Anne se sentait vraiment nerveuse sur cette vérité qu'elle venait de découvrir, elle avait une bombe émotionnelle entre les mains qui risquerait d'exploser à tout moment si jamais une étincelle d'hostilité se révélait parmi les soldats ou les villageois de Vellie envers le pauvre Solus. Celui-ci, rhabillé après son examen médical, la suivait dans les couloirs de la base sans se douter qu'elle avait deviné sur qui il était.

Comment lui avouer qu'elle savait tout sans lui faire peur ? Ce silence stressant de la part d'Anne inquiétait Solus. Il essaya de lui parler.

- Hmm... ça va, Anne ? T'as l'air inquiète. Le médecin t'a dit quelque chose ?

- Non, non, ça va. J-Je pensais à autre chose...

Un moment où il n'y avait personne d'autres dans les couloirs, Anne s'arrêta et mit une main sur l'épaule de Solus pour exprimer sa compréhension et sa compassion.

- À partir de maintenant, je ferai en sorte que plus personne ne te fera du mal. C'est promis.

Elle lui fit ensuite un câlin. Solus n'avait pas compris ce qu'elle avait voulu dire mais ça le rassurait dans un premier temps.

- Si tu te demande pourquoi, c'est normal que tu n'aies pas compris, lui expliqua-t-elle en le regardant, mais je ferai tout pour que tu sois le plus à l'aise possible ici. Tu comprendras de quoi je parle...

Puis ils reprirent leur marche.

- Parfois, les humains et les chouettes sont juste bêtes, ils n'écoutent que leur peur au lieu de comprendre ce qu'il se passe exactement...

Plus tard, Anne regarda encore une fois les croquis du dragon-chouette qu'était Solus. Elle n'arrivait toujours pas à croire que c'était lui depuis le début de cette affaire ! Elle avait presque eu de la peine pour lui en se rappelant du moment où il était en cage sans eau ni nourriture... et agressif une fois l'estomac vide. Elle se demandait comment ça avait pu arriver à lui... Aurait-il subi une malédiction ? Pour Anne, il y avait une explication logique à tout cela et elle était bien décidée d'aider Solus à s'en défaire si possible!

Puisqu'elle était sa tutrice durant son séjour à la base militaire, elle tentera tout d'abord de le mettre en confiance pour ensuite lui révéler qu'elle savait tout mais qu'elle n'en parlera pas à ses collègues, ni au chef. Cela risquerait de coûter sa place mais tant pis.

Du côté d'Otus, celui-ci n'avait pas vu Solus depuis hier, il s'inquiétait un peu et décida d'aller chez lui. Sur place, la maman du jeune harfang des neiges lui disait qu'il était parti à la base militaire car il était soupçonné d'être le monstre mais que rien n'était confirmé, il était juste le suspect. Elle espérait que son fils soit bien traité là-bas malgré tout. Et évidemment, Otus alla là-bas directement mais un soldat qui gardait l'entrée l'empêchait de passer.

Peut-être qu'en essayant de trouver une porte secrète ou un autre chemin pour s'y infiltrer, ce serait plus simple... Il fit le tour du bâtiment en volant avec l'aide de sa cape chouette, faisant semblant de s'en aller pour ne pas donner des doutes au garde. Il trouva un petit conduit d'aération et par chance qu'il soit un enfant, il y entra sans difficulté. Même un adulte de petite taille pouvait y entrer !

Otus détestait jouer les espions, la dernière fois qu'il avait fait ça c'était quand il s'était infiltré dans le vaisseau-mère de Molström, il avait failli mourir empoisonné par les gaz toxiques à cause des automates qui avaient ouvert les vannes. Heureusement qu'il y avait un interrupteur pour désactiver ça. Plus jamais, au grand jamais il ne souhaite subir ça à nouveau, c'était atroce !

Là, il se sentait bien dans ce conduit d'aération. Pas de gaz ni quoi que ce soit d'autre de désagréable. Il rampa tout à son aise dans ce petit tunnel qui mena à plusieurs autres conduits, au bout de certains d'entre eux il y avait un ventilateur qui tournait, cela effrayait un peu Otus de s'imaginer se faire aspirer par les pales et se faire découper en rondelles mais il put contourner facilement ces obstacles en faisant attention.

Une question lui traversa l'esprit durant son infiltration : Où peut bien se trouver Solus ?

Otus n'en avait aucune idée et ne voulait pas fouiller entièrement la base sans risquer de se faire repérer par les soldats, il devait trouver une solution depuis sa cachette...

L'occasion pour lui de tester ses pouvoirs grâce au dofus qu'il y avait à l'intérieur de lui. Pour trouver Solus, Otus aimerait sentir ou voir sa présence comme s'il avait un radar intégré dans sa tête. Il ferma les yeux et se concentra calmement. Il se concentra sur le pouvoir du dofus, pas de transformation juste qu'il voulait retrouver Solus en détectant sa présence.

Il ouvrit les yeux qui brillaient d'un violet incandescent, ce qu'il voyait, c'était un peu sombre et flou mais des tâches lumineuses de couleur bleue très pâle qui bougeaient dans sa vision, d'autres ne bougeaient pas. Il comprit qu'il pouvait voir l'aura des autres êtres vivants. Il y avait une aura bien plus forte et plus bleue que toutes les autres lorsque Otus tourna la tête. Est-ce que c'était celle de Solus ? Il regardait les autres auras, apparemment elles étaient faibles alors peut-être que c'était lui, celle qui était nettement plus intense ? Otus alla dans la direction d'où il pouvait voir l'aura qu'il cible mais sans faire attention il se cogna la figure. Eh ben, il voyait vraiment les auras à travers les murs mais ne pouvait pas traverser ceux-ci ! Otus, tu devrais être plus vigilant...

Par curiosité, il regarda ses mains pour voir à quoi pouvait ressembler la sienne d'aura. Elle était violette et peu intense, il pensait en avoir une bleue et intense comme celle de Solus... Mais bon, il supposa que c'était la couleur que leur avait donnée leurs dofus respectifs.

Otus avança à tâtons dans les conduits d'aération en suivant cette aura bleutée. Il devait toutefois éviter les ventilateurs qui sont assez dangereux pour lui. Les pâles peuvent être vraiment tranchantes quand ça tourne comme ça à toute vitesse.

Il était presque arrivé, l'aura qu'il ciblait était proche, encore quelques pas en rampant... La silhouette se faisait plus précise et c'était bien celle de Solus ! On dirait qu'il était assis. Otus désactiva sans difficulté son détecteur d'aura en secouant légèrement sa tête comme s'il reprenait ses esprits. Il était sur un grillage en barreaux, il recula un peu pour pouvoir regarder à travers. Des filets de lumière se dégageait depuis l'endroit où était Otus dans ces conduits. Cela lui rappelait son infiltration dans le vaisseau-mère pirate où il avait écouté une conversation entre Dirk et Molström... mais cette fois, il n'y avait pas de conversation, juste du silence et son ami. Ce dernier était bien assis sur une chaise, il était en train de faire ses devoirs et de réviser.

Otus avait envie d'attirer son attention, il tapa légèrement contre un barreau pour se faire entendre de son ami.

Tac! Tac!

Pas de réaction.

Peut-être qu'il pense que le bruit venait des soldats en train de discuter et marcher dans les couloirs... Otus poussa alors un petit cri qui résonnait un peu.

- Hum ! Huuum !

Bien qu'il faisait ce cri à cause de son mutisme, Otus n'était pas débile (terme que donnaient trop souvent ses semblables chouettes et les humains de son âge), il était quelqu'un d'assez intelligent et curieux, ouvert au monde qui l'entoure, quelque fois il était dans son petit monde mais ne perdait jamais son objectif lorsqu'on lui demandait d'en accomplir un ou qu'il réfléchissait par lui-même pour accomplir cet objectif.

Si un génie avec une lampe magique existait, il aurait souhaité pouvoir acquérir la parole comme tout le monde ! Mais hélas, cela n'existait que dans les contes... Sa seule façon de s'exprimer était la langue des signes, l'écriture via une feuille de papier ou d'une ardoise (si jamais la personne ne connaissait pas du tout le langage des signes) et le langage corporel.

Et puis, le plus souvent, les gens trouvaient le cri (humain) d'Otus assez adorable, que ça lui correspondait bien à sa petite bouille d'hybride chouette-humaine. Même quand il sera adulte, on pensera qu'il aura toujours une tête trop mignonne mais restait à savoir sur sa voix...

- Hum ! Huuum ! répétait-t-il depuis les conduits d'aération, toujours en train de tenter d'attirer l'attention de Solus.

Celui-ci leva la tête de son livre de cours en entendant une voix familière.

Tac ! Tac ! Tac !

- Hum ! Huuum !

Solus se leva de sa chaise en allant chercher la source de ce bruit, il leva la tête quand il avait su que ça venait du plafond.

- Huuum !

- Otus ?

- Huuum !

- Attends, j'arrive.

Il utilisa sa cape chouette pour s'envoler jusqu'au plafond. Ce n'était pas trop haut, quelques battements d'ailes et c'était bon. Arrivé, il déboulonna facilement le grillage en barreaux puis entra (à peine!) dans les conduits d'aération là où il y avait Otus. Ce dernier lui faisait un câlin, signe que son ami lui avait tant manqué.

- H-Ha ! Moi aussi, je suis content de te voir ! Toi aussi, tu m'as manqué...

- «Alors ils ont tout découvert ?» signa Otus, inquiet.

- Non, ils ne savent pas qui je suis vraiment... Ils m'ont mis en observation, ils me soupçonnent d'être le monstre vu que je lui ressemblais presque trait pour trait... 'fin que JE ME ressemble trait pour trait ! D'ailleurs, je ne devais pas être là... Si Anne découvre que j'ai disparu, elle va alerter les autres soldats pour partir à ma recherche ! Il faut que je retourne dans le dortoir.

Au moment où Solus se retourna et s'apprêtait à sortir, Otus le retenait en lui faisant encore un autre câlin. Il refusait fermement de se séparer de son ami même pour tout l'or du monde !

- Je ne sais pas trop si tu peux rester avec moi, Otus. Asio va le remarquer, tu sais, si tu n'es pas avec lui...

- Hum ! chouinait-il fermement en restant collé à lui.

En gros, il voulait dire «Je m'en fiche complètement, je veux juste être auprès de toi ! Je ne veux plus qu'on se sépare!»

C'était comme si le dofus de stasis refusait de se séparer de son frère jumeau (ou de sa compagne / son compagnon), le dofus de wakfu. Otus et Solus ressentaient cet osmose en eux.

Malgré le mutisme de son ami, Solus avait compris ce qu'il voulait dire. Il accepta. Tous les deux retournèrent ensemble dans le dortoir. Fort heureusement qu'il y avait une place supplémentaire au lit de Solus, c'était un lit superposé, il n'y avait pas que pour une seule personne.

Alors que Solus remit le grillage en place et remit les boulons, Anne toquait à la porte et entrait dans le dortoir. Elle était surprise que Otus soit là, elle comprit d'où il venait lorsqu'elle vit Solus remettre les boulons du grillage, le petit malin !

- Oh... bonjour.

Otus se mit contre l'harfang des neiges pour exprimer son refus de se séparer de lui.

- «Je veux rester auprès de lui, je ne veux pas le laisser seul durant cette épreuve.» signait-il.

- Je comprends..., sourit-elle tendrement. Je vais signaler ta présence à mon supérieur et lui demander la permission si tu peux rester avec Solus, lui précisant qu'il n'est pas dangereux pour toi.

- «Merci.»

En partant, Anne se culpabilisait d'avoir craqué sur cette bouille qu'avait le jeune garçon chouette.

«Je comprends pourquoi Geddy m'a tant parlé de lui après les événements d'Advent... Il est vraiment trop mignon ! Je ne l'avais presque jamais remarqué dans la panique lorsque je l'ai vu.»

Soudain, elle marqua une pause durant son trajet jusqu'au bureau de son chef.

«Mais attends... Il m'avait vraiment porté à ce moment-là, lors de cette catastrophe ? Incroyable... Tout s'était passé extrêmement vite...»

Elle s'était vue en train de se faire porter par Otus alors qu'elle avait la jambe cassée de sa prison jusqu'au lieu où il fallait utiliser la dynamite pour passer.

Puis elle reprit son chemin avec sa béquille.