CHAPITRE 22

Radek avait marqué un temps d'arrêt en entrant dans l'infirmerie. Sa jambe lui faisait encore mal malgré la dose de cheval qu'une infirmière lui avait donné plus tôt. La vision de son amie s'était précisée au fur et à mesure qu'il clopinait vers le lit où elle reposait. Il avait esquissé un sourire en voyant qu'Evan s'était endormi auprès d'elle. Le militaire pouvait s'endormir n'importe où et le claquement de la béquille de Radek sur le sol l'avait tiré de ses rêves.

Les sens en alertes permanentes, Evan avait tout de suite reporté son attention sur Andréa, mais elle n'avait pas bougé. «Pas de changement ?». Il avait secoué la tête en comprenant qu'il s'était assoupi, puis se tourna vers le physicien qui avait tiré une chaise. «Qu'est-ce que j'ai loupé ?». Un bref signe de tête vers sa jambe lui avait fait comprendre de quoi il voulait parler. «Un micro-astéroïde m'a traversé la jambe.».

Evan avait hoché la tête écoutant son récit puis il s'était frénétiquement essuyé le visage, prêt à se lever. «Je ferais bien de retourner en salle de contrôle.». Radek avait ricané en lui avouant qu'il lui fallait plutôt un lit vu la tête qu'il avait, mais Evan savait qu'une fois allongé, il n'allait pas réussir à trouver le sommeil. «De toutes façons, Sheppard est parti avec Rodney.». Le militaire avait fait un bon en entendant ses mots. «Quoi ? Mais où ? Et pourquoi n'ai-je pas été prévenu ?».

«Je lui ai dit que vous étiez là.». Evan avait longuement soufflé avant de pester. «Bon sang, Radek !». Sheppard avait préféré laisser tranquille Evan, parce qu'il savait que ses vingt-quatre heures de service consécutives pouvaient altérer sa concentration. «Je suis entraîné pour ça et je sais comment faire mon boulot !». Son agacement n'avait pas surpris Radek, qui lui avait certifié que ce discours était celui du Colonel et non le sien. «De toutes façons, Teyla a pris le relais.».

Evan s'était de nouveau passé les mains sur le visage en essayant de reprendre ses esprits. «Merde… Je suis désolé doc..». Il comprenait parfaitement que la situation n'était pas facile à gérer. «Nous sommes tous à cran.». Evan s'était laissé tomber sur sa chaise en admettant qu'il avait besoin de repos. «Quelle est la situation?». Comme l'avait prévu Sheppard, Elisabeth n'avait pas été ravie de savoir que les nanites avaient été réactivées. «McKay a fait quoi ? Mais je me suis à peine assoupi…».

La situation n'était pas des plus banales mais il y avait plus important. L'E2PZ commençait à s'épuiser et il y avait urgence. Ils avaient œuvré à trouver une solution et la seule option était d'obtenir un nouvel E2PZ. «Ils vont voler un E2PZ sur la planète d'Oberoth.». Le militaire n'arrivait pas à croire qu'ils allaient passer de l'autre côté de la barrière, même si les lois Terriennes n'avaient aucune valeur dans la galaxie où ils se trouvaient. «C'est du suicide ! Comment comptent-ils s'y prendre ?».

Elisabeth était un atout majeur dans cette mission, alors Sheppard n'avait pas hésité à profiter de cet avantage, malgré ses réticences passées. «Rodney et moi avons bidouillé un Jumper pour qu'ils puissent se rendre dans l'hyperespace.». Cela faisait quelques heures que le Colonel était parti avec Elisabeth, Rodney et Ronon sur la planète des Réplicateurs et ils n'allaient pas tarder à revenir. «Je ferais bien d'aller voir ce qui se passe.».

«Je vais rester avec elle jusqu'à ce que Rodney revienne avec un E2PZ.». Evan avait regardé une dernière fois Andréa, avant de saluer le physicien et de prendre la direction de la salle de contrôle.

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Teyla était appuyée sur l'une des consoles principales depuis un moment. Elle repensait aux récents événements et ce qui avait conduit l'équipe du Colonel Sheppard à piller une planète ennemie. Elle s'était redressée en entendant des pas s'approcher. «Major!». Elle avait été surprise de le voir porter l'uniforme de pilote qu'il arborait depuis la veille. «Vous avez des nouvelles du Colonel ?».

«Ils viennent d'être secouru par le Colonel Ellis. Ils sont à bord de l'Appolon avec le colonel Carter.». Il regardait l'Athosienne se frotter la nuque de manière inhabituelle alors il lui avait demandé ce qui n'allait pas. «Elisabeth est toujours sur la planète des Réplicateurs. Elle s'est sacrifiée pour qu'ils puissent s'échapper.». Il se sentait peiné d'apprendre que leur chef d'expédition était aux mains de l'ennemi mais il était trop fatigué pour montrer quoique ce soit. Face à cette nouvelle de plus, il était maintenant persuadé qu'un malheur n'arrivait jamais seul. «Ils sont en route pour Atlantis.».

Teyla le regardait hocher la tête avant de lui demander comment allait Andréa. «Toujours pareil. Keller pense qu'elle mettra du temps à se réveiller, mais elle n'est pas inquiète, alors ça me suffit pour penser la même chose.». Elle avait fait un pas de plus et l'avait saluée comme son peuple le faisait, en fermant les yeux et en baissant la tête. «Gardez espoir. Si Hathor a vu en elle un esprit combatif, ce n'est pas par hasard.». Ses quelques mots lui avaient fait du bien et raviver cette once d'espoir qu'il peinait à garder jusque-là.

Un faisceau blanc avait brisé ce moment et ils s'étaient dirigés vers Sheppard, Rodney, Ronon, le docteur Lee et le Colonel Carter, qui venaient d'être téléportés. Evan avait salué Carter, avant de voir Rodney se précipiter devant la console principale. Ils étaient en possession de l'E2PZ, mais il fallait encore trouver une planète sur laquelle atterrir. Un technicien venait de déposer la source d'énergie dans la salle prévue à cet effet, pour ainsi pouvoir faire le plein de puissance. Rodney avait trouvé une planète qui remplissait tous les critères et qui paraissait viable, mais Carter semblait inquiète. «Le docteur Weir est-elle au courant ?».

«Eh bien, elle ne figure ni sur notre liste principale, ni sur notre liste de secours. J'ai volontairement cherché des planètes que nous n'avions jamais envisagées auparavant. Les… euh… Réplicateurs peuvent sonder son esprit autant qu'ils veulent, ils ne la trouveront pas.». Rodney était persuadé qu'il s'agissait de la planète idéale. Il y avait un grand océan et une atmosphère stable, cela suffisait pour y élire domicile quelques temps, alors Carter avait approuvé.

Avant de partir au chevet d'Andréa, Radek avait fait en sorte de tout préparer pour accueillir le nouvel E2PZ, alors quand Rodney lui avait demandé où il en était, cela lui avait pris quelques minutes à peine pour tout brancher. Rodney avait activé les commandes et Atlantis s'était engouffrée dans la fenêtre les menant à l'hyperespace. La Ville se trouvait dans un couloir et des traits bleus et blancs matérialisaient leur vitesse.

Cela n'avait pas pris longtemps avant qu'il ne sorte de cette fenêtre. Tout le monde ou presque s'était précipité, pour admirer par la fenêtre encore brisée, l'océan en contrebas. Ils étaient enfin arrivés mais il restait encore un détail que Rodney n'avait pas manqué de rappeler au groupe. «Bon, il reste encore la petite question de l'atterrissage.». Sheppard allait prendre la direction de la salle du Siège lorsque Rodney l'arrêta. «Ça risque d'être délicat, une ville de cette taille créerait des frictions considérables si l'on arrive trop vite ou trop abruptement. Le bouclier pourrait s'affaiblir sous la pression et tout l'endroit pourrait être réduit en miettes, ou… ou brûler, ou les deux…».

Carter et Sheppard s'étaient regardés avant de se tourner vers l'astrophysicien. «Ça ne s'arrête jamais avec toi, tu sais?». Le Colonel n'avait pas attendu avant de se rendre quelques niveaux plus bas. La Cité avait amerri sans causer de dommages, pour le plus grand bonheur de Rodney, qui passer déjà la planète au scanner. «Les systèmes semblent bons... pour l'instant. Et l'alimentation de l'E2PZ est suffisante.». Carter avait donner l'ordre de lever le bouclier et avait contacter Sheppard pour l'informer que la ville flottait en toute sécurité sur l'océan.

Radek venait d'arriver en salle de contrôle et s'était approché de Chuck, savourant cette victoire bien méritée. Ils allaient enfin pouvoir se reposer et ce n'était pas pour déplaire au Tchèque. Carter voulait tester les communications alors elle avait simplement demandé à Rodney de composer le numéro de la porte des étoiles. Ils avaient tous souri en voyant le vortex bleu se former. «Atlantis appelle le Centre de Commandement. Vous me recevez?».

Tous les membres présents dans la pièce avaient retenus leur souffle durant les quelques secondes de flottements, jusqu'à ce qu'ils entendent une voix masculine leur répondre. «Ravi d'être entendu ! Dites au général Landry que nous sommes de retour sur le réseau.». La communications avait été rompue presque immédiatement, ne voulant pas user leur tout nouveau E2PZ.

Radek avait juré dans sa langue natale en regardant le radar. «Des scanners longue portée ont détecté une flotte massive de vaisseaux lancée depuis la planète Réplicateur...». Rodney avait bondi de sa chaise pour le rejoindre, jusqu'à ce qu'il ne voit la flotte s'éloigner à l'opposer d'Atlantis. «Ils vont vers une planète Wraith. L'ordre d'attaque a dû être activé. Ça a marché!». Rodney avait souri au Tchèque et il s'était féliciter d'avoir eu l'idée de pirater les systèmes, lorsqu'ils étaient sur la planète des Réplicateurs.

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Jennifer était aux côtés d'Andréa et vérifiait ses constantes lorsqu'Evan avait passé les portes de l'infirmerie. Il aurait pu faire le chemin les yeux fermés s'il avait voulu. Keller avait vu le militaire attendre plus loin et elle lui avait fait signe de venir lorsqu'elle avait terminé son inspection. Le lit avait été déplacé dans un coin plus tranquille, où de simples rideaux avaient été tirés pour donner à ses visiteurs un semblant d'intimité. Il s'était approché lentement en espérant la voir éveillée, mais à sa grande déception, rien n'avait changé.

Liam s'était levé et l'avait salué, avant de lui céder sa place. Les deux militaires s'étaient simplement souri, traduisant une compassion mutuelle. Evan avait pris place sur la chaise qu'il s'était appropriée et lui avait machinalement pris la main. «Est-ce qu'elle peut m'entendre ?». Keller avait hoché la tête en souriant, puis s'était dirigée vers la sortie pour les laisser seuls. Il n'avait jamais fait ça auparavant et il ne savait pas comment s'y prendre. Il aurait tellement voulu lui dire combien il l'aimait.

Il aurait donné n'importe quoi pour être à sa place. Evan n'avait pas pour habitude de s'épancher mais Andréa était spéciale. Il avait mis du temps à le comprendre mais tout était devenu clair depuis l'explosion. Cela s'était imposé à lui comme une évidence. Il ne l'aurait probablement pas remarquée si elle n'avait pas renversé son café sur lui. Il avait lutté contre ses sentiments pour ne pas s'attacher de la sorte.

Pour la première fois de sa vie, son travail passait en second plan. Il se repassait inlassablement la courte conversation qu'il avait eu avec elle et il s'en voulait de s'être comporté comme un idiot. Evan avait déjà ressenti de la peur pour quelqu'un mais jamais d'une personne n'étant pas de sa famille. Après réflexion, il n'avait pas fallu longtemps pour qu'il la considère comme tel. Ce n'était pas seulement parce qu'il était loin de ses racines à des milliers d'années lumières. Il ressentait au plus profond de lui un réel sentiment d'attachement. Il voulait passer le reste de sa vie avec elle, fonder une famille, vieillir avec elle, tout partager. Tout était devenu limpide et cette idée avait mûrie lorsqu'il avait cru la perdre. La vie lui rappelait qu'en tant que simple mortel, il y avait un ordre de priorité à établir et Andréa était maintenant en tête de liste.

Jennifer était confiante quant à l'état de santé général d'Andréa. Ses blessures guérissaient lentement mais cela restait difficile pour Evan de la voir défigurée et reliée à divers tuyaux qui l'avaient maintenu en vie et qui l'aidaient encore. Elle n'avait pas l'air de souffrir et cela le réconfortait un peu.

Il avait rapproché sa chaise, voulant être plus près d'elle, et passa une main dans ses cheveux. Il n'avait pas cessé de maintenir le contact et ne voulait pas partir, ne serait-ce qu'une seconde. La dernière chose qu'il voulait était qu'elle se sente abandonnée s'il n'y avait personne auprès d'elle le jour où elle ouvrirait les yeux, et cette vision lui était insupportable.

Il lui avait raconté comment Rodney et Radek avaient sauvés la Cité en évitant à tous les membres de l'expédition, une mort certaine dans le vide de l'espace, puis comment Elisabeth avait à son tour sauvé Sheppard et son équipe. Il espérait qu'elle pourrait entendre sa voix qui la ferait revenir parmi eux.

Le Colonel venait de passer les portes de l'infirmerie et s'était dirigé vers le docteur Keller en quête d'informations. Il y avait encore beaucoup de blessés, certains plus ou moins grave. Il n'avait pas fait attention que son commandant en second était présent et le médecin l'avait emmené vers l'endroit reculé.

Il avait lentement ouvert le rideau et s'était avancé vers lui. En voyant son visage éprouvé, il avait compris ce qu'elle représentait pour lui. Ses yeux rougis le trahissaient et son visage n'exprimait pas seulement un manque de sommeil. En s'approchant plus près, il avait eu un moment de recul en observant le visage anormalement gonflé d'Andrea, ce qui l'attristait au plus haut point. Elle était intubée et du peu qu'il voyait, il espérait que le reste de son corps soit en meilleur état. «Vous avez besoin de moi, Monsieur ?». Evan s'était redressé à la vue de son supérieur et il peinait à faire bonne figure. Sheppard l'avait mis à l'aise et lui intima l'ordre de se détendre.

«Non, je venais voir comment elle allait.». Le Colonel écoutait l'homme face à lui, lui recracher les informations plus ou moins précises que Keller lui avait elle-même débitée plus tôt. Il entendait les mots clés mais il était concentré sur le comportement de son second, qui avait du mal à cacher ses émotions. Le manque de sommeil jouait clairement sur ses nerfs et il n'allait pas tarder à perdre le contrôle s'il maintenait ce rythme de vie. Sheppard avait retenu le principal et il était maintenant inquiet pour lui.

Après un moment il tira une chaise et se posta à côté de lui. Il ne l'avait jamais vu aussi touché par une situation qu'ils avaient déjà vécues sur le terrain. Il savait que c'était différent avec elle. L'homme était amoureux et cela faisait toute la différence. «Allez prendre une douche et un repas chaud, Lorne.». Il devait faire peine à voir pour que son supérieur lui donne un tel conseil. «Souhaitez-vous que j'en fasse un ordre ?». Il maîtrisait parfaitement ses émotions, jusqu'à ce qu'il ne se relâche en un souffle. «Je ne peux pas l'abandonner, Monsieur.».

Sheppard avait posé une main sur son épaule en signe de compassion. «Je peux veiller sur elle jusqu'à ce que Zelenka n'arrive. J'ai croisé le Lieutenant Reed qui m'a aussi dit qu'il passerait. Vous serez prévenu au moindre changement.». Il acquiesça mais ne bougea pas pour autant. Il n'était tout simplement pas prêt à la laisser pour le moment.

Il ne pouvait pas s'empêcher de la regarder et il repensait à ce que Keller lui avait dit. Les mots potentielle séquelles et rééducation faisaient encore échos dans son esprit. Par chance, les morceaux de verre fichés sur son côté, avaient été retirés sans avoir causé trop de dommages. Les blessures les moins graves étaient finalement les plus impressionnantes.

Evan fixait son visage tuméfié, se demandant comment un corps pouvait autant réagir lorsqu'il recevait un choc violent. Il n'arrivait pas à détacher ses yeux de son corps. «Je n'aurai jamais cru que ce serait elle qui serait en danger.». Il marqua une pause, en déglutissant péniblement. «Nous explorons des planètes et combattons des espèces parfois extrêmement dangereuses, et c'est elle qui est dans ce lit.».

Sheppard écoutait ses paroles et il avait été surpris en découvrant que leur relation avait l'air solide. «Ça dure depuis combien de temps ?». Il n'avait pas pensé que cette question pouvait être intrusive et cette conversation n'avait rien de formelle. Evan avait fait abstraction du fait qu'il parlait à son supérieur et il avait répondu sans complexe que cela faisait plusieurs mois. «Nous nous sommes rencontrés quand elle a renversé son café sur moi.». Il avait souri en se rappelant du jour où elle était entrée dans sa tête. «Alors c'est du sérieux !? ».

«Assez pour que j'en vienne à réviser mes priorités, hier j'ai déconné et j'espère un jour pouvoir me rattraper.». Il avait compris dès qu'il avait vu que le mél. de Jones n'avait pas été traité. Sa relation empiétait sur son travail et ça n'avait rien de bon. Evan ne savait pas pourquoi il s'était confié ainsi, surtout auprès de son supérieur. Il regrettait d'en avoir trop dit et il n'avait pas envie que le Colonel le voie différemment alors il souffla un bon coup avant de se lever.

«Je crois que je vais accepter votre proposition, Monsieur.». Sheppard hocha la tête et observa Evan. «Prenez tout le temps qu'il vous faut !». Il déposa un baiser sur le front d'Andréa, lui murmura quelques mots inaudibles pour autrui, avant de prendre le chemin de ses quartiers.

Comme convenu, Liam avait remplacé Sheppard une demi-heure après son arrivé. Ils s'étaient tous relayé sur deux jours et Reed n'y avait pas dérogé. Certains d'entre eux avaient instauré une sorte de rituel, comme Evan qui aimait lui parler, ou Radek qui lui lisait un chapitre de son livre du moment, ou encore Liam qui jouait aux cartes. Ils venaient tous la voir chaque fois qu'ils le pouvaient et ils s'arrangeaient pour ne jamais la laisser seule, même si elle n'avait consciences de rien. Keller avait enlevé quelques appareils en voyant que son état s'améliorait, notamment le tuyau qui l'aidait à respirer.

Les heures passaient jusqu'à ce qu'Andréa n'ouvre péniblement les yeux, en s'étonnant de ne pas voir correctement. Elle avait la sensation que quelqu'un exerçait une pression pour les lui maintenir fermés, comme s'ils étaient collés. Elle avait mis du temps à s'acclimater et n'avait jamais été aussi heureuse d'humer l'odeur familière du désinfectant. Ses sens olfactifs fonctionnaient mais sa vue l'inquiétait. Elle se sentait gonflée comme un ballon de baudruche, avec l'impression que sa joue avait doublée de volume et s'écrasait sur son œil droit. Elle aurait bien compté sur son œil gauche mais un léger voile recouvrait sa rétine.

La douleur s'était progressivement réveillée en même temps qu'elle. Elle pouvait sentir un poids sur sa main et le simple fait de baisser la tête l'avait rappelée à l'ordre. Elle avait entre-aperçut une masse noire, manifestement posée sur sa main engourdie. Elle avait grimacé en essayant de la bouger, ce qui avait aussi provoqué un râle qui n'était pas le sien. Sa mémoire devait lui jouer des tours car elle n'arrivait pas à identifier la personne à qui appartenait la voix. À force de cligner des yeux, la masse noire s'était transformée en cheveux et elle comprit qu'un homme était à son chevet.

Son visage la tirait de tous les côtés, et lorsqu'une larme s'était mise à couler, elle prit conscience qu'elle devait avoir des coupures. Le sel lui brûlait une partie de ses joues, ce qui l'avait instantanément fait grimacer. Elle essayait de rassembler ses souvenirs et quelques brides lui revenait. La vive lumière… L'explosion… Les éclats de verre… Elisabeth… Le moniteur cardiaque se trouvant à proximité avait traduit pour elle son anxiété.

Radek avait été dérangé par le son irrégulier et avait relever la tête. Elle n'arrivait pas à parler et peinait à voir son visage. Elle distinguait une paire d'yeux qui semblait briller, jusqu'à ce qu'elle ne comprenne. Elle devait faire peine à voir pour qu'ils soient aussi brillants. Andréa avait réussi à esquisser un sourire, alors qu'il pressait sa main. Elle l'entendait prononcer quelques mots, mais sa voix semblait provenir à des kilomètres. «Hey… Salut toi. ». Il y avait tellement d'émotions dans sa voix qu'elle s'était sentie coupable l'espace d'un instant.

Sa tête était lourde et elle n'arrivait pas à garder les yeux ouverts. Elle voulait tellement lui parler, le rassurer, le serrer dans ses bras, lui dire que tout allait bien se passer, même si elle n'en savait rien. Il n'avait pas à s'inquiéter de son sort, elle irait bien. Elle était a priori vivante. Si elle respirait, alors oui, tout irait bien. Sa tête s'enfonça plus profondément dans l'oreiller en se confortant dans cette optique et elle se laissa aller.

Le Tchèque s'était empressé de contacter Evan, qui n'avait pas mis longtemps à arriver. Il avait été déçu en voyant ses yeux fermés mais il était heureux qu'elle se soit réveillée. Il avait demandé tous les détails à Radek, voulant s'assurer de la véracité de ses propos. Jennifer était restée un moment à l'examiner et à parler aux deux hommes, jusqu'à ce qu'elle ne leur dise qu'elle allait mettre du temps à se réveiller complètement. Les deux hommes avaient scellé cette petite victoire par une discussion qui les avaient menés jusqu'au lendemain matin.

La vie reprenait lentement son court et Evan s'était imposé le même rituel quotidien. Sheppard essayait de ne pas le faire partir sur de trop longues périodes, ce qui lui permettait de la voir régulièrement. Il s'asseyait chaque jour auprès d'elle en lui racontant sa journée. Son visage avait mis une semaine à retrouver sa forme initiale et il attendait impatiemment son réveil. Le docteur Keller lui avait confié que le corps humain renfermait quelques mystères, et il avait certainement besoin de plus de temps pour libérer son esprit.

Jennifer était aux côtés d'Andréa, lorsqu'elle avait vu sa silhouette bouger. Radek venait d'arriver à l'infirmerie pour faire vérifier sa jambe et il avait une fois de plus contacter Evan pour l'informer qu'elle venait de reprendre connaissance. Il avait laissé Jennifer faire son travail et il attendait son feu vert pour aller la voir. Il n'attendait que ça et il s'était dirigé vers elle après un moment, en essayant de contenir son euphorie pour ne pas la brusquer. «Hey…». Elle avait mis du temps à reprendre ses esprits et s'était hissée pour se redresser. Radek l'avait enlacée en s'attardant quelques secondes.

Evan venait d'arriver à son tour et il s'apprêtait à faire pareil, mais elle avait eu un moment de recul. Il avait lu la peur et l'incompréhension sur son visage, alors il s'était brusquement arrêté. «Major!?». Les deux hommes s'étaient regardés, puis s'étaient tourné vers Keller qui s'était contenter d'observer jusque-là. «Salut Andréa.». Elle n'avait pas tellement compris pourquoi il l'appelait par son prénom et cela commençait à l'intriguer. Radek avait une nouvelle fois regardé Keller en trouvant ça bizarre. Il ne comprenait pas pourquoi elle l'avait reconnu lui et pas Evan.

Keller s''était approchée d'elle pour attirer son attention. « Vous vous souvenez du Major !?». Elle avait froncé les sourcils en se demandant pourquoi on lui posait une question aussi stupide. «Comme tout le monde ici, oui.». Evan avait du mal à encaisser le coup et il pouvait lire une totale confusion sur son visage. Il avait attendu ce moment depuis tellement longtemps, mais il ne l'avait pas imaginé comme ça alors il n'osait plus bouger.

«Je suis désolée, mais… heu… est-ce qu'on est proche ?». En voyant que le militaire restait stoïque, Radek allait hocher la tête pour confirmer mais Evan avait tendu sa main. «Je venais juste aux nouvelles.». Elle avait serré sa main et sentait qu'il ne voulait pas la lâcher. Il soutenait son regard en espérant qu'elle se souvienne de lui mais il n'était rien de plus qu'un membre de l'expédition à ses yeux. Il avait rompu le lien en comprenant que c'était peine perdue. « Reposez-vous, doc..». Andréa avait froncé les sourcils et s'était tournée vers Radek en chuchotant. «Il est bizarre, non ?». Le militaire s'était dirigé vers la sortie sans se retourner, persuadé d'avoir fait le bon choix. «Major ! Attendez !». Keller venait de le rattraper et il s'était stoppé au milieu du couloir. «Laissez-lui du temps.».

Il avait baissé la tête en posant ses mains sur ses hanches. C'était comme s'il la perdait une seconde fois et sa déception était bien visible. «Vous m'aviez dit qu'elle allait bien !». Keller avait été aussi surprise que lui et elle ne pouvait que comprendre ce qu'il ressentait. Elle l'avait vu tous les jours ou presque à son chevet et la situation ne lui plaisait pas plus qu'à lui. «Ce n'est pas une science exacte ! Je n'avais aucun moyen de savoir que sa mémoire allait être altérée. Ça va revenir progressivement et elle finira par se souvenir que vous faites partie de sa vie.».

Il était convaincu que son inconscient n'était pas étranger au fait qu'elle l'avait oublié et il n'avait plus qu'à accepter de vivre avec ça, même si cela allait prendre du temps pour lui aussi. «Je ne suis pas médecin, mais j'en doute, doc..». Elle n'avait pas eu le temps de dire quoique ce soit et elle s'était sentie impuissante en le voyant partir.

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Les nouvelles allaient bon train et Sheppard avait été au mis au courant en quelques heures à peine. Il savait où trouver Evan ces derniers temps mais après ça, il n'en n'avait plus aucune idée. Il trainait dans les couloirs en quête d'informations, jusqu'à ce qu'il ne voie passer le Lieutenant Reed, qui soutenait une jeune recrue. Le jeune homme avait l'arcade sourcilière en sang et semblait boiter. «Que s'est-il passé ?». Reed avait hésité à en parler mais l'insistance du Colonel l'avait poussé à avouer que le Major n'était pas dans un bon jour.

Sheppard était entré dans la salle d'entraînement et il avait balayé la pièce d'un rapide coup d'œil. Il observait Evan frapper un sac prévu à cet effet et il pouvait entendre ses râles à chaque coup porté. Quelques Marines s'entraînaient plus loin, sans prêter attention à leur supérieur. «Tout le monde dehors !». Ils s'étaient tous arrêté et le sérieux de Sheppard les avaient fait sortir en moins de deux minutes. Evan s'était retourné en entendant la voix familière, mais il avait continué de frapper sans lui prêter attention. «Est-ce qu'il y'a un problème, Major ?».

Il savait parfaitement pourquoi son supérieur était là, mais il voulait juste s'épuiser pour oublier ce qu'il venait de vivre. Il s'était retourné vers lui en secouant la tête mais il n'avait pas l'air convaincu. «C'est marrant parce que je viens de croiser Reed et Samuels qui n'avaient pas le même discours.». Ses sentiments l'avaient poussé à la faute, même s'il s'agissait d'un simple accident. «J'ai entendu dire que Davis était réveillée.». Il avait mis les pieds dans le plat en sachant pertinemment que ses agissements venaient de ça.

Evan n'avait rien dit et il commença à enlever ses gants. «À quand remonte votre dernière nuit complète?». Le militaire savait où son supérieur voulait en venir et il renifla en s'avançant vers le banc où reposaient ses affaires. «Je vais bien, Monsieur.».

«Un de vos hommes vient de sortir de cette salle en boitant et le visage en sang, et pour vous tout va bien !?.». Le ton commençait à monter et Evan frôlait l'insubordination en se taisant. «C'était un accident !». Il était pleinement conscient de la situation mais il se sentait complètement dépassé et sa fierté l'empêchait de l'avouer. «Si vous n'êtes pas capable de vous maîtriser, vous n'avez rien à faire ici !». La seule chose qui l'empêchait de le frapper était les galons qui faisaient de lui son supérieur, et ça c'était la preuve qu'il pouvait se contrôler.

Sheppard était dépité face à son silence et il pouvait déceler du dédain dans son comportement, ce qui ne jouait pas en sa faveur. «Je vous retire du service actif jusqu'à ce que j'aie le feu vert du docteur Heighmeyer.». Ces quelques mots avaient fait tilt dans son cerveau et il avait tenté de protester. «Je viens de vous donner une chance de vous expliquer et vous l'avez manquée. Maintenant c'est à vous de prouver que vous êtes digne de porter cet uniforme, Major.».

Evan s'était assis en enfermant sa tête dans ses mains. Sheppard allait partir en l'abandonnant à son sort mais il se retourna en l'observant. «Vous pouvez taper autant que vous voulez dans ce sac, ce n'est pas comme ça que ça règlera vos problèmes! Et c'est peut-être une chance qu'elle ne se souvienne pas de vous, parce que je suis persuadé qu'elle n'aimerait pas l'homme que je vois.». Ce coup de massue l'avait achevé et il aurait aimé se réveiller de ce cauchemar.

«Alors vous me mettez sur la touche!?». Le Colonel s'était retourné en regardant Evan. Il était à bout de souffle et son t-shirt était trempé de sueur. Des cernes étaient clairement visibles et il savait que cette décision était pour son bien. «Ne prenez pas ça comme une punition, Lorne. Vous manquez clairement de dicernement et c'est pourtant ce qui fait notre force dans cette expédition. Reprenez-vous si vous ne voulez pas finir sur Terre derrière un bureau. Prenez plutôt ça comme des vacances.».

TBC…