Titre: Les prophéties sont-elles inéluctables ?
Auteur: Lady Zalia
Type: Omegaverse [Voldarry]- Harry Omega Voldemort Alpha. Aventure – Romance, MPREG.
Disclaimers : Univers appartenant à J.K. Rowling. Rating poste tout sur ffnet, Wattpad et AO3 donc si vous ne supportez plus les bugs ici, vous pourrez toujours suivre l'histoire ailleurs.
Résumé du chapitre 5 : Harry donne naissance à sa fille Isolt, et même Voldemort ne peut masquer totalement combien il est ému.
Chapitre 6
Harry se réveilla dans son lit. Tout était calme autour de lui. Silencieux. Les draps étaient propres et il était seul. Pendant un instant, il crut avoir rêvé l'accouchement. L'agitation, la douleur, le sang.
Mais lorsqu'il tenta de bouger, il comprit immédiatement que ce n'était pas un rêve. Son corps était vide. Le poids, la présence de son enfant avait disparu.
Alors la confusion céda la place à la panique. Il voulait voir son bébé. Il avait besoin de toucher sa fille, la tenir dans ses bras. S'assurer qu'elle était vivante, qu'elle allait bien. Pourquoi donc son Alpha ne l'avait-il pas laissé près de lui ?!
L'angoisse lui noua la gorge et il s'efforça de se lever malgré ses jambes tremblantes.
Péniblement, s'aidant des meubles aux alentours, il s'extrait de leur chambre pour rejoindre celle d'Isolt, oubliant de respirer tout le long du parcours.
Lorsqu'enfin il la vit, le soulagement failli le faire s'écrouler. Sa fille était là, paisiblement endormie dans son berceau.
Son rythme cardiaque encore agité par sa frayeur, il se laissa tomber dans le fauteuil attenant au petit lit. Il aurait aimé la tenir dans ses bras, mais il ne voulait pas la réveiller, alors il se contenta de l'observer, cartographiant chaque détail de son visage. Il la trouvait magnifique.
Lorsque Isolt commença à se réveiller et à pleurer, il sursauta et s'empressa de la prendre dans ses bras.
- Shhhtt. Je suis là. Tu as faim ma chérie ?
À peine l'avait-il calée contre lui que son elfe était apparu, un biberon à la main.
- Oh, maître Harry est réveillé ?! Humel doit prévenir le maître. Le maître a dit que maître Harry avait besoin de repos.
- Je peux lui donner à manger. Pendant combien de temps ai-je dormi ?
La petite créature lui tendit le biberon tout en se dandinant sur ses pieds.
- Maître Harry était blessé et épuisé après l'accouchement. Le maître a ordonné à Humel de s'occuper du bébé. Humel a bien lavé, nourri et changé l'enfant de ses maîtres.
Harry serra les dents. Il avait le pressentiment qu'il allait bientôt avoir une nouvelle raison de s'énerver contre son Alpha, cependant il ne pouvait guère crier pour l'appeler. Isolt s'était immédiatement calmée lorsque la tétine était arrivée à sa portée et mangeait goulûment entre ses bras.
- Ce n'est pas la question, Humel. Je veux m'occuper moi-même de ma fille. Merci d'en avoir pris soin, tu as fait du bon travail, mais je suis suffisamment en forme, maintenant. Tu veux bien prévenir mon Alpha que je souhaite le voir, s'il te plait ? Et me préparer à manger aussi, je meurs de faim.
L'elfe s'inclina avant de disparaître, bientôt remplacé par Voldemort. Le mage noir semblait égal à lui-même, pas un sourire ne venant éclairer son visage austère.
- Harry, tu devrais encore te reposer.
- Bonjour Alpha. J'ai bien assez d'énergie pour nourrir ma fille. Je retournerai me coucher après.
- Nous avons un elfe de maison pour s'occuper d'elle. Tous les Sangs Purs font ça. L'accouchement a été éprouvant pour ton corps, il te faut du temps pour te remettre. Je suis sûr que tu tiens à peine debout.
- Je ne compte pas laisser un elfe de maison s'occuper de ma fille à ma place !
Il s'interrompit brusquement alors qu'Isolt se mettait à pleurer face à son éclat de voix. Il n'avait même pas pris sa baguette avec lui, et il secoua la tête.
- Pardon ma chérie. Tout va bien…
Il attendit en silence qu'elle termine son lait et lui fit faire son rot avant de la bercer entre ses bras. Ces moments étaient précieux. Si courts… Il aurait déjà aimé pouvoir la garder contre lui, mais un enfant de cet âge avait besoin de beaucoup de sommeil, il le savait.
Elle s'endormit bientôt, et il serra les dents en se relevant, sous l'œil critique de son Alpha. Fierté oblige, il était hors de question qu'il lui demande son aide pour cela, et il parvint à le redéposer dans son berceau, embrassant doucement son front et calant un doudou serpent contre sa main.
À peine avait-il les mains libres que Voldemort l'attrapa par le bras pour l'attirer à l'extérieur de la pièce et l'entraîner jusqu'à leur lit.
- Tu vois bien que tu es encore faible.
- Je ne dis pas que je suis en pleine forme, je dis simplement que je veux m'occuper de ma fille moi-même. Je ne compte pas élever Isolt comme un Malefoy, merci bien ! Je veux qu'elle se sente aimée. Qu'elle sache dès ses premiers instants qu'elle n'est pas juste une héritière mais aussi une enfant qui a l'affection de ses parents. J'ai l'impression d'avoir dormi plusieurs jours. Tu m'as drogué, après l'accouchement ?!
- Je savais que tu dirais ça et n'en ferait qu'à ta tête. Je veux simplement ton bien, Harry. Ce n'est que le temps de quelques jours.
- Non. Plus de potion de sommeil. Si encore tu t'en étais occupé toi-même… Mais je suis certain que tu ne l'as même pas touchée. Tu préfères reléguer ça à un elfe.
Le mage noir soupira.
- Un enfant de cet âge est quasiment aveugle. Elle ne fait même pas la différence.
- Mais elle reconnaît les odeurs et les sons. Laisse-moi donc m'occuper d'elle et je passerai le reste de mon temps à me reposer. Je n'aurais même pas eu à me lever si tu avais placé son berceau juste à côté de notre lit.
- Pour qu'elle te réveille toutes les deux heures ? Tu aurais été encore plus épuisé.
Cette fois, Harry leva les yeux au ciel et secoua la tête. Ce qu'il pouvait être borné ! Il récupéra sa baguette sous son oreiller et jeta un Tempus. Isolt était née dans la nuit du 26 décembre et ils étaient le 28.
- Je vais dîner et ensuite me rendormir. Je te préviens, je vérifierai la date à mon réveil.
Cette fois, la menace fit sourire le Serpentard qui s'assit sur le rebord du lit. D'un geste autoritaire, il saisit son visage entre ses doigts.
- Très bien. Je me garderai donc de te droguer à nouveau, mon cher Oméga…
Il déposa un baiser sur ses lèvres, et Harry ne fit pas un geste pour se soustraire à son emprise, répondant au contraire avec avidité. C'était plus fort que lui. Malgré sa colère, il avait besoin de l'affection de son Alpha, de se sentir désiré, étreint… Ce fut finalement l'elfe qui vint les interrompre, s'attirant un regard noir de la part de Voldemort.
- Maîtres… Le repas de maître Harry est prêt. Puis-je le servir tout de suite ?
Le mage noir se leva pour laisser la place.
- Fais-donc. À plus tard mon Oméga…
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Voldemort attendit que Harry s'endorme avant de jeter une zone anti-bruit autour du lit. Il respecterait sa parole de ne pas lui administrer de potion, cependant il n'était pas dit qu'il le laisserait s'épuiser en s'occupant de leur fille chaque fois que cette dernière se mettrait à pleurer. Les consignes données à leur elfe de maison étaient claires. Leur serviteur devait nourrir, changer et laver le bébé chaque fois que nécessaire tandis que son Oméga recouvrait ses forces.
Satisfait de ce qu'il venait d'entreprendre, il quitta la demeure et transplana jusqu'à une petite maison en périphérie de Berlin. Un trône de bois noir se trouvait sur une estrade, et trois sorciers se tenaient déjà au milieu de la pièce, l'attendant depuis Salazar savait depuis combien de temps. Ils s'étaient immédiatement levés à son arrivée et le mage noir eut un rictus mauvais. Il était encore loin de retrouver son armée de Mangemorts, néanmoins il en avait un bon début avec ces trois-là. Ils lui étaient parfaitement fidèles, sans avoir eu besoin de torturer leur famille ni d'utiliser l'Imperium.
- Messieurs. Merci pour votre patience. Asseyez-vous. Je vous écoute.
- Meister Ophidian. Le gouverneur de Schleswig-Holstein, Herr Bauern, ainsi que la gouverneure de Mecklenburg-Vorpommernn, Frau Schwelen, sont tous deux disposés à vous suivre. Ils ont été séduits par vos arguments et attendront vos instructions pour les prochains votes au parlement.
"Meister Ophidian" pour "maître ophidien". Il n'avait pas voulu reprendre le nom de Lord Voldemort ici, pour éviter que ses adversaires ne puissent faire le rapprochement avec son identité officielle, mais aussi parce que ce dernier était entaché par sa défaite. Par ailleurs, il savait qu'un nom typiquement allemand serait plus efficace pour rallier des Sangs Purs et il ne s'était pas trompé. Plusieurs gouverneurs lui mangeaient déjà dans la main, dirigés par ses subalternes telle une meute de chiens de chasse au son du clairon.
- Très bien, vous avez fait du bon travail. Je compte bien faire tomber Herr Holm aux prochaines élections. Nous devons gagner de plus en plus de sympathisants pour garantir notre victoire. Et vous, Leif, qu'avez-vous à me dire ?
- Tout est sous contrôle en Niedersachsen et je suis parvenu à m'infiltrer en Sachsen-Anhalt. Frau Rehlinger ne se méfie pas de moi, cependant elle ne m'écoute guère. Elle est toujours entourée de ses alliés…
- Et bien dans ce cas, faites-les disparaître pour prendre leur place. Vous devez être déterminé à aller jusqu'au bout, Leif. Je serai déçu de devoir vous trouver un remplaçant…
Le sorcier écarquilla les yeux et se pencha instinctivement en avant, comme pour implorer sa clémence.
- Non, Meister Ophidian. Je vous promets que je vais y arriver. J'aurais bientôt de bonnes nouvelles à vous apporter !
- J'espère bien. Et vous, Uwe ?
- Votre recette est une formidable mine d'or. J'ai lancé la production et nous allons bientôt pouvoir inonder le marché avec cette nouvelle drogue. Cet argent va nous rendre immensément riches !
- Et vous n'oublierez pas, bien entendu, que cet argent est voué à financer notre cause, n'est-ce pas Uwe ?
- Bien entendu, Meister. Cela tombe sous le sens…
Celui-là méritait d'être surveillé. La richesse pouvait si vite tourner la tête aux faibles d'esprit… Voldemort pianota sur l'accoudoir de son trône.
- Où est Jorgen ?
Sa question donna lieu à un instant de flottement alors que les trois hommes se regardaient l'un l'autre. Après plusieurs secondes, le dénommé Conrad osa prendre la parole.
- Il est parti, Meister. Il pensait que vous aviez eu un empêchement et que vous ne viendriez plus.
Le mage noir resta un instant silencieux, savourant l'angoisse ressentie par ses sbires. Ils avaient légitimement peur de ses colères et c'était ainsi que cela devait être. Eux prêts à tout pour le satisfaire, et lui tel un dieu vivant, récompensant leur piété et punissant leurs erreurs.
- Je vois. Jorgen va apprendre à ne plus se fourvoyer ainsi. Vous avez vos ordres, vous pouvez disposer.
Une fois les trois sorciers disparus, il se leva lentement de son trône, réfléchissant à la meilleure manière de punir le sorcier fainéant. Cela faisait longtemps qu'il ne s'était pas défoulé, et il sourit avec sadisme. Utiliser le Doloris serait sans doute satisfaisant, mais manquait un peu d'originalité, tandis que d'autres maléfices pouvaient avoir des conséquences regrettables… Il évitait toujours de tuer ou mutiler définitivement ses subalternes, tant que ceux-ci pouvaient encore être utiles, et désormais il n'en avait pas assez pour se permettre de les gaspiller…
Pour l'instant, son objectif était d'influencer la politique d'une part et de prendre le contrôle de l'économie souterraine d'autre part. La drogue, le braconnage, le trafic d'objets ensorcelés, tout était bon pour s'enrichir et s'imposer comme seule autorité dans le monde souterrain. Il s'était lui-même chargé d'assassiner quelques "mages noirs" de pacotille pour prendre leur place et cela avait été un vrai jeu d'enfant.
Pour influencer le monde du dessus, en revanche, les choses étaient plus lentes, plus compliquées. Ce n'était pas les mêmes rapports de force et il ne pouvait se permettre d'être trop direct. C'était donc le rôle de ses sbires. Chacun d'entre eux avait plusieurs Bundesländer en charge et devaient infiltrer le siège des gouvernements sans éveiller les soupçons. Ils lui rendaient régulièrement leurs rapports, et il suivait leurs progrès et leurs difficultés à la manière d'un joueur d'échecs manœuvrant ses pions.
D'un clignement de sa magie, il transplana jusqu'à la demeure dudit Jorgen. Il faisait nuit noire, cependant plusieurs lumières étaient encore allumées dans le bâtiment. Au sous-sol, c'était sans doute des elfes de maison, mais il y avait plusieurs pièces occupées à l'étage. D'un Hominum Revelio amélioré, il parvint sans mal à identifier la localisation de son serviteur, néanmoins il dirigea sa baguette vers l'autre pièce. Il fit apparaître un masque stylisé sur son visage et fit exploser la fenêtre, provoquant immédiatement un hurlement chez la sorcière présente. La femme s'apprêtait à se coucher et était presque nue, mais cela n'arrêta pas Voldemort qui pénétra par l'ouverture avant de ligoter la malheureuse.
Sans même la faire léviter, il la traîna sur le sol en direction de son époux, cependant ils n'étaient même pas encore arrivés jusqu'au bureau de ce dernier qu'il les avait rejoints, alerté par les cris de terreur de sa compagne.
- Qui… ?! Meister…
Immédiatement, l'homme était tombé à genoux devant Voldemort, baguette posée au sol devant lui en guise de soumission.
- Et bien, Jorgen. Tu m'as immédiatement reconnu… Tu t'attendais à ma visite, peut-être ?
Voldemort avait dissipé son masque pour permettre à son serviteur de ne rien manquer de son expression cruelle.
- Je suis désolé, Meister. Je pensais que vous aviez eu un empêchement. Mais j'ai accompli ma mission ! Je vous ai fidèlement servi !
Le Serpentard fit voltiger la femme d'un geste nonchalant.
- Permets moi d'en douter. Tous les autres sont restés. Tu as fait preuve de paresse. Je ne suis pas certain qu'un serviteur aussi indolent me soit utile.
- Je vous en prie, je vous en supplie Meister ! Je veux vous servir ! Je veux contribuer à votre projet, pour l'avenir de notre pays !
À côté d'eux, le corps de la femme était toujours balloté par sa magie, allant et venant au-dessus du sol comme une vulgaire poupée de chiffon. Elle gémissait et suppliait qu'on la relâche.
Voldemort porta un regard appréciateur sur son disciple, qui n'avait fait pas un geste pour la libérer, ni même demandé qu'il le fasse.
- Et bien, j'attends ton rapport. Tu étais en charge de Thüringen et Sachsen…
- Tout est sous contrôle dans ces deux Lander, Meister. À Thüringen, le gouverneur Herr Sutter était clairement hostile à nos idées, mais il a récemment contracté une souche particulièrement virulente d'Éclabouille. Il est contraint de rester en quarantaine et j'ai pu placer l'une de mes marionnettes au pouvoir. Quant à Sachsen, le gouverneur est un sorcier sans ambition du nom d'Herr Reinard. Il est très attentif à mes conseils et me mange dans la main.
Le Serpentard relâcha la sorcière qui tomba lourdement sur le sol. Cela n'avait pas apaisé ses pleurs, mais le mage noir devait manier à la fois la carotte et le bâton.
- Tu as bien travaillé. Tu serais resté, j'aurais pu envisager de te récompenser… Il est regrettable que j'aie dû me déplacer pour l'apprendre.
- Je suis vraiment navré, Meister. Je vous promets que ça ne se reproduira plus.
- J'espère bien, Jorgen. Non seulement pour toi, mais aussi pour ton épouse. Je ne me contenterai pas de l'effrayer la prochaine fois… À moins que tu ne veuilles déjà devenir veuf…
- Non, Meister. Ma femme… est importante à mes yeux. Je…
- Tâches de ne jamais perdre de vue notre objectif, Jorgen. Je me suis montré indulgent ce soir, ne l'oublie pas. Je te transmettrai le lieu et la date du prochain rendez-vous en temps voulu.
Il les avait bien assez entendus. Il quitta la demeure de son serviteur en transplanant directement devant chez lui, savourant le silence de la campagne environnante. Tout était calme et paisible et tout le monde semblait dormir. Mais lorsqu'il rejoignit leur chambre, il eut la surprise de retrouver sa fille, calée entre son Oméga et Nagini, allongés dans leur lit. Harry avait probablement remarqué l'enchantement à son réveil et s'était empressé d'aller chercher Isolt pour rester à ses côtés…
Il avait envie de rejoindre le Gryffondor dans le lit, mais après les cris stridents de la femme, il n'avait vraiment aucune envie d'entendre ceux de sa fille. Avec toute la délicatesse dont il était capable, il jeta un sortilège pour agrandir le lit et vint se lover contre le Survivant. Il n'était pas véritablement fatigué, mais il avait envie de se délasser, et l'odeur et la chaleur de son Oméga étaient le meilleur remède contre la langueur d'une journée. Ici, allongé contre Harry, près de sa fille et Nagini, il sentit toute la tension quitter ses épaules. Parce qu'il avait beau être un mage noir, il avait l'impression d'être béni par la magie elle-même…
***/+/***
Harry ouvrit les yeux avec une sensation de plénitude qu'il n'avait pas ressentie depuis longtemps et il en comprit rapidement la raison : Son Alpha était là, à ses côtés, et sa fille dormait paisiblement de l'autre. Il se déplaça pour embrasser le mage noir, et ce dernier l'enlaça immédiatement de ses bras pour approfondir le baiser.
Désireux de ne pas réveiller Isolt, il se mit à murmurer en fourchelang.
- Bonjour mon Alpha.
- Harry. Il me semblait que notre enfant avait sa propre chambre…
- Un bébé a besoin de sentir la présence de ses parents. Tu vois, elle ne s'est pas réveillée du reste de la nuit !
Son expression joviale devait être contagieuse, car le visage de Voldemort se dérida d'un fin sourire comme le Gryffondor les aimait tant.
- Soit. Mais il ne faut pas que ça devienne une habitude…
- Laisse-lui un peu de temps. Ce n'est encore qu'un bébé, elle vient juste de naître. Et puis, au risque de tomber dans le sentimentalisme, j'ai envie de nouer des liens forts avec elle. Je veux lui donner toute l'affection que j'aurais aimé recevoir enfant.
Le mage noir grimaça, mais la bonne humeur de Harry était inaltérable à cette heure.
- J'espère simplement que tu ne vas pas en faire une enfant gâtée.
- Non, je te l'ai dit. Hors de question qu'elle devienne comme Drago Malefoy. Déjà, je ne suis même pas convaincu que Lucius aimait son fils, il se contentait de lui acheter des choses. L'amour n'est pas un bien matériel, ce n'est pas quelque chose de quantifiable.
- Bien sûr que c'est quantifiable. Tu aimes des choses plus que d'autres. Est-ce que déjà tu ne la préfères pas à moi ?
Cette fois, ce fut l'Oméga qui fronça les sourcils.
- Tu es ridicule, ne me dis pas que tu vas jalouser l'attention que je lui consacre ? Tu devais bien te douter que je n'allais pas la confier à un elfe de maison et l'oublier dans un coin... Alpha, le lien a fait de toi le centre de mon univers, quoi que tu en penses. Je ne peux vivre sans toi, je ne peux pas m'empêcher de penser à toi, j'ai besoin de te toucher, de sentir ton odeur pour être en paix. Et tu m'as offert le plus merveilleux des cadeaux avec la naissance d'Isolt. Notre enfant. Elle a, au contraire, renforcé le lien qui nous unis. Grâce à elle, nous sommes une famille et je vous aime tous les deux autant.
Comme souvent, il avait l'impression de devoir expliquer les choses les plus élémentaires à son Alpha, mais quelque part, ce n'était pas si étonnant. Entre son enfance, ses Hocruxes et sa psychopathie, les causes étaient multiples…
- Une famille, je peux le comprendre… Mais comment peux-tu différencier les émotions provoquées par le lien de ce que tu appelles amour ?
- Pour moi, ce ne sont pas les mêmes émotions. Le lien me fait te désirer, m'incite à te faire confiance, à me sentir protégé en ta présence. Mais je te haïssais au début. Je ne me souciais absolument pas de tes états d'âme, alors que maintenant je veux te voir heureux… Je me surprends à rire à tes plaisanteries douteuses, à apprécier… des choses que je n'aurais même pas remarquées auparavant… Nous avons plus de points communs que je ne l'aurais cru au premier abord et ça me plait.
Il avait conclu sa phrase en haussant les épaules, conscient de la rougeur qui s'était épanchée sur ses joues. Oui, il était tombé amoureux de Lord Voldemort. Malgré tous ses défauts, malgré sa noirceur, il l'aimait sincèrement. Et il ne pouvait s'empêcher de croire qu'il en était de même pour lui…
Manifestement, sa réponse eut le mérite de satisfaire le Serpentard, car il avait retrouvé son sourire. Il l'observa quelques secondes et déposa un baiser sur ses lèvres avant de se redresser.
- Mon Oméga, savoir que tu m'appartiens me ravit chaque jour. Et tu m'as donné une descendance et une famille. Je suis sans doute le plus heureux des mages noirs.
Il disparut dans la salle de bain avec des vêtements propres et Harry se redressa à son tour. Le bruit de la douche avait réveillé Isolt, mais elle ne pleurait pas encore, observant son univers immédiat. Ses minuscules poings se serraient et se desserraient de manière mécanique.
Au-dessus d'elle, Nagini l'observait attentivement. Harry décida de continuer à parler en fourchelang.
- Bonjour ma chérie. Bonjour Nagini. Ma chérie, tu as fait un gros dodo. Tu étais bien entre Nagini et papa ?
Le bébé poussa quelques geignements aigu et Harry comprit qu'il était temps de la changer.
- On va en profiter pour prendre un bain !
Délicatement, il la déshabilla et la lava avant de lui remettre une couche et des vêtements propres. Puis il lui donna son biberon, et l'amena jusqu'au salon pour la coucher dans son berceau à bascule, une bulle de silence autour d'elle.
- Alpha, il faut que j'aille à Verkehrtstrasse pour acheter quelques vêtements et des couches à Isolt. Elle est encore très menue et ceux qu'on a pris sont trop grands.
Voldemort était en train de lire, et il leva un sourcil circonspect.
- Que TU ailles… ?
- Parce que tu vas y aller à ma place, peut-être ? Je doute que tu sois compétent pour savoir exactement quelle taille il lui faut, puisque tu ne l'as jamais changée, donc il vaut mieux que je m'en charge. Je sais que tu aimerais m'accompagner, mais elle est beaucoup trop jeune pour transplaner et notre maison n'est pas reliée au réseau de Cheminette. Ce qui ne nous laisse plus beaucoup de solutions. Je refuse qu'elle reste totalement seule avec notre elfe de maison. Elle vient d'être lavée et nourrie, elle va probablement dormir et je ne serai pas long.
- Tu t'en sens capable ?
Harry leva les yeux au ciel.
- Oui ! Je suis en pleine forme, Alpha. Je vais à la boutique de puériculture, j'achète des couches et des pyjamas plus petits et je suis rentré. Je ne pense pas que cela me prendra même une heure. Je vais mettre le pendentif. Il ne m'arrivera rien.
Profitant que le mage noir surveille leur enfant, il prit une douche et enfila une tenue chaude pour sortir. Le mois de septembre avait apporté une brusque chute des températures après le mois d'août caniculaire et il était lui-même devenu assez frileux depuis son accouchement.
Lorsqu'il redescendit, son Alpha se trouvait encore à fixer Isolt comme si elle allait soudainement exploser. Il ne put s'empêcher de rire à cette vue.
- Si elle se met à pleurer, tu te rendras compte à l'odeur si c'est parce qu'elle est sale ou parce qu'elle a faim. Normalement elle ne devrait pas réclamer, mais elle n'a pas bu tout son biberon ce matin.
- L'elfe saura bien quoi faire…
- Bien sûr, l'elfe peut t'aider, mais je suis persuadé qu'un génie de Poudlard comme toi pourrait réussir cette épreuve. Et puis ça serait bien que tu la prennes dans tes bras à l'occasion, histoire qu'elle n'ait pas l'impression d'avoir un seul parent… Tu l'as touchée, au moins, depuis sa naissance ?
Voldemort fit la moue mais ne répondit pas, confirmant par son silence ce que Harry savait déjà.
- Ne traîne pas.
- Oui Alpha. À tout à l'heure !
Son pendentif réglé pour modifier son odeur et son apparence, il transplana jusqu'à la grande rue sorcière de Berlin. Le ciel était gris mais au moins il ne pleuvait pas.
Il lui restait de l'argent en poche depuis leur dernière sortie, donc il n'avait pas besoin de passer par Gringotts, et il se laissa porter par les odeurs de l'automne. Contrairement à la dernière fois, la rue était plutôt animée, et il en comprit la raison en regardant le journal du jour : c'était le weekend.
Il faisait peu attention aux jours de la semaine depuis qu'il avait cessé de travailler et la présence de tant de sorciers autour de lui le tendit un peu. Même si ses amis lui manquaient, il pensait à eux de moins en moins et il s'était fait à la solitude bien plus rapidement qu'il n'y aurait cru. Voldemort était véritablement le centre de son univers et maintenant que sa fille était née, il n'avait pas songé une seule seconde à prendre contact avec Hannelore ou même Luna. Isolt était son trésor, la chair de sa chair, et il ne voulait la partager avec personne d'autre que son Alpha.
Quelque part, il avait aussi confusément conscience que si un jour son existence était découverte, elle serait vue avant tout comme la fille de Voldemort, la fille d'un despote tyrannique et d'un monstre. Et désormais, il était hors de question qu'il prenne le moindre risque que leur identité réelle ou leur localisation ne soit découverte…
Il pressa le pas, bien décidé à ne passer que le moins de temps possible seul. Le magasin de puériculture était au bout de l'allée néanmoins, une fois sur place, il trouva rapidement tout ce dont il avait besoin. Il acheta en plus des pyjamas plus épais et plus chauds que ceux qu'ils avaient pris avant la naissance, ainsi que des biberons, langes et tétines supplémentaires.
Tous ses achats rangés dans son sac sans fond, il quitta la boutique une bonne quarantaine de minutes plus tard pour retransplaner jusqu'à chez lui, pressé de retrouver sa fille. Il était aussi curieux de voir si son Alpha avait réellement fait l'effort de s'en occuper où s'il avait ordonné à leur elfe de le faire à sa place…
***/+/***
Après le départ de Harry, Voldemort était bien décidé à continuer sa lecture. Isolt dormait paisiblement, et Nagini était venu le rejoindre, confortablement étalée devant la cheminée.
Toute la maison était calme et silencieuse, ce qui augurait d'un après-midi idéal. Leur elfe de maison lui avait servi une tasse de thé qu'il savourait tranquillement, son livre lévitant à une vingtaine de centimètres devant ses yeux et le feu ronflant produisait une agréable chaleur. Tout semblait réuni pour lui permettre de se plonger dans son activité favorite, mais alors qu'elle n'avait pas produit le moindre son, le regard du mage noir se posa soudainement sur sa progéniture.
Sa peau était rose, bien plus colorée que la sienne qui restait anormalement pâle malgré le rituel. Elle semblait si fragile, si vulnérable… Sa tête était recouverte d'un bonnet de velours bleu assorti à sa grenouillère d'où dépassaient quelques mèches de cheveux d'un noir de jais. Ils étaient trop courts pour déterminer s'ils seraient bouclés comme les siens ou raides comme ceux de son Oméga. Elle était emmitouflée dans une couette blanche, mais ses mains dépassaient, si petites qu'il lui était impossible de tenir réellement son doudou. Harry l'avait déposé tout contre elle, à quelques centimètres de son visage.
Intrigué, le Serpentard tendit une main tandis que les paroles du Survivant lui revenaient en tête : "Tu l'as touchée, au moins, depuis sa naissance ?".
Il avait lu en lui, comme souvent depuis qu'ils étaient liés. Depuis que sa descendance avait vu le jour, pas une fois il ne l'avait prise dans ses bras. Même quand Harry était tombé de fatigue, quand la vieille accoucheuse lui avait tendu l'enfant, il avait appelé son elfe pour prendre le relai, refusant ne serait-ce que de la porter.
Des vieux souvenirs de l'orphelinat lui revinrent en tête, stoppant son geste. Il arrivait régulièrement que des mères viennent abandonner leur enfant aux portes de l'institut Wool, surtout en période de guerre. Et il arrivait encore plus souvent que des enfants y décèdent, faute de soin adéquat. De ce fait, les nouveau-nés étaient restés dans son esprit associés au bruit et à la mort, deux choses qu'il détestait particulièrement, sans compter qu'il ne ressentait encore rien pour sa fille…
Candidement, il avait pensé qu'Harry ne lui demanderait jamais de s'en occuper. Après tout, n'était-il pas trop "impur" ou trop dépourvu de sentiments pour le faire ? Pourtant, le Gryffondor semblait déterminé à le faire participer à la parentalité, comme si c'était une évidence qu'il ferait, lui aussi, un bon père.
Lui qui ne s'était jamais montré tendre envers qui que ce soit sinon son Oméga, lui qui avait torturé et tué plusieurs centaines de personnes, lui qui avait mutilé son âme et son corps pour se débarrasser de son humanité et de ses faiblesses… Il ne parvenait pas à comprendre ce que le Survivant voyait en lui, néanmoins il ne voulait que du bien à son enfant, et quelque part il espérait pouvoir lui aussi accéder à cela…
À voir le sourire béat du Gryffondor, ses discours extatiques sur l'amour qu'il ressentait déjà pour leur fille, sa manière de la tenir contre lui comme si elle était la chose la plus précieuse à ses yeux… Et cette idée de famille qui lui tendait les bras. Sa fille. Son sang, une partie de son être. Il n'était plus seul.
La main toujours suspendue au-dessus du berceau, il parcourut encore son visage. Ses cils, son nez, ses lèvres. Elle était jolie pour un nouveau-né…
Tout doucement pour ne pas la réveiller, il déploya une minuscule portion de sa magie pour venir l'effleurer. L'idée qu'elle soit une Cracmolle ne lui avait pas traversé l'esprit, mais lorsque la petite frémit au contact de sa magie, il s'en sentit immédiatement soulagé. Il était bien trop tôt pour déterminer si elle serait une sorcière puissante, mais le fait qu'elle puisse sentir sa magie signifiait qu'elle possédait un noyau magique.
Isolt avait serré ses doigts minuscules et froncé le visage avant de s'immobiliser à nouveau, provoquant un irrépressible sourire chez le mage noir. Il n'avait jamais été attendri par quoi que ce soit, mais sans doute que sa fille y arriverait plus vite qu'il ne s'y était attendu…
Il secoua la tête et leva les yeux vers Nagini qui somnolait.
- Nagini, est-ce que tu penses que je me ramollis ?
La reptile géante leva immédiatement le museau dans sa direction.
- Nagini ne comprend pas la question du maître. Le maître a eu un Oméga et maintenant le maître a un enfant. Le maître reste un puissant sorcier immortel. Nagini pense que seul l'Oméga et le petit du maître sont dignes de recevoir la bonté du maître. Les autres ne sont que des proies, et même le plus grand des prédateurs prend soin de ses petits.
Cette réponse eut le mérite de tempérer quelque peu le mage noir. Faire preuve de… tendresse… envers sa fille n'allait peut-être pas le rendre faible, finalement. Après tout, n'était-il pas Lord Voldemort ? Le Seigneur des Ténèbres, l'immortel, l'héritier de Salazar Serpentard en personne ? Aujourd'hui, il s'estimait suffisamment puissant pour les protéger tous les deux, Harry et Isolt. Son Oméga et sa fille, ses plus grandes, si ce n'est ses seules vulnérabilités.
Il pouvait subvenir à tous leurs besoins, sans pour autant abandonner ses activités illicites… Assujettir les faibles, contrôler une armée de l'ombre tout en permettant à sa famille de mener une vie paisible. Hisser son amant vers l'immortalité, perpétuer sa lignée avec une progéniture. Redonner sa gloire au nom de son illustre ancêtre.
Il voulait toujours autant la puissance et le pouvoir. Mais peut-être était-ce cela la vraie force, justement. Être à la fois un bon père, un bon Alpha et un mage noir craint et révéré…
Les cris de sa fille l'interrompirent brutalement dans ses pensées. Isolt s'était réveillée et mise à pleurer, son visage poupon marbré de rouge. Voldemort hésita un instant, mais alors que l'elfe apparaissait dans la pièce, il souleva sa fille pour la prendre dans ses bras.
- Chut. Je suis là.
Il ne se sentait pas encore suffisamment à l'aise pour prononcer ces paroles dans une langue humaine, mais cela n'avait que peu d'importance, puisque sa fille était forcément fourchelang.
- Maître, souhaitez-vous qu'Humel change la couche ?
Il hésita une seconde mais grimaça en sentant l'odeur nauséabonde qui s'échappait du nourrisson. C'était bien le genre de tâche ingrate dans lequel un elfe de maison excellait… Il lui tendit Isolt sans un mot et Humel disparut pendant quelques minutes avant de revenir.
Isolt ne pleurait plus et sentait l'huile d'olive et les fleurs. Mais plutôt que de la remettre tout de suite dans son berceau, il profita qu'elle soit réveillée pour la tenir entre ses bras. L'impression était étrange. Elle le fixait sans le voir, ses yeux d'une couleur encore indéfinissable, grands ouverts en direction de son visage.
- Ma fille.
Elle était si petite et si légère. Si fragile… Tout doucement, il commença à la bercer. Il ne connaissait aucune chanson ni air de musique, mais le simple mouvement sembla suffisant, car elle ferma bientôt les yeux pour se rendormir.
Voldemort se rassit, son enfant toujours entre ses bras. Maintenant, il ne voulait plus se résoudre à la lâcher, craignant qu'elle ne se réveille dans l'opération. Nagini s'était hissée sur le dossier de son fauteuil pour l'observer à son tour, et il fit léviter le livre devant ses yeux pour reprendre sa lecture.
Il se sentait apaisé et ce fut ainsi que Harry le retrouva à son retour.
Son Oméga avait brièvement écarquillé les yeux à sa vue, puis son visage s'était illuminé d'un sourire radieux, et l'Alpha avait ressenti une puissante émotion à travers le lien.
- Quand je vous vois ainsi tous les 3, ma famille, j'ai l'impression d'être le plus heureux des hommes.
Il avait inclus Nagini dans leur étrange famille, et cela fit plaisir au mage noir. La reptile était bien plus qu'un familier. C'était son amie, sa confidente, presque sa sœur… Pendant longtemps, le seul être vivant dont il s'était senti proche.
- Tu as trouvé ce que tu voulais ?
Harry déposa son sac sur le sol, puis il s'approcha pour l'embrasser avant de sortir ses achats. Il lui montra les pyjamas épais et les vêtements chauds pour leur enfant comme si c'était de précieuses trouvailles.
- Elle va être bien là-dedans ! Je pourrais lui faire prendre un peu l'air dans le jardin !
- Elle ne les mettra pas bien longtemps, à cet âge, les enfants grandissent rapidement…
- Mais j'ai quand même pris de la bonne qualité. Ce n'est pas comme si on manquait d'argent. Je veux qu'elle soit confortable et bien couverte.
Même s'ils murmuraient en fourchelang, leurs voix finirent par réveiller Isolt qui se mit à gémir. Harry la prit immédiatement dans ses bras. Il n'eut même pas le temps d'appeler leur elfe que ce dernier apparut avec un biberon entre les mains.
- Merci Humel. Les nouveaux vêtements d'Isolt doivent être lavés, je te laisse les ramasser…
Il désigna du pied le sac qui fut récupéré par l'elfe, puis il s'assit dans le canapé, bientôt rejoint par Voldemort.
Son Oméga et sa fille contre lui, le mage noir songea à nouveau combien le destin était généreux avec lui. Il avait obtenu presque tout ce qu'il désirait, pourquoi s'arrêter en si bon chemin ?
***/+/***
Le temps était frais mais sec, et Harry en avait profité pour se promener avec Isolt dans le grand parc qui entourait la demeure. Comme toujours, Nagini ondulait à ses côtés. Le sol était recouvert d'un tapis de feuilles mortes tandis que les arbres s'étaient parés de couleurs chatoyantes.
L'Oméga avait calé sa fille dans une écharpe de portage pour avoir les mains libres, néanmoins ses bras étaient resserrés autour de la minuscule silhouette qui dormait paisiblement.
- L'automne a toujours été ma saison favorite, et c'est d'autant plus vrai maintenant que cela marque la naissance d'Isolt. Quand j'étais enfant, c'était la saison de la libération. Le retour à Poudlard, l'odeur de la citrouille, des pommes et de la cannelle… Le paysage est magnifique et la chaleur de l'été s'estompe peu à peu.
- Nagini préfère l'été. Pour pouvoir rester au soleil sur des pierres sèches.
Harry rit doucement.
- Mes l'été, les gnomes et les petits mammifères préfèrent rester sous terre parce qu'il fait trop chaud. Alors qu'en ce moment, ils pullulent…
À l'aide de sa baguette, il immobilisa un gnome qui tentait de s'enfuir, et Nagini le goba d'un seul coup de gueule.
- La nourriture n'est pas un souci pour Nagini, même en été.
Le Gryffondor s'assit sur un banc de pierre pour soulager ses jambes lourdes. Il avait perdu beaucoup d'endurance avec sa grossesse, il allait vraiment falloir qu'il se remuscle un peu…
Même si son Alpha considérait le sport avec beaucoup de mépris, Harry avait besoin de se défouler, et il comptait bien perdre son ventre et ses vergetures. Il savait que grâce au lien, le mage noir ne cesserait jamais de le trouver attirant, mais ce n'était certainement pas une raison pour se laisser aller. Peut-être pourrait-il créer des barres de traction dans un coin du jardin ? Il était déterminé à retrouver ces abdominaux qui faisaient sa fierté un an plus tôt.
Ici, impossible de faire du Quidditch. Il était seul, et voler simplement dans le ciel ne suffirait pas, sans compter qu'il n'avait que peu de temps pour lui depuis la naissance de sa fille et Voldemort ne l'autoriserait sans doute pas à sortir seul pendant des heures pour une raison aussi triviale.
Il soupira lorsqu'une pluie fine se mit à tomber. La promenade touchait déjà à sa fin…
Dans le salon, son Alpha était en train de lire, comme souvent.
- Et bien, tu n'es pas sorti bien longtemps…
- Il s'est mis à pleuvoir.
Le mage noir leva les yeux de son grimoire pour lui offrir un regard moqueur et Harry su ce qu'il allait dire avant même qu'il ne prononce les paroles.
- Pardon, j'oubliais que tu étais moldu…
Le Gryffondor leva les yeux au ciel en maugréant.
- C'est ça. D'ailleurs le moldu va aller coucher sa fille et faire la sieste.
Il n'avait pas vraiment sommeil mais les remarques de son compagnon l'avaient mises de mauvaise humeur et il ne voulait pas rester dans la même pièce que lui. Il connaissait le sortilège pour imperméabiliser des objets, mais il ne savait pas comment transmuter une branche d'arbre en parapluie. Il se nota mentalement d'apprendre la formule et lança un Accio pour récupérer un livre depuis son bureau, mais Voldemort l'intercepta d'un simple mouvement de poignet.
- Puisque tu n'as pas l'intention de dormir, je vais t'accompagner. Je connais des activités bien plus plaisantes que la lecture dans un lit.
- Non, désolé, je ne suis pas encore totalement remis de l'accouchement.
- Ne disais-tu pas l'autre jour que tu étais en "pleine forme" ?
Harry grimaça. Pourquoi chaque conversation avec son Alpha devait-elle toujours s'apparenter à une lutte ? Son corps se remettait lentement des transformations subies pour permettre le passage de son enfant et s'il ne souffrait pas physiquement, certains gestes du quotidien restaient compliqués.
- Je suis assez en forme pour sortir, mais je suis réellement fatigué et j'ai encore… Par Merlin, comprends-tu ce qu'implique le fait de donner naissance ? Je n'ai absolument pas envie de coucher avec toi à l'heure actuelle !
Son éclat de voix réveilla Isolt qui se mit à pleurer. Immédiatement, il la berça entre ses bras en jetant un regard noir au Serpentard qui le suivit dans l'escalier, comme si de rien n'était.
- Tu dis que tu n'en as pas envie, mais je te rappelle que toutes les fois où tu tenais ce discours, tu as tout de même fini par hurler de plaisir sur ma bite.
Le Gryffondor lui jeta un regard scandalisé en désignant sa fille du menton. Heureusement, elle s'était rapidement rendormie, parfaitement inconsciente de la teneur de leur discussion.
Il la coucha dans son berceau et invoqua un bouclier pour l'isoler du bruit environnant. Il savait par avance que la discussion était loin d'être terminée et qu'elle n'allait pas se conclure de manière paisible.
- Merci de me rappeler que tu n'es qu'un violeur.
- Il serait temps de passer outre. Tu es mon Oméga, tu as besoin de moi, ton corps réclame le mien et tu auras beau te récriminer contre ce fait, cela ne changera rien.
- Et toi, il serait temps de comprendre la notion de consentement ! Tu as bien profité de mes poussées d'hormones pendant la grossesse, mais maintenant c'est terminé et je peux t'assurer que si tu me forces, tu n'auras rien de bon. Laisse-moi tranquille.
Il avait la gorge nouée par le dégoût. Plus que de la colère, c'était une sorte de résignation face à son destin. Le lien… ou peut-être ses propres sentiments ?... l'avaient fait tomber amoureux d'un homme qui avait une moralité plus que douteuse et des principes arriérés répugnants.
Bien sûr, aux yeux de la société sorcière traditionaliste, un Alpha avait tous les droits sur son Oméga. Mais il n'était pas n'importe quel Oméga. Il était Harry Potter, et il était hors de question qu'il se laisse faire comme une vulgaire poupée servile.
Il était prêt à se battre, pendant qu'une fois encore Voldemort allait faire fi de ses états d'âme, cependant ce dernier dû sentir qu'il n'était réellement pas d'humeur, car il tourna le pas pour se diriger vers l'escalier.
- Et bien dans ce cas, tu reviendras vers moi quand tu te sentiras prêt. Mais ne viens pas réclamer ma tendresse avant cela. Si tu ne te comportes pas comme un Oméga, ne t'attend pas à ce que je me comporte comme ton Alpha.
Harry aurait voulu répliquer qu'au vu de la "tendresse" dont il faisait preuve au quotidien, cela n'allait pas lui changer grand-chose, mais il n'en eut pas le temps. Voldemort était vexé, il pouvait le ressentir à travers le lien, mais le Survivant considérait cela comme une petite victoire. Un pas de plus en direction d'une relation saine.
Son mage noir pouvait se montrer attentionné et gentil quand il se laissait porter par le lien, mais il reproduisait trop souvent des schémas qu'il avait tant de fois répétés par le passer… domination, humiliation, cruauté… Il y avait pourtant des qualités en lui. Sous son masque de Seigneur des Ténèbres se cachait un sorcier brillant, cultivé, protecteur… capable d'être un bon père et bon époux. Si seulement il laissait cette partie de lui s'exprimer plus souvent…
Épuisé par le "duel" qui s'était joué, Harry se laissa tomber sur le lit tout habillé. Lorsque le Serpentard quitta la maison, il dormait déjà à poings fermés.
***/+/***
À la fois frustré et contrarié, Voldemort transplana chez son bras droit. L'homme était un riche sang pur qui devait sa fortune au commerce d'ingrédients de potion. Conrad Abermauer était un Alpha d'une cinquantaine d'années, brun et moustachu. Il aimait les anciennes traditions et vivait dans un manoir aménagé à la mode antique. Des colonnes et des statues se trouvaient dans presque toutes les pièces en compagnie de tableaux aux scènes grandiloquentes, volés dans des musées moldus.
Le Serpentard le trouva dans son bureau en train de travailler, et il s'installa dans le fauteuil face à lui, comme si de rien n'était.
- Meister. Puis-je vous servir quelque chose ?
- Un whisky.
Habituellement, il déclinait toute consommation, mais l'après-midi touchait à sa faim, et il avait bien besoin d'estomper le cocktail d'émotions désagréables qu'il ressentait. Sa réponse étonna d'ailleurs l'autre sorcier qui haussa les sourcils.
- Une mauvaise journée ?
- On peut dire ça. Change-moi les idées, veux-tu… Que racontes-tu ?
- Rien de bien intéressant. Le cours des cornes de licornes est en chute libre… Plus personne n'en veut. Des idiots pensent avoir trouvé une alternative qui épargnerait l'animal… Foutaises. Il va falloir que je m'en occupe si je veux pouvoir écouler tout mon stock.
Un elfe de maison apparut avec deux verres et Voldemort fit tourner le liquide ambré avant d'en boire une gorgée. La boisson était d'excellente qualité, et il prit le temps de la savourer avant de l'avaler.
- Les tuer ne suffira pas pour invalider leur théorie.
- J'ai engagé un jeune potionniste prometteur. Il a bonne réputation, mais il a besoin d'argent pour financer ses débuts. Je lui ai proposé de devenir son mécène.
- Pourrait-il servir nos plans ?
- Sans doute. C'est ce que j'aime avec les potionnistes. La plupart d'entre eux sont pragmatiques.
Le mage noir eut un sourire en songeant à Severus Rogue, l'un des derniers Mangemorts à lui être encore fidèle. Il lui manquait presque…
- Autre chose ?
- Voyons voir… Le duc Wissenwehr organise une soirée très privée ce soir. Réservée aux Alphas, cela va sans dire. J'y ai mes entrées, si cela vous intéresse…
- Ah oui ? Quel genre de soirée ?
- Le genre avec beaucoup d'alcool et de jeunes Omégas tout prêts à se soumettre à vos désirs. Peut-être ce qu'il vous faut pour vous changer les idées. On y mange bien et on y fait des rencontres intéressantes, mais je vous concède que je n'y vais pas pour cela en premier lieu.
- Le duc Wissenwehr… Il me semblait que c'était un homme très respectable.
L'autre sorcier éclata de rire et fit signe à son elfe de les resservir.
- Oh, aux yeux du public, c'est le cas. Il se garde bien de le crier sur tous les toits, mais monsieur à un véritable harem d'Omégas dans son sous-sol. Sa femme et lui sont tous deux Bêtas, mais ils ont du cran et de la ressource…
Immédiatement, les pensées du mage noir allèrent vers son Oméga indocile. Il avait beau se plaindre régulièrement, il ne mesurait pas sa chance d'avoir été lié à lui. Il aurait pu terminer enchaîné nuits et jours à satisfaire les besoins sexuels de n'importe quel Alpha peu regardant sur la légalité. Le père de la jeune Hannelore avait bien raison de se montrer aussi méfiant. Le trafic d'Oméga était florissant…
- Intéressant. Je pense que je vais te suivre, ne serait-ce que pour voir qui fréquente ce genre de fête.
- Vous ne serez pas déçu. La soirée débute vers 22h. Je vous suggère d'y aller au plus tôt, pour avoir le meilleur choix.
Voldemort n'avait révélé à aucun de ses hommes, pas même aux plus fidèles, qu'il était lié à un Oméga. Il considérait Harry comme sa plus grande faiblesse, et moins de gens seraient au courant de son existence et mieux cela serait. Ainsi, il n'était pas étonnant que Conrad Abermauer lui propose de participer à ce genre d'orgie…
Il sourit, et leva son verre. Avant son Oméga, il aurait sans doute profité de ce genre de bacchanale sans la moindre hésitation. Il fut un temps où Lucius en organisait même spécialement pour lui, et où tout était prévu pour le satisfaire.
Ce soir, il ne pourrait évidemment prendre de plaisir charnel avec qui que ce soit, mais il pourrait sans doute se laisser aller pour ce qui était de l'alcool…
Durant l'heure suivante, il vida sans vergogne la bouteille probablement hors de prix de son subalterne, et lorsqu'ils transplanèrent au lieu-dit, Voldemort avait perdu le peu d'inhibition qu'il pouvait avoir habituellement.
De par sa constitution magiquement renforcée, il pouvait absorber ce qui mettrait à terre le plus robuste des poivrots, ainsi la légère euphorie qu'il ressentait ne le freina absolument pas dans sa consommation. Il était le Seigneur des Ténèbres, après tout. Il pouvait bien faire ce qui lui plaisait, n'en déplaise à son Oméga rebelle…
Sous l'injonction de Conrad, le duc Wissenwehr ne s'opposa pas à son entrée et ils purent bientôt pénétrer dans le lieu de la "réception". Il s'agissait d'un vaste bâtiment aménagé à l'orientale. Les invités étaient conduits dans une première salle où une dizaine "d'esclaves" Oméga hommes et femmes attendaient sur une estrade, présentés comme de simples marchandises. Chacun d'entre eux était vêtu d'un vulgaire pagne et portait un lourd collier de métal autour du cou, sans doute pour empêcher quiconque de les lier par inadvertance.
Par pure mesquinerie, Voldemort choisit un jeune homme brun aux yeux verts, s'amusant de la réaction de son Oméga si celui-ci avait pu le voir. L'esclave semblait être un peu moins âgé que Harry, mais la différence la plus marquante restait ses yeux, éteints comme s'il avait perdu tout espoir.
L'Oméga le conduisit jusqu'à une petite salle attenante où tout semblait être prévu pour satisfaire les invités. Il y avait une couchette, mais aussi un large fauteuil. Contre le mur, un mini-bar proposait un vaste choix d'alcools ainsi qu'une carte des mets commandables.
Voldemort se laissa tomber dans le fauteuil, songeant à la manière dont le Gryffondor l'avait frustré plus tôt.
- Sers-moi un whisky généreux…
Oh, il ne comptait pas le toucher, mais s'il pouvait rendre jaloux Harry à travers le lien… Cela compenserait un peu le plaisir qu'il pourrait retirer d'un quelconque acte charnel…
L'esclave lui obéit sans hésiter une seule seconde, remplissant un verre d'un liquide trouble avant de dénouer le pagne qui recouvrait ses hanches. Sans surprise, il ne portait pas de sous-vêtement, néanmoins sa verge était gainée dans un manchon rigide pour empêcher toute miction de fluide.
Le Serpentard vida son verre d'une traite et fit signe à l'Oméga de se tenir devant lui. Le whisky avait un étrange arrière-goût de rose mais, son ébriété aidant, Voldemort ne s'en alarma pas outre mesure, appréciant le corps svelte offert à son regard. Il ne sentait pas l'odeur de son Oméga et il n'était pas aussi beau que son Oméga, néanmoins une étrange chaleur envahit son corps.
Sans même qu'il n'en formule la demande, l'esclave avant soulevé sa robe sorcière pour atteindre son entrejambe et dans un brouillard cotonneux, il ne fit pas un geste pour l'en empêcher. Pourtant ce n'était pas Harry…
Sa tête bascula en arrière, mais alors que l'autre sorcier avait commencé à le sucer, il prit brusquement conscience de la situation. Ce n'était pas Harry. Et seul son Oméga avait le droit de le toucher ainsi. Il devait réagir !
Son esprit était comme anesthésié, mais il connaissait les effets de l'alcool, et son état d'ébriété n'était pas la seule raison à cela. Il y avait quelque chose d'autre… une potion dans le verre qu'il venait d'ingurgiter.
Poussant un grognement féroce, il se redressa péniblement avant de saisir l'esclave par la gorge.
- Toi ! Que m'as-tu fait boire ?
- Un… Un aphro…disiaque… dans tous les alcools… Maître Wissen…wehr…
Sentant la colère inonder ses veines, Voldemort le projeta au sol et saisit sa baguette. Il avait envie de faire un massacre. Lancer un Feudeymon pour décimer tout le bâtiment… Néanmoins, il avait encore suffisamment d'esprit pour savoir que ce serait une mauvaise idée. Trop de gens avaient vu son visage, et laisser un charnier derrière soi ne ferait que lui causer des ennuis… Il n'était pas suffisamment stupide pour ruiner toutes ses précautions sur un simple coup de sang…
- Va me chercher ton maître. Maintenant.
Terrifié par la lueur verte qui brillait déjà au bout de sa baguette, l'Oméga quitta la petite salle sans même prendre le temps de se rhabiller.
Voldemort soupira et remit son caleçon tout en s'efforçant d'éclaircir ses pensées. Il devait réfléchir à la meilleure manière de se venger. Il pouvait être certain qu'Harry allait lui faire une montagne de reproches, et pour une fois ils seraient un peu mérités. Mater un autre Oméga nu était une chose, mais se faire sucer par quelqu'un d'autre… Sans ce maudit aphrodisiaque, il n'aurait jamais permis qu'on le touche. Il frissonna de dégoût et invoqua un verre d'eau. Tout son corps lui hurlait combien ce qu'il venait de faire était contre-nature et ces sensations chaotiques alimentèrent sa colère.
L'esclave eut tôt fait de revenir avec son maître qui n'avait manifestement pas encore compris la gravité de la situation. Il souriait encore, comme s'il allait pouvoir régler le problème par quelques belles paroles…
- Que se passe-t-il ? Mon Oméga vous aurait-il froissé ?
Trois coups brefs de sa baguette suffirent à Voldemort. Le premier pour désarmer le Bêta devant lui. Le second pour calfeutrer la pièce. Et le troisième pour assommer l'esclave.
L'autre sorcier n'avait pas eu le temps de faire le moindre geste, tombant même en arrière sous le coup de la surprise.
- Qu'est-ce que… ?! Qu'est-ce que vous voulez ?!
D'un nouveau coup en direction du bar, toutes les bouteilles d'alcool furent projetées vers le sol, explosant en un millier de bris de verre et répandant leur contenu sur le sol. Un puissant parfum de rose émana du mélange et il saisit le propriétaire par la gorge pour lui plonger la tête dedans.
- Vous droguez vos clients… Vous mélangez des aphrodisiaques aux consommations…
Sa victime se débattit tant bien que mal, mais il ne pouvait lutter contre la force brute de Voldemort.
- Pitié… C'est simpl… simplement pour… aider les gens à se détendre…
- Aider les gens à se détendre en les incitant à accepter des services qu'ils n'ont pas réclamé.
D'un geste vif, il recula la tête avant de la projeter plus violemment vers le sol de manière à faire pénétrer les éclats de verre dans la peau. Le duc Wissenwehr cria plus fort, mais la musique et les bruits environnants étaient tels que Voldemort ne s'en inquiéta pas une seconde.
- Je pourrais détruire cet endroit en un clin d'œil. Réduire à néant tout ce que tu as bâti…
- Je peux… Je peux vous payer… J'ai beaucoup d'argent… Et des informations. Tous les sorciers qui sont passés ici...
Le mage noir le souleva pour lui permettre de parler plus librement. Son visage était à présent grêlé de petites plaies sanguinolentes, mais le sorcier avait manifestement compris qu'il avait frôlé la mort de peu.
- Tu m'intéresses. Dis m'en plus.
- Je tiens les preuves du passage de nombreux sorciers… J'ai de quoi les faire chanter si besoin !
Cette fois, Voldemort le relâcha brutalement.
- Tu m'intéresses. Je suppose que tu es suffisamment utile pour que je te laisse en vie…
- Oui ! Merci… Merci…
- Cependant… ce qu'il s'est passé ce soir est inacceptable.
- Je peux… Je peux vous donner l'Oméga ! Je vais retirer son collier… Je vous l'offre ! En guise de dédommagement…
- Ton Oméga ne m'intéresse pas. Je ne veux pas d'un gigolo qui serait déjà passé entre toutes les cuisses. En revanche… je vais prendre ton esprit… Impero. Désormais, tu travailleras pour moi. Tu ne rendras des comptes qu'à moi. Et tu vas me céder ta fortune.
- Oui, maître…
- Je te recontacterai très bientôt…
Sa colère quelque peu apaisée, il modifia les souvenirs de l'Oméga inanimé avant de quitter les lieux. Désormais, c'était plutôt la honte qui prédominait en lui. Il s'était fait avoir comme le premier idiot venu… Il s'était fait droguer et avait laissé un vulgaire esclave le toucher…
Il resta plusieurs minutes dans leur jardin, à contempler leur demeure. À l'intérieur, tout le monde semblait dormir. Les lumières étaient éteintes et les seuls bruits que l'on pouvait entendre étaient ceux de la nature environnante. Pour l'instant, tout était paisible, mais il savait par avance que cela n'allait pas durer…
***/+/***
Harry n'avait presque pas dormi malgré sa fatigue.
Suite à la dispute avec son Alpha, il avait craint que ce dernier profite de son sommeil pour le déshabiller au cours de la nuit, mais cela n'avait pas eu lieu.
Voldemort avait quitté la maison sous le coup de la colère, et le Gryffondor avait pensé qu'il allait juste passer ses nerfs quelque part comme un gamin, mais monsieur était carrément allé dans il-ne-savait quel club douteux pour boire de l'alcool et se faire sucer par un autre homme.
Dire que le Survivant était furieux était un euphémisme. Il était dans une telle rage qu'il sentait sa magie tournoyer autour de lui, prête à attaquer le responsable de son humeur.
Le mage noir était rentré au beau milieu de la nuit, et il s'était immédiatement levé pour le confronter. Il avait prévenu leur elfe qu'il devrait s'occuper de sa fille à sa place, au moins le temps qu'il règle ses comptes et avait jeté un sortilège d'insonorisation autour de la chambre, pour ne pas risquer de la réveiller avec ses cris.
Lorsque Harry était descendu, le Serpentard se trouvait encore dans le hall d'entrée. Il n'avait pas pris la peine d'allumer les lumières et se tenait simplement sur le pas de la porte, visage fermé.
- Avant que tu ne me craches ta haine au visage, j'aimerais t'expliquer ce qu'il s'est réellement passé…
- Ah parce qu'il y a quelque chose à expliquer, peut-être ? Et c'est vrai que toi habituellement tu me laisses toujours le temps de m'expliquer avant de t'énerver. Tu es tellement égoïste que bien sûr seules tes raisons sont valables !
- Oméga, laisse-moi parler ! Je te jure que je n'étais pas dans mon état normal. Je n'aurais jamais laissé quiconque me toucher. On m'a fait boire une potion aphrodisiaque à mon insu.
- Ce qui ne serait pas arrivé si tu n'avais pas bu autant d'alcool, dans un endroit franchement douteux, de surcroît ! Je pourrais en rire si je n'étais pas aussi furieux. Le grand Lord Voldemort, agressé sexuellement par un vulgaire Oméga.
- Et je suis tout aussi furieux que toi. Le lien… m'impacte tout autant que toi. Tu es le seul qui trouve grâce à mes yeux. Le seul qui peut me donner du plaisir.
- J'ÉTAIS DANS TON ESPRIT ! Tu étais tellement ivre… Tu voulais me rendre jaloux, tu as choisi un homme brun aux yeux verts. Tu essayes encore de me prendre pour un idiot, alors que je te connais !
- C'était par mesquinerie, rien d'autre. Je n'avais aucune intention de faire quoi que ce soit avec lui !
Consumé par la rage, Harry saisit sa baguette et balança un Expulso droit sur son Alpha qui fut projeté en arrière, ouvrant la porte au passage. Il atterrit dans le jardin, et le Gryffondor comprit que l'alcool et la potion devaient encore l'impacter, car il n'avait pas eu le temps de parer son sort. Néanmoins, il avait sa baguette à la main, et lorsqu'il contre-attaqua, Harry était prêt.
Sans grande surprise, les deux sortilèges se heurtèrent, et le lien doré, le même qui était apparu dans le cimetière des années plus tôt, se forma entre leurs deux baguettes.
Leur situation était si différente que ces souvenirs ressemblaient à ceux d'une autre vie, et Harry baissa immédiatement sa baguette avec un éclat de rire cynique.
- C'est vrai… Non seulement le lien, mais aussi nos baguettes nous empêchent de nous battre…
- Oméga... S'il te plait, allons nous coucher. Je veux… J'ai besoin de te tenir dans mes bras. Je me sens… sali…
Une partie de lui avait envie de hurler que c'était bien fait. Qu'il avait eu un aperçu, pour une fois, de ce que c'était de subir un acte sexuel non consenti. Mais à travers le lien et sa propre empathie, il ressentait aussi à quel point l'Alpha avait été secoué par ce qu'il avait vécu.
Le mage noir n'avait sans doute pas ressenti une telle impression de vulnérabilité depuis son emprisonnement et peut-être devait-il au contraire se montrer compréhensif tout en faisant preuve de pédagogie. Il soupira.
- Alpha… ce que tu as vécu n'était pas agréable et je suis bien placé pour le savoir. Le lien agit parfois pour moi comme une potion aphrodisiaque. Je ne dis pas que c'est toujours le cas. Je te désire réellement le plus souvent. Mais j'aimerais que tu tires une leçon de ce que tu ressens pour ne plus me forcer. Quand je dis non, c'est non. Ma volonté est tout aussi valable que la tienne.
- Tu me compares à ça ?
- Honnêtement, c'est bien pire. Tu es celui censé me protéger et tu as parfois utilisé le lien pour m'inciter à avoir une relation avec toi, alors même que je te disais ne pas vouloir. Comme lorsque tu as torturé Hannelore, avant la naissance d'Isolt. Mais je t'ai déjà pardonné, je n'ai pas le choix si je ne veux pas devenir fou. Je veux simplement te faire comprendre ce que j'ai ressenti. Tu n'as pas aimé ce que tu as vécu ce soir, donc ne me le fais pas vivre…
Voldemort ferma brièvement les yeux. Il semblait réellement réfléchir à ses propos.
- Je comprends. J'ai… Je ne veux plus te faire de mal. J'ai de la chance d'avoir un Oméga tel que toi. Malgré tout ce que j'ai fait…
- Tu es mon Alpha et le père de ma fille. Je veux faire en sorte que tout se passe bien entre nous. Allons nous coucher… Je n'ai toujours pas l'intention d'avoir de rapports sexuels avec toi cette nuit mais je veux bien un câlin… À condition que tu te brosses les dents et prenne une douche avant…
Lui aussi avait envie de l'étreinte de son Alpha. Sentir son corps, son odeur, sa chaleur. Il ne comptait pas oublier ce qu'il s'était passé plus tôt, mais il était fatigué et ils avaient tous deux besoin de réconfort.
Voldemort l'attira contre lui et inspira longuement, provoquant chez son Oméga un puissant sentiment de soulagement. Lorsqu'il avait ressenti les émotions à travers le lien, il avait compris que son Alpha n'était pas dans son état normal, mais lorsqu'il avait visité son esprit et qu'il avait vu l'autre homme agenouillé entre ses cuisses… Il s'était senti rejeté. Trahis. Pendant quelques terribles secondes, il avait eu l'impression que son univers s'écroulait, que toutes ses certitudes quant à l'inaliénabilité du lien étaient fausses.
Puis le sentiment de trahison avait laissé place à une fureur incandescente, prête à dévorer le responsable de sa douleur. Mais à présent que son Alpha le tenait dans ses bras, toute sa colère s'était brusquement dégonflée. Le lien lui hurlait combien le mage noir était sincère, combien il avait été ébranlé par cette soirée.
Ils avaient autant besoin de l'un que de l'autre. Pour une fois ils étaient égaux dans leur détresse, et Voldemort avait perdu toute sa superbe. Suivant les ordres de Harry, il s'était soigneusement lavé pour retirer toute trace de l'incident avant de se coucher dans leur lit commun.
Fin du chapitre 6
Oui Voldemort est toujours, souvent, un connard. Il ne va pas changer du tout au tout en quelques temps. Mais les choses évoluent, lentement. Avec Harry et Isolt à ses côtés, il va apprendre à redevenir humain, petit à petit. Bon, on ne va pas en faire un gentil Poufsouffle, hein. Mais notre Survivant est suffisamment borné pour venir à bout de ses pires travers.
Le prochain chapitre débutera un an plus tard. J'ai quelques idées pour la suite, mais le chapitre 7 est très loin d'être terminé donc je suis en retard par rapport à d'habitude (jusqu'à présent je publiais quand j'avais un chapitre d'avance). Mais vous avez gagné un long chapitre 6. J'espère qu'il vous aura plu! N'hésitez pas à m'envoyer des commentaires, même en anonyme.
