NDA 01/07/24 : Je vous souhaite un excellent été à tous et j'espère que vous avez droit à du soleil et une température convenable! Voici enfin ce qu'il s'est réellement passé pour nos chers sorciers, mais aussi les évènements du ministère. J'espère que ce chapitre vous plaira, même s'il est un peu plus court que d'habitude, car c'est le dernier avant le retour à l'école!

Une bonne lecture à tous ~


Chapitre 7 : Cohabitation.

Luna se tourna vers le jeune adulte qui la secouait sèchement. Arman avait les yeux verts cerclés de rouge, signe de sa fatigue évidente. Pourtant, tout son corps était solide et en alerte. La seule chose qui l'inquiétait, était la cicatrice qui recouvrait son cou et le bas de son menton. Cette dernière était boursoufflée et rouge, signe de stress.

« Nous y étions presque ! » Voulut clamer la demoiselle.

« Malfoy sénior est ici et arrive, on a plus le temps ! » Fut sa réponse, l'accent de sa langue d'origine ressortant avec force.

« Mais ! » Elle ne put protester.

Le sorcier ouvrit la fenêtre d'un coup de baguette avant de se métamorphoser en un norvégien à crète. Le dragon était d'apparence jeune, et pas plus grand que la longue table de réception qu'ils avaient croisé à l'étage inférieur. Mais c'était largement suffisant pour que la petite blonde monte sur son dos et qu'ils s'enfuient sans être vus par le propriétaire des lieux.

Luna, jetant un dernier coup d'œil à son amie couchée dans le lit, secoua la tête, avant de sortir sa propre baguette. Elle grimpa sur le dragon sorcier, et s'accrocha aux écailles proéminentes qui recouvraient le long cou de la bête. Refermant la fenêtre derrière eux, elle se coucha sur la créature pour s'abriter du vent, et pleura d'incertitude.

Les autres avaient-ils eu le temps de la réveiller ? Elle n'en saurait rien avant des jours ! Saisie de vertiges, Luna prit conscience qu'elle était allée trop loin dans sa manœuvre. Sa gorge la brûlait comme après un énorme sanglot lors d'une angine carabinée, et elle avait la tête lancinante. Fermant les yeux pour ignorer les insectes et le vent, la Serdaigle ne se rendit même pas compte qu'elle sombrait dans l'inconscience.

Lucius Malfoy, lui, venait de recevoir un message de son épouse par le biais d'un patronus. Ils avaient réussi. Il allait pouvoir prévenir le seigneur des ténèbres de l'issue du procès, et bien entendu, du fait que Paulette O'Nigay pouvait être amenée morte ou vive, au ministère. Il décida cependant de faire un détour par la chambre des invités, pour vérifier l'état de leur petite protégée.

Beaucoup dans la communauté magique voyait le lord comme un homme dangereux et calculateur. Plein d'ambition, sans âme, et ne courant qu'après l'argent. La plupart songeait même que tout son mariage reposait sur un arrangement entre la famille Malfoy et la famille Black, et qu'il n'avait jamais aimé son épouse.

S'il était vrai qu'il aimait l'argent et que son ambition n'avait quasiment aucune limite, Monsieur Malfoy avait un cœur caché sous son épaisse armure d'or blanc. L'argent c'est pour les pauvres ! Il était tombé amoureux de Narcissa dès leur rencontre, alors que la jeune Black le questionnait sur le cours de Potion, étant donné qu'il était de deux ans son ainé. Mais Narcissa, à l'époque, était déjà promise à Arbicus Rockwood. Il avait donc fait des pieds et des mains, manigancé toutes sortes de plans, et conduit à la quasi ruine de la famille rivale, juste pour proposer ensuite un mariage sauvetage à la famille Black, afin de ne pas pénaliser la demoiselle dans son avenir.

Draco était leur trésor. Le fruit de leur amour, et des difficultés liées aux sangs purs. Seules quelques connaissances, et le seigneur des ténèbres, avaient conscience de la douleur qu'ils avaient vécus, lui et son épouse. Leur fils était le 17e enfant Malfoy conçu. Narcissa n'avait mené que quatre enfants à terme, dont deux morts nés. Tous les autres avaient péri avant d'atteindre le sixième mois. Les hypothèses allaient bon en train. Exposition à la magie noire, malédiction, stress de la guerre. Même la consanguinité des sangs-purs avait été évoquée.

Alors bien évidemment, ils avaient chéri à outrance leur garçon. Et ils avaient remercié le ciel que les Potter mettent fin au règne du seigneur des ténèbres. Les guerres, les combats, ils voulaient vivre leur vie, pas se perdre dans le sang et l'horreur. La vie était trop fragile. Pourtant, il ne pouvait répondre absent aux appels du Lord noir. Il était marqué… Son père l'y avait contraint avant même sa septième année à Poudlard. Mais il avait béni Merlin d'avoir épargné son épouse, et il comptait absolument tout faire pour plaire au Lord et éviter que sa famille n'en pâtisse.

D'un autre côté, il était aussi prêt à tout pour rendre heureux son précieux trésor. Et après quatre ans de remarques sur la bêtise de Parkinson fille, à qui Draco était fiancé, les choses avaient changé. Son fils s'était intéressé à une jeune fille au sang-pur. Une jeune fille puissante, dotée d'un pouvoir disparu depuis des siècles. Un oracle. Et s'il était assez ironique de constater qu'elle était née dans une famille haïssant la divination plus qu'autre chose, lui comme Narcissa s'étaient empressés de trouver les moyens de la protéger de sa famille.

Bien évidemment, le fait qu'on touche à une enfant et qu'elle soit torturée rebutait profondément son épouse, après tout, elle avait eu une fille, un an avant la naissance de Draco. Et rien ne les avait préparés au malheur survenu. Les Malfoy soupçonnaient les Lestrange d'avoir réagi sous l'impulsion de la folie. Et Narcissa ne cachait plus sa haine à l'encontre de sa propre sœur depuis l'emprisonnement à Azkaban. Le bébé pleurait encore dans ses cauchemars.

Sacha O'Nigay était sous la protection Malfoy. Désormais unique héritière de son clan, aucun d'entre eux ne savait si elle allait atteindre la majorité. Combien de temps l'obscurus en elle s'était-il débattu avant de devenir fou ? Narcissa n'avait pas donné les détails de l'affaire, elle s'y refusait tant que le procès n'était pas gagné, aussi, il saurait dés son retour.

Tendant la main pour tourner la poignée de cristal à tête de cygne, un bruit sourd, de l'autre côté de cette dernière, fit monter un frisson le long de sa colonne. Le hurlement déchirant qui suivit acheva de l'inquiéter. Il sortit sa baguette, prêt à réagir pour enfermer la créature qui avait dévasté son salon, et ouvrit d'un sort. La porte claqua, et Lucius eut besoin d'une seconde pour réaliser ce qu'il avait sous les yeux.

La jeune femme n'était plus couchée.

Avisant le corps secoué de spasmes, sur la gauche du grand lit à baldaquin, Lucius se précipita à son chevet, et comprit. Ce n'était pas des spasmes de magie accidentelle, c'était des sanglots. Hésitant sur la marche à suivre - il n'était pas très tactile - il fit cependant ce que Narcissa avait toujours fait avec Draco lorsque celui-ci était plus petit. Il prit la demoiselle dans ses bras, tapotant son dos avec douceur.

« Là… Là, ça va aller… Miss… Vous n'êtes plus en danger. Vous êtes à l'abri. Votre famille ne peut plus rien contre vous. »

Mais Sacha ne l'écoutait pas vraiment. Elle pleurait sa douleur et sa peine. Sa rage. Pendant un instant fébrile, elle s'était sentie aimée plus que tout au monde. Elle avait cru que c'était Meleth nin. C'était ce qui l'avait ramené. Hélas, elle s'était réveillée seule, le corps lourd, et le cœur brisé. Elle avait voulu se lever, ses jambes n'avaient pas supporté son poids, et à tout ce qu'elle ressentait, s'était ajoutée la frustration.

Lucius songea que pour une crise de nerf, l'obscuriale était bien paisible.

oOoOoOo

Bill Weasley n'était pas n'importe qui. Il était sorti major de sa formation de briseur de sort, et avait déjà libéré cinq tombeaux Egyptien de diverses malédictions anciennes, basées sur le sang et la magie noire. Deux temples aztèques où il avait fait face à des inféris, et une tombe médiévale qui lui avait valu une cicatrice en étoile dans la nuque. Il savait reconnaître les douze branches connues de la magie, pour les avoir toutes étudiées à fond durant sa formation. Et avait connaissance de ce qu'on appelait un héritage perdu. Soit un don unique apparaissant chez des personnes lambdas, souvent des moldus, issu d'un très lointain ancêtre inconnu de la famille touchée. Sa rencontre avec une liche née ainsi, au Pérou, lui avait permit de comprendre la véritable forme de la nécromancie.

La vieille femme, Gabriela, était née morte, et avait poursuivi sa vie de cette manière, son père moldu ayant déjà perdu une épouse durant l'enfantement, s'était refusé de tuer l'enfant pourtant déjà mort. Pas de cœur qui bat, pas de souffle, mais un grand sourire édenté et des yeux pétillants. Elle avait un don, celui de réveiller les morts pour quelques instants, avant de les rendormir. Et contrairement aux terribles mages noirs, elle n'en faisait pas des zombies. Elle leur posait quelques questions auxquelles ils pouvaient répondre ou non, selon leur envie, puis leur donnait des nouvelles de leurs familles avant de les replonger dans le sommeil éternel. Il avait ainsi vu ce que la magie mortuaire pouvait composer pour relier les morts à la vie.

Et le lien tissé à cet instant même, entre Malfoy et Harry, alors qu'il avait entendu le noiraud parler une langue disparue, l'avait laissé pantois et inquiet. Comment Harry pouvait-il parler la langue des morts ? Comment ces deux adolescents avaient-ils put se laisser embarquer dans un lien aussi étroit avec la créature en contrebas ? Parce qu'il était évident pour le premier de la fratrie Weasley, que tout venait de l'enfant blanc. Mais, pris d'un doute, il plissa les yeux. Le lien entre les garçons ne s'échappait pas vers le centre de la grande salle, non. Il s'étiolait dans le vide, en hauteur…

Une chappe de plomb glissa dans son estomac. Il venait de comprendre. Le lien avec les morts… ce n'était pas l'obscurus d'en bas. C'était celui pour lequel ils étaient au ministère de la magie. Celui pour lequel on avait ressorti le monstre qui avait attaqué le chemin de Traverse en 1933.

Sacha O'Nigay.

Il ne dit rien lorsque les deux garçons reprirent conscience, se lâchant brutalement pour chercher autour d'eux. Mais, comprenant ce qu'ils essayaient de savoir, puisqu'ils tentaient d'écouter le discours de Madame Bones, il se pencha sur Harry, certain que Malfoy écouterait aussi.

« Ils ont embarqué le professeur Rogue à Sainte-Mangouste. Mais il devrait sortir rapidement. L'obscurus l'a libéré sur les dernières minutes. Et Sacha pourra être protégée. » C'était étrange de dire ça au sujet d'un ancien serpentard possédant la marque et espionnant Voldemort.

Albus Dumbledore assurait avoir toute sa confiance en Severus Rogue, mais théoriquement, s'il avait retourné sa veste une fois, il pouvait très bien le refaire. Cependant, Bill avait assisté à la première séance pour la demande d'émancipation de Sacha O'Nigay, et il ne pouvait pas nier que le potioniste avait donné tous les détails possibles au sujet de son comportement. Un comportement qu'il suivait attentivement depuis son retour. Il tenait à elle. Bien que personne ne puisse comprendre pourquoi.

Lui-même ignorait pourquoi son cœur s'était serré en rencontrant la jeune femme, et pourquoi il avait accepté de l'aider jusqu'au bout. Elle faisait bien plus mature que Ron ou Harry, ou même Hermione, qui avaient pourtant le même âge qu'elle. C'était comme si elle avait son âge, ou bien celui de Charlie. Une femme plus âgée dans un corps d'adolescente. Voilà ce qu'il avait eu l'impression de voir.

« De quoi est-ce qu'ils parlent, alors ? »

« Ils réfléchissent à mettre en place un service spécial de l'enfance, pour éviter de reproduire le même genre de chose. Madame Malfoy l'a fortement suggéré, et maintenant, c'est une dispute de pouvoir sur la nécessité ou non, de mettre un tel programme en place. »

« Mère les harcèle à ce sujet depuis ma naissance, mais jusqu'à maintenant, il n'y avait aucun exemple récent pour faire comprendre au ministère le besoin de protéger les enfants sorciers. »

Harry songea que peut-être, cela lui aurait valut moins d'ennuis avec les Dursley, s'il y avait eu un tel service avant sa naissance. Beaucoup de jeunes sorciers avaient perdus un parent dans la première guerre. Il n'écoutait déjà plus vraiment Malfoy au sujet des explications données, mais il l'avait clairement entendu pour Sacha. Lui aussi, aurait préféré qu'elle ne serve pas de victime référente.

oOoOoOo

Cela faisait quatre petits jours qu'il était rentré chez lui, avec son nouveau fardeau. Sa pupille. Présentement couché dans son ancien lit, puisqu'il avait refusé tout net de prendre la chambre parentale après le décès de sa mère et l'arrestation de son géniteur, il réfléchissait.

Son arrivée au Manoir Malfoy, le soir suivant le procès, l'avait laissé pantois. Sacha O'Nigay s'était réveillée aux alentours de dix heures du matin, soit pendant qu'il se battait pour sa garde, et avait visiblement tremblé et sangloté tout le reste de la journée. D'après Lucius, du moins. Mais lorsqu'il l'avait trouvé, assise dans le salon, en train de siroter un thé noir et des biscuits au mascarpone, c'était à croire que rien ne lui était arrivé.

Et puis, il avait croisé son regard, et il avait compris. Au même titre qu'il camouflait toute émotion derrière des boucliers de souvenirs éparses cachant eux-mêmes, des murs infranchissables, la demoiselle avait ses propres boucliers. Un masque naturel. Mais la crispation de ses doigts sur sa paume, ses ongles s'enfonçant dans sa chaire au point de laisser des marques, tandis qu'elle portait la gourmandise à ses lèvres, étaient, eux, toujours visibles.

Elle aurait fait une excellente maitresse occlumens, si la magie l'habitait encore.

Le fait est. Maintenant qu'elle était à son domicile, il n'y avait plus eu de manifestation magique particulière. Pour ainsi dire, elle ressemblait en tout point à une adolescente moldue. Sa manière de marcher, de s'occuper les mains comme si jamais, une baguette n'avait été utilisée un jour pour un sort. Et cela le confortait dans son hypothèse sur la disparition et le remplacement de O'Nigay. Pour autant, s'il jetait un sort identitaire - maintenant que les protections runiques avaient disparues, c'était plus simple - il obtenait le même nom que l'élève de serdaigle.

Des bruits de métal qu'on entrechoque le sortirent de sa réflexion, suivit d'un juron qui le fit fermer les yeux et venir se pincer l'arête du nez. Oui, O'Nigay faisait tout à la moldue. En revanche, il était deux heures du matin, et il ne comprenait absolument pas cette passion de cuisiner tout et n'importe quoi à des heures nocturnes.

Inspirant longuement par le nez, il enfila une robe de chambre aussi noire que ses robes de sorciers, et quitta la petite chambre. Le couloir de la maison avait été nettoyé, le plancher lustré et poncé. La maison entière, exceptée sa chambre et son laboratoire, s'étaient vu retapé de fond en comble pour l'arrivée de la demoiselle. Non pas par lui, mais par les deux elfes à sa charge. Enfin… Un seul était la propriété de sa pupille, l'autre était une elfe libre et paraissait avoir prit la tête de sa maison à l'image d'une gouvernante moldue.

La cuisine, au rées de chaussée, était toujours d'aspect ancien, mais la pièce avait gagné en luminosité avec le nettoyage des carreaux - ils étaient en damier blanc et jaune pâles, et plus noir de crasse - et l'elfe avait remplacé les vieilles appliques murales par un lustre central blanc où pleuvait des éclats nacrés. Le plan de travail central imitation marbre qu'il avait découvert après nettoyage l'avait perturbé. La gazinière était vieille mais fonctionnait toujours de la même manière, et il fallait allumer la flamme manuellement. Ce qui requérait la présence de Nora, l'elfe libre, pour superviser les séances culinaires de l'adolescente.

En revanche, elle la laissait toujours faire tout ce qu'elle voulait.

« Puis-je savoir ce que vous êtes en train de faire ? » Exigea Severus d'une voix polaire.

« Je ne sais pas encore. J'hésite entre un porc au caramel et des gyoza avec légumes. » Fut la réponse parfaitement naturelle de miss O'Nigay.

D'une, ce n'était pas du tout ce qu'il voulait comme retour, et de l'autre, elle n'avait même pas l'air surprise, seulement… épuisée et fourbue. En même temps, à composer des pâtisseries en non-stop en pleine convalescence, il ne fallait pas s'attendre à autre chose !

« Loin de moi l'idée de vous déranger en pleine réflexion artistique, mais il est deux heures du matin, vous devriez être en train de dormir. »

« Je ne suis pas fatiguée. Et j'ai un peu faim, ça va… » Là encore, ne parvenait-il pas à l'inquiéter outre mesure en modulant sa voix ?

« Une fois de plus, ce n'est pas le problème. Il me semble que vous avez un rendez-vous avec vos… Collègues musicaux, demain matin à la première heure. » C'était difficile de se dire qu'il avait accepté de mener la demoiselle dans un studio sorcier à Londres pour travailler avec les Bizarr's sisters, et pourtant…

« Je sais, je n'ai pas oublié. » Non. Elle n'avait pas oublié, Nora l'avait suggéré, en guise de revanche sur le monde sorcier, et après une journée de réflexion, elle avait accepté. Beaucoup plus pour lui faire plaisir que pour elle-même, à vrai dire. Bien qu'une part de son esprit, pragmatique, se disait que l'argent gagné aiderait à ses projets futurs. Mais c'était aussi la raison pour laquelle elle cuisinait tout ce qu'elle pouvait.

Il fallait nourrir son angoisse.

« Vous serez incapable de chanter quoi que ce soit si vous ne dormez pas un minimum, et vous perdrez du temps. »

« Je sais… Mais c'est ça ou les cauchemars, alors vous préférez quoi ? Que je vous réveille en hurlant dans vingt minutes, ou que je remplisse vôtre frigo avec des repas mille fois plus convenables que les sandwichs que vous m'avez offert à mon arrivée ? »

« Dix mois en moins pour Serdaigle. » S'énerva le potioniste. Mais la jeune fille sourit, avec ce même air plein de nostalgie qui lui faisait peur.

« L'année n'a pas encore commencée, mais faites vous plaisir. Je me fiche des Serdaigles. »

Elle retourna à ses fourneaux sans plus faire attention à sa présence. La jeune femme lui parut alors totalement imperméable à toutes choses n'étant pas dans son appréciation. S'il avait prouvé pouvoir gérer un obscurus, il avait craint la difficulté de devoir s'occuper d'une adolescente. Mais il avait bien pire dans sa maison désormais. Il avait une jeune femme trop mature pour son propre bien, et trop dépressive pour que chaque geste ne puisse pas être le dernier. Elle était déterminée, il le savait, il l'avait senti il y a des mois, et plus encore maintenant.

La question, c'était déterminé à quoi ?

Il n'était pas certain d'obtenir une réponse un jour. Renonçant à son repos pourtant bien mérité, il quitta la cuisine pour descendre à la cave qui lui servait de laboratoire. Elle avait raison sur un point, il n'avait aucune envie de gérer un cauchemar mêlant délire et réalité chez un être dont la magie était instable. Et il n'était pas dans ses attributions de câliner, rassurer et border des adolescentes non plus. Aussi matures soient-elles.

En revanche, il était passé maître dans l'art des potions depuis ses 13 ans. Et les potions calmantes étaient d'une facilité déconcertante pour lui. Severus allait s'en constituer un stock colossal, il aurait dû y penser plus tôt au lieu de s'inquiéter de comment héberger une créature plus dangereuse que le seigneur des ténèbres en cas de crise de nerf. Il fallait seulement espérer qu'elle accepte de les prendre sagement sans opposer de résistance.

oOoOoOo

Leurs affaires étaient prêtes pour le départ. Ils faisaient toujours semblant d'être en retard pour énerver leur mère, et le contexte politique actuel ne changeait pas cette habitude. En revanche, ils savaient que ce n'était pas le cas de leur cadet, ni de ses deux amis. Hermione cherchait encore après ses livres de chevets, Ron avait visiblement éparpillé ses chaussettes dans tout square grimaud, et Harry flânait avec son parrain pour ne pas terminer sa valise.

George secoua la tête, amusé par tant d'innocence. Il se tourna ensuite vers son double, cherchant dans son regard une bêtise à faire, ou une blague en préparation. Mais Fred était bien plus sérieux qu'avant. Hanté, voilà comment il le voyait.

« Forge, ça te dit qu'on descende en cuisine prendre du gâteau, histoire de faire enrager maman ? » Fred le fixa, semblant se ressaisir, et hocha la tête avec un sourire moqueur.

« Allons prétendre qu'on a faim, oui, bonne idée. Ensuite, on ira narguer Ronnie avec des biscuits. »

George savait que Fred se forçait, son regard ne brillait pas, mais il tentait de donner le change pour lui. Il en était reconnaissant. Car assister à la déchéance de son jumeau, il ne le supporterait pas.

Usant à outrance du transplanage depuis qu'ils avaient obtenus le permis, les garçons apparurent dans un crac sonore juste en bas des escaliers. Faisant fi du tableau de la mère de Sirius, il se dirigèrent d'office vers la cuisine, ou les deux plus jeunes garçons se faisaient gronder par leur mère, pendant que l'échappé d'Azkaban riait, un thé chaud en main.

« Qu'est-ce qu'il se passe ? » Démarra Fred.

« On s'amuse sans nous ? » Poursuivit George.

« Fred, George, qu'est-ce que vous faites ici, vous deux ? J'ose espérer que vous avez terminé de faire vos valises, j'ai déjà bien assez à faire avec Ron qui… »

Mais les jumeaux n'écoutaient déjà plus les remontrances. Sirius avait allumé la radio, et la RITM avait annoncé le retour d'O'Nigay sur scène aux cotés des Bizarr's Sisters. Tous avaient tournés la tête vers l'objet diffusant d'étrange sons de trompette, des cors graves, inquiétant, suivis de violons sinistres. La voix de Sacha attaqua un complet sombre, moqueur, et terriblement noir.

« It's time you learned a lesson

It's time that you understand

Don't ever count on anybody else

In this or any other land

I once hoped for friendship

To find a place among my kind

But those were the childish wishes

Of someone who was blind »

Hermione porta la main à ses lèvres pour camoufler un « oh » choqué, tandis que les garçons se jetaient des regards perdus et inquiets. Fred lui-même, fixait la radio avec horreur.

« Eh bien, un peu sinistre pour un retour sur scène. » Commenta le noiraud fugitif. « M'enfin elle a clairement reprit du poil de la bête, vu tout ce qu'elle donne avec sa voix. »

Et c'était ce qui inquiétait Fred. Sacha chantait toujours avec son cœur, elle l'avait expliqué à son elfe, et il avait écouté en secret. Ses chansons étaient intimes, basées sur ses pensées et émotions. Ce qu'ils entendaient là… C'était juste horrible. Harry leur avait récapitulé le procès à son retour, mais ils n'avaient pas imaginé à quel point elle avait souffert.

« Open up your eyes

See the world from where I stand

Me among the mighty

You caged at my command

Open up your eyes

Give up your sweet fantasy land

It's time to grow up and get wise

Come now, little one »

Là, il n'y avait aucun doute. Elle ne croyait plus en rien. Fred pouvait sentir la blessure, béante, qui devait entacher le cœur de son amie. Pourquoi ? Comment pouvait-elle croire qu'on l'avait abandonné alors qu'ils étaient allés dans les limbes pour la retrouver ? Que s'était-il encore passé ? Était-ce la douleur qu'elle cherchait à ressortir ? Ou bien la peine d'avoir été torturée par des gens semblables à sa famille ?

Fred n'en savait rien. Mais cette Sacha, l'héritière de Sélené, chantait avec un cœur brisé et gelé. Le rouquin serra le poing. Il savait très bien ce qu'il s'était passé en fait. Eux étaient venus la sauver, mais pas celui qu'elle attendait. Non. Ce Meleth nin. Ce Tom… Ce Voldemort sous un autre nom l'avait abandonné. Il n'avait pas eu le courage de lui dire la vérité au sujet de son amour, mais comment le pouvait-il ? Elle aimait un monstre.

Mais peut-être venait-elle justement de le comprendre, et cette chanson en était la réaction émotionnelle qu'elle ne parvenait pas à sortir ? Rien ne pouvait être sûr à présent. Si ce n'est que l'avenir s'annonçait terrible.

Et tous, le savaient.

« Open up your eyes »


Petit jeu du mois, savez-vous d'où provient cette chanson et qui l'a chanté? Celui ou celle qui le devine en premier aura droit à un cadeau en direct dans le chapitre suivant!
Bye Bye!