Chapitre 10 : Entre le choc et la reconstruction

Lorsqu'ils arrivent chez Edward, l'appartement baigne dans une lumière tamisée, fidèle à l'atmosphère qu'il cultive. Isabella entre, se débarrassant de ses talons avec une élégance distraite, et se laisse tomber sur le canapé, observant les lieux. C'est ici qu'elle se sent désormais en sécurité, une idée qu'elle ne se serait jamais imaginée avoir il y a encore quelques semaines.

Edward la rejoint, s'asseyant à une distance respectueuse.

- « Tu es sûre de toi ? » demande-t-il finalement, sa voix grave adoucie par une sincérité presque désarmante.

Isabella le regarde, ses yeux brillants dans la lumière douce.

- « Non, » répond-elle honnêtement. « Mais pour une fois, je veux suivre ce que je ressens, pas ce que je crois devoir faire. »

Edward reste silencieux, mais son expression parle pour lui : admiration, respect, et une touche d'émotion qu'il cache derrière son contrôle habituel.

« Est-ce que tu as de quoi faire un chocolat chaud? » Murmura-t-elle timidement.

« Oui. »

Edward se dirige vers la cuisine, son dos droit et son pas mesuré, comme s'il portait un fardeau qu'il ne voulait pas dévoiler complètement. Isabella le suit, intriguée par son soudain silence, observant chacun de ses mouvements. La lumière tamisée de la cuisine projette une lueur douce sur ses traits concentrés. Il ouvre un placard, sort deux tasses aux motifs sobres et classiques, puis attrape une boîte de cacao de qualité et une bouteille de lait dans le réfrigérateur.

Alors qu'il met la casserole à chauffer, Isabella, appuyée contre le plan de travail, ose poser la question qui lui trotte dans la tête .

- « Tu as une famille ? »

Edward s'interrompt une fraction de seconde, sa main tenant la boîte de cacao se fige légèrement. Puis, il reprend son geste, verse la poudre dans un bol et répond calmement.

- « J'ai mes parents. Ils vivent au canada. »

« Oh, c'est tellement beau. Et pas de frère ou de sœur? » s'amusa-t-elle.

« J'ai une sœur. Rosalie. »

Son ton est neutre, presque détaché, mais Isabella capte une infime tension dans sa voix. Elle l'observe plus attentivement.

- « Vous vous entendiez bien ? » demande-t-elle doucement, son intérêt sincère.

Edward esquisse un léger sourire, mais son regard reste sombre.

- « Oui. Elle était brillante, déterminée… et tellement têtue. » Il s'arrête, cherchant ses mots, comme s'il hésitait à aller plus loin. « Elle m'a appris beaucoup de choses. »

Il se détourne pour s'occuper du lait, ses gestes précis et presque mécaniques. Isabella sent qu'il y a plus derrière ces mots, quelque chose qu'il n'a pas dit. Elle hésite avant de demander, sa voix plus basse cette fois.

- « Et elle… ? Que lui est-il arrivé ? »

Edward pose le fouet avec une lenteur presque calculée, ses épaules se tendent imperceptiblement.

- « Elle est décédé, il y a presque six ans. »

Le silence qui suit est presque palpable, brisé seulement par le bruit léger du lait qui commence à frémir. Isabella serre les bords du comptoir, le souffle coupé. Elle réfléchit un instant, puis pose la question qu'elle redoute, mais qu'elle doit poser.

- « Est-ce qu'Emmett… a avoir quelque chose là dedans ? »

Cette fois, Edward se fige complètement, son regard fixé sur le tourbillon de mousse qu'il crée avec le fouet. Il prend une profonde inspiration avant de répondre, sa voix basse, mais claire :

- « Oui. »

Isabella sent un frisson la traverser, non pas de peur, mais de la gravité de cette révélation. Elle lève les yeux vers lui, cherchant un indice sur ce qu'il ressent. Edward continue de préparer le chocolat chaud, ses gestes maîtrisés, mais son visage révèle une douleur qu'il essaie visiblement de contenir.

- « Je suis désolée, » murmure Isabella, sincèrement touchée.

Edward relève enfin les yeux vers elle, et elle voit une lueur de reconnaissance dans son regard.

- « Ce n'est pas à toi de l'être. Mais merci. »

Il termine de verser le chocolat chaud dans les tasses, tend l'une d'elles à Isabella. Leurs doigts se frôlent brièvement, mais le contact, aussi léger soit-il, semble amplifier la tension émotionnelle entre eux.

Isabella suit Edward jusqu'au salon, une chaleur douce émanant de la tasse qu'elle tient entre ses mains. Lorsqu'ils s'installent, le silence qui s'installe entre eux n'est ni pesant ni maladroit. Il est chargé d'une compréhension tacite, d'un respect mutuel.

Isabella regarde Edward à la dérobée, remarquant les traits fatigués mais résolus de son visage. Ce qu'il a partagé est un morceau de son âme, et elle sent qu'elle n'est pas la seule à porter des cicatrices profondes.

Ils sirotent leur chocolat chaud, leurs regards se croisant de temps en temps, sans avoir besoin de mots. Et pour la première fois depuis longtemps, Isabella ressent une étrange sérénité, comme si, malgré les ténèbres qui les entourent, elle avait trouvé quelqu'un qui pouvait comprendre ses propres tourments.

Isabella hésite un moment, les doigts serrant la tasse chaude qu'Edward lui a tendue. Le silence entre eux est lourd de sous-entendus, mais elle ne peut s'empêcher de poser une autre question.

- « Edward… » commence-t-elle doucement, cherchant ses mots. « Tu as dit qu'Emmett était responsable. Mais… est-ce que je peux en savoir plus ? »

Edward, qui sirotait calmement son chocolat, s'arrête et pose sa tasse sur la table basse. Il lève les yeux vers elle, son regard sombre mais adouci par une certaine vulnérabilité.

- « Isabella, » dit-il avec une voix basse et contrôlée, « ce n'est pas que je ne veux pas te le dire. C'est juste… que c'est encore trop tôt. »

Elle hoche doucement la tête, respectant sa décision même si sa curiosité est piquée. Elle comprend qu'il porte un poids qu'il n'est pas encore prêt à partager entièrement.

Après avoir fini leurs chocolats, Edward se lève pour ranger les tasses. Isabella, sentant la fatigue s'installer, se lève également.

- « Je vais aller me coucher, » annonce-t-elle en étouffant un bâillement.

- « Les vêtements sont dans la salle de bain, » répond Edward avec un léger sourire. « Si tu veux te changer. »

Elle le remercie et se rend dans la salle de bain. Les habits qu'Edward lui a laissés sont confortables mais bien trop larges pour elle : un pull doux qui lui tombe presque jusqu'aux genoux et un pantalon de jogging qu'elle doit retrousser plusieurs fois pour qu'il ne traîne pas. Elle rit légèrement en se voyant dans le miroir, puis retourne dans la chambre.

Allongée dans le lit, Isabella tente de trouver le sommeil, mais les pensées tourbillonnent dans sa tête. Les révélations de la soirée, la tension palpable entre elle et Edward, et cette étrange sensation de sécurité qu'elle ressent dans son appartement… tout se mélange. Finalement, incapable de dormir, elle décide de retourner dans le salon.

Isabella se glisse dans le salon, pieds nus sur le parquet, sa respiration à peine audible. Elle s'arrête net en voyant Edward, debout près de la fenêtre, une main posée négligemment sur le rebord. Son torse est exposé, éclairé par la lueur douce des lumières de la ville qui filtre à travers les rideaux. Les muscles de ses épaules et de son dos se dessinent sous sa peau, et chaque détail semble amplifié dans l'intimité de cet instant.

Il tourne légèrement la tête en sentant sa présence, mais ne bouge pas tout de suite, comme s'il lui laissait le temps de le contempler. Puis, lentement, il pivote complètement pour lui faire face. Isabella reste figée. Ses yeux se perdent un instant sur lui, du contour de sa mâchoire à son torse sculpté, jusqu'à la ceinture de son bas de pyjama gris qui repose négligemment sur ses hanches.

Un sourire amusé étire les lèvres d'Edward. Il croise les bras, comme pour souligner sa posture décontractée, et ses yeux la scrutent, un mélange de malice et de curiosité.

- « Tu aimes ce que tu vois ? » demande-t-il d'une voix basse, empreinte d'une chaleur presque troublante.

Isabella sent son visage s'empourprer, mais elle ne détourne pas le regard. Ses doigts, toujours accrochés au bas de son pull trop grand, tremblent légèrement. Pourtant, elle répond, sa voix un peu rauque mais ferme :

- « Oui… beaucoup. »

Edward arque un sourcil, intrigué. Il s'avance lentement vers elle, ses pas à peine audibles sur le sol. À chaque mouvement, elle sent son cœur battre plus vite, mais elle ne recule pas. Il s'arrête à une distance où elle peut presque sentir son souffle.

- « Fais attention, Isabella, » murmure-t-il, son ton prenant une teinte sérieuse. Ses yeux plongent dans les siens, comme s'il cherchait à lire au plus profond d'elle. « Je ne suis pas un homme qu'on regarde comme ça… à moins d'en assumer les conséquences. »

Elle se mord légèrement la lèvre, une réaction instinctive qu'elle ne peut contrôler.

- « Peut-être que je suis prête à les assumer. »

Un éclat passe dans le regard d'Edward, mélange d'étonnement et de désir. Il s'approche encore d'un pas, réduisant l'espace entre eux à presque rien. Sa main se lève, comme s'il allait effleurer son visage, mais il s'arrête, laissant son geste suspendu dans l'air.

- « Isabella… tu ne sais pas dans quoi tu t'engages. »

- « Alors dis-le-moi, » rétorque-t-elle, sa voix un peu plus basse, mais empreinte d'une détermination qu'elle ne savait pas avoir.

Ils restent ainsi, leurs regards liés dans un silence chargé. Mais soudain, Edward recule, rompant la tension qui semblait sur le point d'exploser. Il se détourne, posant ses mains sur le dossier du canapé, comme pour se recentrer.

- « Ce n'est pas le bon moment, » dit-il finalement, sa voix redevenue posée. « Va te reposer, Isabella. Je ne veux pas te faire de mal. »

Elle hésite, sentant une déception qu'elle ne s'explique pas, mais elle comprend que quelque chose de plus profond se joue en lui.

Alors qu'elle fait demi-tour pour retourner dans la chambre, il ajoute d'une voix plus douce :

- « Tu es magnifique, Isabella. Mais ce n'est pas une bonne idée ce soir. »

Elle ne répond pas, mais un petit sourire se dessine sur ses lèvres. Malgré tout, elle sait qu'une ligne invisible a été franchie entre eux.

La lumière du matin se faufile doucement à travers les rideaux, peignant la chambre d'Edward de nuances dorées et chaleureuses. Isabella ouvre lentement les yeux, ses sens encore embrumés par les souvenirs de la veille. Le silence de l'appartement contraste avec le tumulte intérieur qui l'habite. Elle fixe le plafond, le poids des événements alourdissant sa poitrine. Elle s'interroge : a-t-elle fait le bon choix ?

Un bruit léger la sort de ses pensées. La porte s'ouvre doucement, et Edward apparaît, tenant une tasse de café fumant. Il est vêtu simplement, son t-shirt gris épousant la ligne de ses épaules, son regard empreint d'une douceur inattendue.

- « Bonjour, » dit-il d'une voix basse et apaisante, son regard croisant le sien avec une intensité mesurée. « Je t'ai préparé ça. Tu as l'air d'en avoir besoin. »

Isabella se redresse dans le lit, tirant instinctivement la couverture contre elle. Ses cheveux en bataille encadrent son visage fatigué, mais une étincelle de gratitude passe dans ses yeux alors qu'elle tend les mains pour prendre la tasse.

- « Merci, » murmure-t-elle, la chaleur de la tasse réchauffant ses doigts glacés.

Edward s'assoit au bord du lit, laissant un espace respectueux entre eux. Il observe son visage, attentif aux émotions qu'elle peine à dissimuler.

- « Tu as réussi à dormir un peu ? » demande-t-il doucement.

Isabella esquisse un sourire fragile, secouant légèrement la tête.

- « Pas vraiment. Mon esprit refuse de se calmer. »

Elle porte la tasse à ses lèvres, le goût riche du café se mêlant à l'amertume de ses pensées. Elle hésite, puis décide de parler.

- « Je ne sais pas si je me sens soulagée… ou terrifiée. Peut-être les deux. »

Edward incline la tête, un léger sourire empreint de compréhension étirant ses lèvres.

- « C'est normal. Les grandes décisions ne laissent jamais indifférent. Elles exigent que l'on fasse face à soi-même. »

Elle pose la tasse sur la table de chevet, détournant le regard pour éviter le sien.

- « Et si je m'étais trompée ? Si tout ça… si tout ça était une énorme erreur ? »

Edward tend la main, hésite, puis la pose doucement sur la sienne. Son toucher est léger, presque imperceptible, mais il irradie une chaleur réconfortante.

- « Ce que tu as fait, Isabella, ce n'est pas une erreur. Ce n'est pas toi qui as détruit Emmett. Ce sont ses choix. Toi, tu as simplement refusé de te taire. »

Elle lève les yeux vers lui, cherchant à saisir la profondeur de ses paroles.

- « Mais pourquoi ça ne me fait pas me sentir mieux ? Pourquoi j'ai l'impression d'avoir perdu quelque chose, moi aussi ? »

Edward laisse échapper un soupir presque imperceptible, son regard s'assombrissant d'une tendresse qu'il peine à dissimuler.

- « Parce que tu as un cœur, Isabella. Parce que tu tiens encore à lui, malgré tout. Mais ce que tu as perdu, ce n'est pas lui. C'est l'illusion qu'il était quelqu'un de digne de toi. »

Ces mots la frappent comme une vérité qu'elle n'osait pas formuler elle-même. Un silence chargé s'installe, et elle baisse la tête, les larmes menaçant de couler.

Edward se lève lentement, rompant la tension par un mouvement fluide.

- « Je vais te laisser te préparer. Mais n'oublie pas : ce n'est pas la fin de ton histoire. C'est le début. Et tu as le contrôle, maintenant. »

Il s'éloigne, mais avant de franchir la porte, il se retourne une dernière fois. Ses yeux la cherchent, et un sourire doux éclaire brièvement son visage.

- « Tu es plus forte que tu ne le crois, Isabella. Et je suis là, si tu as besoin de moi. »

Alors qu'il disparaît, Isabella reste assise, le cœur plus léger malgré la confusion qui persiste. Elle saisit à cet instant qu'Edward n'est pas seulement un allié dans cette bataille, mais peut-être bien plus. Et pour la première fois depuis des jours, elle sent une lueur d'espoir poindre à l'horizon.

La journée d'Isabella au bureau commence de manière presque normale, mais rapidement, elle sent que l'atmosphère a changé. À chaque couloir qu'elle traverse, les conversations cessent subitement. Les regards se posent sur elle, certains remplis de curiosité, d'autres de compassion mal dissimulée.

Elle garde la tête haute, essayant de se concentrer sur son travail. Pourtant, le poids de l'attention constante commence à la peser. Elle s'enferme dans son petit bureau, tentant d'échapper à l'aura de commérages qui semble la suivre.

Vers la fin de la journée, alors qu'elle relit un manuscrit, un léger coup retentit à la porte. Avant qu'elle ne réponde, Angela entre timidement, tenant son téléphone en main.

- « Salut, Isabella, » dit-elle doucement. « Je voulais juste vérifier si… enfin, si ça va. Tu as l'air… fatigué. »

Isabella fronce légèrement les sourcils, posant son stylo.

- « Fatigué ? Pas plus que d'habitude. »

- « Tu es sur? Je peux t'aider si tu veux. » Murmura Angela.

- « Angela, pourquoi toutes ces questions ? »

Angela hésite, puis tend son téléphone.

- « Parce que … »

Isabella attrape le téléphone et lit l'écran. Un article en gras s'affiche, titré : "Scandale au gala de charité : Emmett McCarty, au cœur d'une enquête pour corruption." En dessous, des sous-titres évoquent des transactions douteuses, des sociétés-écrans, et des allégations de manipulation.

Elle inspire profondément, essayant de dissimuler le tremblement de ses mains. Les mots défilent devant ses yeux, confirmant que les informations divulguées commencent à s'étendre.

Angela observe attentivement son amie.

- « Tout le monde en parle, Isa. Je suis désolée. Si tu veux en parler… je suis là. »

Isabella pose doucement le téléphone sur son bureau, fixant le mur d'un air distant.

« Merci, Angela. Je suis au courant de tout cela. C'est pour ça qu'avec Emmett c'est fini. »

« Fini? » s'étrangla Angela subitement.

Angela s'assied sur le bord du bureau, son regard empreint d'inquiétude.

- « Mon dieu, je suis désolé. Tu sais, tu n'as pas à affronter ça toute seule. Peu importe ce que c'est, ou ce qui s'est passé… tu n'es pas seule. »

Ces paroles touchent Isabella, qui esquisse un faible sourire. Elle apprécie sincèrement le soutien d'Angela, mais elle sait que les détails de ce qu'elle traverse sont trop complexes et trop sensibles pour être partagés.

- « Merci, vraiment, » murmure-t-elle. « Mais j'ai besoin de temps. »

Angela acquiesce avec compréhension.

- « D'accord. Mais si tu changes d'avis, tu sais où me trouver. »

Alors qu'Angela quitte la pièce, Isabella se laisse aller contre le dossier de sa chaise, fermant les yeux un instant. Les regards de ses collègues, les articles qui circulent, tout lui rappelle que sa vie privée est désormais sous les projecteurs.

Mais malgré tout, elle sent une étincelle de force en elle. Elle a survécu à bien pire. Et quoi qu'il arrive, elle est déterminée à reprendre le contrôle de sa vie.

Essayant de se concentrer sur son travail, un manuscrit ouvert devant elle. Sa résolution de tourner la page est solide, mais une vibration insistante sur son téléphone vient interrompre son élan. L'écran affiche un numéro familier : Emmett.

Son cœur se serre. Elle hésite, son pouce planant au-dessus de l'écran. Après quelques secondes de débat intérieur, elle inspire profondément et décroche.

- « Allô ? » murmure-t-elle, sa voix plus tendue qu'elle ne l'aurait voulu.

La réponse ne tarde pas. Emmett, d'une voix étonnamment calme mais vibrante de colère contenue, parle :
- « Félicitation. Vous avez bien joué.»

« Que veut tu dire?»

« Isabella, je t'en prie. Je sais que c'est toi ou du moins... Edward et toi. »

Isabella reste silencieuse, la main serrant son téléphone avec force.

- « Tu penses vraiment que tu peux me faire tomber ? » continue-t-il, sa voix se faisant plus froide. « Ne crois pas que je vais rester là à regarder. Tu as peut-être gagné cette manche, Isabella, mais ce n'est pas fini. »

Les paroles, bien qu'à demi-murmurées, sont pleines de menace. Isabella sent un frisson parcourir son échine, mais elle refuse de lui montrer qu'il l'intimide.

- « Peut-être que tu devrais te demander pourquoi tu as perdu cette manche, Emmett, » rétorque-t-elle, sa voix plus assurée qu'elle ne l'aurait cru. « Et peut-être que tu devrais réfléchir à ce que tu feras si tu en perds une autre. »

Un silence tendu s'installe de l'autre côté de la ligne. Puis, un ricanement amer.

- « Tu joues à un jeu dangereux, Isabella. Fais attention à ne pas te brûler. »

Avant qu'elle puisse répondre, il raccroche.

Isabella reste figée quelques instants, le téléphone toujours à son oreille. Sa main tremble légèrement, mais elle refuse de laisser la peur l'envahir.

- « Pas cette fois, » murmure-t-elle pour elle-même, serrant les dents.

Elle sait qu'Emmett est capable du pire. Elle sait que ce n'est pas terminé. Mais une chose est sûre : elle ne reculera pas. Pas maintenant. Pas après tout ce qu'elle a traversé.

Reprenant une profonde inspiration, elle repose son téléphone sur son bureau et retourne à son travail. Pourtant, ses pensées restent troublées, une partie d'elle restant sur ses gardes pour ce qui pourrait arriver ensuite.

Le soir venu, Isabella arrive devant le loft d'Edward, encore troublée par l'appel d'Emmett. Le cœur battant, elle frappe à la porte. Edward ouvre presque immédiatement, un léger sourire adoucissant son expression habituellement sérieuse.

- « Entre, » dit-il simplement, s'effaçant pour la laisser passer.

Le loft est baigné d'une lumière douce et chaleureuse. Une odeur délicieuse flotte dans l'air. Edward a préparé le dîner, et Isabella est frappée par l'attention qu'il semble toujours lui accorder. Elle s'installe sur un tabouret au plan de travail, ses coudes posés sur la surface lisse, tandis qu'Edward s'affaire en cuisine.

- « Qu'est-ce que tu as préparé ? » demande-t-elle, essayant de se distraire.

- « Des pâtes fraîches et une sauce maison, » répond-il sans lever les yeux de sa tâche. « Rien de compliqué, mais suffisamment réconfortant. »

Isabella esquisse un sourire malgré elle.

- « Tu prends soin de moi comme si je n'étais pas capable de me débrouiller toute seule, »plaisante-t-elle.

Edward la regarde enfin, son regard perçant mais adouci par une étincelle d'amusement.

- « Peut-être que tu n'as pas à tout faire toute seule, » répond-il calmement.

Un silence s'installe, mais ce n'est pas un silence inconfortable. C'est une pause, un moment de répit après une journée tumultueuse.

- « Emmett m'a appelée aujourd'hui, » finit-elle par dire, brisant la tranquillité.

Edward s'arrête, une tension imperceptible raidissant ses épaules. Il pose délicatement une casserole sur le comptoir avant de se tourner vers elle.

- « Qu'est-ce qu'il a dit ? »

- « Il sait que c'est nous. Il m'a prévenue que ce n'était pas fini, » explique Isabella, la voix calme mais chargée d'un mélange de défi et de fatigue.

Edward s'avance vers elle, posant une main ferme mais rassurante sur le plan de travail, juste à côté de la sienne.

- « Est-ce que ça va aller ? » demande-t-il, ses yeux cherchant les siens.

Elle hoche la tête, inspirant profondément.

- « Oui. Mais il ne lâchera pas. Et son père non plus. »

Edward soupire, se redressant légèrement.

- « Ce genre de personnes n'accepte pas la défaite, » dit-il gravement. « Ils trouveront un moyen de te nuire, même si c'est de manière indirecte. »

Isabella soutient son regard, sentant la détermination monter en elle.

- « Je ne vais pas me cacher, Edward. J'ai déjà trop subi. Si je dois affronter ce qui vient, je le ferai. »

Edward l'observe quelques secondes, comme pour évaluer la force qui se cache derrière ses paroles. Puis, il hoche la tête.

- « Alors, on le fera ensemble. Mais tu dois me promettre de me dire si quelque chose te semble étrange ou dangereux. Je ne peux pas te protéger si tu ne me laisses pas faire. »

Un sourire furtif éclaire le visage d'Isabella.

- « Tu es toujours aussi autoritaire ? »

Edward croise les bras, esquissant un demi-sourire.

- « C'est plus un partenariat qu'une autorité. Mais si ça te rassure de penser le contraire, je ne dirai rien. »

Elle rit légèrement, un rire rare et sincère.

Quelques minutes plus tard, ils s'installent pour dîner, les tensions s'apaisant peu à peu. Cependant, au fond de leurs esprits, chacun sait que la véritable bataille ne fait que commencer.