La Tour Ancestrale, anciennement appelée Tour Flottante, était une immense bibliothèque, il y a des siècles. Les chouettes ancestrales y allaient pour consulter des informations ou y travailler. Mais à la base c'était pour trouver une solution face à la Boucle. L'endroit possédait un dortoir caché dans un mur entre deux chandelles, situé au rez-de-chaussée, pour ceux qui y travaillaient sur place jusqu'à tard le soir, Solus put le trouver tout en transportant la boite et sa couverture. Otus, portant le panier-repas, ignorait l'existence de cette pièce, il faut dire qu'il n'était pas attentif lors de sa première exploration...
La pièce disposait de six lits alignés en côtes à côtes et en face à face, elle n'avait pas été entretenue depuis... fort longtemps ! Ça sentait le renfermé, Solus posa la boite dès l'entrée, il la poussa avec son pied sur le côté et alla tout de suite ouvrir la fenêtre après avoir tiré les rideaux. Les draps sur les lits étaient tout poussiéreux, il fallait dépoussiérer tout ça s'ils veulent s'en sortir ici. Otus poussa un petit cri pour attirer l'attention de Solus sur ce qu'il a à dire.
- «C'est là que les chouettes ancestrales dormaient ? Si c'est tous ensemble, j'espère qu'ils se supportent les uns des autres si y avait quelque chose de très important à faire...»
- Je suppose que oui... Puisqu'il y a leurs noms écrits dessus et... AAAAAAAAAH !
Solus criait de joie en voyant un lit spécifique, il s'y précipita dessus. Au premier rang, premier lit. En sautant dessus, un nuage de poussière se souleva. La façon dont il criait était assez... spéciale, une voix assez aigüe, féminine et très rapace nocturne. Otus avait fait les gros yeux quand il avait entendu crier comme ça, c'était la première fois qu'il l'entendit sur cet octave-là.
- Le lit de Noctae ! Il est à moi, je dors dessus ! faisait-il le foufou en «nageant» dessus.
- «Hé, du calme, Solus ! On est que deux ici ! Personne ne va te le piquer !» signa Otus en rigolant.
- Je sais, Otus, mais j'admire tellement Noctae que c'est plus fort que moi. Je ne peux pas m'empêcher de foncer sans réfléchir sur quelque chose quand il s'agit de lui.
- «T'es un vrai fan, c'est fou ! Moi je ne sais même pas qui j'admire... 'fin parmi les chouettes ancestrales !»
Il ne sait pas qui il admire parmi les chouettes ancestrales mais parmi les chouettes modernes, si, il sait.
- C'est une chance folle que son lit ne soit pas abîmé... Tu as remarqué que sa statue et son tableau sont complètement fichus ?
Otus hocha la tête en signe de «Oui» sans pour autant savoir la raison à cela.
Solus toussa légèrement.
- Ça m'apprendra à... sauter dessus au lieu de retirer la poussière en premier...
Il avait cru s'étouffer.
Plus tard, les lits furent tous dépoussiérés (draps, couvertures et oreillers) et la pièce était correctement aérée. Nos deux fugitifs pouvaient enfin respirer de l'air pure. À l'heure de manger, ils dûrent se partager le contenu du panier-repas, ça fondait à vue d'oeil et notre duo avait encore faim. Il était temps de sortir pour aller chercher à manger !
- Attends, Otus.
Avant de s'envoler, Solus retourna sa cape chouette pour passer en mode sous couverture avec le capuchon sur la tête. Il avait déjà fait ça quand il avait récupéré les trois reliques anciennes détenues par Molström, il avait retourné sa cape chouette pour dévoiler son identité.
En mode sous couverture, personne ne pouvait le reconnaître. Otus et Solus regardèrent le ciel pour voir s'il n'y avait aucun appareil en train de patrouiller dans les environs, la voie était libre, ils pouvaient décoller.
Le ciel mesosien était parfaitement dégagé et ensoleillé, il faisait un peu froid. Ce froid qui empêchait les fruits et légumes de pousser à l'extérieur... Il fallait en faire pousser dans la Tour Ancestrale et pour cela il fallait trouver une serre. Solus ne pouvait pas suivre Otus dans le passage de chez les phasmes menant à Vellie, il préférait l'attendre chez eux au chaud en attendant, après une brève présentation de la famille de Brindille à l'harfang des neiges. Qu'est-ce que ça mange, un phasme ?
Otus avait gardé le grand panier-repas pour mettre de quoi manger dedans mais il fallait qu'il récupère aussi des graines pour créer un jardin-potager à la Tour Ancestrale... beaucoup de graines. Ça évitera de faire des allers-retours inutiles entre Vellie et Mesos.
Il put récupérer des sachets de graines chez lui et auprès de Mandolyne, soulagée que Otus soit sain et sauf. Elle se demandait tout de même où était Solus... Ce à quoi Otus resta muet là-dessus comme il savait très bien le faire.
De retour à Mesos, nos deux amis purent rentrer ensembles à la Tour Ancestrale pour y planter les graines. Et hop ! Solus remettait à l'endroit sa cape chouette!
Il y avait une serre dans cette immense bibliothèque, un peu comme à l'école d'Advent, on pouvait voir le soleil rayonner dans le ciel, et de l'eau potable en réserve pour arroser, c'était parfait !
Il y avait une bêche dans le coin, Otus avait failli presque oublier la sienne qui était dans son potager ! C'était une chance qu'il y en avait une ici ! Actuellement, le garçon-chouette se souciait tellement de Solus qu'il ne faisait pas attention à certaines choses qu'il doit faire. Faut vraiment qu'il reste concentré.
Après avoir retourné la terre pour la rendre meuble et fertile (cela faisait énormément longtemps que personne ne s'en est occupé) en faisant deux champs séparés, n'oubliant pas d'arracher les mauvaises herbes avant cela, Solus planta les graines de fruits dans le premier champs et les graines de légumes dans le second. À chaque fois qu'il plantait, il ressentait une sensation de bien-être en lui. Otus arrosait les sols pour terminer. Un bonheur pour ce dernier de faire du jardinage !
Ils avaient fait du bon boulot et ils avaient complètement oublié qu'ils avaient encore faim, leur estomac le leur rappela alors ils retournèrent dans le dortoir pour finir ce qu'ils avaient commencé : manger.
Ils furent rassasiés à la moitié du panier-repas. Otus était assis sur le lit d'Aegolius, juste à côté de Solus et donc le lit de Noctae. C'était un peu bizarre que ces deux lits soient côtes à côtes... presque collés. Les deux garçons pensèrent tout de suite qu'il y avait quelque chose entre ces deux-là, tellement ils avaient l'esprit mal placé. Surtout Otus qui avait l'esprit mal placé. Solus, lui, ça ne l'étonnait pas trop.
Il y a quelques temps, il était tombé par mégarde sur une entrée de journal, sur les sentiments de Noctae pour Aegolius (peut-être un journal intime) et du coup, Solus ne savait pas trop quoi dire là-dessus, au début. Puis il finissait par accepter vu que, lui aussi, il était pareil que son idole. Et tout comme son idole avec son ami de l'époque, Solus avait des sentiments naissants pour son ami à lui, Otus. Sa préférence pour les garçons se confirmait de plus en plus. Est-ce que l'histoire se répétait ? Au temps des anciens comme au temps présent ? Malgré la disparition de La Boucle ? Non, c'était juste une coïncidence... une simple coïncidence ! Et puis, du point de vue de Solus, Otus n'avait pas de sentiment amoureux pour lui, il se sentirait très mal à l'aise si on lui parlait d'amour. Il n'était pas prêt. Lui c'était juste des câlins en signe d'amitié par pur attachement.
En tout cas, si jamais ils bougeaient le lit, ils auraient l'impression que quelqu'un allait hurler dans la pièce donc évitons d'y toucher. De toute manière, ça ne dérangeait pas Otus et Solus d'être proches. Ils se rassuraient que la Tour Ancestrale n'était pas hantée, ce qu'il y avait là-bas, dans le Sanctuaire Éternel, c'était des hologrammes, pas des fantômes. Quoique... Non, mieux vaut ne pas y penser !
À la base militaire, des ouvriers se mettaient au travail pour reconstruire la partie du bâtiment que Solus avait détruite après sa transformation. À l'infirmerie, Anne se faisait examiner sa jambe par le médecin militaire.
- Vous dites que Solus vous a soignée ?
- Oui. Je n'ai plus mal du tout. J'sais pas comment l'expliquer... La douleur a disparu instantanément dès qu'il m'a touchée et la fracture n'y est plus.
Il lui fit bouger la jambe en la pliant, dépliant. Même après quelques pas, elle était à nouveau fonctionnelle.
- Eh bien, c'est une bonne nouvelle ! Ça veut dire que vous êtes à nouveau opérationnelle !
- Oui. Mais ce qui m'inquiète c'est que le chef ne m'a rien dit à propos de cette seconde évasion, la chouette était quand même sous ma responsabilité.
- Ne vous en faites pas, à mon humble avis, vous avez bien rempli votre mission malgré votre intervention entre Solus et les soldats.
- Je ne voulais vraiment pas qu'ils lui fassent du mal..., soupirait Anne inquiète. Il n'avait rien fait durant sa transformation, il avait juste peur de ma réaction, et puis il était gentil... Et il EST gentil ! Il avait toute sa tête. Mais vous connaissez la peur primitive des hommes quand ils voient une créature imposante qui peut être dangereuse alors qu'elle ne l'est pas tant qu'on ne la provoque pas. C'est ce qui s'est passé quand ils se sont mis à l'insulter et à se moquer de lui... ça a vraiment failli dégénérer !
- C'est vrai, il n'y a que vous qui avez suivi mon conseil.
- Et c'est grâce à vous, amateur de lecture en paranormal ! souriait Anne, taquine mais malgré tout très reconnaissante. Merci !
- Ravi de vous avoir conseillé, rougit-il flatté.
Puisque Anne pouvait à nouveau marcher correctement, elle retourna au dortoir qu'elle avait fait emprunter à Solus et Otus pour l'arranger ici et là. Posé sur le bureau, le livre de Noctae. Solus l'avait oublié ! La jeune femme le prit, elle prit un moment de réflexion avant de prendre sa décision. Elle devait le rendre à l'harfang des neiges ! Mais problème : Où est-ce qu'il était ? Elle ne savait pas trop où puisque ses collègues fouillaient les endroits où il pouvait être sans qu'ils arrivent à le retrouver. Elle devait mener sa propre enquête sur la provenance exacte de ce livre et donc de l'endroit où pouvait être Solus. Et pour cela, elle connaissait le nom de la personne que connaissait Solus lui-même, lui seul dans la communauté des chouettes connaissait la provenance du livre : Strix.
À l'école, durant la pause, Strix examina le livre que lui avait donné Anne. Il reconnaissait bien la couleur rouge de son ensemble et le symbole de la communauté des chouettes sur le dos. D'après lui, cet ouvrage provient de la Tour Ancestrale. Solus savait de sa provenance et était très soigneux là-dessus, cela expliquait son comportement lorsque les soldats le lui avaient confisqué : c'était un vestige du passé tout comme les reliques des chouettes ancestrales !
- Imaginez si ce livre était abîmé ou perdu, ce serait la pire des catastrophes pour lui... Même moi, je n'oserai pas lui prendre, il admire beaucoup trop Noctae pour se laisser faire.
- Je vois... Bon bah, merci beaucoup pour votre aide !
- Il n'y a pas de souci, très chère, ça m'en laisse ravi d'avoir pu vous aider ! J'espère que vous allez le retrouver avant vos collègues, Solus est quelqu'un d'intelligent mais pas malfaisant...
Durant son enquête, elle avait dévoilé l'incident à ce professeur dans le but de retrouver l'harfang des neiges, la sage chouette savait à cause des rumeurs qui s'était propagées. De son opinion, il comprenait pourquoi son élève sortait comme une fusée dans sa classe une fois lorsque la cloche avait sonné, cela expliquait tout ! Étrangement, il n'avait pas du tout peur de lui. Il était juste surpris.
En sortant, elle entendit des chuchotements de la part des élèves à propos de Solus. Des chuchotements moqueurs, effrayés... bref, des chuchotements pas très sympathiques ! Cela rappelait de très mauvais souvenirs à Anne, quand elle avait le même âge que lui.
Elle se voyait essayer de se faire des amis mais n'a pas pu. Dans son dos, on lui disait qu'elle était horrible avec ses cheveux roux, qu'elle devait être blonde ou brune ! Mais elle aimait ses cheveux comme ils sont ! Il n'était pas question de les changer !
Elle secoua la tête pour revenir au temps présent et sortit de l'école sans faire attention à toutes ces méchancetés dites sur ce pauvre Solus.
«Je suis bien content qu'il ne soit pas ici, perso j'aurais fuis si je le voyais!» disait un élève. «Les dragons sont connus pour être dangereux, même lui !»
«Ça explique pourquoi il était dur comme de la pierre ! Si j'avais su... Jamais je ne l'aurai tapé ! J'ai une fracture à la main, désormais !» disait l'élève qui avait testé Solus l'autre jour.
«Fib et Bonacci avaient raison à son sujet disant qu'il ne fallait pas l'énerver ! Et on a eu raison de ne pas le faire ! Les grands, eux, n'ont pas écouté... et voilà ce qui est arrivé !»
«Vous croyez qu'il va revenir se venger ? Je n'ai pas envie qu'il me dévore... ni me faire écraser !»
«Ça donne vraiment moins envie de lui parler maintenant... Ce mec n'est vraiment pas normal, décidément !»
