Harry était de mauvais humeur, Theodore n'avait pas besoin de ressentir sa magie pour le dire. A peine était-il arrivé chez Blaise qu'il s'était brusquement crispé, son sourire s'était figé en cette expression commerciale qu'il sortait à ses collègues de travail où au secrétaire de Theodore. Ça n'avait rien de sincère et il ne comprenait pas que ses amis puissent y croire. Harry n'avait même pas pris la peine de saluer leurs hôtes, disparaissant vers la cabane des enfants à peine eurent-ils mis un pied dans l'allée. Theodore observa l'Auror les saluer, il y en avait deux de plus aujourd'hui. Ils étaient aussi roux que ce que des Weasley pouvait être, certainement les enfants de Ron et Hermione, songea Theodore en les rencontrant dans le salon.
Il s'excusa pour l'absence de Harry. Vu la tête de Blaise, c'était à prévoir. Vu celles de Ginny et Hermione, ça ne l'était pas. Theodore ne savait pas bien où se placer dans la balance. Il se souvint que ses amis avaient dit que le Survivant et son meilleur ami était en froid depuis des années. Theodore avait même avancé que ça avait peut-être quelque chose à voir avec son homosexualité. Mais ce n'était que des suppositions. Il était mal à l'aise, Ronald ne cachait même pas sa grimace de dégoût en le voyant, bien que la réaction de Hermione fût plus mitigée. Elle semblait surprise, mais pas dégoûté. Blaise l'entraîna rapidement vers la cuisine, là où Draco avait trouvé refuge.
«Pourquoi ils sont là?» rouspéta le blond dès qu'il eu son hôte dans son champ de vision.
«Je n'en sais rien.» grinça Blaise, visiblement peu ravi de voir son beau-frère. «Ginny les a juste invités sans prévenir quand elle a su que leur repas avec Molly et Arthur a été annulé.
- Elle ne sait pas pour la dispute de Harry et Ronald?»
Blaise soupira, ses deux idiots étaient de vrais casse-pieds.
«Ils font semblant devant elles. Ils ne sont pas super crédibles, mais c'est suffisant pour que Hermione et Ginny continuent de les mettre dans la même pièce.
- Ça explique pourquoi il est directement allé voir les enfants.»
Ses amis hochèrent la tête. Theodore hésita à aller le rejoindre et lui proposer de partir. Mais Draco l'en dissuada, Harry ne le ferait pas. Il détestait inquiéter ses proches et sa soudaine disparition le ferait certainement. Theodore soupira, décidant d'attendre avec ses deux amis que les minutes défilent jusqu'à ce que ce soit l'heure de passer à table. A son plus grand regret, cela arriva bien trop vite.
Il était vraiment stressé, Theodore savait que Ronald n'avait jamais caché son animosité envers les deux anciens Mangemorts et il ne pensait pas se faire épargner par ses piques. A son plus grand soulagement, Harry vint à sa rescousse alors qu'il ne restait plus qu'une chaise de libre entre les deux rouquins de la famille. Il le guida jusqu'à l'autre bout de la tablée, la où les enfants déjeunaient joyeusement. Harry le plaça entre le garçon et la fille de Ronald, Hugo et Rose lui semblait-il. Son amant s'installa en face d'eux, près de Ada et Selena pour les aider à couper leur nourriture.
«Pourquoi?» articula discrètement Theodore pour que les enfants ne l'entendent pas.
«Ron peut dire des méchancetés à Blaise et Draco, je m'en fiche. Mais toi, je ne le permettrai pas.
- C'est tellement gentil de ta part.» rit Theodore.
Petit à petit, il se dérida. Il pouvait presque comprendre pourquoi Harry choisissait toujours de fuir à cette place. L'atmosphère pesante n'atteignait pas les enfants qui ne pensaient qu'à s'amuser et rire. Ils ne comprenaient pas ce que ça voulait dire d'être un Mangemort, un Serpentard ou un Gryffondor. Pour eux, ils étaient juste une présence amicale là pour les divertir et devenir des amis. Ils étaient purs, innocents et c'était fichtrement rafraichissant. Theodore aima observer Harry se détendre à leur contact et voir son sourire franc et plein de malice revenir au grand galop. Il préférait le voir ainsi.
«Harry, j'ai fait tomber ma cuillère.» se plaignit Hugo, essayant tant bien que mal de la récupérer même s'il n'arrivait pas à atteindre le sol de ses petits bras.
«Je vais t'en chercher une nouvelle.» sourit l'Auror, faisant le tour de la table pour récupérer le couvert.
Theodore hoqueta de surprise lorsqu'il prit appuie sur sa cuisse pour se relever. Il n'était pas naïf, se redresser ne nécessitait pas de le toucher ainsi. «Espèce de pervers» lui glissa-t-il à l'oreille, Harry s'éloignait déjà dans un grand éclat de rire. Theodore observa la tablée du coin de l'œil. Il pâlit en voyant que Ronald était aussi absent, il se souvint que le roux avait marmonné un peu plus tôt quelque chose à propos des toilettes. Theodore espérait seulement que lui et Harry ne se croiserait pas sur le chemin.
Pourtant il dut se rendre à l'évidence, sa prière n'avait pas été entendu, des bruits de voix étouffés provenaient du couloir. Ce n'était pas une dispute, mais ça n'avait pas non plus l'air très amical. Puis, la voix de Harry parvint jusqu'à eux, Ron lui répondait avec la même colère. Hermione se leva, gêné par le comportement de son mari et de son meilleur ami.
«Je vais les arrêter avant que ça n'aille plus loin.» râla-t-elle. Ces deux là étaient encore de tels gamins.
«Granger.» intervint Theodore, n'en revenant pas de se mêler de ça. «Je pense que ça leur fera du bien de mettre les points sur les i. Harry a assez encaissé comme ça, tu ne crois pas?»
Hermione voulut lui rabattre son caquet et lui rétorquer que ça n'avait rien à voir avec lui. Mais elle ne put pas lorsqu'elle réalisa que tous ses amis étaient de l'avis du Nott. Ils ne la laisseraient pas intervenir et Ginny était déjà à moitié debout pour l'intercepter. Elle fit un pas en arrière, le regard rivé sur l'entrée du couloir dont la porte était entrebâillée. Tant pis pour eux s'ils comptaient supporter l'humeur maussades des deux Gryffondors ensuite.
Harry soupira en tombant nez-à-nez avec Ronald en sortant de la cuisine. Il revenait visiblement de l'étage, il avait dû aller aux toilettes. C'était gênant, ils ne s'étaient pas parlé de la journée. Harry tenta bien de passer à côté de lui en l'ignorant, mais Ron ne le laissa pas faire.
«Ginny dit que tu passes la voir tous les week-ends.»
Harry fronça les sourcils, il ne comprenait pas où voulait en venir son ancien ami.
«Oui. Et?
- Tu pourrais aussi passer nous voir de temps en temps si tu as autant de temps libre. Hermione et les gosses ne parlent que de toi.»
Il serra les dents, n'en revenant pas de l'audace de Ron. Il le savait culotté, mais pas à ce point.
«Tu n'es pas sérieux?» Un rire hystérique lui échappa quand il réalisa que oui, le roux était très sérieux. «C'est toi qui m'as dit de ne plus venir vous voir.
- C'était il y a longtemps Harry.» soupira Ron, comme s'il ne comprenait pas pourquoi il en faisait une montagne. «Tu as bien dû guérir de ton truc depuis le temps.
- Ce n'est pas une maladie Ron! C'est comme ça que je suis. Il faudra t'y faire un jour ou l'autre.»
Ron grogna, se rapprochant d'un pas. Harry savait qu'il devrait s'arrêter là, que s'il continuait ça risquait d'en venir aux baguettes. Ron était un ancien Auror, ça ne serait pas beau à voir s'ils en arrivaient là. Pourtant il ne put se résoudre à faire volte-face. Harry en avait marre de toujours fuir, se cacher et de faire semblant que tout allait bien pour le bien de Ron. Il ne voulait plus se retenir juste parce que cet idiot refusait d'accepter la réalité.
«Arrête tes conneries Harry, on sait tous les deux que si tu le voulais vraiment tu passerais à autre chose.
- Et si je ne le veux pas. Et si je suis bien comme ça?»
Un nouveau pas vers lui, Harry pouvait presque sentir son souffle s'écraser sur son visage. La colère déformait leurs traits et leurs souffles s'accéléraient. Ce n'était pas bon, vraiment pas bon.
«Comment tu pourrais être bien comme ça? T'es seul Harry, tu n'as personne. Tu t'accroches stupidement à ces deux Serpentards au lieu de vouloir être avec nous, tes vrais amis. Et maintenant tu traînes avec Nott, tu ramasses vraiment tous les chiens errants!»
Le poing parti tout seul, fracassant la joue de Ron. Il partit contre le mur, s'affalant durement contre lui. Harry ne lui laissa pas le temps de se redresser ou de rendre le coup. Il l'épingla au mur, l'étranglant presque tant sa prise sur son col se resserrait. Il sentait sa magie bouillonner dans ses veines, n'attendant qu'une seule chose, enfin pouvoir éclater à la face de cet abruti.
«Arrête de rejeter la faute sur moi putain!» cria-t-il, à bout de nerf. «Des chiens errants? Mais tu t'entends parler enfoiré. Ils sont certainement bien plus humains que toi.
- Ce sont des Mangemorts, ils ont du sang sur les mains!
- Moi aussi j'en ai!» Harry peinait à retrouver son souffle, la colère brouillant tous ses sens. «Moi aussi j'ai tué des gens et toi aussi. On était en guerre putain, personne n'a eu le choix. Ils étaient des gamins avec les baguettes de leurs parents et de Voldemort pointées sur eux, s'ils désobéissaient, c'était la mort qui les attendait. Et putain qu'est-ce que je suis heureux qu'ils aient fait le choix de vivre. Peu importe qui ils ont été, ils sont mes amis désormais. Ils sont fiables, ils sont courageux, ils sont loyaux. Ils le sont définitivement plus que tu ne le seras jamais Ron! Ton amitié n'est même pas aussi bonne que la moitié de l'une d'entre eux.»
Ron frappa son bras, se redressant vivement. Son regard était noir de rage.
«Tes amis? Ne me fais pas rire! Ils sont des serpents et tu es le Survivant, ils t'utilisent. Ils se servent de toi pour redorer leur image et toi tu les laisses faire en remuant la queue. T'en as baiser combien au justepour les laisser te piétiner comme ça?
- Un seul et c'est le putain pied.» grogna Harry alors qu'il esquivait la droite de Ron. «Là où toi tu vois des Mangemorts, moi je vois mon beau-frère, mon meilleur ami et la personne que j'aime. Peut-être qu'ils m'utilisent et alors? Qu'est-ce que j'en ai à foutre? Ce ne sont pas eux qui m'ont demandé de choisir entre qui je suis et une foutue amitié. Ce ne sont pas eux qui m'ont regardé droit dans les yeux en me traitant de pédéraste. Ce ne sont pas eux qui m'interdisent d'approcher leurs enfants par peur. Mais t'as peur de quoi Ron? Que j'ai envie d'un gosse de cinq ans? Que je leur transmette mon homosexualité? Ce ne sont pas eux non plus qui m'interdisent de voir leur famille et qui viennent ensuite se plaindre parce leur femme veut voir son meilleur ami et ce ne sont pas eux qui sont trop lâches pour lui dire yeux dans les yeux qu'il est un foutu homophobe. Désolé de ne plus être ce gamin de onze ans en manque d'amour prêt à te suivre dans toutes tes conneries pour un peu d'amitié. Désolé d'avoir tiré un trait sur toi parce que tu ne peux pas m'accepter tel que je suis. Désolé de préférer l'homme que j'aime à un ami égoïste. Je suis désolé de tout rendre toujours si compliqué pour toi! Mais je ne vivrai plus ma vie en fonction de toi! J'en ai assez de vivre pour les autres. Putain Ron, j'ai fait le choix d'être heureux et si tu es trop puéril pour m'accepter, tant pis pour toi!J'ai fait semblant que tout allait bien pendant 10 ans pour que tu puisses vivre ton idylle avec ta famille parfaite, je pense que j'ai assez donné comme ça. C'est à ton tour de trinquer pour tes propres conneries. Quelqu'un m'a dit de dire aux gars comme toi d'aller se faire foutre. Et bien va te faire foutre Ron, profondément et avec une de ces bites que tu détestes tant. »
Harry sentit sa magie exploser plus qu'il n'en vit le résultat. Il se courba sous la douleur, Ron allant s'écraser dans le mur qu'il venait à peine de quitter. Harry toussa à en cracher ses poumons, il sentait ses noyaux magiques pulser dans sa poitrine au même rythme que son cœur. Il pâlit en voyant des perles carmines tâcher le sol. Ce n'était pas bon, il perdait complètement le contrôle. Il devait sortir d'ici et vite. Il détala dans le couloir, ne donnant même pas la moindre attention à ses amis en traversant la salle à manger pour rejoindre la sortie. Il avait besoin d'air, tout de suite.
«Je vais avec lui!Il ne pourra pas transplaner dans cet état. » sauta sur ses pieds Theodore, détalant déjà vers le jardin.
Un silence s'étendit dans la pièce alors que la pesanteur créer par la magie de Harry s'effaçait petit à petit.
«Ça ira pour Theodore?
- Ne t'en fais pas, la magie de Harry ne l'affecte pas.» Ginny ignorait si elle devait compatir avec la Née-Moldue ou l'enguirlander pour avoir laisser les choses empirer à ce point. «Tu as une autre personne de qui te soucier il me semble.
- Il peut bien attendre cinq minutes bon sang! » s'énerva Hermione, sa baguette la démangeait terriblement. «Alors, vous saviez tous? Pour Harry, je veux dire?
- Désolé Hermione. Mais ce n'était pas à nous de te le dire.» s'excusa piteusement Ginny. Elle la comprenait, elle aussi s'était sentie délaisser en apprenant que Harry leur avait caché ça depuis si longtemps.
«Ce n'est rien. Je le savais depuis un moment de toute façon. Je ne savais juste pas que Harry et Ron était en froid à cause de ça. Je pensais que c'était juste une de leur gaminerie comme ils en ont toujours eu. Si j'avais su que c'était à propos de quelque chose de si grave, je n'aurai pas laissé traîner les choses aussi longtemps.
- Tu savais?» balbutièrent Blaise et Ginny en cœur. «Pour tout? Depuis le début?»
Hermione eut un petit rire malgré la situation. Ses amis la prenaient vraiment pour une idiote.
«Evidemment, Harry courait partout après Theodore en dernière année. Et puis, je l'avais déjà vu entrer ou sortir quelques fois d'un bar gay pas loin du centre de formation des Aurors quand on étudiait encore. Je n'habitais pas loin à l'époque, alors c'est arrivé quelque fois.» haussa-t-elle des épaules. «Il est nul pour garder un secret.»
Ses amis étaient stupéfaits. A leur avis, Potter était au contraire terriblement doué pour garder un secret. Il n'y avait pas eu un article en dix ans, aucun ami hormis Hermione n'avait eu de doute et ils en étaient tous tombés sur le cul en apprenant la nouvelle. Vraiment, hormis sa phase à Poudlard Harry avait fini par faire oublier leurs doutes à tout le monde.
«Alors j'étais la seule à ne rien savoir?» se plaignit Ginny, rouge de honte d'être la seule à être restée dans le noir si longtemps.
«Si ça peut te réconforter, je ne savais pas non plus avant que Theodore revienne à Londres.» la réconforta Blaise, caressant son dos.
«Mais pourquoi tu ne lui as rien dit?» intervint Draco qui avait l'impression que ses amis perdaient un peu le sujet de la conversation.
«Je ne sais pas comment ça se passe chez les sorciers, mais chez les Moldus c'est très mal vu de forcer quelqu'un à faire son coming-out. Même si ça n'avait été que me le dire à moi, je ne sais pas, j'avais juste l'impression que c'était mal de le forcer à en parler avant que ça ne vienne de lui.
- Je suppose que je peux comprendre.» grimaça Draco, n'en revenant pas d'être d'accord avec Granger.
Hermione se tourna soudainement vers les enfants, craignant qu'ils eussent eux aussi assisté à tout ça. Mais non, ils étaient sagement assis en babillant, insonorisé du monde extérieur. Elle sourit en comprenant que Theodore avait certainement été celui qui avait lancé le sort avant de l'interrompre dans sa volonté de stopper la dispute. Il était vraiment avenant, malgré ses airs discrets.
«Vous m'excuserez auprès de Theodore et de Harry, mais je vais devoir m'occuper du cas de Ronald avant de penser à quelque chose d'autre.» soupira Hermione.
«Ne t'inquiète pas, les enfants peuvent dormir ici cette nuit si tu veux.»
Hermione hésita mais finit par accepter. Elle savait qu'en rentrant chez eux, elle et Ron allait se disputer. Ce ne serait pas bon pour eux de voir ça. Elle soupira un grand coup, elle avait honte d'être marié à Ron. C'était la première fois de sa vie qu'elle songeait qu'en réalité, elle ne le connaissait pas du tout. Hermione n'était pas stupide, elle savait qu'il avait eu du mal à passer outre ses préjugés envers Draco et Blaise, mais elle n'avait pas imaginé qu'il garde toute cette haine en lui depuis si longtemps.
«Blaise, Draco, je suis désolé pour ce que Ron a dit. C'était affreux et vous ne mériter pas de vous faire traiter ainsi.»
Draco haussa les épaules, il n'en pensait pas beaucoup mieux de son mari alors il se fichait bien de son avis sur sa personne. Blaise lui tapota l'épaule, ça faisait bien longtemps qu'il n'écoutait plus l'avis des autres sur sa propre vie. Il incita Hermione à faire ses aux revoirs à ses enfants, prétextant une urgence à la boutique de Ron et qu'ils devaient tous les deux partir. Les enfants ne s'inquiétèrent pas beaucoup, ça arrivait de temps en temps et pour eux, ça ne ferait que plus de temps passer avec leurs cousins. Hermione eut même un petit rire lorsque Ginny lança un sortilège sur Ron pour être certaine qu'il reste encore assommé quelques heures.
«Tu devrais te reposer un peu Hermione avant de le réveiller. Ça fait beaucoup d'émotions.
- Merci Ginny.» soupira Hermione en la serrant dans ses bras. Elle sentait que cette soirée allait être longue.
Une fois restés seuls, les trois derniers compères s'affalèrent sur leurs chaises, toute envie de manger éloignée pour de bon. Soudainement, Draco se redressa comme un «i», inquiétant le couple.
«Potter m'a appelé son meilleur ami.» grimaça-t-il, mimant un réflexe vomitif.
«Arrête de faire semblant, on sait bien que toi aussi tu l'aimes bien.» pouffa Blaise plus fort face à son regard noir.
«C'est toi et Theodore mes meilleurs amis.
- Tu en as deux, tu peux bien en avoir trois non?» rejoignit Ginny le camp de Blaise.
«Non, un trio c'est chouette, un quatuor c'est juste ringard. En plus, le chiffre quatre porte la poisse.
- Ce n'est pas le nombre treize?» fit remarque l'Italien.
«Il doit bien y avoir un pays ou c'est un porte-malheur non?»
Ginny rit franchement, évacuant toute la pression accumulée. «C'est dommage que Hermione soit parti, elle aurait pu te le dire.
- Il doit aussi y avoir un pays ou c'est un porte-bonheur alors?
- Toi le beau-frère, la ferme.» bouda Draco, n'en revenant pas de l'humiliation que Potter lui faisait subir.
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«Harry, attend!» cria Theodore.
Il réussit à le stopper à la dernière seconde alors qu'il allait transplaner. Avant même que le Survivant ne déclenche son transplanage, Theodore enclencha le sien. Il tomba à genoux aux côtés de Harry en atterrissant devant son chalet. Sa magie ne l'oppressait pas comme elle le faisait pour les autres, mais Theodore ne put empêcher une grimace en la sentant l'engloutir. Il n'avait jamais assisté à un tel spectacle et il ne comprenait même pas comment un seul sorcier pour contenir tant de pouvoir.
Theodore sentait cette force sauvage se déchainer autour d'eux, claquant dans l'air comme un fouet. Mais il y avait aussi la peur, la panique, la terreur. Harry n'était pas dans son état normal et il ne savait pas quoi faire pour l'aider. Il avait beau l'appeler, le secouer, essayer de croiser son regard, rien n'y faisait. Son amant restait prostré à genoux, ses doigts tiraient sur son t-shirt à l'emplacement de son corps et il ne cessait de tousser encore et encore, comme si une force invisible le comprimait de l'intérieur.
«Harry, il faut que tu respires!» s'inquiéta Theodore en le voyant pâlir de plus en plus.
Bon sang, Potter faisait une crise d'angoisse et Theodore n'avait pas la moindre idée de comment l'aider. Il le serra dans ses bras, continuant de chuchoter à son oreille que tout allait bien, qu'ils étaient en sécurité, d'inspirer et d'expirer. Il tenta de cajoler sa magie de la sienne et cela sembla fonctionner, les flux s'enlaçant et se mêlant. Theodore avait le souffle court, craignant que Harry finisse par drainer toute ses forces à se rythme.
«Theo.» gémit Harry, l'air complètement perdu.
Theodore se redressa pour croiser son regard, heureux de le voir se reconnecter petit à petit à la réalité.
«Tout va bien Harry. On est chez toi.» murmura-t-il, appréciant le calme qui regagnait la clairière.
Il caressa doucement son visage, un sourire doux aux lèvres. Ce n'était pas le moment de lui montrer toute son inquiétude et la peur qu'il avait ressenti. Harry avait besoin d'être rassuré. Doucement, Theodore posa un baiser sur ses lèvres, comme s'il craignait de le faire fuir tel un animal sauvage. Mais bien au contraire, Harry s'accrocha à lui comme un noyé à une bouée de sauvetage. Leurs corps se pressaient, les mains se faufilèrent sous les vêtements et leurs bouches se joignirent encore et encore. Le baiser avait le goût du sang, mais ils n'y firent pas attention, ça n'avait pas la moindre importance pour l'instant. Ce n'était pas sexuel, ils n'étaient pas dans cet état d'esprit. C'était juste le besoin de sentir l'autre, de s'assurer que Theodore était à ses côtés et que Harry avait surmonter sa crise.
«C'est bon Harry, tu peux tout lâcher.» l'encouragea Theodore tout contre ses lèvres, sentant une larme humide s'immiscer dans leur baiser.
Et alors Harry craqua, comme s'il n'attendait que cette autorisation pour se laisser complètement aller. Il fondit en larmes, sanglotant comme un enfant jusqu'à ne plus pouvoir. Et Theodore resta là, avec lui. Il le serait dans ses bras, embrassait ses tempes, son front, ses joues. Theodore le soutenait. Theodore l'aimait, il le lui chuchotait à l'oreille, encore et encore. Theodore était de son côté, toujours. Theodore l'acceptait comme il était. Et plus Harry réalisait ses choses, plus les larmes coulaient sur ses joues. Il ne savait même pas pourquoi il pleurait, tout ce à quoi il pouvait penser était Theodore qui l'étreignait. Plus rien d'autre n'avait d'importance. Harry voulait rester là, avec lui, enlacés pour toujours.
Ils restèrent ainsi des heures durant à juste se câliner. Puis, l'air se rafraîchit, le ciel s'assombrit et la lune pointa le bout de son nez dans le ciel. Doucement, comme pour ne pas le brusquer, Theodore le fit se redresser. Il l'entraîna jusqu'à la chambre sans jamais lâcher sa main. Ils s'enfouirent sous les draps, Harry enfouit contre son torse alors que son amant jouait distraitement avec se chevelure indisciplinée. Harry ne tarda pas à s'endormir, il se sentait en sécurité dans ses bras. Il était bien. Il était en paix.
