Hello!

Et voici la suite des aventures de Peter!

Alors je sais que j'ai vendu cette histoire comme de l'Irondad et non comme une romance, mais il faut savoir que j'ADORE les romances.

Et bon, bah, euh, ça se voit un peu.

(Même si évidemment cette histoire n'est pas une histoire d'amour. I'm so sorry.)

Gros TW : références à des abus sur enfant

Et TW drogue (un cran au-dessus que ce qu'on avait avant)

Bonne lecture!


Lorsqu'ils mirent les pieds dans le laboratoire de la mère de Harry, un sourire s'épanouit sur le visage de Peter. Travailler sur des expériences scientifiques avec son meilleur ami lui avait terriblement manqué. Ce n'était pas comme avec Tony, qui jouait à la fois un rôle de guide, de mentor et de garde-fou ; Harry était à l'inverse un moteur et un catalyseur, dont les idées et les encouragements le poussaient à aller toujours plus loin dans ses expériences — quitte à y laisser des plumes, ou du moins quelques millimètres de son sourcil gauche.

Ils s'activèrent en silence quelques instants ; les pensées de Peter bouillonnaient tandis qu'il gribouillait des formules sur un morceau de papier. Si seulement il pouvait utiliser tout ce que Harry et lui avaient créé hors de ces murs… intégrer toutes leurs expériences à son costume aurait été formidable !

Formidable, mais impossible. Pas tant que Peter continuait de dissimuler son secret à son ami.

— Dis, tu n'as jamais voulu être un super-héros ? s'enquit-il en s'accoudant à sa paillasse, cherchant un moyen d'aborder le sujet.

— Pour quoi faire ? s'esclaffa Harry. Porter un costume moulant ? Avoir des pots de glace à mon effigie ? Ouais, ça pourrait être sympa...

— Pas seulement ! Tu pourrais… je ne sais pas, moi, aider les gens, hasarda Peter. Imagine, si on avait les moyens de se servir de tout ce qu'on fabrique ici, sans que personne ne sache qui on est…

— Pas besoin d'être un super-héros pour ça, objecta son ami. Au contraire, toutes nos inventions perdraient sacrément de la valeur si on n'était même pas capable de les assumer sous notre vrai visage. Sinon, ce serait tricher, tu ne crois pas ?

— Ça pourrait aussi être un moyen de rester hors du feu des projecteurs. C'est facile de perdre de vue son objectif initial, quand on laisse la gloire et les paillettes nous monter à la tête. Garder notre identité secrète serait une preuve… d'humilité, tu vois ? On serait des anonymes, comme des voisins de palier super cools, toujours prêts à donner un coup de main sans rien espérer en retour…

Harry le fixa un long moment, un sourire indéchiffrable aux lèvres. Peter se sentit rougir sous le poids de son regard et pria pour ne pas en avoir trop — ou pas assez — dit.

— Il n'y a que toi pour voir les choses de façon aussi innocente, dit finalement Harry.

Il s'assit à ses côtés et approcha son visage du sien, si près que Peter aurait pu compter chacune de ses taches de rousseur.

— Quand tu dis ça, on dirait un reproche, protesta faiblement l'adolescent, rougissant de la soudaine proximité instaurée par Harry.

Il luttait pour ne pas laisser apparaître son trouble ; en vain : son coeur s'était emballé, tout son corps semblait irrémédiablement attiré par celui de son ami, comme s'ils étaient l'un et l'autre composés de particules complémentaires — ce qui était peut-être le cas. Cela aurait expliqué de façon scientifique le magnétisme irrationnel qu'exerçait Harry sur lui.

— Chez n'importe qui d'autre, ça aurait pu en être un, c'est vrai. Mais toi, Peter Stark, tu es différent.

— Je ne vois pas en quoi, soupira Peter.

— Arrête de te dénigrer. T'es quelqu'un d'exceptionnel. (Son sourire se fit à la fois plus tendre et plus mutin.) Tu ne le réalises pas, hein ? Tu ne réalises pas l'effet que tu produis autour de toi. Sur Gwen, sur cette Michelle… sur moi

— Si tu te moques, Harry….

— Je ne me moquerai jamais de toi. Je te l'ai dit, t'es pas comme les autres.

Son intonation devenait plus enflammée, presque pressante.

— J'en ai connu, des mecs, mais putain Pete, t'es le seul qui me fasse ça.

— Qui te fasse quoi ? Harry, je ne comprends pas où tu veux en venir…

Il sursauta lorsque la main de Harry se posa sur la sienne.

— Je peux te montrer, souffla celui-ci, penché vers lui, son souffle se mêlant au sien.

Les mains de Peter étaient si moites qu'elles glissaient sur la surface lisse de la paillasse. Le nez de Harry frôla le sien et tout à coup, une salve de flashs se succéda avec violence dans son esprit.

Son enfance — la bibliothèque de l'orphelinat où il avait grandi et son odeur de poussière. Le souffle de Skip qui ricochait contre ses lèvres, à l'instar de celui de Harry ; son corps qui enveloppait le sien comme une ombre, annihilant ses pensées, son identité, tout ce en quoi il croyait…

Il fit un bond en arrière, un hoquet d'horreur s'échappant de sa gorge. Harry écarquilla les yeux et s'écarta de lui, le visage trahissant sa confusion.

— Pete ? Qu'est-ce qu'il se passe ?

— Je… je…

Peter avait du mal à reprendre son souffle. Son coeur cognait frénétiquement dans sa cage thoracique : il avait l'impression qu'on martelait ses côtes avec une batte de baseball, son corps lui faisait mal, sans qu'il ne sache si c'était à cause des hématomes qui le constellaient ou des souvenirs tapis sous sa peau.

— Peter, hey, tout va bien ! Je suis désolé, je suis désolé, répétait en boucle un Harry paniqué. Je voulais pas te faire peur, je suis désolé !

Peter fixa son regard à celui de Harry, s'attachant avec désespoir à ses prunelles claires, cherchant à y lire la sécurité et le réconfort dont il avait éperdument besoin.

— H-Harry… je… je ne me sens pas très bien…

— Tu transpires, souffla son ami.

D'une main légère, il effleura son front moite.

— Laisse-moi t'aider….

Il défit délicatement les trois premiers boutons de sa chemise… et se figea net, frappé de stupeur.

— P-putain… c'est quoi ce bordel ? Pete, qui t'a fait ça ?

L'adolescent baissa les yeux. Les ecchymoses de la veille assombrissaient sa nuque et ses épaules, formant un entrelacs d'arabesques sombres dont les inflexions se perdaient sous le tissu fluide de sa chemise.

Qui t'a fait ça ? répéta Harry.

Sa voix frémissait, ses yeux brûlaient de colère. Peter n'avait jamais vu quelqu'un changer aussi rapidement d'émotion, passant d'une tendre inquiétude à une rage sourde, violente, qui le rendait presque effrayant.

— P-personne, balbutia Peter en le repoussant. J-je… je suis tombé, c'est tout.

— Ouais, et moi je suis champion du monde de patinage artistique. Réponds-moi : qui est le putain de taré qui t'a touché ?!

— Personne ! répéta Peter plus fort. Harry, qu'est-ce que tu fais ? Arrête !

Son ami avait achevé de déboutonner sa chemise et fixait désormais son corps meurtri, bouche bée. Peter pouvait presque suivre le fil de ses pensées alors qu'il détaillait chaque centimètre carré de son flanc gauche perclus de contusions.

— C'est ton père ? Putain, si c'est ton père, je te jure que je vais le tuer, Iron Man ou pas.

— Non, bien sûr que non ! Tony n'a rien à voir avec ça ! Bordel, Harry, je suis vraiment tombé, okay ? Laisse-moi juste me rhabiller, et je t'explique ce qu'il s'est passé !

Harry semblait toujours furieux, mais il tint sa langue et le laissa reboutonner sa chemise. Lorsque Peter eut terminé, il eut un petit soupir réprobateur et il réajusta le col de sa chemise, repoussant les mèches les plus longues de Peter pour qu'elles n'y restent pas coincées.

— Merci, maman, bougonna Peter.

— Je t'en prie, c'est mon devoir de prendre soin de toi, répondit Harry qui s'était radouci. Bon, tu racontes ?

Peter s'éclaircit la gorge et commença son récit, improvisant au fur et à mesure :

— Okay, alors, ahem, hier, pour Halloween, j'ai voulu, euh, grimper sur les toits, comme on l'avait fait ensemble l'autre jour. Tony et Morgan, ma petite soeur, ils étaient partis chercher des bonbons dans le voisinage, et Pepper travaillait dans les locaux de Stark Industries, du coup j'avais le champ libre pour faire un peu d'escalade. Okay, c'était un peu dangereux, mais je gérais, sauf qu'il y eu un mec bizarre avec un skate-board violet qui volait dans les airs, je te jure que c'est vrai, il portait une armure verte et c'est à cause de lui que j'ai, euh, trébuché et que j'ai fini par terre. Il a surgi de nulle part et il m'a fait super peur, on aurait dit un alien, ou une sorte de gobelin ! Du coup, bah, paf ! Je suis tombé, et tu as vu le résultat. Mais je vais bien, rien de cassé, bref, pas de quoi s'inquiéter !

— Un mec bizarre avec une armure verte sur un skate volant, répéta Harry, incrédule. Okay, Pete. Qu'est-ce que tu avais fumé ?

— R-rien ! Enfin, presque rien ! Pas assez pour halluciner. Je te jure que c'est vrai !

— Ne t'énerve pas ! Je te crois, répondit son ami, et il semblait sincère.

Peter en fut si surpris qu'il balbutia :

— V-vraiment ? Tu ne me prends pas pour un fou ?

— Non, répondit Harry. Et puis une histoire de mec en armure verte sur un skate violet, ça ne s'invente pas. Si je le retrouve, je lui ferai regretter de t'avoir fait tomber, tu peux en être sûr.

La colère avait disparu de son visage, remplacée par une expression soucieuse qui, d'une certaine manière, lui rappelait Tony. (Même si son père était la dernière personne à laquelle il voulait penser lorsqu'il était avec Harry. Surtout lorsque celui-ci était aussi proche de lui.)

— En tout cas, tu t'es pas loupé. T'as tellement de bleus qu'on pourrait te confondre avec une myrtille. Ça fait pas trop mal ? s'enquit Harry sans chercher à dissimuler son inquiétude.

— Euh… ça va, répondit Peter. J'ai mis un peu d'eau froide dessus.

Harry esquissa une moue dubitative.

— Viens, on va te trouver un truc contre la douleur, proposa-t-il en tendant la main à Peter.

— Si c'est du paracétamol, laisse tomber, ça ne me fait rien. Je, euh, je ne le digère pas bien.

— Je pensais à une autre sorte de médicament, répliqua Harry avec une malice qui n'échappa pas à Peter. Tu me fais confiance ?

L'adolescent préféra ne pas répondre.

A la place, il saisit la main de Harry et laissa son ami l'entraîner hors du laboratoire.

Le salon des Osborn possédait le canapé le plus vaste et le plus douillet que Peter n'ait jamais connu. En comparaison, le sofa des Stark paraissait taillé dans un morceau de roche — probablement car Morgan s'en servait comme trampoline dès que ses parents avaient le dos tourné. Alors que celui des Osborn avait l'air d'avoir été rembourré avec de la crème fouettée ; chacun de ses coussins évoquait un petit nuage moelleux.

Peter s'y allongea de tout son long et laissa échapper un soupir de bien-être. Harry disparut brièvement ; lorsqu'il revint, il serrait dans son poing un petit cachet coloré qui ne ressemblait pas du tout à ceux que lui prescrivait Bruce.

— Ouvre la bouche, Pete.

Peter s'exécuta, curieux. Harry glissa le cachet entre ses lèvres et l'observa déglutir, souriant d'un air facétieux.

— C'était quoi ? demanda Peter après l'avoir avalé et s'être essuyé la bouche, vaguement soupçonneux.

— Une autre invention de ma mère. Je t'ai dit qu'elle était malade, alors tant qu'elle le pouvait encore, elle a synthétisé ça. A la base, c'était pour lutter contre ses douleurs chroniques, mais pour les avoir testés, je crois qu'elle y a quand même mis une sacrée dose d'ecstasy.

— Je vois, répondit Peter.

Il lui fallut quelques secondes pour totalement intégrer les paroles de Harry.

— Attends, tu m'as donné de l'ecstasy ?

— Pas exactement. Tu ne m'as pas écouté ? Ma mère y a rajouté d'autres trucs, c'est un médicament super-rare. Et super-efficace. Elle en a laissé tout un stock. Si un jour tu veux qu'on devienne des barons de la drogue, t'as qu'un mot à dire : on ira les revendre au lycée et on deviendra millionnaire.

— Tu l'es déjà, objecta Peter.

— Toi aussi. Donc autant les consommer, pas vrai ?

Peter n'était pas certain que la logique déployée par son ami soit infaillible, mais il n'avait aucune envie de le contredire. Son organisme devait être fragilisé par les cachets anti-douleur qu'il avait pris la veille, car le « médicament » de Harry commençait déjà à faire effet : les élancements causés par ses hématomes s'estompaient, comme si ces derniers se détachait de son corps pour former une entité distincte, tragiquement vissée au sol, alors que lui-même flottait quelque part entre le plancher et des étoiles scintillantes — ah, non, c'était les reflets du lustre qui piquetaient le plafond de petits éclats lumineux.

Harry s'allongea à côté de lui. Peter tourna la tête dans sa direction ; leurs visages étaient de nouveau proches l'un de l'autre. Et, cette fois-ci, aucune panique ne vint troubler le coeur de l'adolescent. Il ne pensait plus à Skip, aux horreurs du passé ; les souvenirs s'étaient effacés, seul comptait Harry.

Harry. Harry. Harry.

Un sourire béat se déploya sur son visage.

— Tu as l'air d'aller bien, murmura Harry.

— Je me sens bien, confirma Peter.

Son ami sourit mais, même à travers la drogue qui pulsait dans ses veines, Peter pouvait voir qu'il était soucieux.

— Qu'est-ce qu'il s'est passé, tout à l'heure ? demanda soudainement Harry. Quand tu as eu une sorte de… mini crise de panique ?

Peter fut pris de court. Voyant son trouble, Harry sourit encore et posa une main douce, apaisante, contre sa joue.

— Je ne veux pas te forcer à parler, je veux juste comprendre. Est-ce que j'ai fait quelque chose de mal ? J'ai été trop brusque ?

— N-non, ce n'est pas ça, murmura Peter. Tu n'y es pour rien. C'est… c'est…

Mais il ne pouvait pas prononcer les mots qui lui consumaient le coeur. Pas devant Harry. Il ne pouvait pas lui parler de Skip, de ses traumatismes d'enfance, de son innocence arrachée.

Il ne voulait pas que Harry le voit différemment. Qu'il le prenne en pitié ou, pire, qu'il lui en veuille — car après tout, et en dépit de ce que lui avait dit Tony, n'était-il pas un peu responsable de ce qu'il s'était passé ?

Penser à son père lui procura un pincement au coeur. Il ne savait pas exactement pourquoi, mais à cet instant, il brûlait de se réfugier dans ses bras, d'enfoncer son nez contre son épaule, de respirer son odeur et de le laisser prendre soin de lui. Oui : à cet instant, Peter aurait tout donné pour redevenir cet enfant que Tony voyait en lui…

Sauf qu'il n'était plus un enfant, et le reflet que lui renvoyaient les yeux de Harry le prouvait.

— Pas la peine d'en dire plus, si tu ne le veux pas. Je vois bien que toi aussi, on t'a cassé, souffla celui-ci. Enfin, façon de parler, bien sûr. Tu n'es pas un objet.

— Dommage. La vie serait plus douce si j'étais une théière, répondit Peter.

Harry pouffa de rire. Peter ne tarda pas à l'imiter, mettant sa réponse — totalement idiote, pourquoi avait-il dit ça ? — sur le compte de l'ecstasy et des autres trucs chimiques qu'il avait absorbés.

— Tu n'es pas une théière, et j'en suis très heureux, dit finalement Harry, et son visage s'approcha encore du sien, de quelques millimètres à peine — quelques millimètres qui suffirent à leurs nez pour s'effleurer.

Peter retint son souffle. Son coeur battait la chamade, il guettait la peur, l'angoisse, la panique, mais rien ne vint. Rien, hormis une fascination étourdissante pour les lèvres de Harry, si proches des siennes…

— Je ne te demanderai pas ce qu'il s'est passé, parce que ça t'appartient et que tu m'en parleras si tu le veux, un jour. Mais je veux que tu saches, Peter, que tu es un être humain formidable, qui mérite plus que n'importe qui le respect, la bienveillance, l'amour. Et tu n'as certainement pas besoin d'être un super-héros pour ça.

— Harry, à ce propos, je…

Mais il ne put continuer, car les lèvres de son ami s'étaient scellées aux siennes.

Peter flottait. Et ce n'était pas uniquement dû aux psychotropes précédemment ingérés.

Harry avait tenu à le raccompagner jusqu'à chez lui. Leurs mains étaient nouées l'une à l'autre, leurs doigts s'entrelaçaient si fort que Peter craignait de lui faire mal — mais son ami semblait s'en moquer. Il souriait, et lui aussi souriait, parce qu'il était heureux — plus heureux qu'il ne l'avait jamais été.

Il pleuvait, leurs cheveux étaient mouillés et Harry avait passé sa veste sur ses épaules. C'était comme dans un film. En mille fois mieux.

— Ne m'oublie pas, sourit Harry lorsqu'ils s'arrêtèrent sous le porche de l'immeuble de Peter, relâchant sa main pour mieux envelopper son visage entre ses paumes glacées.

— Bien sûr que non, répondit Peter. Et désolé si j'étais un peu bizarre, j'ai peut-être un peu bavé ou fait n'importe quoi avec ma bouche mais euh, ce… c'était la première fois que j'embrassais quelqu'un.

— Et je suis honoré d'avoir été le premier, dit doucement Harry, avant d'ajouter : Tu te poses trop de questions, Peter. Tu étais parfait. Mais si jamais tu as envie d'un entraînement intensif…

— Harry !

— … tu sais où me trouver.

Il se pencha et, très brièvement, effleura ses lèvres d'un nouveau baiser.

Puis il s'écarta, un sourire impénétrable sur le visage.

— A plus tard, Pete.

— On se revoit quand ? ne put s'empêcher de demander Peter.

Harry lui répondit d'un clin d'oeil :

— Quand tu veux. Au lycée ou ailleurs, je suis tout à toi.

Et il s'éloigna de son habituelle démarche nonchalante, les mains dans les poches, se moquant bien de la pluie qui ruisselait sur ses épaules ou qui s'engouffrait sous sa chemise.

Peter l'observa un long moment, toujours sur son petit nuage. Il était si heureux, si absorbé par les souvenirs des derniers instants qu'il venait de vivre, qu'il ne fit pas tout de suite attention à la petite voix qui glapissait dans son dos.

Jusqu'à ce qu'une autre voix, plus grave, ne vienne se heurter de plein fouet à ses rêveries et les fasse voler en éclats :

Peter ?

L'adolescent fit volte-face et sentit son sourire s'évanouir lentement.

Devant lui, les chaussures pleines de sable et de boue après une matinée passée au parc pour enfants, Tony et Morgan le fixaient avec des yeux ronds. La petite fille fut la première à retrouver l'usage de la parole, d'un ton joyeux qui contrastait avec l'expression abasourdie de son père :

— Peter a un amoureux, Peter a un amoureux, Peter a un amoureuuux !

Peter ne sut quoi dire.

Visiblement, Tony non plus, car il le regardait comme s'il était un extra-terrestre tout juste sorti de sa soucoupe volante.

— Viens, dit-il enfin. Tu es trempé.

Il ouvrit la porte de l'immeuble et fit signe à ses enfants de s'y engouffrer.

Peter obéit mécaniquement. Il commençait à regretter d'avoir repris l'un des cachets de Harry avant de partir de chez lui : il avait l'impression d'évoluer au ralenti, il y avait un décalage désagréable entre le son, l'image et ses pensées.

Dans l'ascenseur, il concentra son regard sur ses pieds, mais il pouvait sentir que son père le dévisageait d'un air désapprobateur. Peter ne pouvait pas lui en vouloir ; il savait très bien de quoi il avait l'air : avec ses pupilles dilatées et ses pommettes rose vif, il cochait toutes les cases de l'adolescent qui venait de faire certaines expériences qu'on lui avait pourtant expressément interdites.

Lorsqu'ils furent rentrés dans l'appartement, Tony l'envoya prendre une douche et se changer, pendant que lui-même s'occupait d'une Morgan qui, en dépit de sa surexcitation, bâillait beaucoup et paraissait avoir besoin d'une bonne sieste.

— On discutera après, dit-il.

Peter aurait préféré que Tony ne remette pas à plus tard le flot de reproches qui devait lui brûler les lèvres, mais son père fut intraitable : ni l'un ni l'autre n'était pour l'instant en état d'avoir une conversation.

L'attente fut pire que tout. Sa tête tournait, son coeur battait trop fort, il était glacé jusqu'aux os et la douche brûlante sous laquelle il se réfugia n'y changea rien. De dépit, il gratta une petite coupure à l'intérieur de son poignet gauche, encore et encore, et ne s'arrêta que lorsque l'eau de la douche se teinta de rouge. La douleur l'aida à se calmer.

Après avoir enfilé des vêtements propres, il jeta un regard à la dérobée à son miroir. Il avait toujours l'air d'avoir pris de l'ecstasy (même si ça n'en était pas, essaya-t-il de se convaincre), toujours l'air aussi désorienté, mais au moins il était sec.

Il prit une grande inspiration et se rendit dans sa chambre. Tony l'y attendait déjà, assis au bord de son lit et admirant le petit diplôme qui attestait que son équipe de décathlon de Midtown avait gagné un prix, quelques années plus tôt. Scotchée au diplôme, il y avait une photo de Ned, MJ et lui qui souriaient à l'objectif, bras dessus bras dessous.

Peter toussota pour indiquer sa présence. Son père reposa la diplôme et releva les yeux. Son expression était impassible.

— Je crois qu'il faut qu'on parle, Peter.