NDA 01/06/24 : Bonjour à tous, merci pour les reviews, elles me touchent beaucoup. J'espère que vous allez apprécier ce chapitre, car nous allons enfin savoir ce qu'il se passe vraiment dans la tête de Sacha. Je vous souhaite une bonne lecture, et vous dit au mois prochain!


Chapitre 6 : Une vie pour une vie.

« Vous pensez que Harry est sorti d'affaire ? » Demanda Ron en frappant un doxy à coup de papier journal roulé.

« Je n'en sais rien… » Avoua Hermione, toujours inquiète. « Normalement il n'aurait jamais dû être renvoyé, encore moins pour s'être défendu. La politique sorcière est un vrai merdier. »

« Ça tu l'as dit, miss-je-sais-tout. » Retentit une voix pas très loin.

Les jumeaux, bien qu'ayant droit d'utiliser la magie, s'étaient vu privés de baguettes, et obligé de nettoyer le comptoir à vin du grand salon dans lequel ils se battaient présentement contre les nuisibles magiques.

« J'aurais voulu y aller… » Répondit l'autre rouquin. Et Ginny, appuyée contre la vitre qu'elle frottait, sut immédiatement qu'il s'agissait de Fred.

« Il y avait le procès O'Nigay derrière. Tu penses qu'Harry aura le droit d'y aller ? » Questionna la cadette Weasley. Ron hocha la tête.

« Il m'a dit qu'il ferait tout pour y assister. »

« Je ne le sens pas. Ni pour Harry, ni pour Sacha. Fudge est un gros nigaud qui… » Mais Hermione ne termina pas sa phrase. Lâchant le spray de doxycide qui rebondit avec fracas sur le plancher miteux, elle se couvrit la bouche.

« Hermione ça va ? »

Mais aussitôt, elle coupa le garçon de sa main libre avec un geste impérieux.

« Chut ! »

« Hermione ? » Reprit Ginny, inquiète pour son amie.

« J'ai dit chut ! écoutez ! »

Ils se turent, sens en alerte. Ron fut le premier à écarquiller les yeux et comprendre.

« Oh putain. » Le juron fut ignoré par la lionne. Elle connaissait le morceau qu'elle entendait en arrière-plan. Même s'il était plus lent que l'original, c'était clairement moldu. Queen et David Bowie.

« Ce n'est pas Sacha… » Confirma Ginny en fronçant les sourcils. « C'est Luna. »

« Et c'est probablement pour ça que même si on l'entend on ne connaît pas le morceau… » Hermione plissa les lèvres. « Elle essaie de nous connecter comme l'a fait Sacha. »

« Durant le procès ? Mais c'est dangereux non ? »

« Sauf si ni elle ni Sacha n'y assiste… » Murmura Fred avec un regard terriblement inquiet.

« Malfoy a dit qu'elle était réveillée ! » Argua Ginny.

Hermione leva une nouvelle fois sa main de manière impérieuse.

« Ça suffit, procès ou pas, c'est qu'elle a besoin d'aide, que ce soit elle ou Sacha, ou pour les deux. »

« Comment on fait ? Pour les rejoindre ? On ne va pas juste fredonner un petit truc inconnu… »

« Moi je connais le morceau. »

« On ne peut pas l'apprendre en trente secondes, Hermione… » Gronda Ron.

« Pas besoin. Tu te souviens de ce que je t'ai dit en première année ?

« T'as dit énormément de choses, en première année… C'est maintenant, là. » La brune leva les yeux au ciel.

« Pour ensorceler quelqu'un, il faut fixer la personne sans ciller, et réciter la formule. Tout le monde en face de moi, vite ! »

Les adolescents se rapprochèrent automatiquement, formant un petit groupe bien visible, pour que la gryffondor puisse tous les voir sans avoir à tourner la tête. Fermant les yeux une demi seconde pour se rappeler de l'incantation, elle se lança, poussant sa magie au maximum malgré l'absence de baguette. Du moins, de son usage, puisque l'objet était bel et bien dans sa poche. Paupières grandes ouvertes, elle s'imposa de ne pas cligner une seule seconde. Heureusement qu'elle connaissait ce sort par cœur, et l'avait testé sur ses camarades de dortoirs en troisième année.

« Incantatio Chorus Cantus, Omnes simul ! » Un frisson collectif les parcourut, et Hermione, constatant qu'elle avait réussi avec un petit sourire victorieux, se mit à chanter par-dessus la petite voix de Luna.

« Under pressure that brings a building down
Splits a family in two, puts people on streets »

Aussitôt, dans un même mouvement, les quatre autres sorciers suivirent, comme s'ils connaissaient par cœur les paroles de cette chanson. Et bien que Ron chante toujours un peu faux, il suivait avec autant de force que n'en mettait Hermione.

Dès lors qu'elle ferma les yeux, ils l'imitèrent. Mais l'espace vide et nébuleux des limbes ne fut pas leur lieu d'accueil. Une étrange prairie crépusculaire s'étendait autour d'eux, l'herbe verte se couchait sous une brise tiède inégale, charriant le parfum de diverses plantes jusqu'à eux. Un cabanon assez miteux semblait avoir poussé un peu plus loin au milieu des fleurs sauvages. Du lierre garnis de petits bourgeons blanc cherchait à l'envahir et soulever le toit déjà bancal.

Et devant la porte, Luna, qui les attends. Sa tresse en épi garnie de véritables épis de blés, cerises aux oreilles. Pas loin, la silhouette de Malfoy se dessina, floue et légèrement vacillante. Honnêtement, il était encore plus étrange qu'il avait l'air épuisé, et surtout, que sa main tenait quelque chose dans le vide. Mais si Luna les vit, elle ne leur expliqua rien, se contentant de chanter en continue, le morceau que Sacha lui avait offert, un soir.

« That's the terror of knowing what this world is about
Watchin' some good friends screamin', "Let me out"
Pray tomorrow gets me higher
Pressure on people, people on streets… »

« Luna, qu'est-ce qu'il se passe ? Où sommes-nous ? »

« Elle ne répondra pas. Belette. »

« La ferme, Malfoy. » Répondit Ron par automatisme.

« Use un peu de ta tête, pauvre imbécile, c'est elle qui nous lie, elle ne va pas tout lâcher pour te répondre. » Si le rouquin s'empourpra, il ne répondit rien de plus. La question vint d'ailleurs.

« Où est Harry ? » C'était Ginny, qui fouilla les alentours des yeux. Malfoy leva sa main tenant le vide en grimaçant.

« Occupé à assurer l'avenir de Sacha. Il est lié, mais toujours dans l'audience. » Lui répondit le blond avec étonnamment, beaucoup de douceur.

« Qu'est-ce que ça signifie ? » S'inquiéta l'un des jumeaux, l'air dur.

« Ça veut dire que le futur tuteur de Sacha doit faire ses preuves contre une bestiole du même genre que celle dans le stade, et que Potter se charge de l'aider à distance. On ne peut rien faire de plus, c'est entre eux et les morts. »

« Je n'aime pas du tout ce que tu dis, Malfoy… »

« Ce n'est pas fait pour être apprécié. C'est un constat. Et si je suis flou, c'est pour éviter à Potter de débarquer et de foutre O'Nigay dans la merde, donc s'il n'y a pas d'autres questions débiles à poser, on pourrait peut-être s'y mettre ? »

« Se mettre à ? On ne sait toujours pas ce qu'on fait là ! » S'énerva clairement George, car le second jumeau fixait désormais la porte du cabanon avec une infinie tristesse au fond des yeux.

« C'est Sacha… Elle est derrière cette porte, n'est-ce pas ? »

Le visage de la petite blonde s'éclaira, et bien qu'elle continue de chanter, elle hocha vivement la tête. Elle montra ensuite l'absence de poignée sur la porte rongée par les termites.

« Tu disais qu'elle était réveillée ! » S'emporta Hermione. Le regard dur argenté se planta dans le sien.

« Pour ta gouverne, je n'ai pas menti. Comme à Potter, je l'ai dit. Physiquement, elle est réveillée. Mais c'est une coquille vide. Maintenant on sait pourquoi. Elle est enfermée là-dedans. »

« On défonce la porte ? » Proposa immédiatement Ron, ce qui fit soupirer sa fratrie de lassitude.

« Bah oui, bien sûr, défonçons l'esprit d'O'Nigay de l'intérieur, ce n'est pas comme si on voulait qu'elle reste en vie, après tout ! » Railla Malfoy avec ironie.

« Ça suffit tous les trois ! » Gronda Ginny. « Pas de guerre puérile, il faut qu'on réfléchisse à comment la sortir de là, et ensemble. Alors si vous ne pouvez pas vous entendre, ayez l'obligeance de vous taire pendant que je réfléchis, merci ! »

« T'as mangé du lion, sœurette ? »

« Ferme la George. »

« Je suis Fred, au cas où tu… » La main de la rouquine lui couvrit la bouche.

« Ferme là. Vraiment. »

Fred s'approcha de la porte derrière Luna, et vint passer la main sur le bois, grimaçant aux picots hérissés tout le long du fil. Il pressa sa paume sur le bois, cherchant à la faire basculer de l'autre côté. Bien que ça ne bouge pas, il sentit un léger changement de pression, et ses yeux s'éclairèrent de compréhension.

« Si on pousse tous ensembles, on devrait y arriver. »

« Je croyais qu'on ne devait pas défoncer la porter ! » s'insurgea Ron en croisant les bras.

« J'ai dit pousser, pas défoncer. Mon contact la fait réagir. Luna essaie ! » Reprit le jumeau éprit.

La petite blonde, poursuivant le couplet de Bowie avec douceur, posa à son tour la main sur le bois, et un grand sourire plein de joie illumina son visage. Elle hocha la tête, sentant la vibration magique qui chatouillait la pulpe de ses doigts.

« Chippin' around, kick my brains 'round the floor
These are the days it never rains but it pours
Ee-doh-ba-buh, ee-da-ba-ba-bop
Mm-bo-bop, beh-lup
People on streets, ee-da-dee-da-day
People on streets, ee-da-dee-da-dee-da-dee-da »

Se tapant le front du plat de la main, Hermione se précipita à son tour pour poser cette dernière sous celle de Fred, juste au-dessus de la main de Luna qui continuait de chanter. Et la réalisation se fit.

« Oh bon sang, oui. Ce n'est pas de la magie à proprement parlé c'est… » Des larmes lui montèrent aux yeux.

« C'est sa solitude… La porte nous bloque parce qu'elle s'isole… Mais si… Si on est assez nombreux à être là pour elle, à lui faire sentir qu'elle compte… Je pense qu'on peut passer. »

La main de Malfoy s'ajouta à celles des trois autres, et le bois vibra, se couvrant d'un léger halo doré. Le garçon marqua l'arrêt, ressentant la peine de son amie avec le même écho que le grand rouquin. Il l'avait déjà sentie, dans son salon, lorsqu'elle explosait de douleur, ce pieu de bois en pleine poitrine. Elle s'était sentie abandonnée de tous, seule au monde. Et il lui avait promis qu'il serait toujours là. George, Ron et Ginny ajoutèrent leurs mains. Le halo grandit encore.

Draco déglutit, mais força un sourire moqueur pour chasser sa détresse.

« Aller, O'Nigay, ne nous fait pas attendre. Ouvre cette foutue porte. » Et par acquis de conscience, il posa la seconde main, poing toujours fermé, sur le bois. Le halo prit une nouvelle ampleur, signe qu'il avait reconnu la présence de Potter, de l'autre côté.

Le bois grinça. La porte s'ouvrit lentement. Et le spectacle désolant qui s'offrit à eux fit pleurer les trois filles, et gémir Fred de douleur.

oOoOoOo

Harry gronda intérieurement. La bestiole en bas se fichait éperdument de ses demandes et ne l'écoutait qu'à peine. S'acharnant sur les aurors avec des flammes aussi sombres que la nuit, le professeur de potion luttait avec son dernier bras valide pour protéger tout le monde.

« Je ne te veux aucun mal. Reste calme. Je te le demande… » Tentait-il d'une voix rauque.

Mais l'enfant blanc n'en avait cure et continuait son manège destructeur. Un sort, en provenance d'un auror, manqua l'obscurus, dévié au dernier moment par Rogue, mais ce dernier ricocha sur le bouclier doré autour, et frappa les dalles de pierre sous les pieds de l'enfant. Projeté avec violence par l'explosion produite, il percuta la chaise des suspects, qui était restée dans la zone, et un craquement sinistre retentit dans toute la salle.

Les soupirs terrifiés des membres du magenmagot emportèrent les paroles de Bill avant que Harry ne l'entende. Était-ce trop tard ? Severus Rogue venait-il d'échouer à protéger la créature ? Non. Pire. L'enfant blanc se releva, le bourdonnement perçu devant intense et cette fois, tous les sorciers présents se bouchèrent les oreilles à l'exception de trois d'entre eux. Le premier, Severus, toujours à terre, qui ne pouvait plus utiliser qu'un bras et qui gardait la main serrée sur sa baguette. Le second, Draco, qui n'était plus vraiment conscient de la situation dans le monde réel. Et le dernier, Harry, qui cherchait toujours à aider le sorcier en bas malgré leur haine respective.

Il y eu plusieurs craquements sonores, comme des branches qui cassent sous une tempête de magie extrême. Le petit garçon se redressa, entouré d'un nuage de mouche, et leva une main griffue, prêt à l'abaisser sur l'homme qui l'avait mis à terre. Les mouches s'agitèrent avec encore plus de violence avant de foncer droit sur Severus qui n'eut le temps que de se couvrir le visage avec son bras valide.

Mais le nuage putride n'atteignit jamais sa cible.

Harry cligna des yeux. Il avait serré de toutes ses forces l'obsidienne avant de demander de l'aide à Cédric. Et il voyait désormais le Poufsouffle faire barrage contre le nuage d'insectes, bras en croix et auréolé d'une lumière mauve.

« Harry, je fais de mon mieux mais je ne pourrais pas le retenir longtemps ! » La voix de son camarade lui parvint malgré les bourdonnements terribles.

« Que pouvons-nous faire pour vous aider, enfant d'en bas ? » Demanda une autre voix, bien plus prés de Harry. Il redressa la tête et découvrit un fantôme qu'il n'avait encore jamais vu.

C'était un vieil homme pour le moins énorme, avec un nez en trompette et des yeux perçants. Il portait ce qui ressemblait à une robe de sorcier brune élargie, tenue par une ceinture de cuir aux armoiries grossière, mais qui montrait clairement une lettre capitale. Un P. Et derrière… Tout un tas d'esprits flottants, vêtus de robes de sorcières plus ou moins désuètes. Certaines étaient ornementées de pierres précieuses, d'autres ressemblaient à des guenilles médiévales. L'homme le plus proche avait une large épée à sa taille. Harry réfléchit au plus vite, toute aide était bonne à prendre, et il ne pouvait pas faire la fine bouche. Pas maintenant.

« Harry ! » Gémit la voix frêle de Betty. Un coup d'œil suffit pour constater qu'elle était accrochée à Cédric et le tenait pour l'aider à garder ses forces. Sa décision fut prise.

« Il faut attraper l'esprit putride et le calmer. De gré ou de force. » Répondit le garçon, sans réaliser qu'il utilisait toujours cette langue maléfique.

Le gros homme, qui portait un chapeau à plume, porta sa main boudinée sur son torse et s'inclina légèrement en avant.

« Considérez cela comme fait. Mon Prince. » Il se tourna alors vers les innombrables esprits flottants, tous armés d'objets du quotidien sanglant, probablement ce avec quoi ils étaient morts, et tapa dans ses mains. « Aller, du nerf !»

Harry ne remarqua pas le regard horrifié de Bill sur lui. Seulement que l'armée transparente et multicolore qu'il venait de découvrir se précipitait en bas et frappait à tour de rôle l'obscurus aux cheveux blancs. Le nuage de mouche disparu plus rapidement qu'il ne s'y attendait, et à chaque coup, le petit se recroquevillait, couvrant sa tête et son corps pour se protéger des esprits au service du sorcier. Il y eut un étrange sifflement aigu. Et Harry comprit immédiatement ce qui allait se produire.

« Attention, il attaque ! » s'alarma l'un des esprits errant avec une coupe étrangement longue.

L'explosion qui chercha à emporter tout sur son passage fut soudainement engloutie par une petite silhouette fragile, dans une robe rose pale à motifs de cerise. Harry perdit toutes ses couleurs.

« Betty ! »

Les bras minces se refermèrent sur ceux du garçon à terre, et elle serra de toutes ses forces malgré la violence de la magie mortuaire qui s'échappait. Peu à peu, les bourrasques noires perdirent de l'ampleur. Et après quelques secondes, le bourdonnement infernal disparu.

Betty était toujours là, intacte pour ce que Harry arrivait à voir, et continuait d'étreindre l'esprit putride comme s'il s'agissait d'un membre de sa famille. L'enfant blanc, lui, ne bougeait plus, et paraissait fixer le petit fantôme avec ahurissement. Et comme le bourdonnement avait cessé, il pouvait clairement les entendre à présent.

« Il faut que tu sois gentil, pour le monsieur derrière moi, et pour une amie de Harry. » Elle relâcha un peu son étreinte pour lui montrer le survivant dans les gradins. « C'est vraiment très important. Et si tu es sage, je suis sûre que Harry sera d'accord pour t'emmener avec nous. »

« Je… Je serais libre ? » L'enfant dangereux avait la tête de quelqu'un qui ne croit plus aux contes de fées, et pourtant, une petite lueur d'espoir accrochait ses iris écarlates.

« Oui. Harry ne t'enfermera jamais dans une valise. C'est trop méchant. »

« Pourquoi tu es gentille avec moi… ? J'ai voulu vous exploser tous… » Et la réponse fut naturelle.

« C'est normal d'avoir peur et faire n'importe quoi pour ne pas retourner dans une valise. Moi non plus je n'aurais pas envie d'y aller. En plus, les sorciers t'ont lancé des sorts, ce n'est pas gentil. »

« Betty, c'est un esprit putride… C'est bien trop dangereux de l'emmener avec nous ! » Gronda Cédric qui s'était rapproché.

« Non. Il est gentil. Je le sais. Il avait juste besoin d'un câlin. » Et si l'obscurus était très blanc de peau, la rougeur qui orna son faciès donna l'impression d'un phare dans la nuit.

« Vous m'emmènerez ? Pour de vrai… ? »

« Oui ! Je suis sûre qu'Harry le fera, n'est-ce pas ? » Attendant son approbation, les deux plus jeunes se tournèrent vers lui.

Les esprits adultes autour, caquetèrent que c'était bien trop dangereux. Que le petit était instable et maléfique. Le survivant posa son regard sur les deux enfants, puis sur son professeur de Potion qui se relevait avec difficulté, mais approchait désormais de l'obscurus. Il fallait prendre une décision maintenant. Du peu qu'il avait compris, lui, Betty et Cédric étaient liés. Peut-être était-ce à cause de l'obsidienne ? Il n'en savait rien. Mais… S'il disait oui au démon des années 40… Est-ce que ça voulait dire qu'il allait l'avoir à ses cotés comme les deux autres ? Il restait instable, et une créature appartenant au ministère. Oui mais… Ils faisaient clairement des expériences sur lui. Et c'était sûrement pour ça qu'il était devenu putride…

Un enfant battu. Voilà ce que c'était. Il connaissait la même terreur que lui. Ce n'était pas une valise, c'était un vieux placard sous l'escalier, mais il ne voulait plus jamais avoir à y retourner. Soupirant, Harry secoua la tête. Sa décision était prise.

« Sois sage avec le professeur de Potion, et lorsqu'ils abaisseront le bouclier, je trouverais le moyen de t'emmener avec moi. »

« Promis ? » L'espoir était visible. Malgré l'apparence effrayante, malgré les crocs acérés remplissant sa bouche d'enfant. Ce petit démon avait besoin d'un foyer. Harry le sentait jusque dans ses tripes.

« Promis. »

« Vous faites une erreur, mon prince, cette créature va vous… » Mais le gros sorcier défunt fut coupé par un regard vert empire luisant.

« Je promets de protéger cet esprit comme je le fais déjà pour mes deux amis. Maintenant, foutez le camp. » Ordonna Harry. Et dans un nuage de vapeur, tous les autres esprits disparurent de la salle d'audience.

Ne resta que Cédric et Betty qui relâcha totalement son étreinte sur l'obscurus, avant de voler jusqu'à Harry, se positionnant au-dessus pour s'asseoir sur ses épaules. Le garçon frissonna terriblement, mais la laissa faire. Il avait beau ne pas avoir beaucoup de force, l'avantage venait de l'absence de poids de la petite demoiselle.

Seul face au sorcier, le petit obscurus frémit d'inquiétude. Et si le garçon là-haut le trahissait aussi ? Pourtant, se trainant malgré les brûlures, l'homme en noir se saisit de son épaule et le colla contre lui, avant de lever sa baguette pour arrêter d'autres sorts en provenance des aurors. C'était un test. Il l'avait bien compris. Mais il avait tout de même peur qu'on l'abandonne de nouveau juste après.

Levant les yeux vers l'estrade pour chercher le garçon qui parlait la langue des morts, il constata immédiatement l'étrange complicité entre lui et la fillette. Et dans son cœur meurtrit de magie, lui aussi, voulu de ce frère sorcier. L'autre garçon flottait derrière lui, et l'enjoignait à faire de même. Alors il fit disparaître les flammes qui mangeaient le bras déjà quasiment absent de l'homme qui le tenait, et se blottit contre sa jambe pendant qu'il le protégeait.

Les cinq dernières minutes furent longues, mais l'homme en noir parvint à maitriser tous les aurors un à un, et éviter que les sorts ne le touche, malgré son état de santé déplorable. Le pronostic vital était engagé, il le sentait, son cœur était fragilisé par la malédiction qu'il avait jeté sur lui, et pourtant, mu par un instinct incroyable, l'homme n'avait pas cessé de le défendre.

« C'est terminé ! » Annonça Madame Bones en faisant claquer sa baguette.

Aussitôt, les hommes du département des mystères lancèrent une incantation visant à rappeler l'esprit dans la valise qui le contenait jusqu'à lors. Paniqué, Harry ferma les yeux et serra l'obsidienne à sa taille de toutes ses forces avec sa main libre. Et si le nuage d'insecte se retrouva aspiré dans le contenant, il sentit la présence néfaste de l'obscurus tout près de lui. Il avait réussi. Soudainement épuisé, la poigne de Malfoy sur sa main ne fut plus suffisante pour le tenir éveillé et dans le monde réel.

Il ne parvint pas à soulever ses paupières, et fut emporté dans la prairie crépusculaire à son tour.

oOoOoOo

« Potter, qu'est-ce que tu fiches ici ? » Gronda soudainement la voix trainante du blond.

« Je… » Mais Harry fut incapable de répondre.

Ses yeux se posèrent sur son entourage, et la bile remonta le long de son œsophage. Au-delà de l'aspect délabré du cabanon dans lequel ils se trouvaient tous, il y avait deux paillasses composées de foin et d'une couverture en lin mangées par les mites et légèrement moisies. Deux paillasses maculées par une quantité de sang faramineuse, et qui dégoulinait jusque sur le plancher rongé. Deux paillasses occupées.

Deux Sacha.

Il n'y avait pour ainsi dire, aucune différence notable entre les deux jeunes femmes endormies, si ce n'est la tunique courte et déchirée qu'elles portaient. Celle de gauche était noire, l'autre était blanche. Mais en approchant de plus près, Harry se rendit compte que les différences entre elles se plaçaient au niveau des blessures physiques reçues.

« Elle respire… Mais… C'est tout juste… » Gémit Hermione en détournant les yeux de celle de droite après avoir vérifié son souffle.

Tremblant, mais conscient qu'il ne pourrait pas non plus jouer l'autruche devant ce funeste spectacle, Harry approcha en premier lieu de la Sacha noire. Ses mains reposaient sur sa poitrine, donnant cette allure paisible à travers le sommeil, mais il apercevait sur la tranche du pouce, des points rouges. Remontant sur son buste qu'il trouva étrangement plat, il constata le sang coagulé, et remonta encore. Sur sa gorge, à mi-hauteur, s'étendait une entaille épaisse d'un centimètre, qui parcourait toute la chaire visible de son cou.

« Quelqu'un l'a… Etranglé avec un objet coupant… » Constat lourd de sens. « Une corde métallique je dirais… »

« Et la tempe… » Murmura Hermione.

« Quoi… ? »

« Regarde sa tempe… La gauche. »

Se penchant, le garçon eut un nouveau haut le cœur. La tempe gauche était éclatée. Un trou béant laissant voir les bordures du crâne et l'intérieur de sa tête, et dans lequel se mélangeait liquide céphalo-rachidien, sang, morceaux de cervelles et éclat d'os. Harry se redressa brutalement, et voulut vomir plus loin. Mais n'étant qu'immatériel, rien ne sorti de sa bouche, et les renvois furent vides.

« Potter ! Arrête de pleurnicher, où ça en est de l'autre côté ?! » Gronda de nouveau Malfoy.

Pourtant, il était tout aussi pâle, si ce n'est vert, que le gryffondor. Appuyé contre un mur sur lequel était accroché une couronne de blés séchée, il regardait partout, sauf dans la direction des deux Sacha. Ravalant sa salive, Harry prit une grande inspiration pour calmer les battements erratiques de son cœur, et répondit d'une voix molle.

« La bête est contenue… Mais je ne connais pas le verdict. Je crois qu'il a réussi. »

« Espérons… »

« Comment on sait… ? Laquelle est la vraie… ? » Demanda finalement Harry, en jetant un coup d'œil à Luna, restée sur le pas de la porte pour continuer de chanter. Sa voix tressautait sous les sanglots, mais elle tenait bon.

« On cherche. C'est pour ça qu'on les étudie… » Grommela George.

« D'accord. »

« Et l'autre… ? » Questionna Ginny, qui faisait exactement comme Malfoy, soit regarder partout sauf les blessées.

George était celui qui se chargeait de la blanche. Son jumeau n'en était clairement pas capable. Vautré par terre, appuyé contre le mur branlant, Fred avait enfoncé son poing dans sa bouche. Le visage écarlate, il se retenait de vomir, pleurer, et hurler. Ron approcha à son tour du corps inerte, prit une longue inspiration nasale, et s'occupa, avec son ainé, d'étudier le corps, comme Hermione venait de le faire avec Harry.

« Elle respire. » Furent les premières paroles du batteur de Gryffondor.

« Mais elle devrait être morte, comme l'autre. » Ajouta Ron. Il n'hésita cependant pas à soulever les mains posées sur la poitrine pour les étudier, comme anesthésié, ou concentré sur sa tâche, plutôt. Harry nota qu'il avait la même tête que dans la chambre des secrets. Prêt à se fermer et avancer coûte que coûte. « Les ongles sont violet, il y a du sang dessous, ce n'est pas juste le trou… »

« Le trou… ? » Répéta Ginny. Alerte, Draco releva la tête aussi, sans pour autant poser les yeux sur le corps.

« Oui. Elle a un trou béant dans la poitrine, on dirait… Comme le manche d'une batte qu'on aurait enfoncé. » Expliqua George. Tout aussi pâle que les autres liés, il gardait contenance.

« Ou un pied de chaise… » Murmura Draco, perdu dans ses pensées.

« De quoi ? » Hermione avait entendu ses mots sans pour autant les comprendre.

« Malfoy ? Parle ! » S'énerva la rouquine. Le blond déglutit avant de se redresser.

« Un pied de chaise. C'est ce que Sacha avait dans la poitrine quand elle est arrivée chez moi. »

« Oh Merlin… » Jura Hermione.

« Ça veut dire que la blanche, c'est la nôtre ? » Demanda Ginny, incertaine.

« Mais pourquoi il y en a une seconde ? »

« Comment tu veux que je le sache, Belette ? » Rétorqua Malfoy.

Mais tandis que les deux garçons s'apprêtaient à en venir aux mains, obligeant Ginny à se mettre en travers pour éviter le combat, Fred quitta son appui de fortune pour approcher la demoiselle en noire. Le poing toujours en bouche, pour ne pas dire quelque chose qu'il regretterait, il n'eut besoin que d'un coup d'œil pour être sûr. Et son cœur se remit à saigner plus fort.

La Sacha en noire, s'il soulevait ses paupières, il y trouverait les yeux bleu clair. Il le savait. C'était la sienne, car sous l'oreille se distinguait une fine tache de naissance. Un endroit qu'il avait déjà embrassé lorsqu'ils étaient ensembles. Son instinct lui disait la seule chose à savoir. Pourquoi y en avait-il deux ? Parce qu'elles étaient deux. Mais une seule pourrait se réveiller. Ils ne pourraient en ramener qu'une. Il fallait faire un choix.

Heureusement, il était le seul à l'avoir compris. Les autres seraient épargnés. Il mordit plus fort sa main. Cette fois, pour retenir le sanglot qui le menaçait. Est-ce qu'il condamnait son ancienne petite amie en choisissant la blanche ? Comment savoir ? Les deux étaient ici, il n'en doutait pas. Mais la logique s'imposa d'elle-même.

Malfoy avait parlé au passé. Cela voulait dire que la Sacha qu'il avait récupéré était physiquement guérie. Celle qu'il avait sous les yeux ne l'était pas. Cette Sacha O'Nigay était morte… Le corps broyé sous une automobile moldue après avoir fuie sa famille. Elle avait visiblement été torturée et étranglée. Et que ce soit le trou dans sa tête, ou l'entaille sur sa jugulaire, il ne laissait aucun doute quant à son état. Seul subsistait son souvenir… L'obscurus, peut-être ? Séléné aurait récupéré le reste d'âme de l'autre Sacha, car plus forte ? Comment savoir ce que représentait ce corps ?

Avec douceur, il replaça une mèche brune derrière l'oreille de la demoiselle inerte, et prononça mentalement un adieu, à celle pour qui son cœur avait battu pendant des mois, avant d'être brisé par son indécision. Cette Sacha n'existait plus. Au moins pouvait-il lui dire adieu.

« Il faut réveiller la Blanche. » Murmura-t-il d'une voix morne.

« Et comment on fait ça… ? » Ron croisa les bras après s'être essuyé les mains sur son t-shirt.

« Je ne sais pas, mais il va falloir qu'on se bouge. Lovegood tient plus. » Annonça Malfoy en pointant la petite blonde, dont la voix faiblissait, mais qui semblait aussi prise de panique en devenant translucide par intermittence.

« Quoi ? » Hermione tourna la tête à son tour, puis blêmit. Ses propres doigts commençaient à disparaître aussi. « Luna, tiens le coup, il nous faut encore du temps ! »

La jeune fille secoua la tête, sincèrement désolée, avant de brutalement se reculer, comme si quelqu'un l'avait saisie par les épaules et secouée. Elle cessa de chanter.

« Vite ! » Et disparue soudainement, effacée des limbes dans un flash doré.

Tous jurèrent. Fred se précipita sur la Sacha en blanc, tandis qu'Hermione rejoignait Harry, lui recommandant de faire attention sur le retour. Ginny trébucha sur une matière invisible, alors que les lieux se mettaient à trembler. La couronne de blé disparue, une fenêtre se brisa. Malfoy attrapa la rouquine avant qu'elle ne s'étale sur le corps de la Sacha au cou tranché.

Ron et George se tinrent aux murs, avant de jurer lorsqu'ils se mirent à trembler à leur tour, les pierres se désolidarisant les unes des autres.

« Elle nous repousse ! » Hurla Ginny, maintenue par le serpentard, qui s'était cependant couché au sol pour éviter des débris volants.

Il y eu un flash rouge sang, et Ron disparu à son tour. Laissant George se débrouiller pour tenir seul. Une poutre se détacha du toit et vint s'écraser entre eux dans un fracas sinistre. Hermione ne tarda pas à suivre dans un éclat lumineux bleu clair. Malfoy gronda, mais sa voix fut étouffée et il lâcha Ginny en disparaissant dans une vapeur grise. La rouquine fit bientôt de même en s'écroulant dans un amas lumineux rosé.

Fred atteignit le corps inerte de l'héritière de Séléné, et se pencha sur son visage en laissant enfin les larmes qu'il avait retenue jusque-là, couler. Harry disparu dans un tourbillon vert empire sans avoir pu dire quoi que ce soit.

George cria son nom, mais un flash turquoise l'emporta juste avant qu'un pan de mur ne s'écroule sur sa tête. Le dernier sorcier présent dans les limbes serra la main de la jeune femme et murmura son nom dans une prière esseulée.

« Je t'en prie… Sélené. Reviens vers nous. Reviens moi. D'accord ? Restes avec… » Sa voix fut couverte par le reste du toit s'écroulant dans une cacophonie assourdissante.

Et tout fut noir.