Dans la maison de Frankie et Nina, un samedi midi
Le salon est rempli de rires et de l'odeur d'un rôti que Nina a préparé. Maura était à un congrès de médecine légale et Jane avait eu une semaine avec une enquête compliquée alors Frankie et Nina lui avait dit de venir et Nina avait dit que Tommy, Susie et TJ seraient là aussi. Jane avait accepté tout de suite car elle aimait beaucoup passer du moment avec sa famille et elle adorait son neveu TJ et sa nièce Abigail. Jane est assise sur le canapé, une bière à la main, l'air inhabituellement nerveuse. Frankie, marié à Nina Holiday depuis trois ans, est assis dans un fauteuil avec sa fille Abigail sur ses genoux, tandis que Tommy, marié à Susie Chang depuis deux ans, joue avec son fils TJ sous l'œil de Susie qui était enceinte. Les deux frères remarquent que Jane est plus silencieuse que d'habitude.
Frankie regarde Jane et lui dit
«Jane, t'as une tête d'une flic qui réfléchit comment annoncer à son lieutenant qu'elle a perdu son badge. Qu'est-ce qui t'arrive ? »
Jane en soupirant et en posant sa bière sur la table basse dit :
« OK, j'vais pas tourner autour du pot. Ça fait presque un an que je suis avec Maura, et… je veux la demander en mariage. »
Tommy dit en se tournant avec Jane, un grand sourire aux lèvres
« Sérieux ? C'est génial ! Attends, t'as une bague ou pas encore ? »
Jane dit en frottant ses mains sur ses cuisses, nerveuse :
« Ouais, j'ai la bague. Elle est dans ma veste depuis deux semaines. Mais… je ne sais pas comment faire. Comment je lui dis ça ? Je veux que ce soit parfait, elle le mérite, elle mérite une déclaration parfaite pas un truc banal qu'on trouve sur le net mais je ne suis pas douée pour ces trucs-là. Enfin, je lui aie dit plusieurs fois que je l'aime et de différentes façons mais là c'est ma demande en mariage! Et si elle trouve ça ringard ? Ou si elle dit non ? »
Frankie éclate de rire et dit :
« Te dire non ? Attends, on parle bien du docteur Maura Isles, médecin légiste en chef du Massachusetts? De la femme qui officiellement partage ta vie depuis quasiment un an mais en fait qui la partage depuis bien plus longtemps que ça? Jane, cette femme te regarde comme si tu étais recouverte d'or et de pierres précieuses. Relax. »
Tommy dit :
« Frankie a raison. Maura est folle de toi. T'as vu comment elle te sourit quand tu fais tes blagues débiles ? »
Jane en riant dit
« Mes blagues ne sont pas débiles. » puis elle marque une pause, puis reprend de façon plus sérieuse:
« Mais sérieusement, les gars, je flippe. Je l'aime, OK ? Genre… vraiment. Mais déclarer ça, devant elle, avec des mots… ce n'est pas mon truc. Moi, je dis les choses franchement, parfois même un peu trop franchement alors je ne veux pas que ce soit banal»
Frankie échange un regard amusé avec Tommy et dit
« Moi, avec Nina, j'ai tout prévu. Dîner romantique, bougies, la totale et ça je ne vous ne l'avais pas dit, j'avais écrit un petit discours – ouais, ouais, ne rigolez pas, vous deux – et je l'ai lu devant elle. J'étais encore plus stressé que lors de mon premier jour en tant que détective mais elle a dit oui avant que je finisse car elle s'est jeté dans mes bras et du coup j'ai renversé du vin sur la table. »
Tommy en souriant dit:
« Moi avec Susie, c'était plus simple, on était allé au parc avec TJ et ensuite à un moment, j'étais parti acheter des glaces et j'ai donné la sienne à TJ puis au lieu de donner une glace à Susie, je suis agenouillé et j'ai montré la bague et je n'ai même pas eu besoin de dire quoi que ce soit car elle a dit oui tout de suite et TJ a sauté de joie et à fait un gros bisou chocolaté à Susie.»
Puis Tommy se pence en avant, sérieux
« Écoute, Jane. Maura t'aime pour qui tu es. Tu n'as pas besoin de faire un discours de trois pages ou d'organiser un truc avec des violons. Fais-le à ta façon en mode Jane Rizzoli. Je comprends tes doutes, tu sais, j'ai eu les mêmes
Ah bon?
Oui, tu doutes de ta capacité à lui dire que tu veux partager ta vie avec elle parce que tu es une femme d'origine italienne qui est la fille d'un plombier et d'une femme au foyeret que Maura est une femme venant des beaux quartiers et unique héritière de la famille Isles et j'ai ressenti ça quand Susie s'est intéressée à moi! Tu imagines ça? Une criminaliste qui vient d'une famille aisée, certes pas autant que les Isles mais aisée quand même et qui tombe amoureuse d'un modeste plombier tel que moi, qui certes à son entreprise mais quand même. Susie avec toutes ses connaissances, ses diplômes et j'en passe est tombée amoureuse de moi, s'est mariée avec moi et maintenant est enceinte de mon deuxième enfant, parfois j'ai encore du mal à croire que c'est réel »
Susie dit en prenant la main de Tommy
«Et pourtant c'est réel! Et quand tu m'as séduite, je me moquais bien du fait que tu sois plombier, c'est un métier honorable. Jane, ôte-toi ce doute de ta tête, Maura t'aime et elle sera heureuse et ravie que tu lui demande sa main et elle se moque bien de tes origines modestes sinon, elle ne vivrait pas avec toi»
Frankie dit
«C'est vrai que ça été plus facile pour Nina et moi. Les deux seules grosses différences, c'est notre couleur de peau et le fait qu'elle soit originaire de Chicago mais à part ça… Elle est dans la police, moi aussi, elle aime le base-ball»
Nina dit depuis la cuisine
«Allez les Cups!»
Tout le monde rit et Frankie dit
«Tant que tu ne supportes pas les Yankees, ça me va!»
Tout le monde rit de nouveau et Frankie reprit
«Elle le base-ball, moi aussi, elle était deuxième de sa promotion à l'Académie de Police, moi aussi, elle aime l'astronomie, moi aussi et j'en passe. On a nos différences aussi mais c'est ce qui fait un couple»
Nina vient et embrassa Frankie et dit
«Ça fait un couple qui s'aime et tout le monde sait que Maura t'aime alors pourquoi doutes tu? Lance-toi!»
Tommy dit:
« Ouais, fais ça en mode Jane Rizzoli. T'es une dure à cuire qui a du cœur. Elle adore ça chez toi. Rappelle-toi comment t'as débarqué dans sa vie : directe, sans filtre. Fais pareil pour ça. »
Jane : « En mode Jane Rizzoli, hein ?»
Nina dit en ayant sa fille dans ses bras :
« Exactement. Rappelles lui tous les moments que vous avez passés ensembles et qui vous ont rapprochées, fais la craquer de plaisir »
Jane rit enfin, un peu soulagée. Elle attrape sa bière et en boit une gorgée, l'idée commençant à germer dans sa tête et dit
«OK, OK… je vais le faire. Mais si je suis ridicule, je vous tiens responsables. »
Frankie dit
«On n'est jamais ridicules quand on veut épouser la femme de sa vie»
Jane sent enfin la pression s'alléger. Maintenant, il ne reste plus qu'à trouver le bon moment.
Quelques jours plus tard, Jane emmène Maura dans leur endroit préféré : une petite colline près de Boston où elles vont parfois admirer la vue et être tranquilles, un endroit où elles sont seules, tranquilles et amoureuses, le soleil est en train de se coucher dans un brasier orangé, striant le ciel de pourpre et d'or, tandis qu'une brise fraîche fait onduler l'herbe haute autour de la colline. Jane et Maura sont assises sur leur couverture à carreaux rouges et bleus, un thermos métallique et un panier avec de la nourriture posés entre elles, Maura, élégante dans son manteau beige cintré, ses cheveux châtains dansant légèrement au vent, tient une tasse en métal, ses doigts fins serrés autour comme pour se réchauffer. Jane, en jean délavé et boots usées, sa veste en cuir entrouverte sur un t-shirt noir, arrache nerveusement des brins d'herbe, les écrasant entre ses doigts. Dans une poche de la veste de Jane se trouve la bague (un anneau d'argent orné d'une petite émeraude, choisie pour les origines irlandaises de Maura) lui rappelle que ce soir, elle doit se lancer mais Jane doute encore mais elle veut le faire et elle le fait et dit:
« Maura… faut que je te parle.»
Maura pose sa tasse avec un petit bruit métallique, ses yeux noisette brillant d'une tendresse infinie pour Jane:
« Jane ma chérie, je suis là. Je t'écoute toujours. Vas-y. »
Jane inspire et expire et se lance
« Avant d'être en couple avec toi, je n'avais eu de chance en amour, entre Casey qui n'était pas souvent là mais bon en tant que militaire, c'était normal et c'est le lot de beaucoup de petites amies de militaire et c'est à cause de ça que Casey et moi avons rompus et puis il y a eu Dean et on sait ce qui s'est passé avec lui…»
Maura se souvent que la relation de Jane avec Dean avait été la cause d'une longue brouille entre elles et Maura prit la main de Jane et dit
«Jane…chérie…Tu n'as besoin de rappeller tout ça, tu sais»
Jane serra doucement la main de Maura et sourit et dit
«Sur le plan sentimental, j'étais un fantôme, je n'avais pas de vie, j'avais mon travail et je me consacrais seulement à lui. Je courais après les criminels, les indices, les jours qui s'enchaînent tous identiques. Question loisirs, j'avais mes bières, le base ball, j'avais ma famille, Ma, Frankie, Tommy et TJ pour me tenir debout, et je pensais que ça suffisait mais c'était un mensonge. Et puis tu es arrivée, et ça m'a fait un choc, comme un coup de poing que j'ai pas vu venir, tu te souviens quand on s'est vu pour la première fois?»
Maura sourit et pose sa tête sur l'épaule de Jane et dit
«Tu étais encore aux Stups et tu étais en prostituée
Oui, et oh mon Dieu, cette tenue! Si tu savais comment j'ai hurlé contre Martinez quand il m'a donné cette tenue. Le pire c'est qu'il a voulu sortir avec moi peu de temps après la résolution de cette enquête, je l'ai envoyé paitre enfin bref…
J'étais sous couverture pour les Stups, déguisée en prostituée, avec cette jupe trop courte et ces talons qui me faisaient trébucher. J'étais crevée après une nuit à surveiller un dealer, alors j'ai débarqué au café de Stanley pour un café et un beignet. Mais ce vieux râleur m'a regardée de haut en bas et m'a dit : 'Pas de fric, pas de service.' Et là, t'es arrivée, toute propre sur toi, avec ton sac de luxe, et t'as insisté pour me payer un yaourt nature et une salade verte car d'après toi, j'en avais besoin car j'avais une carence en vitamine D au vu des activités nocturnes»
Maura sourit, un éclat de tendresse dans les yeux. « Je me souviens. Tu m'as fusillée du regard quand je t'ai tendue quelques billets. J'avais pensé que tu étais une âme perdue qui avait besoin d'un peu de gentillesse
Ouais, et moi, j'ai cru que t'étais une riche snobinarde qui voulait jouer les bonnes samaritaines»
Jane regarde Maura, et une vague d'émotion la traverse et elle dit
« Je me souviens quand j'ai été transférée à la Criminelle et que je t'ai revue et tu as été étonnée que je descende à la morgue pour te voir et ensuite on est devenues amie, tu es entrée dans ma vie Maura. Tu n'es pas juste entrée dans ma vie, Maura. Tu m'as sauvée. Littéralement. Tu te souviens quand ces tarés ont attaqué le poste, les coups de feu partout… Frankie était gravement blessé et ensuite…je me suis tiré dessus aussi, et toi tu nous as sauvé tous les deux. L'héroïne ce jour là c'était toi »
Jane essuie une larme d'un geste brusque, un sourire tremblant naissant malgré elle.
Et puis tu as aidé Tommy pour qu'il puisse garder TJ et quand il a repris l'entreprise de plomberie de Pa, tu l'as aidé aussi. Et puis après ça Pa et Ma ont divorcés, et quand Ma était perdue, brisée, c'est toi qui l'as accueillie. Tu lui as ouvert ta maison et ta maison d'amis, ton frigo, ton cœur à Ma et crois-moi, ce n'est pas une mince affaire avec ses recettes qui permettent de nourrir une armée et ses sermons. Tu l'as remise sur pied, tu lui as donné un endroit où elle pouvait respirer, vivre et ça, je l'oublierai jamais. Tu n'as pas juste été là pour moi, t'as été là pour toute ma famille. »
Sa voix s'adoucit, un éclat de tendresse perçant à travers la vulnérabilité.
«Et TJ, ce petit volcan… Tu sais qu'il t'adore. Je me souviens quand il était bébé, il était déjà très heureux de te voir. L'autre jour, il m'a montré un dessin qu'il a fait à l'école, ça nous représentait toi et moi, j'avais mon badge et mon uniforme et toi tu avais blouse de laboratoire mais on avait une cape, comme des super-héroïnes. Il est tellement heureux que tu sois dans nos vies, et moi, ça me fait fondre de voir ça. Parce que tu es déjà une de nous, Maura. Et puis notre amitié s'est renforcée, nous avons déclaré notre amour, nous vivons ensembles, nous sommes inséparables! Mais je veux plus que ça. »
Elle se penche légèrement, ses yeux sombres brillant d'une intensité fébrile, les mots s'accélérant comme une confession qu'elle ne peut plus retenir.
Jane dit d'une voix où l'amour dominait
«Je t'aime, Maura. D'un amour qui me terrifie, oui qui me terrifie car je n'ai jamais aimé quelqu'un comme je t'aime toi! L'amour que j'ai pour toi amore mio me donne envie de tout te donner et je veux plus encore. Je veux vivre les matins où je grogne parce que t'as encore mis des livres sur la petite table du salon et du coup, je ne peux pas y poser ma bière, je veux vire les soirs où tu me fais tester tes recettes bizarres, je veux les disputes quand je dis qu'une tâche rouge est du sang et que toi tu dis que c'est autre chose, je veux les moments où tu me dis quand on va voir un match des Red Sox de ne pas manger un deuxième hamburger frites, je veux les silences où on regarde la pluie ensemble, blotties sur le canapé, je veux les moments où je veux regarder Alien et que toi au même moment tu veux regarder un documentaire sur les insectes en Australie »
Une larme roule sur sa joue, mais elle rit doucement, secouant la tête comme si elle n'en revenait pas elle-même.
Jane s'agnouille, sort une boite et l'ouvre et la tend et Maura qui regarde Jane sent une larme couler sur sa joue et Jane dit :
« Je veux tout ça, Maura. Le reste de ma vie avec toi. Je veux te voir rire jusqu'à en perdre le souffle, te tenir quand tu pleures, te regarder devenir cette vieille dame excentrique qui corrigera encore mes fautes à 99 ans. Et je veux faire de toi une Rizzoli, le faire officiellement, je veux te donner mon nom, je veux faire te toi la deuxième tente de TJ. Je ne peux pas imaginer un jour sans toi. Alors Maura Dorthea Isles, veux tu m'épouser? Dis-moi que tu veux ça, que tu veux être ma femme, parce que moi, je suis à toi, jusqu'à mon dernier souffle. »
Le vent siffle doucement, portant ses mots dans l'air crépusculaire. Maura, les joues inondées de larmes, fixe la bague, l'émeraude scintillant comme une promesse dans la lumière . Ses mains tremblent alors qu'elle les tend pour saisir celles de Jane, ses doigts chauds et doux s'enroulant autour des siens avec une force désespérée.
Maura dit d'une voix ferme mais remplie d'émotion:
« Jane… Oui, oui! Bien sûr que j'accepte de t'épouser, bien sûr que j'accepte d'âtre ta femme, je veux être officiellement une Rizzoli. Je veux chaque jour, chaque câlin, chaque moment parce que je t'aime plus que les mots ne peuvent le dire. »
Jane, un sanglot de bonheur lui échappant, glisse la bague au doigt de Maura, l'émeraude captant un dernier rayon de soleil. Elles s'enlacent, leurs fronts collés, leurs larmes se mêlant dans un baiser tendre puis fougueux et amoureux. Sous le ciel nocturne avec Boston scintillant au loin, elles scellent leur avenir – un amour indéfectible, une famille unie, et une vie à construire ensemble.
Jane serra Maura contre elle et regarda la main de la femme qui était désormais sa fiancée et un autre doute s'envola et elle se sentait de plus en plus heureuse
