Manipuler la vérité
ASG – 16 ans
Lily avait été informée de la situation par les avocats du clan Gaunt qui avaient fait en sorte que leurs clients ne soient pas impactés. Toutefois, cela n'allait pas empêcher la rousse de voir les résultats par elle-même. Vêtue d'une tenue élégante et escortée par Sirius qui ne voulait rater cela pour rien au monde, ils s'étaient donc rendus au tribunal du Surrey, où elle avait été convoquée pour répondre à des accusations de détournement de fonds, ici la retraite d'Helen et Harold Evans depuis plus de dix-sept ans.
Majestueuse, Lily attira immédiatement l'attention de la salle d'audience et prit place aux côtés de son avocat qui l'avait précédée, Sirius s'installant derrière elle.
-TOI! rugit une voix
Tout le monde se tourna vers la femme qui était entrée dans la salle et qui s'apprêtait à entrer dans la zone où le public était interdit.
-COMMENT OSES-TU TE MONTRER ICI, MONSTRE!
-IL SUFFIT, MADAME DURSLEY! tonna le juge. En plus d'arriver en retard sans vous excuser, vous vous permettez d'agresser la défense? Asseyez-vous en silence et sachez que vous devrez d'ors et déjà vous acquitter d'une amende de 1000 livres pour outrage à la cour.
Pétunia Dursley renifla avant d'obtempérer.
L'avocat de Pétunia prononça un discours émouvant sur le fait que ses parents ne lui avaient plus donné de nouvelles depuis plus d'une quinzaine d'années, ce qui était contraire à leurs habitudes. Quand elle avait voulu porter leur statut de personnes disparues à l'administration, elle avait découvert qu'il avait été indiqué vivre dans un petit village, Little Hanggleton, dans lequel ils n'avaient pourtant jamais mis les pieds. Ayant appris par hasard que sa sœur, qui avait fui vingt ans auparavant sans se retourner avec toutes leurs économies, habitait dans le même village, elle avait cru qu'elle les séquestrait contre leur gré, d'où leurs présences à tous.
L'avocat de Lily, Merwen Baïl, se contenta d'indiquer que oui, sa cliente s'était installée à Little Hanggleton à la fin de ses études, bien après que Pétunia ait totalement coupé les ponts avec le reste de sa famille. La communauté n'étant pas très étendue, elle n'avait jamais entendu parler des tentatives de sa sœur de contacter leurs parents. Quant à l'accusation de détournement de fonds, ils y répondraient pendant l'audience.
Après une pause bienvenue, le juge invita les avocats à présenter leurs preuves et leurs témoins. L'avocat de Pétunia fit venir un représentant du Trésor de Sa Majesté pour certifier que les retraites d'Helen et d'Harold Evans arrivaient chaque mois par courrier à l'adresse fiscale de leur fille Lily Evans. Un autre représentant, de la banque où étaient domiciliés les comptes bancaires de leurs parents, déclara que la procuration de la rousse sur les actifs de ses parents servait à l'encaissement de la retraite et que les retraits d'argent au distributeur sur ces comptes se faisaient exclusivement par la jeune femme.
Me Baïl attendit patiemment son tour.
-Je souhaite faire venir à la barre Helen Evans, annonça Merwen.
Pétunia blêmit radicalement quand elle reconnut sa mère bien portante s'avancer vers la place qu'on lui désignait. Elle ouvrait et fermait la bouche pendant que la femme jurait de ne dire que la vérité puis présenta sa pièce d'identité pour confirmer que c'était bien la mère de Pétunia. De toutes les façons, la tête de cette dernière était sans équivoque.
-Nous vous écoutons, madame Evans, fit Merwen.
-Pétunia avait dix-sept ans quand elle a commencé à s'éloigner de nous, révéla Helen. Elle avait découvert que sa sœur n'avait pas le même père qu'elle et avait estimé que le meilleur moment de révéler ce secret de famille était le Noël avant le quinzième anniversaire de Lily sans prendre la peine de nous en parler à mon mari et moi. Elle n'a pas apprécié d'apprendre après sa révélation qu'elle-même était née de père inconnu et certainement pas de l'homme qu'elle avait toujours cru être son père. Elle s'est mariée à l'âge de dix-neuf ans et s'est installée avec son mari sans que nous ne soyons conviés aux noces et a totalement coupé les ponts avec nous. Nous ne savons d'ailleurs toujours pas où se trouve son domicile! Quand Lily a eu dix-huit ans, elle a hérité d'une propriété à Little Hanggleton et après quelques travaux, nous a proposé avec mon mari de nous installer avec elle. Nous avons donc déménagé et nous y vivons très heureux. Quant aux retraits d'espèce, Lily se rend tous les mois à Londres et en profite pour retirer de l'argent pour nous pour que nous n'ayons pas à faire le déplacement.
-Pourquoi ne pas avoir informé votre fille aînée de votre nouveau domicile? demanda Me Baïl
-Nous l'avons fait, assura Helen. Nous avions appris que son courrier était redirigé vers sa nouvelle adresse puisque nous lui avons renvoyé les affaires qu'elle nous avait réclamé mais quand nous lui avons écrit pour le déménagement, la lettre nous est revenue non ouverte.
-En voici la preuve, fit Me Baïl en présentant ladite lettre cachetée par les services postaux et où l'indication comme quoi elle avait été refusée par le destinataire était bien visible.
Les questions se poursuivirent et Harold Evans prit la place de sa femme. Il rendit des réponses semblables, ce qui fit comprendre que la version de Pétunia n'était pas aussi vertueuse qu'elle ne semblait le vouloir.
-Est-ce que vous avez une idée de la raison pour laquelle Pétunia Evans a lancé une telle accusation envers sa sœur Lily? demanda Me Baïl
-Helen et moi avons souscrit une assurance-vie, révéla Harold. L'une des clauses indique clairement qu'en cas d'absence de signe de vie après quinze ans, le capital est versé aux héritiers. Il ne serait pas illogique de croire qu'en accusant sa sœur de mauvaises intentions par n'importe quel moyen, Pétunia retire Lily de l'équation et devienne la seule bénéficiaire. On parle actuellement d'un montant de six millions de livres, à peu de choses près.
Le souffle de l'assemblée se coupa.
-Comment est-ce qu'elle a pu apprendre l'existence de ce capital? demanda Me Baïl
-Le contrat d'assurance-vie se trouvait avec le certificat de naissance de Lily, répondit Harold. Il suffit d'imiter l'une de nos signatures pour connaître le montant de ce capital à un certain moment. Quand j'ai appris l'existence de cette plainte, je me suis renseigné et j'ai découvert que notre banque avait envoyé un relevé de notre assurance en dehors de la date à laquelle nous le faisons habituellement.
Après quelques questions, Merwen passa à Pétunia qui tremblait de tous ses membres, sentant le vent tourner.
-Avant toute chose, je tiens à vous rappeler que le parjure est un délit puni par la loi, déclara Me Baïl. Réfléchissez bien à vos réponses.
-Maître! prévint le juge
-Je vous présente mes excuses, Votre Honneur, s'inclina Me Baïl.
-Poursuivez, fit le juge.
-Je n'ai pas trouvé de signalement de personnes disparues concernant vos parents, la base de la plainte qui nous a amenés ici, déclara Me Baïl. Cependant, la banque m'a informé qu'elle vous avait transmis la procédure pour bénéficier du capital qu'ils avaient épargné sans que vous ayez même demandé si elle avait de leurs nouvelles. Pourriez-vous nous expliquer?
Pétunia déglutit visiblement. On ne pouvait pas dire autrement mais elle était totalement coincée et l'avocat ne s'était pas caché vouloir la poursuivre pour parjure si elle persistait, d'autant plus que par les informations qu'il venait de divulguer, elle ne pouvait plus prétendre s'inquiéter pour ses parents.
Devant son silence, Merwen poursuivit.
-J'ai également pu me renseigner sur la situation financière de madame Dursley, continua Me Baïl. Il s'avère que Dudley Dursley, le fils de madame Dursley, a été jugé il y a peu pour agression aggravée et détérioration de biens. Comme il est mineur, la charge des dommages et intérêts revient à ses parents jusqu'à sa majorité. Je n'oublie pas monsieur Vernon Dursley, l'époux de madame Dursley, qui a été condamné plusieurs fois pour conduite en état d'ébriété et qui est actuellement en prison en attente de son procès pour homicide involontaire et délit de fuite après avoir renversé un piéton. Une demande de libération sous caution a été demandée et le montant est d'un million de livres, à cause de ses récidives. Nous pouvons donc supposer que vos actes ne vont servir qu'à couvrir les délits et les crimes de votre famille.
On put entendre une mouche voler.
-Madame Dursley, fit le juge. Avez-vous quelque chose à dire?
-Mon mari et mon fils n'ont rien fait! s'exclama Pétunia
-La sentence a été rendue pour votre fils et il a été jugé coupable, rappela Me Baïl. Quant à votre époux, l'instruction étant en cours, nous ne pouvons prononcer dessus. Je demande un non-lieu.
-Nous prenons note de votre demande, fit le juge. Maître? Un commentaire?
-Non, Votre Honneur, soupira l'avocat de Pétunia.
En même temps, dès l'instant où Helen et Harold Evans s'étaient présentés devant le juge, il ne pouvait plus défendre Pétunia Dursley qui accusait sa sœur d'avoir détourné la retraite de leurs parents puisqu'ils l'utilisaient pour eux-mêmes! Le non-lieu était le minimum qui allait sortir de cette audience.
Il n'eut pas tort. Moins d'une heure plus tard, le juge revint et annonça le non-lieu évident. La sentence prit autant de temps et le soir même, un coursier allait apporter au cabinet la décision de dommages et intérêts d'un montant d'une livre symbolique, une humiliation dans toute sa splendeur.
Alors que les auditeurs quittaient la salle d'audience, Helen et Harold Evans vinrent serrer dans leurs bras leur fille et leur gendre sous le regard haineux de Pétunia qui s'approcha à grands pas.
-Vous auriez pu me donner des nouvelles! cracha Pétunia
-Dit celle qui avait promis que si on reprenait contact avec elle, elle appellerait la police pour harcèlement, rétorqua sèchement Helen. Tu nous as reniés, Pétunia, parce que nous ne te considérions pas comme la huitième merveille du monde malgré tous tes travers. Tu voulais être seule, tu as eu ce que tu voulais.
-Ne crois pas que nous ne sommes pas au courant de ce que tu racontes sur nous, prévint Harold. À Cockworth comme à Little Whining. Des chômeurs incapables d'élever dignement leurs enfants, une sœur qui vend son corps au plus offrant? Tout cela parce que nous ne pouvions pas te donner ce que tu voulais dans la minute et qu'on s'efforçait de t'enseigner des valeurs solides? Ne nous accuse pas de ta propre chute, parce que si tu avais fait simplement l'effort de nous comprendre, nous t'aurions dit que les Dursley étaient connus pour être les pires personnes sur lesquelles tu pouvais tomber.
-En plus, quand ton cher mari Vernon a dilapidé tes propres économies en prostituées et produits de luxe, nous aurions pu t'aider à t'en sortir et à demander le divorce, ajouta Lily. Nous aurions pu te permettre de pouvoir élever ton fils pour qu'il te respecte mais tu t'es toujours cru au-dessus de cela.
Pétunia eut un mouvement de recul, stupéfaite qu'ils sachent tout cela.
-Comment? balbutia Pétunia
-Ce n'est pas parce que tu ne voulais plus avoir de contact avec nous que nous n'avons pas gardé un œil sur toi, assura Lily.
-Mais sache qu'avec cette plainte, puisque tu ne veux plus faire partie de la famille Evans, alors ton vœu sera exaucé, gronda Helen. Harold et moi partons de ce pas déposer plainte pour usurpation d'identité pour tous les prêts à la consommation que tu as souscrits en nos noms sans notre accord.
Pétunia blêmit.
-Adieu, Pétunia, lâcha Lily. J'espère que tu vas apprécier ta vie ruinée, seule au monde, rejetée et méprisée de tous.
Toute la famille tourna le dos à la femme et ce fut la dernière fois qu'elle les vit.
