Merci à Obsidian Dreamweaver pour sa review au chapitre précédent et pour m'avoir mis dans sa liste d'auteurs suivis sur le site de fanfics.

Bonne lecture !

Disclaimer : Le Seigneur des Anneaux appartient à J.R.R. Tolkien. Et Final Fantasy 7 à Square Enix.


Chapitre 17 :

L'appât

Isolés dans la chambre de Lowen, les trois jeunes argentés et la concernée regardaient au-dehors par la fenêtre.

Le corps du malheureux aux veines tranchées avait été évacué, ainsi que celui du monstre tué. Ils ignoraient où on les avait mis, et une part d'eux ne désirait pas le savoir.

Soudain, des éclats de voix leur parvinrent de derrière la porte.

Veillant à rester silencieux, les enfants marchèrent jusque devant le battant et y collèrent leur oreille.

« C'est une mauvaise idée ! Impliquer des civils est trop dangereux », dit Genesis.

« Il a raison », renchérit Sephiroth.

Une troisième voix s'éleva, un peu plus âgée et autoritaire que les autres.

« Pourtant, il n'y a pas d'autres moyens. C'est la seule idée qu'ait approuvé le conseil de Banora. »

Lowen entendit presque le soupir agacé de Genesis. Qui pouvait donc lui donner tort et l'énerver à ce point ?

L'enfant se pencha vers la serrure et regarda à travers. Elle vit Genesis, adossé au mur, regardant avec un air de défi un homme moustachu. Il portait un costume de qualité et une chaînette pendait sur le devant de sa chemise, sans doute celle d'une montre à gousset dans sa poche de revers.

« Vous avez contacté la Shinra ? » demanda l'inconnu à Sephiroth.

« Non, les lignes sont coupées. Les monstres ont fait trop de dégâts, nous ne pouvons passer que des appels locaux. »

L'inconnu secoua la tête.

« Dans ce cas, si vous n'avez pas d'autres idées, faites le nécessaire et nettoyez la ville ! Le festival doit reprendre, nous avons beaucoup de touristes cette année, notre économie en dépend. »

« Tiens donc ? Et depuis quand te soucies-tu à ce point de ton argent ? » demanda Genesis.

« Depuis qu'à cause de ton départ et celui d'Angeal, beaucoup d'habitants nous ont quittés dans l'espoir de faire carrière, comme vous ! »

Genesis le fusilla du regard, tandis que l'individu quittait le couloir.

« Quel hypocrite ! Il était bien content que je m'en aille pour Midgar, il y a des années », fulmina le rouquin.

« Bon, qu'est-ce qu'on fait ? » demanda Angeal. « On suit l'idée de ton père, Genesis ? »

« T'es dingue ? Jamais de la vie ! »

Lowen et les garçons écarquillèrent les yeux. Cet homme qui agaçait tant Genesis était son père ? Bizarre, il ne lui ressemblait pas. Du peu qu'ils avaient vu, il était brun et avait des traits massifs, tandis que Genesis avait un visage plus fin et noble, avec des yeux roux.

Il tient peut-être plus de sa mère ? se demanda Lowen.

« Sortez de là, les enfants », dit Sephiroth.

Lowen et les garçons eurent un sursaut de panique. Parfois, ils oubliaient les sens surdéveloppés de leur aîné.

Penauds, ils ouvrirent la porte et s'avancèrent.

« Combien de fois dois-je vous répéter que c'est mal d'écouter aux portes ? » demanda Sephiroth.

« Désolée, on ne pensait pas à mal », dit Lowen.

« Oui, c'est juste qu'on vous a entendus vous disputer avec l'autre monsieur », dit Loz.

« C'est rien », dit Angeal.

Lowen regarda Genesis. Il semblait toujours fâché.

« Ton père veut que les civils aident à chasser les monstres ? » demanda l'enfant.

« Non, il veut qu'on les utilise comme appâts. »

« Les monstres qui se manifestent lors de ce festival sont particuliers », dit Angeal. « D'après la légende, ils appartiennent à l'Armée des Ténèbres et se nourrissent des émotions des gens. »

« Leurs émotions ? » demanda Yazoo.

« Oui : la colère, la haine, la peur… tous ces sentiments les rendent plus forts et leur permettent de se multiplier. On dit qu'ils peuvent les stimuler chez les humains, pour les affaiblir », dit Genesis.

« Ça expliquerait pourquoi cet homme s'est coupé les veines », comprit Sephiroth.

Lowen repensa au cauchemar qu'elle avait fait en arrivant ici en hélicoptère. Les monstres en étaient-ils responsables ? Elle n'avait pas fait de cauchemar sur Tangadion et ses hommes depuis si longtemps !

Après cela, les adultes ordonnèrent aux enfants de rester ensemble dans leur chambre, tandis qu'ils allaient patrouiller dehors.

Une fois qu'ils furent partis, Kadaj se plaça devant les autres avec l'air autoritaire.

« Vous avez entendu ce qu'ils ont dit ? Les monstres sont sensibles aux émotions négatives. »

« Laisse-moi deviner : tu veux qu'on fasse l'appât pour aider les adultes », dit Yazoo.

« Tout juste, frérot ! »

Lowen leva les yeux au ciel.

« Sephiroth nous a dit de ne pas nous en mêler, on doit rester à l'abri dans la chambre. »

« Et on ne va pas lui désobéir, puisqu'on va le faire en restant ici. Il faut juste qu'on arrive à broyer du noir pour attirer les monstres vers nous. Les adultes les verront approcher de l'auberge et pourront s'en occuper. »

« Mais… comment faire pour être triste sur commande ? » demanda Loz en se grattant la tête.

« Sérieux, c'est toi qui poses la question ? Toi qui pleures plus que nous tous réunis ? » demanda Kadaj.

« Même pas vrai ! Je pleure jamais », protesta Loz.

« Du calme, les gars ! Je crois que je sais comment faire. Lowen, regarde ça », dit Yazoo.

Il tapa quelque chose sur l'écran de son téléphone portable, jusqu'à faire apparaître une image qui montrait un chaton avec de grands yeux tristes. Le matou essayait de grimper sur une table pour boire dans un bol de lait. Et dessous, on pouvait lire le texte : « Pas avant samedi ! »

En voyant cela, Lowen parut catastrophée.

« Oh non, pas cette image ! Je ne la supporte pas », gémit la fillette.

« Justement ! Regarde-la », insista Yazoo.

Il fit signe à Kadaj d'utiliser son propre téléphone. Celui-ci comprit le message et changea la sonnerie pour jouer une mélodie funèbre.

Comprenant qu'elle n'avait pas le choix, Lowen fixa l'image.

« Oh, mon Dieu… Regardez-le ! » gémit l'enfant. « Il essaie de grimper avec ses toutes petites pattes, mais il est si petit et affaibli par la faim ! »

Des larmes lui montèrent aux yeux. Soudain, une ombre se dessina devant l'une des fenêtres. Une figure de citrouille grimaçante apparut. Elle volait grâce à d'étranges tentacules violets fluorescents, qui se terminaient par d'étranges lumières dorées.

« Eh, ça marche ! Un monstre approche », dit Loz.

« C'est vrai ? Chouette ! » s'écria Lowen en se tournant vers la fenêtre, toute contente.

Ce changement d'humeur parut affecter le monstre, qui s'éloigna de l'auberge.

« Non, non, non ! Regarde bien le dessin, Lowen », dit Kadaj en la faisant pivoter vers le téléphone. « Pense à ce pauvre minou. »

« Oui… ? »

Loz regarda par la fenêtre et vit d'autres monstres venir vers eux. Il fut soulagé de voir Sephiroth, Genesis et Angeal accourir pour s'occuper d'eux.

De son côté, Kadaj maintenait Lowen face au téléphone de Yazoo et lui parlait.

« Oui, le pauvre est affaibli par la faim ! C'est trop haut, il ne va pas y arriver. Il va tomber, se faire mal et souffrir… »

« Aaaaaah ! C'est vrai » dit Lowen d'une voix nouée par le chagrin.

Les yeux embués, elle lut le texte au bas de la page. « Pas avant samedi. »

« Et en plus, on est que… maaaaaaardiiiiiiii ! » cria l'enfant, en pleurs.

Aveuglée par les larmes, elle saisit à l'aveuglette un tissu, qu'elle croyait être un rideau, pour se moucher. Sauf qu'il s'agissait en fait du T-shirt de Kadaj. Ce dernier n'eut pas le temps de l'empêcher de se moucher, puis recula avec l'air dégoûté.

Face à cette abondance de chagrin, d'autres monstres, plus gros que les premiers, apparurent devant la fenêtre. Ils tendirent leurs tentacules vers la vitre, puis prirent du recul et la défoncèrent.

Les enfants reculèrent en se couvrant les yeux, puis virent les monstres entrer.

« Lowen, couche-toi ! » cria Kadaj.

La fillette obéit et se mit à quatre pattes en couvrant sa tête de ses mains, tandis que ses frères se mirent devant elle en position défensive.

Loz bondit vers le monstre le plus proche et lui asséna un puissant coup de poing qui explosa la tête de citrouille en morceaux.

Yazoo vit un autre approcher. Il lâcha son téléphone et saisit une chaise pour la lancer vers la créature.

Ce dernier l'esquiva, puis tendit ses tentacules vers lui. Le garçon parut frissonner, puis se prit la tête dans les mains en grimaçant.

« Oh non ! Pas encore les labos… » gémit le garçon.

Kadaj saisit le pied fendu de la chaise détruite et le planta dans la tête de la citrouille volante.

Cette dernière poussa un cri de douleur et s'enfuit par la fenêtre.

Il ne restait plus qu'un monstre, qui flottait trop haut pour que les garons l'atteignent.

Kadaj regarda ses frères. Yazoo était à genoux et tremblait. Ses yeux étaient fermés, comme s'il revivait un cauchemar.

Au moins, Lowen n'avait rien. Cette dernière enleva ses mains de ses yeux et regarda autour d'elle, quand son regard tomba sur le téléphone de Yazoo, à ses pieds. Ce qu'elle vit dessus la fit pleurer de plus belle.

« Eh ! Qu'est-ce qu'il y a ? » s'inquiéta Loz.

En larmes, Lowen pointa l'écran. Le chaton avait disparu de l'image. À la place, il y avait une pierre tombale.

« Le petit chat n'a pas survécuuuuuuuuuuuuuu ! »

Ragaillardi par cette nouvelle vague de chagrin, le dernier monstre prit du volume et s'envola par la fenêtre.

Loz lui prit maladroitement la main en lançant un regard paniqué à Kadaj. Les épaules basses, ce dernier grommela :

« Oh non, ce plan est pourri ! »

La porte s'ouvrit, laissant entrer Sephiroth. En voyant les dégâts dans la pièce et les deux enfants par terre, il foudroya Kadaj du regard.

« Je suppose que c'est encore une de tes brillantes idées ? » dit le Soldat.

« Je… je voulais pas ça, on essayait de vous aider ! »

« Oui, eh bien, tu en as assez fait ! »

« Ouiiiiiiiin ! Le chaton… » gémit Lowen.

Angeal se précipita auprès d'elle, tandis que Sephiroth s'occupa de Yazoo. L'un comme l'autre n'était pas blessé physiquement, mais ils semblaient plongés dans une profonde dépression.

Angeal s'agenouilla devant elle pour lui tendre la main. Il dit quelque chose, mais elle ne comprit pas quoi. Car à travers le brouillard des larmes, l'image du Soldat changea pour celle de Tangadion.

En le voyant tendre la main vers elle, Lowen se recroquevilla davantage en gémissant.

« Non ! Pitié, Tangadion, me frappez pas ! Je jure d'être sage… »

Angeal et Genesis regardèrent la fillette avec l'air perdu.

« De qui elle parle ? C'est qui, Tangadion ? » demanda Genesis.

Sephiroth parut gêné, mais cacha vite cette expression pour une autre plus sérieuse.

« Quelqu'un qui l'a maltraitée par le passé », se contenta-t-il de répondre.

Il prit Yazoo dans ses bras. Angeal en fit de même avec Lowen. Bien qu'effrayée, elle n'opposa aucune résistance et se laissa emmener dans une autre chambre avec Yazoo.

Tous deux furent mis au lit. Sitôt allongée, Lowen se cacha sous les couvertures.

Elle entendit à peine les Soldats et les garçons parler, tant elle était prise dans un cauchemar.

Elle n'était plus dans sa chambre à Banora, ni même sur Gaïa. Elle était de retour dans la Forêt Noire, allongée par terre sur un sol humide et boueux, entourée d'arbres infestés d'araignées.

Leur cliquetis résonnait en boucle dans sa tête, tandis qu'elle pouvait sentir l'odeur étouffante de moisissure qui saturait l'air.

Pitié, arrêtez ça, je veux rentrer chez moi !

« Chez toi ? Mais tu n'as plus de chez-toi ! » susurra une voix dans sa tête.

Levant la tête, elle vit que les jumeaux de Faelwen se tenaient devant elle. Ils étaient là, dans leurs armures en métal sombre et leurs tenues se fondant avec la végétation.

Ils la regardaient avec ce sourire cruel qu'elle détestait au plus haut point.

« Alors, petit monstre ? Tu n'es pas encore morte ? » dit Nostalion.

« Qu'attends-tu pour en finir ? » dit Nestarion.

Lowen ne put répondre. Elle se sentait anormalement faible et gelée de l'intérieur, comme si son sang s'était changé en glace.

L'image des jumeaux se brouilla, puis Tangadion apparut.

En le voyant tendre le bras vers elle, Lowen rampa en arrière, mais le capitaine la rattrapa en deux enjambées. Il tendit le bras et lui saisit la gorge pour la soulever dans les airs.

Paniquée, Lowen sentit l'air lui manquer. Elle essaya mollement de se défendre et de battre des pieds, mais il était trop fort.

« Résiste, mon enfant ! » dit une voix, très faible dans sa tête.

Hein ? Quoi ?

L'image parut se brouiller un très bref instant, laissant apparaître Sephiroth au lieu de Tangadion. La pression sur sa gorge se fit moins forte, avant que le visage du capitaine elfique ne revienne.

Lowen essaya de se débattre, mais plus elle résistait, plus les doigts de l'Elfe se resserraient sur sa gorge.

Pourtant, en le voyant sourire, Lowen sentit que quelque chose n'allait pas. Elle n'avait jamais vu Tangadion sourire depuis qu'elle l'avait rencontré.

« Ce n'est pas réel, Lowen ! Ne laisse pas le désespoir t'envahir ! »

Cette voix… Lowen la reconnut, c'était celle de Galadriel. Une douce chaleur se fit sentir au niveau de sa poitrine.

Malgré la peur et la sensation d'étouffer, Lowen porta une main à sa poitrine et sentit la magie réconfortante du collier.

Aussitôt, l'illusion devint floue et elle sentit la pression autour de sa gorge disparaître.

Avec un cri effrayé, Lowen se mit en position assise sur le lit et vit que Sephiroth se tenait à son chevet. Il paraissait franchement inquiet, une expression qu'elle n'avait encore jamais vue de manière aussi flagrante sur ses traits.

Yazoo partageait le lit avec elle, mais il dormait profondément.

L'enfant aperçut un autre lit contre mur devant elle. Kadaj et Loz dormaient dedans.

Angeal et Genesis se tenaient derrière Sephiroth, tout aussi inquiets que ce dernier.

« Doucement ! Respire… » dit Sephiroth.

Incapable de parler à cause de sa gorge en feu, Lowen s'efforça de respirer jusqu'à ce la panique reflue.

Elle saisit à deux mains son collier et le colla contre son cœur en remerciant mentalement Galadriel. Peu importait que la Dame se soit réellement manifestée ou non dans sa tête. Le cauchemar avait cessé.

Pourtant, une douleur inhabituelle aux poignets la baisser les yeux. Elle vit avec surprise que des écorchures sanglantes striaient sa peau.

« Que… ? » dit l'enfant, perplexe.

« C'est toi qui t'es fait ça », dit Genesis avec embarras. « On t'a entendue gémir sous les draps, et quand on les a retirés, tu étais en plein délire et tu semblais décidée à te scarifier. »

« Mais je… Il y avait Tangadion et les jumeaux ! Ils voulaient me tuer », protesta faiblement l'enfant.

Sephiroth lui adressa une grimace gênée. Lowen réalisa trop tard sa bêtise : les amis de son tuteur ne savaient rien de son passé chez les Elfes.

Refusant d'aggraver son cas, Lowen se tut. Sephiroth utilisa une matéria Soin pour refermer les blessures, puis Angeal alla dans la salle de bains pour prendre un kit de premiers soins. Une fois qu'il eut bandé les poignets de l'enfant, les quatre Soldats se regardèrent avec fatigue et abattement.

Les monstres n'étaient toujours pas vaincus et ils ne savaient pas quoi faire.

« Je crois qu'on ne peut rien faire d'autre, ce soir », dit Angeal. « On ferait mieux d'aller dormir. »

Lowen était d'accord, d'autant qu'elle n'avait plus de forces. Toutefois, Sephiroth choisit de rester à son chevet et celui de Yazoo pour la nuit, afin d'éviter qu'une autre crise survienne et que l'un d'eux se fasse du mal.

Lowen fut secrètement soulagée qu'il reste. Après ce qu'elle avait vécu, rester seule dans le noir l'effrayait.

Angeal et Genesis quittèrent l'auberge.

Lowen alla dans la salle de bains pour se mettre en pyjama, puis retourna se mettre au lit. Elle se coucha sur le flanc pour regarder Yazoo. Il dormait, mais son visage était crispé. Il devait aussi être en proie à un cauchemar. De quoi rêvait-il ? Lowen espérait que c'était de choses stupides, et non pas de sa période de captivité au labo.

Une fois la lumière éteinte, ses yeux s'adaptèrent doucement à l'obscurité. Elle vit Sephiroth revenir dans la chambre et s'asseoir sur une chaise à côté d'elle.

En le voyant ainsi, l'enfant se demanda s'il allait rester en position assise toute la nuit, ou bien finir par s'allonger. Sans doute plus tard, quand elle dormirait et que lui-même aurait sommeil…

Cela ne la dérangeait pas, curieusement. Elle réalisa, une fois de plus, combien son esprit avait changé.

Bien que dotée de treize ans de souvenirs de vie antérieure, elle n'était nullement gênée à l'idée qu'un adulte veille sur elle. Juste rassurée.

C'est fou comme l'esprit s'adapte au corps qu'il occupe.

Elle regarda ses mains. Des mains d'enfant, aux doigts petits et fins…

« Tu as mal ? » demanda Sephiroth, intriguée par son manège.

« Non… je réfléchissais. »

Le Soldat plissa les yeux.

« Tu pensais à ta vie d'avant ? »

« Un peu. Et aussi à celle que j'avais à Mirkwood… Au fait, je suis désolée. »

« Pour quoi ? »

« Ce que j'ai dit devant Genesis et Angeal… Ils se posent des questions, maintenant. Ils vont t'interroger là-dessus, non ? »

« … Sans doute », dit Sephiroth en pivotant la tête vers la fenêtre.

Lowen le regarda plus attentivement. Sephiroth avait un don pour garder un visage impassible. Mais à force de vivre avec lui, elle avait appris à déceler les signes et les gestes, même les plus infimes, qui laissaient deviner son humeur ou ce qu'il pouvait penser.

Il était gêné, il ne voulait pas qu'elle continue de parler de ça.

« Ce n'est pas juste que tu doives leur cacher des choses à cause de moi. »

« Peu importe, si cela t'évite de finir aux labos. »

Lowen fit la moue.

« Tu ne crois pas qu'ils pourraient être mis dans la confidence ? En plus, je… Je crois que Genesis m'a vue écouter les arbres, avant le festival. »

« Comment ?! »

Mal à l'aise, l'enfant se ratatina dans son lit.

« On jouait à cache-cache et je… j'ai pas réfléchi, j'ai utilisé mon pouvoir pour vérifier s'il était caché dans un arbre. »

Bien qu'il fasse noir, elle entendit clairement le Soldat soupirer.

« Je t'avais dit d'être prudente ! »

« Je sais, et je le suis en général ! Mais depuis qu'on est ici, dans cet endroit où la nature est plus présente… j'ai l'impression qu'une part de moi, que je croyais morte en Terre du Milieu, s'est réveillée. Je me sens plus proche de la nature. Je ne dis pas ça pour justifier mon erreur, seulement… tu ne crois pas qu'Angeal et Genesis sauraient garder le secret ? »

« On ne peut pas prendre ce risque. Rien ne dit qu'ils te croiront. »

« Mais tu… »

Sephiroth tourna la tête vers elle. En voyant la sévérité dans son regard, elle ne put finir sa phrase.

« Tu as vécu quelques temps aux laboratoires, mais pas assez pour saisir l'étendue des crimes qui y sont commis au quotidien. Hojo ne se contente pas de faire des expériences pour ses recherches, il adore faire souffrir ses cobayes. Il fait des choses… des choses qu'on ne ferait même pas à un animal qu'on envoie à l'abattoir. »

En entendant cela, Lowen se crispa. La douleur était nettement perceptible dans la voix du Soldat

« Je refuse qu'un seul d'entre vous revive ça », conclut Sephiroth sur un ton ferme.

Lowen baissa tristement les yeux. En effet, sans preuve, il serait dur de convaincre ses amis. Surtout Genesis, qui était d'un naturel borné.

Pourtant, elle ne supportait pas l'idée qu'à cause d'elle, Sephiroth risquait de perdre ses deux meilleurs amis.

« Il faut que tu dormes », dit Sephiroth.

Lowen comprit que la discussion était close. Son médaillon serré au creux de son poing, elle ferma les yeux et s'endormit rapidement, tant les dernières épreuves l'avaient épuisée.

Mais au lieu de sombrer dans un sommeil sans rêves, elle se retrouva au milieu d'un endroit inquiétant.

Cela ressemblait à un désert. Le sol était recouvert de pierres noires, aux arrêtes pointues et tranchantes. Des colonnes de fumée s'échappaient de cavités autour d'elle, et le ciel était couvert de nuages obscurs.

« Ravi de te revoir. »

Lowen se crispa. Lentement, elle tourna la tête vers celui qui avait parlé.

Devant elle se tenait Sauron, sous son apparence de mage blanc. Il avait l'air calme et souriant, pourtant une lueur de jubilation malsaine brillait dans ses yeux.

« C'est… c'est un c-c-cauchemar », balbutia Lowen.

« Possible », admit le Maia déchu. « Mais nous sommes liés, tous les deux. Galadriel n'est pas la seule à partager une connexion avec toi. Et la nôtre est forte, surtout lorsque tu es inquiète ou effrayée. »

« Je n'ai pas peur ! » dit Lowen, piquée au vif.

« Mais inquiète, si. »

L'enfant serra les poings. En effet, elle ne pouvait nier qu'elle était inquiète… pour Yazoo, qui allait mal. Et pour Sephiroth, qui cachait des choses à ses amis.

« Ton attitude me peine, Lowen. Pourquoi tant de méfiance, alors que je suis ton ami ? Tu ne veux pas me confier ce qui ne va pas ? »

« Arrêtez votre cinéma, vous ne vous faites aucun souci pour moi ! Vous appréciez cette situation, vous aimez que je sois troublée. Quel genre d'ami pourrait apprécier ça ? Est-ce que vous savez seulement ce qu'est l'amitié ?! »

L'air songeur, Sauron détourna le regard.

« J'étais un Maia au service des Valars, autrefois. J'étais Mairon l'Admirable, et apprenti d'Aulë… mais ensuite, on m'a envoyé affronter Morgoth. »

« … Qu'est-ce qui s'est passé ? »

« J'ai tenté de le vaincre, mais il était trop fort. J'aurais pu être anéanti, mais au lieu de m'achever, il m'a proposé de le rejoindre. Je n'ai pas compris pourquoi celui que tous considéraient comme le mal incarné se montrait si généreux envers moi, alors que je m'étais clairement opposé à lui. Il m'a dit qu'il ne m'en voulait pas, que les Valars étaient la véritable cause du problème. Ce sont eux, la vraie menace. »

Lowen éclata d'un rire moqueur en entendant ça. Sauron la fit taire en poursuivant :

« Ils m'ont envoyé l'affronter seul, alors qu'ils savaient que je ne ferais pas le poids face à lui. Les Valars, avec toute leur puissance et leur sagesse, auraient eu toutes les chances de le vaincre eux-mêmes, mais ils étaient trop lâches pour risquer leurs vies. Et à la place, ils m'ont envoyé. »

La fillette sentit la colère monter en elle. Les poings serrés, elle fit « non » de la tête.

« C'est ça, votre excuse pour tous vos crimes ? »

Sauron haussa les sourcils, apparemment surpris par sa question.

« J'ai rencontré certains des Valars, et j'ai beau ne pas avoir toute votre expérience, j'ai senti qu'ils étaient bons. Ce qui vous est arrivé ne justifie pas tout le mal que vous infligez aux peuples de la Terre du Milieu ! » renchérit Lowen.

« Au contraire, si. Ils sont fidèles aux Valars, ils les encouragent donc dans leurs crimes et doivent payer pour cela. »

Lowen regarda l'être qui n'avait d'homme que l'apparence, car son cœur était rempli de noirceur. Inutile de tenter de le raisonner, il était sincèrement convaincu d'avoir choisi le bon camp. Que ce fût par peur que Morgoth le détruise ou qu'il ait vraiment perdu sa foi envers les Valars, cela n'importait plus. Aujourd'hui, il n'était qu'une incarnation du mal. Il avait pris la vie de milliers d'innocents et il comptait bien poursuivre jusqu'à l'anéantissement du monde.

« Peu importe ce que vous mijotez, je ne vous aiderai jamais ! »

Un rictus inquiétant déforma le beau visage de Sauron.

« Que tu le veuilles ou non, tu m'aideras, Lowen. L'Armée des Ténèbres te ramènera auprès de moi, je leur ai demandé de ne pas refermer le portail avant de t'avoir capturée. Et alors, je récupérerai le pouvoir qui est en toi. Cela me donnera assez de forces pour poursuivre mon œuvre. »

Lowen se tendit. Avait-elle bien entendu ? L'Armée des Ténèbres de Gaïa était-elle vraiment de mèche avec lui ? Elle n'eut pas le temps de lui demander. L'image de Sauron et du désert noir se brouilla.

L'enfant se réveilla en sursaut et vit que la chambre avait changé. Les rideaux étaient ouverts, la lumière du soleil entrait par la fenêtre. Et Sephiroth n'était plus là.

Prise d'un mauvais pressentiment, l'enfant sortit de la chambre et se dirigea vers l'escalier pour descendre, quand des voix l'arrêtèrent. Elle reconnut Genesis et son père, Mr Rhapsodos.

« Vous avez éliminé les monstres ? » dit le père.

« Pas tous, ils sont plus nombreux que prévu. »

Lowen se crispa. La voix de Genesis était tendue, il semblait partagé entre l'embarras et la colère.

« Quelle déception… Sephiroth aurait sûrement déjà tout réglé, si toi et ce bon à rien d'Angeal ne vous en étiez pas mêlés. »

En entendant ça, Lowen se tendit. Quoi ?! Comment osait-il dire de telles choses à son propre fils ?

« Angeal n'y est pour rien et je… »

« Tu as choisi seul de quitter Banora pour devenir Soldat. Tu prétendais pouvoir faire mieux que Sephiroth, et pourtant, regarde-toi ! Tu n'as d'un Première Classe que le titre, tu n'as ni la puissance ni la gloire. »

Là, c'en était trop. Lowen descendit l'escalier. Les adultes se tournèrent vers elle. Enfin, elle put dévisager le père de Genesis.

C'était un homme grand et maigre, plutôt quelconque, avec une moustache et des cheveux brun sombre. Il portait un costume marron soigneusement repassé, avec une chaîne de montre dépassant d'une poche sur le devant. Avec ses chaussures impeccablement cirées, ses cheveux bien coiffés et sa peau sans bouton, il avait tout du riche seigneur qui aimait soigner son apparence.

« Ah, la fille de Sephiroth ! » dit l'homme sur un ton affable. « Bonjour, petite. Bien dormi ? »

Lowen fut tentée de lui cracher une insulte, avant d'opter pour une attitude plus mature.

« J'ai bien dormi, oui », dit-elle sur un ton froid.

« Ah… Tu as été blessée ? » nota l'homme en voyant ses bandages.

« Oui, mais votre fils et ses amis m'ont sauvée. Heureusement qu'ils sont là. Ça me surprend, d'ailleurs. »

« Ah bon ? »

« Oui. J'ai entendu dire que vous étiez un homme riche et influent, vous disposez donc des moyens pour aider à la chasse aux monstres et protéger les habitants de Banora. Pourtant, vous restez caché ici, à l'abri, pendant que les Soldats font tout le sale travail et risquent leur vie pour protéger celle de vos voisins. »

D'abord choqué, l'homme lui lança un regard indigné.

« Qu'as-tu dit ? »

« Vous êtes sourd ? Remarquez, à votre âge, c'est pas étonnant d'avoir des problèmes d'audition. »

Genesis étouffa un gloussement, puis s'approcha de Lowen pour poser une main sur son épaule.

« Viens, il faut changer tes pansements », dit-il en l'entraînant à l'étage.

Une fois dans la chambre des enfants, Genesis s'agenouilla pour se mettre au niveau de la fillette.

« Si Angeal et Sephiroth étaient là, ils te diraient de ne pas parler comme ça aux adultes. »

« Je vois pas pourquoi je devrais faire l'effort de le respecter. Il est odieux ! »

Bien qu'amusé, le jeune homme émit un soupir ennuyé.

« C'est vrai, mais évite ça, tout de même. Je n'ai pas envie que tu aies des problèmes à cause de lui, il est déjà bien assez… Enfin, tu vois. »

Lowen baissa la tête en signe d'excuse.

« Désolée, c'est juste que… je sais ce que ça fait d'être traité comme ça. »

« Ah bon ? »

« Oui… J'ai connu ça autrefois, avant de tous vous rencontrer. »

Elle se mordit la lèvre, réalisant soudain qu'elle en avait encore trop dit. Elle vit Genesis la fixer en silence, attendant qu'elle poursuive, mais elle n'en fit rien. Elle fixa ses pieds en priant pour que le Soldat abandonne la conversation, quand il lui saisit doucement le menton pour la forcer à la regarder dans les yeux.

« Tu peux tout me dire, tu sais. Peu importe ce que tu as vécu par le passé, jamais cela ne te fera atterrir chez Hojo. »

Lowen lui rendit son regard, essayant de déceler une lueur de malice dans ses yeux, mais il n'en fut rien. Pour la première fois depuis leur rencontre, le Soldat semblait sincèrement gentil et attentionné.

« Je… J'aimerais en dire plus », souffla l'enfant. « Mais je… j'ai peur. »

« Peur de moi ? »

« Non. Peur que tu ne me croies pas. »

Elle passa la main sur sa gorge. Même si ça n'avait été qu'un cauchemar, elle revoyait encore Tangadion essayant de l'étrangler.

« Moi-même, il m'arrive de me demander si tout ça est réel ou si je ne suis pas déjà morte il y a longtemps. »

Genesis lui prit la main et la serra fort dans la sienne.

« Tout ça est réel, Lowen. Je suis réel et je veux t'aider. »

« Je sais… mais… »

Les menaces de Sauron et son ignoble rictus revinrent hanter son esprit. Puis ce fut le tour de Tangadion et des jumeaux. Sans parler du regard glacial du roi, Thranduil. Tous les mauvais traitements des Elfes, leurs critiques et leurs menaces… Genesis sentit la petite main trembler dans la sienne et resserra son étreinte.

« Mais quoi ? » demanda-t-il doucement.

Lowen retira sa main et détourna le regard.

« J'ai peur… » dit-elle, incapable d'ajouter autre chose.

Comprenant qu'elle n'en dirait pas plus, Genesis la regarda un instant, avant de faire quelque chose qui la surprit au plus haut point : il se pencha pour la serrer dans ses bras.

« Quand tu seras prête, parle-moi, d'accord ? Promis, je t'écouterai. Et Angeal aussi. »

Surprise, Lowen mit un instant pour comprendre ses mots, puis elle lui rendit son étreinte.

« Merci », dit-elle dans un souffle.

Genesis la relâcha, puis la laissa retourner dans le lit.

Tandis qu'il attendait, son PHS sonna. Il l'ouvrit et vit qu'il avait reçu un message d'Angeal.

« Les monstres sont revenus en force, ils attaquent le village par l'est ! Assure-toi que les enfants sont en sécurité et rejoins-nous. »

Genesis raccrocha et voulut sortir, quand il se rappela la présence des enfants. Il se dirigea vers le bureau et trouva du papier ainsi qu'un stylo dans un tiroir.

Il nota rapidement un mot pour qu'ils ne s'inquiètent pas, puis il quitta la chambre.