Fleur d'Ange : Merci pour tes reviews ! Dans Fantasmagories, je publie des mini-histoires que j'ai écrites il y a quelques années… ou plus récemment ! Ce sont des idées que je développerai peut-être un jour — qui sait, haha ! Mais en tout cas, c'est très amusant de me replonger dedans.
À la lisière du vide
Il n'a jamais dit qu'il t'aimait.
Il ne prononçait pas ce mot. Il le méprisait. Il trouvait ça faible, sale, confus.
Mais il te regardait comme un homme affamé.
Et il te touchait comme un secret trop ancien pour être nommé.
Tom Jedusor.
Il t'appelait par ton prénom comme on jette un sort interdit.
Et tu répondais. Toujours.
Même quand tu aurais dû fuir.
Tu l'as rencontré à Poudlard.
Pas le Tom des souvenirs flous. Pas le nom maudit que l'on chuchote.
Non. Le vrai Tom.
Charismatique. Brillant. Trop brillant.
Il te parlait avec une douceur glacée, ses mots précis comme des lames.
Tu étais en septième année. Lui aussi.
Il était terrifiant. Et magnifique.
Tu as compris trop tard que c'était la même chose.
— Tu n'as pas peur de moi ? avait-il demandé un soir.
Tu avais hésité.
Puis tu avais menti.
— Non.
Il avait souri.
— Tu devrais.
Il te faisait lire des livres interdits. Te posait des questions sur la mort, sur le pouvoir, sur l'âme.
Tu ne savais jamais s'il te testait ou s'il cherchait un écho.
Mais tu lui répondais. Tu voulais rester. Être celle qui comprendrait.
Celle qui ne détournerait pas les yeux.
Et peut-être… celle qu'il ne détruirait pas.
Il t'a embrassé une nuit de novembre.
Dans une salle oubliée. Sous un plafond effondré.
Il avait les mains glacées. Le souffle rauque.
Il t'a murmuré :
— Tu es dangereuse pour moi.
Tu as cru que c'était un aveu. Tu as eu tort.
C'était un avertissement.
Tu as essayé de partir.
Une fois.
Tu lui as dit que tu voulais respirer. Voir autre chose.
Tu n'as pas dit "je t'aime". Tu n'as pas dit "au revoir".
Mais il t'a regardé. Juste ça.
Et tu es restée.
Il ne t'appartenait pas.
Il appartenait à ses rêves de grandeur, à ses peurs anciennes, à sa rage contre un monde qui ne lui avait rien donné.
Mais certaines nuits, il te laissait entrer.
Il te regardait dormir. Te touchait comme s'il voulait te retenir sans l'avouer.
Et une fois — une seule fois — il a murmuré dans le noir :
— Si je t'épargne… c'est que tu es à moi.
Tu n'as pas répondu. Tu aurais dû.
Mais ton cœur battait trop fort.
Tu as vu le mal naître. Lentement.
Tu as vu ses yeux changer.
Tu l'as vu plonger dans la magie noire, dans les rituels oubliés, dans les souvenirs déformés.
Et tu es restée.
Pas parce que tu ne voyais pas.
Mais parce que tu l'aimais quand même.
— Tu sais ce que je vais devenir, n'est-ce pas ?
— Oui.
— Et tu restes ?
— Je reste.
Tu aurais voulu que ça suffise.
Mais rien ne suffit pour Tom Jedusor.
Le jour où il est parti pour de bon — vraiment — il n'a rien dit.
Pas un mot. Pas un adieu.
Juste un sort léger pour fermer la porte derrière lui.
Et une note, posée sur ton oreiller :
"Si tu sautes, je ne te retiendrai pas.
Mais je te regarderai tomber."
Tu n'as jamais sauté.
Mais tu n'as plus jamais vraiment marché non plus.
Tu avances, désormais, à la lisière du vide.
Avec, dans la poche de ton manteau, un petit objet noir qu'il t'avait laissé.
Et parfois… tu crois l'entendre t'appeler.
Dans le miroir.
Dans tes rêves.
Dans le silence.
Fin.
