Bonjour chers lecteurs!

J'espère que vous allez bien. Nous sommes déjà rendus au chapitre 5! Je trouve que j'ai eu un bon débit de publication, environ 3 chapitres par semaine! Hou hou!
Encore une fois, on augmente les interactions entre Harry et Tom.

Bonne lecture!

SeverusRiddle


CHAPITRE 5

Assis dans les cuisines de Poudlard, Harry observait les elfes s'affairer au service des plats avec une rapidité surprenante. Leurs gestes dansaient, valsaient même avec la magie. Les plats tourbillonnaient, la vaisselle s'envolait. Des légumes plongeaient dans l'eau bouillante comme un plongeur professionnel alors que d'autres se rôtissaient dans une huile bien chaude. Toutefois, le repas, pauvre en plantes, se tournait plutôt vers des tourtes aux trois viandes, du poulet en sauce, du porc effiloché… Il y avait beaucoup de viande. Un peu trop même. À quand remontait son dernier plat de chair et de muscle animal? Il ne s'en souvenait pas.

— Tenez, monsieur, lui dit un petit elfe mauve, le nez écrasé en forme de tomate.

Dans ses minuscules mains se trouvait une assiette débordante de saucisses et de pommes de terre rissolées. Harry sentit son estomac se soulever étrangement.

— Auriez-vous un plat plus… végétarien?

Il fut surpris de ses paroles. Lui qui avait toujours aimé manger du lardon bien gras... voilà que ça lui remontait l'estomac à cette simple idée. Sans même s'en rendre compte, il avait adopté le végétarisme, et ce, depuis la guerre.

— Oh oui, monsieur, répondit l'elfe. Si vous êtes végétarien, nous allons travailler pour vous fournir des plats équilibrés, sans viande.

Harry frotta son front, mal à l'aise de donner plus de travail à l'elfe. Mais celui-ci le rassura : il n'y avait aucun problème. Après tout, plusieurs autres étudiants adoptaient ce régime alimentaire.

— Je viendrai vous voir de temps en temps pour vous remercier, alors.

Il savait que les elfes aimaient recevoir de la visite, même s'ils n'osaient jamais le demander. Il mangea alors des pâtes fraîches avec une salade verte. Depuis son retour à Poudlard, ce fut son plat le plus soutenu, remplissant rapidement son estomac. Il en eut mal au ventre, d'ailleurs. Il refusa les desserts, mais but un grand verre de lait, et sortit dans le couloir pour rejoindre la tour d'astronomie. Le dernier cours de la semaine: Divination.

Harry grimpa les étages jusqu'à atteindre l'entrée de la tour. Il monta les marches avec lenteur, les yeux observant le paysage extérieur. Le ciel était lourd de nuages gris, comme si la pluie tomberait d'ici la prochaine heure. La météo représentait bien son humeur actuelle. Sa confrontation avec Tom lui laissait encore un goût amer en bouche. Il revoyait ses yeux, parfois sombres, parfois rouges, ses lèvres fines, toujours relevées en un rictus supérieur. Son grain de peau pâle, ses cheveux noirs encadrant un visage d'une beauté à couper le souffle. Tout en Jedusor hurlait de le suivre dans ses idéologies. C'était dangereux. Harry secoua la tête.

Une file d'étudiants attendait au pied de l'échelle que la trappe du plafond s'ouvre. Au-devant, Harry vit la tête de Tom, plus grande que la majorité, près de celle de Lestrange, de Declan, de Black et de Greengrass. À cette vision, il se recula derrière un groupe de Poufsouffle, dans l'espoir de s'y fondre.

— Bonjour Harry, entendit-il à sa droite.

C'était Linette, ses grands yeux bleus l'observant avec joie.

— Je ne savais pas que tu avais aussi Divination, ajouta-t-elle. As-tu envie qu'on s'assoie ensemble?

La jeune sorcière était généreuse. Elle avait dû remarquer sa solitude depuis le début de l'année : Harry flânait régulièrement seul dans le parc, mangeait très peu dans la Grande Salle et n'échangeait avec aucune personne, sauf à de très rares occasions. Sa gentillesse le toucha et il accepta l'invitation d'un hochement de tête. Ça lui éviterait de se coltiner d'un peu trop près d'autres Serpentards.

— Parfait! Je suis curieuse d'en apprendre plus sur toi, lui avoua-t-elle. Peut-être que la Divination me permettra de déterrer tes sombres secrets.

Elle avait terminé sa phrase avec une voix qui se voulait terrifiante, un peu d'outre-tombe, mais son visage en forme de cœur ne soulevait pas l'épouvante. Harry ne put retenir un sourire. Linette était adorable. La trappe s'ouvrit soudainement, laissant un rayon de lumière glisser par l'ouverture ainsi qu'une colonne de poussière. Les élèves grimpèrent les uns après les autres, secouant leurs cheveux pour enlever les particules de saletés et s'installant sur des coussins au sol. Une forte odeur de parfum tourbillonnait dans l'atmosphère, étourdissant quelque peu les sens et soulevant un peu les nausées chez certains. Il y avait plusieurs tables basses, rehaussées de chandelles, regroupant deux personnes. Linette agrippa la main d'Harry et l'amena près d'une fenêtre voilée d'orangé où le paysage était à couper le souffle. Les nuages formaient des vagues annonciatrices d'une imminente tempête.

Harry reporta son attention sur la classe et vit avec lassitude que Tom et Lestrange s'assoyaient à la table derrière lui, à deux mètres de distance. Ils étaient beaucoup trop près. Il soupira, puis observa son professeur de Divination : c'était un homme élancé, avec une couronne de cheveux gris et des lunettes en fond de bouteilles. C'était peut-être un critère d'avoir ce genre de verre en Divination. L'homme semblait lunatique et Harry eut un doute sur ses compétences divinatoires. Mais Trewlaney avait aussi créé ce sentiment en lui et pourtant, elle détenait de réelles habiletés… Il ne devait pas laisser les préjugés le mener.

Black et Declan se trouvait aussi près d'Harry. Les deux discutaient vivement sur les Véracrasses, sujet qui le surprit. Black semblait avoir une passion pour ces bestioles et Declan, dégoûté, le dévisageait comme s'il était le dernier des crétins. Harry tourna son menton vers Linette, qui l'observait de ses grands yeux, la bouche entrouverte comme si elle était en train de parler.

— Pardon? Est-ce que tu me parlais? demanda Harry.

Elle secoua la tête, les joues légèrement empourprées. Elle gigotait sur son coussin, comme si elle était inconfortable. Avait-elle de la fièvre?

— Désolé, je croyais que tu me parlais vu comme tu me regardais, lui avoua-t-il. J'ai parfois tendance à avoir la tête dans les nuages.

La jeune Poufsouffle rit un moment, ses boucles rebondissant sur ses épaules.

— Ça prouve que tu aimes bien voler alors, répondit-elle. En Métamorphose, tu me disais apprécier la liberté que cela procurait, préférant le ciel à tous autres endroits.

Ce rapprochement fit sourire Harry, sourire qu'il offrit à Linette. Elle avait raison. Sa cicatrice le ramena malheureusement sur terre, lui rappelant la lourdeur de la gravité. Il croisa les yeux ténébreux de Tom, qui observait sa bouche avant de tourner les yeux vers Linette, d'un geste presque imperceptible. La jeune fille ne remarqua rien, au soulagement d'Harry. Un grand malaise s'éleva en lui. Jedusor lui reprochait-il de rire avec une autre personne? Cette idée était absurde. Il était tout bonnement impensable qu'il démontre une certaine possessivité envers lui. Et si c'était le cas? Se faisait-il des idées? Mais Tom ne lui avait-il pas dit que sa place était sous ses yeux? Comme s'il ne pouvait exister nulle part ailleurs? Il lui avait aussi avoué le scruter tous les jours. Jedusor aimait posséder, Harry le savait. Dans les souvenirs observés dans la pensine avec Dumbledore, déjà à l'enfance Tom collectionnait les objets comme des trophées. Même ses Horcruxes représentaient des objets historiques, onéreux, comme s'il était au-dessus de tout. Au-dessus de tous les sorciers. La puissance même. Ses pensées le firent rouler des yeux devant cette personnalité si narcissique, mais il avala difficilement sa salive. Une petite voix dans sa tête lui disait qu'il avait bien des aspects chez lui fort impressionnants : son intelligence, sa puissante magie, sa beauté... Ne le pensait-il pas plus tôt?

Harry se mordit l'intérieur de la joue, puis lança un regard noir à Tom, qui l'observait à nouveau, mais les yeux plissés. Il ne lisait pas dans son esprit, ayant compris qu'Harry ne se laisserait pas faire avec autant de facilité, mais cherchait des réponses sur les traits de son visage. Jedusor se détourna finalement lorsque la voix du professeur de Divination s'éleva.

— Bonjour, chers élèves! J'espère que vous avez votre volume de Divination. Je vous invite à l'ouvrir au chapitre 10 : Le passé, le présent et le futur, le tout démystifié dans une lecture appropriée des lignes de la main.

Harry ouvrit son manuel et chercha le chapitre en question. Linette se rapprocha de lui jusqu'à effleurer son bras.

— Harry? murmura-t-elle alors que le professeur commençait à lire le premier paragraphe de façon soporifique à toute la classe.

— Hum? fit-il, les sourcils froncés par sa proximité.

Elle se rapprocha un peu plus et Harry sentit son front bouillir. Jedusor les observait, il n'y avait aucun doute.

— As-tu remarqué la façon dont Jedusor te regarde? chuchota-t-elle si bas qu'Harry dut se pencher jusqu'à sentir son oreille toucher les cheveux bouclés de la Poufsouffle. Je ne l'ai jamais vu observer une personne avec autant d'intérêt. En fait, il s'intéresse très peu aux autres... Mais, je ne sais pas, avec toi, ça semble différent.

Harry comprit pourquoi Linette s'était rapprochée autant de lui. Elle voulait lui faire part de son observation, mais puisque la personne en question se trouvait juste derrière eux, elle voulait éviter qu'il l'entende. L'estomac d'Harry se tortilla. Si même Linette remarquait l'attitude de Tom, les autres élèves devaient eux aussi le voir.

— Ne t'inquiète pas, lui murmura-t-il, sentant son inquiétude. Je suis une nouveauté. Et on se lasse bien vite des nouveautés.

Il lui offrit un sourire crispé, mais il vit le doute sur son visage. Linette reprit sa place, soulageant par le fait même le front d'Harry. Le professeur Paérodile – Linette lui avait soufflé son nom durant la lecture du chapitre – demanda aux étudiants de se mettre en équipe avec leur collègue de table afin de lire les lignes de la main.

— Tu veux commencer? proposa-t-elle en lui tendant la sienne. J'ai bien hâte de voir si j'ai un magnifique destin.

Harry se retint de lever les yeux au ciel, ayant de la difficulté avec les sujets liés à la Divination, dont la chiromancie, et ce, même s'il était victime d'une prophétie. Il prit donc la main de Linette et compara les lignes de celle-ci avec les images tirées de son chapitre.

— C'est bien ta main dominante? demanda-t-il.

Elle lui répondit d'un hochement de tête.

— Voyons… Si je regarde cette ligne, il s'agit de celle du cœur, observa Harry. Elle se sépare en deux chemins, ce qui pourrait signifier une rupture et donc, la naissance d'une nouvelle relation?

Il plongea son nez dans le livre, à la recherche d'informations. Il se sentait déjà blasé de l'exercice.

— La première est courte, donc, cette relation sera brève. Mais son prolongement montre que tu trouveras une relation stable.

— Et ma ligne de vie?

Harry chercha ladite ligne et l'examina. Il n'était pas certain d'y comprendre quelque chose.

— Elle est profonde, ce qui signifierait que tu vas être en bonne santé, hésita Harry tout en tournant les pages de son livre. Elle pointe aussi vers le haut, ce qui veut dire que tu connaîtras des changements positifs.

Il se frotta le front, non pas à cause de sa cicatrice endormie pour le moment, mais bien par l'apparition d'un mal de tête.

— Dis-moi, souffla Linette en se rapprochant d'Harry, sa main toujours dans la sienne, est-ce que c'est moi ou tu n'aimes pas la Divination?

Pour répondre à sa question, il soupira fortement.

— Je ne comprends pas pourquoi j'ai pris cette matière en option, lui avoua-t-il. Peut-être que les lignes de ma main répondront à la question?

Linette rit un moment et lui agrippa la main tout en la tirant vers elle, curieuse de la lire. Au contraire d'Harry, elle semblait plutôt à l'aise dans ce cours. Elle lui effleura la peau du bout des doigts bien sérieuse dans sa tâche.

— Oh! s'exclama-t-elle. Ta ligne de cœur est très spéciale.

— Ah oui? s'intéressa-t-il, bien malgré lui.

— Oui, continua-t-elle. Elle se casse très rapidement au début. Aurais-tu déjà eu une relation à ton âge?

Ce fut au tour d'Harry de gigoter sur son coussin, soudain mal à l'aise. Il pensa à Ginny et à sa relation plus ou moins établie entre eux. Avaient-ils été ensemble? Ils avaient eu certes des sentiments l'un pour l'autre, mais ceux-ci n'avaient malheureusement pas pu éclore comme ils auraient dû. Son front pétillait, augmentant son malaise. Ginny était maintenant morte, comme lui. Que lui restait-il comme avenir?

— Je…

Il se tut, la bouche sèche. Mais il devait répondre la vérité, en mémoire de Ginny.

— Oui, j'ai eu une relation, souffla-t-il en massant son front douloureux. Mais… c'est terminé.

Harry jeta un coup d'œil à Tom. Sa main reposait dans celle de Lestrange, qui peinait lui aussi à comprendre les lignes de sa paume. Pendant que le sorcier la déchiffrait devant lui, Jedusor scrutait Harry et écoutait leur conversation. Ce dernier se détourna, cherchant à reprendre un peu son intimité.

— Je suis désolée pour toi, dit Linette, le regard sincère. Tu semblais tenir à cette personne.

— Merci, répondit-il simplement, les mots se coinçant dans sa gorge.

— Mais si ça peut te consoler, continua-t-elle, ta ligne de cœur est très longue. Tu vois, elle persiste jusqu'au bord de ta main. Je prédis que ta prochaine relation sera stable, solide, passionnée. Toutefois, cela prendra beaucoup de communication pour y parvenir – son doigt suivait la ligne avec douceur, capté par le creux de cette main.

Le Maître de la mort qui allait avoir une autre relation? Harry en doutait. Sa présence ici était seulement pour contrer Jedusor dans son plan de destruction afin de permettre à Ron, Hermione et Ginny de survivre. C'était maintenant le seul objectif à sa vie. Linette lui lança un sourire et revint à sa main. Son visage changea du tout au tout, passant d'un sourire à une angoisse importante. Que se passait-il?

— Linette?

Les yeux de la Poufsouffle restaient figés sur la main d'Harry, comme si elle cherchait à comprendre ce qu'elle voyait. Ses lèvres s'entrouvrirent puis se refermèrent sans qu'aucun son ne sorte. À ce moment, le professeur Paérodile arriva près d'eux, voyant bien que Linette était d'un teint livide. Il semblait y avoir une relation cordiale entre eux, comme quoi la Poufsouffle montrait un intérêt marqué pour la Divination, un peu comme Parvati avec Trelawney.

— Alors, comment ça se passe ici, Mlle Bellerose? Pourquoi êtes-vous si pâle?

Harry ne comprenait pas ce qui se passait, mais il sut que son envie de quitter cette salle se faisait pressante. Linette hésitait à parler, comme si elle voulait protéger Harry.

— Eh bien, M. Evens, montrez-moi votre main, le somma-t-il.

Avec lenteur et à contrecœur, il répondit à sa demande. Le professeur s'installa sur la table basse et observa sa paume. La réaction ne se fit pas attendre, son visage blêmit comme celui de Linette. Ils échangèrent même un regard qui ne pouvait guère passer inaperçu.

— Que se passe-t-il? s'exclama Harry, sentant son sang se glacer dans ses veines.

— Votre ligne de vie, souffla M. Paérodile, elle n'existe pas.

Elle n'existait pas? Harry reprit sa main et l'observa. Jamais il n'avait étudié ses propres lignes, mais il comprit qu'elles étaient différentes d'avant.

— Jamais je n'ai vu cela, continua le professeur, ébahi. C'est comme… si vous n'existiez pas…

Comme frappé par une décharge électrique, il se releva à une telle vitesse qu'il trébucha un instant, passant près de retomber sur son coussin. Harry était pâle, les jambes tremblantes. Tous les regards bifurquaient vers lui, la plupart ne comprenant pas la situation. Mais Harry sut que Tom n'avait pas manqué un seul mot échangé. Même Black, près de lui, devait avoir saisi des miettes. Il devait partir, vite.

— Excusez-moi.

Il sortit à toute vitesse sans regarder derrière lui. Il courut dans les escaliers, alors que la température éclatait derrière les fenêtres de la tour. Le ciel grondait, comme la voix en lui. Quel idiot que d'avoir suivi en option le cours de Divination! Il était maintenant le Maître de la mort, il était une anomalie dans ce monde. Il n'apparaissait pas sur la Carte du Maraudeur, et maintenant, ses paumes le trahissaient en dévoilant que son existence était fausse. Alors qu'il descendait les escaliers, il manqua une marche et s'échoua sur les fesses. La douleur transperça son dos, puis ses bras. Il poussa une plainte. Il se releva tant bien de mal, trop tourmenté pour remarquer qu'il saignait à la main. Il devait voir Dumbledore.

Il descendit les derniers étages et attendit devant son bureau, accroupi au sol, une fois les coups portés à la porte. De sa baguette, il soigna sa main afin d'en arrêter le saignement. Mais il ne pouvait rien faire contre le lancinement de son dos. Il se refusa un coup d'œil à sa carte enchantée, trop d'élèves voguaient près de lui. Mais Dumbledore ne semblait pas dans son bureau… Était-il en cours? Harry se releva avec la même fébrilité ressentie en cours de Divination et poursuivit sa course vers la salle de Métamorphose. Il accrocha quelques élèves, s'excusa grossièrement et poursuivit sa route. Lorsqu'il arriva à destination, il comprit qu'un cours se déroulait. Il attendit donc dans le couloir, faisant les cent pas sans s'arrêter. Il se rongea les ongles, comme lorsqu'il était enfant.

Il se passa la main dans les cheveux, en proie à la panique. Il visualisa son reflet dans une armure près du mur. Ses cheveux étaient plus en désordre que jamais et ses yeux brillaient étrangement, comme le sort de la mort. Qui était-il?

Des élèves sortirent de la salle de cours. Ils parlaient entre eux, ignorant Harry qui se balançait d'un pied à l'autre avec une frénésie difficile à manquer. La vague humaine s'essouffla et Harry put pénétrer dans la classe, nerveux, observant Dumbledore ranger le matériel à coup de baguette magique. Il attendit et une fois qu'il eût terminé, il s'avança.

— Professeur?

Dumbledore se retourna, surpris de voir Harry.

— M. Evans, salua-t-il, les yeux perçants, que puis-je faire pour vous?

L'expression d'Albus se fit sérieuse: Harry dégageait tellement de nervosité qu'il comprit son appel à l'aide.

— Je dois retirer une option de mon horaire, souffla-t-il, la voix suppliante. Je ne peux plus assister au cours de Divination.

Dumbledore fit signe à Harry d'approcher et prit appui contre un bureau de l'estrade, calme.

— Et pour quelle raison?

Le cerveau d'Harry tournait à plein régime. Que pouvait-il dire? En même temps, il ne pouvait pas taire les événements survenus en classe, il y avait trop de témoins. Il devait se contenter de raconter les derniers événements sans entrer dans les détails.

— J'étais en cours de chiromancie, répondit-il. Lorsque le temps est venu de lire les lignes de ma main, eh bien… Je n'ai pas de ligne de vie.

Dumbledore fronça les sourcils et prit la main d'Harry. Il l'observa avec une attention soutenue. Il la mobilisa dans tous les sens puis plongea son regard dans celui du garçon. Ses yeux bleus ne pétillaient plus, il réfléchissait à vive allure, comme le tacticien qu'il était. Mais Harry devait l'arrêter, pour le moment du moins. Prenant les devants, il ouvrit la bouche.

— Mes papiers d'identification vous ont prouvé que vous pouviez me faire confiance, vous avez reconnu votre propre signature magique. S'il vous plaît, le sollicita-t-il, ne me poser pas plus de questions. Je ne pourrai pas vous répondre. Tout ce que je peux vous dire, c'est que si je suis ici, c'est pour une bonne raison. Et me laisser dans le cours de Divination serait une très mauvaise idée.

Albus le scruta, le visage indéchiffrable. Puis, il hocha la tête.

— J'accepte, dit-il. Ce n'est pas très sorcier comme détail administratif.

Il rigola de son jeu de mots, calmant un peu Harry.

— Vous aviez trop de matières en option, de toute façon. Maintenant, vous aurez votre vendredi après-midi de libre.

Harry papillonna des yeux.

— Merci professeur.

— Vous avez bien fait de venir me voir, lui assura Albus. Si quelque chose devait survenir, je demeure une main secourable pour vous.

Harry le remercia une seconde fois et sortit de la salle, le pas titubant. Il se sentait vidé de toute énergie. Toutes ses émotions l'épuisaient. Il en regrettait le grand vide qui l'habitait durant la bataille de Poudlard. Ce grand vide lui permettait de se concentrer sur son objectif, mais les émotions le ralentissaient. Debout, les bras ballants, il réfléchissait à ce qui s'était produit. En quoi est-ce que cela était un problème? Bon, il voulait éviter que les autres découvrent la vérité à son propos. Éviter autant les rumeurs. Mais pourquoi avait-il si peur? N'était-il pas immortel? Mais être immortel n'enlevait pas le regard des autres, n'empêchait pas de se faire enfermer pour l'éternité avec des Détraqueurs comme gardien de prison. Cette optique le fit frissonner. Les elfes étaient sur le point de servir le repas du soir, Harry décida de rejoindre les cuisines. Mais il fut arrêté dans son élan.

— Evans, lâcha une voix derrière lui. Je te rapporte ton sac à dos.

Harry se retourna et vit Tom debout, les mains dans ses poches, portant effectivement ses effets scolaires sur son épaule. Il les avait oubliés lors de sa fuite plutôt. Il tendit alors le bras.

— Merci, je… j'apprécie, hésita-t-il.

Heureusement qu'il avait juste ses manuels scolaires et rien de plus – il avait toutefois son livre de potions et ça, il ne pouvait se permettre de le laisser longuement entre les mains de Jedusor. Ce dernier était assez intelligent pour lever les sorts de protection. Heureusement qu'il gardait toujours sur lui le sac d'Hermione. Sa main resta suspendue dans les airs, attendant que Tom veuille bien lui rendre son bien. Mais ce dernier ne le fit pas. Il le disséqua plutôt des yeux et partit vers les cachots.

— Hé! Que fais-tu? Rends-moi mon sac!

Harry descendit à sa suite, se retrouvant maintenant seul avec Tom. Le repas du soir était déjà commencé, rassemblant les élèves dans la Grande Salle. Les cachots, à cette heure, étaient froids et humides. Et malgré la lueur des torches, ils étaient sombres. Harry suivait la grande silhouette de Jedusor, ne sachant où il allait. L'amenait-il dans un piège? Sa main se crispa davantage sur sa baguette. Devait-il utiliser un Accio? Alors qu'il envisageait sérieusement la question, Tom entra dans une vieille salle de classe et attendit qu'Harry le suive.

— Pourquoi m'amènes-tu ici?

D'un coup de baguette, Jedusor referma la porte et lança un Collaporta et un Silencio. Harry sentit un long frisson dans le dos. Il resta sur ses gardes, attendant que Tom parle, ce qu'il fit.

— Que faisais-tu dans le bureau de Dumbledore? l'interrogea-t-il, les yeux le scrutant avec une certaine férocité.

— En quoi ça te concerne? répliqua Harry, piqué au vif. Tu m'espionnes maintenant? Et depuis longtemps?

— J'ai gentiment proposé au professeur Paérodile de te rapporter tes affaires, continua Tom en laissant tomber le sac d'Harry au sol, un nuage de poussière s'élevant sous l'impact. N'est-ce pas le rôle d'un Préfet?

— C'est fort louable de ta part, ironisa Harry en croisant ses bras, le regard appuyé sur la silhouette de Tom. Mais je ne suis pas aussi idiot que tu le penses. Tu voulais comprendre mon départ du cours, n'est-ce pas? Faire le lien entre les sornettes du professeur et ma réaction? Et donc, j'en conclus que tu as espionné notre conversation, à moi et Dumbledore.

Tom eut un sourire sardonique. Ses yeux luisaient dans le noir, comme ceux d'un prédateur.

— Exact, approuva-t-il. Je sais que tu as demandé à Dumbledore d'abandonner le cours de Divination. Des sornettes? Je ne pense pas. Apprendre que tu n'avais pas de ligne de vie t'a chamboulé à un tel point que tu as demandé l'abandon pour te protéger. Mais te protéger de quoi?

Ces derniers mots avaient été émis avec une telle convoitise qu'Harry fut paralysé un moment. Il ne comprenait pas cette réaction.

— Je… Qu'est-ce qui se passe, Jedusor? En quoi est-ce que ça te concerne, dis-moi?

Un éclair illumina l'esprit d'Harry. Pourquoi n'y avait-il pas pensé plus tôt? Tom était obsédé par l'immortalité. C'était la raison qui expliquait ses recherches sur les Horcruxes. Même s'il en avait créé un, il ne le savait pas pour le moment. Et là, Harry, qui représentait déjà une énigme pour le Serpentard, voilà qu'il se faisait dire qu'il n'avait aucune ligne de vie, qu'il n'existait pas. Et Jedusor, sorcier fort intelligent, y voyait peut-être un lien avec ce qu'il recherchait ardemment. Et ce, même s'il ne pouvait pas le prouver.

— Abandonne, grinça Harry. Tu ne trouveras pas les réponses que tu cherches avec moi.

Tom le regarda intensément. Les deux savaient de quoi il était question. Harry en savait beaucoup plus sur Jedusor et celui-ci le comprit. La magie de Tom s'éleva autour d'Harry, il la sentit le chatouiller sans toutefois l'engloutir. Il regarda la porte : il devait lever le sortilège. Peut-être avec un informulé? Il pouvait fuir, mais il ressentait le besoin de mieux comprendre les motifs de Jedusor. Alors qu'il retourna ses yeux vers son assaillant, il le vit s'avancer doucement dans sa direction. Harry fit un en arrière, ce qui n'échappa pas à Tom.

— Tu me détestes vraiment, n'est-ce pas? Alors qu'on se connaît si peu, lança-t-il, la mâchoire crispée. Mais j'ai l'impression que tu saisis un peu trop ma personnalité. Est-ce pour ça que tu dédaignes mon contact? Et pourtant, tu laisses Black et Bole te serrer la main. Et même cette Poufsouffle. Pourtant, n'est-ce pas toi qui as dit détester que l'on te touche ou détester toucher les autres?

Harry fronça les sourcils. Comment avait-il su pour les poignées de main? Black? Et pourquoi était-ce si important? Quel était le lien avec la vie éternelle?

— Et qu'est-ce que ça change, dis-moi? J'ai bien le droit d'avoir des contacts physiques avec certaines personnes!

La magie de Tom l'appelait, elle lui murmurait doucement à l'oreille de se mêler à la sienne. Harry grinça des dents. Se pouvait-il que Jedusor ressente la même chose, cette espèce d'attraction? Si oui, ça ne l'empêchait pas d'avancer, cherchant plutôt à répondre à cet appel alors qu'Harry la fuyait.

— Arrête-toi! Tu es… tu es trop proche!

Mais Tom l'ignora, levant la main. D'un geste vif, il saisit le poignet d'Harry avec une force insoupçonnée. Ses doigts l'enserrèrent comme un étau. Harry sentit de longs frissons le parcourir, comme un courant électrique grisant. Ce contact lui fit peur. D'un mouvement brusque, il s'en dégagea.

— Laisse-moi voir ta main! ordonna Tom, d'une voix profonde.

Et il l'agrippa de nouveau avec une avidité non dissimulée. Cette fois-ci, Harry ne put se déprendre, son corps se faisant tirer vers l'avant. Quelques centimètres les séparaient : leur magie frétillait l'une contre l'autre, berçant un moment Harry. Tout ça parce qu'il était son Horcruxe! Ce n'était pas normal. Tom semblait mieux gérer la situation : il observait la main d'Harry avec un intérêt non feint.

— Tu n'as effectivement aucune ligne de vie, dit-il alors en plongeant ses yeux dans les siens. Pourquoi?

Harry secoua la tête, incapable de parler. Alors que Tom maintenait fortement sa prise sur son poignet, son autre main vint le pincer au menton afin de le forcer à le regarder. Le contact de ses doigts contre son visage brûla Harry. Il se sentait dominer comme jamais. Même Voldemort n'avait jamais réussi une telle emprise. Les pupilles de Tom se dilatèrent, engloutissant ses iris. Alors qu'il les plongeait dans son regard, des images défilèrent devant ses yeux. Il revit sa panique devant les paroles de son professeur de Divination, ce qui fit surgir le visage de Voldemort avant son Avada Kedavra. Deux simples images, mais deux images de trop.

— Non! hurla Harry en faisant exploser sa magie.

Tom fut repoussé par la déflagration dorée contre le mur derrière lui, libérant Harry de son emprise. Il avait utilisé la Legilimancie sur lui. La colère l'inonda.

— Tu n'as aucunement le droit de violer mon esprit! cria-t-il en s'avançant vers Tom, échoué au sol. Je te le répète : je ne suis pas ton larbin, je ne suis pas ton ami. Et surtout, je ne te suis pas inférieur! Je suis un Sang-Mêlé, comme toi! Alors, garde ta place et je garderai la mienne.

Jedusor s'enflamma à son tour, sa magie aussi pétillante que celle d'Harry.

— Comment sais-tu pour mon sang? Et tu te crois supérieur à moi? siffla-t-il comme s'il crachait son venin, de nouveau sur ses pieds.

— Non, répondit Harry. La différence entre toi et moi, c'est que je ne me crois pas supérieur à qui que ce soit et je ne le recherche pas! Je crois en l'amour, en la compassion! Pas en la suprématie!

Tom l'observait avec une expression trop difficile à déchiffrer, comme si plusieurs émotions, mêlées à de l'incompréhension, se disputaient sur ses traits. Selon Dumbledore, Jedusor n'avait jamais aimé, n'avait jamais éprouvé un tel sentiment pour qui que ce soit. Pour lui, l'amour était une faiblesse. Mais pour Harry, lui qui voulait se battre pour un meilleur avenir pour ses amis, l'amour représentait une force. L'amour, c'était l'espoir.

— Tu devrais apprendre à aimer, Jedusor. Il n'y a rien de plus fort que l'amour, souffla-t-il avec plus de douceur. La vie te le fera comprendre, un jour ou l'autre.

C'était l'amour de Lily Evans qui l'avait réduit à une ombre en peine pendant de nombreuses années. Mais même malgré cela, Voldemort n'avait rien compris. Quel espoir y avait-il pour Tom? Harry serra les poings, il devait passer à l'acte, et ce, malgré les risques de finir pour l'éternité à Azkaban. Il pourrait toujours demander à la mort de venir le chercher.

Il tourna les talons et d'un geste de la main, défit le Collaporta de la porte. Il récupéra son sac et sortit à grandes enjambées de la salle de classe sans un regard derrière lui. Il se dirigea vers la Salle commune et, malgré son ventre vide, s'isola dans son dortoir. Il n'avait pas faim de toute façon. Il se lava sous une eau bouillante, une eau qui vint rougir sa peau, et se mura derrière les rideaux de son lit. À l'aide de sa Carte du Maraudeur, il garda un œil sur l'activité des dortoirs et de la Salle commune de Serpentard. Il attendit l'avancement de la nuit.

À deux heures du matin, Harry se redressa dans ses draps. Il fouilla dans le sac d'Hermione et y trouva sa cape d'invisibilité. Il la revêtit et se glissa silencieusement hors de son lit. D'un pas léger, il passa près de Malefoy, ce dernier marmonnant dans son sommeil à propos d'un peigne et d'une gomme à mâcher. Declan et Black étaient tous les deux silencieux, seuls quelques ronflements s'élevaient entre les murmures angoissés de Malefoy. Il s'extirpa sans faire de bruit du dortoir et avança à pas de loup vers la chambre de Jedusor. Il avait longuement observé la carte et avait attendu plusieurs heures d'inaction avant de s'aventurer hors de son lit. Lorsqu'il arriva devant la porte voulue, d'un informulé, il lança un Silencio avant d'éviter de commettre un son dérangeant à son ouverture.

Le dortoir était calme et parfaitement identique au sien. Seuls les objets décorant l'espace différaient. Des ronflements et des respirations douces meublaient le silence. Les rideaux des lits étaient tous tirés. Harry avait l'impression de pénétrer une crypte où logeaient plusieurs tombeaux. Et parmi les tombeaux, un seul abritait le vampire qu'il recherchait. Harry jura dans sa tête. La carte toujours en sa possession, il observa l'emplacement des pas. Tom se trouvait à sa gauche. Pliant la carte, il se faufila silencieusement vers le lit de Jedusor. Il sortit la main de sous sa cape et effleura l'air près du rideau. De la magie, c'était certain. Patiemment, Harry s'affaira à détruire un à un les sorts de protection avec des informulés. Ce n'était pas évident, ils étaient puissants. Mais Harry ne pouvait se permettre d'élever la voix au risque de se faire entendre avant le moment fatidique. Au bout d'une dizaine de minutes, il réussit tous les contre-sorts.

Son cœur battait la chamade. Il était nerveux, avait la nausée, le cœur au bord des lèvres. Il s'apprêtait à assassiner Tom Jedusor dans son sommeil. C'était lâche, vraiment lâche. Harry serra davantage la main contre sa baguette jusqu'à en ressentir la douleur. Alors, d'une baguette tremblante, il écarta le rideau du lit afin de dévoiler le corps endormi de Tom. Sa respiration calme s'élevait à un rythme régulier. Son visage, ainsi détendu, laissa Harry en émoi. Sa peau blanche contrastait avec les draps sombres autour de lui. Ses cils, vus ainsi, étaient beaucoup plus longs que ce qu'il pensait. Ses lèvres semblaient aussi douces que le velours. Tant de beauté devait être interdite. Devant ses pensées, Harry fronça les sourcils. Que faisait-il? Il se mordit l'intérieur de la joue et leva sa baguette. C'était simple, il devait seulement dire deux petits mots.

Harry resta figé. Si Tom ouvrait les yeux, il verrait une baguette et une main suspendues dans les airs. Sa poitrine se serra, sa main trembla davantage. Ses jambes commençaient à fatiguer : elles avaient de plus en plus de mal à le soutenir. Il devait agir, et vite.

— A… A…

Une seule voyelle sortait. Le reste refusait de franchir ses lèvres. Le temps se suspendit un moment. Finalement, Harry laissa retomber son bras, frustré. Les larmes inondèrent ses yeux. Son nez le démangeait. Il était un incapable. Il ne pouvait pas assassiner Tom Jedusor. Il en était incapable! Cette vérité le saisit avec force. Il n'était pas un meurtrier. Pas ici, pas dans son propre présent, pas dans son futur. Il avait baissé les bras devant Voldemort. Alors pourquoi en serait-il différent maintenant, devant ce sorcier? Même si Tom avait déjà commis des meurtres dans cette ligne du temps, il ne pouvait pas franchir le cap. Alors, la bile à la bouche devant son échec, mais aussi devant ce qu'il aurait pu faire, il rebroussa le chemin. Il ouvrit la porte, laissant pénétrer un léger rayon de lumière. Harry avait oublié de refermer le rideau. Il se retourna alors et sentit son cœur défaillir. Là, devant lui, était assis Tom sur le bord de son lit, les bras appuyés sur ses genoux, le fixant ou plutôt fixant la porte ouverte.

Harry était pris de vertige. Il savait que Tom ne pouvait pas le voir, caché sous sa cape d'invisibilité, mais ce dernier ne mettrait pas des jours à faire le rapprochement avec lui. Il n'osait plus bougé, par crainte d'être découvert. Et Tom restait immobile, ce qui le troublait davantage. Il scrutait le vide, comme il le faisait si souvent avec Harry, avec le même regard avide maintenant familier. Puis, un sourire satisfait souleva ses lèvres. Ce fut son détonateur : Harry s'extirpa du dortoir afin de retrouver son lit qu'il protégea de tous les sorts possibles.

Cette nuit-là, il ne ferma pas un instant les yeux.


Encore une fin de chapitre! Je me sens presque comme dans une histoire d'horreur lorsqu'Harry voit Tom éveillé, assis sur le bord de son lit.
Comment trouvez-vous les interactions entre nos deux sorciers?
J'espère que vous aimez autant que moi, hihi!
À la prochaine!