Je remercie arisu freedomstrikes pour sa review.

Bonne lecture !

Disclaimer : Le Seigneur des Anneaux appartient à J.R.R. Tolkien. Et Final Fantasy 7 à Square Enix.


Chapitre 21 :

Le miroir

Ce matin-là, Lowen se leva à six heures, soit trois heures plus tôt que ce que le groupe avait prévu.

La jeune fille n'avait pas oublié les révélations d'Iruka sur l'hôtel, et elle comptait mener son enquête. Car depuis hier soir, quand elle s'était mise au lit, elle n'avait cessé d'entendre des voix. Elles avaient résonné depuis la grille d'aération du salon. Parfois, la jeune fille avait cru reconnaître des mots du Noir Parler du Mordor, parfois c'était une voix normale, plaintive, qui parlait dans sa langue et la suppliait de l'aider.

Lowen avait mal dormi, ce qui faisait qu'elle était fatiguée.

Elle s'en voulait de ne pas avoir parlé de tout cela aux autres. Iruka était passionnée par le paranormal, des voix de l'au-delà et une chasse au miroir magique l'auraient ravie.

Mais si cela risquait de révéler le secret de Lowen sur le fait qu'elle venait d'une autre planète, il valait mieux qu'elle enquête seule.

Quant à ses frères… Elle les adorait, mais ils la couvaient trop par moments. Et elle n'aimait pas l'idée que Yazoo lui cache des choses sur ses visions.

Jusqu'ici, elle avait toujours cru qu'ils partageaient tous leurs secrets concernant leurs capacités.

Néanmoins, l'idée d'agir seule lui faisait peur.

J'aurais aimé que Sephiroth soit là.

Même en vacances dans cet endroit paradisiaque, la jeune fille se faisait du souci pour lui. C'était un très bon combattant, mais elle savait que la guerre n'avait rien à voir avec des missions où il fallait chasser des terroristes, tuer des monstres et inspecter des réacteurs. La guerre changeait les gens…

Elle avait peur qu'il en ressorte marqué. Lui qui endurait déjà les visites médicales obligatoires chez Hojo, sans parler de la Shinra qui lui imposait des missions presque continues.

À cause de cela, il n'avait pas toujours été présent dans la vie des garçons et la jeune fille. Il avait parfois raté des réunions parents-professeurs, des pièces de théâtre et des compétitions d'arts martiaux…

Même si les quatre jeunes gens comprenaient que la Shinra ne lui laissait pas le choix, ils auraient tant aimé avoir plus de moments en famille !

Lowen se regarda dans le reflet du miroir qui couvrait l'un des murs de la cabine d'ascenseur.

Elle avait laissé ses robes d'été dans la suite. Par prudence, elle avait préféré une tenue plus adaptée pour le terrain : un haut de sport vert moulant, un jean s'arrêtant en dessous des genoux et des baskets. Ses longs cheveux bruns étaient tressés en natte et elle avait mis plusieurs bracelets équipés de matérias à ses poignets. Elle avait pris son sabre et portait toujours le collier que lui avait offert Galadriel.

Soudain, le « ding » de l'ascenseur annonçant l'arrivée à destination résonna.

Son sabre à la main, la jeune fille sortit de la cabine. Elle se trouvait au sous-sol, dans la laverie. L'endroit ressemblait à une grande salle d'entrepôts, où étaient entassés d'énormes sacs contenant du linge, des draps et des housses.

Des machines à laver s'alignaient par dizaines contre les murs, vrombissant tandis que le linge à l'intérieur tournait dans de l'eau mousseuse.

Lowen ne savait pas trop ce qu'elle cherchait. Iruka affirmait que le miroir utilisé par Kapono avait été jeté, mais…

« Aide-moi ! »

Là ! Cette voix, encore une fois ! Elle était plus proche que dans la suite.

Elle porta la main à sa poitrine. Oui, elle le sentait… comme une force, froide et discrète, qui s'accrochait à elle et la tirait doucement vers une direction précise.

Je suis folle de me jeter au-devant du danger, comme ça !

Pourtant, elle ne pouvait pas continuer son séjour à l'hôtel sans rien faire. Si jamais elle avait encore des visions, elle n'était pas sûre de pouvoir le cacher aux autres plus longtemps.

Non, il valait mieux enquêter et si jamais elle trouvait quelque chose… Elle en parlerait aux garçons, puis elle aviserait.

Rassurée par cette idée, elle traversa l'allée entre les tas de linge sale. Elle sentit soudain un souffle sur sa nuque. Il semblait provenir de la gauche.

Lentement, elle avança dans cette direction. Elle arriva devant une pile de gros sacs d'où s'échappait une odeur de sueur et de moisissure.

Tout en se pinçant le nez, Lowen rengaina son sabre et tenta de pousser le sac, mais il lui fallait ses deux bras… Non, il lui faudrait sans doute une dizaine de bras bien musclés pour bouger ce gros sac… et des gants de protection.

Ou je remonte pour demander à Loz de m'aider.

Mais l'idée de le faire descendre ici, sans aucune preuve concrète de son enquête, ne lui plaisait pas.

Agacée, la jeune fille donna un coup de pied dans le sac… qui bascula sur le côté, révélant une porte dérobée.

Retrouvant le sourire, Lowen actionna la poignée, mais la porte était verrouillée.

Évidemment, ç'aurait été trop facile !

Elle regarda autour d'elle, quand elle se rappela qu'elle avait son portefeuille dans la poche de son jean. Elle l'ouvrit et en sortit sa carte de train de Midgar. Priant pour que ça marche comme dans les films, elle la glissa dans la fente entre le cadre et le battant, puis la fit glisser vers le bas en exerçant une pression… jusqu'à ce qu'enfin, la porte s'ouvre.

Toute contente, Lowen rangea sa carte et s'engagea dans l'entrée.

À tâtons, elle trouva un interrupteur et l'actionna. Une ampoule au plafond s'alluma, révélant des cartons poussiéreux et des objets en mauvais état.

Il y avait de tout : un vieux flipper, un juke-box auquel il manquait des boutons, un mannequin manchot, des moustiquaires poussiéreuses, de vieux tableaux de peinture couverts de moisissures…

Le cadre de l'un d'eux attira l'attention de Lowen. Il était doré et propre, contrairement aux autres recouverts d'une épaisse couche de poussière.

Curieuse, elle tira le tableau du tas… et vit qu'il s'agissait d'un miroir.

Soudain, elle sentit une décharge d'énergie dans ses doigts. Une image se forma dans son esprit : un œil enflammé qui poussait un cri de triomphe.

Affolée, Lowen bondit en arrière. L'ampoule au plafond se mit à clignoter. L'air dans la pièce se fit plus froid.

La jeune fille se frictionna les bras et sentit qu'ils étaient couverts de chair de poule. Cette fois, elle souhaita que ses frères soient ici, ainsi que Sephiroth, Genesis et Angeal.

J'aurais pas dû venir seule !

Soudain, elle sentit quelque chose sur son épaule. Avec un cri de peur, elle se retourna… et tomba nez à nez avec Kadaj.

« Mais enfin, ça va pas ? J'ai frôlé l'infarctus ! »

Son frère haussa un sourcil sceptique.

« Tu peux nous expliquer ce que tu fais ici ? »

Lowen s'aperçut qu'il n'était pas seul. Yazoo, Loz, Jessie et Iruka étaient derrière lui. Les garçons semblaient inquiets, tandis que les filles regardaient autour d'elle avec curiosité.

« Vous m'avez suivie ? » demanda Lowen.

« On t'a entendue te lever et sortir en douce. On t'a rejointe parce qu'on s'inquiétait », dit Loz.

« Qu'est-ce que tu fais dans la chaufferie ? » demanda Jessie.

La chaufferie ? Lowen réalisa qu'il y avait bien une grosse chaudière en métal, au fond à droite de la salle.

« Je… Hier soir, j'ai cru entendre des voix appeler à l'aide, depuis la grille d'aération du salon. Je suis descendue pour voir s'il y avait bien quelqu'un qui avait besoin d'aide. »

« Et tu ne nous en as pas parlé ? » demanda Yazoo.

« Dites, on pourrait continuer cette discussion en haut ? Je ne crois pas qu'on a le droit d'être ici », dit Jessie. « Et vous ne trouvez pas qu'il fait froid ? »

Lowen était d'accord avec elle, l'endroit était glacial. Elle pouvait voir de la buée s'échapper de la bouche de ses amies.

« Tu voulais aussi vérifier si tu trouverais le miroir, c'est ça ? » demanda Yazoo à Lowen.

« Quel miroir ? Tu as dit quoi à Lowen, hier soir ? » demanda Kadaj à Iruka.

La jeune Wutaïenne parut soudain fort intéressée par un détail sur le mur. On aurait dit que quelqu'un avait écrit quelque chose derrière la série de vieux tableaux.

Elle se pencha pour les écarter, révélant d'étranges symboles. On aurait dit des lettres dont le bas avait été allongé, formant de longues courbes.

« C'est quoi comme alphabet ? » demanda Iruka.

Lowen écarquilla les yeux. Elle connaissait ces lettres : c'était de l'elfique. Mais qu'est-ce que ça faisait ici, dans une chaufferie d'hôtel à Costa Del Sol ?!

Elle se pencha pour déchiffrer le mot écrit sur le mur : « Tula », ce qui signifiait…

« À l'aide ? » souffla Lowen.

Soudain, le vieux juke-box émit un puissant bruit de friture, puis une vieille chanson se mit en route.

« Ô Lady Rose, Merry rose…

Will you take me with you

On the other side…

The big difference lies

Between the world of the living

And the Death Lord who cries… »

Cette fois, Lowen et ses amis n'en pouvaient plus. Cet endroit était carrément flippant !

« QU'EST-CE QUI SE PASSE ?! » cria Jessie, hystérique.

« JE NE SAIS PAS ! » cria Lowen.

Soudain, la porte dans le dos des jeunes gens se referma dans un claquement.

Tous se précipitèrent dessus et tentèrent d'activer la poignée, mais c'était bloqué !

« ON EST ENFERMÉS ! » cria Jessie, paniquée.

« Reculez ! » dit Kadaj.

Tous s'écartèrent. Loz prit de l'élan, puis fonça sur la porte. Avec une grimace de douleur, il recula et tenta deux nouvelles fois de l'enfoncer, mais elle semblait indestructible.

Lowen voulut lui demander d'arrêter, afin de retenter le coup de la carte, quand l'ampoule au plafond explosa, les plongeant dans le noir.

« Oh, de mieux en mieux ! » gémit Iruka.

« Attendez, on a nos téléphones ! » dit Kadaj.

Il le sortit et tenta d'appeler la réception, mais l'écran indiquait qu'il n'y avait aucun signal.

« C'est pas possible ! » gémit Jessie. « Je peux pas rester enfermée ici… »

« On va s'en sortir », la rassura Lowen.

Soudain, elle sentit un puissant souffle dans son dos. Elle se retourna et fut paralysée par un changement devant elle : le miroir était debout, appuyé contre le mur. Et il brillait d'un faible éclat bleuté.

La jeune fille sentit son corps se tendre. L'énergie qui émanait de l'objet était plus forte qu'avant.

Soudain, son cadre s'illumina, révélant des motifs rouges comme le sang sur la surface dorée. Des lettres formant des mots du Noir Parler du Mordor.

Hypnotisée par l'éclat du miroir, Lowen s'avança vers lui.

« Lowen ? Eh, Lowen ! Qu'est-ce que tu fais ? » demanda Kadaj.

Yazoo ouvrit des yeux ronds en voyant le miroir qui luisait. Il regarda les autres. Ces derniers avaient leur attention fixée sur Lowen, mais ne voyaient rien d'autre d'anormal. Pour eux, le miroir n'avait pas d'éclat.

On dirait que cette lumière l'hypnotise, pensa le jeune homme.

Il se précipita pour saisir la main de la jeune fille, mais à peine l'eut-il touchée qu'il reçut une puissante décharge. Il recula en gémissant de douleur.

« Yazoo, qu'est-ce qui se passe ? » demanda Kadaj.

« Je ne sais pas ! » dit son frère.

La jeune fille n'était maintenant qu'à deux pas du miroir. Elle resta sans bouger un instant, puis tendit la main vers la glace. Sitôt que ses doigts entrèrent en contact avec la surface… il y eut un flash de lumière, puis plus rien.

Le juke-box cessa de jouer. L'ampoule au plafond se ralluma, révélant la pièce où se trouvaient les garçons, Jessie et Iruka. Lowen avait disparu.

Stupéfaits, tous fixèrent l'endroit où elle se trouvait auparavant. Où était-elle passée ?

XxXxXxXxXxXxXxX

Lowen cligna des yeux. La lumière avait disparu, elle ne se sentait plus dans un état second.

Affolée, elle réalisa qu'elle n'était plus dans la chaufferie, mais dans un espace envahi par la brume. Il y faisait sombre et froid. Un vent puissant soufflait autour d'elle, comme si une tempête faisait rage.

Oh non, pitié, pas encore des visions ! Où sont les autres ?

Elle ouvrit la bouche pour crier, mais le vent étouffa sa voix.

La jeune fille regarda son collier. Il émettait un doux éclat doré, seule source de réconfort dans cet endroit.

Lowen regarda autour d'elle, se demandant quelle vision elle allait avoir cette fois… quand elle avisa une lueur au loin. Rougeoyante, elle lui évoqua l'Œil, quand elle réalisa qu'elle demeurait petite.

L'Œil de Sauron ne serait pas resté aussi loin et minuscule, il avait la manie de toujours foncer vers elle, comme une comète décidée à lui foncer dessus pour la brûler.

Son sabre à la main, Lowen se dirigea vers cette lumière. Elle vit bientôt qu'il s'agissait de l'éclat d'un anneau. Il entourait le doigt d'un petit homme. Ce n'était pas Bilbon, celui-ci était plus jeune. Brun, vêtu d'un costume marron et d'une cape verte, il regardait autour de lui avec l'air perdu.

Ses grands yeux bleus croisèrent les siens un bref instant, lui renvoyant un regard affolé.

Prise de pitié, Lowen tendit la main vers lui. Aussitôt, la brume disparut. La jeune fille sentit qu'elle tombait.

Prise de court, elle atterrit de tout son long sur un tapis de mousse au beau milieu… d'une forêt ?!

Ahurie, Lowen se redressa et regarda autour d'elle. Où étaient passés la chaufferie, ses frères et ses amies ? Et la plage, le sable fin, les palmiers… ?

Elle se trouvait à présent au milieu de grands arbres aux longues branches tordues. Des bruits d'insectes et des craquements résonnaient autour d'elle, formant une cacophonie désagréable.

L'espace d'un instant, Lowen pensa à Mirkwood, mais elle réalisa que cet endroit ne correspondait pas au royaume de Thranduil.

L'air n'y était pas aussi étouffant, les arbres avaient un feuillage verdoyant et ils paraissaient sains, malgré leur aspect menaçant.

« Dites-moi que ce n'est pas vrai… » souffla la jeune fille.

Une horrible certitude se forma dans son esprit : elle n'était plus sur Gaïa. Mais comment avait-elle fait pour… ?

Paniquée, elle sortit son téléphone. Elle n'avait pas de réseau. Elle sentait par contre toujours le poids rassurant de son sabre dans son fourreau, en bandoulière. Elle regarda ses bracelets. Il y avait aussi ses matérias. Elle avait les basiques : Feu, Glace, Soin, deux autres qui la rendaient plus forte et plus rapide, une Tout…

Mais elle n'avait pas de vivres ni d'argent. Et en plus, elle portait des vêtements d'été dans une forêt où il ne faisait pas bien chaud.

« Ohé ? Merry ! Pippin ! Sam ! Où êtes-vous ? » cria une voix, à proximité.

D'instinct, Lowen recula jusqu'à se cacher derrière un arbre. Elle perçut aussitôt un murmure agressif émanant de l'écorce.

« Intrus… Écraser… Étouffer… »

Lowen fit les gros yeux à l'arbre. Qu'est-ce que c'était que cette manière de parler ? À Mirkwood, les arbres n'avaient jamais eu un langage aussi méchant !

Qu'est-ce qui cloche avec cette forêt ?

Soudain, un cliquetis familier lui parvint. Priant pour qu'elle se trompe, la jeune fille se pencha sur le côté et vit une énorme araignée passer devant elle.

Bien que grosse comme une vache, elle n'avait pas la couleur sombre typique de celles de Mirkwood. Ses pattes étaient jaune caca d'oie et son abdomen marron. Mais elle n'en demeurait pas moins très laide.

Lowen la regarda passer devant elle et continuer son chemin. Soulagée, la jeune fille voulut prendre la direction opposée de ce monstre, quand un cri lui parvint. Quelqu'un avait des ennuis avec l'araignée !

Étouffant un juron, la jeune fille courut vers la source de ce bruit. Des sifflements agressifs lui parvinrent, signe que le monstre avait trouvé une proie.

Elle accéléra le pas et aperçut bientôt la personne en difficulté. C'était le drôle de petit homme qu'elle avait aperçu dans le brouillard ! Armé d'un bâton de voyage, il tentait de repousser l'araignée.

Profitant du fait que le monstre lui tourne le dos, Lowen dégaina son sabre, bondit et planta sa lame dans l'abdomen.

Le monstre émit un cri de douleur et se cabra, mais la jeune fille tint bon. Elle fit tourner sa lame dans le corps de l'insecte, puis le fit avancer jusqu'à atteindre sa tête qu'elle trancha en deux.

L'araignée eut un ultime soubresaut, puis elle s'affala dans une mare de sang.

Essoufflée, Lowen s'agenouilla. Les mains toujours agrippées à la poignée de son sabre, elle leva les yeux vers celui qu'elle avait sauvé.

Son bâton toujours tendu devant lui, il regardait la jeune fille avec l'air éberlué.

Lowen fut la première à sortir de sa transe. Elle se leva, dégagea son sabre et recula loin du monstre.

« Est-ce que ça va ? » demanda-t-elle à l'inconnu avec douceur.

Ce dernier cligna des yeux, puis baissa son bâton et fit « oui » de la tête.

« Merci de votre aide », dit-il dans un souffle.

Lowen agita la main en signe que ce n'était rien. Elle jeta un bref regard aux pieds poilus et aux oreilles pointues du drôle de petit homme. Il avait un visage de jeune homme, malgré sa petite taille. Et un sac à dos était visible dans son dos.

Finalement, la jeune fille le quitta des yeux pour s'approcher d'un buisson afin d'essuyer sa lame sur les feuilles.

Elle sentit plus qu'elle ne vit le regard du mystérieux voyageur sur elle.

« Pardonnez-moi, mais est-ce que vous vivez dans cette forêt ? » demanda l'étranger.

« Non, je… je viens juste d'arriver et je suis perdue », dit la jeune fille.

C'était la vérité, mais elle n'allait pas lui avouer qu'elle avait mystérieusement changé de monde.

« Ah… Moi aussi », dit le petit homme, ce qui les fit tous deux émettre un rire nerveux. « Je me nomme Frodon Soucolline, pour vous servir. »

« Lowen Greenrock », dit la jeune fille. « Dites, ne le prenez pas mal, mais… qu'est-ce que vous êtes ? »

« Je suis un Hobbit de la Comté. »

La Comté… Oui, elle se rappelait avoir vu des cartes dans la bibliothèque de Mirkwood, autrefois. Sur l'une d'elles, elle avait lu le nom de ce pays. Si ses souvenirs étaient bons, la Comté se trouvait de l'autre côté des Monts Brumeux, à des kilomètres de Mirkwood.

Tant mieux ! Je ne suis pas pressée de revoir Thranduil et sa clique.

Elle réalisa soudain que ses frères, Jessie et Iruka étaient toujours sur Gaïa, coincés dans la chaufferie ! Mon Dieu, qu'allaient devenir ses frères et ses amies ? Comment les retrouver ?

Et Sephiroth ! Comment réagirait-il s'il apprenait qu'elle avait disparu ? Oh non, elle ne voulait pas abandonner tous ceux qu'elle aimait ainsi !

La voix de Frodon la sortit. de ses pensées paniquées :

« Pardonnez-moi, demoiselle Lowen, mais n'auriez-vous pas vu trois autres Hobbits, dans les parages ? Nous voyagions ensemble en direction de Bree, mais nous nous sommes perdus dès notre arrivée dans la Vieille Forêt. »

« Hum, désolée, Monsieur Soucolline, mais vous êtes le premier Hobbit que je croise depuis mon arrivée ici. Par contre… »

Son regard dériva vers l'araignée.

« Si vous voulez, je vous aide à retrouver vos amis. Quelque chose me dit que cette saleté n'était pas seule dans cette forêt, et vous pourriez avoir besoin d'aide. »

Frodon accepta. Tandis que tous deux empruntaient un sentier, il vit que la jeune fille frissonnait. Elle ne portait qu'une drôle de chemise moulante à manches courtes et se frictionnait parfois les bras. Même son pantalon ne couvrait pas entièrement ses jambes.

« Attendez, vous semblez avoir froid », dit Frodon.

Il enleva son sac et fouilla dedans, jusqu'à en retirer une cape et une fibule en métal ronde.

« Merci », dit Lowen.

La cape était courte, elle ne dépassait pas sa taille, mais au moins elle lui couvrait les bras.

Tandis qu'elle fermait la broche, Frodon remarqua le collier à son cou. C'était un magnifique bijou en or représentant une fleur dont le cœur était une pierre précieuse. Le Hobbit reconnut l'art des elfes dans la finesse du bijou.

Apparemment, c'est une personne de sang noble…

Mais il trouvait sa tenue bizarre. Pourquoi portait-elle un pantalon court et moulant ? Ses bottes étaient très courtes et blanches, une couleur qu'il n'avait jamais vue sur du cuir. Même la forme de son épée était intrigante. Au lieu d'une lame d'acier droite, elle était fine et légèrement courbe.

Il scruta son visage. Elle était jeune, il lui donnait seize ans tout au plus. De longs cheveux bruns retenus en natte, dont quelques petites mèches rebelles s'étaient échappées, collaient à son front en sueur. Quant à ses yeux… il n'avait encore jamais vu quelqu'un avec des prunelles de couleur différente ! Elle avait l'air étrange, mais elle n'était pas une menace, il le sentait.

Le simple fait qu'elle se soit précipitée pour le sauver de cette araignée en était la preuve. Et elle semblait plus perdue que lui, à en juger la façon dont elle lançait des regards désespérés autour d'elle.

Frodon fut tenté de lui demander d'où elle venait, quand des cris lui parvinrent plus loin.

« Au secours ! »

Lowen s'élança aussitôt, talonnée par le Hobbit. Ils arrivèrent bientôt dans une petite clairière où ils virent trois autres semi-hommes aux prises avec quatre araignées.

Frodon regarda la jeune fille se ruer sur l'araignée la plus proche et lui asséner un coup qui trancha net ses pattes droites. Profitant de son déséquilibre, la jeune fille lui planta sa lame dans la tête.

Les compagnons de Frodon cessèrent de brandir leurs bâtons pour regarder cette guerrière inconnue dégager son épée et se mettre en garde. Les trois autres araignées délaissèrent les Hobbits pour braquer des dizaines d'yeux haineux sur la jeune fille.

Celle-ci ferma les yeux et tendit la main. Une boule de glace se forma dans sa paume, puis se divisa en plusieurs éclats qui fendirent l'air pour se planter dans la tête des araignées.

Profitant de la douleur engendrée par son sort, Lowen coupa en deux la tête de la plus proche, esquiva un coup de patte de la deuxième et plongea pour passer sous son corps qu'elle fendit avec sa lame.

Sitôt de l'autre côté, elle se releva. La dernière araignée fonça vers elle. Sans se retourner, Lowen tendit sa lame vers l'arrière et laissa l'araignée s'empaler dessus.

Haletante, en nage, la jeune fille recula en dégageant maladroitement son épée, puis elle regarda les Hobbits.

Elle devait sans doute faire peur, avec sa lame couverte de sang et ses cheveux collés à sa peau brillante de sueur…

Frodon fut le premier à sortir de sa stupeur pour s'approcher de ses amis et leur demander s'ils allaient bien.

Clignant des yeux, les trois Hobbits regardèrent alternativement leur ami et la jeune fille.

« Euh… On va bien », dit l'un d'eux, aux cheveux blonds.

« Mais Frodon… qui est… ? »

« Tout va bien. C'est Lowen, une amie », dit Frodon. « Sam, ta gourde. »

« Oh oui, pardon ! » dit un Hobbit plus joufflu que les autres.

Il s'empressa de sortir de son sac une outre remplie d'eau et s'avança pour en proposer timidement à la jeune fille.

Celle-ci parut surprise, mais accepta son offre.

« Merci », dit-elle avant de boire avec soulagement de l'eau fraîche.

« Merci à vous », dit le Hobbit blond avec un sourire.

« Vous êtes magicienne ? » demanda le quatrième Hobbit.

« Pardon, mais vous êtes… ? »

« Je suis Peregrin Toucque, mais mes amis m'appellent Pippin. Voici Sam Sagace et Meriadoc Brandebouc. »

« Mais vous pouvez m'appeler Merry ! » dit le Hobbit avec un sourire amical.

Lowen fut surprise par la rapidité avec laquelle ils se présentaient et lui souriaient. Après avoir connu pendant des années l'attitude froide et méfiante des Elfes, la rencontre avec ces Hobbits était une surprise rafraîchissante.

« Non, messieurs, je ne suis pas magicienne », dit Lowen. « J'utilise juste des matérias… des cristaux qui donnent des pouvoirs magiques. »

Elle tapota ses bracelets où scintillaient les pierres.

« Oh… Alors, vous n'êtes pas comme Gandalf ! » dit Pippin.

Merry lui donna un coup de coude, ce qui arracha un regard perdu à Pippin.

« Gandalf ? » répéta Lowen.

« Oui, un magicien ! On était en route pour aller le voir », dit Merry.

Lowen plissa les yeux. Radagast lui avait déjà parlé d'un magicien répondant à ce nom. Mais bien sûr, les magiciens ! Ils pourraient sûrement l'aider. Qui mieux qu'eux pourraient la renseigner sur la magie et le moyen de passer d'un monde à un autre ?

« Ça vous dérange si je vous accompagne ? J'aimerais vraiment rencontrer ce Gandalf. J'ai besoin d'aide pour rentrer chez moi. »

« Et où est-ce, chez vous ? » demanda Sam.

« Euh, je ne crois pas que vous connaissiez. Midgar, ça vous dit quelque chose ? »

Les Hobbits durent admettre que non.

« De toute façon, on ne va pas vous laisser seule ici… quoique vous ne risquiez pas grand-chose, compte tenu de vos prouesses », dit Frodon en jetant un coup d'œil aux cadavres d'araignée.

Lowen lui répondit par un sourire complice. Reportant son regard sur les araignées, elle réalisa que c'était son premier combat contre de vrais monstres. Elle aurait aimé que Cissnei et Sephiroth voient ça.

Les quatre Hobbits et la jeune fille se remirent en route le long du sentier. Tandis qu'ils avançaient, le silence menaçant de la forêt fit taire toute envie de discuter.

Instinctivement, les Hobbits se rapprochèrent de Lowen tandis que celle-ci prit la tête du peloton.

« Aucun de vous ne connaît cette forêt ? » demanda Lowen.

« Non, enfin… Merry, tu es déjà venu ici, pas vrai ? » dit Pippin.

« Oui, mais je ne me suis jamais aventuré aussi loin. »

Ils arrivèrent bientôt à une impasse. Une rangée d'arbres immenses leur barrait la route. Lowen examina le sol. Le sentier semblait disparaître sous les racines d'un des arbres. Curieux…

Les cinq compagnons firent demi-tour, mais ils ne purent aller bien loin. Au bout de quelques minutes, ils virent que l'autre bout du sentier était bouché.

Lowen n'y comprenait rien. Ils auraient dû croiser les cadavres des araignées en cours de route, mais un arbre semblait avoir surgi de nulle part pour boucher l'autre extrémité du sentier !

« Euh… On fait quoi, maintenant ? » demanda Sam.

Lowen se retourna et parut intéressée par quelque chose au loin. Plissant les yeux, elle s'avança dans l'autre sens… et fit signe aux Hobbits de la rejoindre.

Ils la rattrapèrent et virent avec surprise que le sentier était dégagé !

« Je rêve ou le sentier s'est rouvert, comme par magie ? » demanda Lowen.

« Non, c'est cette forêt… C'est comme si elle avait son propre esprit », dit Frodon.

Lowen fit la moue. Finalement, elle commençait à regretter Mirkwood.