La silhouette du manoir Nott se dessinait au loin dans la grisaille du soir, imposante et fière.

Dans la calèche, Luna rajusta sa pochette duveteuse contre sa robe pervenche et s'adressa enfin à Blaise, qu'elle fixait depuis un bon moment :

"Quel étrange pouvoir que le tien, je suis étonnée qu'il ne soit pas plus exploité."

La remarque avait fusé de nulle part.

Elle détourna ses yeux clairs vers la fenêtre pour regarder le paysage brinquebalant, l'air rêveur. Il était difficile de dire si elle attendait véritablement une réponse ou si elle laissait flotter librement ses réflexions intérieures. Les ombres qui s'étiraient sur le sol, avalées par la vitesse, semblaient avoir déjà détourné toute son attention.

"J'imagine que tu parles du Talent," commença Blaise sur un ton égal, loin d'être désarçonné par le manque de contexte et le décrochage quasi immédiat de la sorcière. "Ce n'est pas aussi utile que tu sembles le croire. Il permet de percevoir la version la plus accomplie d'un potentiel, mais en réalité, la plupart des sorciers restent dans la moyenne. Ce sont d'autres facteurs qui influencent leurs capacités : leur personnalité, leur état psychologique, leur curiosité…"

Le hennissement des chevaux interrompit ses paroles. La calèche ralentit, et le bruit des roues sur les pavés se fit plus sourd. Ils étaient arrivés.

Luna se pencha vers lui, étrange et douce, comme à son habitude.

"Je crois que tu sous-estimes à quel point ce que tu vois peut être une bénédiction ou un fardeau."

Elle descendit la première, suivie par son interlocuteur, qui laissa couler ses paroles. Le second cas ne s'était jamais produit, mais il pouvait imaginer ce qu'elle voulait dire.

"Allons-y," lança-t-il en offrant une main à Hermione pour lui permettre de descendre plus aisément.

Il était à peine 18 h. Autour d'eux, le ballet des voitures enchantées était déjà bien entamé, et les invités, vêtus de leurs plus beaux atours, affluaient dans la cour pavée.

"On commence avec l'intervention de Sebastian Ocklam dans le Grand Salon," ajouta Hermione à l'adresse de Blaise, comme pour répéter le programme et leur assurer un sursis avant le volet mondain de la soirée.

"Restaurer les lochs et les forêts enchantées : une approche collaborative entre sorciers et créatures," répondit-il sur un ton appliqué. "Crois-le ou non, Granger, mais j'ai révisé avant de venir. C'est le genre de titre qui fait battre ton cœur érudit, il me semble ?"

Amusée, elle saisit son bras et ils rejoignirent Luna et Neville.

Devant eux, les flammes des lampadaires illuminaient l'entrée dont les portes sculptées étaient ouvertes sur le hall principal, monumental par sa taille et son architecture. Hermione s'arrêta une fraction de seconde, fascinée. Chaque détail autour d'eux semblait avoir quelque chose à raconter : les murs étaient ornés de tapisseries richement tissées et de tableaux magiques qui narraient les anciennes histoires du monde sorcier, conférant à la pièce une aura qu'elle n'avait plus ressentie depuis Poudlard.

"Impressionnant," murmura Blaise à ses côtés.

Au fond, une douce mélodie jouée par un orchestre invisible accueillait les visiteurs. Harpe, violon et piano accompagnaient le crépitement d'une immense cheminée nichée dans le mur principal. Sous la houlette du personnel de maison, ils s'installèrent dans le Grand Salon et bientôt, la conférence commença.

Hermione s'efforça de se concentrer sur le discours de l'intervenant, pourtant passionné et passionnant, mais son esprit vagabondait, insaisissable, si bien que seules quelques phrases orphelines ancrèrent les pages de son carnet de notes. Une heure plus tard, une ovation bruyante la tira de ses pensées. Le public se dispersait déjà, et elle suivit le mouvement jusqu'à rejoindre le grand hall.

Puis elle le vit.

Draco Malfoy.

Ou du moins un fragment de lui.

Il était vêtu d'un costume entièrement noir, impeccablement taillé. À son bras, une jeune femme à la beauté renversante. Sa robe bustier, d'un bleu pastel, lui seyait parfaitement, et elle souriait avec une candeur si naturelle que s'en était presque insolent. Le contraste entre les deux était saisissant, comme si elle incarnait cette pureté, cette innocence à fleur de peau, capable de contrebalancer la part de ténèbres qui s'accrochait à lui.

Ils étaient indéniablement beaux ensemble, mus par cette alchimie savamment orchestrée. Draco, avec cette assurance feinte qui n'appartenait qu'à lui, paraissait indifférent aux regards étonnés ou dédaigneux qui s'attardaient sur eux. Le couple posait devant les photographes, qui s'en donnaient à cœur joie. Le retour du prince sombre et sa colombe de glace : une promesse séduisante qui mettrait en émoi les lecteurs des tabloïds de demain.

Le cœur abîmé en un millier d'éclats, Hermione détourna les yeux, mais son esprit restait fixé sur lui. Sur eux. Au fond d'elle, elle s'en voulait d'avoir espéré qu'il puisse être sien ce soir. Elle déglutit amèrement. Rationnellement parlant, c'était parfaitement idiot, et elle le savait bien. C'était sa vie, son rôle, sa place dans ce monde qui l'avait vu naître. Un monde auquel elle n'appartiendrait jamais.

Elle se tourna instinctivement vers Neville, cherchant un réconfort à sa noyade intérieure, mais elle s'arrêta immédiatement. Le sorcier était en pleine discussion avec Luna, la main doucement posée sur son avant-bras. Celle-ci lui adressait un sourire étrangement tendre. Elle ne pouvait pas les interrompre.

Hermione s'éloigna de quelques pas et fit face à Blaise.

Ils n'avaient pas besoin de parler. Il n'avait pas raté une miette de son petit manège. Hermione le savait au léger plissement de ses paupières, à la façon dont ses doigts tapotaient distraitement le rebord de son verre. Mais il n'y avait ni moquerie, ni pitié dans ses yeux.

Elle poussa un soupir discret et rompit enfin le silence.

"Bien, je crois qu'un détour par le buffet s'impose, qu'en penses-tu ?" proposa la jeune femme. Sa voix n'avait pas tremblé. Un exploit.

"Assurément, les petits fours ont le pouvoir d'apaiser tous les maux, crois-moi."

L'atrium était bondé, et ce dernier semblait avoir été allègrement agrandi pour contenir tout ce petit monde. Un sort puissant, à en juger par l'énergie magique qu'Hermione percevait dans le changement de couleur des pierreries de son bracelet. Une antiquité qu'elle aimait porter à l'extérieur, particulièrement dans les lieux qu'elle ne connaissait pas. Ils réussirent enfin à se frayer un chemin jusqu'au buffet, où les attendaient des plateaux richement garnis regorgeant de délices miniatures, autant sucrés que salés, et qui ne désemplissaient jamais.

"Je ne sais pas si ça apaise vraiment tous les maux, mais ça ravit clairement mon estomac, alors on risque de s'attarder ici un moment," annonça Hermione, ne laissant aucune chance à la part de tarte à la citrouille qu'elle s'apprêtait à croquer à pleines dents.

"Si tu veux mon avis, c'est mieux que subir une conversation avec l'un de ces aristos ennuyeux à mourir," lança Blaise avec un certain mépris.

Il se perdit dans le vague de ses pensées, son flegme habituel dilué par la foule autour d'eux. Malgré ses efforts pour le masquer, Hermione sentait que lui non plus n'était vraiment à son aise. Elle se rapprocha instinctivement, mais avant qu'elle ne puisse dire quoi que ce soit, la lumière des lustres se tamisa autour d'eux. Une nuée de murmures se fit entendre tandis que la scène centrale s'éclairait, annonçant l'arrivée de Nott.

Cette année, il était seul, et elle remarqua ses traits tendus malgré l'effort manifeste qu'il mettait à incarner tout ce que l'aristocratie guindée pouvait offrir en matière de salutations étudiées. Sa voix résonna dans la salle :

"Mes chers amis, je tiens à vous remercier pour votre présence ce soir. C'est un honneur de vous accueillir une fois de plus en ces lieux…"

Curieusement, la présentation était loin d'être aussi ronflante que ce à quoi elle s'attendait. L'homme était sobre et concis, peut-être même un peu trop.

Son regard parcourut l'assemblée avant de conclure brièvement :

"Permettez-moi d'excuser l'absence de ma tendre épouse. Elle est souffrante ce soir et ne peut malheureusement être présente parmi nous. Elle m'a chargé de vous transmettre ses pensées les plus chaleureuses et son soutien pour cette soirée."

Il quitta la scène sous des applaudissements nourris avant de se mêler aux convives quelques instants, comme l'exigeait la politesse.

Les bribes d'une conversation parvinrent jusqu'à Hermione. L'homme sur sa droite chuchotait que Lady Nott aurait peut-être quitté son époux, alors que l'autre spéculait sur sa santé déclinante. Elle reconnut en l'un d'eux un ancien collègue, qu'elle salua d'un petit geste contraint.

"On dirait que c'est le moment où les potins prennent le dessus," murmura-t-elle à Blaise avec ironie.

La musique s'éleva à nouveau, annonçant l'ouverture d'un moment dansant.

"Dans ce cas, il est temps de se sauver et de faire un tour sur la piste."

Les couples autour d'eux commencèrent à s'élancer, et elle saisit la main qu'il lui tendait élégamment. Au loin, elle aperçut Neville et Luna engagés dans un slow maladroit, à contretemps, mais définitivement absorbés l'un par l'autre.

Cotonneuse, elle se laissa emporter par le pas sûr de Blaise.

"Tu sembles bien chagrinée ce soir. Serait-ce à cause de notre cher Malfoy et de sa sublime cavalière ?"

Hermione se raidit.

"Tu commences à lire en moi avec un peu trop de précision, je le crains," répondit-elle avec un petit sourire triste.

Alors qu'ils pivotaient sur la piste, Blaise repéra Draco qui dansait avec Astoria à quelques couples d'eux. Il orienta leur trajectoire si bien qu'ils se retrouvèrent juste à côté sans qu'Hermione l'ait remarqué.

Le rythme de la musique changea pour annoncer une transition.

"Pardonne-moi," murmura Blaise en inclinant légèrement la tête vers elle. "On dirait que quelqu'un d'autre souhaite prendre ma place."

Avant qu'elle n'eût le temps de comprendre et de protester, il relâcha sa prise et invita Astoria, qui accepta poliment malgré sa surprise.
Hermione se retrouva face à Draco tandis que Zabini s'éloignait, l'abandonnant à son sort, non sans lui avoir adressé un horripilant clin d'œil.

"Granger. Une danse ?"

Elle devait dire non. Elle le savait. Ce serait plus simple, plus sage. Mais elle ne l'était pas assez, ce soir.

"Très bien, mais je te préviens, je risque de ruiner tes coûteuses chaussures. Je te laisse décider si tu veux prendre ce risque."

Un éclat amusé traversa les prunelles grises. Pour toute réponse, il se contenta de tendre la main. D'une lenteur exagérée, elle glissa ses doigts entre les siens.

Sa paume était chaude contre la sienne. Son autre main vint se poser respectueusement à la naissance du dos plongeant de sa robe. Il ne la touchait presque pas.

"Tu es…"

Elle sentit son regard glisser sur elle. Sur la courbe de son cou, là où sa peau frissonnait. Sur ses lèvres, teintées du rouge de l'interdit.

Il choisit de ne pas terminer sa phrase. Quelque chose dans ses yeux trahissait les compliments que sa gorge réprimait, mais elle se refusait à croiser son regard d'acier. Elle fixa obstinément son épaule, ignorant la tension qui s'enroulait autour d'eux.

"Pourquoi tu fais ça, Draco ?" finit-elle par demander, brisant le silence.

Son regard accrocha enfin le sien.

"Je voulais te présenter mes excuses."

"Pour quoi ? Pour avoir disparu ou pour ce qui s'est passé avant ?"

Les prunelles de Draco s'assombrirent.

"Les deux."

Un frisson courut le long de sa colonne vertébrale de la sorcière. Il ne la lâcha pas du regard et l'attira imperceptiblement plus près.

"J'ai fui quand le poids de mes contradictions est devenu insupportable," murmura-t-il discrètement à son oreille, sa voix effleurant sa peau comme une caresse. "Fuir, c'est tout ce que j'ai jamais su faire."

Ses mots sonnaient comme une confession, une litanie qu'elle seule pouvait entendre, une révolte contre l'indicible. Mais aussi comme le poids de quelque chose qu'il ne maîtrisait pas encore. Elle sentait son corps dangereusement proche du sien, flirtant avec les limites que le monde leur imposait, qu'ils s'imposaient à eux-mêmes, alors qu'ils se mouvaient dans la foule autour d'eux. Il ne franchissait pas la ligne.

Résilience. Le mot palpitait dans les veines de la jeune femme. Elle se demandait s'il pouvait sentir son cœur qui battait un peu trop vite.

Hermione ferma brièvement les yeux. Elle n'avait jamais été aussi consciente de la distance infime entre eux, du parfum qui enveloppait sa gorge, un mélange de vétiver résineux et de mélancolie.

"Ça ne changera rien à l'engagement que j'ai pris, si c'est ce que tu crains. On se rendra aux archives ensemble," répondit-elle avec un calme de façade.

Draco ne répondit pas immédiatement. Il semblait vouloir dire quelque chose, mais au même moment, elle sentit le bras de son cavalier se raidir brusquement. Il ne la regardait plus, son attention s'était fixée sur quelqu'un ou quelque chose derrière elle. Sa mâchoire se crispa, ses doigts perdirent de leur douceur contre sa taille.

La musique ralentissait déjà, laissant entrevoir la fin de la danse et de leur conversation.

"Si tu le veux bien, j'aimerais qu'on puisse reparler de tout ça." Son attention restait retenue ailleurs, mais sa main demeurait posée sur la taille d'Hermione, comme s'il craignait qu'elle ne disparaisse avant de lui avoir donné une réponse.

Elle acquiesça. Leur bulle éclata. Leurs doigts se délièrent lentement, et ils retournèrent à une distance raisonnable, socialement acceptable.

Hermione salua Astoria qui arrivait vers eux et se glissa près de Draco. Ce dernier lui accorda un sourire tendu.

La sorcière se retira poliment et s'éloigna de la piste, un silencieux je reviens sur les lèvres, adressé à Blaise.

Elle avait besoin de calme et se dirigea vers le salon principal. Celui-ci était déjà bien rempli, tout comme les différents boudoirs du rez-de-chaussée. Pas l'ombre d'un coin paisible, et elle n'avait strictement aucune envie de terminer dans les toilettes pour femmes.

De retour dans le grand hall, ses doigts effleurèrent le marbre frais des escaliers tandis que ses pas la menaient instinctivement vers la bibliothèque.

Un cliché, peut-être, mais un cliché qui me convient parfaitement, ironisa-t-elle intérieurement lorsqu'elle s'en rendit compte.

Ceci étant, les lieux en question ne manquaient pas de faire honneur à la réputation du manoir Nott, ce qui la satisfaisait d'autant plus. Réparties sur deux niveaux, d'immenses échelles desservaient des rayonnages débordant de livres, alors que l'air charriait cette odeur caractéristique d'encre et de cuir tanné.

Ici, point de couples enlacés ou de discussions secrètes dans une alcôve quelconque pour troubler sa tranquillité. Elle était, semble-t-il, la seule âme esseulée qui se fût aventurée aussi loin au cœur de la demeure. Elle pouvait enfin souffler.

Au centre, la pièce accueillait un énorme globe terrestre, peut-être le plus grand qu'elle eût jamais vu, entouré par de généreux fauteuils dans lesquels elle pourrait se perdre des heures durant. Le bois poli des étagères brillait sous la lumière des bougies enchantées tandis qu'elle parcourait les rayonnages. Ils semblaient s'étendre à l'infini, que l'on regarde devant soi ou bien vers le plafond. Arrivée dans un renfoncement, une étrange impression l'étreignit. Ici, les livres étaient bien trop intacts, comme s'ils n'avaient jamais vraiment servi. Pour ajouter à son trouble, elle remarqua les pierres de son bracelet tendre vers un iris sombre et profond.

Quelque chose n'allait pas du tout. Elle se concentra pour analyser la situation et récupéra sa baguette plaquée contre sa cuisse.

Revelio.

Rien. Ça aurait été bien trop simple.

La sorcière continua de parcourir les livres jusqu'à s'arrêter sur l'un d'eux, légèrement trop avancé par rapport aux autres. Lorsqu'elle inspecta sa tranche, une vibration désagréable parcourut l'étagère, très légère mais distincte pour son œil avisé. Elle le tira doucement et un déclic résonna, sans même qu'elle eût à forcer. Le livre semblait avoir été mal repositionné. Tous les crans ne s'étaient visiblement pas enclenchés jusqu'à réactiver la protection qui le dissimulait. Une portion de l'étagère commença à s'écarter lentement, laissant apparaître un passage sombre où la lumière des chandeliers et des bougies ne perçait pas.

Sa curiosité, bien que teintée d'une prudence avisée, l'emporta définitivement sur ses bonnes manières. Elle devait voir de ses propres yeux ce qui chargeait l'air de cette énergie malsaine, et d'où provenait ce bruit régulier qu'elle entendait à présent. L'adrénaline en toile de fond, l'étagère se referma sur elle et elle sentit son estomac se nouer, lui enjoignant avec force de faire demi-tour. Un choix qu'elle aurait pu, probablement dû, faire, mais Hermione Granger n'avait jamais tourné le dos à un mystère, acolytes ou non. Le passage déboucha sur une pièce étroite remplie de bric-à-brac. Au fond, elle aperçut une porte dans la pénombre, scellée par un sort de protection, cette fois bel et bien actif. Une aura crépitait autour de l'enchantement qui l'entourait. Un sort actif. Solide. Hermione fronça les sourcils. Elle pourrait l'analyser. Décoder sa structure, peut-être même la briser…

La jeune femme évaluait ses options lorsqu'une main se posa brusquement sur sa bouche et qu'un bras la saisit par la taille. Son cri mourut contre la paume fraîche. Avant qu'elle ne pût se débattre, son assaillant la retourna vers lui avec une aisance terrifiante. Tout à coup, la panique laissa place au soulagement et à une odeur de vétiver familière. Draco. Il retira sa main, et ses doigts se verrouillèrent autour des épaules de la sorcière, une exaspération mêlée de tension sur le visage.

"Qu'est-ce que tu fabriques ici ? Tu ne devrais pas être là", souffla-t-il, les mâchoires serrées par l'inquiétude. Ses yeux, fauves et brillants sous la faible lumière, la balayèrent de la tête aux pieds comme pour s'assurer qu'elle était entière.

"C'est toi qui devrais m'expliquer ce qui se passe," s'étrangla-t-elle.

Elle désigna la porte du menton.

"Qu'est-ce qu'il y a derrière ?"

Draco se raidit. Son regard dériva une fraction de seconde vers le grand miroir sur pied derrière eux quand des bruits de pas lourds résonnèrent non loin.

"Nott arrive et il n'est pas d'humeur. Écoute-moi bien, Granger. Quoi que tu voies, quoi que tu entendes… ne bouge pas. Je viendrai te chercher."

Ses mots percèrent l'air, tranchants. Draco posa une dernière fois la main sur la joue pâle d'Hermione. Sa main attrapa son poignet et la tira dans l'ombre du miroir afin de l'y dissimuler.

La carrure imposante du maître de maison apparut au bout du couloir, les yeux fatigués et injectés de sang, au bord de l'épuisement. Ses manières prévenantes et polies disparues, il se dirigea vers Malefoy.

"Ça ne fait qu'empirer," annonça-t-il, la voix teintée par une colère qui le dépassait et qu'il s'efforçait de contenir. "Je pensais que le dernier briseur de sorts trouverait comment la guérir. Mais rien. Rien !" Il avait hurlé ces derniers mots.

Draco garda un calme apparent, mais Hermione perçut les légers tressaillements qui agitaient ses épaules et ses doigts.

"Vous devez me laisser un peu plus de temps. J'ai trouvé une variation de la dague, on doit creuser cette piste," tenta le jeune homme pour apaiser la situation.

Ambrose Nott ricana, amer, trahi par une fatigue évidente.

"Du temps ? Elle n'en a plus beaucoup, tu le sais, Draco."

Il se dirigea vers le fond de la pièce, insérant la clef d'une main fébrile pour déverrouiller le mécanisme de la porte. De sa cachette, Hermione distingua une femme, les poignets liés, la tête penchée en avant, une tache sombre à la naissance de son front. L'homme s'assit sur le lit à ses côtés et serra tendrement celle qui semblait être sa femme contre lui. Du bout des doigts, il écarta les mèches de cheveux ensanglantées qui lui collaient au visage.

"Elle ne mange presque plus. Ne parle presque plus. Ne dort presque plus. Je… je ne peux plus la forcer. Elle dit que la chose progresse dans son esprit quand elle dort. Et maintenant, on en est là…"

Il désigna la plaie sur le visage de sa femme et frappa le cadre du lit d'un poing tremblant, manquant d'arracher un sursaut à Draco.

"Je pensais que tu aurais enfin trouvé quelque chose."

Draco inspira profondément et se rapprocha de lui avant de poser une main sur son épaule.

"J'ai… peut-être trouvé un artefact qui pourrait l'aider. Un onirophage. Mais je n'ai aucune garantie que ça fonctionne… et on doit toujours trouver la cause."

Il n'avait en réalité aucune garantie qu'Hermione accepte, mais il lui sembla que c'était le compromis le plus acceptable pour calmer son interlocuteur.

"Alors dépêche-toi," cracha Nott, les traits soudain déformés par une rage aussi soudaine que brutale.

Une explosion lumineuse envahit la salle d'un éclair aveuglant. Hermione entendit le bruit d'un corps qui s'écrasait contre le mur, le craquement sec des os qui se brisaient, suivi d'un gémissement étouffé qui lui glaça le sang.

Elle retint son souffle, son cœur cherchant par tous les moyens à s'échapper de sa poitrine. Du coin de l'œil, elle aperçut Nott, visiblement perturbé, hermétique à son propre geste, se détourner sans un mot. Le silence qui régnait à présent était aussi assourdissant que les secondes qui s'étiraient avant que l'homme ne disparût pour de bon. Elle se précipita alors vers Draco, inconscient sur le sol, ses doigts tremblants cherchant son pouls.

Il était vivant.

La sorcière tenta de maîtriser sa respiration alors qu'elle luttait pour réfléchir. Elle ne devait pas laisser la panique la gagner. Elle devait trouver Blaise.


Hello ! Juste un petit warning mais il y aura probablement une scène charnelle dans le prochain chapitre ! Je mettrai les indications si vous voulez l'esquiver :)