L'été de tous les malheurs
La deuxième semaine de juillet venait à peine de commencer et l'adolescent âgé de treize ans s'ennuyait déjà à mourir. Tous les étés, il n'était pas mécontent de retrouver l'endroit où il avait grandi mais devait bien admettre qu'il n'y avait pas autant d'animation qu'à Poudlard.
Alors qu'il se trouvait assis sur son lit, feuilletant distraitement un roman qu'il avait déjà lu une vingtaine de fois, ses yeux se posèrent tristement sur ses devoirs de vacances déjà studieusement rédigé, sur son bureau. Toutes les années, les professeurs leur donnaient des devoirs de vacances pour les préparer à l'année suivante et Théodore ne pouvait s'empêcher de se jeter dessus dès la première semaine.
Poussant un petit soupir, il posa son livre et descendit au salon où il était certain de trouver son père. Celui-ci ne lui apportait aucune distraction hormis la partie d'échec qu'ils disputaient tous les deux juste après le dîner.
Lorsqu'il pénétra dans le salon, il trouva effectivement le vieil homme assis dans son fauteuil, la Gazette du Sorcier dans les mains.
Alors qu'il lisait attentivement les nouvelles du jours, des bruits de tiroir que l'on ouvre et que l'on ferme sortirent le vieil homme de sa lecture. Agacé, il leva les yeux du journal et repéra sans surprise son fils errer à l'autre bout du salon, en train de chercher il ne savait quoi dans le buffet.
-Qu'est-ce que tu cherches Théodore? Le questionna-t-il sèchement.
L'adolescent se tourna vers lui et répondit de sa voix calme:
-Rien. Je m'ennuie simplement…
Nott Senior se retient de lever les yeux au ciel. D'un côté voire Théodore errer tel une âme en peine dans le manoir l'agaçait mais de l'autre il comprenait que la solitude puisse peser sur son fils durant les périodes de vacances...
-Profite-en, il fait beau. Va mettre le nez dehors…
Il n'eu pour réponse qu'un soupir de la part de l'adolescent qui s'était détaché du buffet et s'était assis sur le canapé. Les terres alentours ne semblait pas attirer le jeune homme qui il le savait préférait de loin les activités intellectuelles.
-Certains de tes camarades de classe n'habitent pas très loin…Je suis certain que les Malefoy ou les Greengrass t'accueilleraient volontiers chez eux un après-midi.
A cette proposition, il vit son fils grimacer et répondre:
-Je les vois déjà suffisamment à l'école…
-Et bien trouve toi de quoi t'occuper rapidement car je ne vais pas supporter longtemps de t'entendre te plaindre! Rétorqua le vieil homme en replongeant dans son journal.
La mort dans l'âme, même s'il n'en avait pas spécialement envie, Théodore se leva du canapé, entreprit de s'habiller chaudement et sortie dans le jardin. Il emprunta le petit sentier qui menait au cimetière mais ne s'y arrêta pas et continua sa route. Il marcha ainsi distraitement pendant une petite heure, puis commençant à avoir vraiment froid décida de rentrer.
L'adolescent avait apprécié sa promenade mais il n'en avait pas vraiment vu l'intérêt hormis lui faire perdre (ou faire passer) une bonne heure. Sitôt qu'il fut de retour à l'intérieur de la bâtisse, il eut l'impression d'être de retour au point de départ.
Le mois de juillet passa lentement et tous les jours, Théodore avait dû faire preuve d'imagination pour trouver de quoi s'occuper. Il avait exclu le fait de rendre présentable l'extérieur du manoir en le débarrassant des plantes vénéneuses qui s'y trouvaient ne voulant pas réitérer la désagréable expérience de l'été passé durant lequel il s'était fait mordre par l'une des plantes…
Avec l'aide de l'elfe de maison, Théodore s'était donné la lourde tâche de nettoyer et de ranger la bibliothèque. Cela lui avait pris pratiquement trois jours entiers tant la bibliothèque était fournie et en désordre.
La dernière semaine du mois de juillet alors que Nott Senior était occupé à écrire une lettre au beau milieu de l'après-midi, un cri strident se fit entendre à l'étage. Son sang se glaça lorsqu'il reconnut la voix de son fils et lui rappelait de très mauvais souvenirs. Théodore avait poussé le même hurlement lorsque sa mère était décédée devant lui.
Se levant de sa chaise, il monta à l'étage, le plus rapidement qu'il le pût. Les cris avaient cessé mais en tendant l'oreille le vieil homme cru entendre de faibles sanglots provenant de la bibliothèque. Ouvrant précipitamment la porte, la scène qui se trouvait sous ses yeux le stupéfia. Théodore était agenouillé près de ce qui semblait être le cadavre de l'elfe de maison et pleurait à chaude larmes.
-Qu'est-ce qui s'est passé? Le questionna-t-il.
Hoquetant et reniflant, Théodore leva ses yeux bleus emplis de larmes vers lui et répondit la voix tremblante:
-Il m'aidait à ranger la bibliothèque quand soudain il est tombé d'un coup…Je crois qu'il est mort…
Avec difficulté, le vieil homme s'agenouilla près de l'elfe inanimé et entreprit de chercher son pouls en vain.
-Il est bel et bien mort…déclara-t-il sans émotion particulière, ce qui fit redoubler les pleurs de son fils.
Prenant l'elfe dans ses bras, il descendit les escaliers sans savoir vraiment quoi faire de la dépouille, son fils sur ses talons.
-On peut l'enterrer? Demanda Théodore d'une toute petite voix.
-Pourquoi pas…
-Dans le cimetière près de maman ajouta Théodore.
-Ah non certainement pas! Derrière le manoir mais pas dans le cimetière. Il s'agissait simplement de l'elfe de maison pas d'un membre de la famille…
Se dirigeant derrière la bâtisse, il tendit le corps à Théodore et d'un coup de baguette creusa un trou assez profond pour pouvoir l'enterrer. D'un second coup de baguette, il métamorphosa une pierre en linge qu'il tendit à Théodore. Celui-ci enveloppe le corps avec une grande tendresse et le déposa délicatement dans la tombe de fortune.
Le vieil homme regarda pendant quelques minutes son fils qui avait insisté pour refermer lui-même le trou avec la terre, puis voyant que Théodore semblait vouloir s'éterniser auprès de l'elfe, il l'attrapa par l'épaule et l'obligea à rentrer avec lui à l'intérieur du manoir.
Tandis que son fils se laissait tomber sur une chaise dans la cuisine, Nott Senior s'affairait à préparer du thé. Maintenant que l'elfe venait de rendre son dernier soupir, il allait devoir se débrouiller seul pour la cuisine et les tâches ménagères. Tendant une tasse de thé brûlante à Théodore, il s'aperçut que celui-ci avait la tête dans les mains et sanglotait bruyamment.
Levant les yeux au ciel, il tenta de le consoler maladroitement:
-Il était vieux, il nous servait, ta mère et moi bien avant ta naissance…
Il savait que Théodore était particulièrement attaché à l'elfe de maison qui s'était beaucoup occupé de lui depuis sa naissance.
-Nous allons devoir nous débrouiller pour les repas et le ménage maintenant. D'ailleurs, tu vas m'aider pour le dîner…
Docilement, Théodore tenta d'essuyer ses larmes et exécuta les ordres simples que lui donnait son père. Cependant, encore secoué il avait la tête ailleurs et faillit laisser déborder la casserole pleine d'eau bouillante. Voyant qu'il n'arriverait à rien tirer de lui ce soir-là, son père le congédia sèchement et l'adolescent fila sans demander son reste.
Théodore mit une petite semaine à se remettre du décès de l'elfe de maison. Un soir alors qu'il mettait un peu d'ordre dans sa chambre, il tomba sur l'autorisation de sortie qu'il devait faire signer par son père, ce qui lui permettrait lors de sa troisième année de visiter le village de Pré-Au-Lard. Sortant de sa chambre, il descendit rapidement les escaliers et chercha des yeux son paternel.
Celui-ci était occupé à faire la vaisselle à l'aide de sa baguette et Théodore décréta qu'il était préférable d'attendre dans le salon. L'adolescent avait la mauvaise habitude, depuis le décès de l'elfe, de filer discrètement à la fin des repas pour échapper à la corvée de vaisselle, qu'il devrait en plus effectuer à la manière des moldus ne pouvant pas encore utiliser sa baguette magique en dehors de l'école…
-Ah tu es là! Je croyais que tu étais déjà parti te coucher…Lui fit remarquer le vieil homme en pénétrant à son tour dans la pièce.
-J'ai un papier à te faire signer…C'est l'autorisation de sortie pour Pré-Au-Lard lui dit-il en lui tendant le morceau de parchemin.
En un rapide coup de plume, l'autorisation fut signée et alors que Théodore s'apprêtait à remonter dans sa chambre, le vieil homme le questionna:
-Au fait, tu t'es décidé pour tes options de troisième année?
L'adolescent y avait réfléchi durant les longues heures où il ne parvenait pas à trouver le sommeil et était parvenu à faire un choix.
-Oui, je vais suivre le cours de Soins aux Créatures Magiques et celui d'étude des Runes même si j'aurais vraiment voulu aussi assister à celui d'Arithmancie…
Devoir faire un choix entre les deux matières qui avaient l'air toutes deux passionnantes lui avait brisé le cœur, mais c'était ainsi.
Son père hocha la tête sans faire de commentaire et le laissa monter à l'étage dans sa chambre.
Le mois d'aout passa lentement et lorsque son fils lui apporta la lettre qui avait été envoyé par l'école concernant les nouvelles fournitures scolaires, le vieil homme du admettre qu'il n'était pas mécontent de se rendre sur le chemin de Traverse en compagnie de Théodore qui depuis la mort de l'elfe de maison semblait abattu.
Lorsqu'il se trouva au beau milieu de l'agitation de la rue marchande, Nott Senior retint une grimace. Jetant un œil à son fils, celui-ci marchait déjà joyeusement en direction de chez Fleury et Bott.
-Tu as une heure pour acheter tes livres…Lui lança-t-il à l'entrée du magasin.
Théodore connaissait la librairie magique par cœur et ne mit que dix minutes à trouver ses nouveaux livres de cours. Il lui restait le reste de l'heure pour voir ce qu'il pouvait prendre en plus. Il avait un peu de mal à se concentrer sur le titre des ouvrages à cause de son livre de Soins aux Créatures Magiques qui était vivant et qui ne cessait de se tortiller et de grogner dans son sac…
Lorsque l'heure fut écoulée et qu'il fut de retour auprès de son paternel, celui-ci écarquilla les yeux en entendant des grognements.
-Qu'est-ce que tu as acheté? Le questionna-t-il stupéfait.
-C'est simplement mon livre de Soins aux Créatures Magiques, tu veux le voir? Demanda Théodore en plongeant déjà la main dans son sac.
-Non ça ira, nous avons encore de nombreuses boutiques à faire…marmonna le vieillard.
Ce n'est que quatre heures plus tard que Nott Senior pu enfin s'effondrer dans son fauteuil, de retour au manoir. L'agitation l'épuisait toujours mais il devait bien ça à son fils, lui permettant de mettre un peu de gaieté dans ses vacances.
Sitôt de retour au manoir, Théodore s'était précipité à l'étage dans sa chambre. Il avait très hâte d'essayer d'apprivoiser le Monstrueux Livre des Monstres et d'en lire quelques pages.
Sortant délicatement la livre de son sac, celui-ci faillit lui échapper des mains tant il claquait de ce qui semblait être ses mâchoires. S'asseyant sur son lit, Théodore fit preuve de patience pour parvenir à attraper le livre et le tenir immobile.
-Tout va bien, je ne vais pas te faire de mal…Simplement voir ce que tu caches murmura-t-il au livre comme s'il s'agissait d'un petit animal craintif.
Repérant une sorte d'ouverture qui semblait être dans la gueule du monstre, Théodore dû prendre son courage à deux mains pour dégager l'accès bloquée par la langue du livre de sa main gauche. Sans faire réellement attention à la puissance de la mâchoire il plongea sa main droite à l'intérieur mais ne fut pas assez rapide. Le livre avait déjà refermé avec puissance sa mâchoire sur ses doigts et sa main.
L'adolescent poussa cri de douleur et de surprise et cru même entendre une sorte de craquement. Le livre le relâcha aussitôt, tandis que l'adolescent effrayé, se tenant la main droite allait se réfugier à l'autre bout de sa chambre. Retenant avec une grande peine ses larmes, Théodore entreprit de faire bouger doucement ses doigts et sa main. Rien ne semblait cassé. Poussant un soupir de soulagement, il s'approcha avec précaution de son lit où le monstre semblait s'être endormi. Le plus rapidement possible, l'adolescent le remit dans le sac et l'enferma dans sa malle.
Sa main était douloureuse mais craignant les réprimandes de la part de son père, Théodore se jura de ne pas lui en parler.
Le vieil homme leva les yeux vers son fils pour le scruter d'un air attentif. Cela faisait au moins deux fois qu'il faisait tomber sa fourchette et semblait même avoir du mal à s'en servir.
-Qu'est-ce qu'il se passe? Le questionna-t-il.
-Rien…murmura le jeune garçon en baissant les yeux sur son assiette.
-Tu n'as jamais su mentir Théodore. Dis-moi la vérité!
Alors qu'il prononçait ses paroles, il eu le temps d'apercevoir la main droite de son fils qui semblait enflée, avant que celui-ci ne tente de la dissimuler sous la table.
-Viens-là…Lui ordonna-t-il.
A contrecoeur, Théodore fut contraint de se lever et de se rendre auprès de son père. Il poussa un petit couinement de douleur quand celui-ci examina sa main.
-C'est ce fichu livre n'est-ce pas? Borné et têtu comme tu es tu n'as pas résisté à tenter de l'ouvrir alors que je t'avais dit de le ranger directement dans ta malle…Le réprimanda-t-il sèchement en faisant bouger ses doigts raides et endolories.
Le jeune garçon se contenta d'hocher doucement la tête prenant sur lui pour ne pas se mettre à gémir.
-Tu as de la chance, il aurait pu te broyer la main!
D'un coup de baguette magique, Nott Senior attira à lui un petit flacon, un onguent qui sentait très fort et une petite bande de lin. Depuis le décès de sa femme, c'était lui qui était obligé de soigner son fils et jouer les infirmiers n'était pas sa tasse de thé. Fort heureusement, Théodore était en général très prudent et se blessait rarement.
Sans grande douceur, il appliqua l'onguent sur le membre blessé et l'immobilisa grâce à la bande, puis il tendit le flacon à son fils en lui disant:
-Bois ça, c'est contre la douleur. Tu en trouveras d'autre dans la salle de bain qui est près de la chambre de ta mère.
Théodore s'exécuta docilement puis après avoir l'autorisation de son père monta à l'étage. La potion le faisait somnoler et après s'être mis au lit, l'adolescent ne pu lire que quelques pages de son livre de chevet.
Le mois d'aout filait à toute vitesse et la rentrée approchait mais Nott Senior n'arrivait pas à déterminer si c'était cela qui semblait rendre son fils anxieux. Depuis quelques jours, il le trouvait patraque et à table il ne mangeait presque rien. La nuit dernière il l'avait même entendu vomir tripes et boyaux.
Un soir alors que le vieil homme dormait profondément, un frappement retentit à sa porte. Certain de rêver, il grogna et se retourna dans son lit. Le frappement retentit un peu plus fort et il crû même percevoir un sanglot de l'autre côté de sa porte.
Se retournant, il découvrit son fils sur le pas de la porte. Celui-ci sanglotait mais ce n'est pas ce qui alerta le plus le vieil homme. Malgré ses treize ans, Théodore extériorisait toujours ses émotions par les larmes (du moins quand il se trouvait au manoir, le vieil homme espérait qu'il ne se donnait pas ainsi en spectacle à l'école à la moindre contrariété…). L'adolescent semblait se tordre de douleur et se tenait le ventre.
-Qu'est-ce que tu as? Marmonna-t-il, la voix pâteuse de sommeil.
-Depuis quelques jours, j'ai très mal au ventre…murmura son fils d'une voix à peine audible.
C'était donc ça compris le vieil homme. Il lui fit signe d'approcher et de s'asseoir sur le lit. Posant une main sur son front, il tenta d'évaluer sa température et effectivement son garçon semblait fiévreux. Jetant un œil à la pendule, il constata qu'il était deux heures du matin et il ferma les yeux d'agacement. Alors qu'il s'apprêtait à renvoyer sèchement son fils dans sa chambre avec une potion contre la douleur, la main toujours bandée de Théodore l'interpella.
-Quelles potions tu prenais pour ta main? Le questionna-t-il.
-Elles sont dans ma chambre…Gémit Théodore qui se tordait toujours de douleur et qui semblait à deux doigts du malaise.
Se levant péniblement, le vieil homme parti vérifier son hypothèse. Lorsqu'il s'empara d'une des fioles qui se trouvaient dans la chambre de son fils et vérifia la date de péremption, il poussa un très long soupir. Elles étaient périmés depuis des mois et Théodore venait très certainement de s'empoisonner…
Retournant dans sa chambre, il le réprimanda vertement:
-Tu ne sais donc pas lire? Les potions contre la douleur que tu prends sont périmées depuis des mois! Bien évidemment que tu as mal à l'estomac! Je n'ai pas d'antidote pour ça, il va falloir aller à Sainte-Mangouste…
Se rendre à l'hôpital au beau milieu de la nuit ne l'enchantait vraiment pas mais il n'avait pas le choix. Il était impensable de laisser son fils dans cet état au risque que cela s'empire. Le trainant presque au rez-de chaussée, le vieil homme l'aida à se chausser, puis l'entraîna dans le jardin où ils transplanèrent immédiatement.
Aussitôt arrivé, Théodore vomi dans les pots des fleurs qui se trouvaient juste devant la porte de l'hôpital sous le regard noir de son père. L'adolescent tremblait et peinait à rester debout. Lentement, il suivi le seul parent qui lui restait à l'intérieur du bâtiment et failli faire demi-tour. L'odeur de désinfectant, les lumières vives et les murs blancs l'angoissèrent profondément.
Cela faisait une éternité que Nott Senior n'avait pas mis les pieds à Sainte Mangouste et après cinq bonnes minutes de rechercher il tomba enfin sur la sorcière qui s'occupait d'orienter les malades et blessés dans le bon service. Après lui avoir expliqué rapidement la situation, la sorcière lui demanda:
-Quel âge a-t-il?
-13 ans.
-Vous allez vous rendre au service pédiatrique alors, c'est celui qui est tout au fond du couloir vous ne pourrez pas le louper.
Après avoir grogner de vagues remerciements, il traina derrière lui son fils qui semblait complètement apeuré. Théodore marchait lentement, appuyé sur son père et fit à peine attention aux licornes peintes sur les murs du service pédiatrique qui galopaient joyeusement. Le père et le fils pénétrèrent dans une salle qui était bondée d'enfants en bas âges et de parents inquiets. Repérant deux chaises, Nott Senior fit asseoir Théodore sur la première et s'installa lui-même sur la deuxième. Lui aussi était inquiet pour son fils même s'il n'en montrait rien.
-Qu'est-ce qu'on va me faire? Demanda l'adolescent avec angoisse.
-Je n'en sais rien. Mais dans tous les cas, je veux que tu te laisses faire et pas de comédie c'est bien compris?
Le vieil homme savait parfaitement que Théodore supportait difficilement les soins médicaux et cela depuis qu'il était nourrisson, mais ce n'était pas une raison pour qu'il lui fasse honte.
Cela faisait presque deux heures et demie qu'ils attendaient et Nott Senior maudissait de plus en plus son fils pour son inattention. Il faillit presque se mettre à pleurer de joie quand une infirmière pénétra dans la pièce et appela:
-Messieurs Nott?
Le vieil homme fut obligé de soutenir son fils qui tremblait de tous ses membres et était parcouru de douloureux spasmes d'estomac. L'infirmière les mena dans une petite salle et les fit de nouveau asseoir. Pour la seconde fois, le vieil homme expliqua la raison de leur venue et jeta un œil attentif à l'infirmière qui avait emmené Théodore s'installer sur une table d'auscultation.
Celle-ci semblait particulièrement douce et parlait calmement à l'adolescent tandis qu'elle le manipulait pour lui prendre ses constantes.
-Il a un peu de fièvre mais c'est courant en cas d'empoisonnement…expliqua-t-elle.
Voyant son fils hésiter lorsque l'infirmière lui demanda de s'allonger sur le dos, le vieil homme croisa le regard de Théodore et lui jeta un regard noir lui ordonnant silencieusement de faire ce qu'on lui disait. Avec mauvaise grâce, l'adolescent s'allongea et fixa le plafond de ses yeux bleus. Il couina lorsque l'infirmière passa une main sous sa chemise et vint appuyer sur son estomac.
-Je sais que ça te fait mal…Lui murmura-t-elle en lui appliquant avec précaution une sorte de gel sur le ventre et en pointant sa baguette dessus.
Nott Senior pencha un peu la tête pour tenter de voir ce qui s'affichait sur une sorte de tableau mais ne repéra rien de tout, au contraire de l'infirmière qui leur expliqua:
-Le liquide est très acide et est présent en grande quantité dans l'estomac. Il est en train de lui ronger les organes ce qui expliques la fièvre, les crampes et les vomissements…
En entendant les paroles de l'infirmière Théodore se raidit et faillit fondre en larmes. Etait-il vraiment condamné à mourir à un si jeune âge sur cette table d'auscultation? L'infirmière essuya le reste de gel qui se trouvait sur son ventre et l'aida à se rhabiller décemment, puis l'invita à rejoindre son père.
-Il va falloir extraire le poison, lui administrer l'antidote et lui faire un pansement gastrique annonça-t-elle.
-Comment vous allez vous y prendre? La questionna Nott Senior qui voyait du coin de l'œil son fils se décomposer.
-Avec une sonde que l'on introduira dans sa bouche et qui accèdera à l'estomac. Je ne vais pas vous cacher que ce n'est pas un soin très agréable…
N'y tenant plus, l'adolescent s'effondra de frayeur et de fatigue. L'infirmière tenta de le rassurer du mieux qu'elle le pû et proposa même au vieil homme:
-Est-ce que vous voulez rester avec lui pendant le soin pour le rassurer?
Nott Senior jeta rapidement un regard à Théodore qui les yeux brillants de larmes le regardait avec espoir et répondit:
-Non, ça ne sera pas nécessaire…Vous arriverez bien mieux à le rassurer que moi.
Théodore fut donc contraint de suivre l'infirmière dans une autre salle en s'inquiétant de ce qu'on allait lui faire. L'infirmière le fit pénétrer dans une petite salle qui ressemblait à la première et le fit asseoir en position assise dans une sorte de grand fauteuil de cuir. Un homme et une seconde femme s'y trouvaient et se présentèrent mais luttant pour rester conscient, il n'écouta pas.
L'homme qui semblait être médecin, lui présenta la sonde qui ressemblait à un petit tube en plastique et lui expliqua gentiment:
-On va te mettre ça dans la bouche puis tu devras déglutir pour qu'on puisse la faire descendre dans ton estomac. Tu es prêt?
Ecarquillant grand les yeux de panique, l'adolescent se remit à pleurer. Après avoir été rassuré et avoir même pu manipuler la sonde, il consentit à faire un premier essai. La sensation d'avoir quelque chose au fond de la gorge était extrêmement désagréable et ils durent s'y reprendre à quatre fois avant de parvenir à faire glisser le tube en caoutchouc jusque dans l'estomac.
Le vieil homme commençait à s'impatienter. Cela faisait une bonne heure qu'on lui avait pris son fils et il regrettait presque de ne pas l'avoir accompagné. Et si de frayeur et de panique Théodore ne se laissait pas manipuler? Pire encore et si on le brutalisait? Nott Senior se décida à attendre encore un quart d'heure avant de partir à sa recherche.
Les yeux fermés, la sonde toujours dans son estomac, l'adolescent commençait à en avoir franchement assez.
-C'est presque terminé, ne reste plus que le pansement gastrique…L'informa l'une des infirmières en lui tenant la main pour le rassurer.
Le liquide qu'on lui injectait dans l'estomac était pâteux et lui donnait envie de vomir. Lorsqu'enfin on lui retira la sonde, Théodore ferma les yeux un instant et ce fut le trou noir.
Lorsqu'il se réveilla il se trouvait allongé dans le même fauteuil et l'infirmière qui l'avait pris en charge dès le début se trouvait près de lui.
-Tu permets que je jette un œil à ta main?
Théodore avait complètement oublié sa main droite toujours bandée et laissa l'infirmière lui retirer le bandage et plier doucement ses doigts.
-C'est pratiquement guéri.
-Quand est-ce que je vais pouvoir partir? Demanda l'adolescent d'une voix enrouée.
-Je vais bientôt te ramener à ton père mais avant j'aimerais que tu avales ça…Ca serait dommage de faire un nouveau malaise lui dit-elle en lui donnant un morceau de sucre.
Alors que Nott Senior s'apprêtait à se lever de sa chaise pour voir où se trouvait son fils, celui-ci pénétra dans la pièce, accompagné de l'infirmière. Il était livide et semblait avoir du mal à tenir debout.
-Tout s'est bien passé? Demanda-t-il en regardant Théodore s'écrouler sur la chaise qui se trouvait à côté de lui.
-Oui il s'est simplement évanoui à la fin mais rien de grave rassurez-vous…
A l'évocation du malaise, le jeune garçon se mit à sangloter relâchant très certainement la pression et l'angoisse auxquelles il avait été confronté. Ne voulant pas passer pour un père indigne (déjà qu'il avait refusé de l'accompagner durant le soin) le vieil homme attira Théodore contre lui le temps que celui-ci se reprenne. Alors qu'il frictionnait le dos de son fils qui pleurait contre son épaule, l'infirmière lui dit:
-Il a été courageux, c'était loin d'être agréable. Je vais vous expliquer le protocole à suivre lorsque vous rentrerez chez vous…
L'infirmière lui fit voir un petit pot d'onguent et expliqua:
-Le système digestif a été un peu malmené, les douleurs peuvent persister encore quelques jours…Vous pourrez lui masser le ventre avec ça le matin et le soir. Pour les repas, il n'aura peut-être pas très faim alors privilégiez les aliments qu'il aime.
Le vieil homme failli lever les yeux au ciel. Il n'avait aucune envie de jouer les infirmiers de retour au manoir et de cuisiner plusieurs repas.
Alors qu'il hochait la tête, pressé de quitter l'hôpital, l'infirmière les observa un moment et déclara avec tendresse en le voyant passer une main distraite dans les cheveux noir de Théodore qui pleurnichait toujours contre lui.
-Vous le câlinerez bien pendant quelques jours et tout sera oublié…
Nott Senior poussa un soupir. Les cajoleries très peu pour lui et Théodore le savait parfaitement. L'adolescent allait se consoler tout seul avec ses livres et le vieux foulard de sa mère qu'il ne quittait jamais pour dormir.
Se levant de sa chaise, forçant son fils à faire de même, il remercia et salua rapidement l'infirmière avant de sortir dans le couloir. Toujours hoquetant et sanglotant, Théodore peinait à suivre son père qui marchait rapidement en direction de la sortie. Tout d'un coup, alors qu'il reniflait bruyamment, son paternel se tourna vers lui et le réprimanda sèchement:
-C'est bon Théodore, tout le monde t'a assez entendu!
-C'était horrible…Tu aurais quand même pu m'accompagner…Lui lança-t-il la voix tremblante d'émotion.
-Parce qu'en plus tu me fais des reproches? Qui t'a emmené ici à deux heures du matin et a attendu avec toi presque toute la nuit? Tu es vraiment ingrat et j'espère que l'infirmière n'a pas menti en me disant que tu t'es bien comporté!
A fleur de peau et ne supportant pas les remontrances de son père, l'adolescent lutta contre les larmes tandis que celui-ci lui saisissait le bras pour le faire transplaner.
Il était déjà six heures du matin quand le père et le fils rentrèrent au manoir. Le vieil homme envoya rapidement Théodore au lit et s'écroula à son tour dans son propre lit. Il était midi quand le vieil homme se réveilla et se décida à sortir du lit. Passant devant la chambre de son fils, il tendit l'oreille mais n'entendit aucun bruit. L'infirmière lui avait conseillé de garder un œil sur l'adolescent pendant quelques jours, hors Théodore retournait à Poudlard le lendemain…
Pénétrant discrètement dans la chambre, il s'approcha avec précaution du lit de son garçon qui semblait dormir paisiblement, roulé en boule sous ses draps et serrant contre lui le vieux mouchoir de sa mère. Avec délicatesse, il posa une main sur son front pour s'assurer qu'il n'était plus fiévreux puis d'un geste tendre qui était loin de lui être habituel, il réajusta les draps et couvertures.
Théodore remua faiblement avant de se réveiller totalement et d'ouvrir les yeux. Il se sentait encore épuisé mais en jetant un œil à sa montre qui se trouvait sur sa table de chevet constata qu'il était presque déjà 15h. Il se sentait un peu nauséeux même si les crampes et les brûlures d'estomac avaient cessés.
Descendant les escaliers en ronchonnant un peu, il se traîna jusqu'à la cuisine où se trouvait déjà son père occupé à préparer du thé.
-Comment tu vas? Le questionna-t-il sans émotion particulière.
L'adolescent répondit d'une petite voix avant de s'écrouler sur une chaise:
-Un peu mieux mais je ne sais pas si j'arriverais à manger aujourd'hui…
-Tu ne peux pas rester le ventre vide. Il faut que ton estomac se remette à fonctionner petit à petit. Il reste du ragoût de ce midi mais je doute que ça te fasse très envie. Regarde dans les placards, ils sont pleins et prend ce que tu veux…
S'asseyant à son tour, Nott Senior observa son fils se lever lentement et fouiller un moment dans les placards avant de se décider pour un bol de céréale. Le choix de Théodore lui parut étrange mais si c'était ce qui lui faisait envie…
Le lendemain matin, tirer l'adolescent du lit fut un vrai calvaire.
-Je suis encore fatiguée…geignit l'adolescent en se retournant dans son lit.
-Tu dormiras dans le train…Hors de question que tu rates la rentrée!
Têtu, le jeune homme avait tout fait pour négocier quelques minutes de sommeil et le voyant épuisé et encore vraiment patraque, exceptionnellement le vieil homme avait accepté de ne pas avoir le dernier mot et l'avait laissé dormir.
A 10h40, Théodore se tenait sur le quai de la gare, à peu près réveillé, avec son père et sa malle.
Le vieil homme dévisagea son fils pendant quelques secondes puis lui dit d'un ton autoritaire tentant de masquer son inquiétude comme il le pouvait:
-Tu te couches tôt ce soir et au moindre problème tu vas voir l'infirmière. Je ne veux pas recevoir de hibou de la part de l'école me disant que ton état s'est aggravé…
Théodore leva les yeux au ciel ce qui lui valut un regard noir de la part de son père.
-Je ne suis pas mourant, je vais m'en remettre!
-Ce n'est pas l'impression que tu donnais ce matin et il y a deux jours à l'hôpital! Lui asséna le vieil homme le faisant taire.
Effectivement, l'adolescent anxieux à cause de l'environnement qui lui était inconnu avait peut-être un peu dramatisé ce qui lui était arrivé à Sainte-Mangouste.
De retour au manoir, Nott Senior s'effondra sur son fauteuil en soupirant. Cet été avait été plus que mouvementé et il espérait que le prochain serait plus calme.
