Dernière pause de la journée, comme à son habitude, Solus lisait son livre dans son coin.

Prenant leur courage à deux mains, Fib et Bonacci alla voir l'harfang des neiges, histoire de lui tenir compagnie mais aussi de l'observer s'il n'y avait pas quelque chose de louche en lui.

Quand l'un ou l'une lui parlait pour faire diversion, l'autre l'examinait comme regarder ce qu'il y avait en dessous de sa cape chouette, au niveau de son dos. Si Solus tournait la tête en direction de celui ou celle qui l'examinait de manière suspecte, il ou elle faisait comme s'il ou elle n'avait rien fait, la nervosité sur le visage. Ils n'avaient toujours pas oublié ce que Solus pouvait leur faire si jamais ils faisaient un faux pas. Mais ils voulaient savoir de qui ou quoi l'avait fait changer passant de peureux à confiant et de faible à fort. Ils lui posèrent cette question puis comme il disait non, il n'insistaient pas trop, ils n'avaient pas envie de revivre cette scène de riposte de la part de Solus. Le cou de Bonacci s'en souvenait encore. Il avait dû retirer son grelot bleu qu'il avait autour du cou, un moment, pour se sentir moins oppressé par ce souvenir.

Quant à Fib, elle avait eu de la chance, ce n'était que purement psychologique qu'elle avait été touchée. Elle pouvait faire la fière en se félicitant de ses «exploits» mais en vrai, comme tous les jeunes, elle avait ses craintes et ses faiblesses. Elle ne faisait que les masquer en étant avec son ami Bonacci, elle se sentait confiante avec lui et grâce à lui.

Tout le monde ne pouvait pas être parfait.

En les voyant nerveux comme ça, Solus les rassurait en leur disant que c'était juste pour leur donner une bonne leçon sur ce qu'ils avaient fait à l'école et en dehors de l'école par le passé avec lui et tant qu'ils ne recommençaient pas à l'embêter à nouveau, tout allait bien se passer. Le karma finira toujours par les rattraper de toute façon.

- Tout ce que je veux c'est qu'on me respecte malgré mes défauts de peur et de timidité...

L'expression faciale du duo était à la fois entre le «Cause toujours, tu nous intéresses, on t'embêtera quand tu seras à nouveau faible» et l'empathie puisqu'il n'avait pas tort sur sa timidité et le besoin d'être avec un ou des amis.

- Vous devriez aussi respecter Otus malgré son handicap...

- Oh oui, oui, bien sûr, Solus...! mentit Bonacci alors que la veille, ils avaient énervé le pauvre garçon-chouette en l'embêtant encore une fois. On le fera...

Par chance qu'ils avaient échappée de justesse à sa transformation. C'était sûr qu'ils seraient terrifiés s'ils étaient resté avec lui en train de se moquer de cette colère.

Otus, justement, pendant toute la journée, il était avec Asio en train de se perfectionner en vol. Au début, avec sa cape spectrale qu'il avait acquise durant son aventure contre les pirates, il avait un peu de mal car c'était assez puissant lorsqu'il l'utilisait mais depuis qu'il avait absorbé le dofus et ai subi sa première transformation en dragon, il avait comme qui dirait eu la maîtrise de cette cape alors qu'il fallait des jours et des jours pour la maîtriser. C'était comme si le pouvoir de l'œuf l'avait aidé. Asio en était plus qu'impressionné. Otus, bien que son prof soit content, était embêté. Pour lui c'était un peu comme tricher.

À noter que la stasis (l'énergie violette) est liée à la mort. La cape spectrale, dans le mot «spectrale», il y a «spectre» et donc la mort. Cette énergie a dû améliorer l'utilisateur de la cape afin qu'il s'y adapte plus facilement qu'à la normale.

Otus aimerait bien utiliser le pouvoir du dofus seulement contre les monstres, pas dans la vie de tous les jours, ni pendant les entrainements !

En temps normal, lorsqu'il utilisait la cape spectrale, un vent violent et tourbillonant se produit autour de lui. Avec le dofus, de la stasis s'en dégagea durant l'utilisation, c'était mêlé au vent violent et au tourbillon. Lorsqu'il termina son entrainement et revint vers son professeur, il était vraiment embêté.

- Pourquoi fais-tu cette tête, Otus ? lui demandait-il, un peu inquiet. Tu as bien progressé, aujourd'hui. Beaucoup plus, d'ailleurs. Tu n'as pas à t'en faire, je ne suis pas déçu de ce que j'ai vu.

Il aurait dû, s'il le savait...

- Tu as bien mérité un peu de repos, je te laisse tranquille pour aujourd'hui. Si tu as besoin de quoi que ce soit, je serai au poste d'avant-garde.

L'homme s'envola grâce à sa cape chouette et disparu un peu plus loin dans l'horizon.

Otus était resté là pendant un bon moment avant de se décider d'aller à l'école, attendre Solus à la sortie. Durant tout le week-end, ils ne s'étaient pas vu à cause des parents de Solus qu'ils jugeaient qu'il devait se reposer, Otus avait hâte de lui montrer toutes les informations sur ce qu'il avait découvert durant son voyage astral. Il avait tout noté sur des parchemins, il espérait avoir une réaction de le part de son ami, lui qui aime bien découvrir de nouvelles choses.

Otus se posa tout de même une question avec quelques doutes : Pourquoi a-t-il subi ce voyage et pas Solus ? Cette fièvre, qu'il avait eue, était un signe évocateur ? Ou bien parce qu'il était muet qu'il ne serait pas capable de le répéter aux autres ? Et puis, qui étaient ces gens tous différents les uns que les autres ? (Otus avait quand même vu une eniripsa, une crâ, un osamodas et un iop, des classes totalement inconnues pour lui)

Cet univers qu'il avait vu, était-il réel ? Avait-il existé ? Il n'en savait rien, pour lui c'était juste un rêve qui était plus qu'un rêve... Mais en cas de doute, il avait tout noté de ce qu'il avait vu et entendu, ces informations pouvaient être très utiles pour répondre à la question de l'origine de ces «dofus».

Solus sortait de l'école tout sourire, Otus lui faisait signe pour lui montrer le parchemin. Ils rentraient ensemble chez l'harfang des neiges. Fib et Bonacci, bien décidés à en savoir plus, les suivirent discrètement.

Dans la chambre de Solus, la mère du jeune garçon harfang des neiges leur avait rapporté de quoi boire et grignoter un peu. Une fois qu'elle était partie, Otus pouvait lui montrer ce qu'il avait noté dans son parchemin. Il le lit.

- «Cela semblait fou, Solus, mais c'est ce que j'avais vu dans mon rêve... et ça semblait si réel !»

À l'extérieur, Fib et Bonacci regardaient par la fenêtre fermée de la chambre en s'agrippant du mieux qu'ils purent au bord tout en se faisant discrets. Sur ce coup-là, ils n'étaient pas sportifs pour rester accrochés. Ils manquaient plusieurs fois de glisser alors ils utilisaient leur cape chouette pour s'aider. Les deux garçons, Otus et Solus, n'étaient pas face à la fenêtre, ils étaient juste dos au mur, assis sur le lit de Solus, à côté, assez pour que le duo insupportable les écoutent... Bon, ils ne peuvent écouter que Solus... avec Otus, ça allait être compliqué !

- En effet, Otus, ça semble incroyable ce que tu as décrit... dommage que je n'ai pas pu voir ça de mes propres yeux...

Il ne pouvait pas inventer ça tout seul. Certains détails étaient vachement très précis comme l'homme à la tête en feu, le monstre géant de couleur gris, l'enfant vert, le garçon au bonnet bleu et tous les autres que Otus avait pu décrire.

- Si tu as eu cet étrange voyage pendant ton sommeil c'est peut-être parce que l'œuf... 'fin le «dofus» t'avait choisi comme quelqu'un digne de confiance et non parce que tu es muet... même si c'est fort probable que ça soit le contraire. Je veux dire... il t'a choisi parce que tu serai incapable de répéter ce que tu as vu à qui que ce soit.

- «C'est ce que j'ai pensé moi aussi au début... ou bien peut-être parce que je suis plus ouvert au monde qui m'entoure.»

Solus réfléchissait.

- Peut-être... Tout de même... t'es qu'un gros veinard, Otus, d'avoir pu observer cet étrange univers en forme d'œuf dans l'espace avec ces deux énergies qui se mélangent entre eux séparément !

Il le taquinait en le chatouillant puis redevient sérieux avec cette question :

- Je me demande dans quel but ces dofus ont-ils attéri dans notre monde... Instaurer un équilibre qu'on n'a pas ou plus ? Expérience ? Mystère...

- «Et les voix aussi!» se demandait aussi Otus « Provenant de ces dofus ! À qui appartiennent-ils ?»

- Peut-être à ceux qui les ont crée... et d'ailleurs, c'est qui leurs créateurs ? Des Dieux ? Des dragons ? Et si c'était ça, pourquoi nous avoir choisi comme «hôtes» ?

Brusquement, un bruit provenant de la fenêtre se fit entendre. Solus alla voir. En ouvrant la fenêtre, il n'y avait personne. L'harfang des neiges haussa les épaules et referma la fenêtre.

Cachés dans l'ombre, Fib et Bonacci n'arrivaient pas à croire de ce qu'ils avaient entendu. Tout s'expliquait pourquoi Solus s'y tenait vraiment à l'œuf et aussi de l'apparition du monstre... mais aussi du mystérieux changement qu'il avait eu ces derniers temps... Il n'y avait plus aucun doute possible ! Ils avaient un bon moyen de se débarrasser de lui en le dénonçant lui et Otus...

Fib et Bonacci restaient encore quelques minutes afin d'avoir un maximum d'informations sur ce qu'ils venaient d'entendre. Et ils n'allaient pas être déçu de la conversation suivante en solo de Solus avec Otus.

- Et toi, ça va, Otus ? Tu as pu expérimenter ta transformation afin de t'y habituer ou pas du tout ?

- «Pas trop... Enfin... pour être honnête, me transformer une fois me suffit, la première fois ça a été très douloureux, et je n'avais pas eu la même bonne sensation que toi tu avais eue... J'étais trop énervé... Et toi ?»

- Moi ?

Il lui sourit.

- Eh bien, je me suis en quelque sorte bien amusé avec ça. Être un dragon bipède c'est vraiment plus cool qu'être un dragon à quatre pattes ! Faire plus de deux mètres de haut me suffit amplement. Bon, pour les muscles... ça reste à déterminer sur la masse parfaite...

Otus lui lançait un regard taquin en le voyant rouge comme une tomate sur ce détail, Solus se défendit en bégayant :

- N-Non mais n-non, O-OTUS ! C-Ce n'est pas c-c-ce que tu penses !

- «Oh que si ! Ça se voit en entendant le ton de ta voix !»

L'harfang des neiges était tellement gêné qu'il se cacha le visage avec son oreiller. Il regarda tout de même ce que son ami avait à dire.

- «Ça se voyait aussi quand tu t'es transformé devant moi au Temple Chouette ! Tu n'arrêtais pas de regarder tes bras en train de grossir et tout !»

Solus se cacha à nouveau le visage avant de jeter l'oreiller sur son ami.

- Arrête, Otus ! Ç-Ça devient gênant !

Le garçon-chouette rigolait de l'avoir taquiné ainsi.

Après ce bref moment de rigolade entre amis et après être un peu refroidi, Solus donna quand même une suggestion à Otus.

- Si, vraiment, tu n'aime pas trop te transformer complètement, tu peux toujours te personnaliser une forme draconique qui te conviendrai. Moi, par exemple, j'ai pris cette forme dont je t'ai parlé : un dragon bipède de plus de deux mètres vingt de haut assez impressionnant. Ça pourrait t'aider comme indice. Qu'est-ce que tu préfères ?

Otus réfléchit et lui signa que, déjà, il n'aime pas avoir un museau. L'allongement de son crâne était la chose la plus douloureuse durant la transformation, il aimerait bien garder sa tête humaine. Et aussi une bouille adorable. Le reste, les ailes, la queue, la crinière et la masse musculaire, ça pouvait aller... Quoique, la masse musculaire, il ne faut pas que ça soit trop gros. Otus avait senti la masse parfaite au moment du processus, c'était juste où il devait enlever son pull sans manches parce que celui-ci menaçait de se déchirer et qu'il avait ressenti une douleur dans le dos. Pour Otus, c'était parfait, une façon de prouver aux gens qu'il n'était pas faible puisqu'il pouvait soulever des objets bien plus lourds que ce que laisse supposer son apparence. Toutefois, il aimerait bien être un peu plus grand pour ne pas se faire démasquer.

- Dans les 1m80 ? lui demanda Solus. À peu près de la même taille que Asio ?

Otus hochait la tête en signe de oui. L'harfang des neiges riait un peu.

- C'est vrai que t'es du genre à être dans le simple et discret contrairement à moi. Hé, si tu veux, on pourra essayer dès ce soir après le diner, non ? Qu'est-ce t'en penses ? Je connais un endroit où tester. Après si tu ne veux pas, je ne te force pas...

Otus réfléchit et, au final, il avait encore besoin du temps, il avait toujours en mémoire la douleur de cette transformation, il n'était pas prêt.

- Je vois... Ne t'inquiètes pas, Otus. C'est vrai que c'est encore difficile pour toi de surmonter ça, on n'est pas pareils niveau sensibilité physique. Mais je t'avoue qu'au début moi aussi je ne voulais pas recommencer (malgré l'amusement) mais je voulais à tout prix te le montrer pour prouver que je ne mentais pas puis ensuite j'avais testé de mon côté et au final, je me suis habitué.

Fib et Bonacci en avaient assez entendu, ils s'en allaient sans se faire repérer avec toutes les informations qu'ils ont en tête de ce qu'ils ont entendu de Solus. Ils espèrent qu'un adulte, voire un soldat les croirait s'ils dénonçaient Solus et Otus. De plus, ils feraient en sorte de répandre d'abord la rumeur parmi la communauté des chouettes comme quoi le monstre était parmi eux tel un loup dans la bergerie sans qu'on sache qui était-ce, histoire de bien stresser Solus.

Ils espéraient le faire chanter afin qu'il redevienne leur victime préférée mais dans un sens où il se laissait faire.

Du côté de la base militaire, le soldat qui avait étudié les rapports et les illustrations à propos du monstre avait fini depuis quelques heures de faire son hypothèse à son supérieur. La rumeur au sein de la base avait fini par y circuler.

- Je n'arrive pas à croire que le dragon serait parmi nous..., trembla un soldat. Tu crois que c'est ici ou à Vellie ? Ça me fait peur...

- Je pense que c'est aux deux endroits, il peut se trouver n'importe où..., souffla son collègue. Qui l'eut cru que cette chose peut se transformer ?

- Tu sais qui c'est ?

- Bah non, on est en train d'enquêter justement ! Et apparemment, un uniforme avait disparu, il se pourrait bien que ce soit lui qui, en reprenant sa forme initiale, l'avait pris. Je pense que le chef réfléchit à un ordre de fouiller toutes les maisons des villageois de Vellie.

- Ou alors, disait un autre soldat qui passait par-là, de fouiller une maison bien précise ! Billy (le nom du soldat qui avait fait son rapport) soupçonne que le dragon soit Solus car il avait des caractéristiques de harfang des neiges. De jeune harfang des neiges mâle. Et sur ce point-là, il ne peut pas avoir tort.

L'un des soldats était sceptique.

- Oulàlà ! N'allons pas trop vite! Pourquoi le soupçonner lui ? Ça pourrait être très bien un genre de dragon-chouette en dehors de la communauté. Une espèce dérivée. Un peu comme les requins et les baleines ! Si on le soupçonne parce qu'il avait utilisé la Machine Anti-Hex, vous vous trompez! Solus n'est qu'un enfant qui ne voulait faire de mal à personne !

- Tu veux que je te ressorte la copie des croquis ?

Il lui montra les deux croquis, l'un où le dragon était assis en train de lire un livre et l'autre sur les trois angles en étant debout : de face, de profil et de dos. Il montra aussi une photo de Solus.

Le soldat ne voulait pas y croire.

- Et alors ? Ce n'est qu'une coïncidence ! Arrêtez un peu de soupçonner sans preuve solide ! Pour moi, ce ne sont pas des preuves !

- De tout façon, on verra bien si c'est vrai ou non. Moi non plus, je ne peux pas croire à ça...

- Personnellement, si Solus est vraiment le dragon, je refuse catégoriquement de l'arrêter ! Quitte à risquer ma place dans l'Armée ! Ce n'est qu'un enfant !

Les deux autres soldats étaient attristés. Eux non plus ne voulaient pas arrêter Solus si jamais c'était lui mais ne voulaient pas non plus perdre leur boulot. Comme ils disaient, «On verra bien».

Le lendemain matin, le mardi, en arrivant à l'école, Solus vit que Fib et Bonacci avaient le sourire... Avaient-t-ils enfin compris que ça ne servait à rien de l'embêter ? Pas tout à fait en vrai... À eux trois, ils s'isolèrent dans un coin discret.

- Nous savons qui tu es, Solus, commença en chuchotant Bonnaci. Et si tu ne veux pas qu'on le répète à tout le monde, t'as intérêt à faire ce qu'on te dit !

- Savoir quoi ? chuchota-t-il en retour. Vous ne savez rien ! Si c'est pour venir bluffer, moi, je rentre en classe tout de suite !

Dès qu'il s'éloigna du coin en bousculant un peu le duo qui était sur son chemin, Fib lui révéla l'information qu'elle et son ami ont su.

- Nous savons que tu es le monstre, Solus !

Il s'était figé instantanément, il se retourna en essayant de ne pas se trahir par une quelconque émotion de stress.

- A-Ah bon ? Et vous avez la preuve ?

- On a juste l'information, c'est tout. Mais dès qu'on aura la preuve, tu feras moins le fier !

- Vous savez qu'accuser quelqu'un sans preuve, c'est grave ? Vous pourriez avoir des ennuis...

- On le sait, lui disait Bonacci, et on essayera de tout faire pour prouver que c'est vraiment toi le monstre!

- Vous n'y arriverez pas.

- Oh que si !

- Essayez un peu.

Il craqua sa main et l'étirait, l'échauffait, mais sans la transformer, on voyait juste les veines dessus, signe que Solus ne plaisantait pas du tout. Ça se voyait qu'il commençait à s'énerver. Il avait les yeux plissés de colère, ses pupilles avait disparu et il fronçait fortement les sourcils.

- Oulàlà! dédramatisait Fib, moqueuse. C'est officiel, ce n'est plus le Solus qu'on a connu, il cherche constamment la bagarre alors qu'on lui dit gentiment ce qu'on avait à lui dire! Tu devrais te détendre un peu!

- C'est sûr, calme-toi ou tu vas... te changer en monstre ! Hahahaha !

Là, il n'avait pas tort, Solus devait se calmer autrement les prémices de sa transformation risqueront d'apparaître. L'harfang des neiges respira tout en contrôlant les battements de son cœur.

- Eh ben, il a compris ! Tu savais que dans les histoires de monstres, l'un des personnages s'énervait tellement qu'il s'était transformé ? Donc fais gaffe, Solus, fais gaffe ! On ne sait pas à quoi tu ressemble exactement puisque tu dis être un dragon mais ça doit être flippant rien qu'à y penser !

- Vous avez juste intérêt à ne pas m'énerver, murmura-t-il tout bas en allant vers l'entrée de l'école avant de se rendre compte d'un tout petit détail.

«Attendez une seconde...»

Bonacci avait parlé de dragon mais alors...

D'une vitesse surprenante, Solus se précipita d'un coup sur la grosse chouette mâle, laissant tomber son livre et ses parchemins par terre, pour le prendre à deux mains par sa cape chouette verte tout en le plaquant contre le mur qui laissa une trace entre poussières et petites fissures dans un bruit sourd. Fib avait failli avoir une attaque au passage. Elle avait cru que son ami avait le dos brisé tellement le bruit de l'impact contre le mur était assez fort.

- VOUS M'AVEZ SUIVI JUSQU'À CHEZ MOI ?!

Sa voix avait presque mué de manière monstrueuse tellement il était surpris, apeuré et furieux. Là, c'est sûr, il n'y avait plus aucun doute pour le duo. Solus était bien le monstre mais ils n'avaient pas la preuve. Ils ne peuvent qu'en être témoins.

N'ayant aucune réponse, Solus secoua un peu Bonacci, faisant aussi pression sur Fib.

- RÉPONDEZ ! VOUS M'AVIEZ SUIVI HIER APRÈS LES COURS ?

On pouvait entendre le grognement qu'il produit entre chaque respiration. Un bruit discret et annonciateur que des petites crocs lui apparaissaient à sa bouche, des griffes avaient poussé à ses doigts. Si le duo disait la vérité, c'était la mort assurée ! Et, coup de chance, un garde avait entendu de ses collègues soldats dire que le monstre était un dragon et que ce garde était du genre bavard avec son collègue qui gardait les portes avec lui, certaines personnes avaient pu entendre cette information dont Fib et Bonacci.

Voyant les griffes en train de pousser aux pouces de Solus, Bonacci lui répondit dans un bégaiement, en larmes et terrifié.

- N-Non, o-on avait entendu un g-garde dire que le m-monstre était en fait un dragon...! On avait j-juste fait le lien, c-c'est tout...! C'est la véritééé !

Solus finissait par se calmer, les prémices de sa transformation avait disparu. Il avait cru à leur mensonge mêlé à la vérité. Il reposa Bonacci.

Encore une fois, la confrontation était assez violente pour le duo. Bonacci ne s'était pas fait dessus comme la dernière fois malgré la peur et les larmes, il avait pris ses précautions. Quant à Fib, elle avait encore eu le souffle coupé par ce qu'il venait de se passer. Ils avaient tout intérêt à faire attention aux réactions de Solus. Celui-ci ramassa son livre et ses parchemins et rentra à l'école comme si de rien n'était. Le duo le suivit, toujours la peur au ventre mais avec la ferme intention de le faire chanter. La seule preuve qu'ils avaient c'était que Solus pouvait se transformer sous le coup de l'émotion... Or, à part Fib et Bonacci, personne d'autre (en dehors d'Otus et cie.) ne pouvait le voir se transformer sous le coup du stress et de la colère, il fallait alors le piéger.