Chapitre 11 : Les yeux ne trompent jamais

Hermione était en pleine partie de bataille explosive ouverte avec Ann, pendant que Severus était avec Jack à la demande du professeur Flitwick. C'était curieux, elles n'en savaient pas plus, mais la Serpentard et elle avaient tôt fait le lien avec le club de musique qui était dirigé par leur professeur de sortilèges. Cela intriguait la jeune Gryffondor sans l'empêcher pour autant de gagner. Son petit ami finirait bien par lui expliquer pourquoi il avait été réquisitionné de la sorte.

-Sinon, j'ai jamais eu l'occasion de te demander, commença Ann qui posa une de ses cartes, depuis quand tu sors avec Severus au juste ?

Alors qu'elle s'apprêtait à jouer, Hermione se sentit déstabilisée par la question. Elle n'avait pas honte de sortir avec Severus, mais ils n'avaient jamais eu de gestes attentionnés l'un envers l'autre en présence de qui que ce fût.

-Heu… je… comment tu sais…

-Ça se voit comme le nez en milieu de la figure. Tu tiens plus du chaton que de la lionne quand tu es avec lui, c'est assez amusant. Et lui, il te dévore du regard, même s'il reste toujours aussi indéchiffrable.

La carte d'Hermione explosa et réapparue du côté d'Ann, qui remit une des siennes au centre, attendant une réponse. Hermione était toujours aussi gênée, bien qu'elle se sentait aussi heureuse de savoir que Severus l'observait.

-C'est tout récent… c'est depuis le premier jour des vacances…

-Sérieux ? Ça fait pas plus longtemps ?

-Non…

-Oh, j'aurais pu parier des dizaines de galions que ça datait du match de Quidditch. Severus était vraiment à fond sur toi déjà à ce moment-là, mais bon, au moins ça explique pourquoi il est allé au bal avec Evans.

Hermione grimaça, non pas parce-que sa carte venait encore d'exploser, mais parce qu'elle s'en voulut d'avoir à nouveau un sentiment de jalousie. C'était stupide et elle le savait, néanmoins, elle ne pouvait pas contrôler ça.

-Ils sont amis, c'est tout.

-Oui, enfin ils ont failli sortir ensemble quand-même. Je sais pas ce qu'il s'est passé exactement, mais ils se sont disputés avant que ça ne se fasse.

Cette fois, Hermione ne sursauta pas, elle se contenta de ronger son frein à cette idée. Elle s'était doutée que le deuxième choix de Lily était Severus, et ce, depuis qu'elle avait recommencé à lui parler, mais elle n'avait pas pensé que cela avait été si proche de se concrétiser avant leur dispute.

-Après, Evans n'est clairement pas faite pour lui, continua Ann en conservant cet air sérieux et calme. Elle est bien trop « miss-parfaite », elle vit dans un monde où pour elle, tout est soit blanc, soit noir.

-C'est-à-dire ?

-Pour Evans, s'intéresser à quelque chose de controversé est forcément mauvais. Elle ne peut pas envisager que des gens biens puissent aimer autre chose que ce que la bien-pensance oblige.

-Tu parles de la magie noire, c'est ça ?

-Oui, mais pas seulement de ça, dit-elle en haussant les épaules. On n'est pas stupides, on sait bien que les temps sont sombres et que l'amalgame peut vite se faire entre magie noire et seigneur des ténèbres, mais beaucoup d'élèves s'y intéressent pour d'autres raisons. Severus pense que ne pas connaître la magie noire serait diminuer son potentiel magique, je pense que ne pas l'étudier nous empêche de nous en protéger efficacement, Jack lui-même l'a déjà étudiée de loin parce qu'il considère que c'est intéressant. Et c'est sans compter tous ceux qui refusent simplement d'admettre qu'ils sont curieux. Est-ce que ça fait de nous tous des mages noirs en devenir ?

Hermione réfléchissait à la question, se fichant maintenant un peu plus de son jeu. Severus lui en avait déjà parlé et elle avait elle-même fini par s'y intéressée, même si elle n'avait pas commencé de recherches dessus. Finalement elle arriva à la conclusion suivante :

-Je suppose que ça reviendrait à dire que toutes les personnes qui s'intéressent aux armes à feu sont des tueurs refoulés…

-C'est quoi une arme à feu ?

Il arrivait régulièrement que la Gryffondor oubliasse que certaines personnes ne venaient pas du tout de son monde. Elle lui expliqua alors le concept de l'armement moldus :

-Oh, d'accord, c'est avec ce genre de truc que les moldus s'entretuent pendant les guerres !

-Oui, mais certaines personnes les utilisent pour chasser et d'autres pour le plaisir sportif.

-C'est un sport de se tirer dessus ?

-Tirer sur des cibles plutôt. Quoi qu'il existe des sports moldus où l'on doit se tirer dessus avec de fausses armes et des munitions en plastique.

-Je suppose que ça illustre donc parfaitement le côté gris de l'humanité.

-Oui, tout à fait Ann, je confirme…

Hermione sourit, du moins jusqu'à ce que la Serpentard en face dise avec un air roublard :

-J'ai gagné !

C'était vrai, sans s'en rendre compte, la lionne venait de perdre à la bataille explosive. Avec l'impression étrange qu'Ann avait triché, elle se contenta de s'avouer vaincue :

-Tu es trop facilement distraite, s'amusa la vert et argent. Mais j'avoue que la conversation était intéressante et, surtout, ça a confirmé ce que je pensais… tu es vraiment parfaite pour Severus, il a bien choisi !

Contente de ce compliment, elle se sentit rosir :

-Merci.

-Mais soyez plus discret quand vous partez faire des cochonneries, ça va faire jaser à la rentrée sinon !

Cette fois, Hermione se sentit devenir encore plus rouge que son blason :

-Pardon ?

-On n'est pas nombreux pour les fêtes et on a bien remarqué que vous partiez vous isoler on ne sait trop où dans le château. Quand tout le monde sera de retour, ça risque de faire parler si ça continue de façon aussi flagrante.

-Mais on ne fait rien à part discuter, étudier et passer du temps ensemble ! se défendit elle.

-Oh… pauvre Severus !

Ann ne retint pas un ricanement en disant cela.

-Comment ça, pauvre Severus ? Pourquoi tu rigoles ?

-Tu veux vraiment que je te fasse un dessin ? ironisa-t-elle.

-On sort ensemble depuis peu de temps, lui rappela Hermione.

-Ouais enfin tu es majeur et Severus va l'être dans quelques semaines.

-Mais nous sommes élèves à Poudlard. Et nous vivons dans Poudlard !

-Tu crois que ça arrête les gens ? s'étonna-t-elle sincèrement face à la remarque de la Gryffondor.

-Tu veux dire que…

-Bin à ton avis ? dit Ann avant de se pencher en avant pour continuer sur le ton de la confidence. Y'a des tas de façons de s'amuser et des tas de lieux tranquilles pour se faire ! Même si le plus simple c'est d'être dans la même maison et de partager le même dortoir.

Hermione se sentit perdue, mitigée entre le choc et l'intérêt. Ann le remarqua et eut le mérite de se moquer en silence :

-Désolée de t'avoir troublée à ce point, mais faut ouvrir les yeux face au monde qui t'entoure, tu es adulte ma vieille.

Ann avait probablement raison, mais l'adulte en Hermione avait l'impression qu'elle avait eu bien d'autres préoccupations dans sa jeunesse que ce genre de futilités. Était-ce vraiment le cas où avait-elle simplement préféré tout ignorer de ça jusqu'alors ? Elle n'aurait pas su le dire, mais elle fut ravie de voir Severus et Jack arriver, la sauvant en lui permettant de fuir cette conversation.

-Alors les gars, vous êtes prêts à monter votre groupe avec le professeur Flitwick ?

-Ce serait curieux… et amusant, accorda Jack avec la simplicité qui lui était propre.

-Peeves a fait du chahut dans la salle de musique, il nous a demandé de l'aide pour tout remettre en ordre et surtout à réaccorder les instruments, répondit Severus en faisait fi de la blague de sa consœur.

Il s'installa à côté d'Hermione et regarda la table :

-Oh, tu as perdu ?

-Es-tu obligé de le faire remarquer ? s'amusa-t-elle.

-Il n'est pas bon de contrarier une femme Severus, fit remarquer Ann.

-Et encore moins d'en contrarier deux, ajouta Jack avant que le Serpentard ne réplique quoi que ce fut.

Il n'y avait pas à dire, elle qui avait pensé passer des vacances monotones, s'était bien trompée. Elle riait de bon cœur et s'amusait avec des gens aussi différents que sympathiques et qui, d'une certaine manière, devenaient eux aussi des amis. Elle n'espérait qu'une chose, que cela dure le plus longtemps possible, car au fond, elle avait la sensation que tout ceci ne serait pas éternel.

Le nouvel an approchait et pour fêter ce dernier, comme pour Noël, les professeurs avaient autorisé une veillée plus longue le soir même, pour un réveillon digne de ce nom. Hermione était contente à l'idée de pouvoir être avec tout le monde dans la grande salle, pour le décompte, prête à accueillir la nouvelle année.

-Vous avez déjà réfléchi à des bonnes résolutions pour l'année ? demanda Ann dans l'après-midi.

-Je vais faire en sorte de moins réviser et prendre plus de temps pour moi, répondit Hermione. Hey, ne riez pas, je suis sérieuse !

-Moi je vais devenir agréable, même avec Black et Potter, dit Severus avant de regarder sa petite amie. Bin quoi, les bonnes résolutions sont bien faites pour ne pas être tenues non ?

-Moi je compte être plus sérieuse, s'amusa Ann. Et toi Jack, c'est quoi ta résolution ?

-Oh… profiter de l'année, ce sera bien déjà.

-On dirait que tu te prépares à mourir, fit remarquer Ann en secouant la tête.

Jack haussa les épaules :

-C'est presque ça, enfin dans le sens où j'ai déjà fait le deuil d'une vie normale.

Hermione fronça les sourcils, choquée par cette réponse qui semblait si rude. Severus lui assena un coup de poing dans l'épaule, l'air agacé :

-Oh ça va le mélodrame ! Tu auras une vie normale, tu n'es pas ta mère !

Ann eut un sourire triste tandis qu'Hermione restait dans le flou. Jack le remarqua sans peine et expliqua alors, sans langue de bois :

-Ma mère est malade, elle a une schizophrénie paranoïde.

-Oh, je vois… j'en ai déjà entendu parler, je suis désolée !

-Tu n'as pas à l'être, on n'a pas toujours la chance d'avoir des parents qui tiennent la route. Enfin, je ne lui en veux pas en même temps, dit-il en haussant les épaules de dépits. Elle n'a pas fait exprès d'être comme ça.

-Certes, dit Ann, mais ça reste difficile à gérer visiblement.

-Quand elle arrête de prendre ses traitements, c'est sûr que ça l'est. Quand elle est en crise, il vaut mieux ne pas être dans les parages… mais elle ne s'en rend juste pas compte. Quand elle prend ses cachets, elle va mieux et comme elle va mieux, elle pense ne pas être malade et donc elle arrête son traitement. J'espère juste que je ne serai pas comme ça…

-Mais tu ne le seras pas forcément, fit remarquer Hermione qui avait l'impression d'avoir déjà lu des livres à ce sujet. Ce n'est pas héréditaire il me semble !

-Il y a une petite part d'hérédité quand-même, si on regarde les statistiques du moins.

-Mais c'est surtout son « troisième œil » qui est pessimiste, ironisa Ann.

-Moque-toi autant que tu veux, mais même Hermione a vu le spectre des deux visages dans ma tasse.

La susnommée haussa un sourcil puis se souvint du premier cours de divination. Elle regarda alors Jack et s'empressa d'avouer :

-Tu sais, il ne faut pas écouter ce que je dis, je ne suis absolument pas douée dans cette matière !

-Détrompe-toi, répondit Jack avec un sourire amical. Tu es plus douée que tu ne le pense, je te l'ai déjà dit, même si tu as abandonné ce cours.

-Je n'ai pas abandonné, fit-elle remarquer. Même si j'y ai déjà pensé, je dois bien le dire.

-Je confonds sûrement.

Jack eut l'air amusé en disant cela, mais il n'insista pas plus. Il était vrai qu'il pouvait être bizarre parfois, elle espéra néanmoins pour lui qu'il se trompait concernait le sort que l'avenir semblait vouloir lui réserver. En tout cas, elle s'étonna de constater la facilité avec laquelle il abordait le sujet. Il se sentait suffisamment en confiance, c'était un constat agréable.

La discussion reprit ensuite sur des sujets plus légers, et ce, jusqu'en fin d'après-midi. Là, le groupe se sépara pour vaquer à leurs occupations et Hermione eût tout le loisir de rester tranquille avec Severus. Elle aimait tellement ces moment-là, quand bien même ils ne faisaient rien de spécial à part discuter ou parfois seulement lire chacun de leur côté, mais cote à cote. C'était apaisant. Cette fois en revanche, il la regarda et demanda :

-Tu veux bien venir avec moi, je dois récupérer quelque chose dans mon dortoir.

-Qu'est-ce qu'il te faut ?

-Quelque chose que je ne voulais pas trimballer avec moi alors qu'il y avait Ann et Jack avec nous.

Il ne voulait pas en dire plus, comme s'il avait peur que quelqu'un entende, se levant sans attendre. Il la regarda alors et lui tendit la main, sortant son plus ironique :

-Fais moi confiance, ça va bien se passer, comme d'habitude.

Avant qu'elle ne réponde, comme à son habitude avec une moue faussement effarée :

-Hum, comme toujours oui, à se demander pourquoi j'ai des doutes.

Hermione sourit, lui prit la main et le suivit sans craintes dans les couloirs et les escaliers menant aux cachots. Ce n'était pas un secret que le dortoir des Serpentards se trouvait plus bas encore que la salle de cours de potion, mais la Gryffondor ne s'était pas attendue à descendre autant.

-On est plus bas que terre là, non ?

-Tu ne crois pas si bien dire, s'amusa Severus. Tu es claustrophobe ?

-Non, heureusement d'ailleurs, sinon je serais déjà remontée en courant.

Finalement, Severus s'arrêta face à un mur de pierre vierge. Pas de portrait, pas de torche et encore moins de porte n'étaient visibles, la magie de la maison Serpentard somme toute.

-Viperidae, prononça-t-il alors.

Un serpent de pierre apparut alors contre le mur, faisant sursauter Hermione. Cet animal gris rampa en une sorte de demi-cercle, formant une volute recouvrant dès lors une grosse porte de bois qui s'ouvrit une fois le reptile ayant rejoint le sol de l'autre côté. C'était bien plus impressionnant que le simple portrait de la grosse dame, mais c'était aussi et surtout beaucoup plus inquiétant et l'ambiance des cachots n'aidait pas.

-Tu viens ?

-Heu… je ne peux pas entrer, dit-elle. Ça ne se fait pas !

-Il n'y a personne tu sais, Ann est en vadrouille dans le château.

C'était vrai, techniquement elle ne risquait rien à y entrer, le règlement n'interdisait pas formellement aux élèves de passer dans les salles communes des autres maisons, mais cela se faisait naturellement par les étudiants. Enfin, pas par tous à en croire Ann et ce qu'elle lui avait dit quelques jours avant. Ce constat la fit rougir…

-Ça va ?

Severus semblait perplexe. Hermione, elle, réfléchissait à pleine vitesse, se demandant si son petit ami voulait appliquer ce que sa consœur vert et argent lui avait expliqué. Le cœur battant plus fort, elle ne sut plus si elle se sentait gênée, stressée ou si elle espérait simplement que ce soit le cas. Non, ce n'était pas son genre, elle était simplement prise de court.

-Oui, ça va, dit-elle hâtivement. Mais tu es sûr que je peux entrer ?

-Bien sûr que tu peux, c'est d'ailleurs probablement le seul moment où tu pourras le faire.

-Quand les Serpents ne sont pas là, les lions dansent c'est ça ? ironisa-t-elle.

-Tu as tout compris, mais je n'en doutais pas.

Elle sourit et accepta finalement de le suivre. Il avait oublié quelque chose, ce n'était pas un traquenard après tout, elle pouvait y aller sereinement. Eh puis, cela serait moins effrayant que de l'attendre dans ce hall glacial et gris des tréfonds du château.

-Fais attention, les marches sont un peu glissantes.

Il lui tendit à nouveau la main et elle la prit, bien qu'elle ne se sentît pas inquiète quant à sa capacité à descendre des escaliers, aussi longs soient-ils. Quand ils arrivèrent enfin en bas, l'impression d'être six pieds sous terre fut exacerbée par la vision impressionnante que fournissait une immense baie vitrée dans le salon commun. Hermione ouvrit des grands yeux en voyant un banc de strangulots passer à toute vitesse devant eux.

-On est sous le lac noir ! s'extasia-t-elle.

-Oui, répondit-il en souriant. Ça vaut bien le coup de vivre reclus sous terre hein ?

-Oui, quand on n'est pas thalassophobe, s'amusa Hermione.

-Tu l'es ?

-Non, j'adore l'eau, admit-elle.

S'approchant de la fenêtre inondée, Hermione sourit avec la sensation bizarre d'avoir déjà visité ces profondeurs. Puis, elle se retourna et profita de la tranquillité du lieu pour l'observer pleinement.

La salle commune était aussi grande que celle des Gryffondor mais se séparait en plusieurs alcôves, toutes chaleureuses et finement décorées, colorées à l'image de leur maison. C'était loin de l'image noire qu'elle avait imaginée à force d'entendre parler des Serpentards… mais c'était finalement exactement comme Severus lui-même.

-C'est vraiment très beau…

-Oui, je m'y sens bien en tout cas.

Il souriait en regardant aussi autour de lui. Cela ne faisait aucun doute qu'il s'y sentait chez lui, probablement plus que chez ses parents.

-Mon dortoir est par là, tu peux t'asseoir si tu veux.

-Je peux venir avec toi ? Je ne me sens pas de rester ici toute seule, avoua-t-elle en voyant l'air surpris du sorcier.

S'abstenant de tout commentaire, il se contenta de lui faire signe de le suivre. Contrairement aux dortoirs des Gryffondors, il n'y avait pas de gros escaliers, juste quelques marches à franchir pour atteindre deux successions de portes en bois, disposées en cercle dans le sens horaire pour l'un, à l'inverse pour l'autre. Le premier était à gauche, le second à droite, l'un était sobre, l'autre présentait des décorations diverses aux murs, donnant une touche plus féminines. Elle ne fut donc pas étonnée de tourner à gauche, du côté de la sobriété toute masculine.

Après avoir passé bon nombre de portes, Severus ouvrit l'une de celles se trouvant le plus au fond du couloir en escargot. Hermione y découvrit une salle ronde, similaire à sa chambre, les couleurs de la literie changeante, et peut-être un peu moins bien rangée. Les lits étaient faits, mais seul celui de Severus n'avait rien sur le matelas. C'était facile de savoir qu'il s'agissait du sien, déjà car il y avait une valise pleine au pied de ce dernier et, surtout, une pile de livres trônait sur la table de nuit.

Hermione s'en approcha directement et observa les titres. La majorité parlaient de potion, de plantes et autres philtres. Plus surprenant en revanche, elle y trouva deux livres d'Agatha Christie :

-Tu aimes les romans policiers ?

-Oui, dit-il en se plaçant derrière elle. Ça donne des idées ! Eh ouais, comme ça, je suis certain de ne jamais me faire attraper si je décidais de tuer quelqu'un.

Severus ricana alors qu'elle secoua la tête. Elle se tourna et le trouva très proche d'elle, ce qui la força à relever la tête pour voir son sourire narquois :

-Je dois m'inquiéter ?

-Hum… peut-être ! dit-il en posant une main sur la joue de la jeune femme.

Hermione sentit de nouveau son cœur battre étrangement vite. Elle ne bougea pas et ne trouva rien à répondre avant qu'il ne se penchasse sur elle pour l'embrasser tendrement.

-Je ne te ferai jamais de mal, murmura-t-il finalement.

-Je sais…

Elle posa la tête contre le torse de Severus et le serra contre elle, si bien en étant contre lui. Il passa ses bras dans son dos et resta ainsi un moment, sans rien tenter de plus que ce simple câlin. Il était clair qu'il ne l'avait pas fait venir pour s'amuser, ce qui était aussi rassurant que frustrant au final. Quand il se recula, trop vite, il lui fit un dernier bisou sur le dessus de la tête, la faisant se sentir affreusement petite.

-J'allais oublié…

Il ouvrit sa table de nuit et en sortit une petite bourse :

-C'était ça que j'avais à récupérer, je l'ai reçu hier soir !

-Qu'est-ce que c'est ?

-Ta part de notre paie pour les potions ! expliqua-t-il en lui mettant dans la main.

-Quoi ? Mais non, je ne peux pas accepter ! C'est à toi !

-Ne proteste pas, tu as travaillé tout aussi dur que moi je te signale.

-Je n'ai rien fait de spécial, j'ai juste suivi tes instructions.

Severus la regarda droit dans les yeux :

-Moi aussi, et j'ai reçu de l'argent pour ça, donc tu as le droit à la moitié. Et je ne te demande pas ton avis ! Non, ne proteste pas j'ai dit, ou je m'énerve !

-Tu ne t'énerverais pas contre moi !

-Tu veux parier Hermione ?

Hermione soupira :

-Tu es têtu, c'est infernal !

-C'est toi qui dis ça ? demanda-t-il avec un sourcil circonspect.

-Bon, d'accord, nous sommes tous les deux infernaux…

-Je veux bien qu'on s'accorde là-dessus. En tout cas tu gardes ta part, tu n'as pas le choix.

La Gryffondor s'avoua vaincue, rien ne servait de se battre contre lui. Elle regarda la bourse qu'elle trouvait bien lourde et l'ouvrit alors :

-Nan mais attend, tu ne m'as pas donné que la moitié là !

-Si, pourquoi ?

-Mais combien tu étais payé pour ces potions ?

-Tu ne sais pas multiplier par deux ?

Hermione lui lança un regard noir.

-Il doit y avoir pas moins de cinquante galions là-dedans !

-Cinquante-huit pour être précis, dit-il en souriant. C'était une petite commande.

-Je vais clairement devoir réfléchir plus efficacement à mon choix de carrière !

Severus eut un sourire amusé :

-Tu ne risques pas de faire fortune en étant potioniste tu sais ? Ou alors il faut travailler sans relâche et ne plus avoir de vie sociale.

-Parce que nous avons des vies sociales tous les deux ? plaisanta-t-elle.

-Nous sommes ensemble c'est déjà bien non ?

Que répondre à ça ? C'était tellement adorable et touchant. Hermione se contenta de se mettre sur la pointe des pieds pour l'embrasser :

-Tu es ce que je pouvais espérer de mieux dans ma vie Severus.

-Et toi tu es plus encore, tu es mon phare en pleine obscurité… celle qui m'apporte la lumière et m'empêche de sombrer dans les ténèbres !

Sa franchise n'eut d'égale que la joie qu'il exprimait. Rarement, si ce n'était jamais, n'avait-elle pu voir une telle expression sur son visage et Hermione espéra pouvoir en être la cause jusqu'à la fin de sa vie. Elle allait lui en faire part quand, alors qu'elle avait finit par penser que tout ceci était derrière elle dorénavant, un flash douloureux lui apparut.

Un regard noir, plus triste que jamais, une impression de déjà-vu, une mélancolie incommensurable qui lui donna envie de pleurer. Ces yeux… c'étaient ceux de Severus… mais leur expression était celle d'un homme qui avait depuis longtemps toucher les fonds abyssaux les plus vertigineux.

« La vie est injuste ! »

Quand elle rouvrit les yeux, elle croisa de nouveau le regard noir de Severus, mais celui qu'elle aimait tant observer, à la différence qu'ils étaient plein d'inquiétude. Elle avait dû chuter de nouveau, mais pas longtemps, car le plafond derrière lui était le haut d'un lit à baldaquin aux rideaux verts. Elle était donc toujours dans son dortoir… allongée dans son lit !

-Hermione, tu m'entends ? Ça va ? Je suis là !

Il était clairement paniqué et elle pouvait le comprendre, mais elle se sentait déjà mieux, si elle faisait abstraction de la sensation bizarre qu'elle avait au fond de son être.

-Hermione ?

-Je vais bien… je me suis évanouie longtemps ?

-Quelques secondes… viens, je vais t'accompagner à l'infirmerie !

-Non !

-Mais tu…

-Prends-moi juste dans tes bras, s'il te plaît…

Severus haussa un sourcil, il devait la prendre pour une folle. Elle se contenta pourtant de lui redemander :

-S'il te plaît Severus…

Sans chercher plus longtemps à comprendre, il obéit. Elle était allongée de travers dans son lit, les jambes pendantes dans le vide, mais elle n'aurait pas pu se sentir mieux qu'avec son petit ami contre elle, la serrant comme il le pouvait en se trouvant à ses côtés. Malgré tout, son bien-être était toujours entaché par cette lourdeur de l'âme qui la rendait folle. C'était décidé, elle trouverait un moment pour le faire un peu plus tard, mais elle devait impérativement parler à Jack.

Severus et elle étaient restés un bon moment à ne rien faire, juste à rester ensemble le temps qu'elle se sente prête à se relever et à affronter les autres pour la soirée du nouvel an. Elle réussit à sourire et presque à passer un bon moment alors que 1977 débutait sous les confettis et autres magies explosives dignes de feux d'artifices et autres feux de joies.

Malgré ces réjouissances, Hermione n'était pas dupe et savait que Severus avait remarqué qu'elle n'était pas bien. Il eût néanmoins l'obligeance de ne pas reparler de l'infirmerie, de toute façon cela ne lui aurait été d'aucune aide. En revanche, elle restait persuadée que Jack lui serait utile. Alors que Severus la laissa devant le portrait de la grosse dame, il lui souhaita une bonne nuit après un doux baiser et redescendit aux cachots.

De nouveau seule, elle se dirigea jusqu'à son lit et soupira en s'y allongeant. Elle allait devoir dormir pour être en forme, un minimum au moins, pour ne pas inquiéter ni Severus, ni les autres qui rentreraient à Poudlard dans la soirée. Mais Hermione n'oubliait pas, surtout, qu'elle devrait trouver un moment pour parler tranquillement avec Jack.

Le même regard noir la transperça dans son sommeil. Une voix au ton aussi hargneux que mauvais lui rappela sans cesse qu'elle était insupportable. Une ombre glaciale la hanta et ce jusqu'à ce qu'elle se réveillât en pleurs.

Il faisait toujours nuit, mais Hermione ne voulait pas rester couchée. Elle avait besoin de prendre l'air et même si elle savait qu'elle n'en avait pas le droit, elle compta sur la fatigue des professeurs pour pouvoir se dégourdir les jambes sans risque. Elle s'habilla donc chaudement et sortit dans les couloirs du château, vide et silencieux.

Ses pas la menèrent jusqu'à la tour d'astronomie, probablement le lieu le plus panoramique de tout le château. Elle arriva tout en haut, mais se figea en constatant qu'elle n'était pas seule…

-Jack ? s'étonna-t-elle, mais qu'est-ce que tu fais là ?

Le jeune Serdaigle ne sembla pas surpris de la voir et ne bougea pas de la rambarde, d'où il observait le parc sous la neige et le givre. Il se contenta de sourire :

-Je sentais que j'avais besoin de prendre l'air, expliqua-t-il. Et quel meilleur endroit qu'ici pour se faire ?

Hermione s'approcha de lui, ne sachant que penser de cette réponse. Elle regarda à son tour le paysage presque féerique, préférant ne rien en dire.

-Cette nouvelle année ne commence pas sous les meilleurs hospices n'est-ce pas ? demanda-t-il doucement.

-On peut dire ça, oui…

-Tes souvenirs reviennent, n'est-ce pas ?

-Je ne suis pas sûre que ce soit des souvenirs…

Hésitante, elle finit par dire, persuadée qu'il ne la jugerait pas :

-C'est plutôt… comme si je voyais l'avenir…

-L'un n'est pas incompatible avec l'autre, répondit-il en tournant la tête vers elle.

Il comprit qu'elle était perplexe et continua :

-Tu vois Severus, n'est-ce pas ?

-Je ne suis pas certaine que ce soit lui.

-Parce qu'il ne l'est pas encore, mais il finira par le devenir.

-Pourquoi tu dis ça, Jack ?

-Parce que je l'ai vu aussi. Pas aussi clairement que toi, c'est certain, mais je l'ai vu quand-même. La magie noire finira par l'appeler avec force et il y sombrera.

-C'est faux ! s'exclama-t-elle en se tournant vivement face à lui.

Jack eut un sourire triste, mais ne sembla pas effrayé pour autant :

-Tu l'as vu de toi-même, Hermione.

-Alors pourquoi est-ce que tu joues à être son ami si tu penses ça de lui !

-Parce que je sais qu'il est humain et que l'erreur est humaine. Il va faire la plus grosse bêtise qui soit en se laissant embrigader par les mauvaises personnes, mais il retournera à la lumière ensuite.

-Severus n'est pas un mage noir ! Dit-elle en sentant les larmes poindre. Elle sentait son cœur se serrer alors qu'elle sentait au fond d'elle que Jack avait raison.

-Il ne l'est pas encore, et il ne le sera plus par la suite, même si sa réputation en sera à jamais entachée.

Elle voulut le contredire sans y parvenir.

-Tu l'as vu de toi-même, répéta-t-il plus doucement. Tu l'as vraiment vu Hermione.

La façon dont il eût dit ceci la rendit nauséeuse. Elle l'avait vu…

-Je… je ne suis pas née ici, pas vrai ? Je ne suis pas dans la bonne époque hein ?

Jack regarda de nouveau le parc, l'air embêté :

-Je ne sais pas Hermione. Tout ce que je peux te dire, c'est que tout est flou quand je regarde ton avenir proche. Comme si ton avenir était censé être… bien plus lointain.

Cette fois, elle se mit à pleurer. Elle savait qu'elle pouvait le croire. Elle le sentait, Jack était le plus apte à l'aider.

-Mais où est ma place alors ?

-Ta place est ici, dit-il en la regardant à nouveau avec sérieux. Pour l'instant en tout cas, ta place est clairement ici. Je ne sais pas comment tu as atterri là, Hermione, je ne sais pas comment c'est possible que tu sois là, mais si Poudlard t'a laissée entrer, alors c'est que tu es au bon endroit.

Jack posa sa main sur l'épaule de la Gryffondor et soupira :

-Parfois, l'école laisse entrer des choses dangereuses en son sein, mais il y a toujours une raison pour ça.

-Je suis dangereuse à tes yeux alors ? continua-t-elle de pleurer.

-Tu pourrais le devenir, avoua-t-il. Si tous tes souvenirs revenaient, tu aurais en toi le savoir suprême de l'avenir et tu pourrais dès lors le modifier à ta convenance. C'est là que ça deviendrait dangereux…

-Mais si je suis ici, j'ai déjà commencé à modifier l'avenir, fit-elle remarquer.

-C'est possible, mais je n'en suis pas certain. Ce que je vois dans les cartes n'a pas changé, et même si je ne suis pas un oracle, je pense pouvoir dire que je suis assez bon en divination standard. Tant que tu ne dévoiles pas l'avenir immuable aux gens qui t'entourent, cela devrait bien se passer.

Hermione cessa de pleurer alors que Jack la prit dans ses bras. Il la serra contre lui avec force :

-Tu ne le feras jamais, n'est-ce pas ?

Elle savait qu'il avait raison et encore plus qu'il lui demandait, là, de promettre de ne jamais rien dire. Elle pensa néanmoins à Severus et aurait voulu courir le voir pour lui dire de laisser tomber la magie noire… pourtant, elle inspira et soupira :

-Je… non ! Non, je ne le ferai pas.

Jack la relâcha alors et lui sourit à nouveau, un sourire franc et joyeux :

-Je ne sais pas tout Hermione, mais je suis persuadé que tout va bien se passer. Nous avons l'avenir devant nous, qu'importe à quoi il ressemblera, qu'importe les épreuves que nous devrons endurer, je suis certain que tout se passera bien.

Elle n'en était pas certaine de son côté. Hermione sentait que beaucoup d'épreuves l'attendaient encore, plus difficiles les unes que les autres. Pourtant, elle trouva la force de répondre au sourire de son ami.

Quoi qu'elle ait à affronter, elle le fera la tête haute.