«Non, ça ne marchera pas!» pesta McKay.
«OK, c'est quoi le problème, cette fois?» s'agaça Sheppard, n'essayant même pas de comprendre les graphiques colorés affichés sur l'écran.
«La puissance! C'est toujours la puissance!»
«Je croyais qu'avec les cinq générateurs à Naquadah, ça suffirait?»
«Ça, c'était hier!» s'agaça le Canadien.
«Il vous en faut combien de plus?» soupira-t-il.
«Vous comprenez pas, hein? C'est pas un générateur qu'il me faut, mais un E2PZ.»
«Vous savez bien que c'est impossible. La Commission n'acceptera jamais de se séparer d'un de ses joujoux.»
«Ben, faut que vous en trouviez un autre! Parce que les générateurs à Naquadah, ça suffit pour activer les occulteurs et bloquer toute ouverture de la Porte depuis la Terre, mais pour lever les boucliers et submerger Atlantis, il nous faut absolument au moins un E2PZ, et de préférence pas trop vide si vous ne voulez pas qu'elle remonte au bout de deux jours!»
«Mais vous croyez que ça se trouve sous les pierres?!» grinça-t-il, furieux.
Quelle guigne. Autant pouvait-il facilement subtiliser quelques générateurs à Naquadah, autant, où allait-il trouver un foutu E2PZ en moins de trois jours?
Pourquoi avait-il fallu qu'un abruti de physicien aie été ouvrir sa grande gueule pour suggérer de submerger la cité avant de l'auto-détruire, afin de s'assurer qu'il n'en reste rien?!
«OK, je vais voir si par miracle, je peux vous en trouver un. Mais vous, vous me trouvez un plan B!»
«Y a pas de plan B!»
«Alors un C!»
«Y a pas de plan C!»
«Je m'en fous, McKay, s'il vous faut faire tout l'alphabet, mais vous me trouvez une solution alternative!»
«Trouvez moi un E2PZ et il n'y aura pas besoin d'un autre plan!»
«Rodney!»
«OK, OK! Je vais voir ce que je peux faire!»
«Bien!»
Foutu Canadien, toujours aussi doué pour lui taper sur les nerfs.
Maugréant, il partit s'enfermer dans une pièce abandonnée sur la digue est, loin de tous les endroits où on pourrait le chercher. Il avait besoin de réfléchir, et difficile de le faire en étant dérangé toutes les deux minutes.
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La panique d'Ilinka faisait peine à voir. Mais Rorkalym ne pouvait pas faire grand-chose.
Aussi impuissant que le reste de l'équipage du pont, il ne pouvait qu'attendre que Delleb ait fini de lui tourner autour tel un vautour affamé, la harcelant de questions.
Son amie peinait à se réajuster à la vie à bord, et l'antique reine n'était pas connue pour sa patience. Le cocktail était détonant.
«Delleb.»
La voix calme de Rosanna résonna sur le pont, attirant tous les regards – sauf celui de la concernée, toute entière focalisée sur sa proie.
«Delleb!»
Cette fois, l'intéressée se retourna.
«Quoi?!»
«Ça vous dirait d'arrêter deux minutes de crier sur Ilinka, que votre secrétaire puisse vous transmettre vos messages urgents?» grinça l'artiste, clairement agacée.
Avec un grondement mauvais, l'ancienne reine tendit la main en direction du serviteur sus-mentionné, qui s'empressa de lui remettre une tablette qu'elle consulta.
«Pourquoi voulez-vous que j'aille dans les réserves de carburant bâbord?»
Rosanna soupira.
«Parce que je vous y attendais pour vous montrer un «léger» problème.»
«Mais vous êtes là.» nota Delleb.
«Oui, parce que j'en ai eu assez de vous attendre! Alors maintenant, j'apprécierais grandement que vous cessiez de hurler sur Ilinka qui, j'en suis certaine, a compris depuis au moins dix minutes ce qui vous a déplu, et que vous veniez avec moi pour régler ce problème urgent!»
Roulant des yeux, la reine antique emboîta le pas à l'humaine, laissant un lourd silence retomber sur le pont.
Après quelques secondes, un officier s'avança.
«La reine a quitté le pont, le seigneur Jû'reyn prend les commandes.» annonça-t-il, protocolaire, brisant le charme.
Dans un bruissement empressé, tout l'équipage reprit sa tâche, et Rory put enfin s'avancer.
Ilinka tremblait et semblait au bord des larmes. Il fallait qu'il la sorte de là. D'un regard, il obtint l'assentiment de Zil'reyn qui, d'un murmure télépathique, lui prêta son bureau.
D'une main douce dans son dos, il poussa donc son amie jusqu'à la pièce – voisine du pont et toujours impeccablement rangée – qu'utilisait le commandant de Delleb, contraste frappant du foutoir perpétuel de celle de Jû'reyn, juste de l'autre côté de la grande double porte.
Ilinka se laissa mollement tomber sur le siège qu'il avait tiré pour elle, et c'est d'une main tremblante qu'elle accepta le verre d'eau qu'il lui offrit, avant de ressortir pour rapidement commander de la tisane bien chaude à un serviteur posté dans le couloir.
«Hé, tu veux en parler?» offrit-il ensuite, venant s'accroupir devant elle.
«Non... j'ai merdé... Elle a raison... je suis trop nulle...»
«Chhht... Ne dis pas ça... Tu n'es pas nulle, et Delleb exagère complètement, ce n'est pas si grave.»
«A cause de moi, des gens vont avoir faim! C'est grave, Rory! C'est grave!»
Il ne put s'empêcher de soupirer. Ilinka prenait vraiment toujours tout trop sérieusement. Il existait des alternatives, et même si ce n'était pas le cas, personne n'allait mourir de deux jours de rationnement! Surtout pas les adorateurs de la ruche habitués à bien pire.
«Écoute: oui, la livraison de grain en provenance de Dautona va avoir du retard, mais ce n'est pas grave. Les réserves de la ruche sont loin d'être vides. Personne ne mourra de faim. Ils n'auront peut-être juste pas de porridge pour le petit déjeuner. C'est tout.»
Porridge de toute manière absolument immonde. Mais il se garda bien de le dire.
Ilinka lui jeta un regard malheureux.
«Des enfants vont aller à l'école le ventre vide à cause de moi...»
«C'est juste ça qui t'inquiète?»
«Non, mais c'est le pire...»
Il opina, réfléchissant.
«On pourrait donner un ordre de prioriser le déjeuner des enfants le temps que la livraison arrive?»
«Mais si on fait ça, ce sont d'autres personnes qui devront se priver.»
C'était le principe d'un rationnement! D'une manière ou d'une autre, quelqu'un allait manquer de quelque chose.
Misérable, son amie se recroquevilla sur elle-même.
«A cause moi, tout le monde va avoir faim.»
«N'exagérons rien!»
«On va devoir suspendre les dons de vie, pour ne pas épuiser les donneurs, donc c'est pas juste les humains qui vont avoir faim, mais les wraiths aussi!»
Il ne put retenir un soupir las.
«Ilinka, c'est toi qui as des schiitars ouverts, pas moi. Est-ce que la faim devient insupportable en deux ou trois jours?»
«N... non.»
Elle lui jeta un regard humide.
«Alors, tu vois?» l'encouragea-t-il.
«Oui, mais pour ceux qui attendent déjà leur tour depuis longtemps?»
«Les seuls qui attendent plusieurs semaines pour se nourrir, ce sont les interdits de don. Ceux qui ne savent que ponctionner. Eux ne seront en aucun cas impactés par la pénurie. Et les autres louperont juste une session de don. Ce n'est pas grave. C'est parce que chaque session ne permet d'obtenir qu'un peu d'énergie qu'on essaie d'organiser un tournus tous les quelques jours. C'est comme... louper le goûter?»
Se mordillant la lèvre, elle opina tristement.
«Le transport devrait arriver avec deux, trois jours de retard max. Ça, on ne peut rien y faire. Mais on peut essayer d'optimiser la répartition du chargement. Pour que le grain arrive dans les cuisines des différents secteurs le plus vite possible. Qu'en penses-tu?»
Cette fois, elle hocha la tête avec un peu plus d'enthousiasme.
Il se redressa, lui serrant l'épaule.
«Parfait. Allons voir Zil'reyn, il pourra sûrement nous conseiller.»
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Ilinka était revenue depuis quelques jours déjà, et ils n'avaient pu qu'échanger quelques messages écrits via leurs communicateurs. C'était merveilleux, et Zen'kan attendait avec impatience chaque fin de service pour pouvoir voir s'il avait reçu une réponse, mais ce n'était pas la même chose que de la voir en chair et en os. De sentir son esprit, tellement pétillant, et d'entendre son rire si clair.
Son seul espoir était que le commandant doive à nouveau se rendre sur la ruche principale, et qu'il puisse faire partie du voyage.
Il n'avait malheureusement, pour l'heure, pas eu une telle chance.
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«Markus, ne sois pas ridicule!»
Le traqueur siffla, mauvais.
«Je ne suis pas ridicule!»
«Si, tu l'es!» répliqua Rosanna, agacée.
Acides, ses pensées la frappèrent au travers du Lien. Ses paroles l'avaient blessé, insultant ce qu'il voyait comme un geste respectueux et considéré envers Ilinka.
Rosanna soupira.
«Je suis désolée que ça te blesse, mais c'est la vérité. Tu es ridicule.»
«Non, c'est toi qui ne comprends pas. Je suis et je reste un traqueur! Ma présence à ses côtés ne ferait qu'entacher sa réputation. Elle n'a pas besoin de ça! Tellement de monde doute déjà d'elle, juste parce que... parce que...»
«Parce qu'elle gentille? Parce qu'elle est généreuse? Parce qu'elle remet en question des traditions millénaires tous les deux jours? Parce que c'est notre fille?» demanda-t-elle, toujours énervée.
Markus eut un grincement d'assentiment. C'était un peu de tout ça à la fois.
Elle soupira, se forçant au calme et à l'ouverture d'esprit.
«Tu as raison: même si la plupart des gens font mine de l'apprécier, la moitié de la ruche ne la respecte pas même si ils font semblant, et l'autre moitié attend de voir ce qu'elle vaut – et on ne parlera même pas de ce qui se passe hors d'ici... et c'est un fait, Ilinka va devoir gagner le respect de tout ce petit monde. Mais je vais te dire une chose. Elle ne pourra jamais, au grand jamais, le gagner comme le ferait une autre reine wraith. Parce que justement, elle est gentille, généreuse, et qu'on a bien fait notre boulot. Mais elle peut y arriver, je le sais. Sauf que pour ça, elle besoin de notre soutien. A tous les deux!»
«Je la soutiens! Je la soutiendrai toujours! Mais elle n'a pas besoin que les gens se souviennent que j'existe. Je suis un traqueur. Un criminel et un meurtrier. Elle n'a pas besoin que mon nom soit associé au sien!»
«C'est raté!» répliqua-t-elle, ne pouvant retenir un sourire féroce. Elle détestait tellement le voir se rabaisser ainsi. «Elle s'appelle Lantian-Gady. Ton nom est même devant le mien, et bonne chance pour la convaincre d'arrêter de se revendiquer comme telle!»
Markus rauqua, dépité.
«Elle devrait, pourtant.»
«Oui, bien sûr! Et ensuite quoi? J'arrête de porter cette bague?» persifla-t-elle, exhibant son annulaire et l'anneau argenté qui le ceignait.
Sans s'en rendre compte, il tripota l'anneau jumeau à sa main.
«Non, bien sûr que non, mais ce n'est pas pareil...»
«Là, tu es de nouveau ridicule! Tu es mon mari! Ça a plus de sens que le terme compagnon ou reproducteur n'en aura jamais pour une reine! On s'est marié parce que c'était plus simple, pour les papiers, pour le Secret, pour qu'Ilinka soit légitimement notre fille. Mais ça n'a jamais été un mensonge. Tout au plus, c'est la pâle matérialisation du Lien qui nous unit. Et ce nom – son nom! – est pareil. C'est un subterfuge qui matérialise une vérité. Ilinka est autant ta fille que la mienne. Même si elle est n'est plus un petit bébé, elle a toujours besoin de ses parents. De nous. Elle a besoin de toi, autant que de moi. Elle n'a pas besoin que tu la fuies et que tu disparaisses dans les ombres. Elle a besoin du pilier que tu as toujours été pour elle. Elle a besoin de pouvoir voir en toi le roc inébranlable que tu semblais être pour l'enfant qu'elle était. Elle doit pouvoir se reposer sur toi avec la même sérénité qu'alors.»
Le traqueur baissa le nez, défait.
«Je ne sais pas comment soutenir une reine... Juste chasser pour elle.»
«Ce n'est pas une reine! C'est ta fille!»
Son regard était éloquent. Quelle différence?
Elle soupira.
«Imagine... qu'elle a toujours douze ans. Imagine qu'elle est en période de révision pour l'école et que tous ses devoirs l'épuisent. Qu'est-ce que tu ferais?»
«Je lui proposerais de faire une pause... de m'accompagner en forêt?» suggéra-t-il à mi-voix, hésitant.
«Ben voilà!» s'exclama-t-elle avec un grand sourire encourageant.
«Tu veux que je l'emmène chasser des criminels?»
Son sourire retomba.
«Non! Se promener, ou observer les animaux sauvages, ou que sais-je!»
«Oh... Ooooh! Ça, je peux le faire.» opina-t-il.
«Bien, alors vas-y.» l'encouragea-t-elle.
«Et si elle refuse?»
«Markus, vas-y!»
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«Je... dérange?» demanda-t-il, hésitant à dépasser le cadre de la porte du bureau que Rosanna avait attribué à leur fille, un peu en contrebas de la salle du trône.
Cette dernière éteignit précipitamment l'écran de sa console.
«Papa! Qu'est-ce que tu fais là?»
«Heu... Je... je me suis dit que tu aurais peut-être envie de sortir un peu de la ruche...» maugréa-t-il, agacé de cette soudaine timidité qu'il ne maîtrisait pas.
«Mais, c'est à dire que... j'ai du travail...»
«Je peux m'en occuper!» répondit aussitôt Rorkalym, depuis la vaste table sur laquelle il arrangeait un épais dossier papier en pile bien nette.
Ilinka lui jeta un regard tiraillé, son sens du devoir le disputant à son envie d'échapper à l'air étouffant de la ruche.
«Mais...»
«Je peux gérer tout seul pendant quelques heures. Je te le promets.» appuya le jeune officier.
«Il l'a fait pendant deux ans.» ajouta Markus.
Elle se mordilla encore un peu les lèvres.
«Heu... Papa, qu'est-ce que tu proposes exactement?»
Il haussa les épaules, souriant intérieurement à cette vilaine habitude humaine qu'il avait prise.
«Je ne sais pas. Qu'est-ce qui te ferait plaisir? On peut aller se promener un peu en forêt, voir si on trouve des traces d'animaux, comme on le faisait quand tu étais petite...» suggéra-t-il, prêt à encaisser une probable rebuffade.
«Oh, j'adorerais!»
«Vraiment?»
«Oui!» confirma-t-elle, se levant avec enthousiasme, s'empressant de ranger ses affaires avant de le rejoindre à l'entrée. «Oh!» Ce fut au tour d'Ilinka d'avoir l'air emprunté.
Il la fixa avec curiosité, l'encourageant à parler d'une pensée.
«Est-ce que... on pourrait prendre des arcs? Je sais que j'ai pas assez de force pour utiliser le tien, mais je suis devenue pas trop mauvaise... et ça me manque... de cha... tirer...» marmonna-t-elle, verdissant.
«Bien sûr. On n'est pas obligé de tirer sur cibles vivantes, mais si tu as envie de chasser, je connais quelques planètes très riches en gibier.»
Ses paroles furent accueillies par un regard effaré.
«Du genre qu'on grille sur un feu...» ajouta-t-il avec un sourire.
Le soulagement qui le traversa était immense.
«Alors, c'est volontiers!»
«Si vous faites un barbecue, gardez-m'en un morceau!» nota Rorkalym, les saluant d'un geste de la main.
D'une pensée, il remercia le jeune mâle. Ça lui faisait mal de l'admettre, mais ces dernières années, il avait été bien plus aux côté d'Ilinka que lui-même.
