Mot de l'auteur : Oliver et Marcus vous ont manqués ? Les voici de retour tout doucement. J'espère sincèrement que ce retour vous plaira. Les chapitres suivant viendront à gagner en intensité et en longueur. Si vous avez le temps pour un retour, n'hésitez pas, je prends toutes les remarques tant qu'elles restent polies.
PS : Rien à voir, mais j'ai rencontré Bonnie Wright aujourd'hui au TGS, et c'est un véritable amour je suis encore sous le charme de notre discussion !
Kiss Kiss.
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Always and Forever
Chapitre 1 : Alone with everybody
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« Les procès prennent de plus en plus d'ampleur au point que nous avons préféré retourner en Angleterre. Je soupçonne Terence d'y avoir prit plus de plaisir qu'il n'en laisse paraître. Sa sale tête de rapace est bien trop ravie dès que nous passons près des lieux de pendaisons.
Malgré ce que nous pensions, les humains ne sont pas prêts à côtoyer la magie. Sinon, pourquoi se traquer, dénoncer ses proches sous prétextes de soupçons pour la plupart infondés ? L'affaire rend Blaise mélancolique, et peut-être qu'Adrian l'aurait été s'il avait assisté à toutes ces exécutions. L'héritage laissé par notre mère a laissé trop de traces pour qu'ils ne souffrent pas de voir leurs semblables torturés de la sorte. Petit à petit, même les meutes se sont déplacées et je pense qu'il n'est pas impossible qu'elles migrent dans d'autres pays.
Draco doit se rendre à l'évidence, à ce jour, le projet Ilvermorny s'est avéré un nouvel échec. Nous partons au Royaume d'Écosse voir comment se débrouillent nos petits protégés. »
Adrian claqua le journal de Marcus, comme si le simple geste pouvait chasser les mouches qui papillonnaient devant ses yeux. D'une main lasse, il rejeta l'ouvrage sur la table en verre sous le regard désapprobateur de Pansy. Adrian lui adressa une mimique moqueuse qu'elle préféra ignorer en reportant l'attention sur son téléphone. Adrian n'avait pas encore réussi à prendre son appareil en main, et voir à quel point les gens étaient devenus inséparables de la technologie le fascinait autant qu'il l'interrogeait.
Le peu de temps libre qu'il parvenait à se dégager quand il n'était pas assaillit était long, très long. S'il avait d'abord été honoré des responsabilités que Marcus lui avaient légué, Adrian en sentait le poids peser jour après jour sur ses épaules. Les tactiques diplomatiques ne l'avaient jamais intéressé et il nageait en plein monde inconnu. Les véritables stratèges, c'étaient Draco et Marcus, car Adrian préférait toujours les moyens dérobés d'obtenir ce qu'il voulait. Il savait parler pour tourner les choses dans son sens, berner la plupart des gens, ça c'était son vrai talent. Marcus avait toujours représenté cet idéal qu'il n'avait jamais atteint, et la nouvelle confiance que son frère ainé avait placé en lui était devenu son nouveau moteur.
Avec application, il avait épluché tous les journaux de Marcus qu'il avait pu trouver. Ses nuits blanches avaient été rythmées par les pages jaunies des évènements qui s'étaient déroulé dans la ville aux différentes époques qu'ils avaient vécues. Adrian savait d'expérience que la fratrie possédait plusieurs pieds-à-terre un peu partout dans le monde connu, aussi il s'était appliqué à se mettre à la page avec une dévotion féroce sur les passages que la fratrie avait laissé dans la ville.
A travers les pages volantes glissées dans quelques journaux, Adrian avait finit par ressortir de vieux projets de loi abandonnés, et un projet en particulier revenait très régulièrement dans la catégorie des échecs et commençait à piquer sa curiosité.
- C'était quoi, le projet Ilvermorny ? demanda finalement Adrian en se servant une généreuse dose de bourbon.
Sa sœur daigna à nouveau lever les yeux de son smartphone, mais cette fois, elle semblait chercher ses mots avec application. Adrian nota la manière dont elle plaça une mèche de cheveux derrière son oreille, les lèvres pincées.
- Je pense que tu devrais demander à Draco. C'est lui qui s'est chargé de ce projet aux États-Unis.
- Hm, répondit simplement Adrian, le visage tourné vers la baie vitrée.
Ce n'était pas comme si Draco aimait parler de ses échecs. Adrian aurait probablement plus de chances avec Marcus à son retour. Plus que jamais, il sentait le poids des tâches qui pesaient sur lui depuis le départ de son aîné.
Au loin, la lune croissait paisiblement dans le ciel renvoyant ses éclats dans le petit salon. Adrian reporta son attention sur le téléphone posé sur la table basse, comme s'il allait s'illuminer par l'insistance de son regard.
- Depuis combien de temps n'a-t-on pas de nouvelles ?
Pansy sembla retenir un soupir et même si elle avait parfait un air impassible à la manière de Draco, son coeur accéléra légèrement quand elle suivit son regard sur le téléphone. Il n'avait rien émit depuis presque quatre jours. Adrian n'aimait pas ça du tout.
Si Blaise et Théodore se relayaient pour couvrir Oliver et Marcus régulièrement, ils n'étaient pas infaillibles. Plus que tout, Théodore dégageait quelque chose de beaucoup trop sombre qu'Adrian n'appréciait pas. Ce n'était pas tant son attitude arrogante, mais l'aura qu'il se traînait en permanence. Comme si quelque chose le suivait en permanence. Sa mère aurait appelé ça son guide, mais Adrian mettrait sa main à brûler que c'était autre chose. Le seul élément rassurant était qu'il ne semblait pas avoir de mauvaises intentions envers eux. D'un geste automatique, il retira son béret pour passer la main dans ses cheveux désormais coupés courts. Ils avaient bien repoussé depuis la nuit où Adrian avait traversé le cercle de feu de Jédusor, mais Adrian avait du se rendre à l'évidence de vite devoir cacher la misère en attendant que la longueur qu'il affectionnait tant se réégalise.
Son regard fixa à nouveau le smartphone sur la table, dans l'espoir que l'écran s'allume pour signaler un message entrant.
- Petit con… murmura-t-il avant de descendre son verre d'un trait.
oOo
Draco se retint de rouler des yeux avant de se renfoncer dans le fauteuil de Harry. Les coudes sur les genoux, il passa une main fatiguée sur son visage avant de ravaler le chapelet de juron qui ne demandait qu'à franchir ses lèvres. A ses côtés, Harry lui jeta une œillade préoccupée.
Le nouvel Alpha face à lui garda les bras obstinément croisés sur son buste, le défiant du menton. Comme la plupart des représentants des meutes présentes dans le bayou, il était très jeune, peut-être de l'âge de Harry, cependant ses yeux brillaient d'un éclat féroce et il ne cachait aucunement son antipathie envers Draco depuis son arrivée.
Dans la liste de tâches quotidiennes qu'il s'était fixée le matin-même, Draco n'avait pas prévu de se faire déranger par l'arrivée du jeune que Harry avait appelé Peter. Depuis plusieurs jours qu'ils se démenaient pour tisser de nouvelles alliances avec les meutes méfiantes du bayou, Harry et Draco commençaient à envisager une nouvelle phase d'approche en changeant d'angle de négociations. Toutefois, sans que Draco sache si c'était du fait de leur extrême jeunesse ou de leur réputation les ayant précédés, tout les Alphas qu'ils avaient rencontrés semblaient avoir fait bloc commun contre eux et Jédusor. Là où Harry pensait que leur antipathie venait des massacres rapprochés causés par les hommes de Jédusor, Draco commençait à envisager qu'autre chose était en train de se tramer, peut-être en lien avec le fait que Harry soit devenu le premier hybride de sa génération à la Nouvelle Orléans. La dernière chose dont ils avaient besoin était bien une guerre des meutes.
- Il me semble que nous avions convenu : « pas de prisonniers », rappela l'Originel avec toute la patience dont il était capable.
- Notre meute ne fait pas partie de votre coalition, répondit l'Alpha après un instant de réflexion. Je suis venus à titre informatif envers Potter, rien de plus.
Délicate attention de lui dire qu'il n'avait rien à faire là, ce qui donna encore plus envie à Draco de prendre ses aises dans le cabanon de Harry, notamment en allongeant ses longues jambes. Sentant la tension à couper au couteau, le brun intervint après lui avoir jeté un nouveau regard de mise en garde. Dans d'autres circonstances, Draco aurait adoré qu'il le fixe de la sorte. Il se retint de souffler, reposant ses bras sur les accoudoirs du fauteuil qu'il occupait.
Voilà un nouveau problème. Une meute massacrée en partie par un étranger finalement maitrisé et devenu prisonnier. Au fond de lui, Draco brûlait de curiosité. Même si les loups étaient toujours sous l'emprise de la malédiction les empêchant de se transformer, Draco trouvait curieux qu'un homme seul se soit attaqué à une meute aussi nombreuse. L'attaque n'avait pas été revendiquée par les hommes de Jédusor contrairement aux autres, et du peu que l'Alpha avait accepté de partager avec Harry, le mode opératoire ne correspondait pas non plus à celui du clan des sorciers.
- Je te remercie, Peter, commença Harry. Toutes mes sincères condoléances pour les pertes que tu as subies. Cependant, je rejoins Draco à propos de la mention de votre… captif. Je ne pense pas que ce soit une sage décision à l'heure actuelle.
Encore une fois, Harry semblait vouloir arrondir les angles, ce qui agaça un peu plus Draco et il du se retenir de lever les yeux au ciel. Ils n'iraient jamais bien loin s'ils ne parvenaient pas à faire front commun, et caresser les autres Alphas dans le sens du poil n'était la meilleure manière de les rallier avec eux. Harry avait encore beaucoup de choses à apprendre en négociations.
- Nous nous occupons de ce problème, répondit Peter. Nous avons l'habitude des Chasseurs.
Cette fois, l'Originel tiqua à la mention de leur fameux prisonnier. Il ne lui semblait pas avoir déjà entendu la mention de Chasseurs depuis leur retour dans la ville, et cela attisa sa curiosité. Son regard d'orage se reposa sur le jeune Alpha afin d'en savoir plus.
- Parce que vous croyez réellement que le massacre que vous avez subi est l'œuvre d'un Chasseur isolé ? ricana Draco avant de croiser ses jambes sous le coup de l'agacement. Les Chasseurs ne travaillent jamais seuls.
- Celui-là, si.
- Idiot, siffla Draco.
- Répète-ça, pour voir ?
De colère, l'autre Alpha serra un poing menaçant en avançant d'un pas vers lui. Harry se releva prestement, les yeux ayant viré au jaune, ce qui rappela Peter à l'ordre. Draco savoura la façon dont l'odeur de Harry se modifia mais fit comme s'il n'y accordait pas d'importance.
- Ça suffit ! claqua finalement Harry. Battez-vous dehors si ça vous chante, mais j'attends d'avoir une conversation mature chez moi !
L'Originel hocha imperceptiblement la tête tout en soutenant le regard de Peter.
- Je te suggère de réfléchir à notre offre, offrit Draco en croisant ses doigts pour joindre ses mains. Les agressions se multiplient dans le bayou, et la venue de Chasseurs n'est pas à prendre à la légère. Comme je te l'ai déjà dis, ils ne se déplacent jamais seuls. Le retenir prisonnier revient à dresser une grosse cible sur ta meute, et ce n'est pas la chose à faire dans le climat actuel.
- Quand j'aurais besoin de conseils pour savoir comment gérer ma meute, je viendrais vous sonner, répliqua Peter.
D'un mouvement de tête sec, il salua Harry avant de quitter le cabanon d'un pas pressé.
Vraiment, Peter était un idiot.
Les bras croisé sur sa chemise à carreaux, Harry dardait sur lui un regard sévère que Draco s'appliqua à ignorer, sortant son smartphone pour prendre des nouvelles du fort. L'écran était vierge de notification, ce qui le rendit perplexe. Pourquoi est-ce qu'ils n'avaient toujours aucune nouvelles de Marcus ?
- Où est passée ta diplomatie ? reprocha immédiatement Harry.
- Potter... commença Draco, signifiant qu'il ne souhaitait pas s'attarder sur le sujet.
Il reposa son téléphone et se renfonça dans le fauteuil qu'il occupait. Avec un rythme régulier, son index tapota l'accoudoir alors que Harry le fixait toujours sévèrement, sûrement en train de réfléchir ses futures paroles. C'était donc qu'il avait réellement l'intention d'approfondir la discussion, et Draco n'en avait vraiment pas envie.
- Des Chasseurs sont déjà venus dans le bayou.
- Pas récemment. Les Chasseurs ne se déplacent jamais seuls, répéta Draco en appuyant sur chaque mots.
Agacé, il se leva souplement pour dégourdir ses jambes, longeant le petit salon. Le parquet grinçait régulièrement sous ses pieds tandis qu'il s'appliquait à réfléchir activement. Son esprit commençait déjà à bouillonner quant à ce qui avait pu amener un Chasseur à la Nouvelle Orléans, et encore plus dans le bayou. Ça n'avait pas de sens car les loups-garous ne représentaient pas une réelle menace à l'heure actuelle, contrairement aux vampires qui avaient rallié Jédusor après la mort de Barty.
- Deux choses à savoir, Potter, indiqua Draco en le désignant d'un geste de la main. Si tu croises un Chasseur seul, tu as une très grande chance que ce soit un Eclaireur, envoyé pour faire un état des lieux. Donc les autres membres du groupe ne sont pas très loin derrière. Ensuite, tu as bien écouté ce qu'à dit ton ami ?
- Ce n'est pas mon ami, se défendit Harry, les sourcils froncés.
L'Originel balaya l'air d'une main, enfonçant l'autre dans la poche de son pantalon.
- Peu importe. Il a dit que près d'une dizaines de victimes ont été massacrées. Les Chasseurs qui se revendiquent comme tels sont des humains, et un homme seul ne peut pas faire autant de dégât. A part quelques dégénérés, les Chasseurs ne font pas de massacres. Ils chassent leur proies, et il les exécutent. Ce que je pense, c'est que Peter ne nous a pas tout dit.
Harry le toisa sévèrement derrière ses lunettes, sur la défensive alors Draco l'imita, le désignant d'un mouvement du menton pour l'encourager à parler. S'il en croyait la manière dont l'odeur de Harry s'était modifiée, il était au bord de l'énervement et cela signifiait que leur soirée en tête-à-tête ne prendrait pas la tournure qu'il avait espéré.
- Tu prends la défense d'un Chasseur ? reprocha alors Harry, le regard brillant.
- Je crois que cette conversation est vouée à l'échec, acheva Draco avant de choisir de quitter le salon.
oOo
Blaise n'avait plus un souvenir très précis de sa transformation. Les années passant avaient balayées de nombreux passages de sa vie, mais il se souvenait en revanche de ce qu'il avait ressentit, avec une précision très fine. La terreur, la faim, la soif et la colère. Et plus que tout, la réelle dépression qui s'en était suivie d'avoir été coupé de toute sa magie. En ça, il avait compris la folie qui avait assaillit Adrian et avait fait basculer Terence dans la haine de ce qu'ils étaient devenus. Depuis qu'ils l'avaient développé avec Narcissa, la magie faisait partie d'eux au même titre que manger, respirer. Se réveiller au lendemain de sa transformation avait laissé en Blaise un vide tellement immense qu'il avait mit des siècles à en faire le deuil. C'était comme être privé à tout jamais d'un sens essentiel, d'une vision du monde qu'il ne pourrait plus retrouver.
Narcissa avait été beaucoup plus fine qu'eux, car elle avait tout de suite trouvé comment changer de corps pour pouvoir les contrôler à son envie. C'était la raison pour laquelle Marcus et Draco avaient refusé de rendre son corps à la Terre, pour la garder entre les mondes et l'empêcher de regagner totalement l'Autre Côté. C'était la manière qu'ils avaient trouvé de la garder sous contrôle.
Pensivement, Blaise reporta son attention sur la carte de l'Europe déployée sur la table. Lentement, la bougie liant le sort qui dissimulait Marcus et Oliver se consumait sous sa surveillance attentive, le temps que Théodore noircisse un cahier de notes sur le bar de Marcus. Blaise ne s'en était pas rendu compte tout de suite, mais le lien que Théodore avait installé entre eux avait réveillé quelque chose dans son entité. C'était arrivé un peu par hasard, mais ça avait finit par devenir plus précis jour après jour. Son corps avait gardé une sensibilité à reconnaître la magie lorsqu'elle était à l'œuvre autour de lui. Encore une fois, c'était une chose qu'il partageait avec Adrian, à la différence qu'Adrian avait rapidement touché à toutes sortes de magies, même les plus complexes et les plus controversées, ce qui avait affuté ses instincts et ses ressentis.
Ce que Blaise percevait près de la bougie, c'était comme un bourdonnement silencieux, un magnétisme qui ronronnait sur sa peau. Léger, mais s'il se concentrait, il pouvait le percevoir. D'une main curieuse, il passa ses doigts près de la flamme, appréciant la chaleur contre sa paume. En fermant les yeux, il pouvait remonter jusqu'à l'ancrage du sortilège, sans trop savoir comment. Juste en suivant son instinct un peu rouillé. Ce n'était pas quelque chose qu'il pouvait expliquer, parce qu'il n'avait pas les mots pour le décrire. D'abord, ça se ressentait.
La bougie centrale tressauta de nouveau et Blaise ravala un soupir agacé quand la flamme s'évanouit définitivement. De l'autre côté de la table, Théodore lui envoya un de ses regards perçants qui le mettait toujours mal à l'aise. Blaise avait mit un temps à s'habituer à sa manière d'être. Théodore dégageait quelque chose de tellement dérangeant qu'il trouvait vraiment curieux qu'il puisse être si proche d'Oliver, alors qu'ils étaient totalement opposés. Durant tout les relais qu'ils effectuaient pour masquer l'empreinte énergétique de Marcus et Oliver, ils s'étaient rapprochés par la force des choses, mais Blaise ne lui faisait toujours pas totalement confiance.
Les siècles avaient rendu Blaise méfiant lorsqu'il s'agissait de certains comportements chez les sorciers, en particuliers ceux qui manipulaient des sortilèges proches de la magie noire comme Théodore. L'histoire avait une curieuse manière de se répéter à travers le temps, et nombres d'hommes avaient succombé à l'appel du pouvoir. Jédusor n'en était qu'un parmi d'autres, et Blaise n'approuvait pas toujours les décisions de Théodore même s'il montrait une farouche loyauté envers Oliver.
- Mon pouvoir s'amenuise, commenta le sorcier.
D'un geste sec, il referma le cahier sur lequel il travaillait avec application depuis l'après-midi et le sonda du regard.
- Je ne pense pas que ce soit ça, répondit Blaise avant de rallumer la bougie avec un briquet. Je pense que c'est ton lien qui se termine.
La flamme scintilla à nouveau et la bougie recommença à se consumer paresseusement tandis que Blaise la fixait de nouveau. Avec curiosité, il plaça la paume de sa main gauche au-dessus, jouant avec la chaleur émanant de la flamme. Théodore finit par délaisser totalement son ouvrage du moment et le rejoignit près de la table, les sourcils froncés.
- Le lien n'est pas sensé se terminer si tôt.
- Je pense qu'il n'arrive plus à s'équilibrer, réfléchit Blaise. Jusqu'ici il était alimenté sous forme de vase communiquant par ta magie, et par l'ancrage d'énergie que tu as trouvé en moi. Mais ça fait trois semaines que nous masquons Marcus et Oliver, la perte d'énergie est énorme et ne se compense même plus.
Blaise se retint d'ajouter que les répercussions sur eux étaient également terribles. Théodore avait désormais d'impressionnantes cernes creusées, et Blaise le trouvait plus maigre que jamais. Son propre corps ne réussissait plus à récupérer, car ses pommettes étaient devenues saillantes et il était arrivé au dernier cran de la ceinture de son pantalon. A ce rythme, ils ne pourraient plus masquer Marcus et Oliver dont ils n'avaient plus de nouvelles depuis presque quatre jours.
- Perdre le lien serait un trop grand désavantage pour nous, déclara Théodore en cherchant à croiser son regard.
- Pas forcément.
Avec patience, Blaise ferma la paume de sa main, visualisant le résultat qu'il souhaitait obtenir. L'afflux courant dans ses veines lui donna une sensation proche de l'excitation tandis qu'il forçait l'énergie où il le souhaitait. Il sentit aussitôt son nez le piquer et une goutte de sang ruissela vers sa lèvre. D'un geste automatique, sa langue cueillit la goutte qu'il avala distraitement, donnant la dernière impulsion dont il avait besoin pour que son sort mineur se termine. Avec perplexité, Théodore le regarda ouvrir la main pour contempler le gland qui s'y trouvait.
- Tu as fait ça sans mot de pouvoirs ? s'étonna Théodore.
- J'ai été formé à l'ancienne magie, comme Adrian. Un sort mineur, celui d'attraper le gland derrière la fenêtre reprit Blaise en désignant le chêne dans la cour. Je sens que je touche quelque chose mais qui m'échappe encore.
Avec agacement, Blaise se releva en faisant râcler sa chaise, parcourant la salle de jeu en faisant les cents pas. Son regard pensif tomba sur la table de billard qui n'avait presque plus été utilisée depuis le départ de Marcus. De temps en temps, Adrian s'y rendait pour fuir Pansy ou Draco, quand il étouffait sous les responsabilités qui étaient devenu les siennes. Draco passait tout son temps au bayou à étudier les journaux du parrain de Harry et négocier avec les meutes de loups-garous. Pansy faisait profil bas et secondait Adrian de son mieux mais la famille s'était retrouvée éclatée en si peu de temps qu'il était difficile désormais d'adopter une stratégie efficace tout en couvrant les domaines où Jédusor les attaquait.
- Je pense que si j'arrive à utiliser la magie, c'est parce que c'est la mienne, verbalisa Blaise en replaçant les boules avec attention sur la table.
Intrigué, Théodore s'adossa au bar après avoir chassé une mèche de cheveux qui tombait dans ses yeux.
- Ce n'est pas possible.
- Comment tu le sais ? demanda alors Blaise.
- Les sorciers transformés perdent leur pouvoir en devenant des vampires.
- Nous n'en avons jamais eu la preuve, contredit Blaise. Je crois même qu'en fait, on faisait fausse route depuis le début.
Il prit une boule colorée qu'il posa au centre de la table, son index droit relevé alors qu'il réfléchissait en même temps.
- Des sorciers, il y en a toujours eut. Chez les loups, tant qu'ils n'ont pas activé le gène, ils peuvent maîtriser la magie. Mais il n'y a jamais eut la mention d'un vampire, ou d'un loup-garou qui maitrise la magie. Et si en fait, ce n'était pas les pouvoirs qu'ils perdaient ? Si c'était l'accès à la manipulation de la magie ?
Avec concentration, Blaise laissa sa main survoler la table, inclinant les doigts légèrement. A nouveau, la sensation familière se manifesta dans ses doigts, et la boule se mit à suivre lentement le même mouvement, une dizaine de centimètres en dessous.
- Ce que je pense, c'est que les natures comme loups et vampires bloquent l'accès à la magie. Depuis que tu as installé ce lien entre nous, je retrouve certaines capacités que j'étais certain d'avoir perdu à jamais.
D'un mouvement souple, son poignet exécuta un geste sec, et la boule traversa la table avec énergie, filant vers l'un des trous pour y tomber avec une précision chirurgicale. Théodore se rapprocha de lui, la mine pensive. Son regard intrigué fixait les mains de Blaise comme s'il le voyait pour la première fois.
- C'est une théorie qui se tient, connaissant la capacité de Jédusor à voler la magie. Si c'est ce qu'il cherche à voler chez les sacrifices c'est qu'il n'est pas impossible d'y avoir accès. Mais comment, alors ? Qu'est-ce qui bloque la magie ?
Blaise n'était pas certain d'apprécier l'étrange fascination qui brillait dans ses yeux. Il ressemblait à un gosse à qui on avait montré un nouveau jouet. Pensivement, Blaise fit rouler sa chevalière entre son pouce et son index. Théodore n'était peut-être pas la personne la plus apte à parler de magie ancienne.
- Je pense que nous avons une nouvelle piste de réflexion, reprit le métis avec prudence.
- Sauf que nous n'avons pas le temps de la vérifier.
- Nous non, mais j'ai une idée d'où commencer les recherches.
A vrai dire, il était certain de trouver une réponse à la plupart de ses questions dans un endroit en particulier. Restait seulement à savoir si c'était un risque qu'ils pouvaient prendre dans la situation actuelle. Pensivement, il quitta la salle de jeu, suivant le cours de ses réflexions. Théodore ne sembla pas décidé à le suivre, ce qui l'arrangeait plutôt. Avec un nouvel empressement, Blaise poussa les doubles portes du petit salon. Son regard tomba immédiatement sur le téléphone posé sur la table basse dont il fixa l'écran comme s'il allait s'allumer par la force de sa volonté. Sans grande surprise, le téléphone ne manifesta aucune activité.
Posée sur le divan, Pansy leva son doux visage vers lui, le fixant avec curiosité pendant qu'Adrian mangeait sur la table, un gros journal ouvert devant. Sans doute un ouvrage de Marcus, ou de Draco à la manière dont le cuir était relié.
- Je vois que le concept de journal "intime" ne te parle toujours pas, commenta Blaise en s'installant en face de lui après avoir tiré une chaise.
Le benjamin claqua sa langue contre son palais en signe d'agacement avant de tourner une page distraitement.
- Oliver les a tous lu et ça n'a pas dérangé Marcus, à ce que je sais.
- Oliver ne les a pas tous lus, corrigea Pansy qui était retournée à son téléphone.
Un sourcil levé, Blaise l'interrogea du regard.
- Tu ne croyais pas qu'il lui aurait laissé tout ses ouvrages à disposition ? s'étonna Pansy après avoir croisé ses jambes pour mieux s'installer.
- Il voulait lui effacer la mémoire à l'origine, alors je pensais que ça ne le dérangeait pas.
- C'était quoi le projet Ilvermorny ? les coupa alors Adrian, la bouche pleine.
Il eut un blanc durant lequel Blaise et Pansy se regardèrent avant que le vampire ne joue avec sa chevalière.
- Je pense que tu devrais demander à Draco.
Pansy laissa filer un gloussement moqueur tandis qu'Adrian les insultait dans leur langue maternelle. Animé par un nouvel élan de curiosité, Blaise le rejoignit, tirant l'ouvrage par la couverture pour le faire glisser sur la table avant le feuilleter les pages distraitement. Par respect, il n'avait jamais ouvert les journaux de Marcus, et la sensation de lire les lignes italiques lui faisait un drôle d'effet. Il s'arrêta sur feuille volante glissée entre les pages que Marcus avait rédigé en ancien norvégien. Une autre écriture montrait des corrections que Blaise reconnu comme étant celles de Draco.
- Ilvermorny était le projet de Draco aux États-Unis, commença Blaise une fois qu'il eut rangé la feuille. Il visait à instaurer une ancienne version du Conseil qui, s'il s'avérait pérenne, prendrait une échelle nationale avec le temps. Il l'avait instauré ici, c'est pour ça qu'il est mentionné dans le journal.
- C'est ambitieux, commenta Adrian après avoir saucé son assiette. Pourquoi il n'a pas fonctionné ?
- La dernière fois que Draco l'a instauré, c'était pendant une chasse aux sorcières comme Salem. Je ne sais plus si tu étais réveillé à ce moment, mais c'était une sale période. Nous avons choisis de retourner en Ecosse pour mieux comprendre ce qui avait raté et potentiellement le corriger.
- Ça ne me dit rien.
- Tu chercheras sur Google, indiqua Blaise, arrachant un nouveau sourire à Pansy.
D'une main posée sur l'ouvrage relié de cuir, Adrian refit glisser le journal à sa hauteur, reprenant où il en était.
- Il y a encore des choses que je ne comprends pas. Vous vous êtes acharnés à créer des Conseils, pourquoi ? J'en ai dénombré cinq, mais il y en a plus que ça, pas vrai ?
D'un air concentré, il revint fouiller un peu plus en avant, mastiquant sa fourchette d'un air pensif avant de tapoter une page en particulier.
- Ça part contre, ça me dit quelque chose. Durmstrang, comme l'école de magie noire ?
- Ce n'est pas une école de magie noire, corrigea Blaise. Enfin, plus depuis longtemps.
Le menton dans les mains, Blaise reporta son attention sur le journal, son cerveau réfléchissant à toute allure. Et s'il y avait un moyen de faire d'une pierre deux coups ? Avec intérêt, il se tourna à nouveau vers Pansy.
- Toujours pas de nouvelles de Marcus ?
Il demandait pour la forme, bien sûr qu'ils n'en avaient pas. Le plus grand écart entre les messages qu'ils avaient reçu était de deux jours, quand Marcus avait annoncé avoir traversé le Portugal. Depuis, la famille attendait que le vieux téléphone à clapet émette un nouveau signal. Adrian avait proposé de suspendre le sortilège qui les rendait introuvables mais Draco s'y était opposé farouchement. Où qu'ils puissent être, le risque d'envoyer Jédusor sur leur piste était beaucoup trop grand.
- Je n'aime pas ça, déclara Pansy après avoir replacé une mèche de cheveux derrière son oreille.
- Quatre jours c'est beaucoup trop, appuya Blaise. Où est-ce que son téléphone a borné pour la dernière fois ?
Cette fois, ce fut Adrian qui intervint, après avoir reposé ses couverts dans son assiette et essuyé sa bouche.
- Du côté de Sofia.
Cette fois Blaise ne cacha pas sa surprise et son sourcil se releva en une mimique intriguée. Sofia ne faisait pas vraiment partie de l'itinéraire dont Marcus lui avait parlé, il s'agissait même d'un sacré détour mais qui pour une fois pourrait bien les arranger. Le vampire se tourna vers Pansy, lui envoyant un regard équivoque.
- Pansy, tu as envisagé de contacter Viktor ?
La brunette lui jeta un regard torve pendant que les yeux d'Adrian faisaient la navette entre eux. Un silence pesant tomba sur le petit salon, et Blaise s'appliqua à rester le plus impassible possible tandis que le visage de Pansy se refermait. C'était sans compter sur Adrian qui avait un véritable don pour mettre les pieds dans le plat.
- Viktor ? répéta le benjamin pensivement.
L'Originelle l'ignora et se recula dans le divan en secouant son carré parfait, pointant Blaise d'un doigt parfaitement manucuré. La mention de Viktor avait apparemment terminé de rendre son visage aussi aimable que les portes de l'enfer. Blaise s'y attendait en partie mais il n'y avait que Pansy qui pouvait potentiellement intervenir pour retrouver Marcus et Oliver.
- Hors de questions, répondit-elle en appuyant sur chaque mot.
- Pansy chérie, c'est le plus apte géographiquement parlant, argumenta Blaise. C'est tout ce que je te demande. Tu as juste à lui expliquer que Marcus a disparu du côté de Sofia, et Durmstrang prendra la relève.
Adrian se redressa, monté comme un ressort, les désignant à tour de rôle avec un air ahuri.
- Attends, Durmstrang et Viktor ? Ça veut dire que tu as transformé Viktor Krum ? C'est de lui que tu parles, pas vrai ?
- La ferme ! claqua Pansy en se relevant prestement. Si tu veux contacter Viktor, fais-le toi-même.
Sans donner plus de réponses, elle se releva et jeta son téléphone sur la table après quoi elle quitta le salon, accompagné du claquement de talons qui la caractérisait. Interdit, Blaise fixa le téléphone avant de la maudire intérieurement en voyant l'écran afficher le logo verrouillé. Quel abruti, il aurait vraiment du s'y prendre autrement avec elle. Une fois Pansy braquée, il n'y avait presque rien qui pouvait la faire revenir sur sa décision. Le vampire soupira pour chasser la colère qu'il avait envers lui-même pendant qu'Adrian continuait de le regarder comme s'il espérait lire ses pensées.
- Ils couchent encore ensemble ? finit par demander Adrian qui semblait ne toujours pas s'être remit de la révélation.
- Ils couchaient ensemble, corrigea Blaise. Ça arrive périodiquement quand ils n'essayent pas de s'entretuer.
- Mais j'ai raté combien de choses encore ?
D'un pas souple, Blaise se rapprocha du buffet où il servit un généreux verre de bourbon. La tension qui avait envahit la pièce suite à la réaction de Pansy commençait à lui faire regretter l'approche qu'il avait eut. Peut-être que s'il avait prit le temps de lui en parler seul-à-seuls elle n'aurait pas agit pareillement. Son regard pensif dériva sur Adrian qui le fixait en semblant attendre une réponse. Ne sachant pas trop ce qu'il pouvait dire ou non, il choisit d'éluder le sujet dans un premier temps.
- Beaucoup, reprit-il. Pour les histoires de coucheries, tu vois avec Pansy directement, mais je te préviens que c'est un sujet sensible.
- J'aime le gossip, répondit Adrian avec un sourire qui dévoilait ses incisives.
Blaise eut un rictus moqueur en se posant sur le divan.
- Tu ne sais même pas ce que ca veut dire.
- C'est vrai. Allez entre nous, j'ai comme l'impression que ça t'arrange bien d'avoir un prétexte pour contacter Durmstrang, et j'aimerai vraiment savoir pourquoi. Dans mes souvenirs c'était une vieille école glauque aux idées radicales.
Le cadet des Originels le fixa d'un regard entendu et Blaise joua distraitement avec le smartphone de Pansy tandis qu'il trempait ses lèvres dans le verre. Il avait tendance à oublier qu'Adrian se réveillait à peine et qu'il avait encore besoin de comprendre le monde dans lequel il évoluait. Les préjugés qu'il avait envers le benjamin étaient toujours présent malgré lui, et vu la tendance qu'il avait eut à travers les siècles à les trahir, Blaise était toujours assez étonné que Marcus ait placé sa vie entre ses mains.
- Tu t'es arrêté où exactement ?
- Quand Marcus m'a enfoncé la dague dans la poitrine pour la quatrième fois, répliqua Adrian d'un ton mordant.
- Tu l'avais cherché, répondit Blaise avec nonchalance.
Le regard du jeune Originel sembla s'enflammer mais Blaise choisit de l'ignorer et de le désigner de son verre.
- Durmstrang n'est plus une école de magie noire, reprit Blaise après un instant à chercher ses mots. C'est même je pense notre plus belle réussite. Pour vulgariser, vois-le comme le carrefour européen des créatures surnaturelles. Ils ont continué toutes leurs expériences sur la magie mais sous une meilleure supervision. C'est là-bas que Marcus et Draco ont pu instaurer un des seuls Conseils qui est encore en activité.
D'un geste automatique, il avala le contenu de son verre, savourant la manière dont l'alcool roulait sur sa langue. Le visage sérieux, Adrian semblait attendre la suite avec attention.
- Ils exercent depuis presque trois siècles. La dernière fois que nous y avons été n'est pas un excellent souvenir, mais le plus important c'est qu'ils servent de relai dans l'Europe de l'Est. Si Marcus et Oliver ont disparu du côté de Sofia, faire appel à Durmstrang est la meilleure option que nous ayons, et ça tombe bien car j'ai besoin d'avoir accès à certaines de leurs recherches.
- Lesquelles ? demanda alors Adrian avec un regard dubitatif. Mes derniers souvenirs de Durmstrang ne sont pas des plus agréables alors je suis vraiment curieux de savoir ce que tu cherches là-bas.
Avec prudence, Blaise vérifia que les doubles-porte étaient closes. Depuis que le fort abritait une partie de nouveaux vampires de la ville, Blaise prenait toujours ses précautions sur les informations sensibles qu'il pouvait partager. Qu'ils aient un lien d'asservissement ou non, rien ne pouvait réellement empêcher certaines recrues de les trahir. Les années avaient forgé la méfiance de Blaise sous bien des aspect, aussi Adrian fronça les sourcils alors que Blaise choisissait de continuer la conversation dans leur langue maternelle.
Quand Blaise termina de lui expliquer la théorie qu'il avait partagé avec Théodore, le visage d'Adrian était empreint d'une gravité qu'il ne lui avait presque jamais vu.
- Tu te rends compte que c'est ce que Terence a toujours cherché ? énonça Adrian après un court silence.
- Je ne sais pas trop, je n'ai jamais été proche de lui.
Le benjamin se leva de table en passant la main dans ses cheveux, une moue préoccupée sur le visage.
- Alors c'est avec Draco que tu devrais échanger. Ce que je sais, c'est que Terence a caché des écrits mais je ne les ai jamais trouvé. Si tu dis que Durmstrang a continué ses recherches, c'est une piste intéressante. Mais tu n'auras jamais les informations que tu veux en si peu de temps, à moins d'y aller toi-même.
Sa dernière remarque amusa Blaise dont un sourire étira les lèvres.
- Je crois qu'il est temps te payer une formation en informatique.
oOo
Si possible, l'humeur d'Oliver dégringola encore plus quand le nouvel interrogatoire commença.
S'il avait bien compté, ça faisait maintenant presque trente-huit heures que les Chasseurs se relayaient pour les interroger lui et Marcus. Chaque fois, c'était la même rengaine. Ils venaient à trois dans l'espèce de pièce vide où ils étaient enchaînés. Toutes les deux heures, c'était le même connard qui faisait traîner le tabouret au sol avant de s'asseoir dessus. Là, il leur braquait les projecteurs en pleine face, les empêchant de voir leurs visages. Oliver l'appelait Tête-à-Claques, parce que tout dans son attitude le rendait méprisable.
Déjà, il puait. Et en odeur, Oliver commençait à s'y connaître plutôt bien. Cela faisait presque un mois qu'il avait été transformé, et l'odorat était la première chose que Marcus lui avait apprit à maîtriser. Et Tête-à-Claques, il émettait une odeur désagréable, un mélange de sueur aigre et Oliver avait compris aux effluves moites qu'il renvoyait de temps en temps qu'il prenait son pied à les torturer. Les deux au fond, il ne savait pas à quoi ils servaient. Ils restaient près de la porte, cachés par les projecteurs. Oliver pensait que c'était en démonstration de force qu'ils étaient là.
Une larme s'échappa de ses yeux quand le projecteur fut allumé sans avertissements et il baissa la tête pour protéger ses yeux sensibles, battant des cils. A ses pieds, Marcus ne réagissait toujours pas, et il commençait à réellement s'inquiéter. Son coeur battait toujours régulièrement, mais le rythme était terriblement lent. Il ne s'était toujours pas remis des balles en argents qui étaient restés dans sa cuisse et sa poitrine. Oliver sentait sa douleur envahir ses narines par vagues, et ça rajoutait à sa mauvaise humeur.
Une fois l'habituel tabouret traîné au sol, une gifle sèche fit voir des étoiles à Oliver, et sa tête ballotta un instant sur son torse avant que le goût du sang n'emplisse sa bouche. Sa langue passa nerveusement sur sa lèvre pour ravaler le liquide précieux. Il était déjà suffisamment déshydraté comme ça, chaque goutte de liquide restait importante. Luttant, il resta debout, face à Tête-à-Claques. Il ne voulait pas lui laisser le plaisir de le voir plus faible qu'il ne l'était. Marcus aurait été debout, s'il l'avait pu.
Sa tête roula paresseusement pour délier ses cervicales endolories. Lorsqu'il papillonna des yeux, le Chasseur porta à son visage plusieurs des pièces d'identités que Marcus et lui avaient utilisé lors de leur voyage à travers l'Europe.
- Henry McAddam. Charles Darcy. Tom Martin. Javier Mendez ? C'est quoi ton nom ? demanda l'homme cagoulé en se laissant tomber lourdement sur un tabouret, les jambes ostensiblement écartées. Pas ça. D'où vous venez ? Quelle meute vous cherchez ?
Il parlait un anglais horriblement hachés prédominé par un accent très fort typique de l'est de l'Europe mais la plupart du temps quand il parlait à ses camarades, Oliver ne comprenait rien à ce qu'il racontait. Avant qu'ils ne se fassent maîtriser, Marcus leur avait aboyé quelque chose qu'ils avaient eut l'air de comprendre. Oliver n'était plus surpris. Dans la plupart des pays qu'ils avaient traversé, Marcus se débrouillait plutôt bien dans les langues locales. En dehors de l'anglais, Oliver ne connaissait que le français argot du Vieux Carré, et quelques mots espagnols qui ne lui avaient strictement servit à rien en Andorre.
Les cartes d'identités furent jetées les unes après les autres au sol et Oliver plissa les yeux à cause des lumières trop vives braquées sur lui. D'agacement, un grondement sourd prit naissance dans sa gorge alors qu'il tirait une fois de plus sur les liens qui le malmenaient, puis de se raviser sous la douleur cuisante qu'ils lui procuraient.
Quelle bande de salopard d'utiliser des armes pareilles. A chacune de ses tentatives pour se dégager, les cruels barbelés d'argent s'enfonçaient dans ses poignets et ses chevilles, et malmenant ses chairs tout en l'empêchant de cicatriser. Là où les barbelés frottaient, ses veines avaient pris une couleur sombre liée à la toxicité du métal sur lui, et ses plaies à vif commençaient à émaner d'une odeur désagréable. Le sang poisseux coulait sur ses doigts et gouttait au sol, rejoignant celui de Marcus, toujours inconscient.
Ça faisait presque une heure que l'Originel était dans cet état, et Oliver commençait à ne pas trop aimer ça. Quand ils s'étaient fait prendre, Marcus lui avait fait jurer de lui faire confiance, mais ils étaient affaiblis par la cavale à travers l'Europe. Oliver n'avait pas pu se nourrir depuis longtemps, et ces types que Marcus avait désigné comme étant des Chasseurs étaient bien renseignées sur leurs faiblesses lupines pour les neutraliser efficacement.
En voulant lui venir en aide, Marcus avait reçu deux balles en argent dans le ventre qui le faisaient se vider petit à petit. Une troisième plus vicieuse s'était logée dans sa cuisse. L'argent n'était pas mortel pour lui mais l'empêchait de cicatriser tant qu'il était dans ses chairs, et Oliver priait qu'il se réveille au plus vite, car il ne voyait pas comment se sortir de ce merdier sans lui.
Le jeune hybride commençait à se sentir de plus en plus mal. Jusqu'ici, sa nature vampire contrebalançait ses faiblesses lupines, mais il manquait tellement de forces que l'équilibre ne se maintenait plus. Les Chasseurs les avaient empêchés de manger, donné un minimum d'eau pour les maintenir éveillés. Les interrogatoires les privaient de sommeil, et Oliver commençait à atteindre ses limites.
- Toujours pas bavard ? Me fait pas croire que tu comprends pas quand je parle à toi. Je t'ai entendu parler anglais à ton ami.
Oliver ravala un nouveau juron, jurant contre ses instincts. Il avait désespérément faim et par dessus tout soif. A mesure que Tête-à-Claques le provoquait, il ne rêvait que de plonger ses crocs dans sa jugulaire mais il continuait de brider ses pulsions. Son corps était affaibli et Oliver serra la mâchoire pour garder le silence. Marcus lui avait ordonné de se taire dès qu'ils avaient su qu'ils étaient piégés, et hormis les cris de douleurs, il n'avait pas laissé filer un mot.
- Bien, il faut vous faire parler encore un peu ?
A ses pieds, Marcus restait mortellement silencieux mais Oliver entendit son pouls devenir plus fort. Il était en train de se réveiller et Oliver ne donnait pas cher de la peau de leurs geôliers s'il parvenait à se libérer.
Devant lui, Tête-à-Claques cracha au sol d'impatience. C'était la troisième fois qu'il faisait ça, et Oliver devait se retenir de lui dire que c'était vraiment un gros porc.
- Je te repose la question. Comment deux loups comme vous ont pu pénétrer sur nos terres ?
La mâchoire crispée, Oliver se contenta de regarder le Chasseur avec un regard de pure haine, maudissant Marcus intérieurement.
La Bulgarie, un pays tranquille, qu'il disait.
Tu parles.
