Note de l'autrice :

Bonjour chères lectrices & lecteurs,

Je suis ravie de vous retrouver pour ce nouveau chapitre que je poste en anticipation, car comme beaucoup sur la période des fêtes de fins d'année, on est moins disponible. Ainsi que j'ai pour habitude de le faire, je remercie chaleureusement les personnes qui me partagent ce qu'elles pensent de cette fiction. Je vous souhaite à tous de passer de très bonnes fêtes de fin d'année et meilleurs vœux pour cette nouvelle année 2025 :)

Voilà, voilà, je vous laisse découvrir le chapitre VI. Je vous en souhaite une bonne lecture !

A très bientôt…

X.X.X

La Rose des Volturi - Chapitre VI:

Le délice des premiers sentiments.

X.X.X

Château de la Venaria-fin d'après-midi:

Au château de la Venaria, le tonnerre grondait. Depuis plus de deux heures des éclats de voix autoritaire résonnaient dans les couloirs du château. Les gens de la maisonnée faisant des allers-retours au pas de charge entre les cuisines et le petit salon, parsemé ici et là de suie noire qu'il fallait nettoyer du mieux possible avec soin. Pendant ce temps-là, la vieille marquise de Saint-Germain, n'avait guère fière allure, en effet sa robe austère était toute tachée de suie. La vieille femme tournait telle une lionne en cage devant le grand escalier du hall d'entrée côté jardin, s'essuyant par moment à l'aide d'un linge humide sa figure sur laquelle on distinguait encore des traces de suie. La marquise loin de décolérer de ce qui lui était arrivée, passait en cet instant, presque militairement en revu les principaux responsables du personnel de maison, afin d'avoir un semblant d'explication sur ce qu'il avait bien pu se passer dans ce salon. Et aussi, et c'était le plus important, savoir où avait bien pu passer la princesse dont l'absence avait été remarqué depuis maintenant une heure.

-Quelqu'un va-t-il enfin dénier m'expliquer ce qui se passe dans cette maison? S'emportait la marquise une fois de plus. Le salon est dans un état que je ne saurais décrire. -Vous! Ordonna-t-elle en pointant d'un doigt accusateur la gouvernante du château, celle-ci avait la mine impassible mais un peu plus pâle que d'habitude en entendant la marquise l'apostropher. -Je vous somme de me donner une réponse valable à tout ce désordre.

-Mes plus sincères excuses Madame la Marquise. Répondit l'intéressée d'une voix prudente, ses frêles épaules légèrement affaissées en signe de soumission apparente. -Les cheminées du château devaient être nettoyées en fin de semaine. Ceci est un regrettable incident.

-Un regrettable incident dîtes-vous? S'emporta la marquise nullement apaisée par cette réponse rationnelle. -Admettons, bien que j'en doute fort. Et en ce qui concerne la disparition de la princesse? C'est un regrettable incident ça aussi? Où se trouve-t-elle? Eh bien, l'un d'entre vous doit bien le savoir, elle n'a point pu s'évanouir dans la nature sans que quelqu'un le remarque.

-Je crains Madame, que personne ne sache où se trouve son altesse à cette heure. Se permit de répondre très calmement le majordome, comme pour seconder la gouvernante face à la marquise.

-Ah vraiment, c'est que vous n'avez sans doute pas cherché au bon endroit. En tout cas en ce qui me concerne, je pense qu'il n'est point nécessaire de chercher bien loin pour avoir le fin mot de cette histoire. Vous là ! Appela-t-elle en direction de la gouvernante. -Envoyez-moi chercher sur-le-champ, la femme de chambre de la princesse.

-Tout de suite madame la marquise. S'exécuta la gouvernante en lui adressant une brève révérence avant de tourner les talons, cette dernière trop heureuse de s'éloigner momentanément de l'antipathique duègne de la princesse Angélica.

Quelques minutes plus tard, Elenora apparu dans le hall suivi de près par la gouvernante, comme pour empêcher la jeune fille de faire volte-face pour s'enfuir à toutes jambes. Son visage tentant tant bien que mal de dissimuler son appréhension de ce qui allait suivre. La pauvre fille sentait une désagréable boule au ventre, qui s'intensifia au fur et à mesure qu'elle s'avançait vers l'impatiente marquise qui l'attendait de pied ferme, les traits de son visage froids et pleins de suffisance. Elenora n'était point sotte, elle savait que quoi qu'elle dise, elle aurait forcément tort et que la vieille marquise ne se priverait pas de l'accabler de tout et rien, quoi qu'il arrive. Se doutant de l'interrogatoire qui allait suivre, la jeune fille priait intérieurement pour que sa maîtresse revienne très vite. Une fois arrivée à sa hauteur, la jeune fille s'inclina respectueusement devant la noble dame qui lui demanda aussitôt avec véhémence:

-Où est ta maîtresse?!

-Je l'ignore madame la Marquise. Répondit d'une voix aussi calme que possible Elenora qui sentait son anxiété grimper en flèche dans tout son être, en voyant les yeux noirs que lui adressait la marquise, qui visiblement n'en croyait pas un mot. Alors que dans le fond la chose était vraie, la jeune fille n'avait aucune idée, d'où pouvait se trouver la princesse Angélica à cette heure. Et même si elle l'avait su elle n'aurait point voulu le dire à la vieille femme au risque de trahir la confiance de sa maîtresse.

-Tu l'ignores? Comme c'est commode n'est-ce pas? Répliqua la vieille dame non sans réprimer un reniflement de mépris vis-à-vis de la jeune fille légèrement tremblante d'appréhension devant elle. -Bien que je le désapprouve fortement tu es semble-t-il, la personne avec qui son altesse passe le plus de temps. Tu dois forcément savoir où elle est, et un conseil ma fille…Ajouta la marquise d'une voix menaçante en pointant un index inquisiteur vers la jeune domestique. -…je ne te conseille pas de me mentir alors réfléchis bien à ce que tu vas répondre.

A l'entente du ton et l'air clairement menaçant de l'intimidante marquise, le visage de la jeune fille blêmit subitement et quand bien même elle tentait courageusement de rester impassible, ses yeux exprimaient nettement un sentiment de crainte.

-Je ne vous mens pas Madame. Tenta de se défendre Elenora d'une voix aussi assurée qu'elle pouvait vu les circonstances. Et j'aimerais de tout cœur pouvoir être en mesure de vous répondre, mais de grâce, croyez-moi. Je ne sais absolument pas où se trouve ma maîtresse. Je ne suis que sa femme de chambre. Expliqua-t-elle d'une voix qui se voulait humble, tout en prenant un air modeste. -Son Altesse, ne me tient pas toujours informée de ses allers et venues.

A ces mots, la marquise qui demeurait froide et silencieuse, s'avança d'un pas lent mais décidé vers la fille. Elle semblait étudier avec attention ces paroles, cherchant sans doute à y déceler toute trace de mensonge. Elle dévisageait avec dédain la jeune fille de la tête aux pieds avant de desserrer ses lèvres pincées:

-Tu la protèges n'est-ce pas? Comprit-elle, la voix tremblante d'une colère contenue, réalisant aussi que c'était bien le genre de la princesse «d'ensorceler» la domesticité pour pouvoir faire ce qu'elle voulait dans son dos, bien que la vieille marquise ne puisse prouver que cette réflexion soit fondée. Chassant cette pensée, son attention se reporta de nouveau sur la domestique de cette dernière et elle reprit: -Jeune fille si tu tiens à ta place dans cette maison pour la dernière fois, je te somme de me dire où se trouve la princesse !

-Je vous l'ai dit madame je n'en sais…Commença à peine la jeune Elenora qui n'eut pas le temps de terminer sa phrase que la pauvre fille vit et sentie la main de la marquise gifler sa joue. Hébétée par ce geste inattendu, la jeune fille porta sa main à sa joue rougie tout en osant regarder le visage courroucé de la vieille femme qui perdait patience. Un lourd silence de plomb s'abattit alors dans le hall, plus aucunes des personnes présentes n'osaient se mouvoir ou encore respirer, de crainte de contrarier davantage la marquise.

-Tu le prends comme ça, sotte que tu es, alors soit! Dit la vieille dame d'une voix vibrante de colère. -Je te chasse de cette maison, hors de ma vue petite menteuse…

-Vous n'en ferez rien! Retentit soudain une voix autoritaire à l'entrée de la pièce.

A l'entente de cette voix venant de derrière elle, la marquise de Saint-Germain se dévissa presque le cou avant de dénier se retourner complétement pour faire face à une personne que ses yeux plissés ne reconnurent pas de suite, et il lui fallut bien quelques secondes supplémentaires pour réaliser que cette personne vêtue tel un gentilhomme n'était autre que la princesse Angélica elle-même. La vieille dame déglutie de travers en voyant la jeune femme s'avancer d'une démarche assurée dans leur direction, sans prêter la moindre attention aux regards interloqués ou surpris que lui lancèrent certains domestiques sur son passage, guère accoutumés à voir la jeune princesse vêtue de la sorte. Les yeux marron foncé de la jeune femme passèrent de sa domestique au bord des larmes, à la marquise complétement ahurie de la vision que lui offrait la jeune princesse, cette dernière regarda sa duègne de la tête aux pieds, en faisant mine d'être surprise de la voir dans cet état.

-Madame…Commença-t-elle en tâchant de prendre un air incrédule dans le regard. – Que signifie toute cette agitation? Demanda-t-elle l'air calme, mais le ton cependant ferme.

-Mademoiselle…Répondit la marquise qui venait de se ressaisir de sa surprise, ignorant royalement la question de la princesse en lui demanda sans détour: -…D'où venez-vous comme ça? Et dans quel accoutrement, est-ce dont une tenue pour une personne de votre rang? Quelle indécence! S'offusqua-t-elle avec indignation en se passant de nouveau un linge humide sur son front cette fois comme pour vouloir apaiser la sueur froide qui perlait déjà sur son front ridé et encore parsemé de suie. -Eh bien? Répondez, voilà une heure que l'on vous cherche, d'où venez-vous ?

La jeune femme qui entre-temps était arrivée à leur hauteur, servit à sa duègne un sourire complaisant avant de lui répondre:

-Je n'ai point de compte à vous rendre madame. Mais comme je n'ai rien à cacher, je vous répondrai que je suis sortie faire une promenade à cheval sur le domaine. Et pour votre gouverne, ma tenue est tout à fait appropriée pour ce genre d'exercice, vous en revanche, voyez dans quel état vous voilà mise? Lui répondit-elle d'une voix sérieuse, lui faisant ainsi observer que ce n'était point elle qui avait les vêtements et la face couvert de suie.

La vieille dame demeura un instant bouche bée devant l'aplomb des paroles de la jeune femme. Cependant la marquise remarqua une lueur d'amusement dans les yeux de la princesse. La duègne, mécontente, fit un pas en avant pour s'approcher d'elle, soutenant le regard de cette jeune effrontée comme elle se plaisait à la nommer intérieurement.

-Vous osez, vous amuser de cette situation jeune demoiselle ? S'emporta la marquise outrée de tant de désinvolture.

-Ce qui m'amuse madame…Commença à dire la princesse d'une voix qui se voulait patiente. -C'est qu'il suffit que je m'absente ne serait-ce qu'une heure pour que toute cette maisonnée se retrouvent sans dessus dessous. Expliqua-t-elle en balayant la pièce et les gens qui s'y trouvaient du regard. -Que s'est-il passé ici? Demanda-t-elle en interrogeant ouvertement l'assemblée.

-…Un regrettable incident votre Altesse. Osa répondre le majordome. -…de la suie est tombée en abondance du conduit de cheminée du petit salon.

Il eut une seconde de silence des suites de cette explication, avant que la princesse ne reprenne la parole:

-Regrettable en effet. Répondit-elle, après quoi elle reporta son attention sur la marquise. Arquant un sourcil elle la dévisagea une nouvelle fois de la tête aux pieds avant de déclarer à l'attention de tous : -Madame se sera manifestement trouvée au mauvais endroit au mauvais moment. Conclu-t-elle.

-Ce n'est pas là le sujet Mademoiselle. Intervint la marquise qui ne décolérait pas, cependant. -Vous êtes sortie du château sans permission et sans en avertir personne, vous auriez dû être accompagnée. Insista-t-elle d'une voix acerbe. -Puisque visiblement vous vous entêtez à ne pas obéir aux règles imposées, vous demeurerez dorénavant au château jusqu'à votre retour à Turin…

-Madame, il suffit! L'interrompit brusquement la princesse d'une voix ferme, ses beaux yeux brillants d'une colère contenue. La jeune femme avait accompagné ses paroles d'un geste impérieux d'une main qu'elle leva devant elle comme pour intimer le silence à la vieille femme, ne souhaitant pas en entendre davantage.

Des hoquets surpris se firent entendre dans le hall, en effet le personnel n'avait pas l'habitude de voir la princesse Angélica durcir le ton de la sorte et tenir tête aussi ouvertement à la marquise. La jeune femme avait une autorité naturelle dont elle se servait très peu d'ordinaire et il fallait vraiment que quelqu'un outrepasse les limites de sa patience pour qu'elle réagisse ainsi. Bien qu'elle dissimulât assez bien sa colère ses traits si doux se durcirent soudainement, lorsque d'un ton calme mais ferme elle reprit:

-Entendons-nous bien et que les choses soient claires, une bonne fois pour toutes. Je suis ici chez moi! Rappela-t-elle sans plus de façon à la marquise. -Vous avez un peu tendance à l'oublier. Prenez garde madame, jusqu'ici j'ai toléré cela. Mais vous n'êtes pas en droit de m'interdire quoi que ce soit, votre rôle ici est de «veiller» sur moi et non de vous comporter en maîtresse des lieux à ma place.

-Plaît-il? Répondit avec étonnement la vieille dame, comme si elle avait mal entendu ce que la princesse venait de lui dire. -Comment...Chercha-t-elle ses mots, hagarde. -Insolente! Laissa-t-elle échapper, furieuse de la rébellion de la jeune femme. -Comment osez-vous…

-Mais je vous retourne la question. L'interrompit encore Angélica. -Vous qui êtes si encline à rappeler à longueur de temps le rang de chacun. Souffrez que je vous rappelle le mien. Je suis une princesse de Savoie, tâchez de vous en souvenir la prochaine fois que vous oublierez à qui vous vous adressez, madame.

La voix aux accents graves de la princesse avait tant résonné dans le hall que plus personne n'osa émettre le moindre son. La marquise de Saint-Germain fut si choquée et prise au dépourvu de ce revirement inattendu de la situation qu'elle sentie pour la première fois son autorité dangereusement vaciller. Elle n'était pas dupe, elle voyait à son grand déplaisir que l'autorité venait de changer de camp. La noble dame en était sidérée, de voir que cette toute jeune femme avait repris le pouvoir avec une telle aisance, que cela en été très fâcheux et humiliant pour elle. La vieille marquise se disait alors qu'il sera très difficile d'expliquer cette situation à la duchesse douairière.

Voyant que la marquise ne la contredisait pas et ne disait plus mots, Angélica comprit qu'elle venait de gagner une bataille. Mais elle ne s'en réjouissait guère, cependant. Car elle se doutait aussi que dorénavant le plus dure ne faisait que commencer.

-Cet incident est clos! Déclara soudain la princesse à l'assemblée. -Vous tous, veuillez retourner à vos occupations. Ordonna-t-elle en retrouvant un calme apparent en faisant signe de la main aux domestiques de s'en aller de ce pas reprendre leurs tâches, ce que ces derniers s'exécutèrent de faire avec empressement, pour certains trop heureux que cette altercation entre les nobles dames prenne fin de la sorte.

Tout à coup un serviteur entra dans le hall rompant ainsi le silence malaisant qui y régnait, après la sortie des autres domestiques.

-Votre Altesse. La salua-t-il en s'inclinant respectueusement. -Madame la marquise ajouta-t-il à l'attention de cette dernière dont le visage avait blêmi depuis les dernières paroles de la jeune princesse, qui l'avait remise à sa place devant tous. -Pardonnez-moi de vous interrompre, mais je viens vous informer que le carrosse de son Altesse Charles-Emmanuel viens de passer le portail d'entrée du domaine.

À cette annonce la tension encore palpable de l'altercation qu'il y avait eu entre les deux femmes retomba quelque peu. Les yeux de la marquise s'étaient soudain agrandis d'effroi à cette annonce. Angélica s'en aperçu et réprima un rictus amusé devant cette expression si peu courante de la vieille dame. En effet la marquise ne pouvait décemment pas se permettre d'accueillir un prince dans cette tenue toute tachée de suie noir ébène.

-Oh…Son altesse arrive. Répondit Angélica feignant la légèreté dans sa voix. Les traits de son visage se radoucir quand elle répondit: -Fort bien, une fois que son Altesse sera arrivée je vous saurai gré de l'installer dans la salle de musique où je l'y recevrais.

Le serviteur ayant pris ses ordres s'inclina et se retira de la pièce.

-Madame. Appela-t-elle ensuite sa duègne. –Si nous n'avons plus rien à nous dire. Nous devrions de ce pas aller nous changer. Tout en disant cela Angélica qui n'attendait pas de réponse de sa part, passa devant elle pour aller en direction des escaliers, avant de pivoter soudain de moitié vers la marquise pour ajouter:

-Oh! une dernière chose…Si d'aventure il vous venait une nouvelle fois l'envie de vous en prendre à ma domesticité, ne vous attendez pas à ce que je sois autant indulgente qu'aujourd'hui. Je vous conseille vivement de vous en souvenir.

La marquise amère, acquiesça d'un signe de tête puis lui dit d'une voix acariâtre :

-Soyez assurée Mademoiselle que je saurai me rappeler vos paroles d'aujourd'hui… tout comme soyez-en sûre, que Madame la duchesse douairière sera informée de cet affront. Je vous promets qu'il y aura des conséquences à votre…

-Mais je vous en prie Madame faites donc. L'enjoint Angélica d'une voix très douce comme si c'était là peu de chose pour elle, le cadet de ses soucis. -Après tout, rapporter à ma très estimable grand-mère, est votre mission première que je sache.

N'en ajoutant pas davantage la princesse tourna les talons, sans réprimer un rictus victorieux au coin des lèvres. «Votre règne tyrannique ma chère marquise, prend fin aujourd'hui» Pensa-t-elle avec ironie et une once de fierté. Oui, Angélica avait un fort caractère, très affirmé et la marquise de Saint-Germain l'avait appris à ses dépens. Toutefois, la jeune princesse n'ignorait pas que les choses allaient sérieusement se compliquer pour elle dans un avenir proche. La confrontation avec sa grand-mère, la duchesse douairière était désormais inévitable.

X.X.X

Une fois revenu dans ses appartements, Angélica s'empressa de consoler hâtivement Elenora encore en proie à de vives émotions. Bien sûr que sa maîtresse se sentait responsable de ce qui lui était arrivée. Mais Angélica se disait qu'au moins son intervention aura permis qu'il y ait dans cette histoire plus de peur que de mal. «Cette altercation devait bien arriver un jour ou l'autre» Pensa-t-elle avec résignation. Angélica n'avait pu s'empêcher de féliciter Elenora pour son courage, qui à la vérité l'avait impressionné.

-Je suis profondément désolée, je ne pensais pas que cette sorcière s'en prendrait à toi de cette manière. La faute est mienne, j'aurais dû m'en douter. Reconnue volontiers Angélica sincèrement navrée. -Mais allons remets-toi de tes émotions…il faut que tu m'aides à me changer. Après tu pourras aller te reposer.

Elenora ne dit mot, mais s'exécuta après avoir essuyé une dernière fois ses larmes à l'aide du mouchoir en tissu que lui avait donné sa maitresse plutôt. La princesse avait raison après tout il fallait s'en remette. Même si Angélica l'avait involontairement mise dans cette situation délicate, la jeune femme de chambre ne lui en voulait pas, car sa maîtresse l'avait néanmoins défendu devant la marquise, peu de personnes de sa condition l'aurait fait. Car elle n'était qu'une domestique après tout. Les grands de ce monde y prêtaient rarement attention ou ne s'embarrassaient pas de se soucier de leur personnel de maison. Mais Angélica, elle le savait n'avait rien de semblable à ces gens-là. Non elle, elle était une espèce à part dans ce paysage de nobles perruques blanches et de têtes couronnées. Oui Elenora avait beaucoup d'affection envers sa maîtresse. Cette capacité qu'elle avait d'affronter l'adversité, le moindre problème la tête haute, avait poussé la jeune domestique à l'admirer et même à suivre son exemple. Même maintenant la princesse se préparait à jouer de nouveau son rôle de représentation en recevant le prince héritier, ce dernier allait sans doute passer la fin de journée, voire toute la soirée au château. Ainsi qu'il en avait pris l'habitude lorsqu'il venait visiter sa demi-sœur. La journée était loin d'être terminée pour Angélica.

Après s'être fait recoiffée et avoir troqué ses vêtements d'homme pour une robe de satin couleur lie-de-vin, Angélica avec désinvolture se dirigeait vers la salle de musique d'où elle entendait une mélodie jouée depuis le clavecin, cet air était un peu sombre et empreint de gravité, tel une lamentation. Ça n'avait rien d'un air joyeux ou de léger. C'était certes joli à entendre, en convenait la jeune femme, mais d'un autre côté elle s'amusait à penser que cette musique était à l'image de la personne qui laissait actuellement vagabonder ses doigts sur les touches du clavecin. Pour être tout à fait honnête Angélica espérait que Charles-Emmanuel ne resterai que peu de temps cette fois. Quand elle arriva devant l'entrée de la salle de musique entrouverte, la jeune femme demeurera volontairement dans l'embrasure de la porte, ne souhaitant pas dévoiler sa présence tout de suite à son visiteur qui se trouvait assit de dos par rapport à l'entrée de la pièce. Angélica l'étudia un instant, silencieuse. De dos, son demi-frère ressemblait à s'y méprendre à leur père, seul lien qui les unissaient à la famille des ducs de Savoie. Le prince Charles-Emmanuel avait le corps mince et élancé. Mais il n'avait pas autant de carrure et de force au niveau des épaules qu'Amedeo, cependant, ce dernier plus avantagé par la nature que lui d'un point de vue physique. Son visage aux traits aristocratiques était encadré par une perruque de boucles brunes, typique parmi la noblesse de l'époque, bien que la perruque blanche soit elle aussi un accessoire à la mode à ce moment-là. En dehors du fait qu'ils soient de la même famille, elle et lui n'avaient rien en commun. Sauf peut-être la musique, mais ça s'arrêtait là.

Angélica, bien qu'elle soit douée pour cerner les gens, avait toujours eu du mal à comprendre Charles-Emmanuel, pour tout dire ses yeux bleus glacés avaient parfois, le don de la mettre mal à l'aise. Angélica se souvint, que dans sa quatorzième année, la première fois qu'elle fut présentée à la cour son demi-frère ne lui avait accordé qu'une froide indifférence. Et ne lui avait adressé que rarement la parole sauf par politesse. Voilà pourquoi elle s'étonnait encore que depuis son retour du couvent, Charles-Emmanuel lui manifestait de l'intérêt et avait envie de la voir, de la connaitre. C'était assez inhabituel voire déroutant venant de lui et pour dieu seul sait quelles raisons, les visites qu'il lui rendait avaient l'air de lui faire plaisir. Angélica c'était alors demandée si son demi-frère n'enviait pas un peu la relation qu'elle pouvait avoir avec Amedeo, peut-être tentait-il de reproduire la même chose à son tour en se rapprochant d'elle. Mais Angélica avait vite chassé cette pensée de son esprit, car après tout il était peu probable que cela fonctionne. Elle et Amedeo avaient grandi ensemble, leur lien était fort et unique. Rien de comparable ne pouvait être recréé avec quelqu'un d'autre.

Soudain le jeune homme s'arrêta de jouer du clavecin, ce qui eut pour effet de faire sortir la jeune femme de ses pensées. Ce fut à ce moment-là qu'elle décida de se manifester, en s'éclaircissant la voix elle dit d'un ton doux:

-Vous jouez à merveille. Le complimenta-t-elle sincèrement.

Surprit à l'entente de sa voix, le jeune homme regarda vivement par-dessus son épaule en direction de la porte. Ses traits n'exprimant d'abord rien, un sourire vint les adoucir quand ses yeux bleus-gris rencontrèrent la silhouette de la jeune femme dans l'embrasure de la porte. Le prince se leva avec grâce du banc et s'écarta du clavecin pour la saluer en inclinant le torse vers elle. Charles-Emmanuel était presque aussi grand que leur père, cette impression était accentuée par l'habit cintré de couleur orangé-rouille brodé ici et là de files d'or qu'il portait plutôt bien.

-Angélica, pardonnez-moi. S'empressa-t-il de s'excuser de n'avoir pas remarqué sa présence plus tôt. -j'ignorais que vous étiez là.

L'intéressée fit quelques pas dans la vaste salle au haut plafond blanc où se trouvaient plusieurs instruments ainsi que des fauteuils, pour venir vers lui tout en lui accordant un sourire tranquille avant de lui répondre.

-Je vous en prie, point d'excuse. C'était à moi de signaler ma présence. Mais je ne voulais point être impolie et vous interrompre. Il serait plutôt à moi de m'excuser de vous avoir fait attendre.

Maintenant l'un en face de l'autre le prince prit délicatement la main de la jeune femme pour lui déposer un chaste baiser sur les jointures.

-Cela ne fait rien. Répondit-il simplement en laissant Angélica ôter sa main de la sienne. –Madame la marquise ne nous rejoint-elle pas? S'enquit-il en regardant par-dessus l'épaule de la jeune femme comme s'il venait soudain de se souvenir de l'austère duègne.

-Oh…Madame de Saint-Germain a eu une mésaventure aujourd'hui, rien de grave. S'empressa de dire la jeune femme d'une voix qui se voulait rassurante. -Mais cela l'a mise en retard dans ses correspondances journalières. Et je crains que pour l'heure elle ne soit trop occupée à écrire avec application de sa plus belle plume pour combler ce retard impromptu. Expliqua Angélica, non sans une lueur d'amusement dans le regard, tout en affichant un sourire affable aux lèvres. -Et elle vous prie de bien vouloir l'en excuser. C'est donc seule, que je vous recevrai.

La jeune femme nota que ces paroles ne semblèrent pas déranger le prince le moins du monde, au contraire, puisqu'il lui répondit:

-Elle en est tout excusée. Je suis ravie de vous voir, et je suis fort aise que nous puissions nous parler sans qu'aucun ne nous éclaire. Votre exil dans ce château parait fort long à la cour. Comment vous portez-vous? S'enquit-il avec intérêt, changeant de sujet.

-Je me porte aussi bien que possible je vous remercie. Dit-elle courtoise. -Allons ne restons pas debout. Je vous en prie, asseyons-nous. L'enjoint-elle en lui désignant d'un signe de tête, deux fauteuils à proximités. Je manque à la cour, dîtes-vous. Répondit-elle amusée de cette remarque à laquelle elle ne croyait guère. -Vous dîtes cela pour m'être agréable je le sais.

-Non point. S'en défendit-il en la regardant élégamment prendre place dans l'un des larges fauteuils, avant de l'imiter en s'asseyant dans celui en face d'elle. -C'est la vérité.

-Soit! Je veux bien vous croire. Concéda-t-elle non sans grande conviction, cependant. En ce qui la concernait la cour de Turin ne lui manquait pas, loin de là. Au même moment une domestique vint apporter un service à thé qu'elle posa sur une sellette à proximité de la jeune femme avant de s'en aller de la pièce, les laissant seuls.

-Désirez-vous une tasse de thé? Demanda-t-elle poliment au prince, tout en prenant une tasse entre ses doigts.

-Volontiers. Répondit simplement le jeune homme en prenant la tasse qu'elle lui tendit aussitôt.

-Maintenant dîtes-moi...Reprit-t-elle après avoir porté sa tasse à ses lèvres. -Comment se porte notre père?

-Bien, j'imagine. Répondit simplement le prince, qui visiblement ne prêtait pas autant d'attention que sa demi-sœur, à la santé du souverain Piémontais.

-A votre réponse aussi concise, dois-je comprendre que vous le voyez peu? Se hasarda-t-elle à demander.

-En effet. Confirma Charles-Emmanuel d'un ton qui traduisait son léger ennui à converser de cela. -Surtout depuis que son nouvel ami est revenu à la cour il y a quelques jours. L'informa-t-il non sans dissimuler une touche de mépris à la mention du mot «ami».

En l'entendant dire cela Angélica tressailli légèrement en comprenant de suite qui était cet ami à qui il faisait allusion. Et elle essaya cependant de ne rien montrer de ce qu'elle ressentait en entendant Charles-Emmanuel parler du duca di Toscana.

-Vraiment cet homme est revenu à la cour? Fit-elle en feignant l'ignorance sur un ton qui se voulait indifférant.

-Oui…Soupira presque le jeune homme en face d'elle, les yeux soudain plissés comme s'il cherchait un éventuel double sens à sa remarque. –De ce que j'ai cru comprendre il réside à quelques lieux du domaine de La Venaria. N'avez-vous point eu l'occasion de le rencontrer? Son attelage doit passer proche de ces bois, pour rejoindre Turin, ce me semble? Précisa-t-il visiblement bien informé de ce genre de détails. Tout en buvant une gorgée de son thé, le coup d'œil qu'il lui lançait, guettant patiemment sa réaction à ses paroles, n'échappa pas à Angélica. L'attitude du prince ou son regard plutôt, lui rappelait celui de leur père quand ce dernier cherchait à savoir quelque chose l'air de rien. Pour ça Charles-Emmanuel et son père se ressemblaient à n'en point douter.

-Certes non. Menti-t-elle admirablement bien avec aplomb. -Vous êtes le premier à me faire écho de son retour au Piémont. Quoi qu'il en soit, de ce que j'ai pu observer, il ne reste jamais bien longtemps à la cour.

-Qu'en sais-je? Vous savez comme moi qu'aussi longtemps qu'il plaira à son altesse, cet homme restera. De ce que je sais monsieur notre père passe de longues heures avec lui, le soir dans son cabinet privé. Et exige de ne point être dérangé.

-Ma fois qu'elle importance. Répondit Angélica feignant une nouvelle fois l'indifférence bien qu'intérieurement elle brûlait de curiosité, de quoi pouvait bien converser son père avec le duc durant ses soirées? Cet homme entretenait-il des rapports secrets avec le prince du Piémont, comme il le faisait actuellement avec elle? Honnêtement ça ne la surprendrait pas que cela soit le cas. Quelle était la nature exacte de leur relation, faisait-il office de conseiller? Tant de mystères…pensa-t-elle frustrée de ne pas savoir de quoi il en retournait exactement. Angélica songea aussitôt à tenter d'en découvrir plus leur de son retour à Turin. Pour l'heure, elle ne souhaitait pas aborder le sujet du duc avec Charles-Emmanuel. Craignant que cela n'éveille quelques questions déstabilisantes de la part du prince héritier.

-Ça vous indiffère tant que cela? Sembla vouloir insister le prince. -Excusez-moi si je me méprends mais ce n'était pas l'impression que j'en avais lors de la chasse à courre de septembre dernier. Avait-il ajouté l'air de rien.

A la grande surprise du jeune homme, Angélica se mit à rire avec légèreté.

-Oh…n'exagérons rien, je vous en prie. Cet homme a eu l'effronterie de me défier ce jour-là, qu'auriez-vous fait à ma place?

-Je l'aurais ignoré, n'ayant rien à lui prouver. Répondit Charles-Emmanuel la mine un peu perplexe face à la réaction désinvolte d'Angélica.

-Oui c'est ce que vous auriez fait j'en suis sûre. Dit subitement, la jeune femme sans surprise d'un ton léger. -En cela nos avis divergent. Maintenant changeons d'arguments voulez-vous? S'empressa-t-elle de dire avant que Charles-Emmanuel ne réplique à son tour.

-Soit! si cela vous plaît. Sembla capituler le prince, en lui adressant un sourire qui se voulait agréable. Bien que la jeune femme trouvât ce sourire…étrange. Cette impression s'expliquait peut-être par le fait qu'elle n'avait point l'habitude de voir son demi-frère en user avec elle. Cela ne lui semblait pas naturel. Mais elle n'en fit pas grand cas.

Angélica fut en quelque sorte soulagée que le prince n'insista pas davantage pour lui parler du duc. Par ailleurs elle se demandait pourquoi il semblait tant y tenir? Soupçonnait-il qu'elle eut pour lui des secrets qui concernent cet homme si mystérieux? À la vérité peu importait à Angélica, qui comptait bien orienter cette discussion dans une autre direction d'ici peu. La jeune femme était déterminée à garder jalousement ses secrets pour elle. Notamment un, dont son jeune cœur commençait à peine à lui faire prendre conscience qu'une émotion nouvelle venait d'y prendre place. Ce secret-là était de loin le plus dangereux de tous, jamais à quiconque, Angélica, qui ne le savait que trop bien, ne devrait révéler ; Le délice des sentiments si troublants, qu'elle se sentait éprouver depuis peu, pour cet homme étrange aux yeux couleur de sang.

X.X.X

Palais royal de Turin – Quelques jours plus tard:

Le prince Amedeo était de retour au palais royal de Turin après avoir passé les 2 derniers jours en compagnie de sa sœur au château de La Venaria. Depuis quelques temps le jeune homme vivait partagé entre ses deux lieux de résidences. Il comprenait qu'Angélica aime l'atmosphère reposant de ce domaine, quoi que «reposant» ne soit plus le terme approprié vue les circonstances actuelles. En effet sa sœur lui avait raconté son altercation d'un genre houleux avec la marquise de Saint-Germain. Décidément Angélica n'avait pas autant de chance qu'il l'avait supposé. La marquise se faisait discrète depuis, mais Amedeo et Angélica savaient pertinemment que cela cachait quelque chose. Et le jeune homme pensait savoir quoi exactement, nul doute que la marquise avait reçu des instructions de la part de madame Royale et Amedeo ne serait pas étonné que prochainement cette dernière s'entretienne avec sa sœur. Il s'était alors demandé s'il ne serait pas judicieux qu'il aille trouver en premier leur grand-mère, afin de tenter de comprendre et peut-être d'adoucir l'état d'esprit de la duchesse vis-à-vis de sa petite-fille. Il n'avait pas échappé au jeune homme qu'il était dans les bonnes grâces de sa grand-mère, car ce n'était un secret pour personne que la vieille femme lui prodiguait son affection. Amedeo ne prétendait pas tenter d'influencer sa grand-mère mais de l'amadouer un peu. Car le jeune prince avait tout autant de charme que sa sœur sur les gens et notamment sur la gent féminine pour ce qui le concernait. Un charme étrange, malin comme diraient certaines langues médisantes. Amedeo les ignorait, il avait d'autres préoccupations autrement plus importantes à ses yeux que les racontars de cour. Nonobstant, la cour de Turin avait de quoi jaser depuis ces derniers jours.

La réapparition plutôt discrète du Duca di Toscana, n'était pas passé totalement inaperçu le soir dans les couloirs du palais. Car oui cet homme venait rarement en journée, pour ce qu'Amedeo en avait vu les quelques fois où il l'eut aperçu sans jamais venir à lui cependant, que le duc venait certains jours rendre visite au souverain en fin de journée jusqu'à tard dans la soirée. Le prince en fin observateur, avait remarqué que le comportement de certains courtisans changeait en sa présence. On le regardait avec un intérêt poli ou de la pure fascination, sans jamais pour autant oser adresser la parole à cet homme, comme si une aura étrange les maintenait à distance de ce curieux personnage. Et pour les rares qui se risquaient à l'approcher, on disait que ce duc avait un mot aimable pour chacun, et qu'il était tout à fait charmant. Sans vraiment s'en rendre compte Amedeo était tout aussi fasciné que les autres par cet être charismatique, mais pas pour les mêmes raisons. Le jeune prince avait pris l'habitude de l'observer discrètement de loin. Il le voyait quelquefois sortir du cabinet privé de son père, et il avait noté que quand les deux hommes se voyaient ils étaient toujours seuls. Bien entendu son père ne l'entretenait jamais des discussions qu'il pouvait avoir avec son ami. Non le souverain restait discret sur ses amitiés de manière générale. Enfin il y avait bien une autre personne avec qui le jeune homme aurait aimé s'entretenir au sujet du duc, c'était avec sa jeune sœur. Bien qu'ils se virent régulièrement ces dernières semaines, Amedeo, tant que le duc était reparti en Toscane, n'avait pas encore choisi d'aborder le sujet avec elle. Mais maintenant que cet homme était de retour, il préférait néanmoins attendre encore un peu le retour de Silvio, qui était prévu dans quelques jours. Pour l'heure Amedeo ne savait rien de ce que son ami avait pu éventuellement trouver concernant le duc. Et il craignait que son ami ne revienne bredouille de sa petite enquête à Florence.

En cette matinée nuageuse de novembre le prince venait d'assister à une réunion du conseil de guerre qu'avait présidé Vittorio-Amedeo II, en effet les relations diplomatiques entre la France et le Royaume du Piémont ne s'étaient guère améliorées depuis les deux derniers mois qui s'étaient écoulés. Et le souverain cherchait des alliés auprès de ses voisins européens, notamment l'Espagne en froid également avec le Royaume de France. Le jeune prince qui venait tout juste de sortir de la salle, était suivi de près par l'ambassadeur d'Espagne qui l'apostropha en arrivant à sa hauteur :

-Votre altesse. Commença l'homme qui s'appuyait sur sa canne d'une main tandis que l'autre s'agrippait sur un pan de sa veste noire brodée de motifs baroques gris. -Puis-je avoir un mot d'entretien avec vous? Demanda-t-il de sa voix rauque d'où on percevait un léger accent espagnol.

-Comte Aragon. Répondit le jeune homme en acquiesçant à sa demande d'un signe de tête. -Oui naturellement.

Le vieil ambassadeur la mine reconnaissante, se plaça aux côtés du prince et fit quelques pas silencieux en sa compagnie pour s'éloigner quelque peu de la salle du conseil avant de reprendre:

-Sachez votre altesse, que j'ai trouvé votre intervention au conseil judicieuse, si vous me permettez, malgré votre jeunesse vous faîtes preuve d'une sagesse surprenante.

-Je suis surtout pragmatique, señor. Corrigea-t-il d'une voix blanche.

-Certes je le crois bien volontiers. Concéda ce dernier. -Vous savez, en Espagne nous résistons depuis des années, aux efforts de la France pour affaiblir notre royaume. Il serait avisé que le Royaume du Piémont en fasse autant.

-Je vous entends señor, mais vous savez comme moi que la France est puissante. Lui rappela le jeune homme la mine parfaitement impassible, se gardant bien de dévoiler ses émotions. Un art qu'il maitrisait parfaitement dans ce milieu de faux-semblants.

-La puissance de la France est précisément ce qui doit convaincre le Piémont de se joindre à notre alliance. Argumenta le comte. -Les Français vous saignent à blanc. Lui fit-il observer d'une voix grave.

-Ils essayent, señor. Concéda en partie le prince. -Ils essayent seulement. Ainsi que l'a suggéré son altesse royale nous pourrions les attaquer maintenant pendant que nous sommes forts et qu'ils sont en pleine guerre contre la Flandre.

-En effet, mais quoi qu'il en soit, ce n'est point tant pour vous entretenir de cela que j'ai tenu à vous parler seul à seul. Avoua enfin le comte Aragon.

-Expliquez-vous. Lui demanda le jeune homme l'air soudain intrigué.

-Voyez-vous votre altesse, il me plait de penser qu'un jeune homme de votre qualité, nourrit forcément des ambitions. Avec vos multiples talents, qui n'ont point échappés à mon œil avisé, vous pourriez aspirer à la fonction d'ambassadeur de votre pays dans les grandes cours d'Europe.

Amedeo, bien qu'agréablement surpris de ces dires, demeura quelques secondes, silencieux. Comme s'il prenait le temps d'étudier cette proposition formulée par l'ambassadeur d'Espagne. Puis il desserra les lèvres:

-N'est-ce point à mon souverain de décider de ces nominations? S'il estime que j'en fût digne.

-Votre modestie vous honore, altesse. Le complimenta le comte appréciant cette qualité chez ce discret mais néanmoins avisé jeune homme. -Certes il va de soi que son altesse le prince Vittorio-Amedeo est seul décisionnaire de la nomination de ses ambassadeurs. Mais si l'idée vous intéresse et que l'alliance de nos deux royaumes se concrétise, ce en quoi j'ai bon espoir, je puis tout à fait suggérer votre nom à ce poste de grande responsabilité, à son altesse, votre père. Un esprit avisé sait qu'il lui faudrait un homme capable de faire impression auprès des grandes cours pour défendre les intérêts du Piémont. Qui serait mieux amène à cette noble tâche que vous, son fils. Argumenta assez bien le comte, dont les paroles inspiraient la longue expérience qu'était la sienne. -De grâce…Le pria avec une légère insistance le comte. -…J'espère que vous y repenserez, l'idée n'est pas mauvaise et vaut bien la peine qu'on la considère.

Le jeune prince étudia un instant l'homme à ses côtés, en effet il devait bien admettre qu'il trouvait l'idée qu'il venait de lui soumettre séduisante. Voyager dans les cours d'Europe pour le compte du Royaume du Piémont-Sardaigne était un grand honneur, mais aussi une grande responsabilité qu'il se sentait la force d'endosser. Si son père l'en jugeait digne cela va de soi, Amedeo voulait cependant mériter ce poste et non qu'il lui soit attribué au simple fait qu'il soit le fils du souverain Piémontais.

-Je vous remercie de ces marques d'estimes que vous avez la bonté de me témoigner, señor. Et vous promets de songer à ce dont vous venez de m'entretenir. Répondit le jeune homme d'une voix sincère au comte Aragon. -Maintenant señor, si vous voulez bien m'excuser je suis attendu. L'informa-t-il l'air navré.

-Mais certainement. Je ne voudrais guère abuser de votre temps. Répondit le comte, compréhensif. -Je vous sais gré de m'avoir accordé un peu de votre temps. Et si vous me permettez une dernière chose…Veuillez je vous prie transmettre mes respectueux hommages, ainsi que mon bon souvenir à son altesse votre sœur, que je n'ai hélas pas eu le plaisir de pouvoir saluer en personne.

-Je n'y manquerais pas. Promit le prince. -Elle en sera ravie. Sur ce je vous souhaite une agréable journée señor.

Les deux hommes se saluèrent de la tête et le prince parti de son côté. Tout en descendant l'escalier pensif sans prêter plus d'attention aux quelques courtisans qui s'écartèrent sur son passage en le saluant de respectueuses «courbettes» comme il s'amusait à nommer ce genre de salutation purement protocolaire. Amedeo comptait maintenant rendre visite à sa grand-mère. Il se dirigeait, silencieux et pensif en direction de l'aile où se trouvaient les appartements de la duchesse, soit à l'autre bout du palais. Le jeune homme songeait avec intérêt aux propos qu'il venait d'échanger avec l'ambassadeur d'Espagne. C'était une belle opportunité que le vieil homme lui avait soumise. Amedeo déambula encore quelques mètres dans le corridor du rez-de-chaussée quand tout à coup ses yeux se posèrent malgré lui sur une élégante silhouette de dos, qu'il venait de voir passer par la grande fenêtre qui donnait sur les jardins. Il s'interrompit, mettant subitement de côté toute autre chose qui n'avait pas de lien avec cette gracieuse personne qu'il apercevait présentement. L'air absent, un discret sourire naquit sur ses lèvres. Sans un mot, le jeune prince se détourna de son objectif initial, jugeant que celui-ci pouvait attendre un peu et entreprit de sortir dans le jardin pour aller saluer Adalina qu'il avait reconnue en compagnie de sa mère.

D'abord il les suivit discrètement. Prenant le temps d'élaborer une approche «fortuite et subtile» car le jeune homme ne souhaitait pas montrer trop ouvertement aux yeux de tous, son intérêt pour Adalina en venant directement à leur rencontre, cela en aurait fait jaser certains à coup sûr. Il fallait donc ruser un peu, c'est pourquoi il bifurqua sur la droite vers la partie la plus boisée du parc pour mieux dissimuler aux dames sa présence. De plus les autres courtisans présents dans les jardins lui permettraient de passer inaperçu juste le temps qu'il faut pour faire en sorte d'effectuer une boucle qui ferait ainsi croire aux deux dames qu'il se dirigeait vers le palais avec l'intention d'y entrer. S'il s'y prenait bien il pourrait les saluer tout en leur faisant croire à une rencontre hasardeuse. Amedeo était doué pour être discret, il avait un certain talent pour ne pas se faire remarquer contrairement à sa sœur. Se dérobant à la vue des dames, grâce aux grands arbres aux feuilles orangées du parc, il les suivait toujours du regard. Il observa la jeune fille aux cheveux blond vénitien, se promener en compagnie de sa mère avec qui elle semblait être en grande conversation. Par moment son discret admirateur, observa que quelques-unes de ses mèches bouclées sous son élégant chapeau vert pâle, semblaient flotter, sous l'effet d'une légère brise automnale.

Le jeune prince, les suivit encore quelques mètres plus loin méditant sur son approche avant de se résoudre à mettre sa stratégie à exécution.

De leur côté les deux nobles dames, loin d'imaginer être observé à bonne distance, avaient continué leur conversation, parlant de tout et de rien, puis leur discussion se porta sur le prochain bal de cour qui allait avoir lieu début décembre. Un bal à la cour était toujours un événement qu'il ne fallait pas manquer pour les gens de la noblesse. Car un bal de cette envergure n'était pas qu'affaire de divertissement, loin de là, c'était un endroit où il fallait être vu et remarqué. Cela permettait les rapprochements en tout genre, favorisait les alliances entre familles afin de trouver un bon parti de noble naissance pour leurs filles ou bien une héritière à la dote avantageuse pour leurs fils. Tout n'était qu'affaire de contrat, d'argent. Et c'était ce que le prince Amedeo et sa sœur méprisaient le plus dans toute cette mascarade, comme ils l'appelaient entre eux. Les beaux sentiments n'y avaient pas leur place. Qu'on le veuille ou non la vie des jeunes gens de l'époque, était régie par leur famille et soumis aux intérêts de celle-ci. Ce bal des faux-semblants semblait enthousiasmer les deux femmes, qui ne prêtaient pas plus d'intérêt à cette réalité des choses. La mère étant plus occupée à entretenir sa fille du fait qu'il lui faudrait une nouvelle toilette pour cet événement d'importance. Ce sujet les distrayait tant qu'elles ne prirent pas garde à l'individu qui s'avançait au même moment vers elle d'un pas assuré.

-Bonjour Mesdames. Les salua respectueusement Amedeo de sa belle voix de ténor.

Les deux femmes surprises en reconnaissant la voix puis le visage de l'homme qui les avait interpelés, s'interrompirent aussitôt de parler comme de marcher, à croire qu'elles venaient de se trouver face à un mur. Confuses de ne pas l'avoir vu venir à elles, Adalina et sa mère mirent quelques secondes à reprendre constance avant de lui rendre son salut de leur plus belle révérence.

-Votre altesse. Parla la mère de la jeune fille silencieuse à ses côtés. -Pardonnez-nous, nous devisions ma fille et moi et nous ne vous avions point vu… S'empressa-t-elle de s'excuser.

-Je vous en prie madame, il n'y a rien à pardonner je vous assure. Vous me faites plaisir au contraire. Avoua-t-il ravi cependant de son petit effet de surprise. -Voyez-vous, je n'aime guère être l'objet de l'attention. N'attendant pas de réponse à sa remarque le prince pivota légèrement vers la jeune fille qui l'observait timidement, la teinte de ses pommettes rosies sous le regard doux que lui adressait en cet instant le très beau jeune homme. -Mademoiselle Adalina. Je suis fort aise de vous revoir à la cour et de constater que vous semblez vous porter pour le mieux.

Si Amedeo se permettait de s'adresser directement à elle c'était bien parce que sa mère Maria toujours présente à son côté et qui lui tenait lieu de chaperon, lui avait par le passé permis de le faire. Bien que cette dernière n'eût jamais le moindre doute sur les qualités de gentilhomme du prince Amedeo, l'usage voulait qu'une jeune fille non mariée soit toujours chaperonnée en présence d'un homme. Que l'homme en question soit une altesse royale n'y échangeait rien.

Amedeo connaissait bien sa famille étant donné que la mère d'Adalina n'était autre qu'une des nièces de la comtesse Di Sommariva. Avant d'ouvrir la bouche la jeune fille adressa un coup d'œil en biais à sa mère, comme pour lui demander silencieusement la permission de répondre au prince. Celle-ci accéda à sa requête d'un signe affirmatif de la tête.

-Votre altesse est trop bonne de l'avoir remarqué…Commença à lui répondre la jeune fille de sa voix frêle. -En effet, j'ai été souffrante quelques semaines, mais grâce à dieu, le mal a fini par passer.

-Vous m'en voyez ravi, à mon sens la santé est un bien plus précieux que toutes autres richesses en ce monde. Répondit le prince d'une voix presque chaleureuse, toutefois la demoiselle remarqua à son grand étonnement une lueur étrange passer dans les yeux du prince.

Soudain le vent se leva suivi de peu par un grondement menaçant venant du ciel.

-Quel dommage, il va y avoir de l'orage. Se lamenta la jeune fille qui secrètement, comprenait que cela mettrait un terme à leur entrevue impromptue.

-En effet. Acquiesça Amedeo qui tirait en cet instant les mêmes conclusions qu'elle, tout en levant les yeux vers le ciel grisonnant. -Puis-je vous suggérer de rentrer au palais avant que la pluie arrive, mesdames. Nous ne voudrions point que vous attrapiez froid une seconde fois n'est-ce pas? Dit-il à l'attention de la jeune fille.

-Certes non ! Parla enfin sa mère. -Nous avons eu suffisamment d'inquiétudes lors de cette dernière fièvre. Expliqua-t-elle tout en ayant l'air de se remémorer la chose. -Vous avez raison prince, il est plus sage de retourner au palais.

L'affable jeune homme, les mains croisées dans le dos, s'approcha d'un pas puis demanda galamment à la timide jeune fille comme s'il ne voyait qu'elle:

-Si vous le permettez, puis-je faire quelque pas en votre compagnie jusqu'à l'entrée du palais? Puis ses yeux délaissant à regret sa figure rougissante, le prince s'adressa à la mère de cette dernière. -Avec votre permission madame cela va de soi.

La mère de la jeune fille acquiesça d'un signe de tête à sa demande tout en affichant un sourire discret sur ses lèvres fines, ayant bien saisi que le jeune homme en réalité lui demandait poliment s'il pouvait avoir un mot d'entretien avec Adalina. Alors la mère se mit instinctivement en retrait légèrement derrière eux pour leur laisser un peu d'espace, ce qui ne l'empêchait toutefois pas d'entendre ce que les jeunes gens pourraient se dire. Ils firent volte-face pour marcher en direction du château, le ciel commençant à gronder plus fort au-dessus d'eux. La jeune fille jetait par moment des petits coup-œil discrets au fringuant jeune homme qui se tenait à une distance respectable, ce dernier bien conscient du caractère réservé de la demoiselle, se plu à lui adresser un de ses si beaux et rares sourires, comme pour lui signifier qu'il avait bien remarqué ses œillades qui pourtant se voulaient discrètes. Quand elle le comprit, Adalina tenta vainement de lui dissimuler sa gêne en regardant ailleurs. Le prince Amedeo avait tant de prestance et sa plaisante apparence lui donnait beaucoup de charme, ce qui l'intimidait grandement. Même si officiellement il ne lui faisait pas la cour, Adalina n'était point aveugle, elle avait bien vu que le jeune homme depuis peu lui portait un intérêt discret. Ce qui ne semblait point du tout, déplaire à sa mère Maria, ainsi qu'à sa famille, en effet être remarquer par un membre de la famille royale du Piémont, était loin d'être une mauvaise chose. Amedeo bien qu'il soit le fils naturel de Vittorio-Amedeo II et de son ancienne favorite, il n'en demeurait pas moins un prince légitimer par son père. Cela dit le jeune homme parvenait aisément à faire oublier l'infortune de sa naissance. Sa réputation irréprochable, ajouté à son charme y était pour beaucoup. Et de toutes façons son père n'aurait point été le premier souverain à avoir des enfants de sa maîtresse. Tout comme le fait que ses enfants soient des «bâtards légitimés» n'empêcherait pas leur père de leur trouver de bons partis le moment venu. Il lui suffirait d'offrir en compensation à la perte de prestige lié à ces unions, une somme conséquente aux familles des partis choisis. Car oui le mariage d'un membre d'une famille royale était avant toute chose affaire d'état. Seul le souverain pouvait décider des alliances que contracteraient ses enfants par leur mariage respectif.

Tout cela, Amedeo en avait bien conscience, et c'était-là la principale raison pour laquelle il restait discret quant à son récent intérêt pour la jeune Adalina. Cette dernière, à la silhouette frêle, était âgé de seulement 18 ans. Elle n'était pas très grande et avait une allure de femme-enfant, qui lui donnait un je ne sais quoi de charmant aux yeux du prince. Elle avait un joli teint rosé, qui se mariait parfaitement avec la couleur de sa robe vert pâle. Les traits de son visage cependant étaient plutôt anodin, parsemé de tache de rousseur. La jeune fille n'était pas dotée d'une grande beauté remarquable comme pouvait l'être celle d'Angélica. Bien qu'il y soit tout autant sensible que quelqu'un d'autre, la beauté n'était pas ce qui retenait en premier lieu l'attention du prince. Le jeune homme était plus sensible à l'aura qui émanait d'une personne et Adalina, cela se voyait n'avait aucune once de faux-semblant dans le regard, elle avait cette douceur de caractère, cette pudeur dans ses sentiments qui la rendait agréable voire touchante. Elle était discrète ce qui la faisait passer pour timide. Amedeo se disait souvent en songeant à elle que pour être adorable, il ne lui suffisait que d'être elle-même. Et après quelques pas silencieux, Adalina osa parler au jeune homme.

-Mademoiselle votre sœur ne se trouve-t-elle point à la cour avec vous?

Le prince, quoi qu'au premier abord surprit qu'Adalina lui parle de sa sœur, s'amusa un peu de sa demande et avant qu'elle ne se méprenne sur sa réaction il répondit:

-Figurez-vous que vous n'êtes point la première personne à me le demander aujourd'hui. Cela en devient divertissant de voir combien son absence est remarquée…

-C'est qu'on a rarement le loisir de vous voir l'un sans l'autre. Lui fit observer aussitôt la jeune fille.

-Il est vrai. Admit le prince. -Ma chère sœur sera de retour à la cour début décembre, vous pourrez ainsi la voir, je ne pense pas me tromper en affirmant que cela lui fera plaisir.

-J'en suis ravie. Je dois vous avouer que j'apprécie beaucoup mademoiselle votre sœur. Il est si agréable de converser avec elle, comme vous elle est franche et fort aimable. Soudain les pommettes de la jeune Adalina s'empourprèrent davantage quand elle réalisa qu'indirectement elle venait d'oser complimenter le prince sur sa façon d'être, celui-ci bien que flatté par ces paroles spontanées n'en montra rien. -Ma grand-tante…Reprit-elle. -…me disait dernièrement que votre sœur n'aimait guère la cour?

-En effet, guère plus que moi-même. Répondit le jeune homme avec sincérité. -Mais il faut bien s'en arranger. Madame la comtesse, connait décidément bien ma sœur. Reconnu-t-il.

-Oui, elle lui veut beaucoup de bien. Dit Adalina avec douceur.

-Ainsi qu'à vous. Répondit le prince en plongeant son regard dans les yeux bleu clair, en forme d'amande de la demoiselle.

-Il me plait de le croire. Dit-elle simplement en baissant les yeux avec pudeur.

Tous trois arrivèrent bientôt à l'entrée du palais quand la pluie commença à tomber.

-Vite hâtons-nous. Les interrompit la mère de la jeune fille en venant à leur hauteur. -Je ne tiens point à être trempée de la tête aux pieds. -Si vous le désirez, vous pouvez continuer cette discussion à l'intérieur. Suggéra-t-elle aux deux jeunes gens.

-Pour ma part rien ne s'y oppose. Déclara le jeune homme intérieurement ravi de cette proposition, avant de reporter son attention sur la demoiselle à côté de lui: -Si tel est votre désir, mademoiselle? Demanda-t-il galamment.

Pour la première fois il vit Adalina lui adresser un timide sourire. Amedeo fut ravi de cette petite victoire, il fallait dire que la jeune fille était si réservée qu'il était parfois difficile de savoir ce qu'elle pouvait penser.

-J'en serais honorée votre altesse. Répondit-elle l'air avenante.

Amedeo aurait souhaité qu'elle l'appelle par son prénom, mais sans doute était-il encore trop tôt et cela n'aurait pas était convenable en l'état actuel des choses. Pour l'instant ce qu'il savait c'était qu'Adalina lui plaisait. Il avait envie de la connaitre et de la voir s'ouvrir davantage. Avec le temps il avait bon espoir d'y parvenir. La patience ne pouvait être que son alliée.

X.X.X

Château de la Venaria - Au même moment:

Depuis l'altercation entre Angélica et sa duègne, une paix singulière était revenue au château. A bien y regarder cela ressemblait plus à une trêve qu'autre chose. Quoi qu'il en fût Angélica profita de ces quelques jours de paix retrouvée pour rester un peu seule. Elle qui à son habitude passait plus de temps à l'extérieur, avait choisi de s'isoler dans la bibliothèque ou dans sa chambre depuis quelques jours. Et aujourd'hui la pluie battante contre les vitres de ses appartements lui fournissait une excellente excuse pour ne pas sortir. A la vérité Angélica était dans un état qu'on pourrait qualifier d'introspection. Et quand elle était ainsi elle avait toujours besoin d'être seule. Elle réfléchissait beaucoup, assise devant sa coiffeuse, aux raisons de son état émotionnel de ces derniers jours. Elle avait beau se contempler dans le miroir, elle avait l'impression que ce visage n'était pas le sien, que c'était celui d'une autre. Et aussi étrange que cela puisse paraître cette idée ne lui déplaisait pas. Elle s'observa dans le miroir ovale, ses longs cheveux bruns détachés, remarquant le rose qui teintait joliment ses joues alors qu'elle tenait la dernière lettre du duc qu'elle venait de lire entre ses mains. Cette fois elle avait trouvé la lettre cachée entre les pages du livre qu'elle lisait depuis plusieurs jours. Comment la lui avait-il fait parvenir? C'était là un mystère qu'elle s'était engagée à ne point tenter de résoudre, ainsi qu'il l'en avait prié dans sa première lettre. Dans celle-ci qu'elle tenait entre ses mains le duc lui suggérait une idée plutôt originale pour que leur correspondance soit plus fluide tout en demeurant secrète. Il lui proposait de parer la couverture intérieure d'un livre qu'elle laisserait ranger dans l'un des tiroirs de sa table de chevet, d'une fausse reliure qui permettrait ainsi de dissimuler derrière une lettre. Toutefois l'homme ne fit aucune mention de la manière dont il parviendrait à faire sortir ce livre d'ici comme à l'y remettre. Angélica était convaincue que le duc devait bénéficier de la complicité de quelqu'un, c'était évident, mais qui? C'était terriblement frustrant de ne pas savoir ce qu'il en était réellement.

Dans cette lettre le duc lui parlait de leur dernière rencontre et des impressions qu'elle lui avait fait. Et elle nota sans mal que le ton qu'il employait avait changé, pour commencer au début de sa lettre le duc l'avait appelé «Chère Angélica» et non «Votre gracieuse Altesse» cela démontrait déjà qu'il ne s'adressait plus à la princesse mais bien à la femme qu'elle était. Son style d'écriture était toujours aussi galant, mais il y avait cette fois, elle pouvait le ressentir quelque chose de plus…intime dans la tournure de ses phrases si bien orthographiées, les courbes des mots écrits à l'encre noire avaient cette sensualité qu'Angélica n'avait jamais vu dans aucune autre lettre auparavant. Au fur et à mesure qu'elle la lisait elle sentait son cœur battre plus fort dans sa poitrine à chacune de ses phrases. Elle ressentait un réel plaisir à lire ces paroles: « …Vous avez le don de vous retrouver là où on ne vous attend point.» cette remarque la fit sourire d'amusement, car elle aurait pu tout aussi bien la lui retourner. «…Je suis fort aise que le jeu du hasard nous ait permis de profiter de cette occasion de pouvoir nous parler librement, seuls » ou encore «…Votre candeur du moment où votre âme commençait à se faire connaitre, était un pur délice» Ses paroles empourprèrent ses pommettes une fois de plus, quand elle se remémorait le moment auquel il faisait allusion. Elle sentait son souffle devenir haletant et une douce chaleur l'envahir au creux de son ventre. «Vous n'êtes pas seulement dotée de charmantes qualités, chère Angélica, vous êtes éclatante de vie. Vous avez la fougue d'un jeune animal sauvage, la douceur d'un bouton de rose s'épanouissant au soleil, l'éclat d'un rayon de lune dans la nuit la plus noire… » Cette avalanche de compliments sur sa personne, la bouleversait jusqu'au plus profond de son âme. Après avoir relu une dernière fois cette lettre, Angélica osa se contempler dans le miroir et elle vit avec stupeur que ses joues étaient en feu.

-Ô Ciel! S'écria-t-elle en délaissant la lettre sur la coiffeuse, pour porter ses mains blanches qui contrastaient nettement sur ses joues brulantes. Elle se leva pour aller ouvrir sa fenêtre pour laisser l'air frais entrer, espérant ainsi apaiser les traits de son visage qui trahissaient plus que jamais ses sentiments envers cet homme qui avait dieu seul sait comment réussi à toucher son cœur.

-Mon Dieu que m'arrive-t-il? Murmura-t-elle perdue dans ses sentiments aussi nouveaux que contradictoires, face auxquels elle ne savait comment réagir tant elle n'y était point habituée. -Est-il possible que cela porte un nom que je ne saurais prononcer?

En proie au doute, elle appela aussitôt sa mémoire à lui venir en aide afin de savoir quoi faire en une telle situation, c'est alors qu'une discussion qu'elle avait eu avec la comtesse Di Sommariva peu de temps avant son entrée au couvent de Viterbo, lui revient comme si c'était hier. La comtesse qui savait que la jeune fille allait avoir beaucoup de temps à perdre dans ce couvent, lui avait offert en toute discrétion un livre intitulé «Le langage des sens» livre qu'autrefois, la propre mère d'Angélica, avait remis à son amie la comtesse. À l'époque les premières pages qu'Angélica avait feuilletées en présence de la comtesse, l'avait fait rougir d'un violant embarras qui avait grandement amusé la comtesse. La jeune femme se rappelait si bien ses paroles: «Les femmes aussi ont des désirs, nous ne sommes guère différentes des hommes en ce sens, seulement plus discrètes. Et il me déplairait fortement que ces nonnes fassent de vous une ingénue qui ne sait rien à rien.» La jeune femme qu'elle était maintenant lui en était reconnaissante de cette initiative. «Cet ouvrage vous permettra de reconnaître en vous certains mouvements ou désirs, sachez que notre corps nous parle, il nous faut apprendre à l'écouter et le comprendre» Lui avait-elle expliqué alors. «Notre cœur possède une intelligence qui lui est propre et résonne indépendamment de la volonté de l'esprit et c'est là qu'il faut se méfier de soi-même »

Au début la jeune fille qu'elle était n'avait pas bien saisit le sens des paroles de la vieille comtesse. La première fois qu'Angélica fut confronté à son propre corps en train de se métamorphoser, elle avait à peine 14 ans. C'est à cet âge charnière que ses premières menstruations apparurent en pleine nuit. Ignorant alors tout de ce phénomène physiologique naturel chez la femme, l'adolescente s'était crue atteinte d'un mal terrible, cette nuit-là elle avait appelé Cecilia désespérément croyant qu'elle allait mourir. Aujourd'hui elle y pensait avec ironie. Elle ne trouvait point normal, que les femmes taisaient ces choses entre elles voire en aient honte pour ce qui était un phénomène purement naturel. Voilà pourquoi elle avait volontiers accepté l'instruction que lui avait dispensé la comtesse en lui remettant ce livre jugé licencieux par l'église. Ce livre lui avait permis de poser des mots sur ce qu'elle ressentait dans son corps et de découvrir la notion de plaisir. Même si elle n'était pas toujours parvenue à saisir toutes ces choses du corps écrites dans cet ouvrage, ce qu'elle vivait présentement, semblait y donner un sens pour la première fois.

«Que vous disent vos sens?» Songea en cet instant la jeune femme, croyant entendre les paroles de cette femme qui avait fait bien plus pour elle que sa mère n'en eu jamais fait.

-Que ses paroles sont des douceurs sur mon cœur. Répondit-elle à elle-même dans un murmure. -Quand je lis ses lettres, sa voix seule, de mon esprit se fait maîtresse. Pourtant je sais que je ne dois pas me laisser aller à ses sentiments, mais qui puis-je, c'est plus fort que moi. Je suis moins forte que je le pensais.

Le doute ne la quittait pas, et si elle se fourvoyait? Que savait-elle réellement de cet homme dont elle ne voulait pas vraiment s'avouer qu'elle était en train de tombée amoureuse. Pouvait-il éprouver la même chose? Pour peu qu'elle sache il n'était pas marié…« ô ciel» songea-t-elle en se disant qu'elle ne devait pas penser à cela. Elle ne voyait aucun espoir la guidant dans ce sens. Angélica, l'esprit agité plus que jamais, avait besoin de réponse sur ce qui la tourmentait, et elle savait qu'il n'y avait qu'une seule femme qui soit disposée à y répondre en toute indulgence. Cette pensée la soulagea quelque peu, elle rangea alors la lettre du duc et alla de ce pas à son secrétaire, écrire à son ami la comtesse.

« Madame,

Vous m'avez dit un jour que je pourrais toujours compter sur votre soutien en toute circonstance. Je sais votre discrétion et votre capacité à taire les confidences que l'on vous fait. J'ai besoin de vos conseils avisés. Vous savez ma profonde amitié pour vous. Et c'est en cela que je trouve le courage de m'ouvrir à vous, car je ne savais point à qui faire part de certaines pensées qui me tourmentent plus qu'elles ne devraient.

Voyez-vous madame, j'aurais aimé que vous m'apportiez des éclaircissements sur deux choses : En premier lieu, pouvez-vous me dire ce qu'est exactement le sentiment d'amour ? Car je dois vous avouer que je saisi mal l'impulsion silencieuse qui nous pousse vers un être, plutôt qu'un autre, avant même de connaître la valeur de cet être ou encore le fond de son caractère. J'aimerais savoir si nos émotions sont une manifestation du corps ou de l'esprit ? Et en deuxième point : Comment peut-on parvenir à se défaire des sentiments qui nous assaillissent malgré nous et dont nous ne voulons point ? Je me doute que cela n'est point aussi simple que nous le souhaiterions j'en conviens, mais hélas je ne sais que trop que le cœur ne peut toujours se complaire à la raison. Vos conseils que je sais des plus avisés me seraient précieux.

Adieu madame, recevez avec bonté l'hommage de mes sentiments, il ne nuit point à celui de mon respect. A. Di Rosebourg »

La comtesse Di Sommariva, vivant à Turin reçu sa lettre dès le lendemain et lui répondit promptement. Et comme Angélica l'avait escompté, les paroles de sa vieille amie l'apaisèrent et la rassurèrent aussitôt qu'elle commença à lire sa lettre.

« Ma chère enfant,

On ne serait être plus sensible que je le suis, à la confiance que vous me témoignez en m'écrivant comme vous l'avez fait. Je suis également touchée de l'intérêt que vous portez à mes conseils. Aussi pour vous répondre mademoiselle, à mon sens et mon expérience de la chose, on distingue deux formes d'amour. L'amour teinté de bienveillance qui nous pousse naturellement à vouloir du bien à ceux de notre entourage proche que nous aimons, la famille pour vous en citer un exemple. Et l'amour qui fait naître en nous la concupiscence, cette sorte d'amour nous incite à désirer ceux que nous aimons. Toutes les passions que nous vivons au cours de notre vie, nous transforment physiquement avec leurs propres symptômes, qui sont aisément reconnaissables grâce aux modifications du rythme de notre cœur qui bat la chamade, de notre respiration ou encore par une modification des couleurs de la peau.

Mais chère enfant, comme je vous l'ai enseigné jadis, prenez garde aux expressions faciales, elles ne révèlent pas toujours la vérité, étant donné que nous pouvons apprendre délibérément à les maîtriser, mais tout masque de belle apparence, à ses fissures et il vous faut apprendre à les déceler. Si c'est là une leçon dont vous souhaitez être instruite, ma chère enfant, venez me rendre visite sous huitaine, vous resterez quelques jours et pourrez ainsi m'entretenir sans crainte de tout ce que vous voudrez. Et ne vous inquiétez de rien je me charge de demander à sa Majesté, qu'il vous accorde de venir passer quelques jours en ma demeure. Simple question de formalité, puisque nous savons toutes deux que votre père, jamais ne s'y oppose. Mais quoi qu'il en soit jeune demoiselle, je vous conseille d'aimer, vous aurez tout le temps de raisonner plus tard.

Votre affectueuse amie. »

La lecture de cette lettre, mit du baume au cœur à Angélica, qui se rassurait de constater qu'elle avait dans son entourage une amie et alliée aussi bienveillante que compréhensive. Elle semblait d'ailleurs être la seule personne à qui elle pouvait un tant soit peu se confier. Car bien entendu, il n'était absolument pas question qu'Angélica lui parle du duc. Ça c'était son secret et elle entendait bien que cela le reste.

X.X.X

Palais royal de Turin – 15 novembre 1710:

Ce soir-là, le prince Amedeo se trouvait dans ses appartements en compagnie de son ami Silvio arrivé de Florence en début d'après-midi. Après avoir laissé le reste de la journée à son ami pour se reposer de ce long voyage plus qu'éprouvant. Le prince le convia à dîner en privé dans ses appartements. Ce ne fut qu'après la fin de leur repas où ils avaient parlé de tout et de rien, de la Toscane et du voyage, que le prince aborda enfin le sujet qui les préoccupait tous les deux.

-Alors mon ami. Dit-il d'une voix qui trahissait son impatience. -Votre voyage vous a-t-il apporté les résultats que vous escomptiez? Dans l'unique lettre que vous m'avez envoyée, vous êtes resté vague à ce sujet. Lui fit-il remarquer, cependant sans ton de reproche.

Le florentin les yeux encore cernés par son long voyage, soupira légèrement avant de répondre, comme s'il craignait de devoir annoncer une mauvaise nouvelle à son ami.

-Amedeo, je suis au regret de vous dire que mon voyage ne fut pas aussi riche en informations que je l'aurais souhaité. Admis-il avec un air résigné avant de poursuivre: -J'eus bien de la difficulté en un mois de temps à me renseigner sur cet homme sans attirer l'attention de nos pairs.

-Ça je vous crois volontiers. Reconnu Amedeo qui savait pertinemment que cette tâche n'avait sans conteste pas était aisée à réaliser, même pour quelqu'un d'aussi habile que Silvio. -Mais avez-vous néanmoins trouvé quelque chose qui puisse étayer vos soupçons?

-Hélas…Laissa échapper Silvio avec regret. -…rien de bien concret. Cela dit mes recherches ont révélé des faits troublants.

-Ah? Emit le prince avec curiosité. -Et de quoi s'agit-il?

-Rappelez-vous lors de notre première rencontre, cet homme a prétendu être apparenté à la famille des Medici. C'est donc naturellement vers eux que ce sont orientées mes recherches. J'ai demandé à être reçu par Cosimo III de Medici, le grand-duc de Toscane, en prétextant être intéressé par son impressionnante collection d'art, ce qui était en partie vrai je vous l'avoue, cet homme à un goût certain en la matière. Vous le connaissez, vous lui avez été présenté il y a quelques années.

Amedeo, pour seule réponse acquiesça de la tête attendant impatiemment la suite de son récit.

-Il m'a très bien reçu, vous savez qu'il était un ami de mon défunt père. Cependant, les deux hommes n'avaient rien en commun, lui est très pieux voire bigot, depuis plusieurs années il a cessé d'accorder sa protection aux savants contre l'Inquisition et impose un mode de vie austère aux Florentins, habitués aux fêtes. Vraiment notre Toscane est en plein déclin. Dis le jeune homme l'air affligé de cet état de fait. -Enfin pour en revenir au sujet qui nous intéresse. J'ai dîné seul avec lui et c'est au cours de notre conversation où il m'entretenait de ses collections de peintures, de spécimens botaniques ou encore de sciences naturelles, que j'ai tenté une approche. Je lui ai dit que j'avais rencontré un membre de sa famille, autre que ses trois enfants, à la cour de Turin.

-Quelle fut sa réaction? Interrogea Amedeo, très attentif, les sourcils froncés.

-Et bien figurez-vous que l'homme ne sembla guère surpris. Lâcha tel un coup de masse le florentin.

-Vraiment? S'étonna son ami.

-Oui vraiment, cela dit le grand-duc n'avait pas l'air à l'aise non plus que je lui parle de cet homme. Quoi qu'il en soit je parvins à lui dissimuler mon étonnement. Moi qui pensais que le grand-duc aurait dénoncé une imposture, ce ne fut point le cas. Alors, l'air de rien j'ai commencé à lui parler de cet homme que je n'ai à ce jour jamais rencontré à Florence. Et Cosimo m'a répondu avec un naturel déconcertant qu'il s'agissait d'un lointain parent qui voyageait beaucoup. Et n'en ajouta pas davantage. Mais que je sache il n'a qu'un frère qui se trouve être un cardinal. Et pour ce qui est de ses trois enfants, ils sont à ce jour sans descendance légitime.

-Effectivement cela pousse à l'interrogation. En convient son ami l'air pensif presque perplexe.

-Quand j'ai voulu lui demander davantage de précisions, en prétextant qu'il me plairait de revoir cet homme et de lier de potentiels liens amicaux entre nos familles et figurez-vous que le grand-duc a cette fois laissé une légère gêne avant de redevenir de marbre. Cela dit le ton léger de ma question n'a pas semblé éveiller ses soupçons quant à l'intérêt réel de ma visite. Et la seule chose qu'il a pu me dire après plusieurs hésitations, c'est que ce «lointain parent» serait veuf et sans héritiers. Il m'a aussi indiqué qu'il résidait à environ 2 ou 3 lieues de Florence sans me préciser où exactement. Je ne lui en demandasse guère plus après ça. Vous auriez vu comme moi son visage, complètement froid et fermé. Vous auriez compris qu'il n'avait plus rien à dire à ce sujet. Je l'ai donc amené de nouveau à parler de sa collection d'art qui le passionne tant et notre entretien c'est arrêté là. Très franchement je dois vous avouer que je ne crois pas un traître mot de ses dires.

-Dites-moi ce que vous croyez dans ce cas. Lui lança Amedeo toujours aussi concis dans ses réponses, il avait l'air de quelqu'un qui prenait le temps de la réflexion. -Vous me semblez avoir un avis bien arrêté.

Évidemment le prince avait raison, il connaissait trop bien son ami. Il se doutait que le florentin s'était déjà forgé sa propre opinion.

-En effet je ne prétendrai pas le contraire. Voyez-vous je ne me suis pas contenté uniquement de rendre visite au seigneur Cosimo. Je me suis renseigné auprès des registres de notre bibliothèque de Florence sur leur famille et celles qui leur sont apparentées et le nom de cet homme n'apparaît nulle part, c'est comme s'il n'avait aucune existence. La réflexion que je me suis faite est la suivante; Premièrement ainsi que je l'ai déjà mentionné, je n'ai de mémoire jamais vu cet homme de près ou de loin à Florence. Deuxièmement, vous pouvez me croire Amedeo, il suffit de regarder son altesse le Grand-duc et ses descendants pour douter de leur lignage avec un homme aussi «bien fait de sa personne» que le Duca di Toscana. Le florentin avait prononcé ces mots avec un certain dédain dans sa voix grave. Et à l'entente de ce dernier argument le prince ne put s'empêcher de laisser échapper un rire moqueur. En effet pour avoir déjà vu Cosimo III de Medici, l'homme alors âgé de 68 ans. Fort était de constater qu'il n'y avait aucune ressemblance physique entre ces deux hommes. Le seul point commun qui pourrait éventuellement les lier c'était leur amour des arts.

-En réalité ce que je crois je vais vous le dire sans détour. Reprit Silvio avec une gravité et un sérieux que son ami lui avait rarement vu sur le visage. -Je pense que cet homme est un imposteur, et qu'il n'est pas celui qu'il prétend être auprès de votre père. Et qu'il protège sa véritable identité sous couvert du nom du grand-duc de Toscane. J'ignore les raisons qui l'ont poussé à venir à la cour de Turin, ni comment expliquer cet étrange ascendant qu'il semble avoir sur votre père.

-Ce qui m'intrigue dans ce que vous me dites, ce sont les raisons qui pourraient pousser le grand-duc Cosimo, à laisser cet homme se servir de son nom selon son bon vouloir.

-Voyez-vous mon ami, il se trouve que je me suis posé la même question et j'ai ma théorie à ce sujet. Récemment le grand-duc a fait construire un couvent près de sa résidence préférée, la Villa Medicea dell'Ambrogiana, et figurez-vous que c'est dans cette même résidence qu'a été entrepris des travaux de rénovations il y a quelques mois en arrière. Et pour ce que j'ai ouï-dire par des oreilles bien informées, la situation financière du grand-duc ne lui aurait certainement pas permis cette petite folie.

-Cela aurait donc été le prix de son silence. Conclu Amedeo songeur. -Honnêtement mon ami, au vu de ce que vous venez de me raconter, je dois avouer que vos arguments se tiennent. Mais hélas nous en sommes toujours au même point, où sont les preuves de ce que vous avancez? Et pour l'heure cet homme ne fait de mal à personne que je sache. Soit, mon père lui témoigne une admiration excessive. Mais si nous faisions fausse route?

-Avec tout le respect que je vous dois mon prince, mon instinct me crie que j'ai raison de douter de la fiabilité de cet étranger. Personnellement, il m'est d'avis qu'un homme qui dissimule à ce point ses origines en usurpant celles d'un autre avec tant d'habilité, doit bien avoir des choses à cacher ou à se reprocher. Mais je suis d'accord avec vous il se trouve que des preuves je n'en ai pas. Je n'ai qu'une intime conviction.

-Je veux bien vous croire Silvio, mais cette conviction ne sera pas suffisante. Et pour l'heure elle est invérifiable, puisque le duc et reparti la semaine dernière et j'ignore s'il reviendra.

-Ma foi la chose serait une bénédiction. Déclara Silvio en levant les yeux au ciel, désirant ardemment être entendu de celui-ci.

-Ce n'est pas faux. Admit Amedeo qui intérieurement pressentait qu'ils étaient loin d'en avoir fini avec ce soi-disant duc.

-Puis-je vous poser une question? Ce décida à dire Silvio après une minute de silence.

-Bien sûr.

-Est-ce que pendant son séjour cet homme a rendu visite à votre sœur? Comment se porte-t-elle d'ailleurs? S'enquit-il l'air un peu embarrassé, signe qu'il n'était pas encore tout à fait à l'aise de parler d'elle ouvertement avec son frère, qui n'ignorait pas l'intérêt qu'il lui portait.

Le prince ne répondit pas de suite, se contentant d'observer le florentin. Dans ces deux questions, Amedeo nota que son ami avait laissé transparaître malgré lui, la pointe de jalousie qu'il ressentait à l'égard du duc, et l'inclination qu'il éprouvait pour sa sœur. Dans ses yeux verts, c'était flagrant.

-Ma sœur se porte très bien. Répondit enfin Amedeo les traits toujours aussi sérieux. -Et non, que je sache ils ne se sont point vus, et il est évident que si c'était le cas, ma sœur m'en aurait touché mot. Ajouta-t-il sûr de lui, sur ce dernier point. -Lors de son séjour le duc est majoritairement resté auprès de son altesse royale en privé. Et ne me demandez pas de quoi ils ont pu s'entretenir, je n'en ai pas la moindre idée.

Pour seule réponse Silvio hocha la tête. À son expression indéchiffrable il était difficile de dire si cela le rassurait ou bien le préoccupait.

-Cher Amedeo…Commença le florentin d'une voix un peu hésitante. -Il me faut vous entretenir d'un sujet qui me tient à cœur. Avoua-t-il soudain avec un ton laissant transparaitre que le sujet en question semblait fort sérieux.

Au ton étrange de sa voix, son interlocuteur se réinstalla confortablement sur sa chaise, comme quelqu'un qui guettait une éventuelle nouvelle à laquelle il n'était pas préparé, laissant reposer ses bras avec décontraction sur les accoudoirs, les mains jointes devant lui pendant qu'il dévisageait en silence son ami qui, quant à lui venait de se lever pour aller vers la fenêtre la plus proche comme s'il avait besoin d'être en mouvement pour apaiser son appréhension.

-Je vous écoute. L'encouragea son ami d'un ton très calme.

-Voilà…Durant mon voyage, j'ai eu tout loisir de réfléchir. Tout ce que je viens de vous dire, j'aurais très bien pu vous l'écrire. Mais comme vous le voyez j'ai choisi de revenir à la cour. Si je l'ai fait ce n'était pas tant dans le but de vous dire tout cela de vive voix. Mais bien parce que j'avais un autre dessein en tête qui nécessitait ma présence ici. Le jeune homme marqua une pause avant de continuer: -Voilà…j'ai l'intention de demander la main d'Angélica, à son altesse votre père.

En l'entendant dire cela Amedeo déglutit difficilement. Il n'était pas choqué mais guère loin. Le bon sens aurait voulu qu'il se réjouisse que son ami se soit enfin décidé, mais non au contraire, cela l'inquiéta plus qu'autre chose. Ce n'était pas tant la réaction de son père qu'il craignait dans cette histoire, mais bien celle de sa sœur. Il savait que cette dernière ne soupçonnait pas les sentiments de Silvio à son égard, alors encore moins qu'il se soit mis en tête de l'épouser. Amedeo avait peur et à juste titre qu'elle éconduise son prétendant sans plus de façon. Et quand bien même leur père était la seule personne qui aurait le dernier mot sur la question, rien ne garantissait qu'il accepte la demande en mariage du jeune marquis Frescobaldi. D'ailleurs ça ne serait pas la première fois que le souverain recevrait une demande en mariage pour sa fille. Par le passé, il en avait reçu quelques-unes, qu'il avait toutes déclinées. La demande du florentin pourrait-elle faire exception?

-Vous ne dites rien? L'interpella Silvio préoccupé par son silence. -Pensez-vous cette idée si absurde?

Amedeo bu une gorgée de vin dans son verre et par la suite inspira longuement avant de répondre, choisissant bien ses mots:

-Non mon ami, votre idée n'est point absurde, mais elle me paraît pour l'heure…prématurée. Permettez que je m'explique. S'empressa-t-il de dire en levant une main devant lui pour empêcher le florentin de l'interrompre, ce qu'il était visiblement sur le point de faire. -Ecoutez, je ne doute pas que vos intentions soient honorables, mais l'amitié que je vous porte m'oblige à devoir vous instruire de certaines petites choses, qu'il va vous falloir prendre en considération. De ce que vous me dîtes, vous n'avez pas encore fait votre demande officielle auprès de notre souverain.

-Non en effet. Confirma son ami qui fronça les sourcils avant de dire: -Pourquoi, vous pensez qu'elle n'a guère de chance d'aboutir?

-Je ne saurai me prononcer à la place de mon père, Silvio. Répondit Amedeo avec prudence. -En revanche, si vous comptez vous y prendre de cette manière auprès de son altesse royale, je sais parfaitement qu'elle sera la réponse de ma sœur. Car dans cette affaire elle est la première intéressée.

-Vous pensez qu'elle pourrait refuser ma proposition. Comprit son ami l'air quelque peu dépité à cette éventualité.

-Ah, je ne pense pas. J'en suis sûr. Rectifia Amedeo, sans prendre la peine de ménager son ami. Puis le voyant se murer dans le silence, il lui dit: -Ecoutez, ne prenez pas ombrage de mes paroles. Mais ma franchise m'oblige à vous faire savoir que ma sœur, pour le moment du moins, ne se sent aucune inclination pour le mariage. Et je sais qu'elle a convenu avec notre père que cette question ne soit plus évoquée avant un an ou deux. Et cela n'a rien à voir avec vous.

Silvio accusa vaillamment le coup en entendant ces explications, auxquelles il ne s'était pas attendu, se disant que tout espoir n'était peut-être pas perdu, de ce qu'il comprenait c'était l'idée du mariage qu'Angélica rejetterai possiblement dans un premier temps et non lui.

-Que me conseilliez-vous dans ce cas? Demanda simplement le florentin toujours de profil à la fenêtre les mains croisées dans son dos.

-Mon ami. Reprit le prince avec une once de bienveillance dans la voix. -Vous avez bien fait de m'aviser en premier de votre dessein. Vous savez que rien ne me ravirait plus que de vous voir devenir mon beau-frère. Avoua-t-il sincère, ce qui esquissa un sourire au coin des lèvres du jeune marquis, touché de ce témoignage d'amitié de la part du prince. -Mais vous devriez ce me semble, raisonner davantage à cette idée. Ce que je veux dire, c'est qu'avant de songer à aller demander la main de ma sœur à notre père. Je vous conseille fortement au préalable de vous déclarer auprès d'elle et si, je vous le souhaite, ma sœur est réceptive à vos paroles, alors là seulement vous pourrez envisager de demander au prince du Piémont la permission de courtiser sa fille. Je vous suggère de jouer les cartes de la prudence et de la discrétion, le temps ne peut être que votre allié dans cette entreprise, la précipitation quant à elle, ne fera que vous desservir.

Silvio qui avait écouté ses recommandations avec attention, demeurait perplexe. Car ce n'était pas l'usage de se déclarer en premier à une jeune femme, encore moins une princesse sans l'accord explicite du père de cette dernière.

-Mais ne serait-il pas malvenu que je fasse part de mon inclination à votre sœur, sans l'autorisation de son altesse royale? N'est-ce point le rôle d'un prétendant d'obtenir une fille de son père avant? Ce n'est guère conventionnelle, vous en conviendrez.

-Angélica est loin d'être une femme conventionnelle. Répondit sans détour Amedeo avec sérieux. -Vous avez bien dû vous en rendre compte, cela dit j'ignore dans quelle mesure?

-Oui rassurez-vous, je m'en suis bien rendu compte. Rétorqua Silvio, qui ne comprenait pas vraiment pourquoi son ami de toujours insistait autant sur ce point. -Cela dit, je dois vous avouer que vos conseils sur la manière la plus juste de procéder auprès d'elle me seront précieux. Néanmoins, comprenez que j'aurais souhaité en parler à son altesse votre père, comme le veut l'usage, afin de dissiper tout malentendu sur mes intentions.

-Mon ami, croyez-moi. Insista à nouveau Amedeo, qui se voulait catégorique. -Vous ne connaissez de ma sœur que ce qu'elle a bien voulu vous faire voir et ce que j'ai bien voulu vous en dire. Angélica et moi-même sommes des esprits libres, malgré les chaînes invisibles qui nous entravent. Ma sœur a du tempérament sous ses airs tranquilles, si elle a l'impression qu'on lui force la main elle se braque et on n'en obtient alors plus rien après. Son réel problème avec l'autorité ne date pas d'hier. Et l'autorité dans ce cas précis c'est son altesse royale. Si d'aventure ma sœur apprenait que vous êtes allé parler à notre père avant de vous ouvrir à elle à ce sujet, Angélica pensera que vous avez manœuvré dans son dos et que vous ne faites pas grand cas de son avis sur la question dont elle est la principale concernée, ce me semble. Et là vous n'aurez plus aucun espoir qu'elle accepte votre proposition.

Silvio laissa malgré lui échapper un soupir de dépit en comprenant que la tâche allait être plus ardu qu'il ne l'avait escompté au premier abord. Dans le fond, le jeune homme reconnaissait que son ami avait raison de modérer ses ardeurs. Car ce qui avait secrètement motivé Silvio à se décider à demander Angélica si vite en mariage, c'était la menace que représentait cet homme, il en était convaincu, ce faux duc tournait autour de celle qu'il aimait, tel un vautour rétrécissant petit à petit le cercle de son vol au-dessus de sa proie avant de fondre impitoyablement sur elle. Le florentin pensait que s'il ne se manifestait pas assez vite auprès du souverain piémontais pour tenter d'obtenir la main d'Angélica, le duc (l'amitié de Vittorio-Amedeo II aidant) finirait par l'obtenir à sa place si toutefois il y songeait secrètement aussi. Un rival jaloux voit ces choses mieux que personne et Silvio s'était convaincu que cet homme dissimulait un intérêt pour la jeune femme, intérêt dont il ne parvenait pas encore à en saisir la nature exacte. Ainsi il avait compris (sans doute avant Angélica elle-même) quelque chose qui lui faisait mal de reconnaitre: que cet étranger puisse être le premier à trouver grâce à ses yeux. Honnêtement il ne pensait pas s'être trompé quand il s'était fait cette réflexion lorsqu'il avait vu Angélica revenir à la fin de la chasse, accompagnée de son frère et du duc, la façon dont elle l'avait dévisagé l'espace d'un instant, dont elle lui avait rendu son sourire « Hélas ! Je n'ai point l'éloquence de cet homme auprès d'elle.» Avait-il songé devant cette scène «Je sais bien mon malheur, moi qui depuis toujours à celle que je chérie, n'ose ouvrir mon cœur.» C'était ce jour-là que le jeune florentin avait considéré le duc comme un rival.

-Mon ami, je me désole de vous voir ainsi. Reprit Amedeo en observant le mutisme apparent de Silvio. -Mais de grâce comprenez que je ne cherche point à vous décourager mais bien à vous épargner une déconvenue. Expliqua calmement Amedeo en voyant son ami le front plissé en proie à la réflexion.

-Et je vous en sais gré, de me faire savoir que je ne suis qu'un pauvre fou d'avoir en tête pareil dessein. Ironisa-t-il de mauvaise grâce, mais sans ton de reproche. -Mais vous savez, comme le disait mon cher père «la destinée d'un prétendant se révèle à travers ses actes, son courage et sa ténacité, pas dans la facilité».

-Voilà un conseil avisé. Reconnu le prince avec un sourire encourageant.

-Amedeo, j'entends vos mises en garde. Sembla se résigner le florentin bien conscient que son ami avait raison de se montrer si franc dans ses dires. -Soit, je me rangerais à votre idée, je ne souhaite nullement me montrer discourtois en brusquant la sensibilité d'Angélica sur le sujet. Mais oserai-je compter sur votre aimable soutien dans la réalisation de ce dessein?

A cette demande obligeante, le prince ne dit mot. Silvio, peu rassuré par son silence volontaire, déglutit en le voyant se lever de sa chaise pour venir lui faire face.

-Que les choses soient claires mon ami. Parla enfin le prince sur un ton d'avertissement. -Je ne plaiderai ni en votre faveur ni en votre défaveur auprès de ma sœur, car ce n'est point mon rôle. Néanmoins, je puis vous conseiller sur la manière d'aborder le sujet avec Angélica. Il vous faudra être subtil, fin dans votre approche. Ma sœur est sensible à l'honnêteté, osez lui parler franchement. Mais attention… Ajouta-t-il en levant un index devant lui pour souligner ses paroles. -…En aucun cas elle doit se douter que je suis au courant de votre dessein. Et une dernière chose, et non pas des moindres, mon cher. Gardez bien à l'esprit que seuls les intérêts et le bonheur de ma sœur prévalent sur tout à mes yeux. Si malgré tout elle choisit de vous éconduire, promettez-moi de ne point insister et que vous aurez l'élégance de respecter et d'accepter sa décision, même si elle n'est pas celle que vous auriez souhaité.

-Vous avez ma parole. Lui assura le jeune homme d'une voix solennelle. -Et ne craignez rien de mes témérités, je sais votre position vous agissez en frère, je comprends cela. Et sachez que votre amitié m'honore Amedeo. Déclara son ami avec un hochement de tête reconnaissant. -Croyez bien en ma profonde affection pour votre sœur, dont j'espère avoir un jour, le bonheur de lui plaire. J'obéirai très exactement à vos conseils avisés. Promit Silvio, trop heureux de se sentir soutenu dans sa démarche.

Amedeo rassuré par son engagement, se réjouissait pour la première fois de leur entretien, il vint poser une main fraternelle sur l'épaule de son frère d'arme, comme il l'appelait parfois.

-Cher ami, mon devoir était de vous dissuader de cette idée, mais puisque malgré tout vous vous obstinez, il est désormais de vous aider un peu. Toutefois apprenez que j'aurai refusé de vous voir courtiser ma sœur si je n'avais pas cru vos sentiments envers elle, sincères et honorables. Et avec un peu de patience je sais qu'Angélica le verra comme moi. Patience, mon ami, patience…Lui recommanda chaleureusement le prince visiblement sûr de ce qu'il avançait. Peut-être un peu trop semble-t-il. Car après tout, un cœur amoureux se soumet rarement à ce que lui dicte la raison.

A Suivre…

X.X.X