NDA 01/08/24 : Bonjour à tous et à toutes! Encore merci à mes lecteurs et petit plus pour ceux qui donnent leur avis à la fin de chaque chapitre. ça me va droit au coeur, vous n'imaginez pas! D'ailleurs, un petit cadeau est caché dans celui-ci pour notre gagnante du chapitre précédent!
Je vous souhaite une excellente lecture!
Chapitre 8 : Retour à Poudlard.
Harry et Ron poussèrent les deux dernières portes des compartiments du Poudlard express chacun son tour, fronçant les sourcils et s'excusant brutalement pour le dérangement. Les garçons, suivis d'Hermione, Luna et Ginny, cherchaient désespérément une trace de leur amie chanteuse.
Mais elle n'était nulle part. Ils avaient fouillé les couloirs, les filles s'étaient chargés des toilettes, et même les compartiments des Serpentards, s'attendant à ce qu'elle ait pu rejoindre Malfoy. Mais à peine arrivés dans la zone des serpents, le blond avait secoué la tête, admettant qu'il n'avait aucune idée d'où elle se trouvait.
Ignorant les futures premières années qui jasaient désormais sur l'apparition d'Harry Potter dans leur compartiment, le noiraud referma la porte d'une traite en grognant.
« Elle n'est pas dans le train. »
« C'est impossible, Rogue n'aurait jamais empêché Sacha de revenir à l'école, il a assuré au professeur Dumbledore qu'elle serait là à la rentrée et sous sa protection. » Affirma la brune.
« Je ne fais que constater, Hermione. Elle n'est pas dans le train. »
« Mais alors où est-ce qu'elle est ? » Questionna Ginny en croisant les bras, l'inquiétude lisible aux fonds de ses yeux.
« Probablement déjà à l'école. » Répondit son frère.
« Quoi ? Mais pourquoi il ne l'aurait pas déposé à la gare comme tout le monde ? »
« Sûrement parce que le train n'est pas assez sécurisé. Outre les détraqueurs à la recherche de la grand-mère, Tu-sais-qui est de retour. Ça fait trois problèmes bien dangereux, et mettre une obscuriale instable dans un train plein d'adolescents chahuteurs, c'est du suicide. » Expliqua le rouquin. Hermione fronça les sourcils, le garçon était de plus en plus réfléchi, à l'image d'un stratège qui se découvre. Ce n'était pas pour lui déplaire, mais c'était surprenant.
« Ça voudrait dire qu'elle va attendre toute la journée toute seule ? »
« Sacha n'est jamais vraiment toute seule. Elle a monsieur Rusard avec elle. » Soutint Luna d'une voix fluette et rassurée.
« Hm… J'ai du mal avec ça. Rusard est le pire individu qui soit. » Affirma Ginny.
« En attendant, c'est lui qui m'a défendu contre Croupton. » Termina Harry avec un ton plus froid que d'ordinaire.
Il se souvenait très bien de l'intervention du Cracmol et de la chatte devenue plus grande et plus magique. Il ne se souvenait plus de comment le professeur Dumbledore l'avait appelé, mais il avait compris une chose. Le concierge, aussi insupportable soit-il, les avait protégés lui et Sacha, d'un mangemort. Et il était presque certain que l'étrange serment dont il avait retenu les paroles avec plus de précision que n'importe quel sort, l'avait soigné et aidé.
Renforcé, même. Puisque depuis, sa magie se faisait plus docile, sans compter son pas dans le monde des morts, et ses nouveaux compagnons. Il n'avait toujours rien dit quant au fait de voir Cédric, ou d'autres fantômes. Mais il sentait, intérieurement, et malgré leur dernier voyage dans le monde des limbes pour aider Sacha, que ce n'était pas encore le moment de dévoiler ce secret. Il avait toujours tout dit à Ron et Hermione, mais cette fois, il en était certain, les seules personnes à qui il devait le dire, était Sacha et le fameux concierge. Il ignorait juste comment aborder le sujet.
« Retournons à notre compartiment, Neville doit s'y trouver. »
Le petit groupe suivit Harry jusqu'au tout début du train, là où ils avaient posé bagage dés 9h, et tous tentèrent, au mieux, de se préparer pour cette rentrée qu'ils savaient, allait être particulièrement mouvementée. Ron et Hermione les quittèrent un moment pour une petite réunion entre préfets et revinrent avec le même constat qu'eux tous pour Malfoy.
Sacha n'avait contacté personne depuis son réveil.
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Sacha suivait sans vraiment faire attention, le professeur Rogue le long des couloirs de l'école. Vêtue de l'uniforme de Serdaigle bien que compensé par des bottines à talons, le plus voyant était surtout la parure qui recouvrait ses cheveux noirs et lâches. Un ensemble de tresses et d'entrelacs composés de pierres de lune, pierre de shoushan et jade blanc. Le tout tombait sur les mèches noires clairsemées de blond – la dernière couleur avait été faite avec Cédric et plus retouchée depuis – et s'accompagnait de boucles pendantes du même genre, d'un tour de cou formés de trois rangs, et de plusieurs bracelets.
C'était lourd, voyant, et peu pratique. Mais le professeur Rogue n'avait trouvé que ça, en plus des potions calmantes, pour éviter qu'elle ne reparte en transe automatiquement. Ce qu'elle avait déjà fait absolument toute la nuit, l'empêchant de dormir et l'obligeant, en plus de ses tentatives pour la ramener au présent, de noter absolument tout le charabia qui sortait de sa bouche.
Sacha se sentait donc ridicule, mais avait accepté de porter l'ensemble de la parure calmante. Elle soupira une nouvelle fois, n'ayant aucune envie de retourner à l'école, et encore moins de faire semblant d'être une adolescente. Surtout depuis qu'elle avait lu l'article à son sujet. Si Potter était le survivant, elle était la miraculée. Il y avait ceux qui voulaient son enfermement à vie dans un hôpital sorcier au fin fond de la suisse, et ceux qui parlaient de vouloir prendre exemple sur elle pour le courage et la détermination à vivre dont elle faisait preuve.
Seule la promesse faite deux ans auparavant à Meleth nin, et les sorts d'alarmes posés par le professeur Rogue sur elle, l'empêchaient désormais de se jeter d'une tour. Même si l'envie était bien là.
« C'est encore loin ? » Demanda-t-elle d'une voix rauque.
« Non. »
« Dites, je suis vraiment obligée ? J'étais déjà pointée du doigt quand j'allais à l'infirmerie, là… »
« L'école ne perdra pas le quart de ses étudiants à cause de vous. Or, les parents refusaient de renvoyer leurs précieux chérubins dans votre maison tant que vous logiez au même endroit. »
« Donc c'est moi qu'on ostracise… »
« Précisément. » Il marqua un temps d'arrêt avant de toquer à la porte du bureau du professeur de sortilège. Cette dernière s'ouvrit sur le métisse gobelin, tout sourire.
« Bien, Severus, vous êtes à l'heure. Miss O'Nigay, je suis rassuré de vous voir en un seul morceau. Je vais prendre la relève et vous mener à votre chambre. » Sacha tiqua.
« Le ministère ne vous oblige pas à me surveiller tout le temps ? » Demanda-t-elle au potioniste.
« Je dois toujours être avec vous en présence de sorciers. » Corrigea l'homme. « Le ministère ne vous considère pas comme un danger pour les sorciers métisses, les créatures magiques ni même les moldus. »
« Charmant. » fut sa seule réponse.
« Sur ce. Professeur Flitwick, Miss O'Nigay. Nous nous retrouverons certainement pour midi. Et par pitié, s'il vous prend l'envie de vous balader dans l'école, ne retirez surtout pas vos babioles, je n'ai aucune envie de vous retrouver pendue dans un couloir. Suis-je assez clair ? »
« Comme du cristal… » Grimaça la jeune femme.
« Bien. » Et il la laissa ainsi dans un mouvement de cape presque rageur.
« Il semblerait qu'il se soit levé du pied gauche ce matin. » Commenta le petit professeur avec amusement.
« Je l'ai gavé cette nuit, donc il vous refile le bébé, comme on dit. »
« Allons… Je pense surtout qu'il est désarçonné, Severus n'a jamais eu à s'occuper vraiment de qui que ce soit d'autre que lui-même, et, pardonnez-moi, mais vous n'êtes pas un cas facile non plus. »
« Je sais… » Elle soupira une fois de plus. « Bon, cette chambre isolée loin de tout, elle est où ? »
« Je vais vous y conduire, elle est proche du bureau de notre concierge. »
« Quoi ? Mais va falloir tout redescendre ! » Flitwick gloussa d'amusement avant d'enjoindre son élève à le suivre, souriant à chaque nom d'oiseau qu'elle donnait à son collègue sans même prendre la peine de la rabrouer.
Filius Flitwick était avant tout un métis gobelin qui, malgré son statut de demi sorcier, faisait prévaloir son sang magique en priorité. Aussi, en exposant sa volonté de protéger son élève, ses comparses lui avait dit la vérité. En conséquence, il savait pertinemment qu'elle n'était pas une adolescente, et encore moins la Sacha O'Nigay qu'il avait eu pendant trois ans. Même s'il ne pouvait rien dire du fait d'avoir prêté un serment gobelin à Gringotts, ça ne l'empêchait pas de choisir la manière dont il allait l'aborder à présent. Cette jeune femme était une adulte confirmée, voyante de rang S et dans les ennuis jusqu'au cou. Il ne pouvait que vouloir aider ce cas si particulier. Et il appréciait véritablement son sens de la justice. Bien que brûtal.
Le métis avait beau être tout petit, il n'en était pas moins rapide, aussi, après quelques détours, deux escaliers incroyablement sages, et la traversée d'un long couloir, ils arrivèrent devant une porte aux gravures étoilés et lunaires. L'absence de poignée, par contre, fit immédiatement gémir d'ennuis la demoiselle.
« Nous y voilà. »
« Un mot de passe ? Vraiment ? »
« Et oui. Il changera d'ailleurs tous les mois, je vous conseille de ne le donner qu'à vos plus proches amis. »
« Vous voulez dire que n'importe lequel de mes amis pourrait rentrer si je le lui donne ? Même un garçon ?» Le sourire malicieux du professeur la fit froncer les sourcils.
« Plus ou moins. Ceci dit, à moins d'un danger direct pour votre personne, aucun homme ne pourra franchir votre porte après vingt et une heure. Dans un sens comme dans l'autre. »
Était-il en train de dire qu'un garçon pouvait rester coincé dans sa chambre ? Il semblerait. À la fois surprise et perturbée, elle n'écouta qu'à moitié la suite des instructions, et fut sidérée de voir une poignée apparaître sur le bois.
« Pardon ? désolée je n'ai pas bien compris. »
« Delphe. Ce sera votre mot de passe du mois de septembre. Le suivant sera affiché dés vôtre réveil sur le petit panneau de l'autre côté de la porte.»
Delphe… Oracle… Risible. Haha, on est tous mort de rire. Le prochain ce sera quoi, Cassandre ?
Sacha grommela dans sa barbe inexistante, mais suivit le petit professeur et passa la porte pour découvrir sa nouvelle chambre.
Elle resta bête. S'étant attendu au même genre de pièce ajoutée avec le strict minimum, comme à l'infirmerie l'année précédente, la décoration cosy et pleine de douceur la laissa coi.
Les murs étaient bleu clair, s'assombrissant vers le haut jusqu'à donner sur un plafond noir avec une myriade d'étoiles scintillantes. Les poutres apparentes en acajou, sculptées dans les mêmes dessins que la salle commune de serdaigles, encadraient les différentes parties de la pièce. À gauche, il y avait un petit coin bibliothèque, composé de deux étagères en acajou, remplies avec les livres qu'elle avait glissé dans sa valise et d'un bureau avec couvercle refermable, pour travailler ou ranger ses affaires. À droite, un petit sofa pelucheux gris couvert par un plaid étoilé, avec une table basse sur laquelle reposait un plateau en argent - avec un service à thé fumant qui sentait le jasmin et une assiette de viennoiseries, Nora était forcément déjà passée par ici. - Elle pouvait voir, derrière le canapé, une petite porte entrouverte menant vers un espace gris et vert, qu'elle supposait être une salle de bain.
Mais le plus important se trouvait au centre de la pièce
Une baie vitrée montant en verrière sous forme de voute illuminait les lieux, couvant un lit double du même bois que tous les autres meubles, avec cadre bibliothèque et petites tables de chevet. Les diverses appliques à bougies, dispersées aux quatre coins de la pièce, comme le château de la belle et la bête, venaient d'être éclipsée par le charme de cette zone de repos. Un petit coffre se trouvait au pieds du lit, et une armoire à double-battant se tenait entre la table de chevet et la porte de la salle de bain.
« J'ai personnellement aménagé cette pièce avec le professeur McGonagall et notre cher concierge. Nous nous sommes dit que vous subissiez déjà bien assez en étant contrainte de quitter votre maison et d'être sous surveillance constante, pour ne pas bénéficier d'autres avantages. » Il sourit de tous ses crocs aiguisés, avant de s'avancer jusqu'à la verrière qui captivait la jeune femme. « Cette chambre est enchantée, compte tenu de vos problèmes magiques, nous avons placé un sort de reconnaissance vocale, ainsi, il vous suffira de dire Nox. » La pièce fut doucement plongée dans la pénombre, les appliques s'éteignant et les vitres laissant apparaître un ciel nocturne bordé d'étoiles. « Comme ceci, et la pièce s'éteindra automatiquement. Si vous désirez éteindre un coin en particulier, il vous suffira de préciser lequel. Les lampes sont réparties en numéro, et vous pouvez les compter dans le sens des aiguilles d'une montre, le 12 étant votre lit. »
« Et pour allumer ? »
« Même chose, mais avec le nom latin du jour. Essayez…» Sacha regarda autour d'elle, et réfléchit une seconde.
« Dies 5 » L'applique au-dessus du canapé s'enflamma, offrant une lueur chaude et basse à la pièce.
« C'est très bien. Il en sera de même pour votre salle de bain. Nous avons d'ores et déjà rempli l'armoire à pharmacie de potions calmantes, pour autant, vous ne serez hélas, pas exempté d'un passage à l'infirmerie hebdomadaire, qui plus est, le professeur Rogue mettra en place des visites quotidienne de votre espace, afin de s'assurer de votre état de santé. »
« Génial… » Flitwick lui offrit un tapotement plein de compassion sur le bras.
« Je vais désormais vous montrer mon petit ajout personnel. Nox. Dies 12. » Les bougies s'éteignirent et la verrière repassa en diurne.
Lui faisant signe de se rapprocher de la porte d'entrée désormais fermée, Sacha obéit, elle y vit d'ailleurs un panneau d'affichage avec son mot de passe, ses horaires de visites à l'infirmerie, mais aussi son emploi du temps. À la fois pratique et infantilisant. Elle souffla.
« Voyez-vous ce cadre ? » Le professeur pointait de sa baguette une sorte d'horloge ronde sans chiffre mais avec des espaces de couleurs et une flèche centrale accrochée à la droite de la porte. L'aiguille pointait d'ailleurs sur le vert.
« Qu'est-ce que c'est ? » Le métis eut un immense sourire fier.
« La destination d'ouverture de vôtre porte. Lorsque vous tournez cette aiguille sur une face colorée, votre porte desservira une nouvelle zone de Poudlard, cela vous évitera quelques désagréments. La blanche vous mènera dans le couloir de l'infirmerie, la noire, vous serez proche des appartements du professeur Rogue. Le jaune vous guidera dans le hall, près de la grande-salle. Le bleu vous approchera de mon bureau et de votre ancienne salle commune. Quant au rouge, il desservi la salle des professeurs. La verte mène bien entendu, au couloir que nous avons emprunté pour venir. »
L'impression de voir le mécanisme de Haoru dans le château ambulant laissa Sacha légèrement fébrile. Elle essaya cependant, tournant l'aiguille qu'elle décala sur le jaune. Il y eut le tintement d'une cloche, et Flitwick l'encouragea à découvrir le nouveau couloir.
« C'est… Impressionnant… » Dit-elle en penchant la tête vers l'avant pour scruter les armures du hall.
« Merci. Sachez par ailleurs que ces portes disséminées un peu partout dans l'école ne restent actives que deux heures. Si vous dépassez ce temps, vous devrez obligatoirement revenir au second étage et donner le mot de passe à la porte principale. Si non, le système d'ouverture reste le même, quelle que soit la porte empruntée. »
« J'essaierai de m'en souvenir… » ça faisait tout de même beaucoup de choses d'un coup. Tout le monde prenait soin d'elle, et ça la dérangeait. C'était gentil, mais pas nécessaire, et elle avait la vague impression qu'ils se forçaient par culpabilité. De la même manière qu'elle, finalement, ce qui était d'autant plus désagréable.
« Vos affaires sont déjà rangées, je vais vous laisser profiter de votre petit déjeuner, sinon l'elfe Nora trouvera le moyen d'ensorceler mon bureau. » Il ricana, avant d'utiliser la magie pour que l'aiguille du cadran de la porte aille sur le bleu. « Nous déjeuneront dans la grande salle pour midi, s'il y a le moindre problème, n'hésitez pas à appeler l'un de vos elfes personnels, ils sauront trouver le professeur Rogue et l'infirmière où qu'ils soient dans l'école. Mais n'en abusez pas. »
Sacha acquiesça, tout en se disant que le problème avec les elfes en question, c'était qu'ils n'avaient pas besoin qu'elle les appelle pour être dans les parages. Nora avait formé Artaban, et les deux servaient autant de protecteurs que de parents collants. Elle n'hésita pas longtemps pour retirer ses bottines et s'étaler sur le grand lit, se forçant à garder les innombrables pierres apaisantes qu'elle avait partout, malgré l'envie de se mettre en pyjama et de dormir trois jours d'affilés.
Diable, elle n'avait vraiment aucune envie de faire une autre année à Poudlard.
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Seule la table des professeurs était animée.
L'absence des élèves et de quelques professeurs rendait la grande salle plus sympathique. Cependant, ils étaient peu nombreux. Albus Dumbledore présidait, bien entendu, et à sa droite, Minerva, qui cherchait très clairement quelqu'un des yeux. Venait ensuite le professeur Pomona Chourave, Flitwick, Aurora Sinistra… Et une chose rose dans un petit gilet de laine hideux. Charity Burbage et Bathsheda Babbling, en face, lui jetaient fréquemment des regards mi-méprisant mi-inquiets.
Gobe-planche, qui fumait sa pipe sans crainte d'ennuyer qui que ce soit avec l'odeur, ignorait purement et simplement l'intrus rose. On lui avait demandé de revenir pour remplacer Hagrid quelques temps, et elle avait accepté – le tabac coutait cher, il lui fallait de l'argent – mais ça n'était pas pour autant qu'elle désirait se mêler aux autres.
« Miss O'Nigay ne devait-elle pas nous rejoindre pour le déjeuner ? » Questionna Pomona Chourave en se penchant vers son collègue. Le petit professeur haussa les épaules.
« Je l'ai prévenue de l'heure, mais laissée dans sa chambre ce matin, il semblerait que la nuit ait été très compliqué… »
« N'en parlez pas, j'ai vu passer Severus en remontant, il avait l'air éreinté. Un tel don à un si jeune âge, et après de tels évènements… » Compatit Charity en détournant son attention du crapaud rose.
« Oui. La pauvre enfant s'est probablement endormie d'épuisement une fois dans sa chambre. » Ajouta Renée Bibine en s'installant à côté d'elles deux.
Le professeur Dumbledore tapa dans ses mains pour signaler l'ouverture du repas, mais lorsque les plats apparurent sur la table, Minerva couvrit un gloussement avec ses doigts.
« Miss O'Nigay n'est pas dans sa chambre. » Affirma-t-elle.
« Et qu'est-ce qui vous rends si certaine de cela, mon amie ? » Reprit la botaniste.
L'animagus chat montra les plats étalés sur la table. Un grand wok de légumes sautés au sésame, des petits pains vapeur fourré aux haricots dans une panière, des ravioles et bouchées de viandes dans des boites de bambous, du riz cantonais, des fèves trempés au piment et des nems et beignets de crevettes. Et rien qu'à l'odeur, elle savait que le grand plat central couvert d'une cloche était un canard laqué.
« Miss O'Nigay est en cuisine, et nous allons déguster le menu qu'elle a préparé. »
« Ça par exemple… » Les yeux d'Albus brillaient d'intérêt. « Mademoiselle Nora ? » La petite elfe à sacoche et robe de gouvernante bleue, désormais elfe libre, apparut dans un pop sonore à côté du vieil homme.
« Oui, monsieur le directeur ? »
« Voudriez-vous bien ramener votre protégée pour qu'elle déjeune avec nous les délicieux plats qu'elle vient de préparer, s'il vous plait ? » Au bout de la table, Ombrage ouvrait de grands yeux choqués face à la politesse employée pour parler à l'elfe.
« Impossible monsieur. Si je la dérange maintenant elle va se brûler. » Le directeur tiqua.
« Se brûler ? Mais que fait-elle encore ? Les plats ne sont-ils pas tous ici ?»
« Miss Sacha s'occupe du nougat chinois. Je la mènerai une fois ce dernier prêt. »
« Ne devrait-elle pas laisser cela aux elfes de maison ? » Questionna Bibine en piochant dans les fèves. Mais Nora secoua la tête avec un sourire moqueur, faisant bouger ses grandes oreilles sous sa charlotte.
« Huit elfes de votre école se sont précédemment brûlés et ne veulent plus approcher le sésame gluant. Heureusement pour vous, Artaban est un expert en chose brûlante, il veille au grain et les a tous soignés. » Saluant les professeurs d'un petit geste impérieux de la main, l'elfe manager retourna en cuisine auprès de sa protégée.
Il va sans dire, que la sous-secrétaire du Ministre de la magie était outrée d'apprendre qu'un élève possédait deux elfes présents à l'école, et que ces derniers étaient aussi bien considérés que des sorciers. Le directeur l'avait appelé mademoiselle… Cette chose ! Alors qu'elle-même bataillait pour obtenir cette reconnaissance. Et pire, l'elfe faisait preuve d'un non-respect des sorciers ! Elle allait devoir mettre les bouchées doubles pour faire partir ces créatures infâmes et leur pseudo maitresse dangereuse.
Ce ne fut qu'un bon quart d'heure plus tard que Nora revint avec cette dernière. Sacha portait toujours l'uniforme, bien qu'un tablier au règlement du chef couvre ce dernier, et si sa chevelure avait été nouée en chignon maladroit, les perles de pierres apaisantes y étaient toujours, emmêlées dans la tignasse.
À table, tous les professeurs étaient désormais présents à l'exception de Sybille Trelawney et Hagrid, bien entendu.
« Vous nous honorez enfin de votre présence… » Démarra le potioniste de manière hautaine, mais Sacha n'eut pas le temps de le reprendre comme elle avait pris l'habitude de le faire en quelques jours, car quelqu'un d'autre le fit.
« Ne craignez-vous pas que le ministère change d'avis sur votre tutelle en laissant un obscuriale en liberté sans surveillance ? »
« Il me semble, madame Ombrage, que je ne dois être surveillée qu'en présence de sorciers. À moins que vous n'ayez changé d'avis sur la considération des elfes de maisons, j'avais le droit d'être en leur présence sans tuteur. » L'air pincé de Minerva McGonagall ne cachait en rien son début d'amusement devant une telle réponse.
« C'est mademoiselle ! » reprit Ombrage d'une voix de crécelle qui fit grimacer la bicolore. « Et j'ose espérer que vous allez retirer tout cet attirail ostentatoire avant le diner de ce soir. Nous sommes à l'école, pas dans un conte de fée princier ! »
« Certainement pas. » Répondit Rogue d'un ton ferme.
« Je vous demande pardon ? » Ombrage se leva de sa chaise, et Sacha découvrit qu'elle n'avait touché qu'aux aliments les plus classiques. Raciste.
« Miss O'Nigay étant comme vous l'avez rappelé, une obscuriale sous ma tutelle, j'emploies diverses méthodes pour la garder calme. Aussi, l'attirail ostentatoire est avant tout une parure de lithomagie gobeline visant à conserver ses pouvoirs à l'intérieur de son corps et ses émotions stables. Car comme vous le savez, les potions calmantes doivent être administrées de manière régulière et non n'importe quand. » Il marqua une pause, voyant que la sous-secrétaire du ministre allait parler, mais il la coupa avec cet air supérieur qu'il employait pour les premiers-années de Gryffondor. « Bien entendu, si vous êtes devenue experte en lithomagie, je serais ravi d'échanger avec vous sur ma façon de contrôler ma pupille. »
Mouchée, Ombrage se racla la gorge avant de quitter la table, arguant qu'elle avait des papiers à faire pour le ministre en personne, s'attendant à de l'admiration. Mais un soulagement général envahi la grande salle dès son départ.
Sacha quant à elle, s'était déjà installée entre le professeur Dumbledore et son tuteur pour attaquer des vapeurs et des nems, mangeant avec les doigts sous le regard amusé de la directrice des lions. Elle seule avait fait de même, connaissant la manière de manger à la vietnamienne.
« Bien, puisque nous sommes enfin tranquilles, Professeur Babbling, savez-vous comment reprendre le contrôle d'une rune de protection à blocage magique ? » Demanda brûle pourpoint le professeur Rogue. La concernée, un beignet de crevette en bouche, manqua de s'étouffer.
« Que quoi ? » Le beignet retomba dans son assiette et la petite femme replète rougie. « Qu'entendez-vous pas reprendre le contrôle d'une rune ? » Mais Minerva comprit immédiatement, pour avoir été la première à repérer et comprendre le phénomène de l'année passée.
« Vous cherchez à reproduire les effets protecteurs de la calcédoine gobeline envoyée par feu Geneviève O'Nigay pour protéger sa nièce ? » La mention de Poupette, décédée par sa faute, coupa l'appétit de la chanteuse, qui fit pourtant comme si tout allait bien, retenant une nausée et gardant la tête basse.
« C'est exact. Les pierres étaient imbibées du sang de leur créatrice, et au vu du contexte, je pense qu'il vaudrait mieux rétablir cette protection pour miss O'Nigay. Un sort perdu, et nous pourrions nous retrouver avec une explosion magique de plusieurs kilomètres. »
N'écoutant plus les explications complexes, Sacha reposa son nem entamé dans son assiette et s'essuya les mains. Machinalement, elle se mit à jouer avec les aliments, ne regardant plus personne et n'osant rien dire. Cette obsession du monde sorcier à son encontre et leur incompréhension de ses pouvoirs l'insupportait. Elle était certes, libre de la famille O'Nigay, mais l'émancipation n'avait pas vraiment eu lieu et elle était désormais sous surveillance médicale constante. L'entrainement de ses pouvoirs d'héritière avec Argus allait certainement devoir être reporté encore un moment.
Mais fallait-il vraiment qu'elle s'entraine ? Cédric n'était plus. Elle n'avait plus de limite de temps. Mais il fallait qu'elle rentre chez elle. Donc.
Oui…
C'était à cause de ses pouvoirs qu'on la prenait pour un monstre, parce qu'une menace grandissait à l'extérieur, et que son corps réagissait en conséquence. La description de l'intervention du professeur Rogue à la Décane avait donné assez de détails sur ses exploits. Une explosion suivie de cristaux de glaces sortant de tous côtés et dans toute la bâtisse… Ce n'était pas sans rappeler son dérapage avec Argus et Miss-Teigne de l'année passée.
Et elle était prête à parier que sa survie ne résultait que d'un usage involontaire du pouvoir de Perséphone.
« Mangez. » Ordonna froidement son tuteur sur la gauche. Quittant ses pensées, elle hocha la tête et s'exécuta malgré la nausée.
Elle allait devoir trouver le moyen de fausser compagnie à tout le monde le soir pour reprendre les sessions. Heureusement que le bureau d'Argus n'était pas loin de ses nouveaux appartements. Vu comme un gardien de substitution par l'ensemble du corps enseignant, c'était un avantage certain. Qui plus est, elle l'avait nommé garant de ses nouveaux biens et exécuteurs de ses volontés en extérieur. Puisque lui seul pouvait sortir de Poudlard à convenance.
Pourtant, ce besoin de voir le vieil homme et discuter avec lui, voire travailler à ses cotés se mêlait à la culpabilité de l'avoir impliqué dans ses ennuis. Qui plus est, il était cracmol à l'origine, et bien qu'il puisse récupérer quelques dons lorsqu'elle débordait, il pouvait tout aussi bien être blessé avant. Et elle ne voulait pas qu'il soit blessé.
Meleth nin lui manquait.
Mais c'était le seul qui ne l'approchait plus. Le seul qui ne lui parlait plus, qui ne se préoccupait plus de son état ni rien. La pierre de lune à son annulaire lui donna mal au cœur. Pendant un instant, avant de se réveiller chez les Malfoy, elle s'était sentie en sécurité et entourée. Aimée. Elle avait cru que c'était lui. Mais de toute évidence, ce n'était rien de plus qu'un beau rêve…
Sacha avait pléthore de déceptions à son actif. Et même s'il avait juré de ne jamais l'abandonner, Yule était désormais trop loin pour ne pas s'imaginer la solitude à venir. Comme tous les autres. Meleth lui avait menti. Il allait l'abandonner à son tour. Quency l'avait fait avant lui. Et ça ne l'avait même pas étonnée.
Sauf qu'il n'y avait plus une seule épaule sur laquelle s'épancher.
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Trainant de son mieux entre deux personnes, sa valise et la cage d'Hedwige avec cette dernière, Harry guidait comme il pouvait Neville et Ginny. Ils avaient perdu Luna qui s'était aventuré avec coquecigrue dans un « chemin sans personne » pour rejoindre les diligences. Ron et Hermione, bien entendu, étaient partis s'occuper des deuxièmes années qui allaient faire, pour la toute première fois, leur trajet en calèche.
Humant l'odeur des pins qui flottait dans l'air, Harry ressentit au plus profond de lui le bien-être de rentrer chez soi. Oui. Poudlard était sa maison, il ne pouvait plus le nier à présent. Pour autant, alors qu'il approchait des calèches, Harry pila net, les yeux grands ouverts.
On lui avait toujours répété que les calèches fonctionnaient par magie, et il y avait cru. Mais là, alors que la Poufsouffle Anya Kristen – seule et unique élève à ne pas lui avoir craché dessus l'année dernière pour avoir volé l'honneur de Cédric – se laissait guider par sa baguette pour rentrer, lui, se focalisait sur la chose noire et d'aspect visqueux qui était accroché à l'attelage.
Le croisement entre un cheval et une chauve-souris aurait été moins effrayant.
Neville lui rentra dedans. Poussant un gémissement douloureux, le noiraud se racla la gorge.
« Pa-Pardon Harry, je ne pensais pas que tu allais t'arrêter. Un problème ? »
« Un problème ? » Est-ce qu'il avait un problème ? Pourquoi Neville ne réagissait-il pas devant ces trucs ? Le squelette de la bestiole était à peine recouvert de peau noire, et ces nasaux fumants sous la pluie. Des bêtes de cauchemars…
« Harry tu ne montes… » La voix de Ginny s'arrêta dans l'élan, tandis qu'elle resserrait sa prise sur la boite du chat d'Hermione. Elle aussi, fixait les cheveux cauchemardesques ailés. « Pas… »
« Toi aussi tu les vois ! » Harry était presque rassuré, mais à l'expression de Ginny, ce n'est pas une très bonne chose.
« Il faut qu'on retrouve Luna. Je suis presque sûre que ce que nous voyons ce sont des sombrals. »
« Presque sûre ? Et qu'est-ce que ce sont les sombrals ? »
« Euh… Moi je ne vois rien, par contre… » Annonça Neville timidement.
« Harry ! » Le héla Hermione, plus loin. Elle et Ron courait dans leur direction et s'arrêtèrent au même niveau, fixant à leur tour, les étranges créatures qui tiraient désormais les carioles. « Je constate que c'est vôtre cas aussi. On a fait semblant de rien avec les secondes années, mais c'est la première fois que j'en vois. »
« Pas moi. » Annonça Ron. « Fin, en vrai si, mais j'en ai déjà vu des croquis, mon frère Charlie m'en a souvent montré plus petit. Il adorait les sombrals avant de découvrir les dragons. »
« Ça n'explique pas pourquoi on les voit que maintenant. » Rappela la benjamine Weasley.
« Perso je ne vois toujours rien… » Commenta Neville, se sentant presque exclu, et en même temps, plus sain d'esprit qu'eux tous. »
Luna apparut sur ses entrefaites, et rendit la cage du tout petit hibou à Ron avec un sourire. Libérée, elle s'approcha d'abord de l'attelage et tendit la main vers la bête noire. Par habitude, elle lui flatta l'encolure avant d'embrasser son museau long.
« Bonjour Asmodée, merci de nous ramener à l'école. » L'animal renâcla, faisant sursauter Ginny et Hermione.
« Je ne sais pas si je ne préférais pas lorsqu'ils étaient invisibles. » Grimaça la rouquine en se rappelant des balades avec Luna et Sacha pour nourrir ces bestioles qu'elle était seule à ne pas voir du trio.
« Ils sont gentils même quand tu les vois, Ginny. » Lui assura Luna en l'enjoignant à se rapprocher. Rendant la cage de Pattenrond à Hermione, Ginny s'exécuta en grimaçant de plus belle.
« Ça n'explique toujours pas pourquoi on ne les voit que maintenant… » Reprit la brune en cajolant son chat au travers des barreaux.
« Il faut avoir vu la mort et la comprendre pour ça… » Reprit Luna d'une voix éthérée, tout en poussant Ginny à câliner l'équidé squelettique. Lui, il vivait sa plus belle aprèm.
« Charmant… » Commenta Ron, un peu pâle.
« Oui, c'est dommage parce qu'à cause de ça, les gens les prennent pour des mauvais présages, alors que ce sont des compagnons loyaux et protecteurs. » Poursuivit la petite blonde.
Vexé, Neville ignora ses cinq camarades et grimpa directement dans l'embarcation, serrant contre lui son petit pot de Mimbulus Mimbletonia qu'il avait à nouveau recouvert d'une serviette. La démonstration à son ami dans le compartiment lui avait servi de leçon.
Ron en revanche, fronçait les sourcils, et il n'était pas le seul. Hermione aussi réfléchissait fortement à ce que les explications de Luna impliquaient.
S'il fallait avoir vu la mort et la comprendre, pourquoi ne voyaient-ils pas tous les sombrals depuis le sauvetage de Sacha dans le stade ? Et si on partait du principe que, puisqu'elle avait survécu en étant réanimée, ça ne comptait pas… Pourquoi Harry - même si c'était horrible comme pensée – qui avait assisté à la mort de Cédric, ne voyait pas ces créatures depuis leur départ de Poudlard deux mois plus tôt ?
Ils n'eurent pas le temps de se poser plus de question, Neville leur indiqua de monter avant que d'autres ne prennent la place, et c'est ce que le groupe fit. Le reste du trajet se déroula dans un silence pensif parfois coupé par des questions d'Hermione à Luna, au sujet des sombrals.
Mais Harry avait trouvé.
La mort de Sacha dans le stade, comme celle de Cédric dans le cimetière, n'avait pas pu déclencher la vue des créatures magiques, pour la simple et bonne raison qu'à ses yeux, Cédric n'était pas vraiment tout à fait mort. Il le voyait même désormais constamment, lui, ainsi que Betty et le petit dernier qui s'était ajouté à leur groupe. Nathaniël. L'enfant démon était toujours très silencieux depuis son arrivée, et contrairement à Cédric ou Betty, il ne restait pas dans les airs. Il se cachait dans son ombre une grande majorité du temps.
Le fait est que s'ils n'étaient pas techniquement morts, il ne restait plus qu'un seul évènement les liant tous et expliquant la vue des sombrals. Le passage dans les limbes, lorsque Luna les avait appelés pendant l'audience, pour réveiller Sacha. Ce moment funeste où ils avaient dû forcer l'esprit de Sacha pour la rejoindre dans la solitude. Leur découverte de deux jeunes femmes presque identiques si ce n'est leurs blessures terribles. Deux femmes, respirant à peine et hypothétiquement mortes. Ils les avaient inspectés, cherchant à les différencier. Ils savaient ne pouvoir en réveiller qu'une. Alors ils avaient dû faire un choix, sans savoir qu'ils en faisaient en vérité deux.
Ils avaient peut-être choisi de réveiller la Sacha vêtue de blanc. Mais pour Harry, il devenait évident qu'ils n'avaient pas seulement choisi de la sauver. Ils pouvaient tous voir la mort et la comprendre. Pour la simple et bonne raison que ce jour-là…
Ils avaient décidé de tuer l'autre.
