Chapitre 15 : Sadako
Le ciel de Gotham était couvert d'épais nuages, comme si la ville elle-même pressentait l'obscurité à venir. Commissaire James Gordon se tenait devant un bureau encombré de dossiers, les cernes sous ses yeux révélant de longues nuits sans sommeil. Il feuilletait des rapports, chacun relatant la même histoire étrange : des morts inexpliquées, des corps retrouvés dans des positions grotesques, les visages figés dans une expression de terreur indicible. Mais ce qui liait toutes ces victimes, c'était une cassette vidéo retrouvée près de leurs cadavres.
Gordon avait vu beaucoup d'horreurs durant sa carrière, mais celle-ci était différente. Il savait qu'il ne pouvait pas affronter cela seul. Un nom flottait dans son esprit, un nom qu'il n'avait pas prononcé depuis quelques mois : Gabriel Belmont. Mais aujourd'hui, Gabriel était devenu bien plus que l'homme qu'il connaissait autrefois. Il était Dracula.
Dans un geste rapide, Gordon décrocha son téléphone et composa un numéro qu'il n'avait jamais pensé utiliser à nouveau.
— Gabriel ? murmura-t-il, la voix légèrement hésitante. J'ai besoin de toi.
Quelques heures plus tard, dans une ruelle sombre et humide de Gotham, un homme vêtu d'un long manteau noir apparut silencieusement. Ses yeux, perçants comme ceux d'un prédateur, parcouraient la ville avec une familiarité teintée de nostalgie. C'était Gabriel, mais son allure, sa posture... tout en lui dégageait une puissance surnaturelle.
Arrivé devant le commissariat, il aperçut Gordon en haut de l'escalier. Leurs regards se croisèrent, et bien que des années se soient écoulées, l'amitié entre eux n'avait pas faibli.
— Ça faisait longtemps, Jim, dit Gabriel, sa voix grave résonnant dans la rue silencieuse.
— Trop longtemps, répondit Gordon, allumant une cigarette nerveusement. Je n'appellerais pas si ce n'était pas grave.
Ils montèrent ensemble sur le toit du commissariat, là où Gordon aimait souvent se réfugier pour réfléchir. La ville s'étendait à leurs pieds, mais une ombre plus profonde que la simple nuit semblait s'être installée sur Gotham.
— Je vais être direct, Gabriel, dit Gordon en tirant une longue bouffée de sa cigarette. Ces morts, elles ne sont pas naturelles. Chaque victime avait regardé une cassette vidéo avant de... partir. Leurs corps étaient... tordus, comme si quelque chose les avait tués de l'intérieur.
Gabriel hocha la tête, écoutant attentivement chaque mot. Son esprit millénaire tournait déjà, cherchant dans ses souvenirs des récits de malédictions et d'esprits vengeurs. Mais cette affaire, cette cassette... cela semblait bien plus moderne que tout ce qu'il avait déjà combattu.
— Cela ne ressemble à aucune malédiction locale, murmura-t-il, son regard se perdant dans les lumières lointaines de Gotham. C'est une malédiction importée, quelque chose d'étranger à cette terre.
Gordon fronça les sourcils.
— Étranger ?
— Oui, répondit Gabriel. Je pense à une légende que j'ai entendue dans les contrées lointaines de l'Orient. Un esprit vengeur, lié à une vidéo. Sadako, un nom associé à la mort et à la terreur. Elle était une jeune femme dotée de pouvoirs psychiques puissants, mais trahie, assassinée. Son désespoir et sa haine ont imprégné la vidéo qui, à chaque visionnage, condamne ceux qui la regardent.
— Donc, quiconque regarde cette cassette... commença Gordon, les mots lourds de sens.
— ... est condamné à mourir dans les sept jours, acheva Gabriel. À moins de transférer la malédiction en copiant la vidéo et en la montrant à quelqu'un d'autre. C'est une boucle infernale.
Gordon se passa la main sur le visage, comme pour effacer le stress qui s'accumulait en lui. Et comment la stopper ?
— La malédiction tire sa force de la peur et de l'énergie psychique accumulée des âmes qu'elle maudit. Je dois trouver l'endroit où tout a commencé ici, à Gotham. Là où la malédiction a pris racine.
Gordon hocha lentement la tête. Bien qu'il ait confiance en Gabriel, l'idée de devoir affronter quelque chose d'aussi sinistre le glaçait.
— Je ne doute pas de toi, Gabriel, mais... cette chose, elle est différente, non ? demanda-t-il en jetant un coup d'œil à son vieil ami. Même toi, tu n'as jamais combattu quelque chose comme ça.
Gabriel posa une main réconfortante sur l'épaule de Gordon.
— Le monde évolue, Jim. Les ténèbres prennent de nouvelles formes. Mais je suis prêt.
Ils restèrent un moment silencieux, à observer la ville. Gabriel pouvait sentir la peur qui émanait de certaines zones de Gotham, des lieux marqués par la mort récente. C'était subtil, mais bien réel.
— Je vais commencer par cette maison abandonnée, déclara Gabriel en tournant les talons. C'est là que la malédiction a dû trouver son premier hôte.
— Fais attention, Gabriel, murmura Gordon avant de le laisser partir. Même toi, tu n'es pas immortel face à tout.
Gabriel ne répondit pas. Il n'avait pas besoin de rappeler à Gordon qu'il était plus que mortel, qu'il avait déjà vu des siècles défiler devant ses yeux. Mais cette malédiction, Sadako... c'était une menace différente. Non pas parce qu'elle était plus puissante que lui, mais parce qu'elle exploitait la peur, ce poison insidieux capable de ronger même les âmes les plus fortes.
Il s'éloigna dans l'obscurité, se dirigeant vers la maison abandonnée où tout avait commencé. Gordon le regarda disparaître, sachant que son ami se battait contre quelque chose de bien plus sinistre que tout ce qu'il avait jamais rencontré à Gotham.
Gabriel marcha lentement dans la nuit, son manteau noir battant contre ses jambes au rythme du vent froid qui soufflait à travers les rues désertes de Gotham. La maison abandonnée, où les premières victimes avaient succombé à la malédiction, se dressait au bout d'une ruelle étroite. Le bâtiment, ancien et délabré, semblait avoir été oublié par le temps, mais Gabriel savait que quelque chose d'obscur y avait pris racine.
Il s'arrêta devant l'entrée, fixant la porte grinçante à moitié arrachée de ses gonds. Les fenêtres étaient obscurcies par la crasse, et l'air même autour de la maison semblait épais, lourd de secrets inavoués. Il pouvait sentir une énergie étrange et malsaine qui imprégnait l'atmosphère, une signature qu'il reconnaissait aussitôt.
"Elle est ici," murmura-t-il pour lui-même. "Sadako."
Gabriel poussa la porte du bout des doigts, et celle-ci s'ouvrit avec un gémissement métallique, comme si elle n'avait pas été ouverte depuis des années. L'intérieur de la maison était aussi lugubre que l'extérieur. Les murs étaient tachés, décolorés par le temps, et le mobilier semblait figé dans une époque révolue. Chaque pas qu'il faisait résonnait dans le silence oppressant.
L'odeur d'humidité se mêlait à une autre senteur, plus subtile, mais bien présente : la pourriture. Un frisson parcourut la colonne vertébrale de Gabriel, mais il restait impassible. Il avait vu bien pire dans sa longue existence.
En s'avançant dans le couloir obscur, il sentit l'atmosphère changer encore. Les ombres, déjà profondes, semblaient se tordre, s'étirer, comme si elles prenaient vie, cherchant à envelopper Gabriel. Il plissa les yeux, observant les coins sombres de la pièce. Il pouvait presque entendre des murmures lointains, comme des voix perdues entre les murs.
"La peur... c'est ce qui nourrit cette malédiction," pensa-t-il en avançant.
Gabriel atteignit ce qui semblait être la pièce principale, un salon à moitié effondré. Au centre, sur une vieille table basse, se trouvait une télévision ancienne, couverte de poussière. L'appareil semblait hors d'usage, mais une cassette vidéo trônait encore à côté, en partie enfouie sous des débris. Gabriel savait que c'était là que les victimes avaient regardé la vidéo pour la première fois.
Il sentit une perturbation dans l'air, comme une pression soudaine. Son instinct lui disait que la malédiction rôdait autour de lui, observant chaque mouvement, attendant le moment propice pour frapper.
"Sadako..." murmura Gabriel, ses yeux scrutant l'obscurité environnante. "Montre-toi."
La pièce resta silencieuse, mais Gabriel pouvait sentir la présence de l'esprit vengeur. Les murs se mirent à craquer, et le plancher sous ses pieds gronda, comme si la maison elle-même réagissait à l'invocation implicite de l'entité. Une froideur surnaturelle envahit la pièce. Le souffle de Gabriel, bien que celui d'un vampire, devint visible dans l'air glacé.
Il s'approcha de la télévision, effleurant la surface poussiéreuse de l'appareil. Alors qu'il tendait la main vers la cassette, les lumières vacillèrent, et la télévision s'alluma soudainement, émettant un bruit statique strident. L'image à l'écran montrait des paysages désordonnés, des visions brisées comme si la vidéo capturait des fragments de l'esprit de Sadako elle-même.
Les cheveux longs et noirs de l'entité apparaissaient en bribes à l'écran, se mêlant à des images d'eau et de terreur. Gabriel resta impassible, fixant l'écran sans détourner les yeux.
"C'est ainsi que tu te montres pour la première fois...", pensa-t-il. "Mais tu ne me fais pas peur."
Une aura de terreur pesait sur lui, tentant de pénétrer son esprit. Gabriel, fort de sa longue expérience avec les forces occultes, se prépara. Il connaissait le danger que représentait cet esprit vengeur. Sadako se nourrissait de la peur, de la terreur la plus profonde, mais Gabriel ne craignait ni les morts ni les esprits. Pourtant, il ressentait la puissance croissante de la malédiction dans cette maison, comme si chaque victime avait amplifié son emprise sur le lieu.
Soudain, le sol craqua sous ses pieds. Les ombres dans la pièce s'intensifièrent, devenant presque tangibles. Les murs semblaient se rapprocher, et un froid mordant s'infiltrait dans ses os. Il entendit un bruit venant du plafond, comme si quelque chose rampait, s'approchant lentement mais sûrement.
Sans paniquer, Gabriel releva doucement les yeux vers le haut. Des cheveux noirs, longs et filandreux, commençaient à pendre du plafond, tombant comme des lianes dans la pièce. Les murs grondaient de plus en plus fort, et le son devenait assourdissant. L'oppression était telle que n'importe quel mortel aurait déjà fui.
Mais Gabriel resta immobile, observant. Il savait qu'il était observé en retour.
Les cheveux s'étirèrent vers lui, cherchant à l'envelopper comme des tentacules sombres. Gabriel, d'un geste lent et calculé, invoqua la lumière surnaturelle de la Void Sword, l'épée qui drainait les forces des ténèbres. L'arme s'illumina, projetant un halo bleu glacé dans la pièce, et les cheveux de Sadako refluèrent instantanément, brûlés par l'énergie mystique.
"Tu te caches dans les ombres, mais tu ne pourras pas m'échapper indéfiniment," dit Gabriel, sa voix résonnant avec autorité.
La télévision grésilla à nouveau, montrant des images de Sadako, se rapprochant, se déformant, comme si elle tentait de sortir de l'écran. Mais Gabriel resta stoïque. Il comprenait maintenant : cette entité n'avait pas d'ancrage réel dans ce monde. Elle s'était attachée à cet endroit et à cette cassette, mais elle pouvait être vaincue.
La malédiction n'était qu'un vecteur, une chaîne qu'il fallait briser à sa source. L'esprit de Sadako, aussi puissant soit-il, était lié à ce lieu. Et tant que la télévision fonctionnait, tant que les images étaient diffusées, la malédiction persistait.
Gabriel leva la main, prêt à couper cette source, mais il savait que ce n'était que le début. Sadako n'allait pas se laisser faire sans se manifester pleinement. Le calme dans la pièce n'était qu'une fausse trêve. Il attendait son véritable face-à-face avec l'esprit vengeur.
"Montre-toi, Sadako," murmura-t-il à nouveau, prêt à affronter les ténèbres.
La télévision grésilla une dernière fois, avant que l'écran ne devienne noir. Un silence pesant s'installa dans la pièce, interrompu seulement par le souffle glacial qui s'était emparé de l'atmosphère. Puis, lentement, une forme commença à émerger du cadre du téléviseur. Des doigts pâles, effilés, se glissèrent hors de l'écran, suivis de bras minces et tordus. Sadako, l'esprit vengeur, se matérialisait peu à peu dans le monde physique. Ses longs cheveux noirs et trempés couvraient son visage, créant une silhouette aussi terrifiante que sinistre.
Gabriel, immobile, la fixait avec une froide détermination. Aucun frisson, aucune hésitation. Il avait affronté bien des monstres et des malédictions au fil des siècles, mais Sadako portait quelque chose d'étrangement différent. Elle incarnait la peur pure, une terreur rampante qui s'insinuait dans l'esprit de ses victimes. Pourtant, Gabriel n'était pas un mortel. Il n'avait rien à craindre de ce genre d'entité. Il était le Seigneur des Ténèbres.
Sadako continua de sortir de l'écran, son corps tordu dans des angles impossibles. Elle ne fit aucun bruit, mais l'aura qu'elle dégageait suffisait à glacer le sang. Ses vêtements, blancs comme un linceul, étaient sales et déchirés, comme si elle était restée enfermée sous la terre pendant des siècles. Lorsqu'elle toucha enfin le sol, un souffle de vent glacial traversa la pièce, éteignant les bougies qui vacillaient dans les coins. Elle restait penchée, ses cheveux couvrant son visage, mais Gabriel sentait qu'elle le regardait, qu'elle tentait de pénétrer son esprit.
D'un geste précis, Gabriel invoqua le Shadow Whip. L'arme, une extension des ténèbres elles-mêmes, apparut dans sa main, se tordant et vibrant d'énergie maléfique. Il n'attendit pas que Sadako attaque la première. Il abattit le fouet, qui claqua dans l'air, traversant l'espace entre eux comme une vipère enragée. Le coup frappa directement Sadako, mais au lieu de l'impact attendu, son corps se déforma légèrement, comme si elle était une illusion faite de brume.
"Tu n'es pas d'ici, mais cela ne te protège pas," murmura Gabriel, ses yeux rougeoyants sous la lueur des ténèbres environnantes.
Sadako, imperturbable, releva légèrement la tête. Pour la première fois, Gabriel aperçut un œil à travers le rideau de cheveux noirs. Un œil d'une noirceur abyssale, vide d'émotion, mais empli de malice. Puis, sans prévenir, elle s'élança vers lui, sa silhouette flottant à quelques centimètres du sol. Ses mouvements étaient rapides, brutaux, mais Gabriel restait calme. Il leva la main gauche, et avec un simple geste de télékinésie, repoussa son assaut.
Sadako recula, ses pieds n'effleurant jamais le sol. Elle ne montrait aucune douleur, aucune réaction. Seulement ce silence assourdissant. Ses cheveux retombèrent à nouveau devant son visage, mais Gabriel pouvait sentir la pression mentale augmenter autour de lui. Elle s'approchait d'une autre manière maintenant.
Soudain, l'obscurité de la pièce sembla se densifier. Les murs se mirent à craquer, et des ombres dansaient autour de Gabriel, formant des images fugaces, des éclats de souvenirs tordus. Il savait ce qu'elle essayait de faire. Elle cherchait à envahir son esprit, à le briser avec ses propres peurs. Mais Gabriel était prêt. Ses doigts se crispèrent sur le Shadow Whip, et il l'abattit à nouveau, cette fois dans un geste de pure défense.
Les visions commencèrent à s'infiltrer dans son esprit malgré tout. Il se retrouva transporté dans une scène du passé, sur un champ de bataille en feu. Des soldats mouraient autour de lui, des cris de douleur et de désespoir emplissant l'air. Il se voyait, couvert de sang, ses mains tremblant alors qu'il tenait un cadavre, un visage familier, trop familier... Marie.
Le choc visuel fut brutal, mais Gabriel ne plia pas. Il avait vécu ces horreurs, il les avait surmontées. Sadako cherchait à raviver des blessures qu'il avait refermées il y a des siècles, mais elle sous-estimait son pouvoir. Il ferma les yeux un instant, murmurant une ancienne incantation pour repousser l'assaut mental. L'air autour de lui crépita tandis qu'un bouclier invisible se formait autour de son esprit, repoussant les images cauchemardesques.
Lorsque Gabriel ouvrit à nouveau les yeux, Sadako était toujours là, immobile. Mais quelque chose dans son attitude avait changé. Elle se tenait plus droite, plus concentrée. Sans un mot, elle tenta à nouveau de pénétrer son esprit, cette fois avec plus de force. Les ombres dans la pièce prirent la forme d'êtres difformes, des silhouettes horrifiques, semblant émerger des ténèbres pour s'abattre sur lui. Des cris de détresse, des voix fantomatiques, envahirent la pièce.
Mais Gabriel ne fléchit pas. Il leva de nouveau la main et invoqua la Void Sword, l'épée mystique qui brillait d'un éclat bleuté, capable de drainer l'énergie maléfique. L'arme fendit l'air, tranchant les ombres autour de lui. Chaque coup dissipait les illusions que Sadako projetait. Les formes éthérées se dissolvaient dans un souffle funeste, incapables de résister à la puissance de l'épée.
Sadako réagit à peine. Ses attaques psychiques devenaient plus intenses, mais Gabriel sentait qu'elle commençait à faiblir. La malédiction n'avait jamais rencontré une telle résistance. Dracula, avec ses siècles de savoir occulte et de maîtrise des arts vampiriques, était un adversaire redoutable, même pour un esprit aussi vengeur qu'elle. Elle continuait de projeter des visions, mais Gabriel restait ancré dans la réalité.
D'un mouvement fluide, il fit tournoyer la Void Sword dans les airs, créant une barrière de lumière autour de lui. Il utilisa ensuite la télékinésie pour repousser une nouvelle vague d'attaques psychiques, envoyant une force invisible contre Sadako, qui recula dans un mouvement saccadé.
"Ton emprise ne peut atteindre un esprit tel que le mien," déclara Gabriel d'une voix calme, mais inflexible.
Sadako resta silencieuse, mais l'intensité de ses attaques commença à faiblir. Gabriel, sentant qu'il prenait l'ascendant, se prépara pour la prochaine étape. Il devait maintenant trouver la source de la malédiction et la détruire une fois pour toutes.
Gabriel se redressa au centre de la pièce, conscient que le combat contre Sadako ne serait pas gagné par la simple force physique. Cette entité ne pouvait être vaincue de manière conventionnelle. Elle puisait son pouvoir dans les âmes maudites, s'alimentant des terreurs accumulées par ses victimes. Sadako était un esprit vengeur, mais aussi un vecteur de terreur pure. Si Gabriel souhaitait l'affaiblir, il devait comprendre le mécanisme qui l'alimentait et agir sur la source de son pouvoir.
S'étant résolu à cette idée, Gabriel ferma les yeux un moment, murmurant des incantations anciennes, des paroles issues d'un savoir occulte millénaire. Ses doigts se mirent à tracer des symboles complexes dans l'air, et un cercle de runes apparut autour de lui, gravé dans la poussière du sol. Les runes brillaient d'un éclat surnaturel, projetant des ombres dansantes sur les murs délabrés de la pièce. Ce cercle mystique avait pour but de bloquer l'accès de Sadako à ses principales ressources : la peur et l'énergie des âmes damnées. À l'intérieur de ce cercle, elle ne pourrait plus pleinement exploiter son potentiel.
Alors qu'il terminait son rituel, une vague de froid traversa la pièce, plus intense que toutes les précédentes. Sadako se déplaçait dans l'ombre, se nourrissant de l'horreur qu'elle projetait. Elle tentait de percer la barrière mystique que Gabriel venait de dresser autour de lui. Les lumières des runes vacillèrent sous son assaut, mais elles tinrent bon. Sadako, frustrée, relança ses assauts psychiques, mais Gabriel ne fléchit pas. Il était protégé par les runes, coupant ainsi son lien avec les énergies occultes dont elle dépendait.
Gabriel ouvrit les yeux et leva la Void Sword, qui brillait d'une lueur glacée. Il savait que l'une des clés pour affaiblir Sadako résidait dans la destruction de ses points d'ancrage dans ce monde. Et cette vieille télévision, encore connectée à la malédiction, en était la source principale.
D'un geste rapide, il abattit la Void Sword sur la télévision, l'impact résonnant dans toute la maison abandonnée. L'écran se brisa en une myriade de fragments scintillants, et une énergie noire s'échappa de l'appareil, comme un cri étouffé venant d'un autre monde. Sadako, furieuse, se mit à projeter des images de ses victimes dans l'esprit de Gabriel, mais elles n'étaient plus qu'une pâle copie des visions qu'elle avait invoquées auparavant.
Des visages tordus par la douleur, des corps déformés par la peur apparurent brièvement, flottant autour de Gabriel comme des spectres hurlants. Il resta imperturbable, sachant que ces images n'étaient que des échos du désespoir, des résidus de la malédiction affaiblie.
"Ton emprise sur ce monde faiblit," murmura Gabriel, sa voix calme et autoritaire. "Je ne suis pas de ceux qui succombent à la peur."
Sadako ne répondit pas, mais l'atmosphère devint encore plus oppressante. Elle ne cessait de se mouvoir dans l'ombre, s'allongeant, se tordant, essayant de trouver un point faible dans la barrière que Gabriel avait érigée autour de lui. Il pouvait sentir sa fureur croître, alimentée par les âmes tourmentées qu'elle avait accumulées, mais elle perdait lentement de sa puissance.
C'est alors que Gabriel décida de passer à l'offensive. Il invoqua le Shadow Whip, cette arme faite des ténèbres mêmes, qui vibrait dans l'air comme une créature vivante. Il la fit tournoyer autour de lui, et dans un geste précis, il frappa Sadako. Le fouet traversa son corps éthéré, provoquant un cri silencieux. L'attaque, bien qu'elle ne l'eût pas détruite, avait affaibli son emprise. Sadako semblait perdre en consistance, son apparence devenant plus floue, moins tangible.
Malgré tout, elle continuait à lutter. Elle tenta une dernière attaque psychique, projetant des visions encore plus terrifiantes, cherchant à briser la concentration de Gabriel. Des scènes cauchemardesques de mort et de destruction apparurent à nouveau devant lui, des batailles perdues, des visages aimés tombés au combat. Mais Gabriel, Seigneur des Ténèbres, avait déjà fait face à de tels horreurs par le passé. Il les connaissait trop bien, et elles n'avaient plus de prise sur lui.
"Je connais la souffrance, j'ai vu le désespoir. Mais ils ne sont pas mes maîtres," déclara-t-il avec une froide résolution.
Il abattit de nouveau le Shadow Whip, frappant Sadako avec une précision implacable. Cette fois, l'esprit vengeur se recroquevilla sous le coup, visiblement affaibli. Ses mouvements devinrent moins fluides, comme si la force qui la maintenait dans ce monde s'épuisait. Les ombres autour d'elle vacillèrent, et sa silhouette autrefois terrifiante commença à se dissoudre.
Gabriel leva la Void Sword une dernière fois, prêt à frapper de nouveau. Mais avant cela, il observa la créature, cette entité maudite. Elle était redoutable, mais comme tout esprit vengeur, elle n'était qu'une victime d'une tragédie passée, un être transformé par la haine et le désespoir. Cela ne changeait rien à sa décision, mais cela lui permettait de comprendre la source du mal.
"Ta malédiction est brisée, Sadako. Tu ne contrôles plus rien ici," murmura-t-il d'un ton froid, mais empreint d'une étrange forme de pitié.
La créature, incapable de répondre, tenta une dernière fois de se mouvoir vers lui, mais Gabriel, avec un mouvement fluide, envoya le fouet d'ombre frapper le sol autour d'elle, empêchant toute retraite. La barrière de runes autour de lui brillait d'un éclat intense, réduisant l'espace de Sadako à une simple zone d'ombre, dans laquelle elle se débattait comme un animal piégé.
Sadako, cette force autrefois redoutable, était à présent affaiblie, incapable de continuer son cycle de malédiction. Pourtant, Gabriel savait que l'élimination complète de sa présence ne se limiterait pas à ce simple affrontement dans la maison. Il restait encore une ultime étape. Le lien principal de Sadako avec ce monde devait être définitivement purifié.
Gabriel se tenait immobile, son regard fixé sur le magnétoscope qui trônait dans un coin poussiéreux de la pièce. L'énergie sombre qui émanait de l'appareil était palpable. Il savait que cet objet était bien plus qu'une simple machine désuète. C'était le cœur de la malédiction de Sadako, le vecteur à travers lequel elle se propageait, condamnant tous ceux qui osaient regarder la vidéo.
"Tout commence et finit ici," murmura Gabriel.
Il leva la Void Sword, l'arme scintillant d'un éclat glacé. D'un geste précis et puissant, il frappa le magnétoscope de toutes ses forces. L'impact fut dévastateur. Des éclats de métal et de verre volèrent dans toutes les directions, et un cri fantomatique résonna dans la pièce. Des ombres s'échappèrent de l'appareil, tourbillonnant brièvement dans l'air avant de disparaître, libérant les âmes piégées par la malédiction. L'atmosphère, jusque-là oppressante et lourde, sembla s'alléger, comme si le mal qui imprégnait les lieux avait perdu de sa substance.
Mais Gabriel savait que ce n'était pas fini.
Sadako, malgré la destruction du magnétoscope, ne disparaissait pas. Son essence, son être maléfique, restait toujours présent, même si elle paraissait plus faible, plus instable. Elle résistait à l'effacement. Gabriel comprit que sa présence était liée à un autre lieu, un endroit bien plus ancien, bien plus enraciné dans la tragédie qui avait donné naissance à sa malédiction.
Il ferma les yeux et appela télépathiquement Circé, demandant son aide. À des kilomètres de là, sur l'île de Ponza, Circé ressentit l'appel de Gabriel. Sans hésitation, elle se concentra sur son compagnon, murmurant une incantation grecque ancienne. Un halo de lumière bleutée enveloppa Gabriel, et en un instant, il fut téléporté loin de la maison maudite.
Gabriel apparut dans un lieu encore plus sombre et oppressant : il se trouvait maintenant devant un vieux puits de pierre, usé par le temps, ses parois couvertes de mousse et de lierre noirci. Le puits, Gabriel le savait, était l'endroit où Sadako avait été jetée après avoir été trahie et assassinée. C'était ici, au fond de ce gouffre, que son esprit avait imprégné la terre elle-même de haine et de désespoir.
Sadako, bien qu'affaiblie, était toujours là, une présence invisible mais palpable, une force maléfique tentant de maintenir son emprise sur ce monde. Alors que Gabriel observait le puits, une vague de froid glacial l'envahit. Des doigts invisibles semblèrent sortir des profondeurs du puits, cherchant à l'envelopper, à l'attirer dans le gouffre béant.
Sadako, dans un ultime effort, tenta de tirer Gabriel dans les ténèbres. Des ombres surgirent du puits, se tordant autour de lui, essayant de le faire sombrer dans les profondeurs où elle régnait encore. Mais Gabriel n'était pas un mortel ordinaire. Il invoqua ses ailes démoniaques, deux grandes ailes noires qui jaillirent de son dos, battant l'air avec une force surnaturelle.
Avec un puissant coup d'aile, Gabriel s'éleva au-dessus du sol, échappant à l'emprise
des ombres. Sadako, bien que désincarnée, émanait toujours une force maléfique, projetant des éclairs psychiques et des visions de cauchemar pour tenter de l'affaiblir. Mais Gabriel restait imperturbable, sa concentration absolue.
Il se prépara pour l'attaque finale. Les ombres autour du puits dansaient frénétiquement, comme un dernier effort désespéré pour protéger leur maîtresse. Mais Gabriel plongea vers le puits avec une détermination implacable. En plein vol, il canalisa toute son énergie dans son bras, faisant appel à l'un de ses pouvoirs les plus redoutables : le Rayon de rétribution divine.
Un faisceau lumineux d'une intensité éblouissante jaillit de ses mains, frappant le puits en pleine cible. L'éclair sacré s'enfonça dans les ténèbres du puits, pénétrant les entrailles de la terre elle-même. Une lumière blanche envahit l'endroit, émanant des profondeurs du puits, repoussant les ombres et purifiant chaque parcelle de mal qui subsistait. Les cris silencieux des âmes torturées cessèrent, remplacés par un calme apaisant.
Le puits, autrefois vecteur de la malédiction de Sadako, se purifia sous l'effet du rayon divin de Gabriel. Les ténèbres qui l'entouraient se dissipèrent, laissant place à une étrange sérénité. Gabriel, flottant au-dessus du sol, sentit la présence de Sadako s'évanouir. Mais contrairement à ce qu'il avait imaginé, ce n'était pas une disparition brutale. L'esprit de Sadako, autrefois consumé par la haine et le désespoir, semblait maintenant libéré. Gabriel observa avec une pointe d'étonnement alors que l'âme de Sadako, purifiée par son attaque, commença à monter lentement vers le ciel.
Le visage autrefois tordu de douleur et de haine se détendit. L'esprit de Sadako, enfin apaisé, trouvait enfin la paix après des années de tourments. Gabriel la regarda disparaître dans la lumière du matin naissant, sentant que la malédiction avait été définitivement rompue.
Il reprit doucement pied sur le sol, observant le puits désormais inoffensif, puis murmura pour lui-même : "Repose en paix, âme tourmentée. Ton fardeau ne pèse plus sur ce monde."
Le silence retomba sur la clairière, interrompu seulement par le bruissement léger des feuilles au vent. Gabriel leva les yeux vers le ciel, pensif. Cette bataille était terminée, mais il savait que le mal prenait toujours de nouvelles formes, prêt à revenir.
Quelques heures plus tard, Gabriel rejoignit Gordon sur le toit du commissariat de Gotham. Le vieux commissaire, toujours impressionné par la nature surnaturelle de son ami, écouta en silence le récit de Gabriel.
"C'est fini," déclara Gabriel d'une voix grave. "Sadako ne tourmentera plus personne."
Gordon hocha la tête, reconnaissant. "C'est bien, Gabriel. Mais j'ai l'impression qu'il y a toujours d'autres forces obscures prêtes à surgir."
"Toujours," répondit Gabriel en souriant légèrement. "Mais tant que je suis là, elles ne pourront jamais gagner."
