Bonjour, bonne année et merci à ceux qui poursuivent leur lecture :). J'ai bien fait de découper en deux parties, c'était finalement plus long que prévu ^^" . Je pense qu'on est dans le dernier tiers de l'histoire à priori :)
Dans la promiscuité du bureau, Hermione couchait d'une plume légère les derniers mots de sa lettre. D'un geste de baguette, elle y apposa un cachet de cire magique afin de s'assurer qu'aucune paire d'yeux indiscrète ne s'y attarde avant qu'elle ne soit délivrée à son destinataire. Une précaution qui n'était pas superflue tant qu'elle n'aurait pas fait la lumière sur la nature de leur projet de recherche.
Draco était assis à l'autre bout du sofa. Les yeux clos, le livre qu'il lisait quelques minutes plus tôt reposait sur son torse et ses épaules étaient affaissées dans une posture presque sereine. Il semblait s'être assoupi.
Elle hésita.
Il restait moins d'une demi-heure avant le retour des autres, et il était préférable qu'ils rejoignent la mezzanine pour les derniers préparatifs.
La malice étira alors ses lèvres et, sans trop y penser, elle tendit la jambe pour lui tapoter la cuisse.
"Tu dors ?" murmura-t-elle.
Il ouvrit un œil, lentement.
"Je ne dors jamais vraiment, Granger, tu devrais le savoir." Sa voix était un murmure bas et grave, qui glissait comme du velours sur la peau d'Hermione.
D'un geste vif, il referma ses doigts sur son pied avant qu'elle n'ait le temps de le retirer. Son souffle se bloqua sous la surprise.
"Qu'est-ce que tu fabriques ? Une vile tentative pour m'assassiner ?" poursuivit Draco en décroisant paresseusement ses jambes.
"Peut-être bien, mais t'achever si vite ne serait pas très rentable pour moi."
Elle tenta de se dégager, mais il ne la relâcha pas et raffermit sa prise.
"Il est glacé, je le sens même à travers ta chaussette", s'exclama-t-il, moqueur. "Par les 9 cercles de l'enfer, c'en est presque inhumain."
Un sourire timide naquit sur les lèvres de la jeune femme, désarçonnée par le contact inattendu de ses mains chaudes et de cet étrange regard qu'il posait sur elle.
"Il fait toujours frais ici. Tu peux me lâcher, je voulais juste voir si tu dormais."
- Je pourrais, mais si ça te va, j'aimerais éviter qu'on me reproche de t'avoir laissé perdre tes orteils.
Tout en retenue, il cala la pointe de son pied entre sa cuisse et le canapé pour lui tenir chaud.
Hermione s'apprêta à protester, à lui retourner une réplique mordante, mais elle se ravisa. Le contact était étrange et familier à la fois, aussi saisissant que la douceur sombre dans les yeux de Draco lorsqu'il l'avait regardée quelques secondes plus tôt. Ce petit geste fit palpiter son cœur un peu trop rapidement à son goût, et son cerveau vrilla en une vague de pensées parasites.
Arrête de réfléchir, juste une fois. Ce n'est rien, il réchauffe simplement ton pied, rien de plus…
"Merci", répondit-elle simplement.
De là, elle pouvait sentir l'odeur de son parfum, chaude et boisée. Sa respiration devint un peu plus rapide, un peu plus irrégulière.
"Ça va mieux ? J'imagine que l'autre est dans le même état ?"
Il se saisit de sa cheville et la tira à lui sans effort avant de laisser ses doigts glisser jusqu'à son pied, dans une aisance désarmante.
"Draco", commença-t-elle, la voix hésitante, consciente qu'elle s'apprêtait peut-être à sacrifier ce fragile équilibre sur l'autel d'une réalité qu'aucun d'eux n'était prêt à affronter.
Il ne la laissa pas terminer et secoua la tête, faussement exaspéré, avant de placer son second pied sous lui. De sa main libre, il reprit son livre et déclara nonchalamment :
"Ne gigote pas, Granger, je n'arrive pas à me concentrer."
Elle s'immobilisa, surprise par la fermeté tranquille de son ton, comme s'il écartait toute anomalie dans la situation.
Sa main vagabonda un instant sur la cheville de la jeune femme, comme pour s'assurer qu'elle restait en place. À la dérobée, elle observa le visage de Draco. Un océan de neutralité absolue. Parfaitement calme, il avait les yeux rivés sur les lignes de son ouvrage. Pas le moindre trouble n'habitait son regard.
Elle scella leur pacte silencieux en retournant aussi à sa lecture. Un tendre chaos agitait ses pensées, qui se heurtaient et se mélangeaient, comme les mots qu'elle s'évertuait à essayer de lire sans y parvenir. Elle tenta de s'ancrer au monde en enfonçant sa main libre dans le dossier du canapé, laissant le contact légèrement rugueux du tissu saturer ses récepteurs sensitifs.
Malgré ses efforts, l'étrangeté du moment crépitait dans l'espace qui les séparait. Ses repères se brouillaient.
Pourquoi est-ce que j'ai envie qu'il continue de me toucher ? De sentir ses mains sur ma peau…
La petite flamme de désir qui l'animait couvait les braises de quelque chose de plus doux, et cela l'effrayait un peu.
"J'imagine qu'il faut qu'on y aille", finit-elle par dire après de longues minutes de tergiversations internes. "Il paraît que Merlin se charge d'occuper les paresseux, alors ne traînons pas."
Draco resta immobile. Son corps lourd avait toutes les peines du monde à esquisser le moindre mouvement. Pour la première fois, cela lui coûtait de bouger. De rompre cette tendresse muette qui les unissait, qui flottait obstinément à la surface de son existence comme une petite tache d'huile, incongrue et insoluble, et dans laquelle elle ne trouvait pas sa place.
"Laisse-moi seulement une petite minute, je te rejoins."
"On se retrouve à l'étage", murmura-t-elle tout bas.
À ses mots, elle se leva et sortit du bureau.
Draco soupira. Frustration, soulagement. Pas de déni cette fois.
Il avait senti le trouble en elle et s'était attaché à son livre comme à une bouée de sauvetage pour ne pas croiser son regard. S'il l'avait fait, les restes de sa maîtrise se seraient probablement envolés loin, très loin. La tête entre les mains, il se maudit.
Arrête ça, bon sang. Ou ça finira mal.
Hermione fut accueillie par les miaulements aigus de Pattenrond, visiblement scandalisé d'avoir été délaissé. Elle le gratifia d'un petit câlin sous le menton, qui sembla lui faire abandonner toutes ses velléités. Si le gros chat se coucha apaisé, la machine lancée dans sa tête à elle ne parvenait pas à s'arrêter.
Elle passa les doigts dans sa fourrure rousse, songeuse.
Il fallait avouer que le destin avait eu une curieuse façon de redistribuer les cartes. Dès le moment où ils avaient partagé ce thé, elle aurait dû savoir que la partie était biaisée. Être une femme de raison n'empêchait pas cette dernière d'avoir présentement déserté son corps et son esprit pour la laisser avec des sentiments dont elle ne savait que faire. Était-elle vraiment en train de flancher pour un Malefoy, ou bien n'était-ce qu'un jeu ? Peut-être une fable qui prenait racine en son cœur.
La porte de la boutique s'ouvrit brusquement, portant à ses oreilles les gazouillements de Carmine, visiblement de bonne humeur en compagnie de Blaise.
Hermione les rejoignit prestement, abandonnant ses tourments.
"Alors, cette petite balade ?" demanda-t-elle, une expression peinte de curiosité.
Carmine inspira profondément, sortit une baguette qu'Hermione reconnut immédiatement comme étant d'excellente qualité, et murmura la gorge nouée :
"Lumos."
Une lumière douce jaillit de l'extrémité de la baguette, vacillante mais bien présente.
Blaise observa sa protégée comme l'aurait fait un père fier de sa progéniture, et le visage d'Hermione trahit la force de son émotion.
"Oh, Carmine…"
Elle s'approcha, ouvrit les bras pour serrer doucement la jeune fille contre elle. Submergée par l'émotion, Carmine laissa échapper un rire nerveux et essuya rapidement les larmes qui perlaient au coin de ses yeux.
"Je me doutais bien que vous tramiez quelque chose. Le son porte ici… Mais… comment ? Et d'où vient cette baguette ?"
"Grâce à Blaise, vraiment, il a su me guider."
Carmine lança à ce dernier un regard fébrile.
"T'emballe pas, moucheron. Je joue peut-être dans les deux camps, mais je suis trop vieux pour toi," plaisanta-t-il.
Carmine adopta un air faussement vexé et Blaise lui adressa un clin d'œil complice avant de se tourner vers Hermione.
"Pour la baguette, disons qu'on a été chercher du côté des héritages familiaux…"
Ses lèvres se plissèrent pour dévoiler un sourire éclatant empli de connivence, chassant les détails qu'il pourrait avoir à donner. "On les a toutes essayées, et celle-ci s'est révélée plutôt compatible. Aubépine et poil de lièvre des neiges, relativement souple."
Il s'assura que Carmine s'éloignait de quelques pas pour monter leurs emplettes avant de reprendre :
"Elle avait peur de vous en parler car elle ne voulait pas vous décevoir. Son potentiel magique reste limité, mais elle a une petite marge de progression."
- Pourquoi personne ne l'a jamais détecté ? Même nous n'avons rien vu…
- Elle l'avait très bien inhibé. Pourquoi, je n'en sais rien. Les cas de blocages magiques peuvent survenir pour un tas de raisons. Peu importe, on aura peut-être l'occasion d'y revenir étant donné qu'en ce moment on passe notre vie à traîner dans le coin. Allons-y.
Et il pivota en l'entraînant avec lui vers les escaliers.
À l'étage, des mets s'étalaient à profusion sur une desserte installée pour l'occasion.
Hermione piocha au hasard dans l'une des petites verrines devant elle. L'avocat et le fromage frais fondirent sur sa langue, relevés par une petite pointe de balsamique. Délicieux. À côté, un petit empanada lui faisait de l'œil et elle s'apprêtait à s'en saisir quand les bras musclés de Neville l'attrapèrent pour un câlin surprise, plaquant le dos de la jeune femme contre son torse.
"Hermione ! J'ai demandé à Luna pour le Gala, comme tu m'avais proposé, plus qu'à attendre la réponse," s'exclama-t-il, joyeux.
S'ils devaient initialement s'y rendre ensemble, il était temps que cette affaire progresse, d'une manière ou d'une autre. Elle avait donc suggéré à son ami d'inviter la magizoologiste à l'accompagner. Elle lui adressa un sourire sincère et le gratifia de quelques mots d'encouragements après qu'il l'eut relâchée.
Ravi, Neville fondit à son tour sur le buffet et se remplit une assiette avec diverses bouchées qu'il dévora en abreuvant Carmine de compliments.
Le craquement dans les escaliers annonça l'arrivée de Draco puis de Harry, et tous gravitaient autour du buffet pour se restaurer avant de commencer.
Après quelques discussions stratégiques animées, la table centrale fut prête à accueillir les six joueurs.
Hermione se saisit d'un petit sac en velours noir brodé de runes lumineuses qu'elle brandit devant elle :
"Pour éviter toute accusation de favoritisme, c'est le hasard qui décidera des équipes !"
- Pas besoin, je veux être avec toi Granger, plaisanta Blaise. Comme ça je suis certain qu'on va gagner.
- Dans tes rêves, Zabini. On va tous tirer une rune, qu'on révélera en même temps. Les couleurs détermineront les deux équipes : Flocons ou Braises.
"Pour la peine, tu commences," fit-elle en tendant le sac à Blaise avant de faire le tour de la tablée pour s'assurer que tout le monde tire la sienne.
La tâche accomplie, chacun ouvrit son poing pour révéler sa rune.
"Flocons ! On est ensemble !" s'exclama Blaise en se retournant vers Carmine et Neville. "On va les écraser, Moucheron !"
"Équipe des Braises," déclara Hermione en observant la rune qui rougeoie dans sa main.
Deux brefs grognements pour toute réponse, elle se tourna alors vers Harry et Draco qui se jaugeaient déjà du regard. Elle mordit sa lèvre inférieure et réprima un petit sourire. Certains clichés avaient visiblement la peau si dure que le temps n'avait su les entamer. Il ne restait plus qu'à espérer que tout se passe bien.
"Que tout le monde se place, s'il vous plaît. L'objectif est de récupérer l'orbe centrale avant les autres. Et pas de triche, Blaise," rappela Hermione.
"Moi, tricher ? J'en suis incapable," s'offusqua-t-il, une main sur le cœur.
"Prêts ?" demanda-t-elle à ses équipiers.
"Toujours," répondit Harry avec un sourire complice alors que Draco plaçait déjà une partie de ses troupes près de la rivière qui traversait la carte.
Et la partie commença.
Après bientôt deux heures de lutte, la tension était palpable. À quelques tours de la fin, l'équipe des Flocons semblait en position de remporter la victoire, au grand désarroi des Braises.
Harry regarda ses cartes, plus dépité que jamais.
"Si seulement quelqu'un n'avait pas pioché l'inversion des mains tout à l'heure…" maugréa-t-il en jetant un regard en coin à Malefoy.
"Tu insinues quelque chose, Potter ? Peut-être que si quelqu'un n'avait pas été aveuglé par sa bravoure et ne s'était pas précipité seul sur l'Élite adverse, on s'en serait mieux sortis, effectivement."
Une étincelle d'animosité se répandit dans l'air, qu'Hermione ignora superbement pour se concentrer sur le plateau, son cerveau en ébullition afin d'évaluer tous les scénarios possibles.
"Écoutez-moi," chuchota-t-elle finalement, coupant court à la querelle naissante. "On a encore une chance, mais il va falloir que chacun mette son ego de côté et qu'on le fasse ensemble."
Les trois entamèrent alors un conciliabule secret à l'aide d'un sort d'insonorisation, comme autorisé par le règlement.
"Si on combine ma carte Portail avec celle de confusion d'Harry, on peut les attirer dans une embuscade. Pendant ce temps, l'un de nous devra franchir la rivière et récupérer l'orbe avant qu'ils ne comprennent ce qui se passe. Si ça rate, on aura définitivement perdu, il ne nous restera rien pour nous retourner."
Harry hocha la tête, un sourire complice sur le visage.
"Je suis partant. Et toi, Malefoy ? Ou bien tu préfères te défiler ?" lança le brun avec défi.
Piqué, Draco claqua la langue en s'appuyant contre le dossier de sa chaise.
"Très bien. Je pense qu'un des champions que j'ai postés près de la rivière pourrait faire l'affaire. Ses statistiques de vitesse sont élevées. Si Granger le bénit avec son Calice, ça augmentera ses points de vie, ce qui pourrait nous sauver en cas d'attaque."
Elle hocha la tête et leva le sort de silence avec appréhension, consciente du coup de poker qu'ils s'apprêtaient à tenter.
Hermione retint son souffle, les yeux rivés sur le plateau. Vint le dernier coup. Le champion de Draco atteignit l'orbe central et le plateau explosa dans un feu d'artifice miniature, illuminant les figurines rouges qui entamèrent une danse de célébration sous les lamentations des figurines bleues.
"Victoire des Braises !" flotta en lettres d'or au-dessus du plateau.
Un petit sourire satisfait flotta sur les lèvres d'Hermione.
"Pas mal, Granger. Je dois admettre que c'était ingénieux," concéda Draco. "Je comprends mieux comment Potter s'en est sorti tout ce temps."
"Shhhhh," murmura-t-elle en passant un doigt devant sa bouche avant de rire aux éclats. Ce même rire qui l'emportait à chaque fois, malgré lui.
Neville, quant à lui, semblait s'amuser de l'air tragique et déconfit de Blaise alors que Carmine déployait tous ses efforts pour le consoler.
"Ne vous y habituez pas trop, petits scélérats, je prendrai ma revanche la prochaine fois !" rétorqua Zabini alors que Draco et Harry levaient les yeux au ciel.
"On devrait faire la paix devant le dessert," suggéra Carmine en s'approchant du buffet.
"Bonne idée," approuva Hermione qui entama la découpe des parts avant de les servir.
Une minuscule boule non identifiée arriva en trombe et atterrit en catastrophe sur le plateau de jeu.
"Oh, c'est Mimibou !", et Neville se dépêcha de récupérer le petit oiseau auprès de lui. "Tu as été un peu secoué, on dirait, mon pauvre…"
"Mimibou ?" pouffa Blaise en regardant Hermione.
"Il ne répond qu'à ce nom-là, et ce n'est pas faute d'avoir essayé autre chose," répondit la jeune femme en s'installant dans la causeuse.
"Oh Hermione, c'est Luna, elle est partante pour le Gala," annonça Neville, les yeux brillants. "C'est toujours bon pour toi si tu dois y aller avec quelqu'un d'autre ?"
"Évidemment !" Elle porta son verre à sa bouche, comme pour appuyer ses paroles.
"On parle du Gala des Nott ? Celui qui a lieu semaine prochaine ?" demanda Blaise en récurant soigneusement le fond de sa verrine.
Le botaniste sembla se réjouir de ce sujet de discussion.
"Tout à fait. D'ailleurs, des intervenants très talentueux ont été annoncés cette année, ça va être fabuleux."
"Est-ce que vous venez aussi ?" questionna timidement Carmine en regardant alternativement Draco puis Blaise.
Ce dernier éclata d'un rire franc.
"J'en doute. Pour être honnête, je ne suis pas fait pour les mondanités, ou plutôt, j'ai décidé de m'en affranchir. Ça serait assez hypocrite, donc. Mais ma mère sera présente, c'est déjà bien assez."
Draco, lui, replaça soigneusement sa chevalière avant de répondre distraitement : "J'y serai. Ça promet d'être… intéressant."
Il ne répandit pas en détails et se leva aussitôt en direction du buffet. Hermione jeta un œil interrogateur à Blaise.
"Draco va au Gala ?"
Il ne lui était pas venu à l'esprit qu'il pourrait s'y rendre, étant donné sa situation, mais l'air fermé qu'il avait arboré, comme pour les garder à distance, la taraudait.
Blaise haussa les épaules comme pour se dédouaner.
"Ne m'en demande pas trop, Granger. Mais il y a des choses qu'on ne choisit pas toujours… même avec la meilleure des volontés."
Il inclina la tête sur le côté, comme pour l'inviter à aller chercher directement ses réponses.
Elle rejoignit Draco en quelques pas, hésitante, comme si elle craignait de le bousculer.
"Je ne savais pas que tu t'y rendais aussi ?"
Il releva à peine la tête vers elle, laissant les mots se répandre dans sa bouche avec une brusquerie inhabituelle.
"J'en ai l'obligation, oui."
Elle fronça les sourcils. La réponse apportait plus de questions qu'elle n'en résolvait, mais il ne semblait pas vraiment sur le point d'en dire plus. Ses yeux couvaient encore cet orage qu'elle ne s'expliquait pas.
"Si tu veux… enfin, si c'est plus facile, on peut y aller ensemble, juste en tant que duo," offrit-elle avec une maladresse réconfortante et sincère.
Il sembla pris de court face à cette proposition et son visage se figea.
- Granger… j'apprécie vraiment, mais… je ne peux pas.
Bien sûr qu'il ne pouvait pas. Qu'est-ce que je croyais, au juste ? Qu'il s'afficherait à un gala aux côtés d'une "Sang-de-Bourbe" ?
La pensée la frappa avec une violence humiliante. Elle se maudit intérieurement et lutta pour ne pas vaciller.
Mais il poursuivit, et la vérité était différente encore de ce qu'elle avait pu imaginer.
"Ma famille veut profiter de cette occasion pour essayer de se racheter une place en société," expliqua-t-il, la voix contenue, les doigts serrés sur son assiette. "Ça implique de redorer notre image, par une donation à la fondation mais aussi… par une alliance avec une personne qu'ils ont choisie pour moi."
Sa voix n'avait plus la froideur de tout à l'heure. Il avait pris soin de choisir les mots les moins connotés possible, comme s'il voulait en atténuer l'impact, mais la finalité était la même.
Rien d'autre ne lui vint, alors il resta là, écœuré de lui-même alors que le cœur d'Hermione se fêlait en même temps que sa naïveté. Un instant, elle ne comprit pas. Puis la réalité s'imposa à elle avec une clarté douloureuse. Ce n'était même pas une question de sang ou d'image. Il appartenait déjà à quelqu'un d'autre.
Accrochée à son sourire poli et à son pragmatisme, elle tempéra la tornade d'émotions qui déferlait en elle. Honte, colère, regret, puis compréhension. Pourquoi ? Pourquoi se sentir blessée par quelque chose qui n'avait jamais commencé et qui n'aurait jamais commencé ? Peut-être que je n'ai jamais su lire sous ce masque, finalement.
La sorcière choisit la douceur plutôt que la rancœur :
"Je comprends," répondit-elle enfin. Elle ne savait pas elle-même si c'était un mensonge ou non. "C'était juste une idée."
Elle ne put plus soutenir cette conversation et se détournait lorsque Blaise intervint pour alléger l'atmosphère.
"Si tu cherches un cavalier pour le gala, je danse bien mieux que ce tocard, mais ça tu as déjà eu l'occasion de le constater," lança-t-il pour la réconforter.
Hermione laissa échapper un petit rire pour dissiper le malaise autour d'eux.
"Toi ? Tu disais que tu avais horreur de ce genre d'événements."
- Et c'est vrai, mais je pourrais faire un effort.
- Andouille. Ne pas avoir de cavalier n'est pas une tragédie. Ceci étant, pour le simple plaisir de t'y traîner alors que ça te coûte, ça me convient, accepta la jeune femme avec un petit air moqueur.
Ils échangèrent encore quelques plaisanteries, mais Draco ne bougea pas, figé devant la tarte au citron. Quel sombre con.
Quand Blaise l'embarqua, il le suivit sans un mot.
La brume qui nimbait le halo des réverbères adoucit les arêtes de la rue. Ils marchèrent en silence quelques minutes.
"Je crois que tu as blessé ta petite sorcière," se risqua finalement Zabini.
Draco serra les poings dans ses poches.
- Je sais.
Une pause s'invita.
- Et ça me tue.
Blaise hocha la tête.
- Je sais.
