Elle ne sait pas si elle doit être contente ou en colère. Bien sûr que ça lui fait plaisir de revoir ses camarades, mais elle ne peut pas s'empêcher de penser qu'ils ont agi de manière complètement irréfléchie. La logique aurait voulu qu'ils l'abandonnent, qu'ils la laissent se débrouiller pour rentrer à N.L.A., au lieu de prendre le risque de se faire attaquer par le grex furieux et de mourir.

Cela dit, ça lui fait quand même plaisir, au fond, de voir qu'ils ont choisi de se mettre en danger pour venir la sauver. Ça lui donne l'impression d'être… spéciale. Au moins un peu en tout cas.

« J'ai trouvé ce truc, ça peut servir ? demande Skoll en revenant vers le skell accidenté avec une plaque de métal à la main.

- Ouaip ! répond Baldr, toujours les mains plongées sous le capot de la machine. Pas pour tout de suite, mais j'en aurai besoin plus tard.

- T'as besoin de quoi du coup ? demande Skoll.

- Il devrait y avoir des parties du système de… commence Baldr avant de se rendre compte que lui seul allait comprendre la suite de la phrase. Des tuyaux en métal gris ou noir.

- Tuyaux en métal, répète Skoll. Je vais voir si je trouve ça !

- Tu es sûre que tu veux rester aider aux réparations Ashlyn ? demande Baldr. Je peux m'en charger seul tu sais.

- Un peu de main d'œuvre devrait pouvoir faciliter ton travail, non ? répond cette dernière. Si tu me dis ce que je dois faire, je peux m'en charger.

- C'est juste que ça risque d'être… salissant, prévient Baldr. Je connais pas grand monde qui apprécie…

- Ne t'en fait pas, j'ai déjà connu beaucoup plus salissant, rassure-t-elle.

- Si tu le dis… »

D'après Baldr, les dégâts subits par le skell lors de la course-poursuite et de la chute sont minimes, probablement grâce au blindage renforcé dont sont dotés tous les skells de combat. Il semblerait qu'il puisse le réparer et le ramener en quasiment un seul morceau à N.L.A., si tant est qu'ils parviennent à rassembler toutes les pièces qui ont été expulsées lors de la chute. Avec un peu de chance, le coût des réparations devrait être grandement réduit par le travail expert de Baldr, qui semble d'ailleurs s'amuser comme un enfant devant un jouet de construction…

Pendant que H. Lin s'applique à suivre les instructions du Reclaimer à la lettre, quitte à se noircir les mains et la tenue d'un liquide noirâtre quasiment impossible à laver, Skoll et Mimir sont chargés d'arpenter la plage à la recherche des différentes pièces détachées indispensables à la réparation de l'engin. Enfin… si on veut être plus précis, il vaudrait mieux dire que Skoll s'active, tandis que Mimir batifole comme à son habitude, copinant avec des créatures potentiellement dangereuses, voir complètement meurtrières.

« Tu as faim ? C'est ça ? » demande Mimir à une térébra qui semble décidément beaucoup apprécier l'odeur de ce qui se trouve dans son sac.

Souhaitant déterminer ce qui peut bien attirer l'attention de cette adorable créature marine mirane, Mimir pose son sac au sol pour en inspecter le contenu. Pour qu'une créature aussi indifférente à la présence humaine manifeste autant d'intérêt à son égard, il doit y avoir quelque chose dans son paquetage dont la créature raffole particulièrement.

« Mais oui ! s'exclame Mimir. Du poisson ! »

La Curator sort de son sac une boîte de métal dans laquelle elle entrepose les aliments à conserver au frais et en sort une sardine dorée… pas tout à fait fraiche en fait… Ça fait combien de temps qu'elles sont là, ses sardines ?

Quoiqu'il en soit, la vue de ce petit poisson à l'odeur prenante accroit encore plus l'intérêt de la térébra envers l'humaine.

« Tiens ! Régale-toi. » rigole-t-elle en lui lançant le poisson, que la créature rattrape au vol et avale d'une traite sous les applaudissements de Mimir.

Une fois le spectacle terminé, Mimir essaie de se concentrer sur la recherche de pièces métalliques, sans grande motivation. Après tout, c'est comme chercher la bactérie originelle dans une soupe primordiale…

Après plusieurs longues minutes de recherche, sous la surveillance assidue d'une térébra bien consciente qu'il n'y avait pas qu'un seul petit poisson dans cette si grande boîte, Mimir finit par trouver un tuyau de métal semblant correspondre trait pour trait à la description qu'en a faite Baldr.

« Youpi ! » s'écrie-t-elle en accourant donner sa trouvaille à Baldr, sous le regard interrogateur de la térébra.

« C'est parfait ! répond Baldr. Encore quatre ou cinq comme ça et le moteur devrait pouvoir redémarrer !

- Mais la nuit ne va pas tarder à tomber… commente H. Lin.

- On va certainement devoir camper ici, du coup, déduit Mimir.

- Ce serait plus prudent, oui, répond Baldr. Mais il faudrait trouver un maximum de pièces avant la nuit, tant qu'on y voit encore.

- Je vais m'activer ! » répond Mimir avant de repartir en courant à la recherche des trésors métalliques éparpillés.

En revenant dans la zone de sa précédente trouvaille, elle remarque que la térébra avec laquelle elle a sympathisé tout à l'heure creuse avec détermination dans le sable. En voyant que la Curator l'observe, la créature marine s'arrête, puis pousse de petits cris comme pour l'appeler.

Intriguée, Mimir s'approche et remarque que la créature a partiellement déterré une sorte de combinaison spatiale humaine.

« Tu as déterré ça pour moi ? C'est trop gentil ! Attends… »

Mimir sort une nouvelle fois de son sac la boîte à sardine et en donne deux d'un coup à la térébra, qui les avale avec plaisir, avant de repartir courir à travers la plage.

« Elle est vraiment adorable cette bestiole… » commente Mimir avant de poser les yeux sur l'objet à moitié déterré.

Il s'agit d'un type de combinaison qu'elle reconnait. Elles se trouvaient à bord de la Grande Blanche. Baldr en avait une similaire, pour les réparations dans l'espace. Maintenant qu'elle y pense, pendant les deux années de voyage elle a jamais eu l'occasion de faire une sortie dans l'espace…

C'est… un peu dommage, en fait.

Elle est tirée de sa rêverie par un petit cri à ses pieds. Lorsqu'elle tourne la tête en direction de l'origine du son, elle trouve son amie térébra qui la fixe avec envie, et un morceau de tuyau gris aux pieds.

« Encore à faire amie-amie avec des monstres… grommelle H. Lin en voyant Mimir caresser la tête d'une térébra.

- Je ne pense pas qu'on puisse la changer, tu sais, commente Baldr sans détourner les yeux du moteur du skell. Même en lui pointant un révolver sur la tempe.

- Elle leur donne même à manger ! s'agace H. Lin sans spécialement rebondir sur le commentaire désobligeant de son collègue. Elle ne se rend pas compte à quel point son comportement nous met en danger !

- Est-ce que je peux te demander de tenir ça ? demande Baldr dans l'espoir de recentrer l'attention de sa supérieure sur quelque chose de plus utile.

- Oui, pardon. Je me suis laissé distraire. » s'excuse H. Lin en reportant son attention sur le moteur partiellement réparé.

Elle ne sait pas ce qui lui prend, mais elle a tendance à beaucoup plus laisser paraitre ses émotions récemment. Ça ne lui ressemble vraiment pas… C'est certainement l'hypothétique fin définitive de l'Humanité s'approchant à grand pas qui pèse autant sur ses nerfs. Aujourd'hui, le compteur de la tour BLADE vient de passer sous la barre symbolique des 50%... Ça ne l'aide pas vraiment à rester calme.

Mais il faut qu'elle se reprenne ! Elle est cheffe d'équipe après tout ! Ses états d'âme ne doivent pas interférer avec sa mission.

« Ouah ! s'exclame Baldr à côté d'elle, la tirant de sa rêverie. Comment t'as trouvé tout ça aussi vite ?! »

Comprenant qu'il s'adresse à quelqu'un derrière elle, H. Lin se retourne et tombe nez-à-nez avec une Mimir portant dans ses bras plusieurs dizaines de plaques de métal, tuyaux et autre pièces aux formes variées.

« J'ai été aidée ! » répond joyeusement la jeune femme, une térébra assise à ses pieds.


Combinaison spatiale US-X : Une combinaison spatiale qui peut rester dans l'espace plus de 24 heures, qui était à la pointe de la technologie lors du décollage de la Grande Blanche.

Exploration de Mira : 6,38 %