Bonjour tout le monde!
J'espère que vous allez bien. Merci à ceux qui me lisent. Je vous offre un nouveau chapitre. Ça va être le troisième en peu de temps. Le prochain devrait sortir un peu plus lentement. J'espère que vous apprécierez.
Je vous souhaite une bonne lecture!
Luma Coquillette : Je te réponds ici puisque je ne pouvais pas le faire en privé. Merci pour ta review. Elle m'a fait chaud au cœur.
SeverusRiddle
CHAPITRE 3
Emmêlé dans les couvertures, Harry eut du mal à s'en dépêtrer. Son corps était engourdi de sommeil tandis que ses paupières peinaient à s'ouvrir. Quelle heure était-il? Ses doigts sortirent de sous son oreiller et partirent à la recherche de sa baguette.
— Tempus, bâilla-t-il.
Il se redressa rudement. Sept heures et demie. S'il ne se dépêchait pas, il manquerait le repas et surtout, la remise de son horaire de cours. Il avait fait ses choix avec Dumbledore la veille et s'était arrangé pour avoir un emploi du temps qu'il espérait partager avec son ennemi. Avec ses connaissances sur Jedusor, il avait une petite idée de ses préférences. Ainsi, il pourrait le tenir à l'œil, suivre son évolution, mais aussi sa routine. Il se passa la main dans les cheveux, les emmêlant davantage. Lors de sa véritable sixième année, il avait développé une sorte d'obsession avec les déplacements de Malefoy. L'observant nuit et jour afin de comprendre s'il était un Mangemort ou non. Et voilà que cela recommençait avec Tom Jedusor. Toutefois, ses raisons d'angoisser lui semblaient plus valides – il faut dire que ses déductions envers Malefoy avaient également été fondées jadis.
Cette pensée éveilla un souvenir. Harry agrippa son fameux sac d'extension indétectable et le fouilla. Il retira un morceau de parchemin : la Carte du Maraudeur. Comment avait-il pu l'oublier alors qu'elle lui avait toujours été fort utile entre les murs de Poudlard? D'un coup de baguette magique, il l'éveilla. Avec douceur, l'encre serpenta sur le papier afin de former des couloirs, des passages secrets, des salles de cours, mais surtout des êtres vivants. Ses yeux cherchèrent spontanément les pas de Jedusor. Au bout de quelques minutes, il les trouva immobiles dans la Grande Salle. Tom était sûrement en train de manger, tandis que les pas de Lestrange et de Malefoy s'éloignaient de la table. Il observa ensuite le dortoir et vit qu'il était seul… En fait, seul n'était pas vraiment le bon terme.
Harry fronça les sourcils. Il déplia davantage la carte sur son lit et l'inspecta avec effroi. Sa bouche se tordit, sa salive s'assécha. Mais où était son nom? Il avait beau scruter tous les recoins de la Salle commune de Serpentard, du salon jusqu'aux dortoirs, mais il n'y figurait nulle part. Son cœur s'arrêta soudainement, puis repartit de plus belle. D'un second coup de baguette, il referma le vieux parchemin, les pensées tourmentées. Était-ce parce qu'il était maintenant le Maître de la mort? Ou bien parce qu'il était bien mort? Existait-il au moins? Il secoua la tête pour remettre de l'ordre dans ses pensées, s'empressa d'enfiler son uniforme après un coup de vent sous la douche, enfila ses lunettes et prit son sac d'école avec – il espérait – les livres adéquats pour sa première journée. Puis il sortit en trombe de la Salle commune.
Il faisait un froid de canard dans les donjons et Harry frissonna le long du chemin. Il n'avait pas pris le temps de sécher ses cheveux : ils dégoûtaient encore, mouillant le collet de sa chemise et le dessus de sa robe de sorcier. Il le regrettait amèrement. Ce fut au pas de course et gelé qu'il pénétra dans la Grande Salle. Ses yeux furent immédiatement attirés par Jedusor, étrangement seul, qui trônait une fois de plus au centre de la table, un livre à la main. Il portait parfois une tasse de café à ses lèvres, concentré sur sa lecture. Harry prit place le plus loin possible de lui. Il se faufila donc près d'une première année afin de manger un morceau. Des œufs, des saucisses, des pommes de terre et du fromage emplissaient les plats. C'était un peu trop protéiné pour lui. Alors qu'il beurra un pain de gelée de pomme, son horaire se matérialisa sur la table devant lui. Il commencerait sa journée avec doubles cours de Métamorphose et la terminerait avec Histoire de la magie. Il aurait donc quelques heures de libres après le dîner, ce qui lui permettrait de se reposer un peu.
Alors qu'il avala son repas, Harry sentit sa cicatrice fourmiller. Sans y réfléchir, il la frotta à grands gestes afin d'apaiser la sensation. Mais celle-ci persistait. Lentement, ses yeux partirent à la recherche de Jedusor. Il devait en être la cause. Toutefois, sa place était maintenant libre. Étrange.
— Satanée cicatrice, marmonna-t-il alors qu'elle lui titillait davantage le front.
— Et qu'a-t-elle, cette cicatrice?
Harry se raidit. Cette voix, derrière lui, n'était autre que celle tant redoutée. Comment Jedusor avait-il fait pour se rapprocher de lui alors qu'à peine hier, sa magie écrasait celle de tous les autres? Il se sentait sot d'avoir ignoré sa vieille balafre. Jamais elle ne l'avait trahi avec ses avertissements. Et elle venait de lui prouver qu'elle était encore une fois une précieuse alliée pour lui.
— Elle m'agace, voilà tout, répliqua-t-il sans prendre le temps de se retourner.
Il piqua sa fourchette dans un œuf à coque et en mordilla la pointe arrondie. La jeune sorcière devant lui se leva soudainement, le visage blême, et partit d'un pas rapide. Tom prit alors place près d'Harry, dos à la table, les coudes appuyés contre la surface. Il pencha son visage vers lui, le même regard inquisiteur que la veille. Même assis, Harry était plus petit.
— Cette cicatrice me semble particulière, continua Tom d'une voix qui se voulait légère. Après tout, la magie peut guérir bien des maux, n'est-ce pas? Qui voudrait porter une marque comme celle-ci sur son visage?
Harry renifla. Que cherchait Jedusor, au fait? Pourquoi venait-il lui parler de si bon matin?
— Le genre de personne qui n'en a rien à faire de son apparence physique, peut-être? proposa-t-il d'une voix caustique.
Plusieurs claquements de langue désapprobateurs le firent relever la tête. Tom le scrutait, un sourire carnassier aux lèvres.
— J'allais plutôt proposer ceci : un maléfice très sombre. Seuls eux laissent des cicatrices indélébiles.
Un long frisson d'effroi s'empara d'Harry. Son corps réagit avant même qu'il ne puisse le retenir : il se recula pour mettre un peu plus de distance entre Tom et lui. Ce garçon était non seulement futé, mais aussi fort intelligent. Et il l'observait un peu trop. Devait-il répliquer quelque chose? Après tout, cette théorie n'était que pure vérité. Et les mensonges lui manquaient.
— Ton silence est d'or, Evans, continua Tom d'un air supérieur. Sache que je suis très curieux de ton histoire, maintenant. Quel sort a bien pu te viser et comment es-tu arrivé à survivre? Qu'est-ce qui a pu provoquer une telle cicatrice à ton âge? À moins que tu l'aies depuis plus longtemps, ce qui serait encore plus insolite.
Harry plongea ses yeux dans ceux plus ténébreux de Jedusor. Ce dernier le fixa en retour, sans ciller, comme s'il décortiquait toutes les nuances émeraude de ses iris.
— Pour une personne décrite comme solitaire, offrant très rarement un brin de causette, je te trouve un peu trop loquace, lâcha Harry, les dents serrées. Je ne comprends pas ce qui me vaut cet honneur. Je ne suis qu'un pauvre orphelin, Sang-Mêlé de surcroît. Rien qui puisse ravir certaines idéologies entendues par chez vous.
Ils se défièrent un moment du regard. Harry sentit une nouvelle fois une poussée contre son esprit, mais l'arrêta bien vite. Il s'y attendait et son assaillant, quant à lui, n'appréciait guère ses barrières. Tom plissa le nez, puis dévia les yeux sur l'emploi du temps d'Harry pour l'analyser. Enfin, il se leva et attendit un moment.
— Nous avons cours de Métamorphose en même temps, dit-il d'un ton presque normal. Suis-moi.
Ceci n'était pas une demande, mais bien un ordre. Harry fronça les sourcils.
— Je n'ai pas besoin de ton aide, lâcha-t-il alors qu'il engloutissait son dernier morceau de pain et une partie de son blanc d'œuf.
— Allons, Evans, tu ne vas pas jouer les enfants difficiles avec moi, n'est-ce pas? répliqua Tom d'une voix infantilisante. Je suis Préfet, c'est ma responsabilité d'orienter les nouveaux élèves.
Harry grogna : il ne pourrait pas se défiler aussi facilement. Autant il voulait en connaître plus sur Jedusor, autant il voulait le fuir à tout prix. Il se leva contre son gré et marcha avec lenteur derrière lui. Il scrutait son dos à la recherche de n'importe quel point faible. Mais tout ce qu'il voyait, c'était une silhouette svelte et en contrôle. Jedusor n'était pas encore Voldemort. Il avait malheureusement déjà commis des actes impardonnables, mais leurs interactions, aussi froides fussent-elles, laissaient toutefois entrevoir encore un être humain. Un humain déséquilibré, certes, mais un être avec encore une âme à peine fragmentée.
Harry remonta la bretelle de son sac à dos et continua à avancer d'une lenteur excessive. Avait-il pris les bons volumes? Non, il avait pris potions, par habitude : ses débuts d'année commençaient souvent avec les cours de Rogue. Il haussa les épaules, son esprit toutefois aux aguets. Il observait les environs, faisant comme s'il ne remarquait pas les brefs coups d'œil de Jedusor par-dessus son épaule. Son rythme devait l'irriter. Mais étonnamment, Tom ralentissait le pas pour l'attendre chaque fois, sans répliquer quoi que ce soit. Plusieurs élèves saluaient Jedusor sur le chemin, de maisons confondues. Ce constat prit Harry au dépourvu, mais il se souvint que Tom était très populaire parmi l'ensemble des étudiants, puisqu'il jouait en quelque sorte un rôle. Il voulait paraître parfait. Ainsi, son âme n'était pas encore tout à fait endommagée : il maintenait encore secrète sa perfidie.
Ils arrivèrent finalement en salle de Métamorphose. Celle-ci était divisée par un espace central bordé de deux estrades murales. Plusieurs élèves attendaient le début du cours, déjà assis. Au bout de l'espace central, près de la fenêtre, se tenait le bureau de Dumbledore, son nouveau professeur de Métamorphose. Il était étrange pour Harry de le voir là, alors que dans son présent, il était le directeur. Il se demandait bien comment était son enseignement en classe.
Les Serpentards se tenaient tous du même côté, regroupés, alors que trois autres couleurs se mélangeaient. Le discours de Declan sur l'unicité lui revint en mémoire. En observant ce tableau, il était certes vrai que les Serpentards étaient unis, mais à quel point? Cela devait-il seulement se restreindre entre maisons? Voir les Gryffondors, les Serdaigles et les Poufsouffles se mélanger créait davantage cette image de solidarité émouvante.
Alors qu'il observait ce mélange de couleur, Tom rejoignit Lestrange et Malefoy. Les deux accueillirent leur leader d'un œil brillant et admiratif, ce qui troubla Harry. Tom avait déjà conquis des alliés à sa cause… Certes, Greengrass le lui avait clairement fait comprendre la veille, mais le constater de ses yeux restait troublant. Harry, toujours debout, les bras ballants, se demanda quel était le meilleur choix à faire. Une petite voix lui conseillait d'agir avec ruse et de s'installer avec tous les Serpentards, mais une seconde voix lui criait de ne pas se laisser influencer et d'agir selon ses propres convictions. Ainsi, ses pieds le conduisirent vers l'estrade des Serpentards, mais s'arrêtèrent entre un Serdaigle et une Poufsouffle à un banc derrière sa maison. C'était un bon compromis.
Harry sentit son ventre se nouer de nervosité, mais aussi de satisfaction. Il avait un certain plaisir à se dire qu'un Serpentard tournait le dos à sa maison. Un sourire en coin, il croisa le regard de Dumbledore qui l'observait de ses petits yeux bleus. Ils pétillaient avec force, comme s'il l'encourageait dans ses actions. Un claquement de langue désapprobateur s'éleva du groupe de Serpentard. Était-ce Tom? Harry comprit qu'il provenait de Malefoy : celui-ci l'assassinait du regard. Harry l'ignora et observa plutôt les livres dans son sac. En effet, il avait oublié son manuel de Métamorphose.
La Poufsouffle près de lui l'observait de biais, angoissée. Harry comprenait son incompréhension, alors il tenta de la rassurer d'un sourire malheureusement crispé; il ne se souvenait plus de la dernière fois où ses lèvres s'étaient autorisées à s'amuser. La sorcière se détendit un peu. Une plume et un parchemin en main, Harry attendit le début du cours et laissa vagabonder un peu son esprit. Il devait revoir ses agissements. Il voulait se faire discret auprès des Serpentards, ne pas attirer l'attention. Mais… il en était incapable. Son caractère impulsif, voire son sens de la justice, était bien trop présent et difficile à contrôler. C'était tout bonnement impossible pour lui de passer inaperçu dans sa nouvelle maison. C'était un fait. Il ne pouvait plus que croiser les doigts que sa personnalité provocante puisse changer le cours des choses.
— Bienvenue à tous! s'exclama Dumbledore en circulant dans l'espace vide de la salle. J'espère que vous avez pu profiter de vos vacances pour faire le plein de friandises.
Plusieurs rires s'élevèrent, mais aucun des Serpentards.
— Pour nous dégourdir de l'été, aujourd'hui, nous allons revoir le Sortilège de Disparition, révéla Albus. Si vous vous souvenez bien, ce sortilège était demandé aux BUSES l'année dernière. Voyons voir comment vous vous débrouillez.
Quelques soupirs d'exaspération s'élevèrent dans la salle et Harry ne sut comment les interpréter. Il regarda Dumbledore distribuer une pierre et une plume à chaque étudiant. Puis, il se lança dans une explication sur l'origine du sort et de son créateur. Harry griffonna les informations, même s'il les connaissait déjà. Le Sortilège de Disparition pouvait provoquer certaines difficultés, il était important de se concentrer afin d'éviter de faire disparaître quelque chose que l'on ne souhaitait pas. Certains objets étaient plus fastidieux à faire disparaître que d'autres. Tout dépendait du volume de la matière. Ainsi, faire disparaître un être vivant demandait beaucoup plus d'expérience. Au bout de plusieurs minutes, Dumbledore frotta ses mains, signifiant que l'on passait à la partie pratique.
— Pour débuter, vous allez vous exercer sur la pierre. Seulement la pierre. Laissez votre plume de côté. Qui peut me dire quel est le mouvement qui accompagne la formule?
Quelques mains se levèrent, dont celle de Tom. Certains étudiants, à ce constat, laissèrent aussitôt retomber leur bras. Harry croisa les siens, les sourcils froncés, et scruta les visages de ceux qui avaient décidé de se rétracter. Certains avaient le visage embarrassé et d'autres évitaient d'observer les Serpentards. Il y avait ici un jeu de pouvoir. Harry fut exaspéré.
— Oui, M. Black?
Harry se figea. Seuls ses yeux suivirent les mouvements du Serpentard qui se levait. Il était de taille moyenne, un corps qui semblait solide et ses cheveux, mi-longs et bruns, effleuraient le dessus de ses épaules.
— Deux lignes cursives à la gauche suivies d'une ligne cursive à la droite, professeur, répondit-il en se tournant vers Dumbledore, dévoilant ainsi son profil à Harry.
Il avait un nez droit et une mâchoire carrée. Bref, il ressemblait à Sirius comme deux gouttes d'eau. Harry gigota sur son banc, ses yeux quittant difficilement la silhouette de Black. Une boule se forma en lui, les larmes sur le point d'inonder ses yeux. Même sa respiration changea. Il ne se sentait pas bien.
— Bien, M. Black, félicita-t-il, 5 points pour Serpentard.
Les mains d'Harry se crispèrent contre ses cuisses. Il savait rationnellement que le garçon qui était en train de s'asseoir n'était pas son parrain, il le savait, mais ses émotions, elles, ne l'écoutaient pas. Il avait besoin de le scruter, de vérifier tous les traits de son visage afin de se convaincre que ce n'était pas Sirius.
— Hé, est-ce que tu vas bien? entendit-il.
Harry secoua la tête, essuya ses yeux. La jeune fille de Poufsouffle s'était penchée vers lui, le visage inquiet. Il devait se reprendre, il était en cours. Il se racla la gorge.
— O… oui, merci, dit-il d'une voix rauque.
— Tu… tu es certain? Ton visage est blême.
Harry tenta un autre sourire pour la rassurer, mais il fut interrompu par Dumbledore.
— Y a-t-il quelque chose, Mlle Bellerose, M. Evans?
La jeune sorcière s'éloigna d'Harry, le visage cramoisi. Elle semblait fort embarrassée de s'être fait interpeller de la sorte. Mais elle décida de rester muette au lieu de s'expliquer. Certains Serpentards lui lancèrent des regards noirs, dont Malefoy, comme si elle était une nuisance. Harry ne put retenir sa langue.
— Ma camarade s'inquiétait de mon état et me demandait si j'allais bien, répondit-il. Je la remercie donc de sa prévenance.
Dumbledore hocha la tête et scruta Harry.
— Il est vrai que vous êtes plutôt pâle, voulez-vous aller à l'infirmerie?
Harry secoua la tête. Tous les étudiants l'observaient, même Jedusor qui se trouvait deux rangs devant lui.
— Non, ça va aller. Juste un mal de tête qui devrait partir rapidement. J'y suis habitué.
Ce n'était pas un réel mensonge, sa cicatrice lui chatouillait le crâne en ce moment même.
— Bon... Mais si vos douleurs augmentent, vous irez à l'infirmerie. Alors, où en étions-nous? Ah oui! Alors, voici le mouvement pour Evanesco.
Dumbledore leur fit la démonstration, puis demanda aux élèves de s'exercer. Harry observa alors la pierre devant lui, mais fut surpris par un sourire dans son champ de vision. La Poufsouffle l'observait, toute crainte envolée.
— Je m'appelle Linette, se présenta-t-elle. Merci pour tout à l'heure. Je ne voulais pas t'embarrasser devant les autres.
Harry sentit son cœur, si froid depuis des mois, se réchauffer un peu. Linette avait un sourire lui rappelant Ron : un sourire plein d'entrain. Les Poufsouffles étaient amicaux et cette qualité lui fit un bien fou. Sans s'en rendre compte, il s'autorisa la franchise.
— Et moi, Harry, lui dit-il. C'est très gentil de ta part d'avoir voulu me préserver, mais je ne voulais pas que tu t'attires des ennuis à cause de moi. Tu sais, je me moque de ce que l'on peut penser à mon égard.
Il en avait oublié Black, ce qui n'était pas plus mal. Les élèves avaient commencé à s'entraîner et cela ne prit que quelques minutes avant que Tom fasse disparaître sa pierre comme un jeu d'enfant. Il croisa les bras et attendit.
— Il est étonnant, souffla Linette, admirative. Je crois que c'est le seul autre Serpentard, à part toi, qui sympathise avec les autres maisons.
Harry renifla, mais se tut.
— Il réussit toujours en cours… J'aimerais être aussi douée que lui.
— Je suis certain que tu l'es. Alors, tu veux essayer, lui dit-il en pointant sa roche.
Linette hocha la tête et lança le sort. Mais rien ne se produisit.
— Je me demande comment j'ai pu réussir cette partie en BUSE…
— Il faut que tu te concentres. Essaie de faire le vide dans ton esprit.
Harry était trop accaparé par l'aide qu'il offrait à Linette pour faire attention aux regards de Malefoy et Lestrange. Il n'entendit pas plus leurs messes basses. La sorcière tenta une seconde fois le sort, mais échoua. Une moue boudeuse souligna ses traits. Harry se rapprocha et déposa la main sur son épaule pour l'encourager.
— Aimerais-tu que je te donne mon truc? Je ne sais pas si ça va t'aider, mais on pourrait essayer.
Elle hocha la tête et attendit. Harry sentit sa cicatrice le picoter davantage; il la frotta d'un geste rapide, sachant pertinemment que Tom le scrutait en ce moment même.
— Quel est l'endroit où tu te sens bien, où tu arrives à oublier qui tu es?
— Près de mon foyer, à la maison, répondit-elle.
— Eh bien, ferme les yeux et pense fort à cet endroit.
Linette s'exécuta et Harry l'observa. Lentement, ses traits se détendirent et il sut que ses pensées se trouvaient bien dans son foyer.
— Lance le sort, lui ordonna-t-il.
— Evanesco!
Devant ses yeux émerveillés, la pierre s'effaça complètement.
— Merci Harry! s'exclama-t-elle un peu trop fort.
Harry inclina sa tête engourdie par les sensations de sa cicatrice, assez heureux d'avoir pu aider une camarade. La plupart des élèves continuaient leurs essais, mais certains l'observaient avec curiosité. Il était étrange de voir un Serpentard fraterniser avec une Poufsouffle. Il promena son regard et fixa Tom, qui était assis de travers sur son banc pour l'épier. Son visage était impassible, mais ses yeux, eux, brillaient comme des rubis. Il ne cilla pas, aucunement gêné de l'observer ainsi. Qu'attendait-il?
— Bravo, Mlle Bellerose, complimenta Dumbledore en s'avançant près d'elle. Je vois que vous avez réussi votre sort malgré vos difficultés de l'année dernière. 5 points pour vous.
— C'est grâce à Harry, il est vraiment doué pour enseigner.
Albus se tourna vers lui, les yeux pétillants.
— Vraiment? Ma foi, il semble y avoir une belle entraide ici. Eh bien, voyons voir ce que M. Evans peut faire. Avez-vous pratiqué?
— Ah… Euh… Non, pas encore, marmonna Harry, réalisant qu'il n'avait guère touché à son caillou. J'aidais Linette.
Alors, il leva sa baguette et, sans y réfléchir et grâce à un sort informulé, fit disparaître la pierre devant lui.
— Oh oh! 15 points pour Serpentard, s'exclama Dumbledore. 10 points pour votre réussite d'un sort informulé et 5 pour soutien envers vos camarades.
Dumbledore s'éloigna alors pour aller aider quelques élèves en difficulté de l'autre côté de l'estrade. Linette sourit à Harry, le visage empreint de gratitude.
— Je sais vers qui me tourner si j'ai besoin d'aide, rit-elle alors.
Mais Harry fut plutôt concentré sur Black, qui l'observait à son tour. La ressemblance était si frappante avec Sirius qu'il en oubliait le monde autour de lui. Il ne sut combien de temps il l'observa avant de revenir au présent.
— Harry? Harry! Tu m'entends?
Il secoua la tête.
— Tu étais dans la lune. Tu es certain que ça va? Tu es redevenue pâle.
— Pardon, je ne sais pas ce que j'ai, mentit-il. Que disais-tu?
— Je me demandais juste à quoi tu pensais lorsque tu lançais des sorts.
— Au ciel, souffla-t-il alors. La liberté de flotter dans les airs. J'adore voler.
Son Éclair de Feu lui manquait. Le Quidditch lui manquait. Peut-être tenterait-il d'emprunter un balai pour une séance de vol prochainement? Le temps s'écoula et le moment de faire disparaître la plume arriva. Mais cette fois-ci, ils devaient le faire avec un informulé. Harry comprit à ce moment pourquoi ils avaient débuté avec la pierre. L'utilisation d'un sortilège informulé était difficile, la plume était là pour faciliter le travail. Plus faible en matière, il serait plus simple d'arriver à un résultat.
Harry fit disparaître sa plume en un tour de main et observa autour de lui l'exécution de ses camarades de classe. Les résultats se firent tarder. Certaines plumes perdirent de leurs barbes, mais aucune ne disparut complètement. Il scruta donc Tom sans la moindre gêne en déposant son menton dans la paume de sa main. Il attendit.
Jedusor ne bougea pas, fixa sa plume sans faire le moindre geste. Harry comprit qu'il se concentrait. Avec la guerre dans son présent, il n'avait pas eu le choix de devenir meilleur en informulé. Cela l'avait de nombreuses fois aidé en duel. Il avait donc une longueur d'avance sur l'ensemble de la classe. Mais Tom avait un lien presque unique avec la magie. Il dégageait une telle puissance qu'il ne doutait pas de sa prochaine réussite. Il le vit lever deux fois sa baguette. À la troisième, la plume disparut ainsi que celle de Malefoy et de Lestrange. Les deux, au lieu d'être outré, furent émerveillés. Linette eut, quant à elle, bien du mal. Mais sa plume disparut de moitié, ce qui était un bon résultat en soi.
Le reste du cours se passa rapidement et Harry ressortit avec un rouleau de parchemin en devoir sur le résumé historique de Sortilège de Disparition. Il salua Linette et sortit en trombe de la classe, espérant éviter une altercation avec Jedusor et les autres. Il emprunta le chemin jusqu'aux cuisines, chatouilla la poire, demanda un panier-repas à un elfe de maison et sortie dans le parc pour s'installer à l'ombre du saule pleureur près du lac. Il mangea quelques bouchées de son sandwich et ferma les yeux pour somnoler. Il avait besoin de faire le vide de son esprit.
Le soir arriva tout de même rapidement. Il avait été fastidieux pour Harry de rester éveillé dans son cours d'Histoire de la magie et remercia la fin de la journée. Il voulait se reposer dans son lit. Il sauta le repas du soir, préférant grignoter les restes du midi, et se précipita dans les sous-sols. Il fut heureux d'être seul dans la Salle commune et davantage quand il entra dans le dortoir. L'absence de ses colocataires ne lui déplaisait pas. Il en profita pour se changer, puis observa la baie vitrée. Il y avait une sorte de plénitude à regarder le fond du lac, l'ondulation des algues et parfois la présence de bulles d'air. Alors, d'un coup de baguette, il métamorphosa un coussin en causeuse qu'il installa près de la vitre. Il s'y installa, une couverture sur lui et un livre à la main. Mais bien vite, il oublia les lignes et observa plutôt les poissons, faisant fi du monde extérieur.
— Evans, entendit-il.
Hébété, il cligna des yeux. Devant lui se tenait Black, un sourire aux lèvres. Harry inspecta la pièce et vit qu'ils étaient seuls.
— On m'avait dit que tu étais mon colocataire de dortoir, mais nous ne nous sommes jamais croisés. Ce matin, tu semblais dormir comme un loir. Je suis Orion Black.
Une main se tendit devant Harry et il l'accepta un peu confusément.
— Harry Evans, répondit-il.
— Tu sembles doué en magie, continua Black en s'adossant contre la baie vitrée. Je l'ai senti ce matin en Métamorphose, mais aussi hier avec ta déflagration de magie. Je peux te dire que tu attires l'attention parmi les Serpentards.
Il se mit à rire comme si tout cela n'était qu'un sujet banal.
— Eh bien, ce n'était pas mon intention, je dois le dire, marmonna-t-il, ne sachant comment se comporter devant lui.
Il ravivait divers souvenirs en lui. Son vide intérieur souffrait de se faire envahir par les émotions.
— Tu n'as pas à être gêné de ta puissance, tu sais? Il est vrai que ton attitude fait jaser depuis hier. Tu sembles amical envers toutes les autres maisons, sauf la tienne. Mais bon, tu rapportes des points. Il est difficile de se fâcher entièrement contre toi.
Harry fronça les sourcils. Il trouvait ces propos un peu injustes. Toutefois, Black était le premier à lui parler comme un… égal.
— Écoute, j'ai eu une éducation très différente de ce qui semble être la vôtre. Je ne suis pas un Sang-Pur, je suis un Sang-Mêlé. J'ai eu plusieurs foyers et j'ai vu beaucoup de paysages. J'ai vécu énormément de souffrance aussi, perdu énormément d'êtres chers. La vie est bien courte pour écraser les autres selon moi. Et depuis la répartition, je sens beaucoup de dédain à Serpentard… Je ne sais pas comment gérer ça. Je ne cherche pas les conflits, je refuse simplement d'être une personne que je ne suis pas. Mais si le Choixpeau m'a mis dans votre maison, c'est qu'il y a une raison, tu ne crois pas?
Harry arrêta sa tirade, surpris par ce qu'il venait de dire. Il n'avait pas réellement dit de mensonges et avait parlé avec franchise. Ça lui fit un grand bien. Black devait le voir sur son visage.
— Eh bien, tu ne manques pas de courage pour t'exprimer de la sorte. On ne voit pas ça souvent chez Serpentard et, je dois l'admettre, c'est rafraîchissant. J'ai bien hâte de rediscuter avec toi, Evans. N'aie pas de dédain pour moi, d'accord?
Était-il sincère? Harry ne put le dire, mais il avait envie d'y croire. Il se leva mollement et tituba jusqu'à son lit sous le regard amusé de Black. Pourquoi était-il amusant de le regarder? Comme s'il lisait dans ses pensées, il lui pointa les boutons de son pyjama.
— Tu es bon en magie, mais tu sembles avoir de la difficulté à boutonner une chemise.
Harry baissa le regard. Il avait sauté trois boutons : deux dans le haut et un dernier dans le bas. Il avait été trop épuisé pour le remarquer de lui-même. D'un soupir, il s'attela à déboutonner son pyjama afin de tout recommencer. Malefoy et Declan pénétrèrent le dortoir à ce moment, suivis de Jedusor. Pourquoi était-il là? L'atmosphère changea irrémédiablement. Harry arrêta tout mouvement, sentant sa cicatrice encore le chatouiller. Il hissa les yeux et constata le regard rubis de Tom. Les bras croisés, il le scrutait de la tête aux pieds, une fois encore comme s'il cherchait à le disséquer. Avec malaise, Harry se détourna et entreprit de fermer sa chemise de nuit.
Un ricanement s'éleva.
— Alors Evans, on est pudique? lança Malefoy
Harry fit la sourde oreille, se mordant l'intérieur de la joue pour s'empêcher de répliquer.
— En même temps, je peux comprendre ta pudeur, continua-t-il avec raillerie, avec un corps aussi imberbe que le tien, quelle fille te voudrait dans son lit? C'est à se demander si tu es vraiment de sexe masculin.
La colère monta en Harry. Elle s'enflamma même. C'était tellement insultant et injustifié. Il avait déjà un complexe avec son apparence gracile – déjà qu'il se la coltinerait pour l'éternité –, il n'avait aucune envie de se faire injurier de la sorte. Il sentait son noyau de magie vibrer en lui. Il chercha à l'emmurer, mais n'y parvint pas. Les poings crispés, il ferma les yeux. Alors, l'inévitable arriva : une déflagration jaillit de son corps, illuminant le dortoir d'une lumière dorée. Les rideaux aux lits volèrent, les portes des penderies claquèrent. Cela dura quelques secondes avant de se calmer.
Harry croisa son regard dans un petit miroir sur la table de chevet près du lit de Malefoy et vit que ses grands yeux, déjà naturellement d'un vert éclatant, brillaient davantage. Faisant fi du monde autour de lui, il s'approcha du miroir et s'observa, étonné. Jamais il n'avait remarqué ce détail chez lui. Ses yeux brillaient-ils toujours ainsi? Ou était-ce une caractéristique du Maître de la mort? Des yeux aussi verts que le sortilège de la mort?
Une main s'abattit sur son épaule, avec un quelque chose de possessif. Harry se raidit. Sans crier gare, il se contorsionna pour se dégager et claqua avec dureté ladite main appartenant à Tom. Puis il s'éloigna, la voix rugissante :
— Ne me touche pas!
Tom resta de marbre, aucune trace de colère sur le visage. Un intérêt semblait flotter sur ses traits. Mais que se passait-il? Harry perdait le contrôle de sa magie. Jamais il n'avait autant fait de ravage auparavant. Sa respiration s'accéléra. Une certaine panique s'éleva en lui. Pourquoi le vide n'était-il pas là? Il voulait le retrouver, et vite!
— Du calme, Evans, dit doucement Black. Aslan est allé trop loin, comme bien souvent.
Malefoy lui lança un regard noir, mais Black l'ignora. Il s'approcha plutôt d'Harry, les deux mains levées en signe de paix.
— Je ne te toucherai pas, lâcha-t-il lorsqu'il le vit reculer. Tout va bien. Malefoy va s'excuser.
— Pardon? À un Sang-de-Bourbe?
Harry crispa les poings, puis, sans pouvoir s'en empêcher, eut un mouvement brusque de la main. Une longue mèche blanche tomba sur l'épaule de Malefoy. Celui-ci le sentit et devint livide à sa vision.
— Espèce de…
Une seconde magie imprégna soudainement l'air, mais ce n'était pas celle d'Harry. La pièce devint plus sombre, plus froide, l'imprégnant d'une présence écrasante.
— Malefoy, ça suffit! Reste à ta place ou sinon tu seras puni! claqua Tom d'une voix si brutale, si glaçante que tout le monde se figea davantage sur place. Si tu agis de la sorte pour m'impressionner, sache que j'exècre ton attitude puérile. Jamais je ne le tolérerai dans mon cercle.
C'en fut trop pour Harry. Son corps tremblait, sa respiration peinait à se calmer. L'explosion magique de Jedusor créait une fièvre en lui. Il voulait la ressentir à nouveau, s'y agripper. Alors, il empoigna plutôt sa robe de chambre dans l'optique de sortir.
— Où vas-tu? siffla Jedusor.
— Ailleurs, gronda Harry.
— Tu restes ici, Evans, lui ordonna-t-il.
Harry se retourna et plongea son regard dans le sien. Plusieurs émotions se bousculaient, mais toutes semblaient se raccorder à une plus forte : la domination.
— Tu crois? renifla-t-il alors, écœuré par ce qu'il voyait.
Puis il s'échappa avec une telle rapidité que personne ne put le retenir. Il devait s'éloigner de Tom, sa proximité n'était pas bienfaisante pour lui. Il ignora tous les regards surpris croisés et sortit de la Salle commune, malgré l'extinction imminente des feux. Dumbledore, il devait voir Dumbledore.
Et voilà! Comment avez-vous trouvé les interactions entre Harry et Tom? Je suis un peu curieuse à ce propos.
À la prochaine!
