S'ouvrir aux autres
Lorsqu'il pénétra dans le Poudlard Express, Théodore se mit aussitôt en quête d'un wagon vide. Alors qu'il trainait derrière lui, sa lourde malle dans l'étroit couloir, il passa devant le compartiment qu'avait choisi d'occuper ses camarades de dortoir.
L'adolescent accéléra le pas et fini par dénicher trois compartiments plus loin un compartiment vide où il serait certain d'être tranquille. Déposant sa malle dans un coin du compartiment il s'assit sur la banquette et contempla un moment le quai. Celui-ci était bondé de parents qui saluaient leurs progénitures d'un signe de main. Même si cela faisait maintenant trois ans qu'il y était confronté, Théodore senti son cœur se serrer. Comme à son habitude, son père l'avait déposé sur le quai de la gare, lui avait adressé quelques brèves paroles puis avait disparu le laissant seul.
Cette année-là il eut cependant le droit à quelques recommandations supplémentaires concernant les problèmes de santé auxquels ils avaient dû faire face cet été. Si sur le coup, Théodore avait levé les yeux au ciel, il avait secrètement apprécié que son paternel s'inquiète pour lui.
Se sentant encore un peu nauséeux et fatigué, l'adolescent se roula en boule dans un coin du compartiment et ferma les yeux.
Alors qu'il somnolait, la porte de son compartiment s'ouvrit brusquement le faisant se réveiller en sursaut.
-Excuse-moi, je ne voulais pas te réveiller…Tu as passé une mauvaise nuit? Le questionna Blaise Zabini, en guise de bonjour, s'installant sur la banquette juste en face de lui.
Théodore se frotta un moment les yeux, réprimant un bâillement et entreprit de raconter ses mésaventures à son camarade.
Après que les deux garçons eurent échangé à propos de leurs vacances respectives, un silence de quelques minutes s'installa.
-Pourquoi tu ne viens jamais de notre compartiment? Le questionna soudainement Blaise.
-J'ignorais que nous avions un compartiment attitré…répondit cyniquement Théodore.
-Tu sais bien ce que je veux dire!
Théodore réfléchit un instant, puis répondit:
-Le trajet est long et je préfère être au calme avant de devoir tous vous supporter durant une année entière…
Sa réponse fit rire son camarade qui commençait à bien le connaître et ne s'offusquait jamais du caractère distant et des paroles parfois maladroites de Théodore.
-Au moins ça te change de la compagnie de ton père…
-C'est certain…Répondit l'adolescent en se saisissant de son livre de Métamorphose et en plongeant le nez dedans, faisant comprendre à son camarade qu'il en avait assez de parler.
Le soir venu, Théodore ne fut pas mécontent de retrouver le dortoir des Serpentard même si cela signifiait également écouter et supporter les railleries incessantes de Drago Malefoy. Ce soir-là, sa cible était Harry Potter (comme toujours presque) qui s'était apparemment évanoui dans le train à cause de l'intrusion des détraqueurs qui étaient à la recherche de l'évadé d'Azkaban, Sirius Black.
Alors qu'il préparait ses affaires pour le lendemain, Théodore commençait à s'agacer des paroles de son camarade et lui lança d'un ton désinvolte:
-Parce que à toi, les détraqueurs ne t'on rien fait du tout?
-Certainement pas autant qu'à Potter…Rétorqua son interlocuteur en le toisant de son regard d'acier.
Théodore savait pertinemment que l'intrusion des détraqueurs dans le compartiment des Serpentard lui avait provoqué une grosse frayeur et à tout le monde en réalité, y compris lui-même. Ne voulant cependant pas déclencher une dispute dès le premier soir, il haussa les épaules et se glissa dans son lit.
Le lendemain matin, une sensation étrange envahi le jeune garçon en voyant que le premier cours de la journée était celui de Soins aux Créatures Magiques. Il appréhendait un peu en repensant aux Monstrueux livre des Monstres qui se trouvait dans son sac mais avait en même temps très hâte.
Lorsque Hagrid leur donna enfin la solution pour parvenir à ouvrir le livre, Théodore s'y plongea n'écoutant que d'une oreille distraite ce qui se passait autour de lui.
L'adolescent fut cependant obligé de décrocher de son livre quand Hagrid les mena vers un grand enclos où se trouvait cinq hippogriffes. C'était la toute première fois que Théodore en voyait et il resta presque bouche bée comme la plupart de ses camarades.
-Mettez-vous par deux et choisissez un hippogriffe leur dit Hagrid.
Instinctivement Théodore se rapprocha de Blaise. C'était avec lui qu'il s'entendait le mieux et il savait qu'en cas de danger ils pourraient s'entraider mutuellement.
Alors que c'était à son tour d'essayer d'approcher l'hippogriffe au plumage noir qu'ils avaient choisi, un hurlement strident retentit lui glaçant le sang. Voyant l'animal secouer nerveusement la tête, Théodore se retira de l'enclos et s'avança accompagné de son camarade vers le petit attroupement qui s'était formé non loin.
Théodore se mit soudainement à pâlir lorsqu'il aperçut Drago Malefoy recroquevillé sur le sol, tenant son bras gauche ensanglanté. Une vague de murmure inquiet parcouru les quelques Serpentard qui assistaient au cours.
-L'hippogriffe s'est jeté sur lui! Il aurait pu le tuer! s'exclama Pansy Parkinson qui semblait particulièrement touché par l'incident.
Théodore ne répondit rien et regardait l'air hagard Hagrid porter leur camarade jusqu'à l'infirmerie. La mort dans l'âme le petit groupe de Serpentard rejoignit leur salle commune. Sensible, l'adolescent, même s'il était loin d'être le meilleur ami du jeune Malefoy, était hanté par la vision du sang qui coulait dans l'herbe.
Alors qu'il feuilletait distraitement un livre, assis dans un fauteuil, il releva brusquement la tête en même temps que les autres quand Pansy Parkinson fit son apparition:
-Alors comment va-t-il? Demanda Daphné Greengrass.
-Pas très bien…Madame Pomfresh à fait ce qu'elle a pu mais il dit qu'il souffre terriblement…
Un silence de plomb s'abattit sur la salle commune. Théodore qui n'arrivait pas à se sortir de sa torpeur malgré le peu d'affection qu'il avait pour son camarade dévisagea Blaise quand celui lui murmura à l'oreille:
-On verra bien quand il rentrera de l'infirmerie. Le connaissant, il joue peut-être la comédie…
-Tu crois? La blessure avait l'air sérieuse pourtant? Demanda Théodore en tentant de maîtriser le tremblement dans sa voix.
-Madame Pomfresh fait des miracles! Va le voir si ça t'inquiète tant que ça.
-Non…C'est juste que j'ai été impressionné et que je me dis que si ça lui est arrivé à lui ça peut arriver à n'importe lequel d'entre nous…
Son camarade haussa les épaules et retourna au devoir de Métamorphose qu'il rédigeait. Trois jours plus tard, lorsque Drago Malefoy fut de retour dans la salle commune un petit attroupement se forma autour de lui. Ne voulant pas se mêler à la foule, Théodore les observait de loin. Son camarade semblait un peu pâle et portait le bras en écharpe. Un peu rassuré par l'état de son camarade qui adorait être au centre de l'attention, l'adolescent fut un peu tranquillisé.
Le soir venu, après le repas, ils étaient montés tous les deux en même temps au dortoir. Cela faisait déjà dix bonnes minutes que Théodore était allongé dans son lit et un vacarme incessant l'empêchait de se concentrer sur son livre de chevet. Tirant ses rideaux, il observa un moment son camarade fouiller avec difficulté d'un seul bras dans sa malle.
Se levant, Théodore le questionna:
-Qu'est-ce que tu cherches?
-Mon manuel de Potions pour demain matin…
S'agenouillant près de la malle, Théodore entreprit de fouiller à son tour et en ressorti au bout de quelques seconde le manuel qu'il tendit à Drago.
Celui-ci resta silencieux quelques instants, l'observant de ses yeux gris et murmura un merci qui semblait sincère.
-Par contre ne compte pas sur moi pour t'assister comme Parkinson! rétorqua Théodore.
-Il me semblait bien que ton amabilité n'allait pas faire long feu! Le taquina son camarade.
Ils échangèrent tous les deux un regard à la fois moqueur et complice. Théodore se recoucha en songeant qu'il avait peut-être un trop rapidement jugé Drago Malefoy. Certes, ils avaient de nombreux désaccords et le ton pouvait souvent monter entre eux, mais son camarade n'était peut-être pas aussi odieux qu'il le pensait…
Le lendemain matin, l'adolescent grogna en éteignant son réveil. La nuit n'avait pas été des plus reposantes car Théodore avait entendu son camarade dont le lit se trouvait tout près du sien, gémir dans son sommeil probablement à cause de sa récente blessure. S'asseyant sur le lit, il se frotta un moment les yeux. Drago Malefoy non loin de là semblait faire la même chose, le bras toujours immobilisé en écharpe. Les deux Serpentard échangèrent un regard ensommeillé et soupirèrent.
Sortir du lit était un calvaire pour les deux adolescents qui étaient toujours les derniers à se préparer.
-Va à la salle de bain le premier…marmonna Drago en se rallongeant.
Après presque vingt bonnes minutes, alors qu'ils descendaient tous les deux en même temps dans la salle commune, une voix enjouée les taquina:
-Enfin! Je vous croyais mort dans votre sommeil…
Théodore leva les yeux au ciel. Blaise lui servait la même plaisanterie chaque matin.
Aux alentours de 10h, le petit groupe de Serpentard de troisième année sortit de la salle de classe de Défense Contre les Forces du Mal l'air bouleversé. Le Professeur Lupin leur avait fait affronter un épouvantard et tout le monde ou presque avait dû livrer en quelque sorte une partie d'eux-mêmes en dévoilant leur peur la plus profonde. Théodore n'y avait pas échappé et il en tremblait encore.
Avant de rentrer dans la classe du Professeur Mcgonagall, Daphnée Greengrass prit la parole.
-J'ai quelque chose à vous proposer à tous…Etant donné que suite aux cours du Professeur Lupin nous avons été en quelques sortes forcés à révéler quelque chose d'intime, cela restera secret entre nous et ne devra en aucun cas être révélé…
Tout le monde approuva et Théodore eu même l'idée d'ensorceller un parchemin et d'inscrire les noms des élèves concernés.
-Si quelqu'un en parle je le saurais grâce à ça…
-Tu ne nous fait pas confiance à ce point Nott? De toute façon tout le monde se fiche bien de savoir que ta plus grande peur est de voir ton père mourir et de te retrouver tout seul…rétorqua Pansy Parkinson qui prenait toujours un malin plaisir à le taquiner un peu méchamment.
Théodore incapable de répondre quoi que soit, la fusilla du regard. De toute manière, il valait mieux pour la jeune fille qu'elle ne répète rien au risque de subir les conséquences du sortilège qui la liait au parchemin.
-Il a raison même si on s'entend tous très bien mieux vaut être certain que rien ne sera répéter par inadvertance…répondit Blaise en prenant sa défense.
Théodore le remercia d'un signe de tête discret puis pénétra dans la salle de classe car le Professeur Mcgonagall commençait à s'impatienter.
Un vendredi soir, alors que l'adolescent installé dans un canapé devant la cheminée, feuilletant distraitement un livre, perdu dans ses pensées, il sursauta lorsque que quelqu'un s'effondra brusquement près de lui le faisant sursauter.
-Ce n'est que moi!
-Pourquoi tu n'es pas avec les autres? Questionna Théodore en dévisageant le jeune homme métis.
-Ils me fatiguent un peu si tu veux tout savoir…Depuis des semaines ils sont en boucle sur l'accident du premier cours…
-Tu comprends pourquoi je ne reste jamais dans la salle commune avec eux le soir après le dîner…
Les deux garçons restèrent silencieux quelques instants quand Blaise prit de nouveau la parole:
-Tu vas à Pré-Au-Lard demain?
-Je ne sais pas…
-Ton père ne t'a pas signé ton autorisation?
-Si mais je ne sais pas si j'aurais vraiment envie de sortir…
D'humeur un peu mélancolique suite au cours avec l'épouvantard, Théodore voyait ressurgir quelques profondes angoisses qu'il avait pourtant réussi à enfouir tout au fond de lui et n'avait pas le cœur au divertissement.
-Viens avec moi demain s'il te plait, je n'ai pas envie de passer toute la journée avec les autres…
Théodore poussa un soupir puis fini par céder, après tout, il ne connaissait pas le village et avait entendu dire qu'il y avait une petite librairie.
Le lendemain, le jeune Nott, emmitouflé dans une épaisse cape, suivait le petit groupe d'élève qui se rendait à Pré-Au-Lard tout en jetant un regard moqueur à Blaise qui marchait près de lui tout en pataugeant dans l'épaisse couche de neige. Théodore savait que celui-ci exécrait le froid et la neige et l'entendre se plaindre l'amusait toujours un peu.
A la fin de la journée, Théodore fut contraint d'admettre qu'il ne regrettait pas cette sortie au village. Il avait pu faire le plein de chocogrenouille chez Honeydukes et goûter la Bièreaubeurre. Durant leur moment passé au trois balais, l'adolescent s'était détendu et était un peu sorti de sa coquille, se livrant à son camarade qui l'écoutait d'une oreille attentive.
Un soir, alors que le petit groupe de Serpentard venait tout juste de rentrer à la salle commune après une journée de cours qui avait été harassante, le Professeur Rogue pénétra dans la pièce, un air grave sur le visage et leur ordonna:
-Rassemblez-vous affaire pour la nuit et rendez-vous dans la Grande Salle, vous ne dormirez pas ici ce soir…
-Mais pourquoi Professeur? Demanda Drago Malefoy.
Il n'obtenu aucune réponse car le Professeur Rogue avait déjà tourné les talons, sa cape noire flottant derrière lui. Interloqué, Théodore monta au dortoir à la suite de ses camarades et entreprit de rassembler quelques affaires.
-Vous croyez que c'est à cause de Sirius Black? demanda Millicent Bulstrode, l'air inquiète, tandis qu'ils patientaient devant l'entrée de la Grande Salle.
-Les Serpentard vous dormirez dans ce coin! Leur ordonna un préfet aux cheveux roux.
-Quelle bonne nuit en perspective! s'exclama Drago Malefoy d'un ton morne.
D'épais sac de couchage était disposé sur le sol.
-On va mourir de froid là-dedans…murmura Blaise qui semblait tout aussi dépité.
Un vacarme assourdissant avait envahi la Grande Salle. Après avoir grignoté quelques sandwichs dans un coin de l'immense pièce, tout en cherchant des idées pour rendre la nuit plus agréable, Théodore eu une idée.
-On pourrait peut-être essayer de rassembler nos sacs de couchage en un seul et se mettre tous dedans…On aura peut-être plus chaud et on sentira moins le sol…
Tous approuvèrent bruyamment son idée, se faisant réprimander par la même occasion par un préfet. Après avoir fouillé un moment dans le manuel de Métamorphose qu'il avait emporté avec lui et après plusieurs essais, l'adolescent avait réussi à transformer les sacs de couchage en un beaucoup plus grand où ils pourraient tous rentrer.
En voyant ses camarades se déshabiller pour la nuit et se glisser dans le sac de couchage, il sentit soudain son estomac se tordre de façon désagréable en prenant conscience qu'il allait devoir partager son intimité à laquelle il tenait tant.
Pourquoi avait-il proposé cette idée alors qu'il ne supportait très difficilement les contacts physiques et la proximité avec d'autres personnes?
Alors qu'il restait planté devant le sac de couchage, son pyjama à la main, la voix de Blaise le fit pleinement revenir à la réalité:
-Qu'est-ce que tu fais? Tu ne vas pas passer la nuit debout? En plus c'est toi qui as eu cette idée!
-Malheureusement…chuchota Théodore en commençant à se déshabiller tout en jetant des regards pudiques autour de lui.
Il fut cependant un peu rassuré en constatant que la petite place qui restait était celle à l'extrémité du sac. Alors qu'il s'installait, Blaise se tourna vers lui et murmura:
-Je t'ai gardé cette place en pensant que tu serais plus à l'aise, même si tu vas devoir quand même me supporter…
Théodore eu un petit rire et répondit:
-Merci. Pour une nuit je pense que ça devrait aller.
L'adolescent s'était réveillé plusieurs fois dans la nuit. Comme son camarade l'avait prédit, il faisait froid dans la Grande Salle et d'ailleurs Théodore l'avait senti trembler de froid juste à côté de lui. L'adolescent avait passé un moment allongé sur le dos à contempler le ciel étoilé du plafond de la Grande Salle puis avait fini par se rouler en boule la tête enfouie dans le sac de couchage et par s'endormir. Même s'il n'était pas en contact direct avec eux, la chaleur corporelle de ses camarades le réchauffait un peu et Théodore devait bien admettre que même s'il avait quelquefois du mal à s'entendre avec eux, ils restaient un groupe soudé.
Il s'agit de la moitié environ de ce recueil. Des avis?
