Chapitre 17

Mai 1998

Dans la chambre sombre où une atmosphère lourde pesait depuis maintenant plusieurs jours, un rayon de soleil vif avait réussi à passer la barrière des épais rideaux opaques, pourtant tirés. Ce fin rayon de soleil, avait toutefois fait son chemin jusqu'au visage endormi d'Ashley, dont la couverture était remontée jusqu'à son nez. Dérangée, son nez se retroussa et ses paupières se froncèrent un peu, comme s'il serait suffisant de fermer les yeux plus fort pour lutter contre cette luminosité brûlante. Et finalement, dans un soupir dénué d'énergie, ses paupières papillonnèrent pour s'ouvrir sur ses yeux verts, au regard éteint. Les sourcils se froncèrent et un regard assassin fut jeté en direction de la brèche à peine existante entre les pans du rideau. Et puis un instant plus tard, comme si la vérité de la réalité s'était rappelée à son bon souvenir, les yeux déjà rougis et brulants se remplir à nouveau de larme. Encore. Toujours. Douloureusement, elle ferma les yeux, abattue par la souffrance qu'elle ressentait constamment. Ashley n'avait pas la force d'être éveillée. Être éveillée était une continuelle peine qui déchirait son cœur, ses entrailles, son âme… Elle n'arrivait pas à ne serait-ce que survivre à ça. Elle n'arrivait pas à vivre sans lui. C'était comme si ses poumons n'étaient plus capables d'accueillir de l'oxygène. Une sensation d'étouffer constante. D'agonie lancinante et éternelle. Elle avait l'impression d'être une plaie béante, infectée, condamnée.

La gorge sèche, Ashley fini par se redresser difficilement, s'asseyant dans le grand lit vide et froid. Elle passa une main dans ses cheveux, éprise d'une migraine qui ne la quittait plus depuis des semaines. Elle renifla un peu, comme à force de pleurer son nez coulait parfois, essuya ses joues humides, brûlées par le sel de ses larmes. Elle se décida à se lever, dégageant la couverture qui l'entravait, et traversa la chambre, à peine éclairée par ce maudit rayon de soleil. Elle ouvrit la porte.

« … Salut. »

C'était Sugizo, assis sur le canapé, en train de fumer une cigarette. Visiblement, à peine surpris. Elle traversa la pièce pour rejoindre la cuisine. Elle ne lui adressa pas la parole, ni même un regard. Sugizo commençait à avoir l'habitude. Le peu qu'Ashley daignait sortir du lit, elle l'ignorait complètement. Et à chaque fois, le Luna Sea sentait son cœur se serrer. Il la regarda se diriger vers le frigo et l'ouvrir, passant un long moment le nez dedans. Avant de le refermer froidement. L'agacement qui était le sien était si intense, qu'il était palpable. Sugizo savait pourquoi. Il n'y avait plus de bière. Il avait fait exprès de ne pas en racheter, parce qu'Ashley ne buvait plus que ça. Et il voulait qu'elle réagisse, il voulait déclencher chez elle une réaction, des paroles, peu importe s'il devait faire face à sa rage, il l'aurait accueilli à bras ouvert, pourvu qu'elle arrête de se murer dans son silence et ses larmes. Sugizo en était persuadé, elle avait besoin d'exploser. Mais la bombe à retardement se rechargeait encore et encore, et plus l'explosion tardait, plus elle serait terrible et incontrôlable.

Mais allant à l'encontre des espoirs du guitariste, la jeune femme ne dit rien et se contenta de rester plantée dans la cuisine, de longues minutes sans bouger. Si bien qu'il se demanda même si elle respirait. Et puis brusquement, elle se remit en fonction et ouvrit un placard duquel elle sorti une bouteille de sake, qu'elle déboucha. Elle en avala une gorgée si longue, qu'elle parue interminable. Elle emmena la bouteille avec elle, alors qu'elle retournait s'enfermer dans la chambre sous l'œil hagard de Sugizo. Elle alla s'enferme ensuite dans la salle de bain de la chambre, et s'installa sur le carrelage glacé, entre le lavabo et les toilettes, le tout après avoir fermé la porte à clef. Ainsi, elle était sûre que personne ne viendrait l'emmerder ici. Toujours, Sugizo finissait à un moment ou à un autre, par essayer de lui parler au travers de la porte. Mais elle ne supportait plus sa présence. Elle ne supportait plus sa voix mielleuse et les gestes tendres et affectueux qu'il essayait d'avoir pour elle. Elle avait tant l'habitude de se réfugier ici, qu'un tas de paquet de clope et un cendrier l'attendait sagement. Ici, elle pouvait pleurer autant qu'elle le voulait, sans que personne n'essaie de la réconforter. Elle ne voulait pas être réconfortée. Elle voulait étouffer dans ses sanglots. Elle voulait se noyer dans ses larmes. Elle voulait que ça s'arrête. Elle voulait remonter le temps. Elle voulait qu'il ne soit pas mort. Ou mourir avec lui…

Elle ne savait pas bien ce qui l'en empêchait, elle et son penchant sévère pour l'autodestruction. Les veines entaillées, l'alcool, la drogue dure à haute dose… Une vie de bataille et de combat intérieur comme extérieur contre la mort. Elle et sa vie floue, souvent vécue derrière un écran plus ou moins brumeux. Est-ce que ça valait vraiment le coup de rester là, à se réveiller chaque matin, habité par une souffrante débordante ? D'en être à un point de lassitude si intense, qu'elle finissait par ne même plus exister ? Ashley essayait de se rappeler à quand remontait son dernier instant de bonheur. De véritable bonheur, pur et puissant. Elle avait beau réfléchir, ça remontait à lui. Dans les bras de hide. Bien sûr, il y avait eu des éclairs de joie depuis, mais jamais plus de bonheur absolu. Car les seules fois de sa vie où Ashley pouvait affirmer qu'elle était heureuse, c'était quand elle était avec lui. Alors si hide n'était plus là, comme aurait-elle pu à nouveau prétendre au bonheur ? Et à quoi bon se fatiguer, si ce n'était pas pour être heureux ?

L'idée de continuer sur cette voie longtemps lui donna un haut le cœur. Et la migraine fut soudainement accompagnée d'une nausée brutale et incontrôlée. Elle eut juste le temps et la présence d'esprit de se pencher au-dessus des toilettes pour vomir. La brûlure dans sa gorge vint accentuer, si tant est que ce soit possible, les larmes dans ses yeux. Et elle se laissa tomber sur le sol. S'allongeant sur le dos, en portant la main à son ventre barbouillé.

Non, vraiment… Elle ne savait pas ce qui la retenait ici-bas…


Octobre 1992

Ashley déglutit et ses yeux se tournèrent vers hide, qui ne la regardait toujours pas. Planté à côté d'elle, parfaitement immobile. Il attendait une réponse, le visage pourtant inquiet, contraste impressionnant avec l'image qu'il avait donné sur scène. Après ce qui sembla durer de longues minutes, mais qui ne fut à peine que quelques secondes, elle finit par acquiescer. Elle s'excusa auprès de Sugizo de devoir mettre aussi vite fin à leur conversation, et suivit le guitariste qui lui fit quitter cette pièce principale. Ils arpentèrent les couloirs des backstage du Budôkan, dans lesquels bon nombre des membres du staff s'afféraient encore. Et puis, le guitariste s'arrêta devant une porte qu'il ouvrit. Poliment, il demanda à toutes les personnes présentent de quitter la pièce, pouvant se le permettre comme il s'agissait de sa loge personnelle. Les trois membres du personnel abandonnèrent les lieux sans broncher. hide leur indiqua qu'il pouvait aller boire un verre au frais de la princesse -à savoir Yoshiki-, dans la loge principale, leur disant qu'ils l'avaient bien mérité. Et ils entrèrent tous les deux dans la pièce. Afin de s'assurer une certaine tranquillité, hide ferma la porte à clef derrière eux. Il invita Ashley à s'asseoir sur une chaise, près d'une table et elle n'eut aucune envie de contre-argumenter. Quelque part, elle était terrifiée à l'idée d'être seule dans cette pièce avec lui au vu de la teneur de leur dernière conversation. Elle n'avait aucune idée de là où en était leur relation, et très franchement, elle n'avait aucune envie d'en discuter de peur de la réponse qui en découlerait. Mais elle savait qu'elle n'aurait jamais envie d'avoir cette discussion, et qu'elle devrait de toute façon fatalement arriver. Elle se fit violence pour l'accepter. Le plus tôt serait le mieux, arracher le pansement dès maintenant, permettrait une meilleure cicatrisation, que de laisser la plaie enfermée et purulée dans son jus jusqu'à l'infection.

Elle croisa les bras, tandis que hide parti à la rechercher de quelque chose. Et puis, il arriva avec un tas de papier dans les mains et s'assit non loin. Ashley respirait fort, pour essayer de contrôler ses émotions et de rester le plus stoïques possible à la vue du guitariste qui semblait faire preuve d'un calme olympien. Un calme, uniquement en apparence cela dit. Et quand il était en maîtrise à ce point, son visage finissait toujours inévitablement par se fermer. hide posa lourdement ses papiers sur la table, et poussa un soupir avant de se lancer :

« Je vais être franc avec toi, j'ai fait faire des recherches sur ton passé. »

Ashley leva ses yeux verts qu'elle posa sur lui. Brillants, intenses. hide se retrouva hypnotisé par ce regard, probablement pour la millième fois, qu'il le voyait. À chaque fois, il sentait son cœur s'emballer et devenir parfaitement affolé. Il était incapable de dire si l'anglaise avait connaissance de l'effet qu'avait ses yeux sur lui, si c'était une manipulation savamment maîtrisée, ou simplement un regard perdu, mais ce qui était sûr c'est qu'à chaque fois, il en perdait ses mots.

L'anglaise réprima un frisson tant bien que mal, quand l'ampleur de la phrase du guitariste réussi à atteindre son cerveau fatigué. Elle vit hide hésiter une poignée de seconde, et après une inspiration concentrée, il se reprit :

« On a d'abord trouvé ça, dit-il. »

hide posa ce qui semblait être des copies noirs et blancs d'article de magazine, de couverture parfois. Son nom, le titre de ses parents, qui apparaissaient dans des polices énormes. Des photos d'elle, pas à son avantage, prise à une période de sa vie qu'elle aurait aimé oublier. Elle, droguée jusqu'à l'os, prise après des nuits de débauches, où elle n'avait probablement pas dormi au vu de sa tête, trop excitée par la cocaïne qui devait couler dans ses veines. D'autres où elle avait dû se battre au vu des bleus sur son visage. Les titres des articles étaient criant de vérité : "la fille du duc et de la duchesse de Cambridge après une nuit de bacchanale". C'était tout ce qu'il y avait de plus vraie. Des nuits de dépravations complète, à boire, fumer, se battre et se droguer. La cocaïne, l'ecstasy, l'héroïne avaient sa préférence, mais à peu près tout ce qui pouvait exister sur le marché et sous toutes ses formes y était passé. Ayant les moyens, Ashley avait tout de même une préférence pour les drogues de qualité et réputé. Mais ses drogues l'avaient démontées pendant des mois, plus d'une année entière où elle avait été constamment sou influence illicite. Ces heures les plus sombres, où elle avait été un déchet, elle aurait imaginé ne jamais revoir ces images de sa vie, qui la confronté à son passé de façon violente, lui rappelant quelle épave, quelle honte elle avait pu être. Mais il avait fallu qu'elle s'attache. À Heath et par la suite, par extension à hide. Un jeune guitariste talentueux auquel elle tenait plus que de raison, mais à la notoriété inévitable. Cette vision d'elle-même atroce, monstrueuse, embruma son regard de jade. Elle détestait revoir ces images d'elle ainsi, mais elle détesta plus encore savoir que hide les avait vu. Cet homme auquel elle tenait, qui la faisait sourire, lui faisait découvrir des sensations inconnues, mais terriblement apaisante et réconfortante. C'était ça le pire. Pire que tout.

« S'il te plaît, fais vite. Ne fais pas durer cette torture, supplia-t-elle presque.

- J'ai du mal à croire que la fille si solaire que je connais, ait pu un jour être cette personne, répondit hide, la voix enrouée.

- S'il te plaît… »

Son âme tout entière sembla le supplier. Elle ne voulait pas assister à cela, au dégout qui se dessinerait sur son visage, sinon de la pitié. En parler, était une chose, le voir en était une tout autre, et ça rendait les faits plus concrets, plus réels, plus violents.

Finalement, hide posa une autre copie noire et blanche sur le dessus de la pile, qu'il avait déjà exposée, sans rien dire, se contentant de la fixer. Elle posa alors des yeux timides sur cette feuille. Plus flatteuse. Clairement plus flatteuse. Elle, le visage doux, jouant du violon. Elle se figea, avant de lever vers lui un regard interrogateur.

« On a aussi trouvé ça, quand on n'orientait pas nos recherches sur la drogue. »

Il recommença son cirque, où il exposait les articles et les copies une à une, lentement. Ça semblait ne plus vouloir s'arrêter. Tout un tas d'article, de couverture de magazine, qui faisait état de son jeu de violon, et qui commençait à dominer largement.

« J'ignorais que tu avais été premier violon solo de l'orchestre philarmonique de Londres… J'ignorais que tu jouais du violon, en fait. »

La britannique eut un hoquet de surprise. Elle tenta d'essuyer ses yeux, pour empêcher les larmes qui essayaient de se former, de couler. Elle acquiesça doucement, en réponse à la remarque du guitariste. Mais complètement perdue, elle ne comprenait plus rien à ce qui se passait. Elle ne parvenait plus à analyser la situation, et ne savait pas où hide voulait en venir. ?

« Où est-ce que tu as trouvé tout ça ?

- L'équipe de communication de X. Ça fait deux jours que je leur hurle dessus pour qu'ils me fassent ces recherches. J'ai reçu ça tout à l'heure par faxe. J'ai tout lu. Chaque article.

- hide, je…

- J'ai l'impression que je ne te connais pas du tout. Il y a tout un pan de ta vie, colossale, dont j'ignorais même l'existence, continua hide en la fixant de ses yeux noisette, intenses et assurés. J'ai toujours cru que je savais analyser les gens, mais en fait, je ne sais pas qui tu es. »

C'était violent. Suffisamment pou brusquer la jeune femme, qui se leva subitement de sa chaise pour s'éloigner et lui tourner le dos. Elle espérait ainsi qu'il cesserait de la fixer. Ce regard la mettait dans tous ses états. Ses yeux, sa voix, l'expression de son visage indescriptible. Elle n'arrivait pas à percer hide à jour sur ce qu'il ressentait. Lui qui pourtant, était souvent un livre ouvert sur ses émotions, les cachait volontairement, et il faisait ça très bien.

« Ashley, je dois être en colère contre toi, reprit-il en se levant lui aussi de sa chaise. Tu m'as caché des choses importantes ! Tu m'as mis dans une situation des plus délicates !

- Je sais… souffla-t-elle à peine. Je sais et tu as raison.

- Alors pourquoi je n'y arrive pas ? »

L'occidentale se retourna pour lui faire face. hide n'hésita pas à planter à nouveau son regard dans le sien, perdu. Ashley réalisa alors que derrière l'apparence sûr de lui que le guitariste avait pu donner depuis le début de leur échange, il n'en n'était rien. Il était tout aussi perdu qu'elle. Egaré entre ce qu'il devait ressentir : de la colère et entre ce qu'il ressentait vraiment : un indéfinissable attachement sur lequel il n'osait pas encore mettre de mot. Il avait passé deux jours au téléphone pour en arriver là, à dire ces termes. Deux jours à s'engueuler avec l'équipe de communication, les attachés de presse, le management, et tout un tas de gens dont il avait oublié la fonction. hide avait dû faire part de la situation, afin de pouvoir la gérer. Résultat, après s'être fait disputer comme un gosse pendant de longues minutes, où il avait sagement écouté le manager du groupe lui passer un savon, il avait finalement répondu et avait calmé chacun de ses interlocuteurs en leur intimant de trouver une solution à son problème. Car après tout, c'était leur boulot. hide avait signalé ce qu'il voulait, après avoir longuement réfléchis toute une nuit, maintenant il allait l'obtenir. À plusieurs reprises, hide s'était vu menacé d'être viré, pas vraiment à cause de la situation, mais plutôt à cause de son impertinence et sa non-compromission. Mais les compromis, hide n'était pas capable d'en faire. Pas quand il était question de quelque chose d'important pour lui. Et de toute façon, il ne craignait pas les menaces, ce n'était pas la première fois qu'on lui faisait de vaine promesse de la sorte, et pour lui seul les actes comptaient. De toute façon, il savait comme le virer du groupe serait une erreur incroyable. Le départ de Taiji avait couté une fortune tout en ralentissant X dans ses travaux. Alors virer le lead guitarist, moins d'un an plus tard, alors que le groupe ne s'était pas encore pleinement remis à ses activités, ce serait la pire erreur que quelque maison de disque puisse faire. Il en était assez conscient.

« Tu m'as mentit, Ashley. Et ça me blesse. D'autant plus, quand je sais que tu n'as pas eu assez confiance en moi pour te confier.

- C'est pas ça…

- Dans la vie que je mène, et parce que je suis qui je suis, j'ai besoin de certitude. J'ai besoin de vérité et d'honnêteté. J'ai besoin de confiance.

- Je sais…

- Alors pourquoi !? »

Elle soupira, pour retenir un sanglot. Elle se retourna à nouveau, pour cacher son visage à son amant, ou bien pour ne plus le voir, lui et ses yeux pleins de questions, son visage interrogé et blessé. Sur scène, hide était un homme terriblement expressif : son bonheur de jouer, sa concentration quand un solo arrivait, tout ceci était plus que visible sur ses traits. Mais en dehors de la scène, quand il ne faisait pas de son mieux pour cacher ce qu'il ressentait, il était encore plus expressif. Tout ses doutes, ses colères, ses joies, ses peines, ses angoisses, ses rires, ses plaisanteries… Tout, absolument tout se lisait sur son visage ou dans ses yeux. hide n'aimait pas cacher ses émotions, il aimait s'exprimer, et comme il était quelqu'un d'entier, il était un véritable livre ouvert. Ashley enviait hide pour cela. Elle enviait cette honnêteté et cette compréhension de lui-même. Ce n'était pas tant qu'Ashley voulait cacher ce qu'elle ressentait, c'était plutôt qu'elle ne comprenait et ne maîtrisait pas ses émotions. Et pour quelqu'un qui vivait et qui ressentait sa vie de manière aussi extrême, c'était au fond une véritable torture. Cependant, si le visage de la jeune femme n'était pas aussi expressif que celui du X, ce qu'elle ne savait pas, c'est que quand on la connaissait un peu, qu'on s'intéressait à elle, son regard, lui, la trahissait. Ses yeux étaient bien plus parlants que son visage, et en disait toujours plus long que la façade. Heath le voyait très facilement, et hide l'avait vu aussi, très vite. Rapidement, le rouge avait observé le contraste flagrant du visage le plus souvent souriant et jovial de l'anglaise avec la lueur triste, amère et enragée qui brillait au fond de ses yeux. Une expression des sentiments qui dominait la belle britannique malgré elle, et sans même qu'elle ne s'en rende compte. Quelque part, le jeune homme savait qu'il avait la même lueur de rage, de chagrin et de dégout de lui-même. Mais plus mature et conscient de lui-même, il avait enfermé cette rage en Hideto, le petit garçon encore perdu, triste et fou de colère qui vivait en lui. Ce petit garçon qui n'avait pas encore fait la bascule à cet instant charnière de sa vie. Alors Hideto avait imaginé hide, et l'avait laissé contrôler sa vie, un petit garçon devenu subitement un homme, le jour où il avait rencontré la musique. Un homme sûr de lui, mais humble, fort de caractère et parfois colérique, mais profondément gentil, bienveillant et prévenant. Une bête de scène, un musicien incroyable, avec une soif de vivre et de profiter de chaque instant. hide avait construit des barrières solides, épaisse. De véritable digue contre le raz de marée qu'était Hideto, et l'avait enfermé, dix ans plus tôt. Mais ce dont hide commençait peu à peu à voir conscience, c'était que malgré les digues, malgré cette frontière qu'il pensait infranchissable qu'il s'était construit, les murs avaient été fragilisé dès lors qu'il avait posé les yeux sur elle, ou qu'elle ait posé les yeux sur lui, il n'était pas sûr. Oh à peine un peu, une légère fissure quelque part, quasi invisible. Mais l'anglaise aux cheveux rouges et son caractère, son sourire, son regard, son élégance… Elle tout entière, en réalité, était arrivée et avait foncé droit dans ce mur, qui en avait tremblé. Et quand il était avec elle, des bouts de Hideto partait à la rencontre de hide, sans que le guitariste ne puisse le contrôler. Toutefois, hide et Hideto ne s'était encore jamais pleinement rencontré, et il était impossible de dire ce que cela pourrait donner.

« Tu ne comprendrais pas… Fini par lâcher la jeune femme, presque à bout de souffle.

- Pourquoi ? Pourquoi es-tu si persuadée que je ne peux pas comprendre ? »

Parce que personne ne comprenait. Tout du moins, c'est ce qu'il lui semblait. Heath, homme le plus empathique qu'elle connaisse, ne comprenait pas. Pas entièrement. Il faisait de son mieux, et elle le savait, mais il n'y parvenait pas. Alors pourquoi hide comprendrait plus qu'un autre ? Réponse : parce que hide était un homme différent, et que leur relation était différente. hide connaissait moins bien Ashley, peut-être, mais il la connaissait différemment, intimement, physiquement. Elle s'était donnée à lui, comme elle ne l'avait jamais fait avec personne d'autre. Elle imaginait que hide connaissait une part d'elle, que personne d'autre ne pouvait connaître. Ils n'avaient pas seulement eu des relations sexuelles, ils avaient fait l'amour. Il l'avait atteinte, touchée de l'intérieur, comme personne n'avait sût le faire avant. Mais seul le silence répondit au guitariste. Alors celui-ci ajouta :

« Ashley, je veux que tu me racontes le récit de ta vie. En entier.

- Je crois que tu sais ce que tu as besoin de savoir, rétorqua-t-elle.

- Je sais seulement ce qu'on m'a donné, ce qu'il a été possible de trouver. Je ne sais toujours pas qui tu es.

- Mais tu sais qui je suis.

- Non. J'ignore comment tu en es arrivé là, répliqua-t-il en désignant les papiers qu'il s'était appliqué à lui exposer un peu plus tôt. Ici, le résultat, ce n'est pas ce qui compte. C'est le comment. »

À nouveau, elle lui répondit par le silence. Ashley n'avait jamais manqué autant de répartie. Partisante du dernier mot, elle se retrouvait à ne plus savoir contrer face à hide. Et c'était bien la première fois que quelqu'un y arrivait aussi bien.

« Ashley, je dois savoir.

- Mais pourquoi est-ce que tu as besoin de savoir !?

- Mais pour pouvoir trouver une solution ! »

Cette fois, elle en fut sciée. Elle se retourna vivement vers lui, pour le fixer, ne trouvant cela dit, encore une fois rien à dire face à cela. Elle ne savait pas si ça avait été échappé par mégarde, ou bien si hide avait répondu de façon réfléchis. Le connaissant, et sachant comme le guitariste avait toujours une réplique pour tout le monde, c'était très clairement réfléchis. Pour autant, ça acheva de la surprendre.

« Qu'est-ce que tu veux dire ? Finit-elle par dire, après de longues secondes de silence.

- Je veux dire, que si on veut trouver une solution, il me faut tous les éléments.

- Rappels-toi, hide. Rappels-toi ce soir-là. Je t'ai dit que je serais une vraie galère pour toi, et que la décision était simple à prendre. Elle l'est tout autant aujourd'hui. C'est toi qui as voulu qu'on se laisse porter.

- Et tu étais d'accord avec ça. Mais je ne savais pas tout. Cette fois, je veux tout savoir. Je dois tout savoir. »

Ashley le fixa encore une fois. hide déglutit devant ce regard déstabilisant. Il avait envie de lui céder. Il avait envie de renoncer, mais il savait pour le bien de tous qu'il ne devait pas. Il lui fallait tous les éléments pour pouvoir aviser de la suite. Elle resta encore silencieuse, avec ce regard légèrement défiant. Il maintint son regard et sans sourcilier, il posa un ultimatum :

« Si on veut avoir une chance de poursuivre, et de trouver une solution à ce problème, ça sera en toute connaissance de cause de ta situation. Les cartes sont entre tes mains, maintenant. Tu peux tout me dire, me faire confiance et ça sera toi et moi contre le reste du monde. Sinon, tu passes cette porte, et tu renonces à nous. »