Quelques minutes plus tard, Anne avait la confirmation de son supérieur que Otus pouvait rester mais que la prochaine fois : «la chouette, ce sera dehors immédiatement !».

C'était sévère...

Otus piaillait de joie en entendant ça, il faisait un câlin à Solus mais aussi à Anne. C'était vraiment trop mignon.

Anne ne savait pas que Otus pouvait se transformer en dragon et donc, sans le savoir, elle avait DEUX dragons sur les bras ! Si ça se savait du chef, faire sortir le garçon-chouette de la base militaire aurait été une très grosse erreur !

Pour ne pas que la jeune femme soit gênée durant sa mission, elle demandait à Otus de rester dans le dortoir ou de se promener s'il souhaitait afin qu'elle puisse être ailleurs avec Solus pour que celui-ci soit le plus à l'aise possible pour qu'il puisse se confier à elle dans un moment de faiblesse. Dites comme ça c'était un peu vilain mais c'était le seul moyen d'avoir son aveu personnel ou même si elle pouvait, elle pourrait lui dire qu'elle savait tout sans le brusquer.

Elle avait une mission mais, aussi, elle voulait protéger Solus si jamais son patron voulait qu'il soit éliminé par injection léthale. Pour elle, il n'en était pas question ! Aux dernières nouvelles, personne n'avait été dévoré par la chouette et elle ne voyait pas en quoi il fallait éliminer une «menace» inoffensive, tant qu'on la contrôle.

Pendant qu'Anne était occupée avec Solus, Otus se promenait dans la base militaire. Un moment durant sa promenade, il voulait retester la détection des manas pour s'amuser. Il voyait la silhouette lumineuse de chaque soldat, au courant de sa présence, postant à certains endroits. Le garçon-chouette faisait semblant d'être en mission, il se cachait derrière les murs pour ne pas se faire «repérer». Il faisait même semblant de leur tirer dessus par surprise puis s'en allait en courant.

Le soldat, qui avait été pris par surprise (il avait entendu le «Piou ! Piou !»), était amusé par le jeu d'Otus.

Et là où il y avait le «Piou ! Piou !» de trop c'était quand un soldat malchanceux en avait fait les frais en recevant accidentellement une décharge électrique violette dans les fesses. Cette énergie était sortie des index d'Otus, à travers ses gants en métal, lorsqu'il faisait le pistolet avec ses deux mains. En voyant ce qu'il venait de faire, les yeux incandescents de violet d'Otus étaient petits de surprise, il ne l'avait pas vu venir! Pour ne pas se faire disputer, il s'éloignait en sifflant, l'air innocent, refermant sa cape chouette sur lui.

Vraiment, il ne l'avait pas fait exprès ! Il ne savait pas comment il avait fait mais c'était parti tout seul ! Il se demandait si Solus pouvait aussi faire la même chose : Faire sortir de l'énergie dans ses doigts...

Dans un couloir, en sécurité, Otus continuait sa promenade avec sa détection des manas. Une silhouette familière se tenait derrière les murs, elle était grande avec de longs cheveux, Otus la reconnaissait immédiatement : Asio !

Oh-oh ! Ça sentait les ennuis ! Le garçon-chouette n'était même pas venu se présenter à lui ce matin pour l'entrainement tellement il était inquiet pour Solus. Asio allait lui passer un sacré savon s'il le trouvait ! Il fallait qu'il se cache à tout prix ! Vite, au dortoir ! Et sans faire de bruit, puisque Asio était proche !

Sur la pointe des pieds, Otus avança prudemment dans la direction opposée du couloir en ayant sa cape chouette refermée sur lui pour ne pas s'envoler. Il se retourna à plusieurs reprises pour voir si Asio ne bougeait pas. Il ne bougeait pas alors le jeune garçon continua son chemin. Une fois éloigné, il s'envola jusqu'au dortoir pour s'y réfugier, il se cacha directement en dessous du lit superposé.

C'était lâche, c'est vrai mais Otus ne voulait pas laisser Solus aux griffes de l'Armée, depuis sa cachette, il attendit que Asio s'en alla, et pour cela il dût laisser activer sa détection de mana jusqu'à qu'il soit sûr que son professeur soit parti. Il lui avait fallu une heure pour que l'homme-chouette quitta la base, ne trouvant pas son élève ici. Otus pouvait sortir de sa cachette, soulagé. Il désactiva son pouvoir. C'était vraiment pratique pour détecter un éventuel danger. Asio n'était pas dangereux mais c'était tout comme s'il l'était pour Otus qui ne voulait pas se faire disputer par ce professeur assez exigeant.

Il avait horreur de se faire hurler dessus. Ça le renfermait sur lui-même.

«Ce n'était pas en hurlant que Otus progressera ! Ni en le traitant d'imbécile !» qu'on lui reprochait. L'homme était évidemment têtu.

Asio était furieux de l'absence de son élève quand il ne s'était pas présenté et c'était même encore pire quand il ne le trouva pas chez lui ! Il avait demandé à des gens s'ils ne l'avaient pas vu. L'un d'eux lui avait dit que Otus trainait près de la base militaire alors l'homme y était allé pour voir. Il l'avait manqué de peu mais il l'avait vite remarqué que Otus était entré par les conduits d'aération (il avait vu ses pieds et sa cape chouette dépasser de l'ouverture). Cependant étant un adulte, Asio ne pouvait pas y entrer pour le suivre et l'attraper, il dût entrer de force dans la base par l'entrée principale. Le soldat qui gardait l'entrée, protestait disant qu'il n'avait pas le droit et qu'il fallait une autorisation pour cela !

- Je cherche juste mon élève ! disait-il d'un ton sévère s'en fichant de la demande d'autorisation. Je sais qu'il est là ! OTUS !

- Ça m'étonnerait qu'il soit là, il s'est éloigné de la base à l'heure qu'il est...

- FAUX ! Il s'est introduit ici, je l'ai vu ! Il est dans les conduits d'aération en ce moment même ! Si vous n'allez pas le chercher d'où il va attérir, c'est moi qui vais le faire!

Asio força encore une fois le passage, le soldat se mit tout de suite devant lui.

- Ah non, vous n'avez pas le droit ! Les civils n'ont pas le droit d'entrer ici jusqu'à nouvel ordre !

- Et pourquoi donc ?

- Ça non plus, on n'a pas le droit de le dire ! Secret militaire ! Ordre du chef ! Maintenant, faites demi-tour ou j'appelle les renforts !

- C'est ça, appelez-les, vos renforts ! Appelez-les pour ramener mon élève, ce serait plus simple ! Non mais, je vous jure ! Je vous préviens : tant qu'il (Otus) n'est pas devant moi ici présent, je ne bougerai pas !

Il était à la fois sarcastique et grincheux pour une chouette hybride. Il n'abandonnait pas aussi facilement il restait là jusqu'à que son élève soit venu à lui de gré ou de force ou jusqu'à qu'il se lasse tellement il était énervé. Cela avait duré une bonne heure, Asio était finalement parti de lui-même puisque Otus n'était pas venu, et pourtant il était persuadé qu'il était là...

À ce moment-là, Otus était sorti de sa cachette maintenant qu'il savait que son prof était parti. Il allait avoir une sacrée rouste s'il rentrait à la fin du séjour de Solus...

Mais au fait... Qui dit séjour, dit limite de temps... Combien de temps Solus va-t-il rester à la base militaire ? Le temps que cette affaire du monstre soit réglée ? Ils n'y arriveront pas puisque Solus était le dragon justement, et seule Anne (et le médecin militaire en secret médical) connaissait la vérité en tant que militaire mais elle devrait avoir la confirmation de Solus via une confession. Pour l'instant, ce n'était pas gagné, l'harfang des neiges était encore sur la réserve. Bien qu'il ne soit qu'en tête à tête, entre amis, c'était encore difficile pour l'harfang des neiges de confier son secret à Anne.

Celle-ci tenta d'abord de trouver une stratégie en lui faisant parler de sa scolarité ainsi que sur son vécu du harcèlement scolaire et en dehors de l'école. C'était plus facile pour lui de se confier sur ça que sur autre chose. Il lui avoua qu'il a bien subi du harcèlement de la part de Fib et Bonacci et certains de ses camarades de classe juste à cause de ses caractéristiques suivantes : Peureux, intello, trop grand, court sur pattes, faible, sans amis, bizarre, etc., etc.

- Mais tu as des amis maintenant, non ? lui demandait Anne, attentive.

- Oui, et j'en suis bien content ! sourit Solus. Je me sens bien quand je suis avec Otus, Geddy, Brindille et Alphonse. Surtout Otus ! Ah oui, et toi aussi, Anne ! Je ne t'ai pas oubliée.

La jeune femme lui sourit, cela lui faisait plaisir que Solus s'entendait bien avec elle.

- C'est mieux qu'avec Fib et Bonacci..., reprit Solus. Ces deux-là, je les avais considéré comme mes amis alors que pas du tout... C'était... un mirage ! Une illusion ! Aux yeux des autres, les gens pensent que tout va bien quand je suis avec eux alors que non. Ce n'était pas du tout ça, en fait.

- En fait, tout se passait mal dans l'ombre ? Quand personne ne regardait ?

- Exactement ! Et un moment, à force de me faire maltraiter par eux... mon souhait d'être fort était tout de suite marqué dans mon esprit ! J'en avais marre qu'on me manque de respect de cette façon... J'ai beau être grand, je n'arrivais pas à me défendre... J'en pouvais plus à force...

Anne ne lui avoua pas tout de suite sur ce qu'elle sait, il fallait que Solus continue de se confier. Un moment ou un autre, il va finir par craquer. La jeune femme lui donna alors une anecdote sur son vécu à elle.

- C'est vrai qu'un moment, il faut dire «Stop»... Je vais te confier un petit secret, Solus... Moi aussi, j'ai subi du harcèlement. Que ce soit à l'école ou à l'Armée, je n'avais pas eu de chance moi non plus. Si Bonanza n'avait pas été là pour me défendre et me renforcer au niveau du caractère, jamais je n'aurai continué la formation avant d'être intégrée ici.

Il était vrai que cette vieille Bonanza avait du caractère pour se faire respecter ! Elle savait se faire respecter par les jeunes et par les anciens de son âge, elle savait transmettre ce caractère pur et dur à celui ou celle qui en avait le plus besoin. Une vraie guerrière.

- Je lui dois tout.

Solus était surpris par cette confession.

- Ah bon ? Tu as été harcelée toi aussi ?

- Eh oui... et pas qu'un peu ! On m'harcelait parce que j'étais rousse et ce encore aujourd'hui ! Jamais je ne changerai la couleur de mes cheveux, je l'ai depuis ma naissance.

- C'est complètement ridicule de se moquer pour ça !

- Qu'est-ce que tu veux, Solus..., soupira-t-elle. Humains comme chouettes, ils sont tous bêtes parfois...

- Ça, je l'accorde ! Têtus comme des ânes, peureux ET bêtes comme des pigeons !

Anne pouffa de rire. Solus n'avait pas compris.

- Bah quoi ? C'est vrai, non ?

- Je ne te dis pas le contraire...! rit-elle. Mais tu as réussi à trouver les bons termes pour les deux communautés !

- Ah ? Bah merci, je suppose.

Puis il rit à son tour. Le rire, c'est vraiment contagieux. Après ce bon moment de fou rire positif, Anne lui demanda s'il aimait lire autre chose que les textes de Noctae. À force, il connaissait par cœur ces ouvrages. Solus lisait bien autre chose comme du fantastique, de l'horreur (bien qu'il soit trouillard mais tant qu'il lit en pleine journée, tout va bien dans son esprit la nuit.) mais aussi, avec difficulté de se confier, des livres racontant des histoires d'amour cachées de couple de jeunes garçons lycéens. Solus se cherchait encore mais il en était PRESQUE sûr qu'il aimait les garçons. Il grimaçait de réserve en confiant ça à Anne, ayant peur qu'elle ne le comprenne pas. Il ne s'est jamais confié à ses parents, de peur de leur réaction. Solus lui murmurait tout bas en lui parlant de ça. Il trouvait une excuse en disant qu'il avait aussi des livres sur les couples filles-garçons lycéens afin qu'on ne le soupçonne pas de quelque chose.

Compréhensive, Anne balaya de la main les préjugés.

- Tu n'as pas à t'en faire, tu sais, moi aussi, à ton âge, je me cherchais. Et puis, ça ne me dérange pas les couples de garçons, c'est même plutôt mignon. En tout cas, j'espère que tu trouveras ton âme-sœur, Solus. Que ce soit fille ou garçon. Suis juste ton cœur. Tu trouveras la bonne âme.

«La bonne âme...»

Solus pensait justement à Otus. Il se posait la question sur ses sentiments envers lui. Ça faisait un bon moment qu'ils étaient amis et il se demandait si...

Non !

Ce n'était pas encore le bon moment ! Otus n'était pas du genre à être avec une âme-sœur pour l'instant... Dans sa tête, c'était encore un petit garçon de 9 ans dans ce corps de jeune ado de 12 ans. Mais il était loin d'être bête ! Il n'était pas prêt à être en couple. Solus, lui, avait l'esprit d'un ado normal de presque 13 ans qui se pose des questions sur ses sentiments amoureux. Il avait l'impression d'avoir 16 ans dans sa tête à cause de ça simplement parce qu'il était intelligent. À chacun son rythme, à chacun son développement. Au final, c'était plus une relation entre un grand frère avec son petit frère... Une relation d'amitié. L'amour entre inconnus, qui se disaient «bonjour», qui deviennent amis, ce n'était pas pour tout de suite.

- Ignore les idiots qui ont l'esprit aussi fermé qu'une huître ! lui conseilla Anne. Sois toi-même !

L'harfang des neiges prit confiance sur ces paroles chaleureuses. Il lui sourit. Est-ce un signe qu'il va se confier un peu plus ?