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Hello tout le monde! Désolée pour le retard, j'ai été complètement débordée ces derniers jours et je n'ai pas eu le temps de mettre le chapitre en page! L'avantage, c'est que vous allez avoir deux chapitres assez rapprochés :)
J'ai une mauvaise nouvelle : je suis dans un writing slump… J'ai écrit un chapitre (1) pendant les deux semaines de vacances parce que j'écris trois lignes par soir et je déteste ça! Je vais m'y remettre cette semaine mais avec l'école, j'ai peur de ne pas avoir assez de chapitres à vous donner…
Sinon, j'espère que vous aimerez celui de ce soir, qui est exceptionnellement long et que j'ai beaucoup aimé écrire avant de tomber dans le trou de la non-inspiration!
Autre chose que je voulais vous dire ce soir, j'ai mis mon Instagram perso plusieurs fois avant mais je suis obligée de rester en privé pour des raisons professionnelles et je ne peux pas mettre de stories en anglais sinon mes abonnés ne vont rien comprendre, donc j'ai décidé d'en créer un pour nous! Je posterai des stories sur l'avancée des chapitres, si j'ai du retard ou quoi, et on pourra se parler plus facilement! virgulesonao3
N'hésitez pas à me suivre dessus, je répondrai à tous vos messages bien entendu!
Merci pour les commentaires et les attentions trop mignonnes que vous portez à cette fic, je vois toutes les petites mentions sur tiktok, twitter ou reddit et ça me fait trop plaisir à chaque fois! Je vous aime fort!
tw : sang, blessure
Hermione
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La pièce était remplie d'assiettes de différentes nuances de roses, et dans chacune d'entre elles, un chaton miaulait bruyamment. Certains jouaient avec des pelotes de laine, d'autres contemplaient le bureau de leurs grands yeux jaunes. Hermione avait l'impression qu'ils étaient coincés dans leur cadre, enfermés dans les assiettes d'Ombrage pour l'éternité.
Le bureau était entièrement peint en rose. Il était tellement différent de celui de Lupin qu'Hermione se demanda si c'était bien la même pièce. Au centre trônait un immense bureau en bois massif, recouvert d'une nappe en dentelle et de vases de fleurs séchées. La pièce embaumait la même odeur qu'Ombrage, c'est-à-dire son parfum de rose trop fort qui donnait le tournis.
Ombrage lâcha enfin le poignet d'Hermione pour approcher une chaise en face de son bureau. Hermione ne rata pas le moment où elle s'essuya la main sur la nappe après l'avoir touchée.
"Asseyez-vous, Miss Granger." ordonna-t-elle, son ton mielleux soudainement disparu.
Hermione obéit. De toute manière, elle n'avait plus aucune force pour tenir debout une seule minute de plus. Elle avait l'impression que l'énergie frémissante qu'elle ressentait en permanence ne pulsait plus dans ses veines, et que son organisme ne parvenait pas à tenir sans.
Sa magie. Elle était drainée de sa magie. Elle comprenait mieux l'état de Drago après ses cours d'Occlumancie. Sa tête tournait tellement qu'elle dû s'accrocher au bureau d'Ombrage pour ne pas vaciller.
La Professeure s'assit sur la grande chaise sans la quitter des yeux. Elle avait une étincelle de convoitise dans le regard, comme si Hermione était un objet rare qu'elle pouvait enfin posséder, mais Hermione était surtout dérangée par son dégoût. Son visage entier transpirait d'un écoeurement pur, de son nez plissé à ses lèvres retroussées. Jamais personne ne l'avait regardée comme ça, pas même Lucius Malefoy.
Elle n'avait jamais eu autant conscience de son statut de Née-moldue qu'à cet instant.
"S'il vous plaît, Professeure… ne me faites pas de mal." implora Hermione d'une toute petite voix.
"Cela dépend uniquement de vous, Miss Granger." murmura Ombrage, un sourire vicieux s'étalant lentement sur ses lèvres. "Où étiez-vous, ce soir ?"
Hermione ferma les yeux et inspira. Elle allait s'évanouir. Elle sentait ses muscles se relâcher un à un.
"Je voulais aller dans les cuisines." mentit-elle, mais elle était loin d'être convaincante : sa voix tremblait, de peur et de fatigue.
"Vous êtes une menteuse, Miss. Granger." déclara Ombrage à voix basse.
En réalité, Hermione était terrorisée par cette femme. Elles étaient seules, au beau milieu de la nuit, rien ne l'empêchait de lui faire du mal. Personne n'en saurait rien, et si c'était le cas, qu'est-ce qui arriverait à Ombrage ? Elle était en train de prendre Poudlard d'assaut, petit à petit. Les professeurs du Château étaient démunis. Même Dumbledore voyait son rôle de Directeur faillir jour après jour. Ombrage avait tous les droits.
Elle ne pouvait qu'espérer que Drago soit là pour l'aider après.
"Vous étiez avec votre ami, M. Potter, est-ce bien ça ?" demanda soudain Ombrage.
Hermione mit plusieurs secondes à comprendre sa question. Elle était trop exténuée pour faire le lien. Il ne s'agissait pas du couvre-feu, il n'avait jamais été question de ça. Elle l'avait emmenée dans son bureau pour l'interroger sur Harry.
"Non." répondit-elle.
"Vous mentez, Miss Granger." continua Ombrage, se rapprochant de plus en plus vers elle, si près qu'Hermione pouvait voir chaque striure sur son visage boursouflé. "Vous êtes une menteuse, et je déteste les menteuses. Vous étiez avec M. Potter, dans votre petit club illégal, n'est-ce-pas ?"
Le coeur d'Hermione fit un soubresaut qui la fit tousser.
"Je ne sais pas de quoi vous parlez." marmonna-t-elle faiblement.
Elle s'accrocha désespérément aux accoudoirs du fauteuil quand Ombrage se rapprocha encore, sa baguette dangereusement pointée sous le menton Hermione.
"Dites moi la vérité, Miss Granger, et je vous épargnerai deux heures de souffrance. Dites-moi ce que Potter organise dans mon dos et vous serez libre. Je vous le promets."
Son corps était désénergisé. Elle était frigorifiée, ses cuisses tremblaient l'une contre l'autre, ses yeux se fermaient tout seuls. Chacune de ses cellule la suppliait de mettre fin à cette torture, chaque battement de son coeur était douloureux, mais jamais, jamais, elle ne dénoncerait Harry de la sorte. Étrangement, la perspective de pouvoir le sauver en résistant était même revigorante. Elle n'avait plus peur. Si elle devait subir de la souffrance pour lui, alors elle le ferait volontiers. C'était la meilleure raison possible.
Alors, Hermione, réunissant le peu de vitalité qui lui restait, secoua fermement la tête, les yeux braqués sur cette femme. Cette femme qui pourrait aisément lui faire du mal, lui lancer un Sortilège Impardonnable et regarder son corps inerte être secoué par des vagues de souffrance. Hermione ne pourrait même pas se défendre, elle était trop faible ce soir. Peut-être même qu'Ombrage pourrait entrer dans sa tête et découvrir tous ses secrets, exposés à la vue de tous, parce qu'elle était incapable de fermer son esprit malgré tous ses efforts.
Mais elle refusa.
Parce que c'était Harry, et qu'Hermione ne le trahirait jamais. La proposition d'Ombrage ne l'atteignit même pas. Elle refusa, catégoriquement, sans l'ombre d'une quelconque hésitation.
Un éclair de frustration passa dans le regard noir de la Grande Inquistrice et elle se rassit lourdement sur sa chaise dans un grand bruit. Elle prit sa baguette et la fit tourner entre ses doigts.
"Vous êtes une fille stupide, Miss Granger." dit Ombrage, chaque syllabe enroulée dans ce ton cajoleux insupportable. "Vous êtes une petite fille insolente et bornée, qui croit tout savoir sur un monde dans lequel elle n'est même pas censée appartenir. Vous êtes une honte pour le monde des sorciers, tout comme Potter, et votre petite bande d'incapables, qui proclament des mensonges à longueur de journées. Mais la réalité vous rattrapera bientôt, Miss Granger. Vous êtes loin d'être invincible. Vous pensez que savoir lancer deux ou trois sortilèges compliquées vous aidera, vous pensez qu'être amie avec le fameux Harry Potter vous tirera d'affaires une fois que vous serez sortis de ce Château ? Vous vous trompez. Votre sang impur ne vous protègera pas. Et j'espère que je serai au premier rang lorsque la réalité vous aura rattrapée et remise à votre juste place."
Elle avait prononcé cette tirade dans un seul souffle, et elle pétrifia Hermione, bien plus qu'elle aurait aimé l'avouer. Elle avait pensé être immunisée contre les mots de cette femme tordue, mais ils la frappèrent de plein fouet. Elle venait de mettre le doigt sur l'une de ses plus grandes peurs. Hermione aurait presque préféré se prendre un sort, ça aurait fait moins mal.
"Levez-vous." ordonna Ombrage.
Comme un pantin désartibulé, Hermione se leva. Elle s'appuya sur la table parce que ses jambes ne tenaient plus. Quand est-ce que son corps allait enfin lâcher prise ? Ombrage l'emmènerait sûrement à l'infirmerie si elle tombait devant les pommes devant elle, elle ne serait pas assez cruelle pour la torturer… si ?
Hermione chercha une issue, n'importe laquelle, mais elle était condamnée, comme les chatons dans les assiettes qui l'observaient en miaulant.
Ombrage la conduisit à une petite table dans un coin de la pièce. Une feuille de parchemin était posée là, et il n'y avait pas d'encrier. Hermione avait suffisamment soigné les mains d'Harry, de Fred et de George pour comprendre pourquoi elle n'aurait pas besoin d'encre.
"Je présume que votre ami Potter vous a parlé de mes plumes spéciales, n'est-ce-pas ?" roucoula Ombrage, qui semblait prendre un certain plaisir à voir Hermione blémir. "Vous savez ce qui vous attend, non ?"
Hermione ne répondit pas. Elle baissa les yeux sur le parchemin pour éviter de croiser le regard d'Ombrage.
"Je vous laisse encore une chance, Miss Granger. Dites moi ce que Potter fabrique avec Dumbledore, et vous pourrez sortir de ce bureau tout de suite."
Elle était tellement épuisée qu'elle ne prit même pas la peine de répondre. Elle attendit simplement quelques secondes de silence tendu, puis Ombrage poussa un soupir théâtral :
"Comme vous le souhaitez. Mais n'oubliez pas que j'ai fait preuve de clémence à votre égard, et que c'est vous avez qui avez refusé de la prendre."
Elle fit tiquer sa langue sévèrement en retournant vers son bureau, ignorant Hermione qui lâcha un petit rire étranglé en entendant ça. Le son s'évanouit rapidement quand Ombrage revint, une longue plume rose entre ses doigts.
"Vous écrirez "Je ne dois pas mentir sur mes activités à la Grande Inquistrice.""
Hermione se força à ne rien montrer sur son visage qui pourrait indiquer sa détresse. Sa phrase était longue, plus longue que celles d'Harry. Elle prit la plume de ses doigts tremblants et la posa sur le parchemin vierge, sous le regard aiguisé d'Ombrage.
Elle commença à écrire "Je ne dois pas", et aussitôt, elle sentit une démangeaison au niveau du dos de sa main gauche. Hermione savait que, si elle se mettait à regarder ou à réagir, Ombrage n'en serait que plus enjouée, alors elle garda la tête résolument penchée sur sa feuille et ignora sa main qui piquait de plus en plus.
"mentir sur mes activités…"
Sa peau s'ouvrait à mesure que la plume glissait sur le papier. Hermione resta de marbre.
"à la Grande Inquisitrice."
Quand elle posa le point final, elle sentit une goutte de sang couler le long de sa peau. Elle serra les dents. Sa tête était presque aussi lancinante que sa main. Ses jambes ne tremblaient plus, ou peut-être qu'elles étaient déjà paralysées.
Hermione eut assez de force pour lever la tête et adresser à Ombrage un air plein de défi.
"Encore." ordonna-t-elle. Puis, elle alla se rasseoir à son bureau.
Hermione recommença sa phrase, laissant à peine assez de temps pour que la plaie se répare avant de la rouvrir de nouveau. Elle ne se focalisa que sur les petits soupirs frustrés d'Ombrage en face d'elle. Elle n'avait pas eu ce qu'elle voulait. Elle avait essayé de la faire céder, mais la volonté d'Hermione était bien plus forte que ses muscles. Elle se laisserait couper les mains toute la journée pour protéger Harry.
Plus que deux heures. Plus que deux heures, et après elle serait libre.
"Je ne dois pas mentir sur mes activités à la Grande Inquistrice, je ne dois pas mentir sur…"
Hermione écrivit, inlassablement. Elle essaya de rester parfaitement inexpressive le plus longtemps possible, mais après la trentième phrase, elle ne put empêcher des petits gémissements de douleur franchir ses lèvres. À chaque fois, le sourire d'Ombrage s'élargissait, et ses petits yeux enfoncés étaient saisis par une lueur sadique qui donnait froid dans le dos.
Hermione passa la première heure à penser que la prochaine minute, elle s'évanouierait enfin. Elle était à la fois impatiente et réticente à l'idée de donner cette satisfaction à Ombrage. Hermione comprenait un peu mieux l'obstination d'Harry à prétendre que tout était normal à chaque fois, son refus d'en parler à un autre adulte. Chaque plainte de sa part était un cadeau pour cette femme. Elle lui donnait raison.
Alors, elle essaya le plus de possible de ne pas gémir de douleur et écrivit, encore et encore, la phrase qui était marquée sur sa peau.
Lorsqu'elle comprit que son corps était décidé à tenir le coup, Hermione essaya de penser à autre chose. Elle récita sa leçon d'Histoire de la Magie dans sa tête pour essayer de faire éclipser la douleur, et à sa grande surprise, ça fonctionna. Elle sentait toujours la sensation cuisante quand elle faisait glisser la plume sur le parchemin, mais sa main était presque ankylosée, comme le reste de son corps. Quand elle termina le chapitre sur la Guerre des Géants, elle passa à la Botanique et récita mentalement chaque propriété de plante magique qu'elle avait appris depuis sa première année. Puis, elle se lança dans les sortilèges, et les Runes.
Quand elle fut à court d'alphabets à mémoriser, Hermione tourna subtilement la tête vers la grande cheminée en marbre d'Ombrage. Elle était encombrée par des dizaines de cadres roses où d'autres chats tournaient en rond. Un petit feu grésillait à l'intérieur. Hermione avait une vue parfaite sur le seau de Poudre de Cheminette, entre deux cadres.
Pendant un long moment, elle imagina un plan. Elle imagina sauter de sa chaise d'un bond, se jeter sur le seau, en jeter une poignée dans la Cheminée et s'enfuir d'ici. Peut-être que la cheminée de ses parents était toujours connectée au réseau ? Est-ce qu'elle aurait le temps de se propulser dans le feu avant qu'Ombrage ne lui jette un sort dans le dos ? Il fallait qu'Hermione soit rapide. Ses doigts tremblaient tellement d'appréhension qu'elle en lâcha la plume d'Ombrage plusieurs fois.
Mais les ondulations de douleur dans ses jambes lui indiquaient clairement qu'elle n'était pas capable de mettre son plan à exécution, alors Hermione retourna à ses révisions mentales avec une amertume envers son propre corps qui la trahissait.
De temps en temps, elle jetait un regard dans la direction d'Ombrage, qui s'était mise à écrire sur des enveloppes roses poudrées sur son bureau. Il y avait un cadre à moitié tourné vers elle où Hermione pouvait voir Cornélius Fudge avec un grand sourire commercial tourner en boucle. Dehors, il faisait nuit noire. Hermione n'osait même pas imaginer l'heure qu'il devait être, mais elle préférait presque qu'il fasse nuit. Elle n'osait pas imaginer si elle avait dû justifier ses deux heures de retenue au petit-déjeuner du lendemain auprès des Gryffondors. Elle préférait largement se taire et garder ce moment secret.
Quand Hermione fut en train de réciter les formules de Métamorphose sur les objets animés, sa main étant devenue trop engourdie pour qu'elle puisse sentir la coupure, Ombrage commanda :
"Levez-vous."
Hermione reposa la plume et regarda sa main pour la première fois depuis que la punition avait commencée. La plaie était profonde, et du sang perlait sur chacune des lettres inscrites sur sa peau. La phrase était tellement longue qu'elle débordait même sur sa paume. Elle réprima un frisson d'horreur et se leva, mais elle ne s'était pas appuyée sur ses jambes depuis tellement longtemps qu'elle s'écroula à moitié sur le pupitre.
"Venez !" cria Ombrage avec impatience.
Elle le fit en traînant des pieds. Elle ne comprenait pas comment elle pouvait encore tenir. Combien d'heures s'étaient écoulées depuis qu'elle avait essayé la Légilimancie sur Drago ? Depuis quand les miaulements des chats des assiettes s'était atténué, transformé en un bruit de fond ? Depuis quand s'était-elle habituée à son mal de tête qui perçait ses tempes à chaque battement de son coeur épuisé ?
"Votre main."
Hermione la leva pour qu'Ombrage puisse l'inspecter. Elle ne la prit pas dans la sienne, et plissa les lèvres en voyant son sang, qui avait pourtant la même couleur que le sien, sans doute. Puis, elle leva la tête, et Hermione fut tétanisée par son regard perçant. Pas une once de pitié.
"Je découvrirai ce que vous mijotez avec votre précieux Potter, Miss Granger. C'est une promesse." murmura-t-elle, chaque mot lourd et menaçant dans sa bouche. "Vous pouvez disposer."
Hermione frissonna de la tête aux pieds. Elle ne répondit pas, pas sûre que sa langue marchait toujours. Ses membres étaient raides, son cerveau éteint. Elle avait l'impression de flotter comme un fantôme jusqu'à la porte. La serrure se déverrouilla dans un "clic !" et Hermione l'ouvrit sans un regard en arrière. Elle inspira l'odeur fraîche du couloir avec un soupir de bonheur.
Drago l'attendait devant le bureau.
Lorsqu'elle le vit, Hermione fut traversée par une vague de soulagement intense, comme si, par sa simple présence derrière cette porte, il avait rendu la punition plus facile à vivre. Comme s'il lui avait donné de sa force sans qu'elle le sache.
Il était agenouillé par terre. On aurait dit qu'il n'avait pas osé s'asseoir, au risque qu'il doive se précipiter d'un instant à l'autre. Il avait posé sa tête sur le mur en pierre derrière lui et ses traits étaient contractés par l'angoisse. Il tenait sa baguette dans son poing serré, si fort qu'on aurait dit que le bois s'était plié contre ses doigts. Quand il entendit la porte, il se redressa, l'air hagard.
La porte du bureau d'Ombrage se referma derrière Hermione et elle eut à peine le temps de faire un pas qu'il se jeta sur elle pour la prendre dans ses bras :
"Hermione, putain, enfin !" s'écria-t-il d'une voix étranglée. "Qu'est-ce qu'elle t'a fait là-dedans ? Hermione, ça va ? Je t'entendais crier, qu'est-ce qu'elle t'a fait ?"
Elle voulut répondre, mais sa gorge était trop sèche. Elle préféra enfoncer son visage contre son cou et inspirer l'odeur de la menthe qui émanait de lui, bien plus fraîche que l'arôme de rose imprégné dans le bureau d'Ombrage. Elle eut l'impression que son mal de tête s'affaiblissait lorsqu'elle respirait l'odeur de Drago. Ses paupières frémirent et elle ferma les yeux.
"Hermione ?" pressa-t-il, peu soucieux qu'Ombrage puisse l'entendre. Hermione était bien trop fatiguée pour lui faire remarquer. "Ça fait plus de trois heures que t'es là-dedans, qu'est-ce qu'il s'est passé ? Elle t'a fait du mal ?"
Il la serra contre lui et Hermione lâcha un petit cri de douleur quand il appuya sur sa main mutilée. Drago baissa les yeux, et vit la phrase sanguinolente sur sa peau pâle.
Son corps entier se figea, aussi dur que de la pierre contre sa joue.
"Je vais la tuer." énonça-t-il, simplement.
Hermione savait que ce n'étaient pas des paroles en l'air, et que s'il ne la tenait pas dans ses bras à cet instant, il serait déjà entré dans le bureau et mis sa menace à exécution. Elle n'avait même plus de place dans sa tête pour lui en vouloir. Elle voulait la tuer aussi.
Mais avant qu'elle ne puisse le raisonner, sa vision devint noire, et Hermione accueillit la délivrance qu'elle attendait depuis si longtemps. Elle relâcha ses muscles, s'affaissa dans les bras de Drago qui la tenait fermement, et s'évanouit enfin.
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Drago
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Drago avait tout essayé.
Il avait essayé d'ouvrir cette maudite porte avec tous les sorts de déverrouillage qu'il connaissait, y compris la phrase en grec que Théo avait prononcé pour ouvrir la porte de la réserve de Rogue et dont Drago ne se souvenait qu'à moitié. Il avait fini par donner des grands coups de pieds dedans dans l'espoir qu'elle sorte de ses gonds, mais ce fut peine perdue. La porte était sûrement protégée par un sortilège puissant d'Impassabilité. Il était sûr que ni Ombrage ni Hermione ne pouvaient entendre quoique ce soit à l'extérieur du bureau.
Il essaya de briser la fenêtre en passant par l'extérieur, mais elle devait être imperméabilisée par le même sort, parce que le verre ne subit aucun dommage lorsqu'il jeta des pierres contre les carreaux. Il n'y avait aucune cheminée fonctionnelle dans tout le Château qui aurait pu lui permettre de s'introduire à l'intérieur de la pièce.
Lorsque Drago pressait son oreille contre la porte de toutes ses forces, il pouvait entendre Hermione gémir de douleur. Parfois même, un cri se faisait entendre à travers l'épaisseur du bois. À chaque fois, Drago ressentait la puissance d'une colère qu'il n'avait pas ressenti depuis des mois, qui se mélangeait à l'inquiétude et surtout, à l'impuissance.
C'était ça, le pire.
L'impuissance.
Il ne pouvait qu'attendre, voir la scène se dérouler devant ses yeux sans pouvoir rien faire pour l'en empêcher. Drago était transporté à l'année précédente, lorsqu'il avait dû attendre une heure entière devant le Lac Noir, à espérer que Granger en ressorte. Chaque minute, chaque battement de coeur avait paru comme un coup de poing dans le ventre. Il revivait la même situation, et c'était presque pire, parce que cette fois-ci, c'était de sa faute.
Quand il eut épuisé toutes les idées pour essayer de sortir Granger de là, Drago dut se rendre à l'évidence. Il n'y avait pas de solution. Il devait attendre qu'Ombrage soit prête à la laisser sortir. Sa seule consolation fut qu'il n'entendait plus aucune protestation à travers la porte. Il espérait que ça voulait dire qu'elle ne souffrait plus, et non pas qu'elle s'était pris un sortilège de Mutisme, ou qu'elle n'avait plus assez de force pour crier.
Il fit les cent pas devant son bureau, encore et encore, jusqu'à en avoir le vertige. De temps en temps, il frappait la porte avec son pied, mais mis à part résonner dans tout le couloir et lui faire un bleu au tibia à chaque fois, ça ne changeait pas grand chose. C'était une sensation atroce, il était à la fois parcouru par de l'adrénaline pure, trépignant d'impatience et de colère refoulée, mais il n'avait rien pour les laisser s'échapper. Il ne pouvait pas laisser son esprit vagabonder ailleurs, toutes ses idées étaient focalisées sur l'intérieur de ce bureau, ce qu'il pouvait bien se passer. Pourquoi avait-il entendu Hermione pleurer ? Est-ce qu'elle la torturait, là-dedans ? Est-ce que Poudlard était devenu si peu sécurisé qu'une Professeure pouvait faire du mal à une élève sans craindre les conséquences ?
Drago finit par s'asseoir par terre. Il posa sa tête contre la pierre froide pour essayer de la refroidir, en vain. Ses mains étaient parcourues de spasme, et une fois ou deux, il lança un sort involontaire contre le mur en face de lui. Sa respiration était hachée, comme s'il avait couru un marathon alors qu'il attendait simplement devant cette stupide porte depuis plus de trois heures.
Ses oreilles bourdonnaient tellement qu'il mit du temps à entendre la porte quand elle s'ouvrit enfin.
Il tourna la tête, et dès qu'il vit Granger passer le seuil, il se leva d'un bond, ignorant le sang qui monta à son cerveau un peu trop rapidement. Elle était dans un pire état encore que lorsqu'elle était partie : elle était d'une pâleur horrifiante et ses jambes vacillaient sous son poids. Pendant une seconde, Drago eut le souffle coupé, et la seconde d'après, il se jeta sur elle, autant pour s'assurer qu'elle était bien là que pour la rattraper si elle allait tomber. Elle s'agrippa à lui comme une ancre dans une tempête.
"Hermione, putain, enfin !" s'écria-t-il. Il n'en avait rien à foutre qu'Ombrage l'entende. Au contraire, il rêvait qu'elle apparaisse derrière Hermione pour qu'il puisse lui lancer les sortilèges qui lui traversait l'esprit depuis trois heures. "Qu'est-ce qu'elle t'a fait là-dedans ? Hermione, ça va ? Je t'entendais crier, qu'est-ce qu'elle t'a fait ?"
Elle posa sa tête contre son cou sans répondre, et il resserra son étreinte autour d'elle avec force. Il ne la lâcherait plus jamais, il ne lui ferait plus jamais revivre ça. Plus jamais.
"Hermione ?" appela-t-il, plus doucement. Son silence était encore plus agonisant que ses larmes, il n'avait aucune idée de ce qu'elle avait subi là-dedans, et son esprit s'amusait à inventer des théories pour l'angoisser encore plus. "Ça fait plus de trois heures que t'es là-dedans, qu'est-ce qu'il s'est passé ? Elle t'a fait du mal ?"
Il désirait autant avoir la réponse à sa question qu'il ne la craignait. Il voulut lever le bras pour dégager les mèches de cheveux de son visage, mais le geste la fit gémir de douleur et il baissa aussitôt les yeux pour voir où il lui avait fait mal.
Sa main.
Sa main.
Sa main était couverte de sang, dégoulinant le long de son poignet et disparaissant sous la manche de sa cape. Il ne savait pas comment il avait pu la louper, sûrement trop occupé à analyser son visage pour détecter quelconque indication de ce qu'Ombrage avait fait pour inspecter le reste de son corps.
À travers le sang, il pouvait voir sa peau ouverte, comme si quelqu'un avait tracé des lettres avec un couteau. Il lut les mots "mentir" et "Inquisitrice", et toute sa peur se transforma soudain en haine, froide et sinueuse, qui traversa chacune de ses veines comme de l'eau glacée. Il se figea, les yeux rivés sur la peau pâle d'Hermione, son sang, les mots que cette femme avait taillée sur elle.
"Je vais la tuer." dit-il.
Et il était sérieux.
Il ne craignait pas la moindre conséquence qu'un tel acte pourrait lui apporter à cet instant. Il n'avait pas peur d'Azkaban. Plus rien ne le retenait. Il se voyait déjà entrer dans le bureau, pointer sa baguette sur Ombrage, et murmurer les mots qui roulaient sous sa peau et qui résonnaient dans son crâne à mesure qu'il fixait la main de Granger. Au fond de lui, il savait que le sort partirait. Pour pouvoir lancer un Avada Kedavra efficace, il fallait le vouloir vraiment, et Drago ne désirait rien de plus que de voir Ombrage s'écrouler sur son bureau à cet instant.
Mais le corps d'Hermione se ramollit dans ses bras, et sa tête s'enfonça contre son épaule. Aussitôt, son désir de vengeance se stabilisa et son coeur repartit dans un rythme précipité.
"Hermione ?" appela-t-il en la secouant légèrement. "Hermione, tu m'entends ?"
Elle était inerte contre lui. Elle s'était évanouie. Drago ravala les hurlements de rage et la panique qu'il retenait difficilement. Il glissa son bras droit sous ses genoux, l'autre contre son omoplate, et la souleva pour la porter. Elle était complètement dans les vapes, Drago ne comprenait pas comment elle avait pour tenir aussi longtemps. Après le surmenage mental et la torture, elle n'avait pas flanché. Il pria tous les Dieux qui existaient dans ce monde qu'elle n'avait pas attendu trop longtemps.
"Hermione ? Hermione ?" appela-t-il, encore et encore, sans réponse.
Les mouvements de Drago devinrent automatiques. Il ne contrôlait plus rien, ses pieds marchaient tout seuls et trouvèrent eux-même le chemin vers l'infirmerie. Il n'avait jamais marché aussi vite dans ce Château, au rythme alarmant de son coeur, la tête baissée vers la fille qui le faisait battre.
"Hermione, reste avec moi." Il ne savait pas si c'était un ordre ou une supplique.
Sa joue était posée contre sa poitrine. Elle avait presque l'air détendue comme ça, si ce n'était ses paupières qui frémissaient légèrement et sa main pleine de sang posée sur son ventre. Drago était traversé par des nausées violentes dès qu'il posait les yeux dessus, mais étrangement, il n'arrivait pas à s'en détacher pour autant. C'était de la torture. Cette femme l'avait torturée.
Drago essaya coûte que coûte d'éloigner cette idée le plus loin possible dans son esprit, au risque de se faire engloutir par sa propre colère. Il devait aider Granger avant tout, il se vengerait après.
Il arriva au milieu du couloir et s'arrêta brutalement sur ses pas. La tête d'Hermione vacilla contre lui, il pouvait voir ses veines pulser à travers la peau blême de son cou.
Drago hésita le temps d'une seconde.
Il pouvait voir les doubles portes qui menaient au bureau de Pomfresh, mais il n'arrivait pas à faire un pas de plus.
Il ne pouvait pas l'emmener là. L'infirmière ne le laisserait jamais rester avec elle. Elle le forçerait à retourner à son dortoir, et Drago était purement incapable de s'éloigner d'elle une seconde fois. Il ne pouvait pas la perdre des yeux. Et comment Merlin pourrait-il justifier à l'infirmière qu'il tenait une Hermione inconsciente, sa supposée ennemie, affaiblie par des assauts de Légilimancie et blessée par une Professeure de Poudlard ? Elle aurait toutes les raisons de penser que c'était lui qui lui avait fait ça, et Drago n'était pas assez solide pour entendre une pareille accusation.
Il secoua la tête et fit demi-tour. Il ne pouvait pas emmener Granger se faire soigner par Pomfresh, mais il connaissait quelqu'un qui pourrait la guérir tout aussi efficacement.
Quelqu'un qui connaissait les cicatrices mieux que personne.
Il dévala les escaliers en chuchotant :
"Tiens bon Hermione, je t'en prie, je t'en prie…"
Il sentait les larmes couler sur ses joues, mais il s'en fichait. Il n'avait plus qu'un objectif en tête, les cachots. Il se focalisa sur les escaliers, sur les respirations saturées de la fille dans ses bras, tout sauf la colère qui frémissait sous sa peau et menaçait d'exploser à tout instant.
Les cachots étaient plongés dans la pénombre. En prenant soin de ne pas appuyer sur la main ensanglantée d'Hermione, Drago utilisa sa baguette de sa main droite pour les recouvrir d'un Sortilège de Désillusion et, compte tenu des circonstances, le sort s'avéra être bien plus réussi qu'il ne l'aurait imaginé. Ils n'étaient pas totalement invisibles, mais suffisamment camouflés pour pouvoir se fondre dans la masse de la fête derrière la porte.
Drago prononça le mot de passe et entra dans la pièce avant même que la porte ne s'ouvre complètement.
C'était la fin de la fête. Drago pouvait le deviner à la manière dont tout le monde était assis un peu partout dans la Salle Commune, plus ou moins étourdis par l'alcool. Pansy fumait une cigarette avec Daphné dans l'un des canapés devant la cheminée, et Blaise était affalé dans l'un des fauteuils.
Drago ne s'attarda pas et fonça vers les tables de révisions le long du mur gauche de la pièce. Il évita chaque corps qui risquait de s'entrechoquer contre Hermione. Quand un Serpentard de quatrième année le frôla, il lui bouscula l'épaule de toutes ses forces pour l'éloigner de son chemin, sans même prendre la peine de se retourner pour voir le garçon tomber en arrière sur une table de bouteilles d'alcools.
Hermione était plus blanche que jamais dans ses bras. Drago essaya de ne pas regarder le sang qui coulait de sa main. Il arriva enfin de l'autre côté de la Salle Commune.
Il n'avait jamais été aussi heureux de voir Théo de sa vie. Il était en train de réviser un gros manuel de Runes, assez loin de la fête pour ne pas être impliqué, mais assez près pour pouvoir surveiller Pansy.
"Théo !" souffla Drago quand il arriva à son niveau.
Le brun sursauta et regarda partout autour de lui sans comprendre.
"Drago ?" appela-t-il, les sourcils froncés.
"Là, je suis là, j'ai un Sortilège de Désillusion !" cria-t-il, sa voix atténuée par la musique qui sortait du gramophone.
"Qu'est-ce que… Qu'est-ce que tu fous ?" demanda Théo, perplexe, en fixant les alentours pour essayer de le trouver dans la cohue.
"Viens avec moi, c'est urgent, tu dois venir avec moi !" pressa Drago d'un ton urgent.
Il avait l'impression qu'à chaque fois qu'il baissait les yeux, il y avait plus de sang sur l'uniforme d'Hermione, mais il espérait de tout son coeur que c'était son imagination.
"D'accord, d'accord, Merlin…" dit Théo en se levant. "Qu'est-ce qui te prend, Drago ?"
Il ne répondit pas et descendit les escaliers des dortoirs à toute vitesse. Théo mit un temps fou à le rejoindre. Il arriva au bout du couloir en bâillant, ses bras occupés par la tonne de bouquins qu'il avait ramassé de la table. Drago avait envie de lui hurler de se dépêcher mais il avait peur de faire sursauter Hermione, qui était toujours inconsciente contre lui.
"Sérieusement Drago, c'est quoi ce merdier ?" demanda Théo en arrivant devant leur chambre. "Tu ne veux pas que Pansy te voit ou quoi ?"
Il ouvrit la porte et Drago entra dans la pièce le premier :
"J'ai besoin de ton aide." urgea-t-il.
"J'ai bien compris, ça, mais pourquoi ?" questionna Théo d'un ton las. Il resta planté sur le seuil de la porte du dortoir, avec une expression profondément ennuyée sur le visage. "Je te préviens, si c'est encore une de tes conneries qui a mal tourné, je retourne réviser dans la seconde…"
"Finite Incantatem." lança Drago avant que Théo puisse finir.
Il sentit son propre sortilège s'évaporer et Théo écarquilla les yeux d'horreur en voyant le tableau devant lui : Drago, en larmes, tenant dans ses bras une Hermione inconsciente et pleine de sang. Toute trace de fatigue disparut subitement de ses traits. Il fit tomber l'intégralité de ses livres par terre et s'approcha d'eux en hurlant :
"NON ! HERMIONE ?!"
Elle n'eut aucune réaction. Drago l'allongea précautionneusement dans son lit, en veillant à ce que sa tête soit supportée par un coussin et que sa main soit toujours posée sur son ventre. Puis, il tomba à genoux par terre, près du lit, et se mit à caresser son front, comme pour vérifier qu'elle était toujours là, devant lui.
"Qu'est-ce qu'il lui est arrivé ?!" demanda Théo, le choc adoucissant son ton.
"Regarde sa main." plaida Drago, sans prendre la peine de dissimuler les trémolos dans sa voix.
Quand il le fit, le visage de Théo prit la même teinte que celui d'Hermione, au point que Drago ne se demande s'il n'allait pas tourner de l'oeil, lui aussi. Théo bascula aussitôt la tête sur le côté, comme s'il ne pouvait pas supporter cette vision, ferma les yeux, prit une petite inspiration, et quand il les rouvrit, il avait revêti un masque de concentration presque déconcertant.
"Reste là." ordonna-t-il à l'adresse de Drago, ses mots clairs et tranchants. "Ne la réveille pas tant qu'elle n'est pas soignée. Je reviens dans deux minutes."
Drago hocha la tête, bien qu'il ne savait même pas si Théo était toujours dans la pièce.
"Je suis là, Hermione, je suis là, on va te soigner…" murmurait-t-il dans un souffle saccadé.
Sa main chassait gentiment quelques mèches de cheveux bouclés trempées de sueur sur son front. Elle était chaude, pourtant, son visage était froid et éteint. Ça lui faisait penser à sa pétrification en deuxième année et l'image lui donna des frissons d'horreur. Il était en train de vivre son pire cauchemar.
"Qu'est-ce qu'elle t'a fait ?" demanda-t-il, sa question entrecoupée par des sanglots incontrôlés. "Je vais lui faire regretter d'avoir levé la main sur toi, Hermione, je te le promets. Je vais la tuer. Elle ne te fera plus jamais de mal, tu m'entends ?"
Fidèle à sa promesse, Théo revint dans le dortoir deux minutes après. Il s'agenouilla près de Drago et posa une main sur son épaule :
"Laisse-moi la soigner." intima-t-il, d'un ton à la fois compatissant et dur.
Drago obéit avec réticence. Il se leva, peinant à supporter son propre poids sur ses jambes après la dose d'adrénaline impressionnante qui l'avait fait marcher trop vite. Il recula de quelques pas et observa Théo s'affairer au-dessus du corps sans vie d'Hermione. Il prit ses cheveux par poignées dans ses mains et s'étrangla avec ses propres sanglots. Il avait la nausée, mais sa gorge était nouée par les larmes.
Théo était penché sur Hermione qui était livide, et Drago se demanda si cette vision partirait un jour de son esprit, ou si elle le hanterait à tout jamais.
Théo posa plusieurs fioles de potions sur les draps de Drago :
"Hermione, je vais t'administrer quelques gouttes d'Essence de Dictame sur ta main." prévint-il, impassible, bien qu'elle était toujours inconsciente. "Je suis désolé si ça pique."
Il déboucha le flacon et versa trois gouttes sur le dos de sa main. Aussitôt, la plaie se referma et le sang cessa de couler, et Drago eut l'impression de pouvoir respirer de nouveau. Le dortoir embaumait maintenant de la même odeur que celle du salon de Blaise deux ans auparavant, l'odeur acidulée du dictame.
"Récurvite." lança Théo pour nettoyer le sang. "Conferrumino pellis. Ne cicatrices ostenderem. Qui lui a fait ça ?"
Il ne le regarda pas lorsqu'il posa la question, toujours occupé à soigner la main d'Hermione, mais Drago savait qu'il s'adressait à lui. Le mot qui sortit de sa bouche en réponse fut à peine plus élevé qu'un murmure, pourtant, il renfermait toute la fureur qu'il ressentait à cet instant :
"Ombrage."
Le dos de Théo tressaillit, mais il ne s'arrêta pas de travailler pour autant. Il déboucha une autre potion qu'il versa sur un coton et tapota sur la main d'Hermione prudemment, puis il ouvrit un petit bocal, que Drago reconnut comme l'essence de tentacules de Murlap. Théo prit le poignet d'Hermione et plongea doucement sa main à l'intérieur du pot. Drago eut l'impression de voir les traits d'Hermione se décontracter légèrement de soulagement.
Théo prononça une insulte entre ses dents pour qualifier Ombrage qui, bien qu'elle fut plus vulgaire que n'importe quelle insulte qu'Hermione avait dû prononcer dans sa vie, n'atteignit même pas le quart de ce que Drago pensait de cette femme. Penser à elle raviva aussitôt les spasmes violents le long de ses bras. La colère bouillonnait en lui et menaçait de surmonter la peur de voir Hermione blessée.
"Je vais la tuer." déclara Drago froidement. Sa baguette, qu'il tenait toujours de sa main droite, tremblait entre ses doigts.
"Je sais." dit Théo, qui était toujours dos à lui. "Moi aussi."
Il appliquait maintenant une crème épaisse qui recouvrait la phrase d'Ombrage : "Je ne dois pas mentir sur…" Drago fut alors pris par une vague de fureur et sa baguette réagit sans son accord : il érafla le sol en pierre du dortoir d'un sortilège violet, comme un éclair.
"Non, Théo." gronda Drago, d'un ton presque effrayant à ses propres oreilles. "Je vais la tuer. Là, tout de suite."
Ses bras tremblaient tellement qu'ils frappaient ses flancs. Théo regarda par-dessus son épaule pour jauger Drago derrière lui, allant de son visage à sa main, qui tenait sa baguette pointée vers le sol, puis reporta son attention sur Hermione.
"Lâche ta baguette, Drago." conseilla-t-il, doucement.
"Je vais la tuer." répéta le blond, plus fort encore que la première fois. "Putain, je vais la tuer."
"Drago, tu es en train de faire une crise de panique." expliqua calmement Théo, en total opposition à l'attitude de Drago. "Je sais que tu es furieux, mais j'ai besoin que tu lâches ta baguette."
Il ne répondit rien, ses doigts comprimés contre le bois du bâton. Il sentait la colère rouler sous sa peau comme une flamme, enflammant chaque nerf sur son passage. Il ne pensait qu'au visage contorsionné d'Ombrage, sa soif de vengeance qui s'assouvirait enfin lorsqu'il lui planterait un couteau dans la paume.
"Drago." appela Théo, sa voix familière pénétrant péniblement le flot de pensées violentes qui lui parasitait la tête. "On va se venger d'Ombrage, je te le promets, mais là, Hermione a besoin de toi. Occlude."
Ses dents s'entrechoquèrent violemment lorsque Drago verrouilla sa mâchoire. La phrase que Théo venait de prononcer agit comme un électrochoc : Hermione a besoin de toi. Il Occluda, essayant de canaliser la rage ardente qu'il ressentait. Il prit une grande inspiration et s'imagina sa bibliothèque mentale, l'odeur de la cannelle dans l'air. Il n'était pas totalement imperméable, mais au moins, ses émotions étaient filtrées.
Drago fit glisser sa baguette entre ses doigts, et elle tomba contre le sol en pierre. Ses bras cessèrent tout de suite de trembler.
"Prends des grandes inspirations." avisa Théo.
Drago le fit, sans quitter Hermione des yeux. Elle reprenait des couleurs. Théo retira sa main de l'Essence de Murlap et inspecta les lettres taillés dans sa peau, à la manière d'un médecin.
"Tu peux faire venir Blaise si tu as besoin qu'il t'aide…"
"Je ne sortirai pas de cette pièce." trancha Drago férocement.
Théo ne répondit pas, jaugeant probablement qu'il ne se laisserait pas convaincre. Il se passa plusieurs longues secondes où Théo continuait de murmurer des sorts et de dévisser des bouchons de potions que Drago ne reconnaissait pas.
"Pourquoi est-ce qu'elle ne se réveille pas ?" demanda-t-il, implorant.
Il retourna s'asseoir à gauche de Théo, pas assez proche pour le gêner mais définitivement assez près pour pouvoir la toucher. Il passa ses doigts sur ses joues, son cou, son front, espérant plus que tout qu'elle puisse sentir son contact.
"Son corps a subi un choc." expliqua Théo. "Elle récupère, c'est normal. Si elle n'a pas ouvert les yeux d'ici cinq minutes, je lui lancerai un Charme de Réanimation."
Comme celui que la mère de Blaise lui avait lancé après sa vision. Drago voulait plus que tout qu'elle ouvre les yeux, mais il avait du mal à imaginer son corps subir un tel soubresaut imposé.
"Hermione, je t'en prie, réveille-toi, reviens à moi…" chuchota Drago, tout près de son oreille.
Son regard jonglait entre son visage et sa main. Théo passa un bandage dessus, le plus lentement possible pour ne pas lui faire mal. Il était tellement minutieux qu'il frôlait à peine là où Ombrage l'avait marquée, mais Drago grimaçait quand même à chaque fois qu'il s'en approchait, comme s'il pouvait sentir la souffrance émaner de sa propre main. Il pouvait voir les lignes blanches scintiller sous la lumière des torches.
"La phrase va rester ?" demanda-t-il, priant pour que cette soirée désastreuse ne reste pas incrustée sur sa peau à vie.
Théo secoua la tête :
"Peut-être quelques traces là où la plume l'a percée, mais rien de trop visible."
"La plume ?" répéta Drago, en basculant la tête vers Théo pour la première fois de la soirée.
Les yeux bleus de son meilleur ami s'assombrirent.
"C'est évident, non ?" maugréa-t-il. "Cette femme infâme l'a forcée à taillader des lignes sur sa peau. "Je ne dois pas mentir sur mes activités à la Grande Inquisitrice" ? À chaque fois qu'elle réécrivait, sa peau s'ouvrait de plus en plus."
Drago eut un haut le coeur. Il marmonna une insulte à l'adresse d'Ombrage et quand il reporta son regard sur le visage Hermione, il croisa son regard chocolat. Un flot de soulagement se déversa dans son corps comme un seau d'eau sur du feu et il posa sa tête contre l'oreiller avec un soupir. Elle était réveillée.
"Drago ?" appela-t-elle d'une voix éraillée.
"Je suis là, bébé, je suis là." s'empressa-t-il de dire.
Le surnom sortit tout seul, mais il ne fit rien pour se corriger. Théo fit semblant de vomir mais Drago était bien trop soulagé pour l'envoyer chier.
Les yeux d'Hermione se focalisèrent suffisamment longtemps pour se poser sur lui, et ses lèvres s'arquèrent doucement dans le début d'un sourire. Drago se pencha en avant pour lui embrasser le front, remerciant intérieurement Merlin, Dieu, et qui le voulait de lui avoir ramené son ange.
"Beurk. Je ne m'y habituerai jamais." marmonna Théo, bien qu'il avait une lueur de réconfort dans ses prunelles. "Bon retour parmi nous, Hermione. Tu devrais dormir, reprendre des forces."
Il vérifia une dernière fois que le bandage couvrait bien toute sa main, puis se leva.
"Merci, Théo." chuchota Drago. "Je te suis éternellement reconnaissant."
C'était probablement la phrase la plus sincère qu'il ait dit de sa vie.
Le concerné eut un demi-sourire :
"J'aurais aidé n'importe qui avec ce genre de coupures, mais Hermione encore plus." assura Théo. Puis, d'un ton bien plus grave : "Ombrage à intérêt à le payer."
Drago acquiesça :
"Compte sur moi."
Théo ramassa ses manuels éparpillés par terre et sortit de la pièce en refermant la porte derrière lui. Drago massait lentement les pommettes d'Hermione. Ses yeux papillonnaient sous le poids de la fatigue, mais elle réussit à réunir le peu de force qui lui restait pour lui murmurer :
"Drago… Ne la tue pas, s'il te plaît."
Drago saisit délicatement sa main valide dans la sienne et embrassa chacune de ses phalanges.
"Je ne ferai rien ce soir. Promis." dit-il pour la rassurer.
Elle tourna la tête vers lui et posa ses jolis yeux sur son visage.
"Tu as pleuré ?" demanda-t-elle avec une touche de surprise.
Drago utilisa la manche de sa cape pour s'essuyer les joues, refusant de lâcher la main d'Hermione.
"J'ai eu peur." confessa-t-il.
"Je vais bien." dit Hermione. Pour le prouver, elle resserra sa prise entre ses doigts, et bien que le mouvement était faible, ça le fit sourire. Il n'y avait qu'elle pour le rassurer lui après s'être fait blessée de la sorte.
"Tu as besoin de dormir." dit-il.
"Hmm…" Elle fermait déjà les paupières, s'enfonçant de plus en plus dans les abysses du sommeil.
"Tu as été très courageuse." murmura-t-il. "Repose-toi. Tu es en sécurité ici."
Hermione laissa tomber sa tête pleinement contre l'oreiller.
Elle s'était endormie.
Drago resta longuement là, à l'observer, même quand ses genoux le lancèrent de protestation de rester par terre si longtemps. Une fois qu'il fut sûr qu'elle ne se réveillerait pas, il se leva silencieusement, enleva les chaussures d'Hermione et son uniforme plein de sang séché. Il jeta son propre pull par terre, se débarrassa rapidement de ses chaussures, puis il se glissa derrière elle, sous les couvertures. Il la recouvrit prudemment, en faisant bien attention à ce que sa main blessée soit protégée.
D'un coup de baguette, il ferma ensuite les trois rideaux qui entouraient son lit, les coupant de l'extérieur, aussi bien de la lumière que des sons de la fête qui continuait de tambouriner contre les murs. Drago lança un sort de Silence autour de son lit et rangea sa baguette sous son oreiller.
Il enroula ensuite son bras autour de la taille d'Hermione et la tira légèrement vers lui. Il pouvait entendre son pouls résonner contre ses lèvres quand il lui embrassait les tempes. Il la berça contre lui, apaisé par l'odeur de fraise de ses cheveux contre sa joue et ses respirations profondes contre son avant-bras.
Pour la première fois depuis des mois, Drago n'eut pas besoin de méditer pour s'endormir.
.
.
"Oh, mon Dieu."
Drago s'éveilla difficilement, uniquement grâce à cette intonation familière qui le tira du sommeil. Dès qu'il fut conscient, son corps vibra agréablement, comme s'il pouvait sentir qu'elle était proche de lui sans même ouvrir les yeux pour vérifier. Cette manière de réagir à sa proximité devait être magique, c'était comme un sixième sens. Chaque nerf de son corps chantait de la sentir si près de lui.
"Drago, ne me dis pas que nous sommes là où je pense que nous sommes."
La commissure de ses lèvres s'incurva doucement en entendant l'urgence dans sa voix. Il garda les yeux fermés lorsqu'il répondit :
"Si tu penses que nous sommes dans les cachots de Poudlard, dans mon dortoir et dans mon lit, alors je ne peux pas te le dire."
"Oh mon Dieu." répéta Hermione. "Drago, réveille-toi."
"Rendors-toi." corrigea-t-il en roulant sur le côté. Il entoura son bras autour de sa taille et l'attira contre lui pour presser son visage dans le creux de son cou. Fraise et cannelle.
"Je ne peux pas me rendormir." pointa Granger de sa voix haut perchée, qui était étrangement plus aiguë le matin. "Mon Dieu, Drago, je n'ai pas dormi dans mon lit !"
Le choc de la réalisation le fit sourire contre son cou. Il embrassa l'endroit sous son oreille qu'elle aimait tant et le corps d'Hermione se raidit contre lui.
"Bonjour à toi aussi." chantonna-t-il dans le creux de son cou.
"Je suis sérieuse, Drago !" piailla Hermione. Pourtant, elle ne fit rien pour se défaire de son étreinte, au contraire. "Comment Harry et Ron vont réagir quand ils vont savoir que je n'ai pas dormi dans la tour des Gryffondors ?"
Drago grogna :
"S'il te plaît, Granger, ne me parle pas de Weasley, je n'ai même pas encore mangé mon petit-déjeuner…"
"Et les Serpentards, Parkinson, Zabini, que vont-ils dire quand ils vont me voir sortir de ta chambre ?!" glapit-elle d'un ton paniqué, ignorant son commentaire.
"Je pense que Théo et Blaise ne diront rien, étant donné qu'ils peuvent probablement t'entendre brailler depuis cinq bonnes minutes."
Hermione sembla se souvenir subitement de l'endroit où ils se trouvaient et agrippa la couverture pour s'abriter en dessous, ses yeux écarquillés d'horreur :
"Oh non." souffla-t-elle. "Ils peuvent m'entendre, ils sont juste à côté, c'est ça ?"
"Relax, Granger." chuchota Drago, amusé. "J'ai placé un sortilège de Silence autour de nous. Personne d'autre que moi n'entend ta jolie voix dans mes oreilles dès le matin."
Elle lui frappa doucement le bras et il rit, resserrant son étreinte autour d'elle pour la rapprocher de lui. Il emmêla ses jambes autour des siennes et soupira de satisfaction. S'il pouvait se faire réveiller comme ça tous les matins jusqu'à la fin de son existence, il était sûr qu'il n'aurait plus jamais de cauchemar.
"Qu'est-ce que je fais là ?" demanda Hermione dans un souffle, après plusieurs secondes de silence. "Pourquoi tu m'as emmenée ici ?"
Drago ouvrit enfin les yeux, accueilli par la vision de boucles couleur café étalé sur son oreiller.
"Hermione…" demanda-t-il, l'inquiétude remplaçant doucement son ton railleur. "Tu te souviens de ce qu'il s'est passé, hier soir ?"
Elle fronça les sourcils et baissa les yeux sur son bras gauche, frappée par le souvenir.
"Oh." chuchota-t-elle, ses yeux parcourants le bandage improvisé que Théo avait posé autour de sa main. "Ombrage."
La mention de son nom éveilla en Drago la soif de vengeance qui n'avait pas diminué pendant la nuit. Il pouvait sentir les ondulations de colère et de magie sous sa peau. Il Occluda pour ne pas se laisser envahir et répondit par un marmonnement indéchiffrable.
Hermione tourna la tête vers lui, les traits crispés par la concentration et les pupilles brouillées :
"Tu étais là." dit-elle, reconstituant les pièces d'un puzzle que Drago ne pouvait pas voir. "Tu m'as attendu devant son bureau."
"Évidemment." rétorqua-t-il, indigné qu'elle puisse penser le contraire.
"Tu m'as rattrapée quand je me suis évanouie." continua Hermione. "Tu étais… inquiet."
"Inquiet ?" répéta Drago avec un rire amer. "J'étais putain de terrorisé, Hermione. J'ai cru que tu allais perdre ta main, ou que tu n'allais jamais te réveiller après tous les chocs que tu as subi hier."
Un pli barra l'espace entre les deux sourcils d'Hermione :
"Tu as dit que tu allais la tuer." se souvint-elle.
"Et je vais le faire." promit Drago.
Les yeux d'Hermione se fendirent dans sa direction :
"Non, tu ne vas rien faire du tout. C'est une Professeure."
"C'est une tortionnaire." rectifia-t-il, la colère menaçant de briser les murs de son Occlumancie. "Elle t'a torturée hier, et je ne vais certainement pas rester les bras croisés à ne rien faire alors qu'elle t'a tailladée la main, encore et encore ! J'aurais pu aller me venger hier si Théo ne m'avait pas…"
"Théo ?" coupa Hermione. "Il m'a vue ?"
Drago soupira et enroula une mèche d'Hermione autour de son doigt pour essayer de se calmer.
"C'est la première personne à qui j'ai pensé pour te soigner." expliqua-t-il tristement. "Il s'y connait en cicatrices, comme tu le sais. Ta main serait dans un bien pire état sans lui."
Hermione inspecta son bandage et le retira soigneusement, révélant sa main encore rougie. Drago était incapable de détourner le regard des lignes blanches sur sa peau, les mêmes que sur le torse de Théo.
"On ne voit presque plus rien." remarqua-t-elle. Elle jeta un bref regard vers Drago, qui continuait de jouer avec ses cheveux. "Heureusement que Théo était au courant pour nous deux, ça aurait sûrement été délicat de lui expliquer ça hier."
"Je t'aurais emmenée tout de même." dit Drago avec fermeté. "Et je suis sûr qu'il n'aurait même pas questionné ma demande. Il t'aurait soignée sans l'ombre d'un doute."
L'amitié qu'il avait envers Théo depuis la première année à Poudlard avait toujours été intense, mais Drago aurait pu jurer qu'elle s'était encore plus solidifiée hier soir. Il avait une dette envers lui qu'il ne pourrait probablement jamais rembourser.
"Pourquoi tu ne m'a pas emmenée à l'infirmerie ?" demanda Hermione, le ramenant à la réalité.
"Parce que j'étais terrifié à l'idée de te laisser hors de ma vue une seule seconde." confessa Drago.
Hermione détacha son regard de sa blessure pour se tourner complètement vers lui. Le matelas s'enfonça légèrement lorsqu'elle lui fit face. Elle posa sa main droite timidement contre sa joue et dessina le contour de sa bouche avec ses doigts, le frôlant à peine et l'apaisant pourtant bien plus que n'importe quelle potion.
"Tu as eu peur." souffla-t-elle, répétant ses mots de la veille. "Tu m'as dit que tu avais pleuré hier parce que tu avais eu peur."
"Je te tenais contre moi, et la seconde d'après, je t'ai perdue." chuchota Drago, le noeud dans sa gorge se resserrant à chaque inspiration. "Je t'ai vue partir avec ce monstre et je n'ai rien pu faire pour t'aider."
"Tu ne pouvais rien faire." argumenta-t-elle. "Tu aurais tout dévoilé si tu avais essayé de l'en empêcher."
"J'en avais rien à foutre de me dévoiler, crois-moi." répondit Drago avec ferveur. "Si Ombrage n'était pas aussi sadique, elle aurait probablement pu le deviner hier, d'ailleurs. J'ai cherché un moyen de te sortir de cette salle pendant les trois heures où tu étais dedans, et crois-moi que me révéler auprès d'Ombrage était le cadet de mes soucis."
Les doigts d'Hermione effleurèrent sa bouche d'un geste lent et plaisant.
"C'est pour cette exacte raison que j'ai essayé de résister à mes sentiments pour toi, Hermione." continua Drago, un aveu murmuré. "Je ne peux pas me contrôler quand tu es en danger, pas même avec les meilleures défenses d'Occlumancie à ma disposition. Je ne pouvais pas le faire quand les Mangemorts étaient à tes trousses pendant la Coupe du Monde, et je peux encore moins le faire quand tu te fais enfermer dans le bureau d'Ombrage à quelques mètres de moi."
"Je crois que je savais que tu étais là." dit Hermione avec l'ombre d'un sourire sur ses lèvres. "C'est ce qui m'a fait tenir."
"Qu'est-ce qu'elle t'a fait, là-dedans ?" demanda Drago, son coeur menaçant d'exploser quand il posa cette question qui le hantait depuis la veille.
Les sourcils d'Hermione se froncèrent en se rappelant de ce souvenir, mais elle ne le quitta pas des yeux quand elle répondit :
"Elle m'a interrogée sur Harry. Quand elle a vu que je ne lâcherai rien sur lui, elle m'a fait écrire une ligne, encore et encore, sans m'arrêter. L'encre était mon sang, et la phrase s'ancrait dans ma peau à chaque fois que je l'écrivais."
Il sentit son corps se crisper en entendant ça. C'était bien la méthode que Théo avait deviné, mais son coeur eut tout de même un soubresaut violent en entendant l'explication de la bouche d'Hermione. Il lâcha sa mèche de cheveux et agrippa la hanche d'Hermione sous la couverture pour se forcer à rester dans son lit plutôt que de retrouver Ombrage et lui faire subir le même sort.
"Est-ce que tu savais que c'était ce qui t'attendait ?" demanda Drago, essayant à tout prix de contrôler la rage dans ses mots pour ne pas l'effrayer. "Quand elle t'a donné la retenue, tu t'es débattue en la suppliant de ne pas t'emmener là-bas. Est-ce que tu savais qu'elle allait te faire subir ça ?"
Hermione hocha doucement la tête contre l'oreiller, la bouche plissée, ses doigts caressant toujours la bouche de Drago.
"Elle l'a déjà fait à Harry, plusieurs fois." admit-elle.
Drago inspira brusquement. Heureusement qu'Hermione continuait de toucher son visage aussi paisiblement, c'était la seule chose qui le maintenait à peu près calme.
"Je suis désolé." chuchota-t-il.
"Moi aussi." dit Hermione.
"Tout est de ma faute."
Les doigts d'Hermione s'arrêtèrent quelque part entre sa mâchoire et son menton et elle fronça les sourcils :
"Quoi ? Ce n'est aucunement de ta faute, Drago."
"Si, ça l'est. Si je ne t'avais pas épuisée mentalement avec la Légilimancie, tu aurais été capable de te défendre, tu ne te serais pas évanouie… Merlin, je ne sais même pas comment tu as fait pour tenir aussi longtemps, je t'ai affaiblie et envoyée au bûcher sans que tu puisses riposter, sans même réussir à te sortir de là…"
Elle l'interrompit en pressant son index contre ses lèvres, assez fort pour faire taire son flot de paroles déséspérées.
"Ce n'était pas de ta faute, Drago." asséna Hermione. "C'est moi qui ai surestimé mes propres capacités à pouvoir entrer dans ta tête. J'aurais du m'écouter, m'arrêter quand je sentais que je n'avais plus de force, mais j'ai insisté, bêtement. Et même si je ne m'étais pas épuisée, la punition d'Ombrage aurait tout de même été insoutenable, et j'aurais les mêmes marques sur ma peau. On déroge le couvre-feu tous les soirs depuis l'année dernière, il fallait bien que l'un de nous se fasse attraper à un moment."
Drago n'était pas convaincu, mais l'assurance d'Hermione était infaillible et il préférait largement ça plutôt que l'état dans lequel elle était hier.
"Et pour ce qui est de me sauver, je préfère largement ce qu'il s'est passé." continua-t-elle. "Si tu avais réussi à rentrer dans cette pièce, qu'est-ce que tu aurais fait ? Blesser Ombrage, la tuer ? Tu te serais fait envoyer à Azkaban dans la minute, et après ? Qu'est-ce qu'il se serait passé ? Qu'est-ce que je serais devenue ? Je ne t'aurais plus jamais revu ?"
Sa tirade l'essouffla un peu, et elle continua de tracer le chemin hasardeux sur son visage avec ses doigts.
"Tu ne feras plus jamais de Légilimancie." dit Drago, ce qui ressemblait plus à un ordre qu'autre chose.
"Si." répliqua Hermione. "Combien de fois ça t'es arrivé de trop abuser pendant tes séances avec Rogue ?"
"Ça n'a rien à voir." contredit Drago aussitôt, bien qu'il n'était pas vraiment sûr pourquoi.
Son accusation se dissipa quand elle l'embrassa.
Ils étaient tellement proches l'un de l'autre qu'elle n'eut qu'à pencher un peu la tête vers lui, et dès qu'elle le fit, ils échangèrent le même soupir de plaisir. Il pouvait sentir la requête à travers son baiser, sa volonté de distraction, et rien n'aurait pu empêcher Drago d'y répondre avec la même ardeur pour lui faire oublier ce moment difficile. Il glissa sa paume contre sa nuque pour l'attirer encore plus près de lui et approfondit le baiser.
D'habitude, il devait pencher la tête en avant pour l'embrasser à cause de leur différence de taille mais là, allongés dans le lit et à la même hauteur, Drago devait incliner la tête d'Hermione en arrière pour pouvoir atteindre cet angle parfait. Quand il le trouva, il enroula sa langue autour de la sienne et fut surpris de constater à quel point ils étaient synchronisés. Il anticipait chacun de ses mouvements et elle faisait pareil, créant cette symbiose totale dont il était devenu addict.
Chaque baiser était différent, et déclenchait en Drago un torrent d'émotions qui lui faisait oublier le monde extérieur. Ils n'étaient plus à Poudlard, il ne savait même plus de quel couleur les rideaux autour de son lit étaient, plus rien n'existait en dehors d'eux, d'Hermione, de sa peau contre la sienne et des petits sons qu'elle faisait contre sa bouche. Ses lèvres étaient brûlantes, comme à chaque fois, et Drago la dévorait avec un appétit qu'il n'avait que pour elle.
Hermione enroula ses cuisses autour de sa taille avec force pour l'attirer contre elle. Drago fit passer sa main sous l'ourlet de son t-shirt, le faisant remonter doucement sous ses doigts, assez lentement pour qu'elle puisse l'arrêter si elle le voulait. Elle ne le fit pas, trop occupée à l'embrasser et à tirer distraitement sur ses cheveux, alors Drago explora chaque parcelle de sa peau chaude sous son t-shirt. Elle était douce et fiévreuse sous ses doigts, exactement comme sa bouche.
"Hermione…" soupira-t-il, sans même réaliser qu'il l'avait dit à voix haute.
Il rompit le baiser pour plonger dans son cou, en quête de cet endroit qu'elle aimait tant entre sa mâchoire et son oreille, et quand il le trouva, les jambes d'Hermione se tendirent contre lui et un gémissement s'échappa de ses lèvres. Elle tira sur ses cheveux et il grogna, reconnaissant envers lui-même d'avoir pensé à mettre un sortilège de Silence autour de son lit. Il n'imaginait pas la conversation qu'il aurait dû avoir avec Théo et Blaise au petit-déjeuner si ça n'avait pas été le cas.
La température sembla grimper de plusieurs degrés quand Hermione utilisa ses deux mains pour les glisser sous son t-shirt, dessinant ses abdominaux du bout de ses doigts comme elle l'avait fait avec sa bouche. Drago avait l'impression qu'à chaque fois qu'elle le touchait, elle lui transmettait cette fièvre qui l'habitait depuis toujours, et que Drago rêvait de capturer à chaque instant de ses journées. Elle pouvait transformer sa colère en désir en quelques secondes, plus vite encore que l'Occlumancie. Hermione contracta les cuisses autour de lui et il mordilla la peau de son cou.
Guidé uniquement par leurs frénésies et par ses doigts brûlants sur son torse, Drago agrippa les hanches d'Hermione et la fit rouler contre lui en un mouvement, dégagant la couette avec sa jambe au passage. Elle ne desserra pas l'étau de ses cuisses autour de sa taille et se retrouva au-dessus de lui, une cascade de cheveux châtains tombant autour d'eux. Leurs corps semblèrent fondre l'un contre l'autre, ne formant plus qu'un. Il pouvait la sentir partout. Il reprit l'assaut de ses lèvres et l'embrassa plus fort encore. De sa main droite, il prit la nuque d'Hermione, et de sa main gauche, il reprit l'exploration sous son t-shirt, parcourant la peau chaude de son ventre et ses côtes qui avaient du mal à se distendre complètement à cause de ses petites respirations saccadées.
C'était la première fois qu'Hermione l'embrassait de la sorte, sans réserve, avec cette flamme qui reflétait la sienne, et Drago était dans un tel état de béatitude qu'il crut qu'il était dans un rêve. Combien de fois avait-il imaginé ce moment ? Hermione Granger, à califourchon sur lui, en train de l'embrasser avec la même intensité que lui ? Des centaines de fois, probablement.
Quand il effleura l'armature de son soutien-gorge, Drago réalisa ce qu'ils étaient en train de faire et recula subitement. Il voulait vérifier qu'Hermione était aussi portée par ce baiser que lui. Ses grands yeux étaient posés sur lui, sa bouche enflée et ses joues rouges.
"Drago." dit-elle, son prénom envoyant un électrochoc en lui, comme à chaque fois qu'elle le prononçait, peu importe le nombre de fois où elle l'avait fait cette année.
"On… on est jamais allés aussi loin." souffla Drago, pointant l'évident.
"Non, effectivement." répondit-elle. Elle passa ses doigts sur ses lèvres. "Je n'arrive pas à croire que j'ai fait ça."
Drago sentit son coeur remonter brutalement dans sa gorge :
"Putain, je suis désolé, Hermione, j'ai…"
"C'est moi qui t'ai embrassé." répliqua-t-elle, un pli soucieux entre ses deux sourcils. "Je ne t'ai même pas demandé si tu étais d'accord."
Les joues d'Hermione rougirent encore plus et elle se mordit inconsciemment la lèvre, comme si elle était gênée, alors que Drago n'avait jamais été aussi euphorique de sa vie. Elle esquissa un mouvement pour se dégager de lui mais il la tenait fermement contre lui :
"Hermione, écoute moi. Je serais toujours partant pour ça, même si on se dispute, ou que je t'en veux, ou qu'on s'ignore. Je répondrai toujours oui, et je ne te ferai jamais culpabiliser de l'avoir fait. D'accord ?"
Hermione hocha timidement la tête et ses yeux descendirent dangereusement vers ses lèvres, clairement hésitante à l'idée de recommencer.
"On ne devrait pas." chuchota-t-elle, mais il ne savait pas si elle s'adressait à lui ou à elle-même.
"Non, on ne devrait pas."
"On a cours." affirma Hermione d'un ton presque convaincant.
"J'ai cours." corrigea Drago du tac au tac. "Toi, tu vas te reposer."
"Quelle heure est-il ?" demanda-t-elle, comme si elle venait de se souvenir subitement qu'elle n'était pas censée être là.
Drago se décala sur la gauche, sans lâcher Hermione qui le suivit dans le mouvement, et il entrouvrit suffisamment son rideau pour pouvoir apercevoir quelque chose dans le dortoir.
"Théo est dans la douche." l'informa-t-il lorsqu'il replaça le pan de rideau pour les cacher. "Et Blaise dort encore, ce qui veut qu'il doit être six heures du matin, peut-être six heures trente. On a dormi que quatre heures."
"Je dois y aller." murmura Hermione, comme si le Sortilège de Silence s'était évaporé entre temps. "Si je retourne dans mon dortoir, Harry et Ron ne réaliseront pas que je n'ai pas passé la nuit là-bas."
"Et tes colocataires de chambre ?" demanda Drago.
Hermione haussa les épaules :
"Si elles me demandent, je dirai que j'ai dormi avec Ginny."
Hermione jeta plusieurs sorts successifs sur ses vêtements pour enlever le sang dessus, puis se rhabilla en vitesse. Drago vérifia que Théo était bien sous la douche et que Blaise dormait toujours profondément, puis il raccompagna Hermione jusqu'aux cachots. Ils traversèrent la Salle Commune et Drago vit le regard d'Hermione se balader un peu partout, intriguée par les traces évidentes de la soirée de la veille, mais surtout outrée à la vue des nombreuses bouteilles d'alcool et des corps endormis à même le sol.
Ils n'eurent aucun mal à s'eclisper à l'abri des regards. Quand ils se retrouvèrent dans le couloir désert, Drago vit les épaules d'Hermione s'affaisser de soulagement. C'était moins étonnant que quelqu'un les croise ensemble dans les parties communes du Château qu'à l'intérieur de son lit, ce qui aurait été bien plus compliqué à justifier.
"Merci pour ton aide, Drago." dit-elle quand ils arrivèrent au bout du couloir.
Il tourna la tête dans sa direction :
"Je n'ai rien fait."
Drago sentit les effets abrasifs de la colère remonter le long des veines de ses bras et il Occluda avec force. Hermione le regardait, et il avait l'impression qu'elle pouvait lire chacune de ses émotions malgré le mur gris qui barricadait son esprit. C'était aussi troublant que vivifiant, d'être observé de la sorte par ses grands yeux chocolat.
"Tu étais là quand j'en avais besoin, et tu m'as soignée." contredit-elle doucement. "Je n'appelle pas ça rien."
Il leva les yeux au ciel :
"Je t'ai laissée te faire emmener par cette cinglée et je t'ai même pas soignée moi-même, j'ai demandé à mon ami de le faire."
Hermione roula des yeux aussi, comme pour l'imiter. Elle eut la bonne idée de ne pas insister.
"Promets-moi que tu ne vas pas faire quelque chose de stupide." demanda-t-elle à la place.
Drago fronça les sourcils, prétextant ne pas comprendre ce qu'elle insinuait.
"De ma vie ? C'est une promesse ambitieuse, Granger."
"Avec Ombrage." précisa Hermione, les yeux plongés dans les siens comme pour tester sa sincerité. "Promets-moi que tu ne vas pas te lancer tête baissée pour te venger."
"Tu ne veux pas plutôt me convaincre de ne rien faire ?" demanda Drago, surpris.
"Non, parce que je sais que ça ne servirait à rien. Tu ne vas pas te calmer avant d'avoir réussi à apaiser ta rancoeur, et pour ça, tu as besoin de te venger." expliqua Hermione, une parfaite description de ses réactions impulsives. "Promets-moi simplement que tu vas y réfléchir et ne pas t'attirer de problèmes en le faisant."
Drago ne put retenir le sourire en coin que lui inspira cette demande.
"Je le ferai, si tu me promets de ne pas aller en cours d'Arithmancie ce matin." dit-il.
Hermione grimaça légèrement.
"D'accord, si tu me promets que tu prendras des notes pour que je puisse rattraper." renchérit-t-elle.
"Pour qui tu me prends ?" demanda Drago, faussement indigné. "Je te ferai même des petites notes dans les marges pour rajouter des notes aux notes, comme tu aimes."
Ses joues rosirent. Drago tendit la main vers elle et à sa grande surprise, Hermione la serra. Il s'était attendu à ce qu'il doive l'obliger à se reposer, elle devait être dans un état de fatigue très avancé pour céder aussi facilement.
Hermione prit donc la direction de la tour des Gryffondors et Drago retourna se coucher dans l'espoir de gagner quelques précieuses minutes de sommeil. Mais c'était sans compter Théo, qui, au bout de dix minutes, le menaça de lui balancer son traversin à la figure s'il ne se levait pas.
Blaise, lui, était toujours endormi. Les effets du thé de sa mère étaient tellement forts que Théo et lui durent le tirer de son lit à bout de bras pour le faire bouger. Quand ils arrivèrent tous les trois au petit-déjeuner, la Grande Salle était déjà remplie d'élèves prêts pour leur journée. Hermione était assise au centre de la table des Gryffondors, comme d'habitude, comme si tout était normal. Elle ne laissait rien paraître, aucun indice sur l'endroit où elle avait passé la nuit.
Drago essayait d'adopter la même attitude impassible, mais il en était incapable. Il était partagé entre l'envie de se précipiter sur Ombrage qui mangeait à la table des professeurs et le désir de sourire de toutes ses dents en se souvenant de la manière dont Hermione s'était endormie dans ses bras la veille, le tout sans succomber à la somnolence.
Il se servit son café noir habituel pour affronter sa journée et le but en observant distraitement Pansy qui était en face de lui. Elle avait posé une coupelle de lait sur ses genoux pour qu'Eris, qui était roulé en boule contre le ventre de sa maîtresse, puisse laper dedans de temps en temps. Drago voulut faire remarquer à Pansy, pour la centième fois depuis qu'elle avait reçu Eris pour son anniversaire, qu'il ressemblait plus à un chat qu'à un chien, mais il fut soudain frappé par l'apparence de sa meilleure amie et oublia ce qu'il voulait dire. Ses cheveux couleur charbon étaient lissés à la perfection, et son rouge à lèvre noir était appliqué avec soin, si bien qu'elle devait manger du bout des lèvres pour ne pas l'abîmer. Rien ne trahissait sa présence à la fête de la veille. Pourtant, elle était rarement aussi préparée si tôt le matin. Drago se demanda si elle ne s'était pas faite jolie pour son fameux crush secret.
À l'instant où il se posa la question, Pansy leva la tête et intercepta son regard :
"Quoi ? Pourquoi tu me regardes comme ça ?" demanda-t-elle avec une pointe d'agressivité typique de l'heure matinale.
"Pour rien." grogna-t-il en réponse.
Elle plissa les yeux de méfiance et Drago but une gorgée de café, l'air de rien.
"Blaise, comment tu te sens ?" demanda Pansy en se tournant vers le concerné.
Drago ne commenta pas le fait qu'elle était beaucoup plus cordiale envers Blaise que lui.
"Comme si le Poudlard Express m'avait roulé dessus dans la nuit." répondit-il, la voix plus rauque que d'habitude. Puis, il ajouta, un peu moins fort : "Mais je n'ai pas eu de vision, donc j'imagine que je ne peux pas vraiment me plaindre."
Pansy fit passer son regard sur lui de haut en bas pour le scruter et Blaise baissa les yeux sur ses oeufs.
"Vous n'avez pas oublié qu'on allait parler à Trelawney aujourd'hui ?" demanda-t-elle.
Les trois garçons grommelèrent simultanément et Pansy fronça les sourcils :
"Hé ! Je vous ferai dire que Trelawney est une excellente source, elle m'a aidée sur énormément de sujets dans ma vie. Je suis sûre qu'elle sera utile et saura parfaitement comment faire pour fermer ton Troisième Oeil, Blaise."
"C'est mon premier oeil qu'elle va fermer quand elle va commencer à parler." répondit Blaise avec sarcasme. "Cette femme a le don de m'endormir dès qu'elle ouvre la bouche."
"Peut-être qu'il faudrait la mettre à ton chevet pour être sûrs que tu dormes vraiment la nuit." dit Drago.
"Ou mieux encore, dans ton lit…"
La phrase de Théo fut coupée par le lancer de cuillère de Pansy dans sa direction. Drago se retenait tellement de rire en voyant la tête de Pansy qu'il n'avait même pas remarqué que les hiboux étaient entrés dans la Grande Salle. Blaise se plongea dans sa lecture quotidienne de la Gazette et Pansy s'extasia lorsqu'elle reçut l'édition de Mars de son magazine Boule de Cristal.
Drago remarqua alors qu'il y avait une commotion inhabituelle dans la Grande Salle : tous les élèves chuchotaient entre eux et pointaient la table des Gryffondors du doigt. Drago ne mit pas longtemps à comprendre la raison de ce raffut. Il y avait, devant Potter, une montagne de lettres et de parchemins entassés déposés par des dizaines de hiboux qui survolaient la table en attendant leurs paiements.
"Qu'est-ce qu'il se passe ?" demanda Théo, qui observait la scène en fronçant les sourcils.
Drago vit Hermione se lever et ouvrir des lettres à toute vitesse, radieuse. Il se mit à sourire sans le vouloir.
"Potter a du courrier." dit-il simplement.
Les Gryffondors autour de lui s'empressaient maintenant d'ouvrir les lettres et lisaient les réactions des lecteurs à voix haute. Potter tenait le magazine de Lovegood dans la main, et semblait déstabilisé par le remue-ménage qu'il avait causé.
Pansy donna Eris à Blaise pour partir à la chasse aux informations auprès des Serpentardes et revint une vingtaine de secondes plus tard :
"Potter a fait un interview où il raconte ce qu'il s'est passé, le soir où Diggory est mort." dit-elle d'un ton urgent. "Apparemment, il a cité les noms des Mangemorts présents."
Elle risqua un regard vers Drago qui ne répondit rien, puis vers Théo qui haussa les épaules :
"Quoi ? C'est pas très étonnant que mon père soit là-dedans, c'est un Mangemort, non ?"
Pansy pinça les lèvres et hocha la tête, mais elle était toujours aussi inquiète. Quand elle reprit son chien dans ses bras, Blaise lui demanda :
"Qu'est-ce que tu as ? Ton père n'est pas là-dedans, si ?"
"Non, non, ce n'est pas ça…" murmura Pansy. "C'est juste que… C'est Rita Skeeter qui a publié l'article."
Cette constatation semblait l'affecter bien plus que le contenu de l'article en lui-même. Le coeur de Drago se serra en voyant sa déception. Ils retournèrent tous les quatre à la contemplation de la scène des Gryffondors, comme les trois quarts de la Grande Salle : Ombrage s'était levée de sa chaise et se dirigeait droit sur eux. Quand elle arriva à leur hauteur, Drago n'eut aucun mal à voir le regard plein de haine que lui lança l'un des jumeaux Weasley, malgré la distance qui les séparaient.
Les Serpentards étaient trop loin pour entendre l'échange entre Ombrage et Potter, mais Drago n'avait pas besoin de son pour comprendre qu'elle était furieuse. Tant mieux. La voir aussi désemparée l'aidait à apaiser sa colère qui brûlait toujours sous sa peau, mais la voir si près d'Hermione était tout aussi terrifiant : et si elle dévoilait où elle avait passé une partie de sa nuit, devant tout le monde ?
Potter, avec toute son insolence, jeta l'exemplaire du magazine à Ombrage qui l'attrapa au vol. Elle contempla la couverture et les muscles de sa nuque se contractèrent furieusement. Elle releva la tête et, presque instantanément, une chute impressionnante de rubis dans les sabliers des Points de Maisons se fit entendre dans la Salle.
Puis, Ombrage s'éloigna, fulminante, et Drago aperçut le sourire fier d'Hermione de l'autre côté de la Salle.
Étrangement, Théo et lui avaient le même.
.
.
Lorsque Théo et Drago se rendirent en cours d'Arithmancie, le premier de la journée, les élèves parlaient déjà de l'article de Potter. Drago n'avait jamais vu autant de Chicaneurs dans les couloirs du Château, c'était comme si chaque élève avait réussi à se procurer une copie en l'espace d'une heure. Pendant la classe, des élèves de Poufsouffle le lisait sous leurs pupitres en cachette et murmuraient des citations, malgré les rappels à l'ordre de Vector.
Drago se rendit compte que la classe d'Arithmancie était bien moins intéressant quand il ne pouvait pas observer Granger prendre des notes. En fait, pour la première fois depuis qu'il avait pris cette option, il se rendit compte qu'elle était même plutôt chiante. Il passa l'heure à prendre des notes les plus précises possibles pour Hermione, et s'amusa à ajouter des notes pour la faire rire dans la marge et faire passer le temps. Quand la cloche sonna, il était déjà épuisé et ne rêvait plus que de son lit qui l'attendait pour une sieste bien méritée.
Ils déjeunèrent tous les quatre en vitesse, puis Pansy les emmenèrent vers la classe de Divination. Drago n'était jamais allé dans cette partie du Château, même pendant ses rondes, qui avait l'air bien plus obscure et inhabitée que le reste. Pour accéder à la classe, il fallait monter l'escalier le plus long que Drago ait jamais connu (et il vivait dans un Manoir de cinq étages). À chaque fois que Drago pensait qu'ils étaient enfin arrivés, les marches continuaient, encore et encore, dans un cercle sans fin.
Pansy le rattrapa et lui donna un petit coup dans l'épaule pour qu'il tourne la tête vers elle :
"Tout va bien ?" demanda-t-elle dans un murmure. "Tu as l'air ailleurs depuis ce matin."
Drago soupira. Il n'était pas étonné que Pansy ait remarqué son humeur, parce qu'elle le connaissait tellement bien qu'elle avait la capacité de voir quand ça n'allait pas. Il vérifia que Théo et Blaise étaient toujours assez loin derrière eux pour ne pas entendre, et qu'aucun cadre aux alentours n'était habité, avant de murmurer :
"C'est… Granger."
Pansy le regarda sans rien dire, attendant la suite.
"Elle s'est prise une retenue d'Ombrage hier soir." expliqua Drago. "Sa punition, c'était de taillader sa main avec sa plume à chaque fois qu'elle écrivait la même ligne. Elle est restée trois heures là-dedans, j'ai cru que j'allais devenir fou."
Rien que de lui raconter, il sentit sa peau s'échauffer et il se passa une main dans les cheveux pour essayer de faire partir la sensation.
"Quelle horrible femme." commenta Pansy.
Les sourcils de Drago se haussèrent sans qu'il puisse les contrôler :
"Tu le penses vraiment ?"
"Bien sûr que oui." répondit Pansy. "Je n'apprécie pas particulièrement Granger, mais ça ne veut pas dire que je jubile quand elle souffre, surtout quand c'est d'une manière aussi abominable."
Drago hocha la tête, soulagé par sa réponse.
"Et puis, tu es mon meilleur ami." continua Pansy, qui peinait à maintenir le même rythme d'ascension que Drago dans les escaliers. "Je déteste te voir souffrir encore plus."
"Elle va le payer." promit-il.
"Je n'en doute pas. N'hésite pas à me demander si tu as besoin d'aide pour ça."
Drago la remercia avec un hochement de tête. Ils atteignirent enfin le dernier étage et ne croisèrent aucun autre élève dans les couloirs. Drago, Théo et Blaise suivirent Pansy qui était en tête, et qui les emmenèrent non pas devant une porte, mais devant une échelle qui menait à un trou dans le plafond.
"C'est une blague ?" questionna Théo, qui était essoufflé à cause des escaliers. "On doit sérieusement monter avec ça ?"
Il désigna l'échelle et, pour toute réponse, Pansy se mit à grimper. Blaise et Théo poussèrent le même soupir et ils montèrent à tour de rôle, le second avec un peu de plus de difficulté que le premier. Drago ferma la marche.
Ils se retrouvèrent alors dans une salle très étrange, toute ronde, avec des fauteuils abîmés éparpillés et tournés vers la place que Drago présumait être celle de la Professeure lorsqu'elle donnait cours. Les rideaux étaient fermés, plongeant la petite classe dans une demi-obscurité permanente, et le feu émanait une odeur de parfum fort qui donna à Drago un violent haut-le-coeur. Il comprit mieux pourquoi Blaise séchait tous les cours depuis la troisième année et pourquoi Granger s'était désinscrite : il n'imaginait aucun des deux dans un endroit aussi bizarre.
Théo devait penser pareil, parce qu'il inspecta les alentours avec une petite grimace de dégoût. Il fut sur le point de dire quelque chose, probablement un commentaire moqueur, mais il sursauta quand une voix gutturale demanda depuis le fond de la classe :
"Qui est là ?"
"C'est moi, Professeure Trelawney. Pansy."
La Professeure sortit alors des ombres. Elle était grande, avec une touffe de cheveux crêpus qui encadraient son visage émacié. Elle portait de grosses lunettes rondes qui agrandissaient ses yeux et lui donnait un air de chouette, et une quantité astronomique de gilets et de châles sur ses frêles épaules. Elle paraissait terrifiée, mais quand ses énormes yeux se posèrent sur Pansy, elle se détendit d'un coup.
"Ah, Pansy !" s'exclama-t-elle d'une voix thêatrale. "Que me vaut ce plaisir ? Souhaitez-vous discuter un peu de vos émotions de ces derniers temps ? Une peine de coeur ?"
Trelawney contourna les nombreux fauteuils pour s'approcher. C'était comme si Théo, Drago et Blaise étaient invisibles, elle ne se focalisait que sur Pansy.
"Non, rien de tout ça." répondit la brune avec un sourire poli. "Nous avons besoin de vos conseils, mais pour une fois, ce n'est pas pour moi."
"Oh ? Pour qui, dans ce cas ?"
Trelawney était maintenant suffisamment proche pour que Drago sente l'odeur écrasante de de son parfum, le même que celui qui empestait l'air de la classe. La Professeure portait une dizaine de colliers en tout genres autour de son cou qui tintaient dès qu'elle bougeait, et tellement de bagues à ses doigts que ses mains avaient l'air lourdes.
"En fait, c'est pour mon ami Blaise." dit Pansy, en se tournant vers le garçon en question. "Blaise Zabini. Il a assisté à plusieurs cours de Divination…"
Trelawney tourna la tête lentement, et quand elle posa son regard sur Blaise, elle lâcha un cri épouvanté à plein poumons. Elle tomba en arrière contre l'une des petites tables, ignorant la tasse de thé qui se brisa par terre à cause de son mouvement brusque.
"Par Apollon !" hurla-t-elle. "Mon cher jeune homme… votre Troisième Oeil est ouvert !"
Blaise se crispa, et Drago fut reconnaissant que la classe soit aussi isolée.
"Exactement !" dit Pansy, qui n'avait pas l'air perturbée par l'effusion soudaine de Trelawney. "C'est justement pour ça que nous voulions vous voir, Professeure."
Elle avait encore les yeux rivés sur Blaise, le détaillant sans gêne, comme si elle pouvait voir à travers lui, lire son âme.
"Vous avez des visions, n'est-ce-pas ?" demanda Trelawney.
Les sourcils de Théo se haussèrent de surprise.
"Oui." répondit Blaise d'une voix blanche.
"Je perçois… une puissance." murmura la Professeure de Divination. "Oui, une grande puissance, mais pas seulement puisée par l'âme, l'esprit non… une puissance… qui provient de la nature elle-même, du sol, de l'air, de l'eau… je vois… je vois du feu…"
Blaise se balança d'un pied sur l'autre, clairement embarrassé.
"Et vous vous demandez comment les arrêter, c'est cela ?" continua la Professeure. "Vous ne voulez pas de cette force… vous refusez votre don… pourtant, il vous met en garde… mais vous avez peur, n'est-ce-pas ?"
Les jambes de Drago faiblirent en entendant une telle question. Comment cette femme avait-elle pu deviner ? Peut-être qu'elle n'était pas une si grande fraude, finalement. Peut-être que Pansy disait vrai depuis tout ce temps. Théo n'avait pas l'air du même avis : il regardait Trelawney à travers ses yeux fendus par la méfiance.
"Mais… je sens… des interférences." dit Trelawney, sans même attendre la réponse de Blaise. Elle ferma les yeux et toucha ses tempes du bout des doigts, le visage crispé comme si elle avait mal. Soudain, elle ouvrit les yeux et tourna brusquement la tête vers Théo, et le pointa du doigt : "Vous ! Vous n'y croyez pas, n'est-ce-pas ?"
Théo écarquilla les yeux sans répondre. Pansy ébaucha un petit sourire derrière lui.
"Vous avez le cerveau trop étriqué pour comprendre la science, l'art de la Divination !" s'écria Trelawney d'un ton accusateur. "Vous essayez d'aider votre ami, mais vous n'arrivez pas à dépasser ce blocage…"
Les pommettes de Théo devinrent de plus en plus rouges sous le regard insistant de Trelawney. Blaise le sortit de son malheur :
"Pour être tout à fait honnête, je n'y crois pas moi-même, parfois."
La grosse tête hirsute de Trelawney valsa de Théo à Blaise, l'inspectant de nouveau avec attention.
"Vous mentez, jeune homme." susurra-t-elle. "Vous n'y avez pas cru pendant des années, alors que vous avez étudié la Divination dans cette même classe, mais depuis que les visions ont commencé… vous y croyez. Et vous avez peur. Parce que vous savez, au fond de vous, ce que ces avertissements symbolisent."
Les traits de Blaise se durçirent à vue d'oeil et il observa Trelawney avec la même intensité qu'elle, dans une sorte de mélange de répulsion et de curiosité. Pendant plusieurs secondes, aucun des deux ne parla. On aurait dit qu'ils communiquaient par la pensée. Drago était extrêmement mal à l'aise face à cet échange.
"Quoi ? Qu'est-ce que ces avertissements veulent dire ?" demanda Théo. "Blaise ? De quoi elle parle ?"
"Vous le savez." chuchota Trelawney à l'adresse de Blaise, ignorant la question de Théo. "Vous avez simplement besoin de me l'entendre dire. Mais je ne peux pas vous donner la clé que la nature essaye de vous donner sans relâche. Il n'y a pas d'échappatoire. Vous serez obligé de vous y confronter, tôt ou tard. Écoutez les visions."
Elle fit volte-face brutalement, fouettant Théo avec son châle au passage, et disparut de nouveau dans la pénombre du fond de la classe sans un mot de plus.
Drago était cloué sur place, abasourdi par ce qu'il venait d'entendre, mais son choc était minime comparé à celui de Blaise. Il contemplait toujours l'espace où Trelawney se tenait quelques secondes plus tôt, la bouche légèrement entrouverte, le regard vacant.
"Blaise ?" appela Théo une seconde fois. "Qu'est-ce qu'elle voulait dire par "vous le savez" ?"
Personne ne lui répondit. Pansy s'approcha timidement de Blaise pour lui effleurer le bras, et le geste le sortit de sa transe comme si elle lui avait mis une gifle. Il sursauta et regarda ses trois amis successivement, se souvenant seulement maintenant de leur présence.
"J'ai besoin d'air." glapit-il.
Et il se dirigea vers l'échelle pour sortir.
"Quoi ?" s'écria Théo. "Non ! Explique-nous, Blaise !"
Ce dernier ne l'écouta pas et disparut par l'échelle. Drago le comprenait, il voulait à tout prix s'éloigner de cette chaleur opressante qui l'empêchait de réfléchir correctement, lui aussi. Il avait l'impression que sa tête était engourdie par des sables mouvants.
"Laisse-le." avisa Pansy.
"Mais, on a cours !" protesta Théo.
"Il ne va rien louper, tu te souviens quel cours on a cette après-midi ?" demanda-t-elle avec répugnance. "Allez, venez. On redescend."
Ils prirent l'échelle en sens inverse et se retrouvèrent dans le couloir, qui paraissait encore plus sombre qu'à leur arrivée. Blaise n'était plus là, il avait sans doute déjà redescendu les interminables escaliers.
"J'ai l'impression que nous repartons avec plus de questions que de réponses." grommela Théo. "Cette vieille chouette ne nous a rien appris."
"Qu'est-ce qu'elle voulait dire, à votre avis ?" demanda Drago, qui prenait de grandes bouffées d'air frais pour éliminer l'odeur pénible de la classe de Divination.
"C'est évident, non ?" demanda Pansy d'un air grave. "Les doutes de Blaise sont confirmés."
"Quels doutes ?" demanda Théo, agacé par le manque de réponse claire.
Pansy prit une grande inspiration, comme si les mots qu'elle s'apprêtait de dire étaient douloureux.
"Qu'il va bel et bien brûler vivant."
Plus aucun des trois ne parla, après ça.
.
Drago fut tenté d'imiter Blaise et de sécher le cours de Défense Contre les Forces du Mal, parce que passer deux heures consécutives dans la même salle qu'Ombrage n'était vraiment pas une bonne idée, mais la perspective qu'elle puisse être aussi près d'Hermione sans lui était encore plus insupportable, alors il prit sur lui.
La classe était, comme depuis la rentrée, scindée en deux : le côté gauche était occupé par les Gryffondors, et le côté droit par les Serpentards. Drago était assis à côté de Théo et observait Granger de biais : elle avait repris des couleurs depuis le matin-même et les marques sur sa main étaient pratiquement invisibles. Les potions de Théo avaient marché. Seul Drago était capable de remarquer les traits fins qui serpentaient sur sa peau.
Ombrage avait exigé qu'ils lisent le chapitre 83 de son manuel merdique du Ministère. Aucun Serpentard ne le faisait, profitant du favoritisme effarant qu'Ombrage exerçait à leur égard : Drago aurait pu mettre son pupitre en feu qu'elle le féliciterait. Elle était bien plus concentrée sur la partie gauche de sa classe, où les Gryffondors essayaient tant bien que mal de faire semblant de lire pour ne pas se prendre de punition.
Dès que son regard se baladait sur la Professeure qui passait entre les rangs avec son petit sourire insupportable, Drago serrait le poing. Quand sa plume se cassa en deux, il réalisa qu'il l'avait fait peut-être un poil trop fort.
"Arrête de t'en prendre aux plumes, elles ne t'ont rien fait." chuchota Théo d'un air ronchon en essuyant la table avec sa manche pour faire tomber les morceaux de plumage.
"Désolé." grinça-t-il. "Je suis juste… tellement furieux. J'ai l'impression que je vais exploser si je ne fais pas quelque chose."
"Comme quoi ?" demanda Théo.
Drago observa Ombrage qui s'était arrêtée à la table qu'occupait Finnigan et Thomas pour les interroger sur le contenu du chapitre. Ses joues flasques, sa bouche fine, ses boucles grossières qui recouvraient à peine ses oreilles…
"Tu veux vraiment que je te décrive ce que je pense ?" marmonna-t-il. "J'en suis à ma septième tentative d'assassinat mentale, là."
Théo émit un soupir proche du ricanement. Il n'avait pas ouvert son manuel non plus, comme depuis le premier cours de cette matière.
"Ce n'est pas faute de t'avoir prévenu." murmura-t-il. "Je t'ai toujours dit qu'Ombrage était vicieuse. Aucun de vous ne m'a écouté."
Il désigna Pansy d'un geste de la main, qui discutait avec Daphné sur le pupitre devant eux. C'était vrai, bien sûr. Théo les avaient prévenus depuis jour de la rentrée qu'Ombrage était dangereuse, mais personne n'avait pris ses menaces au sérieux.
"Elle… elle l'a appelée la vermine." dit Drago, les yeux rivés sur elle et sa robe en velours rose poudré. "Elle l'a emmenée loin de moi, et elle m'a dit "je m'occupe de la vermine", avec un sourire, comme si… comme si je pensais la même chose, comme si j'étais dans son camp."
Théo frissonna à côté de lui et Drago serra encore le poing pour calmer les vagues de colère qui s'écrasaient en lui et faisaient accélérer son coeur.
"Elle est horrible." dit Théo.
"Je ne peux pas tolérer ça." dit Drago dans un murmure, en secouant la tête. "Pas quand ça la concerne elle. Je ne peux pas continuer à vivre normalement et la laisser impunie après ce qu'elle a fait. Ça va me rendre fou."
"La vengeance est un plat qui se mange froid." dit Théo en français, une expression qu'il avait déjà utilisé par le passé. "Tu trouveras un moyen de satisfaire ta rancoeur, mais pour ça, tu dois résister et ne pas céder à l'impulsivité."
Drago roula des yeux, parce que c'était la deuxième fois qu'on lui disait ça aujourd'hui. Visiblement, ni Théo ni Hermione n'avait oublié son coup foireux de déguisement en Détraqueur deux ans plus tôt.
"Tu l'aimes." continua Théo dans un français parfait.
Ce n'était pas une question, c'était un fait. Drago détacha enfin son regard d'Ombrage pour le regarder avec incompréhension.
"Je te l'ai déjà dit."
"Je n'avais pas réalisé à quel point tu l'aimais." souligna Théo. "C'est hier que j'ai compris. J'ai réalisé l'ampleur de tes sentiments pour elle quand tu la tenais dans tes bras et que tu pleurais, parce que je ne t'ai jamais vu avoir peur comme ça."
Drago contracta la mâchoire sans répondre. Il avait déjà eu peur comme ça deux fois : quand Théo était arrivé chez Blaise par la cheminée, et quand Blaise avait eu sa première vision. Une partie de lui savait que ce qu'avait eu Granger la veille n'était pas aussi grave, que c'était des coupures sur sa main et que sa vie n'avait pas été en danger, mais toute sa raison s'évaporait quand il s'agissait d'elle.
"Elle n'a pas besoin de toi pour se venger, tu sais." dit Théo en montrant Hermione en tiltant son menton dans sa direction. "Elle a fait chanter la journaliste la plus renommée du pays pour lui faire écrire un article sur le garçon le plus détesté de la communauté sorcière simplement pour lui remonter le moral. Ombrage aura beau lui faire du mal, elle ne pourra jamais vraiment l'atteindre."
"Je sais, ça. Ce serait stupide de remettre en cause les capacités de cette fille." chuchota Drago, en prenant soin de ne pas dire son prénom au cas où quelqu'un essayerait de les traduire. Il regarda Hermione, qui prétextait être plongée dans le bouquin d'Ombrage, la joue posée contre sa paume. "Mais tu sais aussi bien que moi qu'elle est trop gentille pour oser lui faire subir le même sort. Elle voit le bon chez tout le monde, même ceux qui ne le mérite pas."
Moi le premier, pensa Drago, mais il ne le dit pas, parce qu'il osait encore espérer qu'il valait mieux qu'Ombrage.
"Alors, qu'est-ce que tu suggères ?" demanda Théo avec une certaine avidité dans son ton. "Si tu veux te venger, il faut le faire bien."
Drago balaya son regard sur le rang des Gryffondors, et notamment sur Weasley, qui essayait à tout prix de ne pas s'endormir sur les pages de son manuel.
"Je ne sais pas encore comment faire, mais je sais exactement à qui demander." annonça Drago d'un ton décidé.
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Hermione
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Quand Hermione retourna dans la Salle Commune après les classes de la journée, elle avait pour objectif d'aller se coucher pour rattraper le manque de sommeil de la veille, enfin.
Mais c'était sans compter Fred et George, qui utilisèrent l'excuse de la parution de l'article d'Harry dans le Chicaneur pour organiser une énorme fête chez les Gryffondors.
La Salle Commune avait été réaménagée par les jumeaux pendant que tout le monde dînait : ils avaient poussé les fauteuils et canapés pour dégager une partie de la Salle et permettre aux Gryffondors de danser à leur guise. Une musique amplifiée résonnait contre les murs, et des dizaines de gobelets rouges étaient alignés sur les tables d'étude. Dès qu'ils entrèrent, Hermione s'écria :
"Mon Dieu !"
Et Ron cria :
"Merlin !"
Mais ils n'avaient pas du tout la même expression en le disant : celle d'Hermione était désapprobatrice, tandis que Ron avait des étoiles dans les yeux.
"Ron !" s'insurgea Hermione. "Je te rappelle, pour la centième fois, que tu es préfet !"
"Et alors ?" demanda-t-il en prenant un gobelet rouge. "C'est écrit dans le règlement qu'il est interdit de s'amuser ?"
Hermione plissa les yeux :
"Article sept du règlement intérieur de Poudlard." récita-t-elle. "La consommation d'alcool dans le Château est formellement interdi…"
"Qui a dit que c'en était ?" demanda Ron avec un faux air innocent. Il agita son gobelet sous son nez : "C'est du jus de citrouille, promis."
Et il s'éloigna dans la foule avant qu'elle ne puisse répliquer. Hermione expira un soupir agacé par le nez et se tourna vers Harry :
"Tu es d'accord avec moi, j'espère ?"
Mais l'attention d'Harry était dirigée vers Fred et George, ou plutôt, sur le mur derrière eux. Les jumeaux avaient lancé un sortilège d'Agrandissement sur la couverture du Chicaneur et l'avait accrochée, de sorte à ce que la tête géante d'Harry pivote pour contempler les danseurs. De temps en temps, il lançait des phrases à tue-tête, comme "CORNELIUS FUDGE EST UN CRÉTIN", d'un volume encore plus fort que la musique, ce qui faisait rire les Gryffondors. Harry était horrifié.
"Je vais leur dire de la retirer." décida Hermione en avançant d'un pas pour se diriger vers Fred et George.
"Non !" s'écria Harry en lui attrapant le bras pour la retenir. "Non, pas la peine. C'est une bonne idée, avec Ombrage et tout ce qu'il se passe en ce moment, une fête ne devrait pas faire du mal. C'est l'occasion de remonter le moral général, non ?"
Hermione ne sut quoi répondre à ça. Il était vrai que les Gryffondors avaient l'air de s'éclater, surtout Ginny qui dansait au milieu de la piste de danse. Elle avait emporté Neville avec elle qui essayait de suivre ses pas, rouge pivoine.
"Allez, Mione. Amuse-toi un peu." conseilla Harry.
Il prit un gobelet à son tour et but une gorgée, et Hermione le connaissait suffisamment pour savoir qu'il cachait sa grimace pour ne pas montrer qu'il venait de boire de l'alcool. Il alla rejoindre Dean un peu plus loin et Hermione resta plantée devant le passage de la Grosse Dame, les bras croisés sur sa poitrine.
"Oh, Mione !" s'écria George en s'approchant d'elle. "Allez, prends un verre, détends-toi !"
Il lui tendit un gobelet mais Hermione refusa d'un mouvement de tête. Harry de l'affiche du Chicaneur proclama : "OMBRAGE EST LA REINE DES CRAPAUDES", et la foule hurla en approbation.
"Par quel article tu veux que je commence ?" demanda-t-elle cyniquement à George. "Celui sur le volume réglementaire de la musique dans les Salles Communes ? Ou l'interdiction des rassemblements festifs après le couvre-feu ? Ou alors, je peux te proposer la section sur la consommation d'alcool pour les sorciers de moins de…"
George l'arrêta en éclatant d'un rire bruyant :
"Relax, Mione ! Et si tu mettais ton rôle de Miss Préfète Parfaite de côté et que tu profitais un peu ?"
Il lui tendit de nouveau le gobelet qu'Hermione refusa une deuxième fois. Lavande passa devant eux en poussant des petits hurlements hilares, traînant Seamus derrière elle.
"Viens danser avec moi." proposa George.
"Tu me vois sincèrement danser là-dedans ?" demanda Hermione en montrant la foule amassée au centre de la pièce.
"Non, pas vraiment." concéda-t-il. Il se pencha vers elle pour qu'elle puisse l'entendre à travers la musique défenestrante : "Mais il faut que tu t'amuses, toi aussi. Ron m'a raconté ce que tu as fait avec Skeeter. C'est grâce à toi que l'article a vu le jour, et on agit comme si c'était juste Harry qui méritait d'être célébré !"
Hermione jeta un coup d'oeil vers son meilleur ami, qui riait avec Ron dans un coin de la pièce en regardant Neville et Ginny danser. C'était la première fois qu'elle le voyait rire depuis des semaines. La vision lui donna un petit sourire malgré elle.
"Célébrez Harry, ça me va très bien." dit-elle. "Il en a bien plus besoin que moi, je t'assure." Elle se tourna vers le jumeau : "Je ne dirai rien pour la fête, à condition que tu ne fasses pas boire les premières et deuxièmes années."
"Deal." dit George. Malgré les gens qui se pressaient autour d'eux et de l'atmosphère étouffante de la salle, Hermione pouvait toujours sentir les effluves de vanille émaner de lui.
Elle dû se hisser sur la pointe des pieds pour atteindre son oreille :
"Je vais me coucher, avant que McGonagall débarque et distribue des heures de retenue comme des dragées de chez Bertie Crochue."
George rit de nouveau à gorge déployée, absolument pas alarmé par cette possibilité :
"Minnie nous adore, elle ne dira rien." assura-il, confiant. "Avec un peu de chance, elle se mettra même à insulter Ombrage avec nous et nous faire quelques pas de danse écossaise."
"Mais bien sûr." dit Hermione en levant les yeux au ciel.
"Dors bien !" lui lança George lorsqu'elle s'éloigna, en faisant mine de porter un toast dans sa direction.
Elle se fraya un chemin parmi les danseurs, souhaita bonne nuit à Ron et Harry, et alla se réfugier dans le silence de son dortoir. Quand elle s'allongea dans son lit, elle ne savait pas si elle pouvait entendre les basses de la musique quelques étages en-dessous à travers son oreiller, ou si c'était son propre sang qui tambourinait contre ses tympans à cause de la fatigue.
Hermione s'endormit en moins de cinq minutes, son corps accueillant la douceur du sommeil contre ses muscles endoloris avec plaisir.
.
.
Elle se réveilla en sursaut.
Elle mit une longue minute à réaliser que ce n'était pas du tout l'heure de se lever : il faisait nuit noire dehors, et elle pouvait entendre les respirations de Lavande et de Parvati dans les lits voisins. Aucun bruit n'avait dérangé son sommeil, et elle n'avait pas fait de cauchemar.
Hermione tatônna sa table de nuit pour trouver sa baguette dans un pur réflexe, pour avoir quelque chose dans sa main pour se défendre si besoin, mais il n'y avait rien. Prise d'une peur panique, elle fouilla précipitamment son lit pour la trouver, mais quand elle la trouva enfin et qu'elle enroula ses doigts autour, une peur encore plus viscérale l'étrangla instantanément.
Sa baguette vibrait contre sa paume.
Son cerveau fit la connexion en moins d'une seconde.
Harry.
Elle se leva d'un bond, enfila sa robe de chambre à la va-vite, et se précipita dehors. Quand elle arriva sur les marches de l'escalier, sa baguette ne vibrait plus, et elle espérait de tout coeur que ça voulait dire qu'Harry s'était réveillé. Elle ne savait pas depuis quand sa baguette tressautait de la sorte, mais elle avait l'impression que ça faisait plusieurs minutes. Elle descendit les marches des dortoirs des filles à toute vitesse et se retrouva dans la Salle Commune.
L'affiche du Chicaneur était toujours accrochée au mur, mais plus aucun son ne sortait de la tête immobile d'Harry, comme si le sortilège s'était effacé avec les heures. Personne n'avait nettoyé, pas même les elfes, laissant la Salle dans un état déplorable, mais Hermione n'eut pas le temps de s'attarder, parce qu'elle monta les marches des dortoirs des garçons en essayant de faire le moins de bruit possible. Elle ouvrit la porte, et fut surprise de se retrouver dans le noir : elle s'était attendue à ce qu'Harry soit entouré de Neville et Ron, autour de son lit.
Elle fit quelques pas dans la pénombre, éclairée seulement par le faible faisceau de lumière que projetait la lune à travers la fenêtre. Harry était endormi, sur le côté. Son front luisait de sueur et ses cheveux étaient aplatis d'un côté. Hermione avait l'impression que sa cicatrice était plus vive que d'habitude.
"Mione ?"
Elle se retourna. Ron était à moitié adossé contre ses oreillers, peinant à garder ses yeux ouverts suffisamment longtemps pour voir quelque chose dans l'obscurité du dortoir.
"Cest moi." chuchota-t-elle.
"Qu'est-ce que tu fais là ?" demanda Ron. Il soupira et répondit avant qu'elle ne puisse le faire : "Ah… c'est ton sortilège relié à son coeur, c'est ça ? Tu as compris qu'il avait eu une vision ?"
Hermione s'approcha à pas feutrés du lit de Ron et hocha la tête. Ron, Harry et Théo étaient les seules personnes à être au courant pour le sortilège qu'elle avait inventé, elle ne l'avait même pas dit à Ginny.
"Il en a vraiment eu une, alors ?" demanda-t-elle d'une voix crispée d'angoisse.
Ron acquiesça avec un air grave.
"Il vient à peine de se rendormir. Elle était violente, celle-ci."
"Je n'ai pas pu arriver à temps…" chuchota Hermione avec regret.
"Ce n'est pas grave, j'étais là." dit Ron pour la rassurer.
"Qu'est-ce qu'il a vu ?"
Ron se raidit contre ses oreillers :
"Je n'ai pas tout compris… il a parlé d'Avery, un des Mangemorts, il aurait donné de fausses informations à Tu-Sais-Qui, qui allait le punir… il a aussi parlé de Moroz, qui se serait pris un sortilège d'Impérium par Malefoy pour essayer de sortir quelque chose du Département des Mystères, mais qu'il n'y serait jamais parvenu, selon les dires de Rockwood…"
Hermione fronça les sourcils en essayant de comprendre tout ce que Ron disait. Sa tête était encore trop embrumée par le sommeil pour aligner toutes les informations.
"Sortir quoi ?"
"Harry pense qu'il s'agit de l'arme dont parlait Sirius cet été." dit Ron dans un murmure précipité. "Mais… ce n'est pas ça qui m'a le plus inquiété…"
Il frissonna et resserra sa couette contre lui dans une vaine tentative de se réconforter.
"Quoi ? Qu'est-ce qui t'a inquiété ?" demanda Hermione dans un murmure paniqué.
Ron avait dirigé son regard vers Harry, qui continuait de dormir, le corps encore secoué par des tressaillements.
"Je lui ai demandé s'il venait de voir Tu-Sais-Qui, et il m'a répondu…" Ron prit une inspiration tremblante. "Il m'a répondu qu'il était Tu-Sais-Qui."
Hermione écarquilla grand les yeux, et fut reconnaissante que Ron ne puisse pas voir sa réaction à cause du manque de lumière.
"J'imagine qu'on en saura plus demain." continua Ron. "Je lui ai dit d'aller en parler à quelqu'un, mais il a refusé, évidemment… il dit que ça ne serait pas arrivé s'il arrivait à pratiquer l'Occlumancie correctement.
"On réessayera de le convaincre demain." dit Hermione. "Peut-être qu'il acceptera d'écrire à Sirius, au moins…"
Ron hocha la tête, bien qu'ils savaient tous les deux pertinemment que ça n'arriverait pas. S'ils insistaient pour demander de l'aide, Harry se refermerait encore une fois et ne leur raconterait plus rien.
"Tu devrais aller te rendormir." conseilla Ron. "Ne t'en fais pas, je le surveille."
Hermione comprit pour la première fois depuis qu'elle était entrée dans la pièce pourquoi Ron était adossé contre ses oreillers.
"Tu restes éveillé comme ça souvent ?" demanda-t-elle, incrédule. "Après qu'Harry ait eu une vision ?"
Ron eut un pâle sourire :
"À chaque fois."
Le coeur d'Hermione se serra pour le garçon en face d'elle, le meilleur ami qui puisse exister, qui était capable de faire ce genre de choses sans le dire à personne. Il était attentionné et ne s'en vantait jamais.
Ron dut voir l'attendrissement affiché sur l'expression d'Hermione parce qu'il ajouta :
"C'est pas grand chose, pour être honnête, c'est plus pour moi que pour lui. Vérifier qu'il va bien, qu'il se rendort normalement, tout ça."
Hermione secoua la tête, la gorge trop serrée par l'émotion pour répondre.
"Bonne nuit, Mione. On se voit demain."
"Bonne nuit." dit-elle en reculant de quelques pas.
"Et, Mione ?"
"Oui ?"
"Ne dis pas à Harry que tu es venue cette nuit." avisa Ron. "Il s'en voudrait terriblement de t'avoir réveillée pour ça."
Elle acquiesça et sortit du dortoir.
Quand elle retourna dans la Salle Commune, Hermione était parfaitement réveillée. Le rush d'adrénaline n'était pas redescendu, et elle se doutait qu'elle n'arriverait pas à se rendormir après ça. Elle contempla la Salle jonchée de débris et décida d'aider les elfes. Elle ramassa donc tous les gobelets entamés par terre, lança quelques Récurvite sur les tables et nettoya les tâches sur les tapis. Elle était en train d'essayer de retirer l'affiche d'Harry, qui était évidement accrochée par un puissant maléfice de Glu Perpétuelle, quand un bruit derrière elle la fit sursauter.
"Fred ?" appela-t-elle, outrée. "Mais qu'est-ce que tu fais là ?"
Avec le feu de cheminée qui s'était éteint pendant la nuit, Hermione n'avait pas remarqué la forme de Fred, allongé sur l'un des canapés, ses longues jambes appuyées contre l'accoudoir. Quelqu'un lui avait mis une couverture dessus qu'il dégagea d'un geste fatigué.
"Qu'est-ce que tu fais là ?" répéta-t-il, la voix éraillée par le sommeil. "Tu penses vraiment que c'est l'heure de faire ça ?"
"Et tu penses vraiment que c'est un endroit convenable pour dormir ?" demanda-t-elle d'un ton indigné.
Fred se redressa complètement contre le dossier du canapé et poussa un bâillement presque incédent. Ses cheveux avaient plein d'épis qui partaient dans tous les sens.
"Arrête, comme si tu ne t'étais jamais endormie là après avoir déchiffré trop de runes." dit-il, moqueur.
Hermione ne trouva rien à redire à cela, parce que c'était vrai, alors elle arrêta d'essayer de retirer la maudite affiche et alla s'asseoir à côté de lui.
"Thé ?" proposa-t-elle.
"Avec plaisir." dit Fred en s'étirant. "Merlin, mon dos est en vrac."
"Alors, comment était la fête ?" demanda Hermione en lui tendant une tasse remplie d'eau chaude.
"Nulle sans toi." répondit Fred du tac au tac. "C'est toujours moins fun quand il n'y a personne pour nous rappeler quel article du règlement on est en train d'enfeindre."
"Je les ai listés à George, j'ai fait ma part." dit Hermione en cachant son sourire.
Elle mit un sachet de thé à la menthe dans la tasse de Fred qui la remercia. Sans vraiment se concerter, ils s'allongèrent ensuite chacun de leur côté dans le même canapé, l'un en face de l'autre, les jambes d'Hermione calées à gauche de lui et celles de Fred pendant à moitié dans le vide. Il les recouvrit tous les deux de la couverture, et posa sa tête en arrière contre l'accoudoir.
Pendant une minute, aucun des deux ne parla, le seul bruit rompant le silence étant les faibles déclarations du Harry de l'affiche, qui étaient de plus en plus incompréhensibles.
Hermione savourait son thé tranquillement, espérant que les effets la calme assez pour qu'elle puisse aller se rendormir après.
"Alors ?" lança Fred. "Toujours en train de fricoter avec le fils du Mangemort ?"
Hermione but sa gorgée de travers et s'étouffa. Fred la regardait calmement, un sourire amusé sur les lèvres.
"Oui." glapit Hermione après plusieurs secondes où elle peina à retrouver son souffle. "Oui, toujours."
"Et Ron et Harry ne sont…"
"... toujours pas au courant ?" termina Hermione. "Non. C'est difficile de garder le secret, mais je sais qu'ils n'accepteraient pas si je leur disais la vérité."
"On ne peut pas vraiment les blâmer pour ça, si ?" demanda Fred rhétoriquement.
Hermione reçut cette remarque difficilement et but une gorgée de thé pour dissiper son amertume. Pourtant, Fred la regardait sans la moindre rancoeur à son égard.
"Est-ce que tu l'as dit à George ?" demanda-t-elle.
Il redressa la tête de l'accoudoir pour la regarder pleinement, ses sourcils roux légèrement froncés, plissant son nez constellé de tâches de rousseur.
"Non. Je t'ai dit que je ne le ferai pas." répondit-il.
"Je sais, mais après ce qu'il s'est passé pendant le match contre les Serpentards…" dit Hermione en chuchotant, comme si le dire à voix basse allait être moins pénible à entendre. "Disons que je t'en voudrais pas si tu avais fini par lui vendre la mèche."
"Je t'ai dit que je ne le ferai pas, et je tiendrai ma parole." asséna Fred, comme s'il était indigné qu'elle puisse avoir douter de lui. "Les actes de ce petit con de Malefoy n'entacheront pas ma promesse. Sans vouloir t'offenser, bien sûr." ajouta-t-il avec un sourire espiègle.
"Ça doit faire bizarre, non ? De garder un secret, sans le dire à ton jumeau."
Hermione prit une nouvelle gorgée de thé, appréciant le goût de la menthe sur sa langue pour une raison qu'elle n'aurait jamais pu révéler à haute voix.
Fred haussa les épaules et cala de nouveau sa tête contre l'accoudoir du canapé :
"Pas vraiment." dit-il. "Pour moi, George est bien plus qu'un frère, c'est ma deuxième moitié, mon âme soeur. Il me connaît à un niveau que personne ne pourra jamais atteindre, y compris moi-même. Tout le monde nous connait comme étant la même personne, mais…" Fred prit une petite inspiration, et un sourire éclaircit ses traits : "Ça fait du bien, parfois, d'avoir sa moitié rien que pour soi. Ses secrets, ses pensées, ses préférences."
Hermione hocha la tête : elle comprenait exactement ce qu'il voulait dire. Fred fronça un peu les sourcils, perdu dans ses réflexions :
"Tu sais que tu es la seule à nous différencier ?" demanda-t-il d'une voix rêveuse.
"Non, pas du tout."
"Si, si." dit Fred. "Tu es la seule capable de nous différencier, et tu sais le faire depuis ta deuxième année. Tu te souviens ? Dans le train, pour venir à Poudlard ? Tu cherchais Harry et Ron, et tu m'as appelé par mon prénom."
"Je me souviens." dit Hermione avec un sourire nostalgique. "Tu étais choqué que je puisse savoir qui tu étais. Tu m'as dit que même ta mère n'en était pas capable."
"Et je ne mentais pas." dit Fred avec sincérité. "Tu savais déjà nous reconnaître alors qu'on se connaissait à peine. C'est pour ça que je garde ton secret, Hermione."
C'était rare qu'il l'appelle Hermione, elle était tellement habituée à ce qu'il utilis son surnom qu'elle haussa les sourcils de surprise.
"Parce que je te reconnais ?" demanda-t-elle, pleine de sarcasme.
"Entre autre." répondit Fred. "Et aussi parce que tu mérites d'être heureuse, Mione. Tu es tout le temps là pour tout le monde, à sauver la Terre entière, tu as le droit d'avoir ton bonheur ! Bien sûr, ça ne veut pas dire que j'approuve tes goûts… Drago Malefoy…"
Il fit une grimace écoeurée et Hermione ricana dans sa tasse de thé.
"En tout cas, je te soutiens, peu importe tes choix." finit Fred. "J'espère que tu te rends compte à quel point on te considère comme notre soeur, George et moi."
"Je sais." assura Hermione dans un souffle, un peu émue. "Je vous considère comme mes frères aussi."
Le visage de Fred prit un air sérieux tellement opposé à ses expressions habituelles que les mains d'Hermione se crispèrent involontairement contre sa tasse.
"Tu sais… l'année prochaine, quand on ne sera plus là…" commença-t-il, presque hésitant. "Je ne veux pas que tu penses qu'on ne peut plus avoir ça." Il désigna l'espace entre les deux, leurs jambes pratiquement entremêlées. "Tu pourras toujours me joindre, peu importe où je suis, tu le sais, hein ? Une lettre, un coup de Cheminette, peu importe. Je serai toujours là pour toi, Mione."
Hermione hocha la tête :
"Tu vas me manquer." admit-elle doucement.
Il lui fit un petit sourire.
"Je sais. Mon absence va être extrêmement difficile à supporter. Je te plains."
Elle roula des yeux. L'instant de fraternité émotionnel était terminé. Fred but son thé et ils changèrent de sujet : il lui raconta la prochaine invention qu'ils voulaient créer avec George, qui était pour le moment toujours au statut de prototype, et Hermione l'aida à trouver une formule pour la faire fonctionner. Fred la remercia plusieurs fois, surexcité à l'idée de la dévoiler à George le lendemain.
Il était plus de quatre heures du matin quand Fred posa sa tasse sur la table basse et s'étira de tout son long :
"Je vais me coucher. Tu me garderas un muffin au petit-déjeuner ? Je vais sécher le cours de Botanique…"
Hermione lui fouetta les jambes avec son oreiller :
"Hé !" s'indigna-t-il.
"Frederick Weasley, tu as tes A.S.P. à la fin de l'année !" rappela Hermione d'un ton autoritaire.
Il roula dans le canapé et se remit debout.
"Oui, Madame la Préfète…" dit-il, en faisant semblant de s'incliner vers elle, aussi bas que son dos courbaturé le permettait. "Je serai là à 7h tapantes. Bonne nuit, Mione."
Il s'avança vers les escaliers qui menaient aux dortoirs des garçons.
"Fred ?" appela Hermione d'une petite voix couinante.
Il la regarda par-dessus son épaule, un sourcil relevé d'interrogation :
"Mione ?"
"Tu m'aimerais toujours si je ne devenais pas vraiment ta soeur ?" demanda-t-elle.
Hermione se rendit compte qu'elle s'accrochait bien plus à sa répondre qu'elle ne l'aurait pensé. Sa question était déguisée, et ils le savaient tous les deux : elle lui demandait s'il ne lui en voudrait pas de briser le coeur de son frère. Les épaules de Fred s'affaissèrent légèrement lorsqu'il soupira. Il fit volte-face pour la rejoindre, se pencha vers elle, et lui embrassa le front, juste sous la racine de ses cheveux :
"Tu seras toujours ma soeur, Mione." promit-il.
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(Je suis obligée de mettre Fred tous les trois chapitres en moyenne sinon je meurs) (c'est mon coeur de Fremione qui parle)
