Profitant de la sieste de l'esprit, Solus rangea le livre qui l'aidait à répondre à sa question sur la puberté et la vie des adolescents puis prit un autre livre. Celui d'une histoire d'amour entre deux jeune garçons de classe lycéen de 16 ans, le livre qu'il aime lire en cachette.
Otus, lui, était heureux de retrouver Geddy qui était tout aussi heureux de retrouver lui aussi son meilleur ami. Ils ne s'étaient pas croisés dans la base lors du séjour de Solus, le mécanicien était très occupé à réparer certains appareils, ça l'avait étonné qu'Otus soit resté auprès de Solus alors qu'il fallait une autorisation spéciale pour les civils qui rendent visite à un proche en particulier.
Otus avait presque envie de dire, en langue des signes, son secret à Geddy mais comme il portait l'uniforme vert, il s'était interdit de le dire par respect pour son ami Solus qui doit rester à la Tour Ancestrale en sécurité. Tant que le garçon-chouette gardait son secret sur sa possibilité de se transformer en dragon, il pouvait se balader à Vellie ou ailleurs dans les parages où il y avait les soldats contrairement à l'harfang des neiges.
Rassuré de ses retrouvailles avec son ami humain, Otus s'en alla. Il avait toujours l'idée en tête de tourmenter Asio juste pour jouer. Il utilisa sa détection d'auras pour aller le trouver en toute discrétion.
L'homme-chouette était au poste d'avant-garde en train de regarder l'horizon, c'était le moment de le divertir. Loin de son mentor, tant que celui-ci était dans ses pensées, Otus lui lança un caillou à la tête. Cela le réveillait.
- Aïe ! Qui a fait ça ?! râla-t-il en se tournant dans la direction où il avait reçu ce caillou.
Que le jeu commence ! Otus lança un autre caillou mais depuis une cachette où Asio ne pouvait pas le voir.
- Aïe ! Qui que vous soyez, arrêtez ça !
Otus lança un autre caillou. Cette fois, Asio avait repéré le lancé et l'esquiva.
- Alors là, si c'est un enfant... attends un peu que je t'attrape !
Le garçon-chouette se sauva rapidement et discrètement dès que l'homme-chouette s'approcha dangereusement en courant.
- Où est-il passé ? dit-il dans sa barbiche en fouillant la cachette d'Otus alors que celui-ci était dans une autre dans le dos d'Asio. Et je me demande qui a bien pu me lancer des cailloux en pleine tête...
Otus changea rapidement de cachette pour aller un peu plus loin afin de s'échapper facilement à son professeur. Il lança un autre caillou et évidemment dès qu'il le reçut, le vieil homme alla dans la direction de celui qui l'avait jeté, Otus s'en alla, Asio ne le trouva pas.
Pour le motiver à essayer de poursuivre le «farceur», Otus essaya d'utiliser son pouvoir qu'il avait usé sur le pauvre soldat quand il était dans la base en train de s'amuser. Il formait un pistolet avec ses mains, le bout des doigts était le canon. Il tenta de viser le dos d'Asio, voire ses fesses pour plus d'efficacité! Et la réaction ne se fit pas attendre après une visée réussie.
- OUAÏEUH!
Asio avait cru qu'on lui avait tiré un laser d'un pisto-laser en plein dans le derrière, ça le brûlait! Il était furieux de chez furieux!
- Très bien ! Vous l'aurez voulu ! Qui que vous soyez, ça va chauffer pour vous, JE VOUS PRÉVIENS !
Otus retenait son rire pour ne pas se faire repérer.
- Montrez-vous ! hurla le vieil homme. Que je sache où vous êtes !
Otus obéit en tirant un autre laser de stasis vers un arbre, à côté d'Asio, puis fila directement se trouver une autre cachette.
- Hm !
Asio poursuit le mystérieux farceur. Ce jeu du chat et de la souris avait duré pendant environ deux heures jusqu'aux environs de la maison d'Otus. Celui-ci passa à la phase deux de son jeu : simuler son propre enlèvement.
C'était assez risqué mais il voulait vraiment donner une bonne leçon à son mentor pas drôle. Il faisait en sorte de l'emmener vers un lieu isolé où il n'y avait pas de soldats. Dans un lieu isolé mais pas trop dangereux pour lui et pour le vieil homme. Il dût se fier à ses souvenirs sur les lieux où il avait déjà visité durant ses aventures. Il y avait deux lieux qui étaient susceptibles d'être dangereux, l'un où il y avait de la lave et l'autre une jungle dangereuse remplies de bestioles. Mais il y avait un lieu isolé qui n'avait pas été surveillé par les soldats. Ça risquerait de piquer par contre.
Otus retira sa cape chouette et la déposa par terre de manière négligée. Il fit pousser ses ailes de dragon à travers son gilet, la douleur était supportable. Il retira ensuite son gilet et le déchira partiellement. Il retira ses gants en métal pour les mâcher simulant une tentative d'agression. Il arrivait à les mordre facilement c'était comme mordre dans un fruit sans le manger, il les jetait par terre ensuite. Il déchira son pantalon partiellement en faisant pousser sa queue de dragon, il le retira, se retrouvant en caleçon... Pareil pour ses chaussures, il les déposa au même endroit que les gants, la cape chouette et le gilet. Otus s'envola en s'éloignant un peu mais stoppa net en voyant un sac de patate vide près d'une maison en chemin. Il le prit et mit des légumes dedans. C'était parfait, le sac faisait à peu près sa taille. Tenant le sac fermé sur une épaule, en étant du côté de l'endroit où il y avait ses affaires déchiquetés, Otus simulait son propre cri pour appeler Asio à l'aide.
- HUM ! HUUUUM !
- Hm?
Le vieil homme alla vers la source du cri et découvrit la cape chouette d'Otus ainsi que ses habits par terre. Il avait mordu à l'hameçon.
- Par les anciens ! Otus! Otus, t'es où ?
Fébrile, il le cherchait du regard en tenant la cape chouette de son élève, voir s'il allait bien.
Otus simulait un cri étouffé et se risqua de se montrer à son prof mais en étant uniquement de dos, dans sa forme de dragon-chouette humanoïde, pour ne pas être démasqué, faisant semblant de s'enlever lui-même.
- HUM...! HUUUUUM...!
Il tenait le sac sous le bras.
- HUM...! HUUUUUM...! faisait-il semblant encore une fois pour alerter Asio.
Le vieil homme leva la tête et aperçut quelque chose qu'il n'avait jamais vu mais qu'il ne pouvait pas croire ce qu'il voyait.
- Par les chouettes ancestrales, qu'est-ce que c'est que ça...?
Les ailes et la queue de dragon qu'avait Otus impressionnaient l'homme-chouette qui restait tétanisé. Il avait lâché la cape chouette qu'il tenait. Là, le sceptissisme n'y était plus, il avait devant les yeux un dragon mais pas de forme animale. Celui-ci était de forme humaine et possédait une crinière assez sauvage. Asio se concentrait sur le physique entier de la créature et non sur le visage sinon Otus serait déjà démasqué depuis un moment! Mais de toute manière, Asio n'arriverait pas à discerner son visage, il était peint d'une peinture claire masquant les traits du visage.
Otus s'éloigna en simulant encore une fois un cri étouffé.
- HUUUUM...! HUUUUUUM...!
Ne réfléchissant pas, grâce à sa cape chouette, Asio s'envola de suite à la poursuite de celui qui avait enlevé son élève. Otus accéléra son envol pour le semer un peu. À Tropos, le jeune garçon continua de monter en franchissant le mur de ronces grâce à son souffle de stasis puis se dirigea vers la cascade pour ensuite se diriger vers le vaisseau-mère, appartenant à Molström, abandonné. Il s'assurait qu'Asio continue de le poursuivre et c'était le cas. Il utilisa son souffle de stasis pour faire barrage au vieil homme, le temps pour Otus d'aller se cacher dans le vaisseau-mère avec le sac de patate rempli de légumes.
La barrière de stasis se dissipa d'elle-même, permettant Asio d'aller dans l'immense navire volant en ruine.
Caché dans un coin, Otus dévora le contenu du sac de patate. Hop! Il n'y avait plus rien! Il sentit la présence d'Asio.
- Otus ! appela-t-il dès qu'il était entré. Otus, tu m'entends ? Si tu m'entends, crie ! Il faut que je suive le son de ta voix pour te retrouver !
Il s'adressa ensuite au «ravisseur».
- Hé, le monstre, puisque tout le monde t'appelle comme ça, si jamais tu as fait du mal à mon élève, je le jure devant les Chouettes Ancestrales que...
Il entendit des rires d'enfant dans son dos, il ne savait pas que c'était les rires d'Otus masqués dans un son d'outre-tombe.
- ... Je jure que tu le regretteras ! Je n'ai pas peur de toi !
Le garçon-chouette transformé en dragon humanoïde pouvait être n'importe où.
Otus n'était pas le seul à s'amuser avec un proche en lui donnant une bonne leçon sans lui faire du mal, Solus en serait capable en instaurant la peur sur un certain duo.
Fib et Bonacci étaient devant la Tour Ancestrale, ils avaient reçu une «invitation» de la part de Solus pour un soi-disant jeu. L'harfang des neiges s'était mis sous couverture pour pouvoir glisser ces invitations chez les deux chouettes.
- Je me demande quel genre de jeu, il veut nous faire faire... tu le sais, toi ? demanda Bonacci.
- Aucune idée..., lui répondit son amie. Mais j'espère que ce sera amusant ! Et pas barbant comme le font souvent les intellos... Peut-être qu'il ne nous en veut pas pour le chantage en manque d'info sur lui... Il veut juste tourner la page. Monstre ou pas.
- Sûrement. J'espère aussi que ça sera drôle, qu'on ne s'endorme pas avec un jeu du genre questions-réponses, on vient tout juste de finir les cours... Mon cerveau a besoin de se reposer un peu !
Le duo sentait qu'il allait passer un bon moment avec leur «ami» sans se douter de ce qu'il allait les attendre. Les deux adolescents entraient. Sur l'invitation, il y avait des instructions sous forme de plan sur le lieu où pouvait se trouver Solus. Pendant ce temps, celui-ci alla rapidement vers la sortie verrouiller la porte, ce n'était pas la peine de verrouiller les fenêtres puisqu'il avait un plan en tête. Il retourna sur son point d'attente avant le duo.
Il avait assez cuisiné ces deux rigolos comme ça, maintenant, il va falloir passer à l'action, la vraie peur commence ici ! À table !
«Non, je ne vais pas les manger, mais c'est tout comme ! On va juste bien s'amuser !»
Pour patienter, il lit un livre, en étant assis par terre. Il n'avait pas le temps de lire une phrase qu'il entendit la porte s'ouvrir.
- Déjà ? Eh ben, vous êtes rapides, dites donc ! Bienvenues !
Il ferma le livre, le posa par terre. Il se leva ensuite et se tourna vers ses invités pour les accueillir.
- C'est toi qui nous as envoyé ces invitations, lui dit Fib, alors on est venus!
- Je suis content que vous l'ayez fait, ça prouve que vous êtes de bons amis... 'fin si je puis dire !
- Oui, oui..., s'impatienta Bonacci. Alors c'est quoi ce jeu auquel tu veux qu'on joue ? N'oublie pas qu'on t'avais promis une fois qu'on fera tout ce que tu voudras malgré notre chantage un peu maladroit sur ce que tu es...
- Je suis curieuse aussi ! sautilla sur place Fib.
«Qu'est-ce qu'ils sont naïfs...» rit intérieurement Solus. «Ils sont bien stupides !»
- Eh bien, puisque vous insistez, on va jouer à... cache-cache !
- Seulement ?! Facile !
- Mais attention ! prévient Solus. Pas n'importe lequel ! Un cache-cache grandeur nature, ici, dans cette immense bibliothèque !
Le duo n'était pas très sûr, les deux adolescents se regardaient entre eux puis l'harfang des neiges.
- T'es sûr, Solus? s'inquiétait Fib. Ce n'est pas un peu risqué de jouer ici ? Cet endroit appartient aux Chouettes Ancestrales quand même... Personnellement, je ne jouerai pas ici... De là, où ils sont, nos ancêtres nous regardent !
- Moi non plus, s'inquiéta à son tour Bonacci. Je préfère aller dans un autre endroit moins sacré que la Tour Ancestrale ou le Temple Chouette...
- Il n'y a aucun risque, il n'y a personne, les livres sont en sécurité, j'ai recouverts les statues et puis... vous n'avez pas vraiment le choix.
Les deux enfants étaient de plus en plus moins sûrs mais acceptaient.
- Bien. Je vais vous demander de me passer vos capes chouette, s'il vous plait.
- P-Pourquoi ? sursautait Bonacci.
- Pour pimenter le jeu ! Vous n'avez pas le droit de voler à travers la bibliothèque pour vous cacher.
Fib donna sa cape chouette sans hésiter, naïve. Bonacci, lui, hésitait avant de donner la sienne.
- Franchement, Bonacci, dédramatisait la fille chouette, il ne va pas nous manger ! Arrête d'avoir peur comme ça sinon tu vas encore te faire pipi dessus !
- V-Vraiment ?
- Si ça peut te rassurer, lui disait Solus, j'ai déjà mangé et j'ai besoin de faire un peu d'exercice pour digérer. Là, tu vois, moi aussi, je retire ma cape chouette, comme ça tout le monde est à égalité !
Il retira sa propre cape chouette et les mit tous les trois dans une boite verrouillée grâce à une clé pour le ranger ensuite dans le dortoir caché verrouillé aussi, là où Fib et Bonacci ne le trouveront pas.
Solus revient à son point de départ, face au duo.
- Bien c'est moi qui vais compter et essayer de vous trouver. Et vous avez intérêt à vous cacher vite fait.
Le duo n'avait pas compris jusqu'à ce que Solus ouvrit la bouche pour parler.
- Vous avez dix secondes, sourit-il en montrant ses crocs. Dix... neuf...
En faisant le décompte, Solus commença à se transformer, d'abord les crocs, ensuite les griffes.
- Huit... sept...
Sa voix se mua en une voix monstrueuse. Fib et Bonacci commençaient à avoir des sueurs froides et à trembler, ils se serraient l'un contre l'autre, ils n'arrivaient plus à bouger en regardant l'harfang des neiges.
- Six... Qu'attendez-vous? Cinq...
Sa queue de dragon commença à surgir subitement du bas de son dos. Les yeux des deux adolescents s'aggrandissaient d'effroi en voyant Solus se transformer, ils commençaient à comprendre pourquoi cette mise en scène, le coup de l'invitation.
Ils se mettaient à émettre un cri étouffé lorsque Solus commençait à grandir en taille. Ses pupilles disparaissaient, la sclère (le blanc des yeux) qui était jaune devenait bleu. Étrangement, ses habits ne se déchiraient pas, au contraire, ils s'adaptaient à la prise de masse du corps (Le duo ne savait pas que Solus avait de nouveaux habits plus résistants que les autres).
- Quatre... Trois...
Par instinct de survie, le décompte proche de zéro, Fib et Bonacci se décidaient ENFIN à bouger en prenant leurs jambes à leur cou.
- Dépêchez-vous..., chantonnait-il en grandissant. Deeeeeeeeeuuuuux...
Il rallongea le chiffre pour laisser plus de temps au duo. Il se sentait comme un prédateur traquant ses proies. Qu'ils se rassurent, Solus avait vraiment mangé avant cette partie de cache-cache, il voulait juste s'amuser avec eux. La sclère redevenue jaune, la transformation de Solus se poursuit en adoptant la forme d'un dragon bipède de deux mètres vingt. Il s'échauffait le haut de son corps à chaque prise de masse musculaire. Ça concernait aussi le bas du corps. À chaque pas qu'il faisait, le duo le ressentait sous les siennes par des vibrations et de l'écho menaçant.
- Je crois que vous avez eu le temps de trouver votre cachette dans cette immense bibliothèque... Un... ZÉRO ! PRÊTS OU PAS, ME VOILÀ !
Au lieu de se cacher, le duo se précipitait de suite vers la sortie mais manque de chance, la sortie était verrouillée, il n'était plus possible de sortir ! Ils avaient compris pourquoi Solus leur demandait de leur donner leurs capes chouette, lorsqu'ils regardaient les fenêtres faciles d'accès. Ils étaient pris au piège.
- Ce n'est pas la peine d'essayer de sortir, arrivait Solus quelques mètres plus loin, j'ai bloqué l'accès ! VOUS ÊTES À MA MERCI !
Il s'arrêtait face à eux, à la fois furieux et heureux.
- Et je vous avais dit de vous cacher, je vous avais laissé dix secondes ! Dix précieuses secondes pour sauver votre peau ! C'est vraiment dommage !
C'était la fin pour Fib et Bonacci, ils sentaient leur fin proche... Solus se précipitait vers eux à grandes enjambées tel un tyrannosaure. Ils se serraient l'un contre l'autre en espérant un miracle, ils fermaient leurs yeux de toutes leurs forces.
