Mes petits chats,

Je publie ce soir la suite de "L'affaire Philippe Delveau". Nos héros approchent lentement mais sûrement du Moment de cette histoire mais encore un petit peu de patience (pour vous) et un petit peu de douceur (pour eux) :)

Comme il y a quinze jours, j'ai dû enregistrer mon fichier sous une autre extension de texte pour pouvoir le publier sur le site internet. Cela a modifié la mise en page, a fait sauter des caractères et des symboles... Je pense avoir corriger tout ce qui devait l'être mais n'hésitez pas à me signaler tout autre coquille qui vous sauterait aux yeux pendant votre lecture. Je vous remercie par avance pour votre aide :)

Je vous souhaite une agréable lecture et un très bon week-end :)

Bien à vous,

ChatonLakmé


The X-Files (traduit en français sous le titre The X-Files : Aux frontières du réel) est une série télé de science-fiction américaine, diffusée de 1993 à 2002 sur la chaîne Fox. Devenue un phénomène culte de pop culture, elle décrit les enquêtes de deux agents du FBI concernant des dossiers classés impliquant des événements surnaturels. Une suite a été diffusée de 2016 à 2018 sous le titre The X-Files : Ressurection avec les acteurs d'origine, David Duchovny et Gillian Anderson.

Le jive est une danse latine classée dans la catégorie des danses sportives.

NB 1 : Au moment d'écrire cette partie, je n'ai pas trouvé d'indication précise concernant le circuit légal pour fondre de l'or aux États-Unis, j'ai donc extrapolé à partir d'autres éléments. Au moment de la correction, j'ai finalement trouvé quelques mentions éparses indiquant notamment qu'un simple four à induction de cuisine était suffisant. Toutefois, j'ai décidé de ne pas changer la trame de mon récit.

NB 2 : Les quelques lignes ci-dessous concernant l'exorcisme tel que pratiqué par l'Église catholique romaine des États-Unis est extrait du site internet de l'archidiocèse de Washington.


L'affaire Philippe Delveau

o0O0o o0O0o

Vingt-cinquième partie


Butler, Pennsylvanie, mercredi 25 octobre


Dean entre dans Evans City par la Route 68, vingt minutes après avoir quitté Butler. Il fait rouler son épaule droite d'avant en arrière, d'arrière en avant, les doigts serrés sur le volant. Un fourmillement désagréable court dans ses muscles, les pulsations ondulent en vague jusqu'au bout de ses doigts. Ça picote. Ça étouffe ses perceptions, jusqu'à la sensation du cuir rugueux du volant sous ses mains. Le châtain fronce les sourcils. Il déteste ça.

—«Tu aurais dû garder ton attelle.»

—«C'est hors de question, elle me gênait.»

—«Tu aurais dû prendre un autre comprimé de tramadol alors.»

—«Je vais bien Sam», siffle Dean en jetant un regard noir à son frère.

—«Tu es tellement obstiné; aussi borné que quand tu as affirmé à maman que tu allais bien alors que tu te tordais de douleur sur ton couvre-lit Superman. Est-ce que tu te souviens? Tu avais l'appendicite et tu as frôlé la péritonite», marmotte le blond en roulant des yeux.

—«Je me souviens surtout que tu pleurais comme un veau dans ma chambre d'hôpital. Je n'arrivais pas à entendre les dessins animés à la télé», ricane son frère.

—«Connard. J'avais six ans et tu es resté à l'hôpital pendant deux jours, aussi blanc que tes draps.» Sam soupire et passe une main dans ses cheveux. «… Tu n'as pas besoin de jouer au héros, Dean. Tu pourrais penser à ta santé pour une fois, surtout que nous allons affronter la chose la plus puissante que nous avons jamais rencontrée.»

Le châtain pince les lèvres. Il joue du bout des doigts sur le volant, fait rouler à nouveau son épaule. Les fourmillements courent dans sa colonne vertébrale jusque dans ses reins et il étouffe un grognement entre ses dents serrées.

—«… Je ne voulais pas que Cas s'inquiète.»

—«Tu es toujours son héros, même avec un bras en écharpe.»

—«… Je ne peux pas porter cette foutue écharpe. Nous sommes des chasseurs et les chasseurs ne chassent pas avec un bras en écharpe. Cas est convalescent, il doit savoir qu'il peut entièrement se reposer sur nous ou l'enfoiré remettra la main sur lui», siffle-t-il.

Dean tente de trouver une position plus confortable sur son siège, sans succès. Les élancements douloureux pulsent dans ses nerfs à vif. Merde. Il jette un regard en coin à Sam.

—«…Est-ce que tu as du tramadol sur toi?»

—«Oui, avec une bouteille d'eau», acquiesce son frère. «Tourne à droite, le ferrailleur est au bout de la route.»

C'est plus un chemin en terre qu'une route bitumée. Dean s'y engage, une petite moue chagrine aux lèvres en pensant au capot de Baby couvert de poussière. Le chemin est constellé de nids de poule qui font danser l'Impala sur ses suspensions. Les secousses résonnent dans le corps entier du châtain. Bordel, ça fait mal. La route en terre est une ennuyeuse ligne droite alors Dean se distrait en observant les gros rouleaux de pelouse entreposés à l'arrière des hangars de Reddi-Green Turf Farms. Quand il a aperçu le panneau sur Evans City Road, il s'est vaguement demandé à quoi pouvait ressembler l'activité d'un fournisseur de gazon. Maintenant, Dean sait que la zone de stockage est comme un de ses plateaux de sushis que s'offre parfois Sam pendant leurs virées surnaturelles; de gros makis roulé dans une algue nori, parfaitement rangés sur son assiette.

Un dernier nid de poule particulièrement profond et vicieux les secoue puis le magasin apparaît enfin. C'est un grand bâtiment oblongue au toit plat, couvert d'un bardage en bois. Au-dessus de la porte, l'enseigne forme un triangle avec un logo en forme de voiture et d'un lingot croisés.

Dean gare souplement l'Impala sur le parking presque vide, entre l'entrée et un break familial à l'horrible couleur pomme acidulée.n Il s'extrait difficilement de la voiture, le bras raide et douloureux. Le châtain avale le cachet que lui tend Sam puis entre dans le magasin d'un pas décidé. Le propriétaire du break discute au comptoir avec une jeune femme à la frange noire et aux bras couverts de tatouages. Leur conversation à propos d'une pièce de rechange pour son break s'éternise et Dean ronge son frein. Il a foutrement mal à l'épaule et à la nuque, il n'a aucune envie d'être patient.

Une vieille sonnette un peu rouillée trône sur le comptoir mais il n'a pas envie d'y poser la main. Même s'il est à jour de son vaccin antitétanique.

La jeune femme les salue d'un signe de tête et appuie vigoureusement sur la sonnette. Son tintement fêlé résonne dans le magasin. Un homme sort des rayonnages alignés derrière le comptoir. Casquette sale au logo de Recyc'Metal, tee-shirt sous un veston sans manches en jean et pantalon élimé, il jette un regard gourmand à l'Impala.

—«Jolie bagnole. Je pense pas que vous l'avez amené pour en faire de la ferraille», dit-il d'une voix un peu gouailleuse.

—«Baby n'est pas à vendre, je compte la laisser un jour à mon frère», répond Dean en s'appuyant contre le comptoir.

—«C'est vrai?»

—«Non Sammy. Je me ferai enterrer dedans quand mon heure sera venue. Entre elle et moi, c'est à la vie à la mort.»

Le ferrailleur éclate de rire et leur tend une main par-dessus le comptoir. Dean remarque avec admiration qu'il a plusieurs dents en or dans la bouche.

—«J'm'appelle Ted, ce fourbi est à moi. J'trouve que votre idée est une bonne idée. J'en avais une comme ça quand j'étais plus jeune, une Chevrolet pick-up de 1978. Elle s'appelait Pussy.»

Le châtain lorgne brièvement sur le calendrier Playboy accroché sur le mur. La Playmate de février 2015 est une blonde aux lèvres pulpeuses habillée d'un costume très sexy de Valentine. Faux seins, fausses fesses, faux sourire. Dean n'est pas certain que ce soit également sa véritable couleur de cheveux.

—«Je n'ai pas vu votre voiture sur le parking. Est-ce que vous la conduisez toujours?», demande-t-il poliment.

—«Non. Mon autre Pussy m'a demandé de m'en débarrasser, elle coûtait trop d'argent à l'entretien. Elle aussi, vendre ma Chevy ne m'a pas fait faire d'économie…»

Ted jette un regard entendu en direction de la brune tatouée, très occupée à mâcher un chewing-gum avant de rire d'un air gras. Dean s'oblige à sourire. Il doit jouer la complicité misogyne pour deux car Sam en est incapable et que le châtain ne veut pas devoir repartir bredouille d'Evans City. Ted repousse sa casquette sur son crâne.

—«Vous cherchez une pièce de rechange pour votre bébé? Je vous préviens, j'ai pas grand-chose en stock en ce moment pour un modèle de collection comme le vôtre mais je connais un mec à –»

—«Nous ne venons pas pour la voiture. Nous souhaitons faire fondre cette bague.»

Le châtain sort le sachet en velours de sa veste puis pose la chevalière sur le comptoir. Ted triture la visière et siffle d'admiration. Ses yeux brillent de convoitise.

—«C'est une jolie babiole. Pourquoi est-ce que vous voulez la fondre? Vous pourriez déjà en tirer un bon prix au poids du métal et la pierre est pas mal aussi.»

—«Merci mais la raison nous regarde.»

Le ferrailleur fronce les sourcils et Dean se retient de lever les yeux au plafond. Quoi? Il va vraiment jouer le mec honnête avec lui? Le châtain est persuadé qu'il trouvera des trucs un peu malpropres entre les rayons s'il lui prend l'envie de fouiller.

Sam s'appuie à deux mains sur le comptoir et sourit à Ted.

—«Ce n'est qu'une très ennuyeuse histoire de famille vous savez. Mon frère et moi ne parvenons pas à nous mettre d'accord sur lequel d'entre nous doit hériter de cette bague alors nous préférons la fondre.»

—«… Vous êtes bizarres.»

—«Est-ce que vous pouvez le faire?», demande sèchement le châtain.

Ted se gratte la mâchoire, un sourire aux lèvres.

—«Je vais le faire et je peux même vous aider à vous mettre d'accord. Je vous achète le lingot une fois la bague fondue.»

—«C'est inutile, nous préférons le garder», le coupe presque le châtain.

—«Je suis prêt à vous en offrir un bon prix. Je dois la peser pour vérifier son poids mais je pense qu'elle doit faire environ vingt-cinq grammes. Je suis prêt à aller jusqu'à 1500$, c'est une offre très honnête.»

—«J'insiste, nous allons le garder.»

—«Et la pierre gravée?»

—«Fondez tout ensemble, nous n'en voulons pas non plus.»

—«… Vous êtes complètement dingues mais c'est vous qui décidez.» Ted se gratte le front. «Mon four n'est pas encore assez chaud pour fondre de l'or, vous pouvez aller boire une bière en ville en attendant. Allez chez Jerry's et dites que vous venez de la part de Ted, il vous fera goûter une bière géniale issue d'une brasserie du comté.»

—«Je vous remercie mais nous allons rester. Mon frère et moi avons eu toutes les peines du monde à nous mettre d'accord alors nous aimerions assister à la fonte pour nous assurer qu'aucun d'entre nous ne sera lésé. Nous aimerions aussi avoir un certificat», ajoute poliment Sam.

—«… Vous, les mecs de la ville, vous êtes vachement procédurier», grogne le ferrailleur. «Vous voulez quand même boire un truc en attendant?»

Il est tôt pour commencer à boire de la mauvaise bière alors Dean et Sam refusent d'un signe de tête. Ted s'éclipse dans le fond du magasin. Le client de Pussy est parti, la jeune femme s'approche d'eux et observe la bague avec gourmandise.

—«C'est un joli caillou…», susurre-t-elle avec envie.

—«La pierre est fausse. Notre grand-oncle l'a perdu et son épouse a fait sertir un simple morceau de verre coloré à la place. Il l'avait trompé avec la voisine. Comme nous l'avons dit, c'est une banale histoire de famille», répond Dean avec un sourire charmant.

Pussy renifle avec dédain. Murmurant que tous les hommes sont des salauds, elle retourne s'accouder au comptoir et souffle de grosses bulles de chewing-gum. Le petit bruit humide qu'elles font en éclatant est dégoûtant.

Les deux frères sont en train de parier sur l'allure de la Playmate du mois de mars – ils ont feuilleté et regardé tout ce qui pouvait être feuilleté et regardé alentour – quand Ted émerge à nouveau des profondeurs du magasin. Celui-ci soulève un pan du comptoir pour les faire passer de l'autre côté tout en criant à sa petite-amie qu'ils vont dans l'atelier. Pussy acquiesce en lui faisant un doigt d'honneur sans le regarder et Dean esquisse un sourire narquois.

Le petit groupe traverse le magasin encombré puis une cour extérieure jusqu'à un bâtiment annexe. L'équipement est étonnamment rudimentaire, seulement un petit four industriel qui irradie de chaleur, un creuset en métal et un moule à lingot.

— «Le four est à 1100 °C, c'est la température nécessaire pour faire fondre l'or. Je ne veux pas que vous dépassiez cette ligne jaune sur le sol, c'est la ligne de vie pour votre sécurité», marmonne Ted en s'équipant de matériel de protection ignifugé.

Dean ouvre la bouche pour protester – ils sont à environ cinq mètres du four, c'est trop loin pour bien voir ce qu'il va se passer – mais le ferrailleur apporte le creuset pour lui prouver qu'il est vide. Le châtain y dépose la chevalière et épie le moindre geste de Ted jusqu'à ce que celui-ci scelle le creuset devant eux et l'enfonce dans la gueule béante du four. Dean essuie son front d'un revers de main. Il fait très chaud dans l'atelier.

Après quelques minutes, Ted sort le creuset du four et fait couler l'or dans le moule à lingot. Le métal en fusion a la couleur du soleil. L'homme retire son masque et ses gants. Son visage est couvert de sueur.

—«Il n'y a plus qu'à attendre qu'il refroidisse et on pourra démouler. … Ça va être un tout petit lingot.»

—«Ce sera un très beau petit lingot s'il nous évite de nous disputer», répond Sam.

Ted hausse les épaules. Il agrippe le bord de son tee-shirt pour essuyer son front.

—«Je suppose que vous voulez rester là pendant que je vais préparer le certificat et la facture…»

Dean acquiesce. Le châtain est en train de discuter avec Marc, un employé occupé à désosser une vieille Ford au fond de l'atelier quand Ted les rejoint. L'homme lui tend deux papiers d'un obséquieux. Dean lui répond d'un regard noir. Il se montre un peu plus avenant avec Marc auquel il tend une main polie. Jolis yeux et beau sourire.

Le châtain règle la facture au comptoir, échange encore une plaisanterie salée avec Ted pour la forme avant de rejoindre Sam, déjà assis dans l'Impala.

—«Où se trouve la terre consacrée la plus proche?», demande-t-il en mettant le contact.

—«Toutes les églises de Evans City sont dans le centre-ville. Le cimetière est au sud, du côté de Breakneck Creek. Reprends East Main Street, je t'indiquerai quand tourner.»

Le châtain hoche la tête. Les nids de poule sont toujours aussi désagréables mais le tramadol fait merveilleuse effet. À moins que ce ne soit l'idée de porter un rude coup à Philippe qui le fait un peu planer.

À l'indication de son frère, Dean bifurque sur une petite route secondaire. Rapidement, Sam et lui laissent derrière eux Evans City et les quelques constructions le long de la route pour descendre Franklin Road. Le paysage est agréable, seulement composé des bois et des champs.

—«Tourne à gauche, c'est la route qui mène au cimetière.»

Encore quelques kilomètres et le châtain gare l'Impala sur le bas-côté. Les deux hommes terminent à pied les quelques dizaines de mètres les séparant de l'entrée du cimetière.

Dean serre les dents.

À l'entrée, une stèle en pierre indique Evans City Cimetery et la date de son inauguration, le 7 janvier 1891. C'est bien mais ça pourrait être mieux; les terres anciennement consacrées sont toujours préférables pour y enfouir des choses qu'il faut cacher et oublier. Le châtain aperçoit la silhouette d'une petite chapelle devant eux. C'est quand même mieux que rien.

Sam remonte la lanière de sa sacoche d'un coup d'épaule.

—«Que préfères-tu? Chapelle ou tombe la plus ancienne?»

—«Allons à la chapelle. Nous allons enterrer le lingot à l'est, derrière le chevet. C'est le meilleur endroit», répond Dean après une courte réflexion.

Les deux frères vérifient rapidement les alentours avant de se glisser derrière l'édifice. Sam sort une petite pelle de jardinage de sacoche et creuse un trou contre le mur. Il tapisse soigneusement le fond de sel, l'asperge d'eau bénite tout en récitant une prière à saint-Michel. Dean y laisse tomber le sachet en velours avec le lingot.

—«Dépêche-toi d'enterrer cette saloperie», grogne-t-il avant de froncer les sourcils. «… Nous aurions peut-être dû aller plus loin de Butler, je ne suis pas certain que vingt kilomètres soient suffisants pour protéger Cas.»

—«Tu sais que la distance n'a rien à voir avec Sa puissance. Nous pourrions aller à l'autre bout du pays, ça ne protégerait pas mieux Castiel. Philippe s'est attaché à lui, Il n'a plus vraiment besoin de ce talisman pour exister puisque Castiel lui donne sa force. C'est le mieux que nous puissions faire, Dean.»

Le jeune homme acquiesce d'un air raide. Il observe son frère ensevelir le sachet sous le sel puis refermer le trou. Sam asperge une dernière fois la terre de quelques gouttes d'eau bénite. Dean lui arrache presque le flacon de la main et le vide entièrement en récitant à son tour la prière. Son frère hausse un sourcil narquois.

—«Si ça peut te rassurer…»

—«Ouais, c'est exactement ça. Maintenant on peut rentrer à Butler.»

Dean tourne les talons. À peine les portes franchies, il récupère son portable dans la poche de sa veste pour composer le numéro du brun.

«Allô?»

—«Cas? C'est Dean. Sam et moi avons fini avec la chevalière, nous sommes sur le chemin du retour. Est-ce que tout va bien?», demande-t-il avec empressement.

«… Vous avez fait fondre la bague?»

—«Oui. Elle a été fondue, enterrée et purifiée. … Je voulais m'assurer qu'Il ne s'était pas manifesté. Il ne t'a rien fait, n'est-ce pas?»

Castiel ne répond pas. Dean est certain que c'est parce que le brun est en train de secouer la tête même s'il ne peut pas le voir. Il sait qu'il est en train de le faire et c'est adorable.

«Je me sens bien. Les infirmières ont changé ma perfusion, je ne sais pas ce qu'il y a dans la poche mais je me sens vraiment bien.»

—«Est-ce que tu es en train de te faire un petit shoot de vitamines, Cas?», sourit le châtain.

«… Peut-être. C'est assez agréable.»

Le châtain s'esclaffe affectueusement. Du coin de l'œil, il voit Sam mimer des baisers tout en papillonnant des yeux. Le jeune homme le fusille du regard.

—«Quels sont les résultats de tes examens?»

«Je dois encore faire une prise de sang mais le Dr. Cox est plutôt optimiste, il dit que mon corps a très bien réagi au traitement. Je devrais pouvoir sortir vers treize heures, peut-être un peu avant. … Est-ce que tu seras rentré?»

—«Je t'attendrais devant l'hôpital. À tout à l'heure Cas», sourit le châtain.

«À plus tard Dean.»

Le jeune homme raccroche, un sourire un peu idiot aux lèvres. Sam l'attend déjà à côté de l'Impala, nonchalamment appuyé contre le capot.

—«Je ne veux entendre aucun commentaire de ta part Sammy», siffle-t-il.

—«Je ne songeais à rien de particulier», ment son frère d'une voix malicieuse. «Est-ce que tu veux rentrer directement à Butler?»

—«Est-ce tu penses à autre chose? Une chose utile pour notre affaire?», précise-t-il en voyant le sourire goguenard de son cadet.

—«Destiny nous a conseillé d'avoir voir un prêtre…»

—«Nous ne parlons pas aux robes noires Sam, ce n'est pas prudent.»

—«Destiny nous a dit de le faire. Toute cette affaire nous échappe depuis le début alors je pense que nous devrions vivement suivre son conseil et profiter du fait que nous ne sommes pas à Butler. Nous avons besoin de beaucoup d'eau bénite et nous commencions à attirer un peu trop l'attention à Saint Paul Roman Catholic Church avant de partir à La Nouvelle-Orléans», insiste Sam.

—«Tu ne penses pas que les prêtres se parlent entre paroisses pour ne pas s'ennuyer? Tu sais, qu'ils échangent des ragots sur leurs paroissiens et partagent leurs meilleures recettes de vins améliorés?»

—«Le fait de blasphémer ne nous aidera pas Dean», ricane son cadet. «Il y a un petit Wallmar juste à côté de Saint-Matthias Church Hall. C'est l'église catholique d'Evans City et elle se trouve sur le chemin du retour.»

Dean acquiesce.

Le plan de Sam était censé et raisonnable mais une fois devant l'église, un pack de six bouteilles d'eau dans chaque main chacun, le châtain se demande comment ils vont pouvoir justifier le fait d'y entrer avec près de vingt litres d'Aquafina. À ses côtés, le blond hésite un instant avant d'entrer dans l'église. Le châtain lui emboîte le pas. La chance leur sourit, la nef et les bas-côtés sont vides.

—«Nous sommes entrés et maintenant nous allons essayer de trouver le prêtre pour qu'il puisse bénir ces bouteilles pour nous. Cela te laisse approximativement… deux ou trois minutes pour trouver la meilleure explication de ta vie», ricane Dean en posant les deux packs d'eau sur le sol.

—«Tu n'as qu'à y réfléchir toi-même, je vais chercher le prêtre. Je suppose que tu veux rentrer à Butler le plus vite possible pour avoir le temps de t'arrêter chez un fleuriste et offrir un bouquet à Castiel à sa sortie de l'hôpital…», ricane son cadet.

Dean lui adresse un doigt d'honneur s'assoit lourdement sur le banc le plus proche. Resté seul, il ronge son frein tout en tressautant nerveusement d'une jambe.

Après quelques minutes, Sam revient, accompagné d'un homme en habit noir et col blanc. Il a la petite quarantaine, porte une barbe soigneusement taillée et les cheveux longs, retenus en un petit catogan sur sa nuque. L'air rock'n'roll d'un hipster de la côte est. Le châtain décide d'y voir un heureux présage. La poignée de main particulièrement méfiante que le prêtre lui offre fait vaciller ses espoirs.

—«Je suis le Père Matthew. Votre frère m'a expliqué que votre ami connaissait des tourments et que vous souhaitiez –» Il cligne des yeux. «… Je n'avais pas compris que vous souhaitiez faire bénir autant d'eau…»

Dean pince les lèvres. De quoi son frère a-t-il parlé au juste? Non pas que cela ait réellement de l'importance mais il aimerait bien savoir. Un ami, c'est-à-dire? Un ami amical ou un ami comme un euphémisme pour désigner un compagnon? Son frère lui jette un regard un peu exaspéré et le châtain se racle la gorge.

—«… Je vous assure que c'est une demande mûrement réfléchie. Je vous remercie d'accepter de nous aider», répond-il humblement.

—«C'est la raison même de notre existence que de donner de l'espoir à ceux qui n'en ont plus. Pouvez-vous m'en dire plus?»

—«… Castiel lutte bravement contre ses démons mais il est en train de perdre son combat», commence prudemment Dean.

Il sait aussi pratiquer l'euphémisme choisi. Des démons peuvent désigner des tas de choses différentes, certaines très métaphoriques et d'autres pas du tout.

Le Père Matthew fronce légèrement les sourcils.

—«Pourquoi votre ami n'est-il pas venu avec vous? Dieu sait reconnaître ceux qui viennent trouver refuge en Sa demeure.»

—«Il est hospitalisé depuis hier et il est au plus mal. Nous sommes là pour lui.»

—«Est-il baptisé?»

Dean remarque que le prêtre ne s'adresse qu'à lui. Donc Sam a parlé de ce type d'ami-partenaire-compagnie-de-vie-amant-et-plus-si-affinités. D'accord, il peut gérer. Tout le personnel du Butler Memorial Hospital pense déjà qu'il est un amateur de sexe acrobatique. Jouer une relation homosexuelle normale – même surnaturelle – et engagée devrait être un jeu d'enfant.

—«Ce n'est pas le cas mais Cas cherche du réconfort et du soutien», répond-il doucement.

Le prêtre fronce encore les sourcils.

—«… Et vous?»

—«Mon frère et moi sommes croyants.»

C'est une réponse habile. Sam et lui ne sont pas baptisés, Mary et John Winchester n'en ont jamais vu l'utilité et personne dans leur entourage n'a insisté. Après de longues années de chasse, les deux frères ont affronté des choses qui les ont obligés à croire au Mal. Parce qu'ils invoquent Dieu, les saints et le Christ dans leurs prières, il serait très hypocrite de ne pas avoir la foi.

Le jeune homme regarde le Père Matthew, l'air est plus sombre que jamais. Mince, pas la bonne réponse donc.

—«Castiel a besoin d'aide», insiste-t-il.

L'homme passe lentement ses doigts dans sa barbe.

—«J'entends à votre voix que vous êtes très touché par ce qui arrive à votre ami mais il n'est pas de la communauté des fidèles. Je suis aussi plutôt physionomiste et je ne vous ai jamais vu dans mon église. Vous n'êtes même pas de ma paroisse, n'est-ce pas?»

—«Non mais la porte d'une église n'est-elle pas toujours ouverte à ceux qui ont la foi?»

Le Père Matthew esquisse un sourire ressemblant à une grimace, même polie.

—«Vous dites vrai mais je suis légitimement en droit de me poser des questions quand vous venez me demander de bénir vingt litres d'eau», dit-il en désignant les packs d'un geste. «… Que souhaitez-vous en faire exactement? Et ne me mentez pas, nous sommes dans la maison du Seigneur.»

Le ton un peu péremptoire, Dean trouve soudain le prêtre nettement moins rock'n'roll.

—«Cas en a besoin pour se sentir en sécurité. Il se sent mal dans son corps, mal dans sa maison et cette eau pourrait l'aider.» Le jeune homme plonge ses yeux dans ceux du prêtre. «Il lutte contre le mal. Il lutte fort mais ça ne suffit pas. Cas doit être soutenu.»

—«… La maladie peut prendre des formes qui sont parfois trompeuses. Il peut être plus rassurant de lui donner l'apparence d'une chose que l'on connaît, d'un animal ou d'une personne.»

Dean se mord les joues d'agacement. Être honnête? D'accord. L'homme est prêtre, il a dû en entendre d'autres.

«Tu crois qu'il y a un seul Dieu, tu crois bien; les démons le croient aussi, et ils tremblent.»

—«… Jacques, verset 2:19. Vous connaissez les textes sacrés mais j'apprécie peu que vous parliez de démons. Vous n'êtes pas en mesure –»

—«Nous le sommes», le coupe le châtain. «Je vous l'ai dit, mon frère et moi sommes croyants. Nous savons que le Mal existe et qu'il peut prendre certaines formes. L'eau bénite doit protéger Castiel et sa maison le temps que nous trouvions un moyen de le soulager.»

—«Vous ne pouvez pas vous substituer à un homme de Dieu, ce serait vous attribuer des prérogatives qui vous dépassent», réplique vivement le Père Matthew.

–«Alors venez bénir sa maison. Castiel n'habite pas très loin, nous pourrions vous y conduire et vous ramener en moins d'une heure.»

—«N'y a-t-il pas une église à laquelle s'adresser à côté de son domicile?»

Dean hausse les épaules. Il est persuadé que la prochaine fois que Sam ou lui passeront la porte de Saint Paul Roman Catholic Church, la police les attendra à la sortie pour interpeller les hommes bizarres qui viennent siphonner le bénitier.

Le Père Matthew se lève lentement et les toise avec suspicion. Le châtain lui rend son regard avec arrogance. Il est un peu trop tôt pour qu'un prêtre à l'allure de biker le fasse plier par humilité. Il a vu des démons. Il les a affrontés et les a renvoyés d'où ils n'auraient jamais dû sortir. Il ne pliera pas devant lui, pas plus que devant Philippe-putain-d'enfoiré-Delveau.

—«Il y en a mais vous ne pouvez pas vous y rendre», comprend l'homme. «Je suis désolé mais je ne peux –»

«Ne crains rien car je suis avec toi; ne promène pas des regards inquiets, car je suis ton Dieu; je te fortifie, je viens à ton secours, je te soutiens de ma droite triomphante.»

—«Esaïe, 45: 10. Je connais aussi ce verset mais cela ne change rien. Votre ami n'est pas membre de ma paroisse, je ne peux rien faire.»

Dean se lève à son tour, les poings serrés et les épaules raides. C'est tellement foutrement absurde. Il se mord douloureusement les joues, fouille avidement dans sa mémoire.

«Soyez bien éveillés, car votre ennemi, le diable, rôde comme un lion rugissant, cherchant quelqu'un à dévorer. Résistez-lui en demeurant ferme dans la foi.» [NDA: Pierre, 5.8: 9]

«Soumettez-vous donc à Dieu», Jacques 4: 7», lui répond l'homme du tac-au-tac, ses yeux flamboyant de colère. «Votre ami doit se faire baptiser.»

—«Il n'a pas le temps pour ça! Il a failli mourir hier soir à cause de cette… chose accrochée à lui», s'exclame Dean avec colère.

Le Père Matthew le dévisage avec attention avant de soupirer lourdement.

—«…Vous ne comprenez pas. Vous parlez de démons, je suppose donc qu'il est question d'un exorcisme. Vous devez prendre rendez-vous avec le prêtre de la paroisse de votre ami pour en parler avec lui. Celui-ci décidera ensuite d'en référer au diocèse et au service concerné s'il juge cela pertinent. Il n'est pas non plus en mon pouvoir d'aller bénir une maison aussi éloignée de mon église. … Je suis désolé mais je ne suis pas la personne à laquelle vous auriez dû vous adresser.»

Dean déglutit désagréablement, un goût de cendre dans la bouche.

Il n'attendait rien de particulier de son arrêt dans cette église de Evans City mais une fois encore, savoir que c'est Sam et lui contre le reste du monde est fatiguant. Même si les deux frères sont soutenus par une puissante sorcière vaudou et un chasseur plus expérimenté. Depuis qu'ils sont partis à La Nouvelle-Orléans, le châtain informe Bobby de l'avancée de leurs recherches. Le vieux chasseur ne l'a pas dit explicitement mais cette affaire semble le passionner.

L'espace d'un instant, le châtain se demande s'il pourrait faire venir Bobby à Butler à la vitesse de la lumière. Aux dernières nouvelles, le vieil homme chassait du côté de l'Utah, à plus de trois milles kilomètres de la Pennsylvanie. Cela représente au moins deux jours de voyage en voiture; Bobby partage avec lui son profond dégoût de l'avion et il doit faire des pauses plus fréquentes sur la route. Castiel n'a pas deux jours devant lui.

Le Père Matthew soupire une nouvelle fois. Dean esquisse un geste pour reprendre le pack d'eau – il peut au moins éviter aux frères Winchester l'humiliation de se faire mettre à la porte de la maison de Dieu – mais le prêtre le surprend. Il se penche avant lui et referme ses doigts sur la sangle en plastique.

—«… Je ne suis pas autorisé à faire ce que vous attendez de moi mais je peux au moins bénir cette eau pour vous. Suivez-moi.»

Les deux frères entrent derrière lui dans la sacristie. Les murs sont couverts d'armoires en bois renfermant les vêtements sacerdotaux. De part et d'autre de la fenêtre, des placards fermés de solides serrures en fer conservent les objets précieux du culte liturgique. Le Père Matthew pose le pack d'eau sur une table avant de se diriger vers une petite armoire basse.

—«L'eau consacrée sert aux bénédictions. Elle peut aussi protéger les croyants du mal et nous aider à surmonter ce qui nous effraye ou la maladie. Êtes-vous certain d'en avoir besoin?»

—«Castiel est malade parce que quelque chose le rend malade», grogne Dean en croisant les bras sur son torse.

—«Je préfère ne pas en entendre plus. …Je suppose que vous en avez déjà utilisé, n'est-ce pas? Est-ce que vous connaissez les prières consacrées?»

—«Nous les avons déjà récités plusieurs fois mais cela a toujours été insuffisant», acquiesce Sam.

—«C'est la raison pour laquelle je vais également préparer une eau lustrale. Elle est utilisée pour consacrer les églises et les autels. Elle permet aussi leur réconciliation quand un lieu sacré a été profané. Vous devriez l'utiliser dans la maison de votre ami.»

L'homme leur jette un regard entendu. Dean hésite avant de décroiser les bras et de passer une main dans sa nuque.

—«Nous en avons besoin pour une pièce en particulier. Nous voulons essayer de la condamner le temps de trouver… une solution», avoue-t-il à contrecœur.

—«Je ne veux pas le savoir non plus. Je ne dois rien savoir ou je devrais en référer aux autorités diocésaines. Contentez-vous de prendre ce que je vais vous donner et de n'en parler à personne. Une fois que vous aurez ce que vous êtes venus chercher, je vous demande de ne plus revenir me voir.»

Le châtain acquiesce, il n'en a pas envie non plus.

Dean observe le prêtre sortir un bocal de sel puis un autre rempli de cendre ainsi qu'une fiasque en métal, un calice en argent et une Bible. Le Père Matthew rassemble soigneusement tous les éléments sur la table avant de poser la Bible sur un lutrin. Le châtain s'empresse de déchirer le plastique entourant les bouteilles d'eau et d'en retirer les bouchons. Il se retient de les pousser vers son vis-à-vis pour l'inviter à se presser un peu.

—«Cela va prendre un peu de temps…»

—«Nous préférons rester», s'obstine Dean en croisant à nouveau les bras.

L'homme lève les yeux au plafond mais n'ajoute rien.

Le châtain s'appuie d'une épaule contre le mur sans quitter ses gestes des yeux. C'est très impoli – Sam le lui fait comprendre en lui jetant un regard noir – mais Dean s'en fout.

La voix grave du Père Matthew monte lentement dans la sacristie tandis qu'il récite une prière à saint Michel et mélange les ingrédients dans le vase sacré.

Le châtain ne cille pas. Il ne cligne même pas des yeux.

.

.

Appuyé nonchalamment contre le capot de l'Impala, Dean fronce les sourcils.

Il jette une nouvelle fois un regard à sa montre puis à l'entrée du Butler Memorial Hospital. Treize heures quarante-cinq. Il y a vingt minutes, Castiel lui a écrit un message pour lui dire qu'il quittait sa chambre et signait sa décharge pour quitter l'hôpital. Le brun devrait déjà être là.

Le jeune homme danse d'un pied sur l'autre, un peu nerveux. Ce serait sans doute ridicule d'aller chercher lui-même Castiel à l'accueil, n'est-ce pas?

Assis sur le siège passager, la portière ouverte et ses grandes jambes étendues devant lui, Sam roule des yeux.

—«Tout va bien Dean, il va arriver. Tu lui as bien envoyé un message pour lui dire que nous étions là, non?»

Le châtain marmonne quelque chose d'inintelligible entre ses dents serrées. Il ne peut pas s'empêcher de regarder sa montre encore une fois. Castiel est vraiment en retard.

Dean se tourne légèrement pour cacher de son frère qu'il est en train de composer le numéro du brun. L'appareil sonne longuement dans le vide.

«Votre correspondant n'est pas joignable pour le moment. Vous pouvez laisser un message après le bip sonore.»

Le jeune homme raccroche brusquement, les sourcils froncés. Sam ricane légèrement.

—«Le volume est très fort, je l'entends de là où je suis tu sais…

Dean lui donne un coup de pied dans le tibia.

Une famille passe à côté d'eux pour rejoindre sa voiture. Elle rit, irradie de bonheur et de soulagement tandis qu'elle entoure avec le plus grand soin une petite fille au bras plâtré. Celle-ci tient contre son visage une peluche presque aussi grande qu'elle.

Le châtain esquisse un sourire avant de frotter ses paumes moites sur son jean.

—«… Je vais le chercher.»

—«Dean…»

—«Je vais le chercher. Tu n'as qu'à rester ici à veiller sur Baby, je n'en ai pas pour longtemps.»

— «Il y a probablement juste un peu trop de monde à l'accueil. Regarde le nombre de voitures autour de nous, le parking est presque plein.»

—«Peut-être mais je préfère m'en assurer.»

Dean jette les clés de l'Impala à son frère puis s'éloigne rapidement, slalomant entre les voitures.

—«Tu as oublié les fleurs!», rit Sam dans son dos.

Le châtain lui adresse un geste obscène sans se retourner.

Il s'engouffre dans le hall de l'hôpital.

Castiel n'est pas là.

Le jeune homme s'empresse de gagner la chambre 1046. Le nom de Castiel est toujours écrit sur la plaquette sous le numéro. La porte est ouverte. Dean toque à peine sur le battant avant d'entrer.

—«Cas?»

Personne ne remarque son entrée.

Le Dr. Cox et deux infirmières s'affairent autour du brun, assis sur son lit. Dean sent son sang se glacer dans ses veines.

—«Cas! Est-ce que tu vas bien?!»

Le châtain se précipite vers lui.

Castiel a la tête renversée en arrière, un mouchoir imbibé de sang à la main. Son menton et ses lèvres sont maculés de traces pourpres. Dean croit sentir l'odeur ferreuse et écoeurante.

Le brun cligne des yeux et baisse légèrement la tête pour le voir.

—«Dea…», gargouille-t-il d'une manière un peu humide.

—«Non Mr. Novak, gardez la tête en arrière ou vous allez en mettre partout», le gronde le médecin.

—«Mais ça coule dans ma gorge…»

Dean rit d'un ton étranglé. Ce n'est qu'un saignement de nez. Un saignement de nez impressionnant mais personne n'est jamais mort de ça ou d'une manière tellement marginale qu'il refuse de l'envisager. Tout va bien.

Le châtain contourne le lit et presse gentiment l'épaule de Castiel.

—«Je suis désolé, je suis en retard», souffle le brun en tentant d'attraper son regard.

Il bouge et le Dr. Cox claque sa langue contre son palais d'agacement. Il serre son menton entre deux doigts pour l'obliger à rester immobile.

—«Arrêtez de vous agiter ou je vais vous brûler en cautérisant la plaie», grogne-t-il. «Bon sang, ces saignements de nez intempestifs sont insupportables…»

Castiel croise sagement les mains sur ses cuisses. Il ne cille pas quand le praticien introduit dans son nez une petite tige en inox, d'un diamètre déjà trop gros du point de vue de Dean. Le médecin la retire, reste un long moment devant le brun avant de soupirer.

—«Le saignement semble avoir cessé», dit-il en tendant les ustensiles à l'infirmière à côté de lui. «Je vais vous demander d'être très vigilant pendant les heures qui viennent. Vous avez commencé à saigner du nez de manière très régulière depuis le début de la matinée, il faudra revenir si cela persiste au-delà de la journée. D'accord?»

Dean hoche la tête pour le brun. C'est à lui – le faux compagnon aux pratiques sexuelles extrêmes – de veiller sur Castiel, même si le médecin ne s'adresse pas vraiment à lui.

—«Est-ce qu'il peut sortir?», demande-t-il.

—«Mr. Novak serait déjà dehors s'il n'avait pas recommencé à saigner du nez dans le couloir. Bonne journée messieurs et de la retenue pour les jours à venir. On peut s'aimer de manière moins démonstrative, ça ne signifie pas qu'on s'aime moins.»

Le Dr. Cox leur jette à l'un et à l'autre un regard entendu avant de s'en aller. Le châtain acquiesce et s'affaire à passer la lanière du sac de voyage à son épaule, ses oreilles un peu chaudes. Castiel descend prudemment du lit tout en regardant très attentivement la porte de la salle d'eau, la tête toujours penchée en arrière.

—«J'espère que Sam et toi ne m'attendez pas depuis trop longtemps», dit-il en reniflant légèrement.

Le châtain sourit. Il effleure gentiment sa nuque et le brun baisse lentement la tête, guettant la moindre nouvelle goutte de sang.

—«Nous venions à peine d'arriver. Ne renifle pas ou la cautérisation ne va pas tenir. … Est-ce que tu as vraiment saigné du nez autant que ça?»

—«Cela ne m'arrive jamais d'habitude. J'ai utilisé tout le papier toilette de la salle d'eau pour me débrouiller seul mais j'ai fini par devoir appeler sans cesse les infirmières pour qu'elles m'apportent des compresses. C'était très gênant.»

Dean rit affectueusement et entraîne le brun hors de la chambre.

À l'accueil, il patiente pendant que Castiel signe les papiers de son assurance santé. Le jeune homme continue à renifler discrètement à intervalle régulier et le châtain se retient de rire. C'est étrangement adorable.

Les deux hommes traversent le parking jusqu'à l'Impala. Le brun ne cesse d'effleurer inconsciemment son nez alors Dean touche une nouvelle fois son poignet pour lui suggérer gentiment d'arrêter. Le châtain pose le sac de voyage dans le coffre tandis que Castiel retrace distraitement d'une main les courbes de l'Impala. Dean aime ça.

Le jeune homme s'installe derrière le volant et croise le regard du brun dans le rétroviseur intérieur.

—«Est-ce que tu as réfléchi à l'endroit où tu aimerais déjeuner?», demande-t-il en mettant le contact.

—«… Je n'ai pas très faim, j'ai encore le goût du sang dans la bouche. Nous pouvons aller où vous voulez.»

—«Tu vas retrouver Jessica au Maridon cet après-midi, n'est-ce pas? Nous pouvons trouver un restaurant pas très loin du musée», suggère Sam en se tournant vers lui.

Castiel acquiesce en souriant.

Dean quitte le parking du Butler Memorial Hospital et s'engage sur E Brady Street.

Il ne peut s'empêcher de jeter de petits regards au brun à chaque ralentissement de l'Impala dans la circulation. Ou dès qu'il le peut. Il aime aussi voir le brun assis dans Baby. Ce serait encore mieux s'il était à côté de lui sur le siège passager mais Sam en rirait à gorge déployée. Peu de personnes ont eu ce privilège depuis qu'il conduit l'Impala; souvent les gens qu'il fréquentait un peu sérieusement.

…Non. Ce serait vraiment trop gros.

.

.

Castiel n'a d'appétit que pour les trois quarts d'un hamburger avec cheddar et double steaks mais Dean s'en montre satisfait; il a en plus pu le terminer pour lui. À présent, le brun pioche dans son assiette de frites et lèche, mordille, nettoie distraitement ses doigts couverts d'huile. Dean est toujours stupidement satisfait de voir qu'ils ont commandé la même chose dans la carte pourtant bien fournie de Monroe's. Il aime vraiment ce diner et les tartes de la vitrine réfrigérée à côté du comptoir sont des plus prometteuses. Il a notamment repéré une tarte aux noix de pécan couverte de caramel dont les fruits secs couverts de sirop luisent d'une manière presque sensuelle.

Castiel tourne la tête et observe à son tour la vitrine avec attention. Dean jubile en silence. Ils sont tellement semblables.

—«Est-ce que tu aimerais un dessert?»

—«Peut-être plus tard – je n'ai pas réussi à terminer mon hamburger – mais tu peux commander quelque chose, tu n'es pas obligé de te restreindre pour moi.»

—«Dean ne se restreint jamais pour personne quand il s'agit de tarte», ricane Sam.

Le châtain lui jette un regard noir.

La serveuse vient débarrasser leur table. Tout en se penchant pour faire pigeonner son décolleté, elle le gratifie d'une œillade invitante. C'est ridicule – elle pourrait être sa fille si Dean avait un jour semé ses spermatozoïdes quelque part – alors il lui accorde à peine un regard quand elle roucoule pour lui demander s'il souhaiterait une douceur. «Non merci, vous pouvez apporter l'addition. Oui, je suis sûr. Rien ne me fait particulièrement envie.» Sam s'éclipse aux toilettes en souriant d'un air moqueur.

En tête-à-tête avec Castiel, le châtain continue à le contempler.

Son menton dans sa paume, le brun suit distraitement du regard les allées et venues des clients dans le restaurant. Il sourit doucement, dodeline un peu de la tête aux chansons qui passent sur la radio locale, diffusée par un gros poste de radio posé sur le comptoir.

Dean s'avachit contre le dossier de la banquette. Il est bien.

Castiel commence à fredonner sur la voix de Robbie Williams. Le châtain remarque une petite tache de sauce barbecue à la commissure de ses lèvres, à peine perceptible dans sa barbe de trois jours. Elle ombre les joues du brun d'une manière très sexy. Dean se racle la gorge.

—«Cas, tu as un peu de sauce là.» Le brun frotte sa peau de son pouce et il rit. «Non, pas là. Plus bas.»

Il mime le geste sur son visage. Le brun s'acharne sans succès alors Dean hésite avant de prendre une serviette pour le faire lui-même. Leur serveuse passe au même moment à côté de leur table, inspire brusquement puis tourne les talons d'un air de reine outragée. Le châtain ne lui laissera aucun pourboire. Castiel se fige sous son toucher. Il pourrait prendre la serviette pour le faire lui-même mais il ne bouge pas, le cou un peu rouge. Dean lui adresse un sourire un peu maladroit.

Soudain, il cligne les yeux de surprise.

Le brun renifle doucement mais une petite goutte de sang perle déjà à son nez.

—«Merde. Penche la tête en arrière, Cas.»

Dean contourne la table pour s'installer à côté de lui. Il roule la serviette en boule et la presse contre la narine du brun. Celui-ci gémit doucement.

—«J'en ai assez…»

—«Ouais, je comprends. Une fois, Liam Allen m'a presque cassé le nez pendant un match de hockey sur gazon au lycée. J'ai tellement saigné que Sam a presque tourné de l'œil quand il a quitté les gradins pour venir me voir.»

Même si Castiel tient la serviette, le châtain l'appuie toujours délicatement contre son nez. Ils sont très proches l'un de l'autre, leurs doigts se touchent sur le papier.

Le brun esquisse un sourire avant de grogner de dégoût au goût du sang dans sa gorge.

—«… Est-ce que tu as gagné?»

—«Quoi?»

—«Le match. Est-ce que tu as gagné?»

—«J'ai été sorti à la cinquante deuxième minute. Mon équipe avait trop de retard au score quand je suis revenu sur le terrain mais j'ai fait sensation avec mon maillot taché de sang. On m'a fêté comme une sorte de héros insensible à la douleur et j'ai eu beaucoup de succès jusqu'à la fin du semestre.»

—«J'imagine», souffle doucement Castiel en lui jetant un regard. «Pour quelles raisons as-tu perdu ta soudaine popularité?»

—«Barbara Raynolds s'est faite attraper en train de voler le sujet du cours de littérature des troisièmes années.»

—«Difficile de lutter contre ça.»

Les deux hommes rient.

La tête toujours renversée en arrière, le brun se fatigue alors Dean pose gentiment une main sur sa nuque pour l'aider, ses doigts toujours sur la serviette. Leurs cuisses sont pressées l'une contre l'autre, leurs torses s'effleurent presque. Le châtain songe que Sam pourrait revenir d'un instant à l'autre et les trouver ainsi, presque enlacés à leur table tachée de graisse et de sauce parce que leur serveuse n'a pas passé de coup d'éponge. … Ouais, il y pense très vaguement.

Castiel ferme les yeux, le nez froncé de dégoût au goût ferreux du sang.

—«… J'ai hâte d'aller au Maridon», reprend-il après un court silence. «Je veux m'excuser auprès de Jessica pour la manière dont je me suis comporté ces derniers jours.»

—«Sam dit qu'elle est très enthousiaste à l'idée de parler avec toi de cette future exposition.»

—«C'est un beau projet, je suis flatté qu'elle ait pensé à moi et à ma collection.»

—«Tu ne faisais pas ça quand tu habitais à New York? Tu étais invité à des soirées importantes avec des gens importants dans des musées importants.» Castiel lui jette un regard et Dean sourit d'un air gêné. «J'ai vu les photos qui sont dans le couloir du rez-de-chaussée, celles où tu étais dans ton magasin ou en smoking avec cette femme couverte de diamants. … Est-ce qu'ils étaient vrais?»

—«Tout à fait authentiques. Lady Kingsley m'a dit que la pierre centrale provenait d'un bijou ayant appartenu à la couronne de France.»

—«Est-ce que c'est possible?»

—«Je ne suis pas un expert en joaillerie mais je pense que c'est tout à fait plausible… Ce seul diamant coûte près de 17000 $.»

—«Bordel…»

Castiel rit doucement. Il ferme les yeux, créant de très fines rides à leurs commissures. Dean trouve ça charmant. Il caresse distraitement de son pouce les petits cheveux qui balayent sa nuque. Ce mec est incroyable.

—«Je te promets que tout sera fini quand tu inaugureras l'exposition. Tu iras bien mieux et tu seras renversant dans ton smoking. Ça fera une très belle photo à ajouter sur ta commode», dit-il doucement.

—«… Gabriel nouait toujours mon nœud papillon, il le réussissait beaucoup mieux que moi. Oliver n'était pas trop mauvais non plus mais Gab' était un génie, il pouvait faire une quinzaine de nœuds de cravate différents», murmure Castiel.

Ah.

Dean se mord les joues. Il ne sait pas faire les nœuds papillons. À sa cérémonie de remise de diplôme, Mary avait pré-noué sa cravate pour lui permettre de l'enfiler et de la resserrer simplement autour de son col. Il n'a jamais eu l'occasion non plus de fréquenter une femme portant 17000$ autour de son cou.

—«… Si toi et Sam passez par Butler à ce moment, je suis persuadé que Jessica vous invitera à l'inauguration», souffle le brun.

—«Tu veux dire qu'elle invitera Sam à l'accompagner. Je les vois déjà en train de monter ensemble les escaliers, bras dessus bras dessous; mon frère souriant d'un air idiot…»

—«Il n'y a pas d'escaliers au Maridon Museum, c'est un établissement entièrement accessible aux personnes en fauteuil roulant.»

—«Tu comprends ce que je veux…»

Dean retire la serviette et se penche légèrement pour vérifier l'arrêt du saignement de nez. Castiel rougit légèrement. Le jeune homme esquisse un sourire avant de s'éloigner de lui, sa main quittant aussi la peau et les petits cheveux doux dans sa nuque tandis que le brun renifle doucement.

—«Je comprends ce que tu veux dire et je trouverai ça très bien», acquiesce-t-il. «… Si tu es avec lui, nous pourrions aussi aller à l'inauguration ensemble. Si tu veux. Par expérience, je sais que se présenter à ce genre d'événement seul n'est pas très agréable. Ou tu as peut-être quelqu'un avec qui –»

—«Je n'ai personne. La chasse aux créatures surnaturelles ne laisse pas beaucoup de temps pour ce genre de chose», le coupe maladroitement Dean.

—«… Oui, bien sûr.»

Castiel roule la serviette souillée sur elle-même en une boule incroyablement serrée. Dean pince les lèvres.

—«Je n'ai jamais fait de nœud papillon de ma vie alors tu devras m'apprendre…»

—«Je devrais pouvoir faire ça.»

Le rire et le sourire du brun sont les plus beaux du monde. Dean se dit qu'il doit vraiment faire quelque chose – n'importe quoi – pour lui faire comprendre que même s'il n'y connaît rien en art, qu'il apprécie modérément les musées, il aimerait faire ça avec lui. Le châtain pourrait parler ou se pencher vers lui et l'embrasser enfin pour la première fois. Leur table est dans un angle du restaurant, personne ne fait attention à eux et Sam n'est pas encore revenu des toilettes. Il y pense aussi très brièvement.

Le brun tort distraitement la serviette souillée entre ses doigts.

—«… J'aimerais que nous n'évoquions pas mon hospitalisation devant Jessica, Je ne veux pas l'inquiéter.»

—«Tu pourras gérer ça comme tu l'entends. Sam et moi allons te déposer au Maridon avant de retourner chez toi. Nous reviendrons te chercher quand tu auras fini», répond Dean.

—«Tu ne restes pas?»

Le châtain se mord les joues. C'est déraisonnablement plaisant d'entendre le jeune homme ne parler que de lui et oublier son frère, comme si Dean Winchester était le seul chasseur du monde entier. Ou à peu près.

—«Nous avons fait bénir des litres d'eau dans une église d'Evans City pour toi, Sam et moi avons des choses à faire à Belmont Road. Je préfère m'en occuper pendant que tu seras ailleurs à faire quelque chose que tu aimes», sourit gentiment Dean.

—«Qu'est-ce que vous allez faire?»

—«Nous allons bénir plusieurs fois chaque pièce de la maison. Si tu es d'accord, nous aimerions aussi sceller ta chambre jusqu'à ce qu'on réalise le rituel avec toi.»

Castiel hoche lentement la tête.

—«Est-ce que nous nous allons partager les chambres d'amis?»

—«Elles sont trop proches de ta chambre. L'idéal serait de nous installer en bas.»

—«… Il n'y a pas de chambre au rez-de-chaussée.»

—«Je sais. Est-ce que tu as déjà eu l'occasion de camper dans un salon?», le taquine Dean.

Le brun cligne des yeux d'un air un peu interdit, la tête penchée sur le côté. Bon sang, il est tellement charmant.

—«… Je suis certain que je n'ai rien de ce qu'il faut pour camper où que ce soit.»

—«Laisse-nous gérer ça avec Sam, nous allons nous débrouiller. Je préférerais vraiment que tu ne loges plus à l'étage pour le moment.»

—«… Est-ce que c'est parce qu'il y a l'escalier et les fenêtres? Que je pourrais… tomber?», comprend Castiel et le châtain acquiesce lentement. «Oh.»

Le brun déchire nerveusement la serviette en morceaux de plus en plus petits. Dean les ramasse avant de les poser sur la table.

—«Ce n'est qu'un principe de précaution, Cas.»

—«Mais il y a aussi la porte qui donne sur la rue ou celle du jardin. Je peux me blesser de milliers de manière différente…», déglutit désagréablement Castiel.

—«Nous fermerons toutes les issues et nous cacherons les clés. S'il le faut, nous veillerons à tour de rôle pendant la nuit. Ou nous ferons ensemble le plus grand marathon de The X-Files de tous les temps.»

—«J'adore cette série», sourit timidement le brun.

—«Moi aussi. Tout va bien se passer Cas.»

Dean s'autorise à presser gentiment son genou en guise de réconfort.

Sam se laisse soudain tomber sur la banquette en face d'eux et les deux hommes sursautent. Le châtain croise le regard malicieux de son frère et il lui donne un coup de pied sous la table.

—«J'ai appelé Jessica pendant que vous… discutiez. Elle nous attend», dit-il en posant son portable sur la table.

Dean jette un regard de regret à la vitrine des desserts. Dommage.

—«Le Monroe's fait aussi de la vente à emporter», sourit Castiel.

—«Est-ce que tu veux quelque chose?»

Castiel arrange machinalement le mince foulard enroulé autour de son cou pour cacher les contusions sur sa peau. Il hésite et c'est suffisant pour Dean. Le châtain se lève, son portefeuille à la main.

—«Nous reviendrons plus tard. Je vais payer, les frères Winchester invitent», dit-il en se dirigeant vers la caisse.

Sam entraîne le brun hors du restaurant.

Dean les rejoint à côté de l'Impala. La vue de Castiel à côté de sa voiture bien-aimée est à la fois réconfortante et agréable. C'est aussi plaisant que déposer le brun devant le Maridon Museum, de l'entendre dire «À plus tard» en sortant de l'Impala et leur adresser un petit geste adorable de la main.

À l'entrée du Maridon Museum, Jessica enlace vigoureusement le brun avant de saluer les deux frères. Dean ricane quand la blonde envoie un baiser malicieux à Sam.

Les deux hommes échangent un regard en coin avant de repartir vers Belmont Road. Pour aujourd'hui, ils instaurent une trêve dans leurs taquineries fraternelles. Ils sourient comme des imbéciles heureux avec un béguin de la taille de la Pennsylvanie. Un point partout. Pas de vainqueur.

.

.

—«Le projet d'exposition de Jessica a bien avancé, l'exposition va être remarquable.»

—«Est-ce que vous avez reparlé des pièces de ta collection?», demande Sam avec intérêt.

Castiel opine farouchement tandis qu'il feuillette l'épais classeur posé devant lui.

—«Jessica a une mémoire extraordinaire. Nous avons pu passer en revue presque la quasi-totalité des objets de la maison simplement en nous promenant mentalement dans les pièces.»

—«Tu les connais parfaitement aussi, non?», ajoute Dean.

—«Bien entendu mais Jessica ne les a vu qu'une ou deux fois. C'est vraiment admirable, elle se souvient de tout. Nous avons déjà dressé une liste d'œuvres que je pourrais prêter au Maridon», s'enthousiasme le brun.

Sam sourit avec une fierté ridicule aux éloges adressés à la jeune femme.

Le châtain, lui, se laisse agréablement distraire par la fébrilité de Castiel.

Assis en face de lui sur la même banquette à la même table que celle de leur déjeuner, le brun s'agite tellement qu'il fait couiner le skaï rouge. Couic couic couic, cela ressemble un peu au bruit de semelles mouillés sur du lino. C'est aussi ridicule que mignon. Leurs genoux se heurtent sous la table à chaque mouvement du brun. Il est possible que Dean glisse discrètement sur le bord de la banquette pour que cela arrive un peu plus souvent.

Un peu fébrile, Castiel desserre le foulard enroulé autour de son cou et essuie son front d'un revers de main. L'éclat de ses yeux bleus est un peu fiévreux, ses joues sont rougies mais Dean ne s'inquiète pas. La passion du brun pour son travail le rend encore plus séduisant.

—«J'ai hâte que Jessica me donne à écrire les textes du catalogue. J'ai pris énormément de notes pendant que nous discutions, j'ai beaucoup d'idées», reprend le brun en souriant.

Le jeune homme reclasse avec soin quelques feuilles volantes, couvertes de sa belle écriture appliquée. Il continue à gigoter alors le skaï couine sous ses cuisses et la banquette a un léger balancement de bateau. Le couple installé derrière le brun leur jette en regard agacé. Dean les fusille à son tour d'un coup d'œil. Castiel est heureux, il a le droit d'être bruyant et énervant. Cela le rend charmant.

Le brun contemple longuement la photo d'une figurine en porcelaine, l'incline vers lui pour la lui montrer avant de lui adresser un sourire rayonnant.

—«Ça semble vraiment bien», acquiesce gentiment Dean.

Castiel semble extatique alors peu importe que le châtain ne voit pas l'intérêt de l'influence des porcelaines chinoises importées au XVIIIe siècle sur la production locale européenne. Ou le goût qu'avaient les riches aristocrates de faire peindre des singes en costume sur les murs de leurs boudoirs. Le châtain n'aime pas les singes, un petit capucin l'a mordu un jour quand il visitait le parc zoologique de Kansas City en dernière année d'école primaire.

Le brun referme finalement le classeur, croise les mains dessus avant d'inspirer profondément.

—«Comment s'est passé votre après-midi?», demande-t-il à brûle-pourpoint.

Les deux frères échangent un regard. Ils ont profité de la maison vide pour travailler assidûment sur le rituel donné par Destiny. Ils ont versé tellement d'eau lustrale dans la chambre du brun que Dean se demande si cela ne va pas décolorer le parquet. Sam et lui ont aussi déménagé les matelas des chambres d'amis dans le salon bleu – linge et oreillers compris –, avant de les entourer d'une barrière de sel et d'un cercle protecteur très complexe conseillé par Bobby. La jolie pièce bien meublée est dans un désordre improbable, la moitié du mobilier a été déplacé dans les salons alentours.

Dean se racle légèrement la gorge.

—«… Nous avons aménagé le plus beau campement temporaire possible dans ton salon blanc», tente-t-il.

C'est la vérité et cela élude juste tout le reste. Le châtain ne veut pas évoquer devant Castiel les difficultés qu'ils ont eues à sceller la porte de sa chambre pour Le contenir.

Depuis qu'il est retourné dans la maison de Belmont Road, Dean sait que le moment approche.

—«Est-ce que Carol vous à vous prêter des choses? Ils vont camper à Lake Arthur quand ils y passent le week-end.»

—«Nous n'avons pas pensé à lui demander mais ne t'en fais pas, nous avons trouvé tout ce dont nous avions besoin chez toi. C'est le campement le plus confortable et le plus agréable que tu as jamais vu Cas.»

—«Je n'ai jamais fait de soirée pyjama», répond le brun en haussant les épaules.

—«Eh bien cela te rappellera tes folles soirées étudiantes», rit Dean.

Le jeune homme gigote légèrement sur la banquette. Couic couic couic. Balance, balance, balance.

—«… Je partais toujours quand elles commençaient à devenir trop alcoolisées. Je ramenais Gabriel avec moi pour éviter qu'il fasse des choses qu'il regretterait, comme un concours à boire ou l'envie de s'introduire par effraction au siège des Alpha Kappa Delta. Je n'étais pas un très bon compagnon pour ce type de soirée.»

Dean esquisse un sourire. Imaginer Castiel plus jeune, habillé avec le même pantalon bien repassé et sa chemise bien boutonnée est plutôt suggestive pour lui. Le châtain a eu une scolarité un peu plus délurée quand il était étudiant. Son cursus lui laissait beaucoup de temps libre et Dean est un homme qui a horreur de l'ennui. Pendant trois ans, il est toujours parvenu à s'occuper très agréablement entre deux cours.

Il se racle la gorge pour éviter d'étudier plus en profondeur un scénario cliché dans lequel l'étudiant populaire tombe amoureux d'un garçon sérieux au détour d'un rayonnage de la bibliothèque du campus. C'est cliché mais ça a l'air bon. Dean a rencontré un de ces meilleurs coups de deuxième à la bibliothèque universitaire.

—«Je faisais la même chose quand j'étudiais à Stanford», sourit Sam. «Il y avait tellement de pression que la plupart des étudiants couraient toutes les fêtes possibles et imaginables en fin de semaine. Je préférais boire modérément avec mes amis et réviser beaucoup dans ma chambre.»

—«J'ai vraiment de la peine pour toi Sammy», soupire exagérément Dean.

—«Je me suis au moins épargné la honte de voir maman me donner plusieurs boîtes de préservatifs tandis que papa me racontait une nouvelle fois toute La Chose par le menu. Tu ne te souviens pas? C'est arrivé à la fin des vacances d'été juste avant que tu n'entres à l'université», persifle son frère en lui jetant un regard noir.

Bordel, le sale petit… Dean tente de lui donner un coup de pied sous la table par vengeance mais Sam s'est déjà éloigné.

—«… C'est Gabriel qui m'a offert ma première boîte de préservatifs», dit distraitement Castiel en regardant par la vitrine. «Il avait noué un ruban rouge autour et il avait aussi acheté un livre sur le sexe gay. … Quand on rentrait de soirées après avoir un peu bu, on l'ouvrait parfois pour le lire. Gab' avait fait des fiches pratiques avec des schémas pour rire. Quand j'ai eu un rendez-vous sérieux avec cet étudiant en cursus de langue, il les a glissés dans la poche de ma veste. Elles sont tombées quand j'ai sorti mon portefeuille pour payer nos cafés. Paul les a ramassées pour me les rendre.»

Dean a connu un Paul quand il était au lycée, un petit con prétentieux dont il enviait les baskets de marque. Il décide soudain que tous les Paul sont de petits cons prétentieux.

—«… Est-ce que ça l'a fait fuir?», demande-t-il en se raclant la gorge.

—«Non. Il a éclaté de rire en disant qu'il savait ce que c'était, qu'il était le cadet d'une fratrie de quatre garçons. Nous nous sommes sortis ensemble pendant sept mois, j'ai passé des nuits merveilleuses avec lui et grâce à la carte n° 32. Je l'appréciais beaucoup.»

Ah. Quel est exactement le sujet de la carte n° 32? Et c'est une longue période quand on est à l'université, Dean pense que ça ne lui est jamais arrivé. Bordel, tous les Paul sont de sales petits cons prétentieux.

Le châtain fronce les sourcils et se lève, les deux mains sur la table.

—«Je vais aux toilettes», marmonne-t-il.

—«Qu'est-ce que tu veux manger comme tarte si la serveuse vient prendre la commande»?, demande Sam.

Le jeune homme jette un œil à la vitrine réfrigérée pour laquelle ils sont revenus. Il balaye rapidement les plats de présentation, les montagnes de crème fouettée et les garnitures. Il n'y a pas de cerise, Dean a presque le superpouvoir de les repérer au premier regard.

—«Demande la plus sucrée qu'ils ont. Et prends ce que tu veux Cas, c'est encore la maison Winchester qui régale.»

Le brun hoche la tête, un sourire gourmand aux lèvres.

Quand Dean retourne à la table, Castiel joue du bout de sa fourchette avec un morceau de pâte. Sa propre part est énorme et il soupçonne son frère d'avoir demandé un supplément de crème fouettée. Parfois, Sammy est un gentil petit frère.

—«Je t'attendais pour commencer. Sam a seulement commandé un café», sourit le brun en montrant son assiette.

Dean se glisse sur la banquette en face du brun. Il fait cogner doucement sa fourchette contre la sienne en guise de remerciement et s'attaque avec enthousiasme au dessert. Le bel appétit de Castiel fait aussi plaisir à voir.

Ils continuent à discuter ensemble de l'exposition et le châtain finit par trouver un peu d'intérêt aux porcelaines allemandes et aux motifs des robes du XVIIIe siècle. Il commence même à se projeter sérieusement à cette inauguration avec Castiel, portant comme lui un smoking et un nœud papillon. Mary serait heureuse de voir une photo de cette soirée.

Le châtain achève sa part de tarte d'une bouchée et s'attaque à celle du brun quand celui-ci lui confirme qu'il ne peut plus rien avaler. Le Monroe's est son nouveau restaurant préféré à Butler.

Castiel étouffe un bâillement dans le creux de son coude. Il passe une main sur son visage puis sur sa nuque, papillonne un peu des yeux. Dean lèche son doigt couvert de crème.

—«Est-ce que ça va Cas?»

—«Je suis un peu fatigué», avoue le brun d'un air contrit.

—«La nuit a été courte. Est-ce que tu veux rentrer?»

—«… Je ne veux pas partir.»

Il se redresse, tente de retrouver une contenance mais ses yeux bleus sont déjà plein de sommeil.

Dean sourit tendrement. Il dégage la table devant lui et nettoie les éventuelles salissures d'un coup de serviette.

—«Ferme les yeux si tu veux. Le restaurant est vide, nous pouvons rester autant que tu le désires», propose-t-il.

—«Je ne vais pas m'endormir ici, Dean», proteste Castiel.

—«Eh bien installe-le-toi confortablement au moins. Sam va te laisser plus de place, n'est-ce pas Sammy?»

Son frère roule des yeux. Assis du côté de la fenêtre, le blond se contorsionne pour passer devant Castiel et s'asseoir à côté de son frère. Dean se lève pour lui permettre de s'installer à nouveau au fond de la banquette, il veut rester en face de Castiel.

—«Tu te comportes comme un adolescent, Dean.», chuchote Sam devant lui.

Le châtain sent ses oreilles chauffer et il pousse son frère pour le faire se dépêcher.

Castiel lutte vaillamment mais commence rapidement à dodeliner de la tête. Il finit par croiser ses bras sur la table pour s'installer confortablement. Le col de son trench rebique dans son cou alors Dean l'arrange pour lui, effleurant doucement la peau chaude de son pouce. Le brun soupire de la plus adorable des manières. Ça vrille quelque chose dans ses reins.

—«Tu me donnes envie de rire Dean et c'est vraiment difficile de ne pas le faire», se moque discrètement Sam en buvant une gorgée de café.

—«La ferme Sammy. Je n'ai rien dit sur le baiser de Jessica quand on a déposé Cas au musée.»

—«Tu es jaloux parce qu'elle a plus de courage que toi. Est-ce que tu as vraiment besoin que moi, ton petit frère, je t'explique comment embrasser pour la première fois?»

Dean rougit et lui donne un rude coup de coude dans les côtes. Le brun ne les a pas entendus, il s'est assoupi, la tête posée au creux de ses bras.

Leur serveuse – la jeune femme de service pendant le déjeuner est partie et c'est tant mieux, l'homophobie donne mauvais goût aux tartes – vient débarrasser leurs assiettes sales.

—«Votre ami a l'air d'avoir besoin de se reposer mais vous ne pouvez pas rester ici si vous ne consommez pas», dit-elle d'une voix gênée.

—«Mon frère boit encore son café.»

—«C'est bien essayé mais il a presque fini. Ça ne me fait pas plus plaisir qu'à vous vous savez, c'est le patron qui m'envoie…»

Marianna – c'est le prénom inscrit sur son badge en plastique – jette un regard par-dessus son épaule. Derrière le comptoir, un homme sec aux épais sourcils broussailleux les observe d'un air peu amène.

Dean étudie à nouveau la vitrine des desserts. Il y a trois étagères, six plats par niveau. C'est ambitieux mais Castiel dort si gentiment, sans faire de bruit…

—«Est-ce que vous pouvez m'apporter une part de tarte aux pommes ?», demande-t-il avec un sourire charmant.

—«Ça ne fait que retarder l'inévitable…»

—«Vous avez beaucoup de tartes différentes.»

La serveuse hausse un sourcil avant de rire. Une minute plus tard, Marianna pose une assiette devant lui et lui souhaite un bon appétit avec malice.

—«Tu comptes réellement manger une part de chaque tarte de la vitrine pour qu'on puisse rester ici?», demande Sam d'un ton un peu incrédule.

—«Cas se sent bien ici et il ne veut pas rentrer à Belmont Road.»

—«… Tu vas te rendre malade.»

—«Il ne s'agit que de pâtisseries, pas d'un concours de mangeur de piment. Je vais y arriver», marmotte Dean en roulant des yeux.

Sam esquisse un sourire dans son gobelet en carton.

—«Castiel devrait t'épouser. Il ne connaît probablement pas beaucoup de gens prêts à risquer l'indigestion pour lui permettre de dormir à son aise dans un diner à moitié vide.»

Le châtain entame sa part de tarte d'un geste plein de défi. Il tente habilement de faire durer sa dégustation le plus longtemps mais le patron du restaurant lui jette un regard noir. Dean soupire et se met à manger à un rythme plus soutenu. À la troisième assiette, son frère demande une fourchette supplémentaire pour lui venir en aide. Sam a toujours détesté le gaspillage.

Deux heures plus tard, le châtain pense qu'il ne pourra plus jamais manger de tarte de sa vie. Une sueur un peu maladive marbre ses tempes, il a des bouffées de chaleur et son estomac danse un rock'n roll acrobatique en solo. Nouveau saut périlleux. En arrière. À plusieurs vrilles. Dean se demande s'il est anatomiquement possible que son ventre remonte dans sa cage thoracique pour essayer un jive avec son cœur. Il a une atroce la nausée.

—«Tu n'as pas l'air d'aller très bien Dean.»

Le châtain adresse un sourire grimaçant à Castiel.

Le jeune homme est en train de se frotter les yeux, encore gros de sommeil. Ses cheveux sont adorablement aplatis du côté droit de son crâne, là où il s'appuyait sur ses bras croisés. C'est très mignon mais Dean ne se sent plus la force de tendre le bras pour le recoiffer, trop distrait par ses hauts le cœur.

Le brun plisse légèrement les yeux.

—«Tu es un peu pâle, tu fais peut-être de l'hypoglycémie. Est-ce que tu veux manger quelque chose?»

À côté de lui, Sam tente de contenir le rire hystérique qui roule sur sa langue, l'enfoiré incapable de compassion. Dean porte une main à sa bouche pour étouffer discrètement un petit rot. Merde, même ses éructations ont le goût de crème et de fruits. Il va peut-être vomir finalement. Ça semble même très réjouissant, il est certain qu'il se sentirait nettement mieux après.

—«Dean?»

—«Ça va Cas. Est-ce que tu veux rentrer à la maison maintenant?», croasse le châtain.

Castiel pince les lèvres et jette un regard par la vitrine. Le jour est en train de tomber lentement, le ciel a des teintes pastel rose et orange. Dean préfère ne pas penser au temps qu'il a passé deux heures à manger des tartes pour les beaux yeux fermés du brun; c'est dangereux.

Le mot tarte est dangereux.

Penser tarte est dangereux.

Castiel se lève lentement, le châtain lui emboîte le pas en tanguant un peu. Il s'accoude lourdement au comptoir et sort son portefeuille. Le patron l'encaisse et, stupéfait par ce qu'il a réussi à engloutir, fait un geste significatif sur l'addition. Dean le remercie d'un sourire un peu crispé.

—«Vous auriez pu boire du café vous savez, ça vous aurait évité l'indigestion», dit-il en encaissant ses billets.

—«… Je n'y ai pas pensé.»

—«Vous auriez dû parce que vous avez vraiment une sale tête.» L'homme referme la caisse enregistreuse et lui sourit. «Bonne soirée et au plaisir de vous revoir.»

Le châtain grommelle quelques mots entre ses dents serrées.

Derrière lui, Sam rire bruyamment et chuchote quelque chose à Castiel dont les sourcils sont froncés par l'inquiétude. Dean les rejoint, le cœur toujours au bord des lèvres et un long ticket de caisse dépassant de son portefeuille. Le brun le regarde avec ce qui ressemble à de l'admiration et c'est ridicule parce qu'il ne s'agit que de tartes. Dean pince les lèvres. Merde, il y a pensé et son estomac danse, danse, danse…

—«Merci Dean», souffle le brun d'un air incrédule.

—«Je t'en prie.»

Le châtain lui tient la porte du diner et la lâche opportunément devant son frère qui manque de la prendre sur le nez. Sam continue à s'esclaffer tandis qu'ils se dirigent vers l'Impala.

—«J'ai envoyé un message à maman, elle te dit de prendre du bicarbonate de sodium pour tes maux d'estomac», dit son cadet, les yeux brillant de larmes d'hilarité.

—«Tu es un connard Sam. … Prends les clés, tu conduis.»

Son frère rit tellement fort que Dean se demande avec agacement s'ils vont enfin pouvoir quitter le parking. Il se laisse tomber sur le siège passager. Le mouvement imprime une infime houle aux suspensions sensibles de l'Impala, le châtain serre les dents et essuie son front moite de sueur d'une main. Il a hâte de rentrer et de s'allonger quelque part – n'importe où – pour se sentir un peu moins mal.

Le cuir de la banquette arrière grince doucement. Castiel s'approche de lui, les mains accrochées au dossier de son siège.

—«Je pense que j'ai des comprimés contre la digestion difficile à la maison si tu veux », souffle-t-il d'une voix un peu gênée.

Son haleine est chaude sur son oreille, caressante. Agréablement chatouillé, Dean esquisse un sourire. Il tâtonne derrière lui et tapote sa main de la sienne.

—«Merci Cas, on en reparle quand on est arrivé.»

Ils croisent le regard de l'autre dans le rétroviseur central et échangent un sourire.

—«Il y a une pharmacie sur N Main Street, nous allons passer devant…»

—«Ferme-la, Sam.»