anduin.

Une lueur passa dans le regard de l'archimage et le roi resserra sa prise sur le bras de sa tante.

- Je ne pense pas que la solution à votre problème réside dans l'usage de la magie, fit-il doucement. En venir à cette extrémité serait la marque de l'échec du dialogue.

- Parce que vous pensez qu'une discussion résoudra cette situation ? Je doute qu'elle soit réceptive à ce que je pourrais lui dire.

- Tout dépend de ce que vous souhaitez dire à la déesse. Le savez-vous vous-même ?

- Je crois que je trouverai quand je serai face à elle...

L'archimage posa un bref baiser sur la joue de son neveu puis disparut dans un craquement sonore.


Hermione apparut dans son salon et se précipita sur une armoire scellée magiquement. Elle ôta la protection et sortit Deuillegivre qui luisait d'une lumière sombre.

- Tu as faim, saloperie ? Feula la brunette en serrant la lame dans ses mains à s'en faire saigner les paumes. Vas-y, sers-toi, pompe tout mon pouvoir, je m'en moque ! Prends ce que tu as toujours voulu, Ner'zhul, je ne résisterai pas !

Derrière la fenêtre, une gargouille aux yeux rouge sang observait la scène sans ciller. Assise sur le rebord, elle attendait, immobile, que la lame maudite asservisse la Déesse qui lui résistait depuis bien trop longtemps. Un cri de douleur résonna entre les murs de la maison et la créature se pencha légèrement, collant son front à la fenêtre.

- C'est fait, maître... murmura-t-elle de sa voix rauque en dévisageant la brunette qui se redressait, le regard vide. Je lui transmets le message.

La Gargouille quitta son poste d'observation et pénétra dans la maison, son regard ne quittant pas la Déesse qui regardait autour d'elle, comme si elle ne reconnaissait pas l'endroit.

- Mon maître vous appelle, Origine de toutes magies, commença la gargouille. Vous devez gagner le royaume des morts, l'Ombreterre.

La brunette se tourna vers la gargouille et acquiesça. La créature vint lui toucher la main et sa bouche se tordit en un rictus malsain.

- Vous savez comment faire maintenant. Je vous attends là-bas. Une fois le passage ouvert, je vous emmènerai.

La Source agita la main et sa tenue d'apparat laissa place à son armure de plaques. Serrant Deuillegivre dans sa main droite, elle disparut dans un craquement sonore.


Jaina apparut devant la maison d'Hermione et vit au premier regard que quelque chose n'allait pas. Les lumières étaient allumées dans la petite masure mais la porte en était grande ouverte. Se préparant à parer toute attaque surprise, elle pénétra dans la demeure de la Source et la découvrit vide. Elle avança prudemment dans la pièce, envoyant sa magie pour détecter un piège ou un ennemi dissimulé. Ne trouvant rien d'inquiétant, elle regarda autour d'elle et fronça les sourcils en remarquant sur le sol une petite flaque de ce qui semblait être du sang.

- Que s'est-il passé ? Murmura-t-elle, angoissée. Où est-elle ?

Elle passa dans la chambre et ne remarquant rien d'anormal, retourna dans le salon. Elle examina chaque recoin de la pièce et son regard fut attiré par un parchemin posé sur le bureau. Ce dernier était posé à côté d'un épais carnet et l'archimage se saisit de la feuille de papier noircie d'encre.

Chère Sylvanas,

Après avoir fait des statistiques des visites que j'ai reçues ces derniers mois, il y a 94,6% de chances que ce soit toi qui trouves cette lettre. Je profite d'un moment de lucidité, de plus en plus rare, pour écrire ces mots. J'ai attendu le plus longtemps possible, espérant que j'allais trouver une solution à mon problème, mais mes forces s'amoindrissent de jour en jour.

Au moment où tu liras ces mots, Deuillegivre aura gagné la bataille que nous nous livrons depuis que je l'ai reforgée. Tu connais Deuillegivre mieux que personne. Tu sais ce qu'elle réclame pour être temporairement rassasiée. Refusant de tuer des innocents pour qu'elle se repaisse de leur âme et de leur énergie, j'ai préféré sacrifier ma magie, ma propre vie. Et à l'heure où je couche ces lignes sur le vélin, je crains de ne plus pouvoir résister longtemps aux assauts du démon enfermé dans la lame.

Je suis sincèrement désolée de ne pas t'avoir fait part de ce combat quotidien mais la situation géopolitique d'Azeroth exigeait toute ton attention. Garrosh a fait de ce monde une poudrière et je crains, au moment où je rédige cette lettre, que sa mort prochaine ne fera pas disparaitre les tensions. Il faut que la Horde et l'Alliance s'allient dans une cause commune pour repartir sur une base saine.

Mais mettons de côté ces considérations politiques qui ne me concerneront bientôt plus. Je tenais à te remercier pour m'avoir permis d'avoir un semblant de place dans ce monde. Tu as été ma seule amie et je suis vraiment honorée d'avoir fait ta connaissance. Merci pour tout, Sylvanas. S'il y a bien une de mes actions que je ne regrette pas, c'est de t'avoir rendue ta condition elfique.

Tu trouveras sur mon bureau une sorte de journal que j'ai tenu ces derniers mois. Il n'est pas destiné à être lu. C'était un journal qui me permettait de savoir combien de temps j'avais dormi, si j'avais eu des moments d'absence. Chaque détail insignifiant de mon existence sur Azeroth est consigné dans ces pages. Peux-tu t'assurer de sa destruction ?

J'ai une dernière demande à te formuler, ma chère amie. Je te connais, tu vas vouloir partir à ma recherche. Ne le fais pas. Là où je me rends, les mortels n'ont pas leur place. Et fais en sorte que Dame Portvaillant reste en sécurité.

Transmets-lui tout mon amour.

J'espère que nous nous retrouverons.

Amitié,

Hermione.

Jaina tira à elle une chaise et s'assit, le regard parcourant une nouvelle fois la missive. Elle ne voulait pas croire ce qu'elle lisait. Non seulement Hermione n'avait jamais pensé à lui dire ce qui se passait, pire, elle-même n'avait jamais été assez attentive pour s'en apercevoir. À quoi lui servait donc tout ce pouvoir si elle était incapable de prendre soin de la moitié d'elle-même ? Comment avait-elle pu être aussi pétrie de certitudes pour être rester sourde et aveugle à l'amour sincère et sans calcul de son alter ego ?

- Je dois aller voir Sylvanas...


L'Origine de toutes magies apparut au pied de la citadelle de la Couronne de Glace. Le froid était encore plus intense que la dernière fois qu'elle était venue. De la glace se formait sur son armure de plaques, gênant ses mouvements, mais la brunette n'y prêta pas attention. Elle était venue dans un but précis et ne partirait pas sans l'avoir accompli. Elle s'engagea dans les vastes escaliers qui menaient à l'intérieur de la citadelle et se rendit jusqu'au trône du roi Liche. Ce dernier l'attendait, assis sur son trône, ses yeux brillant à travers son heaume. Entre la Source et Bolvar, une centaine de sbires du Fléau étaient en attente des ordres de leur maître.

- Vous revoilà... siffla Fordragon en se levant, son arme serrée dans sa main droite. Que voulez-vous, cette fois-ci ?

- Votre casque, répondit la brunette. Et dépêchez-vous, je suis attendue.

Le roi Liche éclata d'un rire sinistre mais la Source ne se départit pas de son calme.

- Vous ne mettrez jamais la main sur le pouvoir du Fléau !

- Ce n'est pas ce que j'ai demandé. Votre casque. Tout de suite.

Bolvar se prépara à attaquer mais, le temps d'un clignement d'oeil, son adversaire avait disparu. Sentant un mouvement dans son dos, il se retourna et para de sa masse à une main le coup de poing qui manqua de s'abattra sur son torse. Il esquissa un sourire qui se figea rapidement en grimace.

Il avait manqué de prudence et l'autre main de la femme l'avait attrapé par le cou, les doigts enserrant sa gorge.

- Je me fous de ton pouvoir, larve. Je suis l'Origine de toutes magies. Je veux ton casque.

Fordragon étouffait sous l'emprise de la poigne de la brunette. De sa main libre, la Source arracha le heaume de domination de la tête du roi Liche qui poussa un cri douloureux, le métal du casque ayant adhéré à la peau brûlée de l'homme.

- Vous êtes monstrueuse... siffla Bolvar en constatant l'absence d'humanité dans les yeux noisette qui le dévisageait.

- Vous n'avez pas idée... susurra la Source avant de jeter au loin le corps qui roula dans la neige.

Elle tenait le heaume dans ses mains et l'observa rapidement avant de le serrer entre ses doigts. Elle concentra sa magie et tira de toutes ses forces de part et d'autre du casque. Elle sentait le métal qui résistait à la traction qu'elle lui imposait et tira plus fort, déchainant son pouvoir. Un craquement se fit entendre avant que le heaume se déchire, libérant une magie sombre et corrompue qui s'éleva en une colonne de pouvoir jusqu'à frapper le ciel étoilé. La nuit se brisa comme une vitre percée par un clou. Le ciel se fissura pour voler en éclats découvrant un monde caché fait d'ombre et de sang.

- Qu'avez-vous fait ? cracha le roi Liche en se relevant.

- J'ai brisé la barrière de la réalité, répondit Hermione dans un sourire froid. La mort va s'abattre sur votre monde.

Un portail magique rouge apparut à côté de la brunette. La Source jeta les débris du heaume de domination aux pieds de Fordragon et franchit le vortex sans un regard en arrière.

- Je dois prévenir Portvaillant...


Et voilà ! La suite la semaine prochaine !

D'ici là, passez une bonne semaine !

Bises,

Sygui et Link9