Le professeur Chourave n'avait pas changé, elle portait toujours ce chapeau gigantesque avec des fleurs et racines qui s'en élevaient, une robe couleur prairie avec de véritables fleurs en décoration. Elle n'avait pas maigri non plus.
-Aujourd'hui nous allons étudier les mandragores, annonça le professeur. Qui peut me parler des mandragores ?
Tandis que Hermione étalait sa science, j'observais ce petit arbre au tronc étrangement humain. Ce petit être semblait dormir.
-La mandragore possède de puissantes propriétés curatives et est notamment utilisée pour rendre leur forme d'origine ou leur santé aux victimes de métamorphoses ou de sortilèges, expliquait le professeur Chourave.
Je sentis soudain un petit chatouillement dans la nuque. C'était comme si un minuscule serpent s'agitait contre ma peau. Je rentrai la tête dans les épaules et réprimai un frisson en cherchant à l'enlever en me contorsionnant. Je cueillis un ver de terre s'entortillant dans mes doigts et Draco, Crabe et Goyle pouffèrent en se félicitant.
Je soupirai, être de leur maison ne me privait pas de leurs mauvaises farces.
-La mandragore constitue un ingrédient essentiel entrant dans la composition de nombreux antidotes, dont le philtre régénérateur à la mandragore, permettant de guérir les personnes pétrifiées. Maintenant mettez vos cache-oreilles et maintenez-les bien en place. Ces mandragores en sont encore au stade juvénile, leur cri ne sera pas mortel mais il peut assommer pendant plusieurs heures.
Je jetais le ver et lançai un regard noir à Draco qui me lança un sourire satisfait.
-A trois, vous allez tirer franchement et rempoter ces bébés dans le pot plus grand à côté. Prêt ? Un, deux, trois !
Même avec le cache-oreille, les cris suraiguës des dizaines de mandragore nous arrachèrent les tympans, je n'étais pas sûr que nos protections suffiraient et la classe entière allait finir à l'infirmerie.
Finalement, il n'y eut que Londubat qui s'évanouit.
-Laissez-le là.
Je me retins d'éclater de rire devant la nonchalance du professeur Chourave et j'entendis Lyo pouffer à côté de moi.
Pendant que nous remplissions les pots de terreau, Malfoy testait son jeu du ver de terre sur des Gryffondors.
Sur le chemin du retour, Lyo m'attira au loin, à l'écart des autres élèves, elle prenait un air mystérieux.
-Qu'est-ce tu fais ?
Lyo me regarda les yeux pétillants d'excitation. Et sortit de sa poche deux feuilles vertes.
-Devine ce que c'est ?
-Heu, des feuilles ?
-Des feuilles de quoi ?
-Des feuilles... D'arbres ?
-On sort du cours Arya, fait un effort.
-De mandragore ?
-Oui ! s'exclama-t-elle, me faisant sursauter. Je les ai piqués.
-Mais pourquoi ? et d'ailleurs est-ce que tu as le droit ?
-On s'en fiche, je vais t'expliquer un truc que j'ai appris en Russie.
-Je le sens pas bien...
-Si on suit un processus extrêmement long et complexe, avec cette feuille on peut devenir des animagus !
Comme je ne comprenais pas de quoi elle parlait, son enthousiasme s'évanouie.
-Des animagi en fait, un animagus des animagi. Tu n'as pas l'air de te rendre compte.
-C'est quoi un animagus ?
-Ha ouais, ça explique ton manque de réaction.
-Dépêche-toi, on va être en retard pour le cours de métamorphose.
-C'est ça ! McGonagall, c'est un animagus, elle peut se transformer en chat à sa guise.
-haaaaa c'est ça un animagus.
-Bien sûr ! tu savais bien qu'elle pouvait se transformer en chat, tu ne t'es jamais demandé comment elle faisait ?
-Bah... C'est magique. Je pensais juste qu'elle pouvait se métamorphoser.
-Oui c'est vrai que pour une née-moldu cette réponse doit être suffisante. En fait c'est plutôt rare vu que c'est compliqué. Mais j'ai toujours trouvé ça cool sans jamais savoir comme on faisait ! On le trouve pas dans n'importe quel livre. Sauf en Russie apparemment !
-Et tu veux devenir métamorphe. J'avoue que me transformer en animal ça doit être vraiment très cool.
Je repris le chemin vers l'école, j'avais peur d'arriver en retard et j'étais sûr qu'on serait en retard. Ça allait nous couter des points.
-Oui mais c'est très compliqué, il faut être rigoureux, précisa Lyo en me suivant, toujours ses deux feuilles de mandragore dans la main.
Elle les tendait devant mon nez, comme pour être sûre que je n'oublie pas son objectif.
-Tu es quelqu'un de rigoureux, mais on est jeune non ? c'est surement risqué ou dangereux si peu de gens le font ou si ce n'est pas très répandu.
-J'ai relu encore et encore toutes les étapes et je pense qu'on peut y arriver ! Ce serait génial qu'on soit toutes les deux des animaux sauvages ! qu'on sorte en douce la nuit ou les week-ends et qu'on se balade sans crainte dans la forêt interdite ! Une fois qu'on sait faire, on peut le faire à vie !
Je ne savais pas trop quoi lui répondre, c'est vrai que j'aurai adoré avoir ce pouvoir, mais je devais déjà gérer mon don de télépathie incontrôlable et mes rêves étranges qui prenaient beaucoup de place. Je voulais aussi avoir de bonnes notes cette année et pour ça il ne fallait pas être en retard en cours, ni passer son temps à autre chose que les devoirs.
-Je... On en parlera plus tard, pour l'instant nous avons métamorphose et on est seulement le premier jour de l'année, laisse-moi me poser s'il te plait, plaisantai-je un peu.
Je pense que je l'avais vexé, mais je voulais prendre le temps de réfléchir à sa proposition.
Elle ne me fit pas la tête durant la journée, au contraire c'était comme si nous n'avions pas eu cette discussion, elle n'en parla plus. En cours de défense contre les forces du mal, Lockhart nous demanda de remplir un questionnaire sur lui et je m'amusai à écrire tout et n'importe quoi qui me passait par la tête. Puis il nous présenta une cage pleine de Lutin de Cornouaille et les lâcha sur la classe. Dans la cohue des petits être ailés et sacrément costaud, Lockhart s'enfuie dans son bureau et Londubat se retrouva accroché au lustre. Lyo en immobilisa quelques-uns avec Petrificus totalus et moi je ratai tous les tirs tant ils étaient rapides. Draco avait même commencé à se défendre avec son livre de cours. Finalement Hermione lança un immobilus et ils se figèrent tous dans les airs.
-Bien joué, fis-je remarquer à Hermione après que nous ayons rangé tous les lutins dans la cage et que la moitié de la classe était partie.
-C'était complétement irresponsable ! s'énerva-t-elle. Je n'en reviens pas qu'il nous ait abandonné sans aucune aide ni encadrement. J'en parlerai au professeur McGonagall, Neville aurait être blessé, n'importe qui aurait pu être blessé.
-Crabe ou Goyle aurait pu être blessé, rêva Ron à haute voix.
-Tu n'exagère pas un peu ? répliqua Lyo à Hermione.
-Tu ne trouve pas ça incroyable comme réaction pour un professeur ? s'emporta cette dernière.
Je tirai Lyo avant qu'elle ne monte d'un ton et nous laissâmes le trio pour la soirée.
Dans la salle commune des Serpentard, Lyo ruminait la conversation qu'elle avait eu avec Granger. Crabes et Goyle s'esclaffait encore sur la situation de Londubat et Pensy parlait à Malfoy dans un coin.
Je laissais mon regard se perdre dans la noirceur du lac que l'on apercevait de nos fenêtres. J'aimais bien notre salle commune, elle dégageait une énergie calme et reposante, dans les tons noir et blanc, et parfois le calamar géant passait devant nos fenêtres. Au début, j'avais eu peur que les vitres ne tiennent pas et cassent à tout moment sous la force de l'eau mais j'avais vite ancré en moi le crédos "c'est magique".
Je m'affalai sur mon fauteuil, face au lac. Je voulais profiter de l'absence de devoirs due au premier jour de cours et laisser mon regard hypnotiser par la vue. La forme d'une créature de la taille d'un enfant se dessina dans l'eau. Elle avait deux petites cornes sur la tête et semblait nager comme un poisson. Quand elle se rapprocha de la vitre, je cru voir de grandes griffes au bout de ses doigts fins et verdâtres. Puis elle me vit et disparue aussitôt.
-Je crois que c'est un strangulot, m'apprit Chloé en s'asseyant à côté de moi.
Elle me montra son livre plein de dessin de créatures.
-On l'apprend en troisième année, ajouta-t-elle, je prends un peu d'avance sur les cours. Premier jour bien passé ?
-Normal.
-Tu nous laissera dormir cette année ? plaisanta-t-elle.
Je ris avec elle et la rassurai sur le fait que je n'avais pas fait beaucoup de cauchemar cet été.
