Hello, la compagnie ! Joyeux Noël à J+3 !

Merci à , Psufix et manoa-bella pour vos reviews. Ca me fait troooop plaisir.

Vous avez été beaucoup à demander le chapitre entre les fêtes, donc le voici ! J'avais prévu un petit chapitre bonus, mais je n'ai pas du tout eu le temps de l'écrire (pas du tout eu le temps d'écrire tout court d'ailleurs...).

Pour ce chapitre et le suivant, je me suis beaucoup inspirée des idées de la Fanfiction : Harry Potter, Tome 7 ¾ d'Alixe que je vous conseille. Son travail est exceptionnel et la Fanfiction est un régal, une vraie suite.

CW : Deuil, chagrin, troubles psychologiques de type processus dissociatif et de type anhédonie. Prenez soin de vous. Comme toujours, je reste disponible en mp ici ou sur Instagram si besoin. (coeur)

Bonne lecture !


CHAPITRE 17 – La cascade aux souvenirs

Wish I could, I could've say goodbye

I would've said what I wanted to

Maybe even cried for you

If I knew, it would be the last time

I would've broke my heart in two

Tryin' to save a part of you.

Lady Gaga – I'll never love again

Le lendemain, Violet enfila la robe de sorcière aux tons foncés qu'Olivier lui avait sortie. Sa main frôla la brosse, mais ne la saisit pas. La brosse tomba au sol, ce qui alerta Olivier. Il accourut et l'analysa:

— Ça va?

— Oui, répondit-elle presque inaudible. Elle m'a échappée des mains.

Elle s'agenouilla pour ramasser l'objet. Olivier fut plus rapide. Il était déjà derrière elle, la brosse dans les mains. Il passa la brosse dans ses cheveux, avec douceur. Il réussit à dompter ses boucles mieux qu'elle.

— Tu veux les accrocher?

— Non.

Les doigts d'Olivier glissèrent sur ses épaules. Il positionna ses cheveux sur ses clavicule. Un long rideau de boucles blondes cacha son visage. Violet paraitrait peut-être inaperçue, elle ne voulait voir personne.

George les attendait devant la cheminée, le menton contre son torse. Depuis deux jours, il était très souvent chez eux. Violet ne pouvait s'en plaindre. La présence de George lui était chère. Il disparut dans les flammes de la cheminée pour affronter ce qui serait une dure journée, d'après Olivier.

Fixant l'âtre de la cheminée, Violet pressa la main d'Olivier dans la sienne. Elle ne voulait pas le quitter. Il la guida pour l'inviter à se placer. Elle ne voulait pas le quitter. Elle prit une poignée de poudre de cheminette. Elle ne voulait pas le quitter.

— Tu ne me lâcheras pas? demanda-t-elle en observant le sol poussiéreux.

— Jamais, ma Violet. Jamais.

Elle voulait le croire. Violet ne voulait pas le quitter, mais elle n'avait pas le choix. Elle disparut à son tour et atterrit à la gare de Pré-au-Lard. Il y avait foule. Des bruits dans tous les sens. Des bousculades. Beaucoup trop de monde. De terribles vagues de personnes allaient la noyer. George lui prit la main. Il était là. Elle ne se noierait pas. Pas maintenant. Olivier apparut et il récupéra sa main. Elle avait eu raison de le croire.

Tous les trois traversèrent la foule. Violet éclipsa, inconsciemment, les sanglots qui les entouraient, les accolades de soutien et les chuchotements à son égard. Elle se contentait de suivre Olivier et George. Elle posa ses yeux sur les pavés tordus de Pré-au-Lard, ces pavés qu'elle connaissait par cœur.

— Oh Merlin…

La voix d'Olivier l'attira. Violet releva la tête. Elle regretta.

Près des berges du lac étaient disposées ce qui ressemblaient à des tables en marbre blanc? mais Violet comprit que ce n'étaient pas de simples tables. Il s'agissait des dépouilles de toutes les victimes de cette terrible nuit. George se figea aussi devant cette abattante scène. Il blanchissait à chaque seconde, de plus en plus affligé.

Un douloureux mal de ventre s'implanta dans Violet, elle s'aperçut alors des chagrins autour d'elle. Elle empoigna la main d'Olivier et serra celle de George qui eut un mouvement de recul, la surprise probablement.

— On ne devrait pas rester là, dit-elle sans voix.

Ils se créèrent un passage parmi les personnes qui s'arrêtaient, choquées par cette funeste vue. Ils ne s'arrêtèrent pas. Ils n'avaient pas la force d'adresser leur soutien. Ils en étaient déjà peu capables pour eux-mêmes.

— MAMAN! PAPA! C'EST ELLE! cria une petite voix fluette. VENEZ!

La voix était plus proche, mêlée à d'autres, plus mûres. Les propriétaires se plantèrent devant eux. Violet eut à peine le courage de lever la tête. Elle n'en eut pas besoin. La jeune fille était assez petite. Violet reconnut les cheveux coupés en carré, plus blonds maintenant qu'ils étaient dépoussiérés. De grands yeux bleus l'observaient. Ils faiblirent en intensité quand ils identifièrent la tristesse dans les siens.

Prunille, la Gryffondor de la nuit que tous préféraient oublier.

— Bonjour, Violet! la salua Prunille plus calmement.

Violet se contenta de la fixer.

— Prunille ne fait que nous parler de vous, enchaîna monsieur Gardner. Nous tenions à vous remercier.

— Sans vous, nous ne pouvons imaginer ce qui serait advenu à notre fille. Merci beaucoup, merci, reprit madame Gardner.

— C'est normal, répondit Violet.

— Que Merlin prenne soin de vous. Allez viens, Prune. Miss Lupin a besoin de calme.

— Encore merci, Violet! s'exclama Prunille avant de partir avec ses parents.

— Lee vous expliquera, murmura Violet avant qu'ils ne posent une question.

Des centaines de chaises se présentaient à eux. Placées pour recevoir chaque personne qui souhaitait rendre hommage à ceux qui avaient donné leur vie pour un meilleur futur. Perdus au milieu des allées, ils restèrent plantés, où devaient-ils aller?

Une voix criarde les interpela. Celle-ci, Violet aurait plus que tout aimé ne jamais l'entendre.

— Violet Lupin, ou devrais-je dire Elizabeth Potter. Avez-vous quelques minutes pour répondre à mes questions? Comment avez-vous vécu les années de gloire de Harry Potter alors que vous n'étiez qu'une ombre ? Comment supportez-vous la célébrité de votre frère, bien différente de la vôtre? Après avoir été un fantôme du passé, comment gérez-vous cette mise en lumière?

Violet ne répondra à aucune de vos questions, Skeeter, répondit sèchement Olivier en insistant bien sur le «Violet».

— Et bien, vous pouvez le faire à sa place! se réjouit Rita Skeeter. Olivier Dubois, étiez-vous au courant de l'identité d'Elizabeth Potter? Cette révélation a-t-elle eu un impact sur votre couple? Vous êtes décrit comme un garçon discret, mais être un célèbre joueur de Quidditch en couple avec une des meilleures poursuiveuses du pays et désormais une des héros de cette guerre, je ne trouve pas cela très discret? Un petit complexe, peut-être?

— Violet ne répondra à aucune de vos questions ET je ne répondrai à aucune de vos questions, se corrigea Olivier ce qui agaça Skeeter.

La plume de Skeeter s'arrêta, attendant de nouvelles directives. Les yeux de Skeeter se posèrent sur George. Violet ferma les yeux. Elle ne souhaitant pas voir ce qu'elle ferait subir à son meilleur ami.

— George Weasley…

— RITA SKEETER!

— Harry Potter! Le frère et la sœur réunis! jubila Skeeter. Mais que vois-je? Quel adorable bébé! Elizabeth Potter, maintenant cet enfant. La lignée des Potter est moins éteinte que l'on ne l'imaginait il y encore quelques temps!

— Premièrement, grogna Harry, ce n'est pas un Potter. Allez interviewez ses parents, ils sont juste là!

Harry désigna les tables de marbre et Violet perdit un peu plus d'elle. Ses jambes flageolèrent, Olivier la rattrapa et la serra contre lui. Il ne la lâchait pas.

— Cela ne devrait pas poser de problèmes, puisque tous vos articles portent sur des mensonges! Deuxièmement, laissez ma famille en paix! Je ne veux plus jamais vous voir vous adresser à Violet, à Violet, à moi, à n'importe quel de nos amis. Personne ne répondra à vos questions.

— Sinon quoi, Potter? siffla Skeeter.

— Scarabée et Azkaban, prononça Harry.

Violet ne comprenait rien. Rita Skeeter grimaça et s'avoua vaincue. D'une démarche peu gracieuse, elle partit à la recherche de nouvelles victimes. Violet focalisa toute son attention sur Teddy. Harry l'a dit, Teddy n'avait plus de parents lui aussi.

Son petit frère quitta les bras d'Harry et trouva ceux d'Hermione. Son autre frère profita de ses bras libres pour l'envelopper, elle. Violet en perdit les mains d'Olivier et de George, elle recula d'un pas. Souffle coupé. Crispation. Paniquée. Olivier lui rattrapa son poignet. Ses doigts s'enroulèrent autour d'elle.

Il était là. Il ne la lâchait pas. Il était là.

— Comment vas-tu?demanda Harry et elle réalisa qu'elle ne l'avait pas vu depuis qu'elle avait quitté Poudlard.

En guise de réponse, Violet baissa les yeux et haussa les épaules. Elle n'allait pas mal. Elle allait, tout simplement. Elle était juste là. Elle ne ressentait rien. Ses pensées étaient le néant. Comme tout son être.

Elle allait.

Le bras d'Olivier trouva sa taille et George ses épaules. Ils la ramenaient sur Terre. Elle s'était envolée elle ne savait où. Ça arrivait de plus en plus souvent. Harry, Ron et Hermione les quittèrent. Olivier, George et elle avancèrent vers les premiers rangs.

La voix de la professeure Chourave leur proposa une allée. Une main se posa sur l'épaule de Violet, elle ne releva pas la tête.

Seule une petite voix eut le mérite d'avoir son attention et elle n'eut pas à lever la tête.

— Miss Lupin, je n'ai pas eu le temps de vous adresser toutes mes condoléances, dit le professeur Flitwick.

— A vous aussi, répondit Violet.

Silence. Seul le brouhaha autour d'eux animait leur conversation. Silence.

— Même si vous n'êtes plus à Poudlard, la porte de mon bureau vous est toujours ouverte, poursuivit le professeur Flitwick, déstabilisé. N'hésitez pas à venir si vous le désirez, je serai toujours présent. Prenez soin de vous, miss Lupin. Vous en aurez besoin.

— J'ai apporté la Coupe à Serdaigle, Professeur, ajouta-t-elle avec monotonie.

— Pardon?

Olivier chuchota des mots à George. Elle ne les distingua pas.

— Vous aviez dit qu'un jour je rapporterai la Coupe à ma maison, je l'ai fait. Je l'ai apporté à Serdaigle.

L'obscurité flottait sur elle. Le professeur Flitwick s'évaporait devant elle. Elle n'entendit pas la voix du Professeur Flitwick. Il était parti. Elle avança d'un pas. Deux pas. Trois. Un peu sur le côté, car George la poussait.

— Je ne pensais pas que…

Le Professeur Flitwick n'était pas parti.

—Vous l'avez fait, miss Lupin, reformula le Professeur. Serdaigle avait beaucoup de chance de vous avoir dans sa maison. Vous êtes aussi exceptionnelle que vos parents… Mais… Ne vous perdez pas, miss Lupin. Faites attention à vous, je vous en prie.

Elle avait entendu les mots. Il n'y avait aucun sens. Elle avança et trouva sa chaise. Elle allait pouvoir s'asseoir. Personne d'autre ne viendrait lui parler. Violet ne savait plus quoi répondre. Elle perdait ses mots. Elle les avalait.

Elle était très proche de la chaise qu'Olivier lui désignait, mais une tornade arriva sur eux. La tornade se jeta dans ses bras. Elle avait des cheveux noirs aussi noir que le charbon, mais c'était impossible. Erine… Elle l'avait vue. C'était impossible.

Deux yeux bleus se découvrirent. Ce n'était pas Erine. C'était Holly. Violet l'avait oubliée, comme beaucoup d'autres choses. Elle la serra dans ses bras. Holly le méritait.

— J'étais avec Léo et Luna, j'ai croisé les parents de Colin et je leur ai parlé, débita Holly. Emilia est arrivée un peu après. Et j'ai croisé Harry, Hermione et Ron. Et ils m'ont dit qu'ils vous avaient vus. Je suis contente de vous voir.

— Vos parents ne sont pas là? l'interrogea Olivier.

Il pouvait dire tes, maintenant. Personne ne lui fit remarquer.

— Non…, baissa les yeux Holly. Ils… Ils ne veulent plus entendre parler de magie… Je… Bref, je devais venir, moi.

— Ils ont eu raison.

Les mots avaient franchi la barrière de ses lèvres et Violet ne savait comment. Ce n'était pas elle. Elle n'en avait pas le contrôle. Une autre personne parlait à sa place, en utilisant son corps. Elle savait, car ses cordes vocales avaient vibré.

— Je… Je peux rester avec vous? demanda Holly, les yeux fixés sur elle. Je crois que Leo et Emilia vont arriver. Luna était avec son père et Ginny… Ginny… S'il vous plaît?

— Bien sûr, Holly, accepta Olivier en lui souriant. Tiens, George, prends ma place.

Olivier et George se croisèrent devant Violet et Holly passa derrière Olivier. Ils s'assirent. Violet se laissa tomber sur sa chaise. Elle ne l'avait pas pensée si basse. Olivier et George avaient repris ses mains.

Elle attendait, les yeux rivés sur l'herbe verte de Poudlard.

Comme depuis deux jours, ses pensées s'éteignirent. Son corps aussi.

Tout était noir. Tout était silencieux. Tout était en pause.

Rien.

Une caresse la réveilla. Il lui était de plus en plus difficile de s'échapper seule. La caresse était sur sa joue et provenait d'Olivier. Sa peau était plus blanche que d'habitude et elle ne pouvait plus lire son regard.

Elle voyait simplement. Tout comme elle voyait Holly la scruter un sourcil froncé.

Autour d'eux, tous les sièges étaient comblés. Emilia et Leo avaient rejoint Holly. Luna et son père juste à côté d'eux. Les Weasley avaient choisi la rangée devant eux. Violet reconnaissait les voix derrière eux. Sebastian et Ruth étaient aussi là.

Combien de temps était-elle partie?

Ça durait de plus en plus longtemps.

Un jour elle ne reviendrait jamais.

Plus jamais.

Elle aurait disparu.

Elle aussi.

Olivier effleura sa joue s'assurant qu'elle était toujours là.

— Ça commence.

Il tourna la tête vers l'estrade où un pupitre avait été dressé. La professeure McGonagall s'y tenait et Kingsley Shacklebolt s'avançait pour prendre la parole.

— L'année écoulée a été éprouvante pour nous tous.

Mais la légèreté l'envahit à nouveau.

Les mots s'essoufflèrent à mesure qu'ils s'approchaient d'elle.

Kingsley et la professeure McGonagall devinrent flous jusqu'à disparaître.

Les personnes autour d'elle n'étaient plus là.

Elle ne sentait plus la main d'Olivier. Ni celle de George.

C'était elle et le néant.

Plus personne.

Plus aucun bruit.

Plus aucune sensation.

Un mouvement dans son esprit.

Elle tourbillonna.

Elle fut bousculée dans ce vide incontrôlable.

Violet retrouva la vue. Kingsley était toujours debout à s'exprimer.

Elle retrouva le toucher. George avait relâché sa main, mais leurs doigts s'effleuraient. Olivier avait déplacé leurs mains. Ils les tenaient de son autre main. C'était ça qu'elle avait senti.

Elle retrouva l'ouïe. La voix grave de Kingsley percuta son visage.

— Aujourd'hui, nous pleurons ceux qui ont donné leur vie lors de la Bataille de Poudlard et tous ceux qui ont été assassinés cette année. Nous pensons à tous nos blessés. Aucun d'eux ne se sera battu pour rien. Dès demain, nous apprendrons de cette guerre. Nous bâtirons un monde meilleur…

— Ça va, ma Violet? demanda Olivier.

Elle hocha la tête.

—Oublions la peur et l'oppression, mais n'oublions jamais ceux qui nous ont quitté. Jamais, il n'y aura meilleur hommage que vivre ce pour quoi ils se sont battus, termina Kingsley.

Il salua l'assemblée et recula. La professeure McGonagall prit sa place. Violet la reconnut, pourtant elle paraissait plus fragile que sa professeure de Poudlard.

— Merci, dit la Professeure McGonagall. Maintenant, je vais vous citer le nom de chaque disparu. Chaque nom est un souvenir pour moi, j'ai connu chacune de ces personnes, dont certaines que j'ai vu grandir, ici, à Poudlard. J'admire ces personnes, je suis fière d'eux. Je suis aussi particulièrement émue par la tristesse. Que chacun de ces noms demeurent à jamais dans nos mémoires.

Ce fut une énumération de prénoms et de noms. Il y en avait beaucoup. Enormément.

Un élément que Violet n'avait pas remarqué jusqu'alors lui tapa dans l'œil et eut l'impact de la faire parler:

— Qu'y a-t-il derrière Kingsley et la professeure McGonagall? demanda-t-elle. Ça bouge.

— Il y a eu beaucoup de discussions hier à Poudlard entre les Professeurs, membres du Ministères et participants à la reconstruction, chuchota Olivier à son oreille pour ne pas perturber le déroulement de la cérémonie. Ils souhaitaient un monument pour rendre hommage aux personnes tombées lors de cette guerre. Plusieurs idées ont été énoncées. Il a été retenu cette cascade aux souvenirs. La professeure Chourave, le professeur Flitwick et des membres du Ministère ont travaillé avec acharnement pour qu'elle soit terminée d'être construite.

«Si j'ai bien compris, il s'agit d'une fontaine. L'eau naît du phénix en pierre, s'écoule dans le bassin. A chaque nom donné par la professeure McGonagall, le sortilège créé par Flitwick prend vie. Il inscrit la photo de cette personne dans la cascade. Au toucher, elle plonge dans le bassin et nous retrouvons leur date de naissance et…

— C'est horrible, le coupa Violet.

— C'est un devoir de mémoire, répondit Olivier. Une manière de se souvenir.

— Comme s'il était possible d'oublier.

Il ne répondit pas. Le pouce d'Olivier caressa sa main.

Elle resta présente. Son cerveau se figeait sur chaque nom qui avait était une partie de sa vie.

— Crivey Colin : Tombé pour libérer Poudlard.

Elève de Gryffondor. Photographe lors du tournoi amical. Ami d'Holly. Des reniflements se firent entendre au bout de la rangée.

— Green Erine: Tombée pour libérer Poudlard.

Sa meilleure amie. Celle d'Olivier. Fiancée de George. Sœur d'Holly. Future Guérisseuse. Future chercheuse pour un remède contre la lycanthropie. La tête de George tomba contre son torse. La main de Ruth passa dans le dos d'Olivier qui ne cillait pas. Holly s'effondra. Olivier se tourna vers elle pour poser son bras sur ses épaules.

— Lupin Remus : Tombé pour libérer Poudlard.

Son père. Père de Teddy. Son père. Son protecteur. Son père. Olivier la regarda. Elle fixa un peu plus la professeure McGonagall.

L'absence ne venait pas.

Pourquoi ne venait-elle pas?

Elle entendait et voyait tout.

Les Weasley se tournèrent vers elle.

POURQUOI NE VENAIT-ELLE PAS?

— Lupin Nymphadora : Tombée pour libérer Poudlard.

Femme de son père. Mère de Teddy. Une amie. Les regards s'étaient détachés d'elle.

Tonks. Andromeda. Ted. Où étaient-ils? Teddy. Elle avait vu Teddy.

— Où est Teddy?

— Avec Harry et Andromeda, là.

Olivier lui désigna la rangée en face de celle des Weasley. Teddy était endormi sur les genoux d'Andromeda. En ce moment, les cheveux de Teddy étaient bruns comme ceux de leur père. Ted n'était pas là.

Les noms défilaient et ne s'arrêtaient jamais.

Toujours pas d'absence.

Elle voulait hurler.

Elle voulait partir.

Elle voulait s'éteindre.

— Maugrey Alastor : Assassiné alors qu'il combattait lors d'une mission.

Leader de l'Ordre. Soldat exemplaire. Membre à part de leur entourage. Kingsley hocha la tête pour lui rendre hommage. Violet réalisa qu'il avait fait de même pour chaque personne.

— McMorry Leni: Assassinée par des Rafleurs.

Sa poursuiveuse. Une amie. Elle s'était juste cachée.

ETEINS-TOI.

— Patil Parvati : Tombée pour libérer Poudlard.

Elève de Gryffondor. Sœur de Padma. Les yeux de Violet ne parvenaient pas à quitter la professeure McGonagall et Kingsley.

— Pierce Sara : Tombée pour libérer Poudlard.

Sa camarade de chambre. Meilleure amie d'Anna et d'Emily. Ancienne petite amie de Max. Violet ne se souvenait plus qu'elle aussi n'avait pas survécu, quoi d'autres avait-elle oublié?

— Slughorn Horace : Tombé pour libérer Poudlard.

Professeur de Potions. Personne qui appréciait leur mère. Lui aussi? Les professeurs de Poudlard se regardèrent. Finalement, ils avaient beaucoup de chance.

Puis le dernier nom.

Violet ne l'avait pas oublié.

— Weasley Fred : Tombé pour libérer Poudlard.

Jumeau de George. Moitié de George. Son meilleur ami. Celui d'Olivier. Maître du rire. A côté d'elle, George tremblait. Des larmes s'écoulèrent sur ses joues. Violet ne pouvait rien faire pour lui. Elle serra juste sa main.

— Olivier, prends ma place.

Elle ne lui laissa pas le choix et se leva. Olivier changea de chaise. Elle se rassit à la place d'Olivier. Des regards étaient posés sur eux. Olivier sut réconforter George, ou plutôt être le soutien adapté. Elle retrouva la professeure McGonagall qui avait fait une courte pause en les voyant bouger.

Pourquoi était-elle toujours là?

— N'oublions jamais ces prénoms et ces noms. Souvenons-nous de chacun d'entre eux. Je vous demande de lever vos baguettes.

Le bout de la baguette de la professeure McGonagall s'illumina avant de se diriger vers le ciel. Autour d'eux, des lumières s'accumulèrent. Violet essaya de nombreux Lumos qui n'apparurent jamais.

— Tiens, lui proposa Olivier en lui tendant sa baguette déjà illuminée.

— Et toi?

— Donne la tienne.

Elle ne comprenait pas. Sa baguette ne fonctionnait plus depuis quelques jours. Pourtant dans les mains d'Olivier et en un Lumos, un léger rayon de lumière se manifesta. C'était très étrange. Holly les analysa, les joues et yeux rouges:

— Pourquoi…

Elle ne termina pas sa question. Violet ne savait pas pourquoi. Elle suivit Olivier quand il leva sa baguette. Pendant une minute, leur bras resta levé à illuminer le ciel bleu. Quand elle fut terminée, la professeure McGonagall mit un terme à la cérémonie et les invita à se recueillir auprès des défunts.

Ce ne fut pas différentes vagues, mais une seule qui se leva comme tirait par des fils. Violet garda la main d'Olivier dans la sienne. Holly parlait avec ses amis. Ils commencèrent à avancer, Holly les rejoignit.

— Est-ce que je peux venir voir Erine avec vous?

Elle n'eut pas besoin de réponse. Devant chaque table, ils s'arrêtèrent pour lire le nom inscrit en lettres dorées de chaque personne tombée à Poudlard. Pas Violet.

Viens.

Viens me chercher.

Je ne veux pas les voir.

Viens.

Holly s'arrêta quelques secondes pour s'adresser aux parents de Colin, puis ils trouvèrent Erine.

A sa hauteur, Holly en fit le tour. George avança d'un pas supplémentaire par rapport à eux et posa ses deux mains sur les joues d'Erine. Il s'abaissa pour murmurer quelques mots imperceptibles au reste du monde. Violet contemplait sa meilleure amie.

Elle était plongée dans un sommeil infini, à jamais perdue.

Ses cheveux noirs entouraient son visage, comme une auréole. Elle n'était plus bleue. Elle était plus jolie. C'était vraiment sa meilleure amie. Olivier frissonna légèrement à côté d'elle.

— Tu veux t'asseoir? demanda-t-elle et Olivier fut surpris d'entendre sa voix.

— Non. Non, répondit-il en essuyant une larme au coin de ses yeux.

Il lâcha sa main.

Non.

Mais Olivier la serra dans ses bras.

Oui.

Ruth et Sebastian arrivèrent derrière eux, tout comme la famille Weasley. Chacun d'entre eux entourèrent George pour le soutenir. Ruth et Sebastian s'arrêtèrent à côté d'Olivier. Harry passa près d'eux, Teddy dans les bras.

— On peut avancer? demanda Violet.

Pourquoi n'es-tu pas là?

Le noir.

Elle voulait le noir.

Le vide.

Le vide était mieux.

Ils s'exécutèrent. Ils arrivèrent où Violet souhaitait s'arrêter. Harry était là avec Teddy, Andromeda près d'eux. Violet s'approcha pour poser sa main sur le crâne chevelu de Teddy, ses cheveux devinrent blonds comme les siens. Andromeda posa sa main sur son épaule:

— Merci d'être là. Harry, Olivier, toi.

Violet ne comprenait pas. Elle ne pouvait être nulle part d'autre.

Sauf dans le noir.

Mais il ne venait pas.

Elle était avec son père. Allongé ici, il paraissait plus paisible. Il était moins malade. Elle quitta les personnes autour d'elle et posa les deux mains sur la table de son père. Tonks reposait sur la table à côté de lui, mais ses yeux choisirent de se concentrer sur son père. Olivier n'était pas décidé à l'abandonner car il la rejoignit en posant sa main sur la sienne.

— Ils n'ont pas parlé de mes parents, déclara Violet.

— Pardon? s'étonna Olivier.

— Les prénoms de mes parents, Sirius, tous les autres. Je n'ai pas entendu leurs noms.

— Oh…

Elle pivota. Olivier regardait autour d'eux, agité. Qui cherchait-il?

— Ce sont ceux que nous avons perdus cette année, répondit Andromeda. Ceux de cette deuxième guerre.

— N'est-ce pas la même? demanda Violet.

Les mots s'échappaient. Vifs. Elle ne les pensait pas. Elle était incapable d'y réfléchir. Qui parlait?

— Bien entendu, confirma Andromeda. Mais ils ont déjà eu leur hommage.

— Pas Sirius, réfuta-t-elle. On y va?

Violet se retourna. Autour d'elle, ils étaient désarçonnés. Pourquoi?

Elle partit. Il y avait tant de noms. Elle ne s'arrêta plus jusqu'à la toute dernière personne. Elle croisa ses camarades de Serdaigle, mais n'y prit pas garde. Elle se contenta d'avancer jusqu'à Fred.

Endormi, il n'avait rien du Fred qu'elle connaissait. Même dans la tente, il était plus agité. Là, il ne bougeait pas. Aucun mouvement. Elle pencha la tête sur la droite, en plissant les yeux, pourtant il lui ressemblait énormément.

C'était Fred. Comme c'était son père. Tonks et Erine. C'étaient eux.

Ses pieds reculèrent. Toute la famille Weasley arrivait. Bill et Charlie soutenaient George. Son regard alterna entre Fred et George.

Qui était qui?

Ses pieds reculèrent.

Plus loin encore.

Où étaient-ils?

Et Fred?

Et George?

N'était-ce pas Fred et George?

Qui?

Où?

NEANT!

OU ES-TU?

Ses pieds reculèrent. Encore et encore. Ils s'emmêlèrent dans les racines. Violet tomba en arrière. Olivier la rattrapa. Il était là.

— Vio? s'enquit-il.

— Je veux partir, énonça-t-elle sèchement.

— Maintenant?

— Je veux rentrer chez nous. Je ne veux pas rester ici.

Pourquoi? Elle ne savait pas.

Elle n'avait aucun mot.

Il n'y en avait pas.

Pourquoi?

Elle ne ressentait rien.

Elle fuyait.

Pourquoi fuyait-elle?

Qu'est-ce qui la faisait fuir?

Eloigne-toi.

Eloigne-toi de cet endroit.

Le néant était là.

Olivier était là.

Pars.

Ce n'est pas sûr ici.

Elle n'avait pas confiance.

Le néant l'accueillait, réconfortant.

Olivier était là. Il pleurait.

Des flashs. Elle voyait. Elle s'absentait. Vifs. Elle voyait. Elle s'absentait. Incontrôlable. Elle voyait. Elle s'absentait.

— Je dois partir.

Elle fit volteface. Violet n'attendit pas Olivier. Elle parcourut l'étendue du territoire de Poudlard pour retourner à Poudlard. Elle n'entendait pas.

Les barrières de Poudlard passées, Violet transplana. Non. Elle était toujours au même endroit. Elle transplana. Elle restait sur place. Elle ne pouvait pas transplaner.

Violet comprit.

Elle n'avait plus rien.

Pas même sa magie.

Elle avait tout perdu.

Même sa magie.

— VIOLET! ATTENDS!

Mais Olivier avait toujours la sienne. Violet le retrouva. Il enroula ses bras autour d'elle. Le cœur d'Olivier battait très fort, non par l'effort, mais…

— J'ai eu peur.

Sa voix tremblait.

— On peut rentrer ensemble, s'il te plaît?demanda-t-elle.

Il accepta. Il lui prit sa main. Tous les deux disparurent dans un plop.

Pour ce chapitre et le suivant, je me suis beaucoup inspirée des idées de le Fanfiction: Harry Potter, Tome 7 d'Alixe que je vous conseille. Son travail est exceptionnel et la Fanfiction est un régal, une vraie suite.

— C'est horrible, le coupa Violet.

— C'est un devoir de mémoire, répondit Olivier. Une manière de se souvenir.

— Comme s'il était possible d'oublier.


Bon...

Je n'ai pas beaucoup de mots pour exprimer l'état de ma Violet. Depuis son enfance, elle subit nombre de traumatismes, la Boîte de Pandore ouverte elle est désormais traversée par des souvenirs qui lui appartiennent sans être à elle, et cette bataille était de trop... Elle a besoin de temps et son cerveau n'est plus capable de gérer tant de douleurs... Je suis désolée pour ça, mais elle est obligée de passer par cet état.

J'aime travailler sur le chagrin, la tristesse et le deuil. Il y a tant de manières de réagir, de le vivre ou le subir. Parfois, il faut beaucoup de temps, parfois peu. Tout le monde le gère différemment. Je sais que beaucoup d'histoires et ou fanfictions abordent cet après guerre d'autres manières, la situation de Violet fait qu'aucune voie ne me semblait plus pertinente que celle-ci. Violet est sur un chemin sinueux.

Sinon, est-ce que cette cascade aux souvenirs vous a plu ? A la base, il s'agissait d'un simple mur. Cependant, je souhaitais quelque chose de plus poétique et qui rappelle l'éternité de l'existence des morts. Je me suis donc inspirée du mémorial du 11 septembre 2001.

Bon sinon, d'autres commentaires ? :)

Au prochain chapitre "Au revoir" : Après un dernier hommage à Poudlard, il est l'heure de faire les derniers adieux.

A bientôt (coeur)