— Emori, écoute-moi...
— Oh, mais je ne fais que ça, t'écouter, encore et encore, depuis que nous sommes revenus de Polis... Vas-y, va rejoindre Wanheda, fait ton boulot de Fleimkepa.
John se redressa.
— Mais ?
— Mais ne compte pas revenir comme une fleur quand j'aurais mis au monde ton enfant.
La jeune femme se détourna alors en emportant un panier de linge et John demeura immobile dans la lingerie. Les mains sur les hanches, il soupira profondément. Depuis qu'ils étaient revenus de Polis, bientôt huit mois en arrière, tous aussi éborgnés les uns que les autres, ils avaient pu lécher leurs plaies ensemble, se morfondre sur un futur plus qu'incertain pour les Skaikrus et surtout, médire sur l'abandon de Clarke qui avait préféré leur fausser compagnie encore une fois et s'exiler dans un coin paumé de ce continent. Annoncer donc qu'il était demandé à ses côtés avait du mal à passer...
Baissant le nez, John quitta la pièce et traversa la station pour en sortir. Il rejoignit l'Infirmerie où il trouva Abigail, occupée à soigner une bosse sur le front d'un des rares enfants ayant survécu au retour sur Terre.
— Je peux vous déranger, doc ?
— Je finis avec Mathias, tu peux attendre quelques minutes ?
— Bien sûr, ça ne presse pas, je vais attendre dehors.
Le jeune homme tourna les talons et ressortit, quand la bâche fermant l'infirmerie retomba, il entendit le petit garçon demander à Abigail si John était vraiment Fleimkepa. Il n'entendit pas la réponse, mais il la connaissait déjà ; aucun Skaikru ne croyait en ces inepties que propageaient les Terriens sur un esprit qui vivait dans une « flamme » pour guider le commandant suprême de leur peuple... Tous avaient bien vu ALIE, cependant, et vécu dans la Cité des Lumières pendant quelques temps, et beaucoup en voulaient à Clarke de l'avoir détruite, et encore plus à lui, John, pour l'avoir aidée et avoir ensuite eut l'audace de revenir vivre à Arkadia avec sa compagne Trige...
La bâche s'ouvrit soudain et le petit garçon en jaillit en courant, suivit par sa maman adoptive. Abigail suivit et croisa les bras, le sourire aux lèvres, en l'observant sauter les deux pieds dans une flaque. Elle se tourna ensuite vers John.
— Tu veux me parler de Clarke et sa demande, je suppose ? demanda-t-elle.
— Oui. Écoutez, je sais que vous allez sans doute me répondre la même chose que la moitié des nôtres, que ce sont des inepties tout ça, etc, mais peu importe ce qu'on en pense, Roan d'Azgeda a jugé que Clarke était la personne la mieux placée pour redresser son peuple et je lui fais confiance.
— Pourquoi ? Elle a assassiné trois cents personnes dans la montagne sans une once de remords pour sauver Octavia et Jasper.
— Oh non, doc, elle le regrette, croyez-moi ! Cependant, elle n'a pas eu le choix ; si Dante était sorti, il vous aurait tous tués ! D'ailleurs, au passage, en faisant ça, elle voulait vous sauver vous aussi, sa mère, et Kane, et Raven et nous autres...
Abigail serra les mâchoires et souffla par le nez.
— Si tu acceptes de partir avec ces messagers, tu abandonneras Emori et votre enfant pour plusieurs semaines, sinon mois, est-ce que tu te rends compte que tu ne verras pas ce bébé naître ?
— Oui. Oui, je le sais, mais Emori comprend. Écoutez, si elle était restée à Polis, elle serait morte ou réduite en esclavage parce que c'est tout ce que méritent les Wastelanders. Grâce à moi, doc, elle a enfin la vie dont elle rêve ! Je l'ai épousée, j'en ai fait une Skaikru et elle est désormais enceinte d'un enfant qu'elle n'aurait jamais été autorisée à avoir en temps normal.
— Et tu crois que cela suffit ? Que tu peux lui faire un bébé et ensuite partir, comme ça ?
John baissa le nez, lèvres serrées.
— C'était une mauvaise idée de venir vous parler, dit-il en se détournant. Vous ne savez pas ce que j'ai vécu dans le Sanctuaire de Becca Pramheda ; vous n'étiez pas là, sur cette chaise, à vous faire fouetter jusqu'au sang par un fanatique ! Et c'est sans parler des horreurs qu'Ontari m'a fait subir par la suite !
Abigail détourna la tête. Elle savait parfaitement ce que le jeune homme avait enduré. Du reste, depuis sa naissance sur l'Arche il n'avait jamais eu beaucoup de chance...
— Doc, devenir Fleimkepa est la revanche que j'attends sur la vie depuis que je suis né, dit-il alors. Les Triges vont me respecter, je serais celui qui « sait », celui à qui on peut parler et qui écoute, celui qui a l'oreille du commandant suprême...
— Admettons. Et cela t'apportera quoi, hein ? Tu seras toujours le même John Murphy.
— Non, je serais Fleimkepa, tout comme Clarke est Wanheda désormais. La personne qui est sous le titre n'existe plus pour les Triges. Dès qu'elle aura nommé un nouveau Fleimkepa, je redeviendrai John Murphy, oui, et je reprendrai ma vie, avec ou sans Emori et le bébé, mais dès l'instant où je serais investi des pouvoirs du Gardien de la Flamme, je cesserai d'exister en tant que moi-même et j'aurais une chance de recommencer une toute nouvelle vie en essayant de faire mieux qu'avant. Ce qui ne devrait pas être compliqué, entre nous...
Abigail grimaça.
— Et Emori ?
— Je vous ai dit qu'elle s'en fiche, doc... Elle est libre désormais, c'est une Skaikru et elle va devenir mère ; certes je serais toujours son mari et le père de son bébé, mais même si je pars pendant six mois, même un an, cela ne changera rien entre nous parce qu'elle, elle sait l'importance qu'a Fleimkepa pour les Triges.
Abigail balaya les environs du regard puis hocha la tête.
— Il semblerait que tu aies pris ta décision, donc.
— Possible. Je dois encore en parler avec Kane, mais je pense que oui. Je végète ici, je suis mal vu, on me crache dessus et je me suis même fait cogner... Motif ? Avoir osé revenir vivre ici après avoir détruit le Cité des Lumières.
John soupira puis tourna les talons et Abigail l'observa s'éloigner en se mordant la lèvre. Elle ne comprenait pas toute cette ferveur autour de simples noms, des « titres » comme il disait, et pour elle, que sa fille se fasse surnommer Wanheda ou Rijant, elle s'en fichait pas mal, pour elle, elle était Clarke et personne d'autre, même si elle admettait difficilement que sa fille avait changé, forcée à prendre des décisions que les adultes n'avaient pas prises...
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Murphy passa les trois jours suivants à réfléchir à son départ. Emori et lui en discutèrent de nouveau et, comme il l'avait dit à Abigail, la jeune femme l'encouragea à partir, qu'elle n'était pas importante comparé à ce qu'il allait faire. Il en discuta aussi avec les Cents, ceux qui avaient survécu à Mount Weather et à ALIE, et si beaucoup lui demandèrent de penser d'abord à sa femme, que les Triges ne leur avaient à tous apporté que des ennuis et la mort, il préféra juste leur répondre que s'ils avaient la chance de pouvoir avoir cette discussion, c'était grâce à lui et à Clarke et personne d'autre.
Retranché dans la guérite du portail, John était pensif. Il avait été de garde toute la nuit, il l'avait demandé, et cela lui avait permis de réfléchir tranquillement tout en ayant le regard rivé sur le feu de camp des deux messagers envoyés par Clarke. Un rayon de soleil lui fit tourner la tête et il serra les lèvres. Quittant la guérite, il sauta au sol et se rendit dans la station jusqu'à la Chancellerie qu'il trouva bien entendue fermée à cette heure aussi matinale. Il décida donc de rentrer chez lui prendre une douche, d'avaler un petit-déjeuner puis il retourna dans le bureau de Kane et le trouva sur place, en train d'allumer ses lampes, venant visiblement d'arriver.
— John ? Que puis-je faire pour toi en cette si bonne heure ?
— Je voudrais vous parler de la convocation de Clarke. J'en ai discuté avec le doc hier, mais elle ne comprend pas, ou elle ne veut pas comprendre, et elle ne m'est d'aucune utilité pour prendre une décision...
— Mais moi si ?
— On va voir ça. Je peux ?
Il désigna la chaise devant lui et Kane hocha la tête. Le jeune homme referma alors la porte dans son dos et s'assit.
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À plusieurs centaines de kilomètres de là, dans les ruelles de la capitale des Triges, les rumeurs allaient bon train depuis que quelqu'un avait fait fuiter le fait que Rijant avait envoyé deux messagers à Arkadia pour revenir avec un nouveau Fleimkepa.
— Je suis sûre que c'est John Murphy.
— Le gars qui a servi de jouet à Ontari ?
Le sourire goguenard du Terrien fit grimacer la femme.
— T'es dégueulasse, Dob, répondit-elle. Tu crois vraiment qu'il a eu le choix ? Cette chienne...
— Cette chienne était ma sœur, Daya, un peu de respect.
La femme tourna la tête vers le visiteur qui venait d'entrer dans la taverne et blêmit quand il repoussa sa capuche faite d'une tête de loup blanc.
— Majesté ! s'exclama-t-elle en baissant aussitôt la tête.
— Qu'est-ce que tu fiches ici, Majesté ? demanda Dob. Rijant va te dévisser la tête !
— Elle ignore que je suis revenu, répondit Roan.
— Ça va vite se savoir, crois-moi, les murs ont des oreilles ici... grommela Daya. Sérieusement, qu'est-ce que tu fiches ici, on te croyait rentré chez nous !
— Je l'étais, puis j'ai entendu un marchand dire que Rijant avait demandé après un Skaikru pour devenir Fleimkepa, alors je suis aussitôt parti.
— Pourquoi ? Tu comptes empêcher Rijant de nommer John Murphy ? Pourtant, il...
— Il rien du tout ! Il n'est pas Fleimkepa et il ne sera jamais ! rugit Roan en retour en donnant du poing sur la table.
Les Azgedas présent dans la salle se turent aussitôt et certains amorcèrent le mouvement pour partir ; tous craignaient leur roi, surtout depuis qu'il avait été manipulé, selon ses dires, par Lexa pour tuer Nia, sa propre mère... Le pire étant depuis que Clarke l'avait renvoyé chez lui, lui donnant l'impression d'être incompétent. Daya sembla suivre sa pensée.
— C'est pourtant toi qui as demandé après Wanheda pour venir nous aider à remonter la pente, dit-elle. Alors pourquoi tu t'énerves quand elle veut nommer son propre gouvernement ? Surtout que Gaia t'en a fait voir de toutes les couleurs...
Roan grogna. Une bière se posa devant lui sans qu'il n'ait rien commandé ; quand il leva les yeux, il inspira et bondit aussitôt de sa chaise. Surpris, les autres autour de lui eurent des mouvements de recul en voyant la personne enroulée dans une cape noire.
— Skairipa... ? souffla quelqu'un.
La personne leva alors les mains et repoussa le capuchon, des cheveux blonds dégringolèrent sur ses épaules et Clarke observa les Azgedas soudain muets.
— Wan... Wanheda ! bafouilla Daya.
Blême, elle bondit de sa chaise et tomba sur les genoux. Clarke lui darda un regard puis l'ignora et reporta son attention sur Roan.
— Dehors, dit-elle.
L'Azgeda amorça le mouvement pour sortir, mais la blonde secoua la tête.
— Pas toi. Eux.
Aucun besoin de le répéter ; la taverne se vida en un quart de seconde, personne ne désirant avoir à faire aux foudres de Wanheda...
— Écoute, Clarke, je... commença alors Roan.
— Tu quoi ? Tu croyais vraiment que je ne saurais pas que tu es revenu ? J'ai des espions partout, y compris parmi les tiens ! Cela fait des jours que je sais que tu arrives... Le seul truc, c'est que j'ignore pourquoi. Du moins, je l'ignorais, car désormais je le sais et je ne te laisserai pas compromettre mes plans pour redresser les Triges !
— John Murphy n'est pas Fleimkepa, Clarke !
— Il l'est parce qu'il a pris soin de la Flamme à ma demande après la mort de Titus ! Et aussi parce que Becca lui a sauvé la vie ! On ne peut pas faire plus dévot que lui en ce moment !
Roan serra les mâchoires.
— Il va détruire nos croyances ! Il va dire à tout le monde que la Flamme n'est pas magique, que Praimfaya n'est pas un jugement divin, que...
— Non, il n'en fera rien, parce qu'il sait qui a détruit ce monde. Et ce n'est pas ALIE.
Roan haussa les sourcils.
— Qui... ?
— Rebecca.
L'homme devint blême.
— Becca Pramheda ? Mais...
— C'est elle a qui a conçu ALIE, dans le but d'aider les humains à mieux gérer leur planète, mais elle était trop bien conçue et c'est le contraire qui s'est produit, répondit Clarke. ALIE a estimé que problème de l'Humanité, c'était les Humains eux-mêmes, elle a donc pris la décision de le régler de manière radicale en l'éliminant, ne faisant que suivre bêtement le code de conduite que Rebecca lui avait inculqué.
Clarke baissa les yeux et s'assit sur la chaise laissée vacante par Daya ; Roan l'imita et poussa sa bière vers elle.
— Quand ALIE a lancé les missiles nucléaires du monde entier sur les différentes grandes villes de l'époque, Rebecca a compris qu'elle avait fait une grosse boulette et qu'elle allait y passer à son tour. Les différentes stations de l'Arche étaient déjà en orbite depuis quelques années, accueillant les rares privilégiés qui avaient pu se payer un billet... En découvrant que la Terre et l'humanité avaient été rasées, les stations se sont unies, elles se sont amarrées les unes aux autres pour ne plus former qu'une seule Arche qui contenait désormais ce qu'il restait de l'Humanité toute entière, soit un peu plus de quatre cents âmes. Lorsque le commandant de l'Arche a demandé à Rebecca d'amarrer sa station, Polaris, elle a refusé et le commandant l'a donc détruite, mais Rebecca avait eu le temps de s'injecter le Sang de Nuit et de s'implanter elle-même la Flamme avec une version améliorée de ALIE, ALIE2.
— L'Esprit des Commandants ?
Clarke hocha la tête.
— Rebecca s'est enfuie à bord de la capsule qui se trouve dans le temple, les lettres brûlées sur le côté forment le mot POLARIS, le nom de sa station, ce qui a donné cette ville, Polis. En constatant que des humains avaient survécu à l'apocalypse, Rebecca a réussi à les rassembler, mais ils étaient perdus, affamés, terrorisés, et quand elle a voulu partager avec eux le Sang de Nuit qui protège des radiations, ils ont refusé et l'ont traitée de sorcière. Ils l'ont brûlée sur un bûcher !
Roan déglutit.
— Heureusement, elle avait quelques amis qui ont accepté le sang noir, c'est grâce à eux qu'il y a des Natblidas aujourd'hui, quatre-vingt-dix-sept ans après la fin du monde... Et comme la Flamme a été conçue pour ne fonctionner qu'avec ce sang noir, seul les Natblidas peuvent la supporter. Si elle est liée à un sang rouge, il meure dans d'atroces souffrance, c'est comme ça que je me suis débarrassé d'Emerson...
L'Azgeda regarda Clarke en se mordant la joue.
— Est-ce que tu... ?
Il n'acheva pas sa phrase et Clarke ne répondit pas.
— La priorité, Roan, c'est de mettre Derek sur le trône et de faire en sorte qu'il devienne le commandant suprême des Triges, dit-elle à la place. Je fais de mon mieux pour arranger les choses, j'ai démis Gaia parce qu'elle a menacé Derek de s'en prendre à lui, alors j'ai demandé à John de me rejoindre et d'officier en tant que Fleimkepa parce que je lui fais confiance et qu'il a une dette de vie envers moi. Il viendra, je le sais, et il fera le boulot que Titus a renoncé à faire en se suicidant.
— S'il a fait, c'est uniquement par dévotion, pour protéger la Flamme et empêcher Ontari de s'en emparer et tu le sais. Ma sœur... enfin, ce simili de sœur, a été élevée par ma mère dans le seul but de devenir Heda, elle n'avait que ça en tête et sans toi, elle y serait arrivée.
— Et il y aurait eut un seconde Sheidheda, acheva Clarke.
Roan la regarda avec surprise.
— Comment tu sais que... ?
— J'ai porté la Flamme, n'oublie pas, même pendant quelques instants qui m'ont paru une éternité ; j'ai ainsi pu voir les esprits de tous les précédents commandants jusqu'à Rebecca. Je suis quasiment sûre qu'ils m'ont aidée à atteindre ALIE tout comme Lexa qui s'est sacrifiée pour cela...
Roan grimaça.
— De toute manière, tu n'as pas le choix, répondit Clarke. Tu as demandé après moi pour que je redresse ton peuple, je te faisais confiance, tu m'as déçue, tu n'as plus ton mot à dire dans l'histoire.
— Je sais, mais...
— Pas de « mais » ; si tu veux rester à Polis, tu te tais, sinon tu repars à Azgeda.
Le Terrien serra les mâchoires. Clarke quitta ensuite la taverne en remontant sa capuche sur sa tête et prit la direction de la tour du commandant avec deux gardes sur les talons qui attendaient discrètement dans les ombres.
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À Arkadia, John avait pris sa décision et préparait ses affaires pour le long voyage qui l'attendait en compagnie de Goran et Tylo. Assise sur leur lit, Emori l'observait.
— Je sais à quoi tu penses, dit-il soudain.
— Peut-être, mais Clarke passe avant moi, et tu le sais.
— Pas du tout, tu passeras toujours avant elle, quoi qu'il arrive... Je vais revenir et je vais m'occuper de notre bébé, tu as ma parole, même si c'est dans six mois !
Emori baissa le nez.
— Clarke est la Régente, elle est notre chef, elle est Wanheda, elle passera toujours avant, John, peu importe ce qu'on en pense... quand elle sera redevenue Clarke Griffin, là oui, d'accord, on pourra lui dire non, mais pas pour le moment. Donc tu vas rejoindre Goran et Tylo à l'orée du bois et tu pars pour Polis. Je suis bien entourée ici, j'ai le doc, j'ai Kane et tes amis, ils prendront soin de moi, après tout, je suis la première Skaikru à tomber enceinte...
John esquissa un sourire en coin puis ferma son sac et Emori se leva. Ils s'enlacèrent une longue seconde puis John l'embrassa vivement avant d'empoigner son sac. Dans le couloir, ils tombèrent sur Kane et Aby qui venaient justement le chercher.
— Les deux Terriens sont devant le portail, dit le Chancelier. Tu es prêt ?
— Oui, et non, mais on ne dit pas non à la Régente, donc allons-y.
Kane opina puis s'éloigna avec le jeune homme ; Abigail et Emori restèrent un peu en arrière.
— Tu lui en veut ?
— De partir pour aider Rijant ? Pas du tout. Écoutez, doc, je sais que vous n'avez pas la même vision que nous autres sur les relations entre époux, surtout quand il y a un enfant au milieu, mais pour moi, que John soit là ou pas, ça ne changera rien au fait que c'est moi qui vais endurer cette grossesse pendant neuf mois, pas lui.
— Le papa sert de soutient émotionnel...
— Parfois, oui, mais vous êtes médecin, vous savez aussi bien que moi qu'une femme enceinte devient la plus redoutable créatures quand il s'agit d'émotions... Je préfère que John se rende utile loin de moi plutôt qu'il traîne dans mes pattes en m'agaçant.
Comprenant qu'elle n'aurait pas le dernier mot, Abigail abdiqua et les deux femmes rejoignirent les hommes au bout du couloir où ils les attendaient. Ils sortirent ensuite de la station et se rendirent jusqu'au portail ouvert où se trouvaient la moitié du campement et les deux Terriens avec un cheval supplémentaire.
— Je vais devoir monter là-dessus ? demanda John.
— Ce sera beaucoup plus confortable que derrière l'un de nous, mais ne vous en faites pas, c'est une vieille jument très tranquille, répondit Goran.
— Combien de temps allez-vous mettre pour retourner à Polis ? demanda alors Kane.
— Si le temps ne se gâte pas, douze jours, répondit Tylo. Nous allons suivre tranquillement la route marchande en direction de l'est, inutile de nous presser, Wanheda sait que nous allons rentrer avec Fleimkepa.
John serra les lèvres. Il se tourna ensuite vers Emori qui l'enlaça. Quand elle recula, elle l'embrassa doucement.
— Je t'aime, John Murphy, souffla-t-elle. Tu es la plus belle chose qui me soit arrivée dans ma si misérable vie et je ne veux pas que tu sois constamment inquiet pour moi. Tout ira bien, je suis en sécurité ici et toi, tu as des obligations, alors va à Polis, dispense ton savoir même s'il est mince et fait en sorte que le nouveau Fleimkepa soit digne de tous les autres.
John sourit et embrassa la jeune femme vivement avant de se tourner vers les autres pour leur dire au revoir chacun leur tour. Une fois cela fait, Tylo l'aida à se mettre en selle, lui indiqua comment tenir les rennes, puis ils partirent en agitant le bras.
— Faites bon voyage, soyez prudents !
— Nous en enverrons un oiseau à Indra à notre arrivée, répondit Goran.
— Entendu. Merci.
— Merci à vous, vous avez sans doute sauvé les Triges.
Kane afficha une drôle de tête puis les trois cavaliers tournèrent bride et prirent la direction de l'orée du bois. Une fois qu'ils furent avalés par l'obscurité, Kane ordonna la fermeture du portail et que tout le monde retourne à ses occupations.
