Bonjour, bonsoir mes petits chats ^^ !
Je suis absolument navrée. Toutes mes plus plates excuses, un mois de retard sur une publication normale, c'est une honte… Autant vous dire que je suis pas fière de moi T-T, mais :
1. Je me suis murgé une crève/bronchite/saloperie si forte que même actuellement, 5 semaines après, je n'ai toujours pas récupéré ma voix normale. Ce truc a été si infect qu'au bout de 5 jours à dormir deux heures par nuit, et à ne garder ni nourriture ni eau tout en m'arrachant bronches et poumons à force de tousser, j'ai dit à ma femme qu'il fallait m'abattre. Ou je virais cinglée. Craquer psychologiquement sur une maladie, j'avais encore jamais connu (et pourtant, j'ai fait trois covid et une putain de dengue). Écrire dans ces conditions était au-delà de mes capacités et j'ai pris un léger retard, qui s'est considérablement aggravé parce que pourquoi faire simple, quand on s'appelle Baronne :
2. Comme c'était mon dernier chapitre, j'ai été relativement méticuleuse et j'ai vraiment pris le temps (on s'en doute, un mois de retard…) d'écrire le plus fidèlement possible à mon plan ce que je voulais raconter. Et oui, ça y est, tout est écrit. Là, actuellement j'ai écrit y'a deux jours, un sublime « FIN » sur mon document Word (je ne réalise toujours pas, vu qu'il me encore reste les corrections, et vous saurez au passage que rien que la fic, sans les reviews ni les intros, ça fait 444 pages Word, police 12 sans interligne). Sauf qu'en bossant sur mon « dernier » chapitre, ça s'allongeait, ça s'allongeait, et arrivée à 50 pages, j'ai dû me rendre à l'évidence que j'allais devoir couper le truc.
Ce qui me faisait UN BRIN CHIER, on va pas se mentir.
Déjà que j'avais un mois de retard, c'est pour arriver la bouche en cœur "Salut, va falloir attendre encore, bisous" nan mais enfin merde XD. Du coup, compromis proposé de moi à vous : je poste ce chapitre aujourd'hui, le prochain dans deux semaines et l'épilogue deux semaines après, PONCTUELLEMENT cette fois. Si ça vous va, évidemment ^^.
J'espère que cette solution vous conviendra, et encore une fois, je suis absolument désolée de ce délai absurde de longueur depuis la dernière publication T-T. J'espère ne pas vous avoir lassé de la fic ou trop fait chier de ce retard de ouf T-T.
Je vous souhaite une excellente lecture, en croisant les doigts pour que le chapitre soit à la hauteur de l'attente (je vais aller me repasser les doigts en guise de punition XD) ! Un IMMENSE merci et toute ma reconnaissance éternelle à celleux qui m'ont laissé des reviews, merci !
Chapitre 25 : « Qu'est-ce que vous croyez ? Moi aussi je peux vous surprendre, saloperies ! »
« J'ai besoin que tu me réexpliques ça. »
« Mais, Kacchan... »
« Nan, nan, tu me réexpliques ça. » haussa Kacchan, yeux fermés et bras croisés sur sa chaise dans ce qui semblait être désormais leur manière commune d'encaisser les annonces. « Tu me réexpliques ça – MAIS, comme si j'avais à nouveau cinq ans et que tu m'expliquais comment All Might fait pour sauter d'immeubles en immeubles. Vas-y. Je t'écoute. »
Difficile de résister à l'envie d'échanger un très rapide coup d'œil avec Eijirô, que toute la gravité de la situation empêcha juste à temps de sourire. Mais Izuku reporta immédiatement son attention sur la demande avant que Kacchan ne perde une patience déjà fort fine, et prit une seconde pour tourner sa phrase de la manière la plus anonyme possible :
« Ça se tran… Ça passe entre personne porteuse du… du « virus » et individu sain, via le sang – il faut un contact sanguin avec la salive contaminée, pour être précis. Et… il faut une compatibilité entre groupe sanguin, qui se base sur la même compatibilité que pour donner ou recevoir du sang. »
« Jusque-là, j'ai. Si on veut contaminer Eij, qui est O-, faut être O-… Et pareil pour toi. Et pour quelqu'un genre A comme moi... »
« Faut que la personne porteuse du virus soit O, positif ou négatif, ou A, positif ou négatif pour que tu sois contaminé. Exactement. »
« Et si on suit cette logique, si Eijirô était contaminé, en tant que donneur universel, il pourrait contaminer tout le monde. J'ai. » répéta Kacchan avec un froncement de sourcil de plus en plus prononcé et dans la chambre relativement calme d'Eijirô, son self-contrôle paraissait presque menaçant. En tout cas, assez menaçant aux yeux d'Izuku pour qu'il reprenne la parole en hésitant, maudissant l'obligation de rectifier son meilleur ami :
« Sauf qu'Eij ne serait plus donneur universel. »
« Hé ba voila, je l'ai plus. » grogna Kacchan en rouvrant les yeux, contenu par un tapotement sur la cuisse de la part d'Eijirô.
Ayant enfin reçu l'autorisation de se mettre autrement que soigneusement allongé dans son lit, le roux s'était fait le plaisir de s'asseoir en plein milieu de celui-ci, savourant très visiblement la permission de s'étirer un peu plus. Et en ne se privant certainement pas de le faire toutes les cinq minutes pour toucher tour à tour son fiancé et son meilleur ami, normal vu l'importance de la proximité physique pour leurs loups. Heureusement d'ailleurs, puisque ce minuscule geste suffit à faire redescendre immédiatement l'agacement dans la voix de Kacchan, remplacé par de la lassitude pure :
« Nan, mais je te jure que j'essaie de comprendre, hein, mais là, je suis plus. Pourquoi il serait plus donneur universel s'il était contaminé ? Alors qu'il l'est de base ? Ça n'a aucune putain de logique ! »
« Parce que ce « virus » altère la protéine responsable des rhésus positif ou négatif et… Et fait basculer celui-ci, si je résume très grossièrement la chose – je peux pas faire plus précis, je suis désolé, mais je suis pas un spécialiste du domaine, et déjà que j'ai dû demander de l'aide pour… »
« De l'aide ? » interrompit trop vivement Eij, avec un jappement étouffé dans sa question qu'Izuku effaça d'un geste de main :
« Aïzawa-senseï, pas de panique. Il était pas hyper plus avancé que moi, mais il a quand même pu m'expliquer que le « virus » changeait tellement la génétique de l'organisme infecté qu'il en faisait basculer le groupe sanguin entre les rhésus – dans n'importe quel sens, d'ailleurs. Pour faire simple, si un donneur universel – un O-, donc – est infecté par le « virus », alors son groupe sanguin reste identique, mais le rhésus change, et il devient donc un O. C'est… ce serait pour ça que les organismes infectés ont un énorme accès de fièvre dans les vingt-quatre heures après la première exposition... »
Et puisqu'il fallait enfoncer le clou, puisqu'il était obligé de développer l'idée jusqu'au bout avec les implications qu'elle recelait, il baissa un peu la voix pour continuer :
« S'il était contaminé, Eij serait de groupe sanguin O, ce qui lui donnerait la capacité d'infecter les toutes les personnes porteuses d'un rhésus positif dans leur groupe sanguin, donc quelqu'un de A comme… comme toi, Kacchan. Et toi, tu basculerais de A à A-, et tu pourrais contaminer uniquement des gens avec l'antigène qui donne le A des groupes sanguins. Donc tous les AB et A, positif ou négatif. »
Dans l'incrédule silence qui suivit son explication, donnée du bout des lèvres et avec la gorge un brin nouée, Izuku s'attendait à une réaction à minima dépitée. Et ne fut donc pas surpris d'entendre Eijirô s'éclaircir la voix en premier :
« On sera sans doute fixé une fois qu'il aura passé la période d'incubation, mais est-ce que Kam a pu… être contaminé, avec la morsure de Kathy ? »
« Techniquement, ça reste une possibilité, mais… Mais déjà, je vois pas quelqu'un d'aussi méticuleux qu'elle se lancer dans une opération aussi dangereuse que celle d'affronter un groupe de quatre pro-héros alors qu'elle serait en pleine période hormonale. C'est pas le genre… Enfin, ça ne colle pas avec ce qu'elle a été capable de faire, que ce soit prévoir son plan ou effacer des traces à l'acide. Et même si c'était sa période hormonale, les probabilités de transmission sont extrêmement faibles, 5 % maximum... »
Eij et Kacchan hochèrent la tête de concert au fur et à mesure qu'il déroulait ses arguments et même si 5 % n'était pas 0 %, ça restait mieux que rien. De toute manière, c'était au-delà de leur champ d'action, et Eijirô continua son idée sans cesser de dessiner des cercles distraits sur la cuisse de Kacchan :
« Et je pourrais contaminer Kam ? »
« Non. Il est de groupe négatif, et en tant que O, tu ne peux pas contaminer un groupe négatif… »
« Donc, si j'ai tout compris, je peux pas contaminer Kam, ni toi, puisque tu es O-, c'est ça ? Et Katsuki en étant A- ne peut contaminer que des gens AB ou A, donc… tu risques plus rien ? »
« Mm. » approuva Izuku, gêné d'acquiescer parce que s'il était tout aussi soulagé qu'Eij de savoir qu'à moins de tomber sur un autre loup-garou, il n'était tout bonnement pas possible qu'il en devienne un à son tour, ça soulignait que ce n'était pas le cas de tout le monde dans leur quatuor. Et il avait beau avoir fait mine de ne rien comprendre pour retarder la réalisation au maximum, Kacchan planta son regard dans le sien en se penchant en avant, la voix plus grave de deux octaves :
« Redis-moi, encore une fois, qui je pourrais contaminer ? »
« Les AB et A, positif ou négatif... » répondit très doucement Izuku, osant à peine détourner les yeux pour constater que son amoureux posait un regard désolé sur Kacchan. « Dont les A négatifs comme… comme Kam. »
Le spasme de rage ou de tristesse qui étreignit le torse du blond fut réprimé in-extremis, sans doute rattrapé grâce à la délicatesse avec laquelle Eij parcourait toujours sa cuisse pour distiller un peu d'apaisement à travers sa caresse. Dans un contrôle impressionnant de fragilité, Kacchan enfouit brusquement grognement et visage dans ses mains, au bout de sa vie.
Avec une prudence mesurée, Izuku tritura un fil de son jean, quelque part au niveau de la griffure que Prince Carnage avait laissé dans le tissu en descendant de ses genoux le matin même. Il se faisait l'effet d'un tortionnaire, à discuter d'une chose pareille alors que Kam avait été réveillé à peine quelques heures plus tôt, et le serrement au cœur qui le saisit lui valut un reniflement interrogatif de la part d'Eijirô. Il pinça les lèvres en guise de réponse, guère tenté d'expliciter le cocktail de remords et de culpabilité en train de lui vriller les os, que tous les sourires désolés d'Eij n'auraient pas réussi à dissiper. Un long grondement échappa à Kacchan derrière ses mains, s'éternisant tant et plus qu'il finit par grommeler sans bouger d'un centimètre :
« Putain, mais je suis maudit. »
Le silence se fit presque écœurant à force de s'épaissir, si lourd qu'Izuku arriva à peine à compter une minute avant de se lancer :
« Kacchan, c'est pas aussi... »
« Au moins, maintenant qu'on sait... » fit Eijirô en même temps, recouvrant sa voix de son ton faussement posé. « Ça limite les risques, non ? »
Une tentative conjointe sans succès aucun au vu de la reprise de ronchonnement désabusé derrière les mains, cette fois avec une fébrilité bien plus prononcée :
« Essayez même pas de sucrer la chose ! Saloperie de merde… Je risque de… je risquerai... » et puis la patience de Kacchan céda en se redressant d'un coup, incapable de contenir son énervement qui n'était rien d'autre qu'un peu de désespoir supplémentaire en train d'éclabousser la chambre de signes rageux :
« Je peux contaminer Kam ! Je peux lui transmettre cette merde d'une putain de morsure ! »
« Kacchan, tu ne l'as jamais mordu, il y a peu de risque... »
« Et Eijirô m'avait jamais mordu avant, pourtant, regarde où on est ! » hurla Kacchan sans un son, avec une telle violence dans ses signes qu'Izuku se fit plus penaud encore. « Je suis dangereux QUE pour Kam ! Pour mon propre mec ! Il suffira que je me maîtrise pas, une seconde, rien qu'une putain de seconde où cette saloperie de loup prend le dessus, et je le contamine ! »
« Mais c'est pas à chaque morsure... Il faut que vos organismes soient dans une phrase de reproduction, et c'est un cycle à peu près mensuel, donc c'est pas constant et la contamination n'est pas systématique, en prime… »
« On est pas encore sûrs de toutes ces informations, Kat, on sait pas à quel point c'est fiable… Déjà, il faudrait qu'on arrive à faire des tests pour vérifier nos groupes sanguins et savoir si cette théorie est vraie. Ça pourrait très bien être erroné ou incomplet, pour ce qu'on en sait. »
« C'est vrai ! » appuya Izuku à grands renforts de signe qu'il intensifia un peu trop, prit dans son élan désespéré d'atténuer la douleur de son meilleur ami. « J'ai pas encore fini de lire les documents, donc ça se trouve il nous manque encore des informations sur le processus exact de transmission de la Morsure. Et même si on se base sur ce que j'ai appris cet aprèm avec Aïzawa-senseï, on peut déjà voir que y'a un souci en ce qui te concerne, parce que tous les sujets font une poussée de fièvre suite à l'infection et ça n'a pas été ton cas, donc on... »
« Ba si. » interrompit l'intéressé d'un brusque mouvement de bras, et devant leurs airs abasourdis, il fronça les sourcils en précisant, juste assez radouci pour maîtriser l'amplitude de ses mains : « Ba si, la nuit où Boule de Poil m'a chiqué, j'ai pris une sacrée suée… »
« Mais… Mais t'as rien dit ? » signa Izuku maladroitement, trop estomaqué pour être précis dans sa surprise. Celle-ci était visiblement partagée par Eijirô, lequel dévisagea le blond avec une incrédulité douloureuse qui n'améliora pas le moins du monde l'humeur de ce dernier :
« Je venais de me faire bouffer le mollet, et recoudre dans des conditions d'hygiènes douteuses, évidemment que j'allais faire de la fièvre ! Je sais pas, ça me paraissait logique ! »
Sa répartie jeta un silence circonspect dans la pièce, désormais à peine troublé par un ou deux bips solitaires dus à la réduction drastique des perfusions d'Eijirô. Quelques machines aussi avaient disparu, d'ailleurs, remarqua Izuku dans l'instant de flottement, en se demandant vaguement depuis quand, mais il devait bien avouer qu'il perdait la mesure du temps avec leurs nuits aux fraises et la fatigue de leurs problèmes. Cet allégement du protocole devait sans doute beaucoup aux excellents résultats médicaux de son fiancé – normal au regard de son « alter de super-guérison » que le corps médical ne cessait de louer.
Sans un mot, Eij mordit un juron dans un soupir, et se pencha instinctivement en direction de Kacchan. Un peu amusé, Izuku remarqua qu'il n'eut qu'à baisser légèrement la tête pour que le blond vienne lui filer un coup de front monumental, qu'il prolongea en restant si fermement appuyé contre lui qu'il en dissimulait l'œil valide d'Eij dans l'ébouriffement de ses mèches. S'il ne connaissait pas ses pignoufs aussi bien, il aurait pu manquer la délicatesse avec laquelle Eijirô cala sa main libre sur la nuque de Kacchan en l'attirant plus encore contre lui.
« Je suis désolé… »
« Ah, commence pas, tu vas me foutre en rogne. C'est pas de ta faute si tu t'es… Si c'est arrivé. » édulcora Kacchan en augmentant la pression contre le front d'Eijirô de manière exponentielle, sans faire bouger le roux d'une lichette. À sa place, Izuku était sûr et certain qu'il aurait déjà été culbuté sur le matelas par la force du blond.
« On est… on est là pour vous, tu sais ? On va bien réussir à trouver une solution… Ok, on est un peu amoindri avec Kam encore en réanimation, mais une fois qu'il sera plus réveillé, on va trouver en moins d'une journée. Tu nous connais, à nous quatre, on trouve toujours… »
« Je vais essayer d'accélérer, pour mes recherches ! » glissa Izuku à mi-voix, histoire d'étayer l'optimiste inébranlable de son fiancé d'un peu de rationalité et bien entendu, ça suffit pour que Kacchan lui jette un regard mauvais :
« Accélérer ? T'es debout toute la nuit à lire, tu veux faire quoi de plus ? Déjà que tu vas pas tenir ce rythme-là, sois pas con au point de vouloir en plus accélérer ! »
« C'est pas un problème, le rythme, je peux le tenir, mais… Mais même en le tenant, il va quand même me falloir plus de temps… Et ça, on en a pas. »
« L'inspecteur ? »
« Mmm. Le résultat des tests qu'il a demandés va arriver dans moins d'une semaine – enfin, plutôt d'ici deux jours s'il décide de faire bouger les choses, ce qui est une certitude au vu de son caractère et… et comme il a demandé des analyses sanguines... »
« On va forcément avoir des résultats pas conventionnels, Kat et moi... » édulcora le roux, et Izuku ne prit pas la peine d'approuver ce qui était une évidence absolue. Il n'avait même pas la cruauté nécessaire pour rajouter que l'inspecteur Utagaï n'allait certainement pas passer à côté de ça, pas avec l'empressement avec lequel l'Agence de Renseignement allait mettre l'entièreté de ses dossiers à sa disposition. Et qu'ils allaient sans nul doute être tous arrêtés dans la foulée : Eij et Kacchan pour être éliminés, lui et Kam pour trahison et crime envers la patrie. Un truc du genre qui allait leur garantir un sacré long séjour derrière des barreaux.
« Bon. C'est quoi ton plan ? » grogna Kacchan sans prévenir, toujours collé contre Eijirô, et Izuku sourit, amusé malgré lui de voir à quel point son meilleur ami le connaissait par cœur :
« Un truc que personne ne va aimer. »
« Pour changer. Alors, qu'est-ce qu'on va devoir encore se coltiner dans l'espoir d'améliorer un tant soit peu cette situation de merde ? Allez, » grommela le blond en se dégageant de l'étreinte d'un ébrouement ; « Vas-y, fais-moi rêver, dis-moi que je vais avoir l'autorisation de terroriser un certain officier de police, ou mieux, que je peux lui faire deux-trois trous au niveau du mollet ! »
« Je vais te décevoir Kacchan, mais toi, tu ne vas rien faire. »
« Rien ?! »
« Rien. »
« Putain, t'as intérêt à avoir un plan en béton pour qu'on te laisse te lancer dedans tout seul ! »
« Jamais dit que je serais seul. » éluda Izuku, l'air de ne pas y toucher sans réussir à tromper une seule seconde Eijirô et le coup d'œil qu'il lui lança, presque aussi déterminé que la ligne dur de ses lèvres.
L'infirmier était visiblement au bout de sa vie – cernes conséquents, teint pâle et vêtements froissés caractéristiques d'une nuit blanche dans les règles de l'art. Jusqu'à son humeur bien trop lisse et fermement maîtrisée dans l'espoir de ne surtout rien dire d'inconvenant au Pro-héro Deku debout devant lui, sourcil haussé :
« Je crois n'avoir pas compris, Monsieur... »
« C'est très simple : je voudrais rentrer. » répéta tranquillement Izuku, mains dans le dos et air faussement innocent sur le nez. « Aller voir M. Denki Kaminari. »
L'infirmier considéra un instant la chose et Izuku le vit très clairement évaluer la situation avec une incompréhension de plus en plus prononcée. Il était presque possible de suivre son raisonnement : Izuku était présent à l'hôpital chaque jour depuis plusieurs jours, il devait forcément savoir les consignes de sécurité et puisqu'il avait accompagné le compagnon de Denki, c'était impossible qu'il ne sache pas qu'une seule personne désignée pouvait rendre visite à Denki. Du coup, il ne restait qu'une volonté de passer outre les règles pour expliquer son attitude, et tout à son honneur, l'infirmier usa de tout son professionnalisme restant pour lever le menton le plus dignement possible :
« Je suis désolé, Monsieur, mais vous ne pouvez pas rentrer, c'est réservé au... »
« Oh, je vais rentrer. » coupa Izuku abruptement sans la moindre lichette de culpabilité face à l'expression surprise de son interlocuteur. « Et vous allez me laisser faire, parce que Kam est mon meilleur ami, et que j'ai cru perdre après l'avoir vu se faire mutiler. J'ai besoin de le voir et de lui parler cinq minutes – cinq minutes, pas plus, mais vous allez me laisser rentrer dans sa chambre, ou je me débrouillerais sans vous. »
Son ton glacial et implacable figea définitivement l'infirmier, dont il aurait presque pu voir l'admiration réservée d'ordinaire à son statut de pro-héros mourir dans le regard. Et comme il n'attendait aucune réponse de toute façon, il le contourna d'un mouvement fluide en se payant l'insolence de lui tapoter sur l'épaule au passage. Il s'engouffra dans la chambre avant que l'homme puisse reprendre ses esprits, et certain que ce dernier allait appeler du renfort, se dépêcha de rejoindre le lit de Kam.
Plus facile à dire qu'à faire, avec l'amoncellement de machine, de tube et de perfusion alentours, un vrai labyrinthe rendu d'autant plus difficile qu'il était trop occupé à calculer mentalement le temps qu'il faudrait à l'infirmier pour revenir accompagné. Une bonne minute et demie pour trouver quelqu'un, quelqu'un possiblement occupé, plus deux à trois minutes de conversation destinée à convaincre que oui, c'était bien le pro-héro Deku qui avait forcé le passage, et une bonne paire de minutes supplémentaires pour revenir. Avec sa minutie habituelle, Izuku avait planifié jusqu'au moment où s'introduire de force dans la chambre – pile une heure avant la fin de la relève, pour optimiser la fatigue des employés de l'hôpital, dans un battement de relève générale au niveau de l'hôpital – et il comptait dessus pour avoir cinq vraies minutes avec Kam.
Mais en arrivant enfin au seul côté libre du lit, il réalisa en un battement de cœur que ça ne suffirait jamais.
Pas avec l'air écrasé de fatigue de Kam, même dans le sommeil où la douleur creusait encore un peu plus ses traits, et pas avec la manière dont ce putain de lit l'engloutissait littéralement, avec une telle quantité de pansement que c'en était impensable. Ni avec la transparence de sa peau, au niveau de ses mains pour souligner combien de cathéters il se tapait, ou au creux de ses coudes bleuis comme autant de souvenirs des interventions médicales. Le voir aussi pâle et immobile assécha la gorge d'Izuku en une seconde, trahi par le dernier souvenir ensanglanté qu'il avait de lui et quelque part dans les couloirs de l'hôpital, la voix chimérique de Kam hurla une douleur indicible. Odeur de métal et chaleur humide sous ses doigts.
Sans réussir à s'en empêcher, Izuku agrippa la rembarre du lit pour tenter de maîtriser le tremblement de ses mains, à deux doigts de vaciller. Son mouvement bien trop brusque réveilla Kam si instantanément qu'il comprit qu'il n'avait jamais été endormi, seulement assommé de douleur. Encore un peu embrumé, son regard cilla une fois, avant de se fixer sur Izuku avec un sursaut :
« Midobro ? »
C'est fou, l'effet que pouvait avoir un simple surnom. Le soulagement absolu de réentendre sa voix, ce ton, et fou à quel point tout pouvait s'effacer dans une question un brin étonnée, affreusement normale, trop extraordinaire pour qu'il arrive à rester silencieux une seconde de plus :
« Kam ! Je suis tellement heureux de te voir ! »
« Mais, mais on m'a dit… »
« Fallait que je te voie ! » l'interrompit Izuku en lui prenant la main par réflexe, désespéré d'entendre Kam gémir sous la pression ridicule de ses doigts. « Oh, désolé, pardon, Kam, je… »
« Arrête... je suis pas en sucre. »
Ce qui était, vu son état, une affirmation discutable au possible, mais il choisit de biaiser avec une esquisse de sourire qui lui fit mal, vu les circonstances :
« Permets-moi d'en douter… Y'a qu'à voir comment Kacchan menace l'univers entier dès qu'il t'entend bouger d'un centimètre dans ton lit. »
« Je vais noyer… le service sous des chocolats, pour m'excuser. » s'esclaffa Kam en brisant sa vanne d'une respiration épuisée au passage et ce son broya un peu plus la gorge d'Izuku.
Phénomène aggravé par la délicatesse avec laquelle le platine tenta de se redresser un peu plus, perclus de douleur et visiblement angoissé à l'idée d'en réveiller de nouvelles. Malgré tous ses efforts héroïques pour se contenir, et en dépit du temps affreusement court dont il disposait pour prévenir Kam, Izuku sentit ses yeux le trahir de manière magistrale. Sans être surpris de voir une moue amusée se dessiner sur le visage de son meilleur ami, comme un souvenir d'un autre temps :
« Pourquoi tu pleures ? »
« Je pleure pas. »
« Ah. » lâcha Kam, taquin au possible. « Alors… pourquoi tu pleures pas avec les yeux humides ? »
C'en était bien trop pour l'équilibre fragile d'Izuku, et aucun effort héroïque, aucune bonne volonté au monde n'aurait pu empêcher un sanglot de lui échapper. Un son non identifiable, plutôt, qui le força à reprendre une respiration d'autant plus hachée qu'il sentit le pouce de Kam caresser lentement son index, sans se douter qu'une image fantôme du visage éclaboussé de sang et livide du platine traversait subrepticement l'esprit d'Izuku. Aucune idée de l'expression que ce flash lui fit faire, mais les lèvres de Kam dessinèrent un sourire qui n'en avait que le nom quand il reprit la parole :
« Merci. Pour le garrot. »
« Oh Kam, n'importe quoi... » souffla Izuku en portant délicatement sa main à lui, déposant un baiser furtif sur les doigts du platine. « Comme si tu devais me remercier pour ça. »
« Cela dit… ça m'étonne pas que t'ait fait un si bon travail. »
Tout était en cristal tant c'était fragile d'épuisement et de fatigue, l'intonation amusée, l'esquisse de sourire retenue, jusqu'à la moue sur ses lèvres, tout. Sauf l'éclat dans son regard, quand Izuku haussa un sourcil pour le laisser achever sa blague qu'il savait débile, nulle à chier, mais il aurait brûlé le monde pour pouvoir l'entendre murmurer, ravi de sa connerie :
« J'ai entendu dire… que t'étais devenu un expert des nœuds, récemment. »
Izuku s'étouffa dans un mélange dégoûtant de larme et de reniflement qui aurait fait pâlir n'importe quel infirmier s'il avait été surpris à étaler ce truc-là sur les pansements de Kam. Ce dont il s'en fichait comme de l'an quarante, tant le bonheur d'entendre une de ses blagues de merde effaçait le monde autour d'eux.
« Comment tu fais ? » souffla-t-il, les doigts serrés sur ceux de Kam à lui faire mal de nouveau, si ce dernier n'avait pas serré plus fort encore. « Pour trouver des blagues aussi… nulles ? »
« C'est ce qu'on appelle... le talent, Midobro. »
« Tu es un génie. »
« Je sais. » se rengorgea Kam, si fragile dans tout ce blanc dégueulasse d'hôpital, et ses lèvres décolorées de douleur se crispèrent un instant. « Eij ? »
« Il va bien. Il est juste en train de convaincre l'équipe médicale qu'il peut marcher tout seul, alors qu'eux s'escriment à lui expliquer qu'il va avoir des pertes d'équilibres qui peuvent être dangereuses, le temps de s'habituer à... » et il s'interrompit, cherchant ses mots face au sujet on ne peut plus délicat qu'il avait ramené sur le tapis sans réfléchir. La faute à l'émotion lui brouillant l'esprit, certes, mais le violent changement dans l'expression de son meilleur ami le ravagea.
« Ils m'ont dit… Il peut… On peut rien faire ? » se reprit Kam, si hésitant qu'il était plus qu'évident que c'était davantage un espoir qu'une réelle question. Izuku eut le cœur chiffonné de devoir secouer la tête, bouleversé de le voir à deux doigts de pleurer à son tour et désolé de n'avoir aucune autre formulation à lui offrir :
« Non. C'est définitif. »
Kam ferma les yeux d'une crispation de chagrin trop proche d'un sanglot pour que le cœur d'Izuku ne s'alourdisse pas d'une demie-tonne au moins. Et lui rappelle au passage qu'il avait hélas un avertissement à transmettre, au mépris de leurs retrouvailles et de son envie désespérée d'accorder tout le temps nécessaire à Kam pour encaisser les nouvelles – un temps qu'ils n'avaient pas.
« Kam, j'ai pas… J'ai pas beaucoup de temps et je vais laisser Kacchan te rejoindre, mais… Fallait que je te dise, avant… Ils sont en train de mener l'enquête et de… de faire des tests. »
C'était nul, comme manière d'aborder le sujet, et il se mordit la langue d'agacement envers sa fébrilité qui lui faisait dire n'importe quoi n'importe comment – mais comment résumer des heures de lectures et de recherches en étant discret, en moins de deux minutes ? Comment faire comprendre l'ampleur de la catastrophe à l'esprit embrumé de son meilleur ami qui secoua la tête, perdu :
« Mais c'est… C'est normal, on fait toujours des... »
« Kam. Kam, écoute-moi, » chuchota Izuku en cherchant à accrocher davantage son regard, obligé de se pencher jusqu'à pouvoir sentir le souffle du platine sur sa peau pour s'accorder enfin le luxe dangereux d'être explicite : « c'est dans le sang. »
À quelques centimètres de lui, l'absence de réaction dura moins de deux battements de cœur, puis les prunelles de Kam s'écarquillèrent sous la réalisation. Aussitôt remplacée par une infime crispation d'horreur qu'Izuku savait tout aussi visible sur sa propre expression, et les doigts de Kam lui serrèrent le poignet à lui faire mal alors que la panique remontait dans la gorge de ce dernier :
« Shhh. » souffla Izuku, dévasté de ne pas pouvoir faire autrement que le rappeler à la prudence. « Ton équipe médicale serait furieuse, de savoir que je t'ai dérangé avec un truc aussi nul qu'un spoiler de jeu vidéo... »
Il n'osa pas agrémenter sa phrase d'un clin d'œil, même esquissé, trop anxieux à l'idée qu'on le surprenne de la sorte. Et comme toujours surpris de la réactivité de Kam, qui accusa le message en transformant le tremblement désespéré de son regard en un sourire si fragile, si faux et pourtant caparaçonné d'un courage infini :
« Merci… »
« Je suis désolé… Désolé pour tout, Kam. Est-ce que… Est-ce qu'ils t'ont parlé de la suite ? » noya-t-il en se reculant un peu dans l'espoir de faire diversion. Là encore, la pudeur le retint de faire un geste en direction du drap creusé par l'absence de la jambe de Kam, mais celui-ci haussa les épaules en froissant sa tenue d'hôpital, préoccupé par autre chose :
« On verra une fois la cicatrisation achevée. Quand est-ce que… qu'on saura pour les… »
« Fin de semaine. L'inspecteur en charge du dossier est plutôt… hargneux. »
« Tu veux que je l'électrocute ? » proposa très spontanément Kam et ils échangèrent un sourire, bien plus approfondi du côté d'Izuku à qui l'idée d'un inspecteur Utagaï électrocuté plaisait beaucoup. Trop pour qu'il s'attarde plus d'une seconde sur cette proposition tentante :
« J'apprécie l'offre, mais non. Profite de ton homme et occupe-toi de te reposer, ok ? On viendra te voir dès que t'aura quitté cette unité ! »
« Mais, Izuku... »
« Ne t'inquiète pas de ça, d'accord ? Je voulais juste te prévenir, que tu puisses… Vraiment profiter de Kacchan. » murmura-t-il sans pouvoir s'empêcher de se rapprocher encore pour déposer un baiser sur le front de Kam, attrapant au passage l'odeur d'antiseptique prononcée. Pas besoin d'être un loup pour déceler un truc pareil. « On s'en occupe, Eij et moi – et tu sais qu'on fera ce qu'il faut pour vous protéger... »
« Ah ! C'est pour ça la réunion... »
« Ça t'arrive de ne pas suivre aussi vite, parfois ? » le taquina Izuku en effleurant sa joue de sa main libre, presque choqué de sentir la chaleur de sa peau.
Une partie de lui attendait le même froid qu'à l'Agence, la même odeur métallique, la même sensation de néant et en dépit des griffures qui zébraient sa joue, lorsque Kam tourna la tête vers lui pour s'appuyer davantage contre sa paume, il aurait pu se croire chez eux. À entendre leurs hommes se chamailler sur rien quelque part dans la cuisine, et Prince Carnage à leurs pieds. Il était si absorbé par cette pensée que Kam le fit sursauter, en reprenant d'une taquinerie :
« Quand ça t'arrivera d'être moins prévisible, peut-être… Allez, file. Ou tu vas te faire arracher la tête par l'infirmier en chef du service. »
La gorge bien trop concassée d'un tas de trucs pour trouver une réponse quelconque, il se contenta de se pencher et d'embrasser furtivement Kam en priant pour que personne ne les voie. Ils n'avaient pas besoin d'une mauvaise presse supplémentaire, mais il ne regretta pas une seconde son geste vu la manière avec laquelle Kam se pressa contre lui pour prolonger le baiser d'un souffle de plus, se raccrochant à lui avec angoisse jusqu'à ce qu'Izuku réussisse à murmurer à même sa peau :
« On t'arrache à ce lit dès qu'on peut ! »
« Évite, je vais finir par me ruiner en chocolat à force… de devoir excuser vos comportements. »
« Si ça nous permet de te faire sortir de là deux jours plus tôt, je suis prêt à acheter une chocolaterie moi-même ! » fit mine de ronchonner Izuku rien que pour le plaisir de voir Kam retenir un gloussement. « Profite de Kacchan, ok ? Enfin, s'il arrive ici sans crise cardiaque ! »
« T'en fais pas... J'ai de quoi le réanimer. »
L'étincelle que Kam glissa entre eux le fit japper de douleur, et il adressa son froncement de sourcils le plus réprobateur, sans le plus petit succès :
« Kam ! T'es intenable ! »
« Tu m'aimes comme ça, Midobro. »
Il emporta le sourire ravi de son meilleur ami avec lui, quand il ressortit de la chambre sous le nez des trois infirmiers arrivés dans l'évidente intention de le foutre dehors – et fort dépités de le voir s'enfuir à toutes jambes. Lucides au possible, pas un ne fit le moindre geste en sa direction quand il disparut derrière la double porte d'accès, et il lâcha un soupir soulagé en retrouvant l'ambiance empressée du reste de l'hôpital. Pas qu'il avait peur d'une remontrance dans les règles de l'art, mais celle-ci aurait pu retomber sur Kacchan et Kam, et ça, c'était absolument hors de question !
Un bref coup d'œil vers l'une des horloges à l'intersection d'un couloir lui apprit qu'il était loin d'être en avance, bien au contraire, et il se mit à courir dans l'espoir de compenser, serrant les dents sous la protestation de ses côtes. Ça glissait sur le lino et il faisait un bruit d'enfer, mais il réussit à traverser l'étage en un temps records, sans renverser personne au passage. Sans ralentir une seconde, Izuku se précipita dans la volée d'escalier en se surprenant, pour la première fois depuis longtemps, à avoir une envie viscérale d'une clope. Rien qu'un peu de nicotine pour encaisser les aller-retours d'émotion et le stress, et si Eijirô avait son paquet sur lui, il lui en taxait une dès que possible, au diable la santé ! Souffle court, côtes au supplice, il finit par débouler au bon étage en se maudissant d'avoir pris tant de retard, et en se pressant le long du couloir d'accès, il passa devant l'ascenseur réparé qui leur avait valu tant d'emmerde. Auquel il ne put s'empêcher de jeter un regard enragé, dépité de voir que cette saloperie était comme neuve, elle. Plus aucune trace des magouilleries gouvernementales, pas la moindre éraflure pour rappeler la situation dans laquelle cette putain de porte les avait fourrés et s'il n'avait pas été si pressé, il aurait sans doute dissipé une partie de sa frustration dans un coup de pied bien senti sur ce maudit ascenseur.
À la place, il inspira un bon coup, descendit à la même allure deux marches pour rejoindre le sol abaissé de l'aile administrative. Juste avant de passer le seuil des services, il tourna vers un renfoncement discret où les kanji « Salle de conférence à l'usage exclusif des Pro-héros » étaient écrits démesurément grands pour que personne ne puisse entrer par inadvertance.
De l'autre côté, la familière et minuscule salle d'attente, guère plus grande qu'un placard, quoique mieux achalandée avec sa table recouverte de viennoiseries et de boissons chaudes. Et immobile à côté de cet étalage de nourriture royalement ignoré, Eijirô si concentré sur ses pensées qu'il ne sourcilla même pas en entendant la porte s'ouvrir — de toute manière, son ouïe avait dû reconnaître le rythme de marche de son fiancé depuis le bout du couloir.
Étrangement, plus que les cicatrices, ce fut son attitude qui figea Izuku sur place. C'était presque choquant de le voir aussi tranquille, habillé sobrement et adossé au mur, bras croisés, si décontracté qu'en plissant les yeux, il aurait pu s'imaginer le voir chez eux, à l'attendre pour partir aux courses. Comme si tout ce qui venait de se produire n'avait aucune réalité, aucune tangibilité, et puis Eij tourna la tête vers lui et l'éclair laiteux de son regard lui fissura un peu plus le souffle :
« Ça va ? Tu cours depuis... »
« Ça fait tellement du bien de te voir debout ! » le coupa Izuku, froncement de sourcil en prime en voyant l'absence flagrante d'un truc blond énervé à proximité. « Pas de vertige ? Ou de problème d'équilibre ? Tu peux te déplacer seul ? »
Eijirô leva les yeux au ciel devant la question, avant de grogner d'amusement :
« Bien joué, de laisser ça à Katsuki. Tu sais qu'il a failli emplafonner une des infirmières ? »
« Elle te proposait un fauteuil, j'imagine ? »
« Pire : un brancard. J'ai dû faire deux allers-retours du couloir appuyé sur Katsuki pour qu'elle me laisse partir sans rien, et elle s'est pris une saucée qu'elle est pas près d'oublier de la part de notre explosion nationale. Viens là, toi. » conclut Eijirô sans lui laisser le temps de savourer l'image mentale du roux jouant sa meilleure comédie en s'appuyant pour de faux sur un Katsuki braillard.
Il avait beau savoir qu'avec leurs organismes canins et la guérison surnaturelle qui allait avec, Eij aurait pu être debout deux heures après son réveil, pouvoir se caler contre lui était un miracle qu'il savoura à sa juste valeur, ravi de le sentir déposer un baiser sur sa tempe au passage. Il se mussa dans ses bras en sentant son corps fondre, littéralement, sous la chaleur de son homme et sous son odeur étrange où ses propres souvenirs inventaient un sous-ton de framboise, rien que pour retrouver une lichette d'eux. Eij le serra avec trop de force pour ses côtes, qu'il entendit bruyamment protester jusqu'à ce que le roux desserre un peu son étreinte – juste assez pour lui permettre de respirer correctement. Et inspire profondément l'odeur d'Izuku à laquelle il se shoota, visiblement :
« Pardon, pour tes côtes... »
« On s'en fout, c'est pas grave. De toute façon, j'ai mal depuis que je me suis mis à courir, en sortant du service de réanimation. »
« Ça a été ? »
« À peu près… Kam est encore bien amoché et fatigué. Le moral a l'air ok, même s'il en a déjà marre de rester immobile dans un lit, et même si je pense qu'il réalise pas encore ce que va être la suite… Mais j'ai eu droit à une blague de merde ! » murmura Izuku, nez et sourire enfouis contre sa gorge, trop enivré de sentir le corps de son fiancé contre le sien pour réellement être dans la conversation. « Merci d'avoir occupé Kacchan pendant ce temps, surtout ronchon. »
« Katsuki ? Ronchon ? C'est pas son genre. » s'amusa Eijirô, aggravant leurs sourires : « Par contre attends de voir qu'il réalise qu'on l'a dupé pour prévenir Kam avant lui, et là, il va être ronchon. »
« On s'excusera tout à l'heure. Ça… ça va aller ? »
« Ba oui, pourquoi ? Depuis quand ça me pose soucis ce genre d'exercice ? »
« Depuis qu'on a pas le droit de se planter. » rétorqua Izuku sans mesurer la légère pression supplémentaire de son front contre l'épaule d'Eij.
Ne pas se planter était le minimum syndical – à la vérité, ils étaient obligés de réussir. Le coup de poker qu'il avait imaginé pour gagner du temps était si peu solide qu'en d'autres circonstances, il n'aurait même pas voulu le considérer comme seulement l'ébauche d'un plan, mais c'était ce qu'ils avaient de mieux en l'occurrence. Un euphémisme, qu'il s'efforça d'atténuer d'un sourire, au creux des mèches rousses :
« Je sais que c'est routinier, pour toi, et que t'es le meilleur de nous quatre là-dessus et le meilleur pour réussir à faire passer le message tout en douceur et en élégance, mais ça m'embête tellement de te foutre là-dedans… Alors que tu devrais être au lit à te reposer, ou chez nous à te détendre, et que tu mériterais de pouvoir être tranquille après tout ce qui t'es tombé dessus… Et le pire, c'est que j'ai conscience que c'est pas… Qu'au final, ça ne va pas… Enfin, que ça changera pas énormément de chose... » et sa voix baissa jusqu'à frôler le murmure lorsqu'il continua, certain que son amoureux n'en loupait pas une miette, « Je sais que ça serait déjà une chance énorme si ça nous offre quelques jours en plus, même deux, juste de quoi finir mon analyse de document, mais c'est si… Si nul comme résultat que ça m'emmerde pour toi. Et tout ça pour en plus n'avoir aucune certitude sur comment vous sortir de là, parce que j'ai pas encore réussi à aborder les documents sur les recherches médicales, et qu'on va peut-être devoir se démerder pour vous faire quitter le pays et… »
« Oh amour… » souffla Eijirô avec ce qu'il fallait de résignation dans la voix pour interrompre son monologue d'angoisse. Ce qui était presque plus angoissant en soi, en y réfléchissant deux secondes.
Ses mains remontèrent le long d'Izuku jusqu'à enserrer son visage pour le repousser légèrement et le dévorer du regard, alors que la discrète caresse sur sa joue tentait d'adoucir la terrible franchise de ses mots :
« J'ai pas grand espoir qu'on arrive à s'en sortir indemnes, Kat et moi, tu sais ? »
« On en arrivera pas là. » siffla Izuku en mettant assez de force pour les faire vaciller sans jamais risquer perdre réellement l'équilibre, merci l'aplomb inébranlable d'Eijirô. « Je t'interdis de redire un truc pareil ! »
« Amour, c'est pas... »
« Je. Te. L'interdis. » grogna-t-il en scandant chaque syllabe, appuyant son front contre celui d'Eijirô avec force tout en montrant les dents, déterminé à user de tous les moyens à sa disposition pour que le message rentre. « D'abord, je suis sûr qu'un remède existe, dans les documents, il faut juste que je trouve ! Et je suis sérieux, quand je parle de vous faire quitter le pays si y'en pas de remède. Je préfère ne pas vous voir pendant des années que retrouver vos noms sur cette putain de liste, et je t'interdis de seulement songer à toutes possibilités où vous ne seriez pas indemnes, toi et Kacchan ! »
L'adjectif « euthanasié » traversa brièvement l'espace entre eux, effacé d'un mouvement infime d'Eij lorsqu'il se pencha un brin vers lui, réfrénant manifestement l'envie de japper en guise de ponctuation :
« Ce que je voulais dire, avant que tu ne t'emportes de manière absolument adorable, c'est que ça ne m'embête pas de le faire, parce que quels que soient les résultats ou ce qu'on décide de faire après, ça change rien mon cœur. Tu me connais, je me bats jusqu'au bout – et même un peu après. »
La caresse de son pouce, sur la pommette d'Izuku, lui semblait bien trop douce pour être réelle et il aurait voulu supplier le temps de s'arrêter, qu'il puisse rester là sans bouger au moins une heure ou deux de plus. Même un quart d'heure, juste le temps de déglutir l'émotion dans sa gorge. À la place, il biaisa en faisant mine de renifler, presque hautain :
« Tu me trouves adorable ? »
« J'te boufferais, si on avait le temps. » ronronna Eij avec bien trop de chaleur dans sa voix pour que le sous-entendu puisse n'être que suggéré, et Izuku se surprit à rougir comme un ado, flatté et gêné de devoir ravaler un gloussement.
« On se réservera ça pour quand on sera sorti de ce bordel. » s'ébroua Eijirô, repoussant visiblement toutes préoccupations extérieures à l'exercice de haute-voltige que constituait une séance de presse aussi attendue que celle-ci. « Je vais m'en sortir, t'inquiètes pas. »
« Eij ? »
« Mm ? »
« Merci. »
« Me remercie pas pour un truc pareil. » s'amusa le roux une seconde dans laquelle il étira un peu l'illusion que tout était normal, puis son sourire disparu. « On vient. »
Il déposa un baiser furtif sur ses lèvres, et s'écarta juste avant que Miss Seimei, l'attachée presse d'Izuku, se faufile dans la salle d'attente, souffle court et coiffure en pétard dans un style très inhabituel pour elle :
« Bonjour Monsieur Midoriya ! Je vous présente tous mes vœux de rétablissement pour vous-même, M. Kirishima et Messieurs Bakugô et Kaminari ! La salle est prête, tout le monde est installé, on attend plus que vous ! »
Un peu fébrile, son employée, mais vu la manière dont elle détournait constamment le regard quand elle apercevait les cicatrices d'Eij, elle réfrénait sans doute une curiosité compréhensible, que son caractère estimait déplacée. Et à en juger par son apparence, elle devait en prime être au bout du rouleau avec les dernières demandes de son patron, pourtant organisées en un temps record par ses soins. Izuku lui dédia un sourire qu'il espérait reconnaissant tout en se promettant de lui accorder une solide prime de fin d'année, et sur un dernier regard à l'attention de son fiancé, le laissa passer en premier.
À la suite de Miss Seimei, il franchit la porte de la salle de conférence un pas derrière Eijirô, une main sur son épaule pour prévenir tout vacillement – et manqua devoir se rattraper lui-même à son homme à peine entré. Le crépitement des flashs l'aveugla purement et simplement une fraction de seconde où le monde se résuma à un éclair blanc, plus intense que tout ce que Kam pouvait produire. Il cligna des yeux dans l'espoir de récupérer sa vision, le cœur en vrac à l'idée d'une telle décharge sensorielle sur l'organisme de son loup-garou de fiancé. S'ajouta en prime le brouhaha insensé de la vingtaine de journalistes surexcités au point d'en crier, et il sentit Eij frémir sous sa main, une fraction de seconde effrayante de perspective, puis sa musculature se tendit pour se maîtriser :
« Bonjour à tous ! » entama le roux avec un naturel confondant. « Désolés pour le retard ; j'ai quelques problèmes de locomotion suites à mes récentes blessures. Et je suis encore plus désolé d'être aussi pénible, mais si c'était éventuellement possible de réduire l'intensité des flashs, pour… pour ma vision. »
C'était dit avec tellement de douceur et un tel sourire contrit en guise d'excuse que l'atmosphère de la pièce changea immédiatement. La moitié des journalistes présents, au moins, rembarrèrent leurs appareils photos avec une moue d'excuse, et presque tout le monde sortit de quoi enregistrer l'interview dans la foulée, sans parler de la multitude de calepins et stylos surgis de nulle part. Un peu inutile, vu que c'était retranscrit en direct sur les trois chaînes d'informations principales du pays, mais comme d'habitude, chaque journaliste allait écrire un article spécialisé en tentant de se démarquer de la concurrence. Et à voir la dizaine de smartphones sortis pour les mitrailler sans flash, il n'aurait pas été étonnant que leurs images soient sur toutes les couvertures de presse people dès le lendemain.
Pile ce qu'il leur fallait pour forcer l'Inspecteur Utagaï à faire une seconde analyse sanguine.
D'ordinaire, on s'arrêtait aux premiers résultats obtenus par les laboratoires. Avec la multiplicité des affaires et l'engorgement des laboratoires, il aurait été impossible de multiplier par deux la charge de travail pour l'ensemble des crimes et délits. Sans compter du prix prohibitif pour l'État. Mais on pouvait faire une exception en cas d'affaire sensible d'un point de vue politique ou sociétale… À la discrétion de l'officier de police en charge de l'affaire, bien entendu. Et comment l'Inspecteur Utagaï pourrait-il leur refuser de refaire les tests et analyses, si la totalité du pays, ému par le récit et les blessures d'Eijirô, ce pro-héro adoré de tous pour son caractère et ses valeurs, était de leur côté ?
Sûr et certain que l'inspecteur les verrait venir à trois kilomètres avec une stratégie en papier mâché pareille, mais avec leurs antécédents professionnels et l'appui d'Aïzawa-senseï, ça pouvait passer. Izuku tablait sur la méticulosité de l'officier et sa volonté de trouver ses coupables, quitte à devoir passer par un autre cycle d'analyse pour en rendre les résultats incontestables. Et s'il aurait dû remercier le caractère inflexible de l'inspecteur Utagaï leur autorisant cette tentative de joker, là, maintenant, de suite, Izuku le maudissait de l'obliger à jeter Eijirô en pâture aux journalistes.
S'efforçant de ne pas trop montrer son agacement, il l'accompagna jusqu'à son fauteuil et tira résolument le sien au plus proche en ruinant l'installation de Miss Seimei, comme toujours mal à l'aise face à une pièce remplie de personnes occupées à les fixer. Heureusement, son employée connaissait son taff sur le bout des doigts : elle commença par établir un bref compte-rendu des événements et des blessures reçues, indiqua qu'ils ne répondraient qu'à un nombre limité de questions en raison de l'état de santé d'Eijirô, et acheva son petit speech d'un sourire qui se voulait encourageant :
« Qui se lance ? »
Bien évidement, toutes les mains se levèrent immédiatement. Et comme Izuku s'y était attendu, aucune question ne lui était destinée.
« Non, le travail d'enquête a été confié à la police selon la procédure habituelle – nous sommes trop impliqués désormais pour réaliser l'enquête nous-mêmes, ce serait un conflit d'intérêt flagrant, voyez-vous ? Et avec nos blessures, nous ne serions pas au maximum de nos capacités. Bien évidement, nous collaborons déjà avec l'inspecteur en charge du dossier et nous continuerons au fur et à mesure de ses avancées, bien sûr. » répondit Eijirô à la première question en prenant immédiatement le lead, toujours armé de son sourire et de sa bonne volonté. « Je crois qu'il n'y a personne qui souhaite plus que nous pouvoir aider sur ce dossier. »
Un peu de philanthropie, doublé de conscience professionnelle, ça ne pouvait pas faire de mal, mais s'il les regardait, l'Inspecteur Utagaï devait lever au ciel face à cette réponse. Et trouver qu'ils avaient de bien étranges façons de collaborer !
« Avez-vous un commentaire sur la mort de Mme Favren, au cours de l'intervention de Dynamight ? » lança une journaliste en guise de seconde question, manquant faire hausser les sourcils à un Izuku déconcerté. Ils y allaient pas de main morte.
« Mon collègue et ami Dynamight a dû prendre une décision extrêmement difficile, dans un laps de temps très court. Je déplore qu'il y ait eu une victime, même si cette victime était notre agresseuse, mais compte tenu des… des dégâts qu'elle a réussis à nous infliger, » et parce que c'était Eij, n'est-ce pas, doué au possible, il souligna son propos en baissant brièvement le regard pour laisser ses cicatrices illustrer l'argument, tout en délicatesse lorsqu'il continua : « je suis reconnaissant que Katsuki l'ait arrêté avant qu'elle n'attaque un civil désarmé. »
Bien joué, très subtil, mais Izuku se pencha sur son propre micro pour compléter le numéro de pro-héro plus que scrupuleux de son amoureux, par mesure de sécurité :
« Il va sans dire qu'il y aura une enquête, comme à chaque perte humaine au cours d'une opération officielle. »
Aucune foutre réaction de la part des journalistes, dont un se mit à sautiller sur sa chaise dans une tentative d'attirer plus rapidement l'attention d'Eijirô, et Izuku fut obligé de se mordre la lèvre pour ne pas rire devant ce spectacle. Et dut faire appel à un plus grand self-contrôle encore en entendant ledit journaliste s'enquérir de son opinion sur la manière dont l'agence de pro-héro gérait ses employés handicapés à vie – sujet hautement politique s'il en était. Et ridicule vu qu'Eijirô n'était pas près de retourner sur le terrain.
Les blessures d'Eij étant visiblement le sujet inévitable, il décrocha deux questions plus loin quand il réalisa qu'on allait rester là-dessus un bon moment. En même temps, c'était normal que les journalistes s'y intéressent, et quelque part, c'était rassurant de constater qu'en dépit de ce handicap soudain, la carrière d'Eij soit toujours bien considérée. Mais lorsque dans son immobilité faussement concentrée, il capta les mots « prothèse oculaire », Izuku sentit malgré lui son nez se plisser de malaise tellement il n'aimait pas l'idée de toucher une fois de plus au visage de son homme. Sans compter qu'il n'était pas certain que l'organisme lupin d'Eijirô laisse faire un truc pareil… Est-ce que le sujet avait été abordé dans les recherches de l'Agence, d'ailleurs ? La cicatrisation, oui, mais les limites de cette dernière et la manière dont un corps étranger était accueilli, peut-être pas…
Incapable de s'en empêcher, il jeta machinalement un regard à Eijirô, comme s'il était capable d'évaluer les chances de greffe d'un simple regard. Ça aurait été facile de faire mine d'oublier les cicatrices, invisibles de là où il était, sauf en s'attardant sur la gêne perceptible à la prononciation de certains mots, mais Izuku se surprit à en rechercher les contours, à chaque fois qu'Eijirô bougeait. Il avait l'impression d'avoir besoin de les voir pour se rappeler leur situation, pour s'ancrer un peu plus dans la réalité qu'il vivait peut-être ses derniers jours dans une vie « normale », avant de devoir faire disparaître Eijirô et Kacchan – ou pire. Et Izuku songea que s'il lui avait été donné la possibilité de le faire, il aurait passé chaque micro-seconde de ce temps contre Eij, jusqu'à avoir la cartographie de ses cicatrices tatouée sur son âme, son odeur gravée dans la peau et le moindre décroché de sa voix dans le cœur. Jusqu'à avoir l'illusion qu'il garderait en lui la trace de son amoureux et la manière dont son sourire redessinait le monde d'une chaleur qui n'appartenait qu'à lui, comme lorsqu'il se penchait un peu comme là, si attentif aux autres et…
« Deku ? »
« Mmm ? » sursauta-t-il face à la journaliste juste devant lui, perdu. « Pardon, vous disiez ? »
« Je vous demandais si vous alliez reporter votre mariage, le temps que Red Riot se remette de ses blessures... »
« Oh, heu... »
« Oh, ne vous inquiétez pas. » renchéri la dame en le voyant bafouiller dans sa précipitation. « Je crois que vous avez déjà répondu. Et parfaitement. »
Et à sa grande surprise, un bruissement amusé parcourut la salle, tirant même sur le gloussement pour certains journalistes et pour Miss Seimei, au grand étonnement d'Izuku qui ne comprenait rien de rien. Voyant Eijirô le regarder avec assez d'attendrissement dans le regard pour carier les dents de l'entièreté de la pièce, il murmura, confus au possible :
« Mais quoi ? Qu'est-ce que j'ai fait ?! »
« Rien. Madame a juste dû répéter trois fois sa question avant que t'entendes. »
« Je suis désolé, je voulais pas... »
« C'est rien, amour. C'est même plutôt flatteur. » lui sourit son homme, si sucré qu'il était impossible d'être plus écœurant – et pourtant, l'impossible n'était visiblement pas Eijirien. Celui-ci leva la main pour replacer une boucle verte en vrac sur son front, se payant le luxe de lui caresser subrepticement la joue au passage, comme s'ils étaient seuls au monde. Sans même réaliser qu'il était en train de faire rougir férocement Izuku, et fondre tous les journalistes présents, qui ne restaient d'équerre que grâce aux chaises, à en croire l'affaissement des équilibres.
Le pire, c'est qu'il ne le faisait même pas exprès !
« Question suivante ? » s'enquit Eijirô comme si tout était normal, gardant machinalement sa main au creux de la sienne.
« Deku, pourriez-vous nous expliquer pourquoi vous êtes présent, actuellement ? Aux dernières nouvelles, vous aviez lancé un mouvement de boycott des journalistes vu le traitement reçu par Denki, boycott assez suivi par l'ensemble de votre profession, d'ailleurs. N'est-ce pas contradictoire de répondre à nos questions aujourd'hui ? » relança un journaliste au front si froncé qu'il aurait mérité un coup de fer à repasser.
Qu'Eijirô se serait fait une joie de lui administrer personnellement, à voir la rapidité avec laquelle il tourna son attention vers l'homme pour le dévisager sans aménité aucune, et Miss Seimei blêmit d'une telle force que son teint concurrença le plâtre du mur derrière elle.
Sans se démonter, Izuku força un sourire le plus chaleureux possible, l'édition spéciale « numéro de charme d'Eijirô » et planta son regard dans celui du journaliste en sachant pertinemment que sa réponse serait retranscrite à la syllabe près :
« Je ne vois pas la contradiction qu'i soutenir à la fois mon fiancé et mon meilleur ami. Je ne pense pas qu'il soit nécessaire d'expliquer qu'en raison de ses blessures plus que sérieuses de Red Riot, il m'était important de pouvoir être présent et lui apporter mon soutien. Pour tout vous avouer, Charge-bolt m'arracherait la tête à son réveil s'il apprenait que je n'avais pas été là pour mon fiancé ! » glissa-t-il pour faire bonne mesure. « De toute façon, je ne peux pas croire que ce genre de comportement envers Charge-bolt, qui vient d'être grièvement blessé dans l'exercice de ses fonctions pour protéger les civils, puisse être seulement envisageable actuellement. Ni à l'avenir, d'ailleurs, quand on y pense. Ça rend tout boycott inutile, non ? »
Il assortit sa question qui n'en était pas une du sourire qu'il savait plisser ses taches de rousseur, idéal pour appuyer la bonne volonté joyeuse dans sa voix et toute la salle hocha scrupuleusement de la tête dans un bel ensemble. Et toc. Voilà de quoi enfoncer le clou sur le changement d'attitude plus que nécessaire envers Kam. Il lui trouverait une retransmission sur YouTube, pour lui filer ça via Kacchan, dès demain matin, ça allait bien le faire rire.
« Est-ce que Dynamight donnera une interview ? Pour lui et Charge-bolt ? »
« Je ne crois pas, non. » édulcora Izuku, traduisant de manière fort polie le « Des vautours pareils, et puis quoi encore ?! Qu'ils crèvent la gueule ouverte ! » que Kacchan lui avait fait en guise de réponse quand il avait suggéré l'idée.
« La dernière question, s'il vous plaît. » annonça Miss Seimei d'une voix sourde, épuisée, au moment où un homme d'âge flou se levait à son tour et il n'eut pas besoin de préciser pour qui était sa question :
« Pensez-vous que vous allez gagner beaucoup de place dans le classement des pro-héros, compte tenu de vos blessures si viriles ? »
Izuku se retint, de toutes ses forces, de glousser d'un rire nerveux face à une question pareille, ridicule de non-importance, mais il laissa Eijirô répondre avec amusement que ça dépendrait des goûts de la population. Son fiancé profita de sa réponse pour conclure la conférence à grand renfort de ses habituels remerciements et sourires… d'une efficacité relative.
Tous les journalistes se levèrent immédiatement en piaillant et au moins deux chaises se renversèrent dans le mouvement. Avec un bordel inhabituel pour une conférence de ce type, la moitié des journalistes présents quitta la place attitrée de la presse dans l'espoir d'obtenir quelques infos supplémentaires sur Kam et Kacchan, ou une ultime réponse à une question sucrée par le quota imposé. Tant et si bien que Miss Seimei fut obligée de s'interposer et de leur dégager un chemin, prodigieusement outrée :
« Allez-y, Monsieur Midoriya, je vous rejoindrais une fois tout ceci réglé ! » leur hurla-t-elle alors qu'ils passaient devant elle, désolés, et la crispation de ses sourcils ne disait rien qui vaille à Izuku. Il n'aurait pas aimé être un de ces journalistes, à l'heure actuelle.
Pour éviter qu'elle ne se fasse bousculer davantage, il se précipita pour ouvrir la porte en la remerciant d'un hochement de tête. La manœuvre était malaisée, mais il réussit à s'effacer et faire passer Eij avant de le suivre dans la petite pièce silencieuse, redevenue véritable sanctuaire de calme. Et l'univers soit loué, de silence, grâce à la porte dûment insonorisée. Eijirô se plia en deux immédiatement, mains sur les genoux et respiration sifflante, si visiblement éreinté qu'Izuku le lâcha immédiatement, peu désireux de rajouter de la stimulation sur son organisme malmené :
« Ça va ? »
« Beaucoup de bruit ! Et de monde. » grogna le roux d'un ton rauque, se forçant à inspirer profondément une seconde avant de sourire toujours plié : « Ça m'étonne que t'aie pas encore explosé le bâtiment. »
Izuku fronça les sourcils, décontenancé de cette réponse fort étrange, et hurla de peur en voyant apparaître un Kacchan furibond qui lui aboya dessus dans ce qui était un énervement manifeste :
« J'aurais voulu, mais les deux cons qui m'ont pris pour un abruti fini étaient en train de faire une conférence de presse pour tenter de sauver nos culs ! En se disant que ça serait une super idée, avant ça, d'aller tout balancer à mon mec pendant que j'avais le dos tourné ! Ah, elle est belle votre amitié, putain ! Et c'est pas parce que ça a marché et que j'ai pu profiter de mon homme sans avoir à lui annoncer une merde que je vous retiens pas, sac à merde de première ! »
« Tu vois, j'avais prédit que tu serais ronchon. » s'amusa Eijirô redressé, foudroyé du regard dans la seconde :
« Je t'en foutrais, du ronchon ! On était pas censé avoir arrêté ces conneries de se dissimuler des trucs ? »
« On voulait juste t'épargner d'avoir à annoncer un truc pareil à Kam, Kacchan. Pour l'avoir fait moi-même, je t'assure que c'était pas facile de lui dire que c'était… détectable et… Et vous aviez plus besoin de vous retrouver que de discuter de cette merde. »
« Vous faites chier, quand même. » grommela le blond sans se départir du plissement de nez qui rappelait tant le loup, si bien qu'Izuku aurait presque pu discerner l'esquisse d'oreille rabattue en arrière dans la masse de cheveux. Il abandonna l'esquisse de dispute avec une inspiration discrète destinée à vérifier leurs humeurs, et s'ébroua : « Bon. Et la conférence de presse ? »
« Eij a tout tué. » commenta Izuku d'une voix sourde, comme toujours épaté de la facilité avec laquelle son amoureux charmait son monde.
« Ça, c'est ma Boule de poils. » s'amusa Kacchan, ravi d'obtenir en retour un regard courroucé de la part de ladite Boule de poils. « Et pas la peine de me faire ces yeux-là, j'ai pensé à toi ! Regarde. »
Fier comme un paon, il tendit un papier fort flou dans le mouvement, néanmoins assez surchargé pour être identifié immédiatement comme administratif, si le tampon en bas de la page n'avait pas suffi. Il fallut une bonne minute à Izuku pour faire la mise au point sur les immenses pavés écrits en tailles 10 agitées sous son nez, et même comme ça, il s'y reprit à deux fois tant il n'arrivait pas à y croire :
« Mais… C'est... »
« L'autorisation de sortie d'Eij, exactement ! Ne me demandez pas comment j'ai fait pour accélérer le processus, c'est top secret, mais oui, j'ai déjà récupéré les affaires de Boule de poil et chargé la voiture, alors on se grouille et on fout le camp – de toute façon, je peux pas retourner voir Kam avant demain quinze heures ! Allez, bougez vos culs, j'ai besoin d'une douche ! »
Le blond fourra le papier dans sa poche négligemment, sans les attendre une seconde de plus dans une volte-face bien trop fluide pour être totalement humaine. Il ne se retourna qu'au bout du couloir, visiblement satisfait de leurs expressions :
« Qu'est-ce que vous croyez ? Moi aussi je peux vous surprendre, saloperies ! »
Izuku resta bouche bée, incapable de sortir la moindre remarque à son meilleur ami déjà parti, et en désespoir de cause, il se retourna vers le sourire amusé d'Eijirô :
« Ah y'a pas à dire, il m'impressionne. »
Un peu trop à son goût, et il se demanda vaguement combien de kilos de chocolat Kam devrait commander pour compenser les diverses menaces d'atteinte à l'intégrité physique du personnel que Kacchan avait dû émettre pour obtenir le papier. À moins qu'il ne les ait déjà mises à exécution, et là, il allait falloir au moins une tonne, s'amusa-t-il en emboîtant le pas à son fiancé, absolument ravi de pouvoir le ramener à la maison.
Izuku s'efforça de ne surtout pas soupirer, ni même d'émettre le moindre son dans sa tentative d'ajuster sa position, sans toutefois réussir à maîtriser le mouvement d'impatience de sa jambe. Il avait des fourmis, de toute façon, la faute à l'immense tête poilue de Kacchan effondrée en travers de lui, de manière à ce que le museau du blond touche la cuisse d'Eij de l'autre côté d'Izuku. Quant au roux, il avait réussi le tour de force d'encastrer tout bonnement son fiancé contre son torse et de passer un bras par-dessus, pour attraper une pleine poignée de la fourrure de Kacchan en guise de doudou. Il faisait donc fort chaud, fort confortable et fort étroit entre ces deux-là. Fort bruyant aussi, si l'on rajoutait les ronflements.
Et tout cela était bien gentil, mais ça amplifiait drastiquement le mal-être d'Izuku coincé entre eux.
Un délicieux mélange d'anxiété et de stress, une combinaison idéale pour que son esprit fasse une grève de sommeil prolongée. Et chiante. Et par-dessus ça, partout, le sentiment qu'il perdait un temps absurde à tenter de dormir alors qu'il aurait dû être le nez plongé dans son ordi, à prendre des notes et à trouver une putain de solution au plus vite ! La double vérification allait leur faire gagner quoi, trois jours ? Quatre avec de la chance, et si l'inspecteur Utagaï l'acceptait en premier lieu, mais s'ils voulaient avoir le temps de se retourner, il fallait qu'il trouve ce remède au plus vite ! Et il était là, enfoui dans un amoncellement de fourrure, de couette et de muscle, à essayer de dormir ! Sans réussir, en plus !
Pire qu'énervé, un soupir agacé lui échappa sans crier gare, bien trop fort pour l'ouïe et la sensibilité des deux loups autour de lui. Le très délicat mouvement d'Eijirô contre lui le figea un peu plus dans l'espoir de ne surtout pas le déranger plus que cela, voir même, de se faire royalement ignorer par le besoin de sommeil de son fiancé. Peine perdue, bien évidemment :
« Tu penses à quoi, pour ruminer autant ? » murmura le roux à son oreille, la voix si engourdie de sommeil qu'elle en devenait un grondement étouffé. Si ensommeillé qu'Izuku tenta d'ignorer qu'on lui avait posé une question, juste pour voir s'il se rendormait aussi sec et fut dépité de sentir un nouveau coup de nez dans la joue :
« Rien, j'arrive juste pas à dormir. »
« Tu veux en parler ? »
Oui. Non. Surtout pas. Tentant, mais presque impossible à mettre en application. Pour dire quoi, et comment faire pour arriver à articuler l'infinité de pensées, et de problèmes qu'elles soulevaient, en train de ricocher contre les murs de la chambre ? Si l'esprit de Kam ressemblait à ça, avec son hyperactivité, Izuku compatissait de toute son âme, et pourtant, il était habitué aux réflexions qui partaient en tous sens, mais là, c'était un niveau prodigieusement amplifié par le cocktail d'angoisse et d'énervement de la situation présente.
« C'est la visite chez mes mères ? » relança Eijirô sans hausser le ton et connaissant son fiancé comme il le connaissait, il n'avait même pas ouvert les yeux – enfin… l'œil… – pour lui poser la question.
« Non. » mentit éhontément Izuku, bien conscient qu'Eij n'avait même pas besoin de respirer son mensonge pour l'entendre. De toute manière, la seule évocation de ses belles-mères lui avait raidi la nuque de manière bien trop prononcée pour que le roux passe à côté.
Il avait le cœur bien trop en vrac rien qu'en repensant à leurs expressions dévastées lorsqu'elles leur avaient ouvert, en dépit des avertissements plus ou moins subtils qu'Eij avait glissé dans ses appels téléphoniques. Le sanglot choqué de l'une d'entre elle avait broyé un peu plus les nerfs d'Izuku et ils n'avaient évidemment pas pu faire autrement que de leur raconter la version officielle de l'histoire, avec la surdose de mensonge. Si elles avaient été assez généreuses pour leur assurer que même si l'idée de la patrouille nocturne venait d'Izuku, elles ne lui en tenaient pas rigueur et qu'il n'était en rien responsable, il s'était senti minable au possible en tapotant le dos de la mère d'Eij pour la consoler. Et le regard dur de sa maman, de l'autre côté de la table basse, semblait l'accuser bien mieux que toutes les remarques du monde.
Sans mot dire, le roux se mit à musser son visage dans les boucles d'Izuku et sa main à tracer délicatement des arabesques sous son t-shirt de nuit, au niveau de sa taille, dans une tentative adorable de l'apaiser. Et il renchérit doucement, en voyant l'inefficacité de la tactique :
« Tu sais qu'elles étaient encore sous le choc, mais elles vont s'y faire… Et elles t'en veulent pas, elles t'adorent, l'une et l'autre. »
« Je crois que ta maman m'adore plus du tout, si tu veux mon avis. »
« Elle a du mal… Puis tu sais bien qu'elles étaient déjà pas super d'accord pour mon choix de carrière, alors là, ramener une blessure pareille et leur donner raison sur les angoisses… C'est normal qu'elles réagissent de la sorte, il ne faut pas le prendre contre toi. »
« Je sais… Mais… Y'a… y'a pas que ça… » tenta-t-il, et le silence soigneusement maîtrisé d'Eijirô le fit craquer en moins d'une minute, plus dépité encore : « C'est tes mères et… et Kam, et Kacchan, et ces recherches et l'inspecteur, et les articles sur toi, sur nous dans la presse, et le fait qu'on a pas le temps, et… »
« Hé, hé, amour, doucement. » souffla Eij à même sa peau, resserrant sa prise pour l'aplatir de plus belle contre lui sans réaliser à quel point sa peau était brûlante. « Ralentis un peu, tu veux ? »
Ils n'avaient pas le temps de ralentir, voulut articuler Izuku sans réussir à attraper ne serait-ce qu'un bout de sa phrase pour la sortir, mais le mouvement de stress qu'il fit engendra un grondement perplexe, quelque part sur ses jambes. Kacchan releva la tête d'un coup, et son bâillement prodigieux zébra l'obscurité de la chambre de l'éclat de ses crocs, avant qu'il s'ébroue joyeusement pour mieux se réveiller. Un reniflement supplémentaire plus tard, il se mettait à rétrécir dans l'habituel, mais toujours ignoble cascade d'os brisés et tendons arrachés, sourcils froncés qui s'entendaient dans son cri :
« Un problème ? »
Avec un soupir résigné, Izuku lui signa « tes appareils » sur le bras, rendu d'ores et déjà à moitié sourd par le volume sonore de son meilleur ami, et de fait, il attendit qu'il ait enfilé ses appareils en pestant contre le contretemps avant de répondre à mi-voix : « Y'a rien Kacchan, désolé de t'avoir réveillé... »
Pas dupe, son meilleur ami se tourna résolument vers Eijirô avec ce qui devait être la grimace spéciale « et mon cul, c'est du poulet ? » que le roux pouvait parfaitement voir dans le noir, lui.
« La situation le stresse. »
« Ouais, comme nous tous. »
« Kacchan, je t'ai dit que c'était rien, tu peux te rendormir, je... »
« C'est mes mères, et toi, et Kam, et l'inspecteur, et les tests, et la presse. » récita Eijirô dans une litanie qui aurait pu paraître moqueuse, si ça n'avait pas été une liste explicative à l'attention d'un Kacchan fort attentif. « Et le temps, et les recherches. »
« Oui, ba vu la situation, c'est normal que ça me stresse ! Et c'est normal que je me mette la pression sur la nécessité absolue de trouver un remède dans les trois jours, dans les trois dizaines de documents qu'il me reste à lire ! »
« Personne te demande de faire l'impossible, amour… »
« Mais on a pas le choix ! Si je suis pas assez rapide et que… et qu'on vous arrête ou qu'on... »
« Izuku, y'a des choses qu'on peut pas contrôler. Tu fais ce que tu peux pour trier une quantité hallucinante d'information et comprendre comment ce truc fonctionne, tu peux pas non plus faire ça en un claquement de doigt. Ni risquer de passer à côté de quelque chose d'important dans la précipitation. »
« Ça serait con, pour le coup. »
« Et je dois trouver aussi comment vous faire quitter le pays. » renchéri Izuku comme s'il n'avait rien écouté, d'un ton grinçant affreusement dissonant dans l'atmosphère douillette du salon devenu chambre qu'un reniflement traversa :
« T'occupe pas de ça, Deku. »
« Comment ça « T'occupes pas de ça » ? Et puis quoi encore ? On ne fait rien et... »
« T'occupes, j'te dis. » le coupa Kacchan, sans autre effet que de le faire reprendre une inspiration décidée qu'Eijirô tenta d'enrayer d'une réponse un peu trop abrupte à son goût :
« On s'en est chargé, avec Katsuki. »
« Vous vous en êtes chargé ? » et sous la surprise, il se redressa avec une telle force qu'il cogna la mâchoire de Kacchan de son front et siffla de douleur sous le claquement de crocs réprobateur du blond :
« Putain, fais gaffe ! »
« Mais vous vous êtes chargés de quoi, exactement ? »
« Mais vas-y, défonce-moi la gueule sans même une excuse, j'te dirais rien, sac à merde ?! »
« Pardon, Kacchan, je suis désolé, j'ai pas réalisé que tu étais si proche, dans le noir ! Et vous avez décidé ça quand ? » renchaîna Izuku sans prêter attention au haussement de mains abasourdi de Kacchan, contre lui.
Avec un brin d'amusement dans la voix, Eij fit courir sa main libre sur sa cuisse, froissant les draps quand il tapota d'un geste doux le haut de sa jambe pour l'apaiser :
« À chaque fois que vous veniez me rendre visite et que t'étais trop occupé dans tes lectures pour prêter la moindre attention à ce qui se passait autour de toi. »
« Vous auriez pas pu parler d'un truc pareil sans que je le remarque, au moins une fois ! »
« Toi ? Ne rien remarquer quand tu lis ? Nan, c'est vrai que ça te ressemble pas. » ironisa Kacchan, toujours occupé à faire jouer sa mâchoire – du chiqué, Izuku en était certain car il était impossible qu'un coup pareil fasse le moindre mal à l'organisme lupin de Kacchan. Mais pour adoucir l'acidité de son meilleur ami, il l'embrassa précipitamment au coin des lèvres et se retourna derechef vers son fiancé :
« Vous avez vraiment planifié un truc pareil ? »
« Non, on te fait marcher, on a prévu de se laisser tuer sans rien faire, merci les lois votées à la demande de M. Wanise, ce connard d'enculé de première qui voulait voler son propre frère aîné et récupérer le fric de sa famille – évidemment qu'on a planifié un truc, Deku ! »
« Et pourquoi vous avez rien dit ?! »
« Pour la même raison qu'on ne te dira rien de plus ce soir. » relança Kacchan dans son dos, réponse sibylline s'il en était sans la précision immédiate d'Eijirô :
« Moins t'en sais, plus tu sauras mentir à l'inspecteur s'il te pose des questions. »
C'était logique, d'accord, mais il fronça le nez en déduisant qu'avec une réponse pareille, ni l'un ni l'autre n'allait le mettre au courant de leur plan – et s'il était mauvais, ce plan ? S'ils avaient oublié un détail, s'ils n'avaient pas anticipé un problème majeur ou qu'ils n'avaient…
« Amour, tu marmonnes, et franc, c'est vexant. »
« On est des pro-héros nous aussi, j'te signale, on est capable de s'occuper de nos culs ! »
« J'ai jamais dit le contraire ! » protesta-t-il et même dans le noir, il réussit à entendre le roulement d'yeux agacé de Kacchan dans son grognement :
« « Et s'il était mauvais, ce plan ? » ? Sérieux ? Et tu veux pas nous faire notre sac pour partir tant que t'y es, pour vérifier qu'on oublie pas notre brosse à dent ? »
« C'est juste de l'angoisse Kat, tu sais bien comment Izuku fonctionne, faut pas te vexer pour ça. »
« Ouais, ba justement, je sais parfaitement comment est Deku, alors écoute-moi bien, toi, » siffla-t-il en enfonçant un doigt accusateur dans le torse d'Izuku, avec assez d'entrain pour le rallonger de force contre Eijirô. « Tu vas arrêter de penser à ce qui te concerne pas, et on va suivre mon putain de programme au millimètre près : je remets Boule de poils en état, et je te nourris pendant que tu nous trouves un joli médicament ou remède quelque part dans tout ton bordel ! En échange, Eij, tu m'accompagnes religieusement et sans moufter chaque jour quand j'irais voir Kam, et toi… Toi, tu me sers d'oreiller la nuit et tu me grattouilles les oreilles, là ! Facile, non ? »
Et sans attendre de réponse, il l'écrabouilla à nouveau de son poids de loup, en prenant un soin machiavélique à s'aplatir encore une fois de tout son long sur ses cuisses – et de lui foutre un coup de museau par seconde jusqu'à obtenir lesdites grattouilles sur les oreilles.
Mouais, songea Izuku, sans réaliser que la main d'Eijirô dans ses boucles et le son apaisé de sa respiration nichée dans son cou, couplé à celle de Kacchan, étaient bel et bien en train d'engourdir assez son esprit pour que le sommeil l'emporte en quelques minutes, « facile ».
C'est parti !
(MERCIII tellement de vos reviews que je ne mérite pas T-T)
Boa marron : Hey hey ! Merci immensément pour ta review, ça m'a fait super plaisir !
Et je suis ravie que le background mafia ait réussi à te surprendre, j'étais refaite de pouvoir enfin expliquer un peu les motivations de M. Wanise ! Et pas exactement les origines de l'alter, mais ça viendra ça aussi héhéhé !
OUIII on aime Aïzawa, ce génie sublime, il mérite tout l'amour du monde ! … Oui, Izuku a bel et bien écrit cinquante pages de « rrrrr », heureusement effacées par Katsuki XD.
Merci beaucoup ! J'espère que ce chapitre t'aura tout aussi plu et je suis très impatiente d'avoir ton avis dessus ! Merci encore !
StellaWhite96 : Holà ! MERCIIII !
Une touche de Dadzawa, OUIIII, tu l'as, t'as le perso, on l'aime comme ça XD. Ralala, je suis désolée de t'avoir autant fait attendre du coup entre deux chapitres, j'ai honte, si tu savais T-T.
J'espère quand même qu'il t'aura plu et j'ai hâte d'avoir ton avis sur le retour tant espéré ! Merci pour ta review !
Omiya : COUCOU ! Je suis désolée d'avoir mis autant de temps, pardon T-T ! Heu le déménagement à six heures, QUE DIRE À PART QUE C'EST LA MERDE XD ? Nan, la vérité, je veux me rapprocher de ma famille (six heures de route c'est cool, mais ça coûte cher et avec le prix de la vie qui augmente, ça me briserait de pas pouvoir les voir plus d'une fois par an parce que je peux pas me le payer, donc je prends les devants) !
C'EST BON, j'ai lavé la honte avec ce chapitre, tu as vu XD ? Il est de retour ! Et sublime comme d'ordinaire (mon bébé que j'écrirais plus comme ça après T-T). Merci beaucoup, ça me fait tellement plaisir si tu as trouvé le chapitre précédent intéressant ! Et tkt, on va se cotiser pour offrir sa statue à Aïzawa, il mérite !
Des chapitres, toujours plus de chapitres T-T… En vrai je suis heureuse d'avoir conclu mon truc bien comme je le souhaitais, mais clairement je m'illusionnais totalement sur ma capacité à faire COURT XD.
Ça m'a fait teeeellement plaisir de te lire ! J'espère que ce chapitre-ci t'aura tout aussi plu, et tellement désolée du temps de publication T-T !
Athena : Coucou ! Désolée du temps de réponse, c'est abusé T-T.
Aaaah oui, le gouvernement fait pas de la dentelle pour régler ce genre de soucis… (en même temps, quand on met en contexte qu'au Japon, la peine de mort est toujours en vigueur, ça paraît raccord). Une bonne remarque pour Eij, et tu sauras que l'Inspecteur y a pensé ;)
MERCI, c'est adorable de me dire que le dernier était un super chapitre ! Et j'aide pas avec la menace vu ce chapitre, pardon pardon XD. Alors que je sais qu'ils sont très denses, y'a des tas de trucs à finaliser et bien conclure, c'est pas toujours facile.
Je t'avoue que j'ai pas envie que ça se finisse non plus, même si je suis fière d'avoir réussi à tenir un truc pareil… Mais on a encore un chapitre et un épilogue à savourer ! En tout cas un IMMENSE merci pour ta review, au plaisir de te relire !
swordetios : Holà ! Écoute, je vais moyen mais je tiens, merci XD.
O_o tout relire depuis le début ? Ça fait une sacrée session lecture (imagine quand elle sera finie… 444 page words, de dieu) et je suis extrêmement émue de savoir que même trois ans après, même à la quasi fin, y'a au moins une personne qui la relit, c'est tellement adorable !
Alors t'as du SACREMENT rongé ton frein, je suis tellement désolée (les doigts, le repassage, j'y vais de ce pas T-T), affreusement navrée T-T ! J'espère que ça t'aura quand même plu ! Merci tellement de ta review, merci merci et j'espère pouvoir te relire sur ce chapitre !
