Mot de l'auteur : Et bonne année les gens ! Que cette nouvelle année soit pleine de bonne choses pour vous et ceux qui comptent pour vous. De mon côté, Mini est toujours malade (always and forever, mais pas le même vireus ! Trop simple, sinon). Sinon le chapitre était bouclé depuis dimanche, et le temps de son passage entre les mains de ma bêta, j'ai battu la ligue Pokémon Perle Scintillant et vu au moins trois fois la vidéo de Sylvain Lyve (d'ailleurs, il faut savoir que depuis le temps que je suivais Vilebrequin, j'avais même rédigé à l'époque un OS FlintWood grâce à leurs vultechs, c'est pour dire).

Allez 2025 sera l'année de l'écriture à défaut d'être celle de la ponctualité, hein *rire nerveux*

Kiss Kiss.

PS : Je m'excuse pour l'absence de réponses aux reviews ! Pour une raison que j'ignore, elles apparaissent sur l'application mais pas sur le site, et je galère à y répondre (ce qui explique la non mise à jour du "On papote ?", d'aileurs. Je ne sais pas si ça a un lien avec la maintenance du site, mais je fais au mieux pour apporter une réponse à chacun ! Merci en tout cas pour vos retours qui sont très précieux dans l'optique de vous fournir une histoire de qualité !

Note pour les démarcheur illustrateurs et autres :

Je n'accepte pas et je n'accepterai jamais de payer pour avoir des illustrations de mes histoires qu'elles soient sous forme de BD, de post instagram ou autre.

Je vous invite à démarcher sur d'autres plateformes pour trouver votre bonheur.


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Always and Forever

Chapitre 2 : Wild at heart (La rage au coeur)

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Les années de chasse à l'homme avaient fait connaître toutes sortes de tortures à Marcus. De l'articulation démise à l'os fracturé, il redoutait tout particulièrement les brûlures, car elles provoquaient d'intenses douleurs et leur cicatrisation était aussi longue que désagréable. Mais par-dessus tout, les pires atrocités pour lui étaient celles liées aux empoisonnements. Marcus avait très tôt découvert que sa double-nature impliquait également une double-faiblesse. S'il ne pouvait pas mourir définitivement dans la plupart des cas, les empoisonnements liés à la toxicité de l'argent pouvait rapidement devenir un enfer pour n'importe quel lycan, et Marcus n'en était pas épargné. La réaction produite quand le métal pénétrait dans le corps pouvait atteindre le coeur et faire s'arrêter son battement, venant créer une spirale infernale tout particulièrement appréciée de certains Chasseurs quand ils en avaient découvert les effets sur Marcus.

Pourtant si c'était à refaire, Marcus se serait quand même mille fois interposé entre Oliver et le Chasseur. Sans ça, Oliver aurait été abattu en un rien de temps et dans le cas ou la blessure n'était pas mortelle, l'empoisonnement du sang aurait finit le travail rapidement, définitivement. A la différence de la verveine dont le corps pouvait s'habituer après une longue exposition, l'argent finissait toujours par provoquer un arrêt cardiaque, et il était fatale même pour les hybrides. Le poison se répandait lentement dans l'organisme et la nature des vampires ne suffisait pas toujours à la contrebalancer, en particulier quand ils étaient déjà affaiblis comme eux.

Les sens en alerte, Marcus reprenait lentement conscience. Son corps n'avait pas la rigidité habituelle qu'il avait lorsqu'il mourait, aussi il déduisit qu'il avait seulement dû être inconscient. Avec précaution, il se concentra pour une rapide évaluation de son état. Les premières balles en argent qu'il avait reçu s'étaient logée juste sous les côtes, heureusement éloignées du coeur même si elles provoquaient des douleurs lancinantes à chaque inspiration. Le fait qu'elles lui avaient fait perdre une grande partie de son sang ne jouait pas en sa faveur, mais c'était quelque chose qu'il pourrait régler facilement s'il parvenait à se nourrir - et surtout à les extraire. Ce qui était plus gênant, c'était la troisième balle en plein dans le muscle de la cuisse. Elle visait initialement à l'empêcher de s'enfuir, ce qui indiquait que les Chasseurs qui les avaient attrapés étaient expérimentés.

Foutu Oliver par capable de comprendre une consigne simple. Ils étaient pourtant en pleine campagne bulgare et n'auraient pas du attirer l'attention. Marcus devait s'absenter juste cinq minutes pour retrouver un contact sur place. Alors pourquoi lorsque Marcus avait dit à Oliver « Reste assit à table et bois ton café sans parler à personne » ce dernier l'avait interprété comme « Va parler à ce charmant de groupe de personne à l'air antipathique. Regarde, ils ont des fusils, d'ailleurs », c'était un véritable mystère. Toujours était-il que Marcus avait été alerté par des bruits de coups de fusils, et qu'à son retour, Oliver était poursuivit par trois chasseurs dans le champs voisin. Marcus se souvenait de son regard horrifié avant qu'il ne s'écroule au sol après avoir reçu les balles. Ses mains tremblaient alors qu'il se répandait en mille excuses mais Marcus lui avait attrapé le bras fermement pour l'obliger à le regarder dans les yeux.

- Laisse-toi attraper, avait ordonné Marcus alors qu'Oliver le regardait avec incompréhension. Laisse-les te maitriser sinon ils vont te blesser encore plus. Maintenant écoute-moi attentivement.

Il avait utilisé ses dernières forces pour user de son hypnose. Tout ce dont ils avaient besoin, c'était de gagner du temps à présent. Le contact de Marcus avait forcément signalé son retour en Bulgarie, et ils seraient très vite recherchés, ce qui jouerait en leur faveur pour une fois.

- Oliver, tu la ferme. Quoi qu'ils te disent je t'ordonne de ne pas parler. Pour eux nous ne sommes que des loups, tu as compris ? Ils ne sont pas sensé connaître les vampires, ni les hybrides. Fais-moi confiance, et tais-toi. Ça va aller.

- Je suis désolé, avait pleuré Oliver en tentant vainement une compression sur sa cuisse.

- Je t'ai dis de me faire confiance.

Le châtain avait hoché la tête vivement avant de se laisser saisir par derrière puis attacher les bras dans le dos. Marcus se souvenait de l'air jouissif de celui qu'il pensait être le chef des opérations. Une sale raclure qui crachait par terre et dont il ne rêvait que d'effacer le sourire de son visage. Mais il devait attendre. Leur disparition allait donner l'alerte, et ce ne serait qu'une question de temps avant qu'ils ne soient retrouvés. Par nécessité de les protéger, Marcus avait préférer ne pas informer Oliver. Son ignorance le préserverait et Marcus préférait de loin que les Chasseurs les sous-estiment pour qu'ils puissent prendre l'avantage au moment venu. Tout ce qu'ils avaient à faire, c'était tenir encore un peu le coup. Ce qui préoccupait le plus Marcus à l'heure actuelle c'était la manière dont Oliver réagissait au poison, ainsi que ses propres blessures plus que gênantes.

- Je te repose la question, reprit le Chasseur en s'adressant à Oliver avec un fort accent de l'Est. Comment deux loups comme vous ont pu pénétrer sur nos terres ?

Les yeux encore clos, Marcus devinait le pouls d'Oliver en train de s'accélérer. La douleur émanant de lui se mélangeait à sa colère dans un cocktail de phéromones puissantes qui impressionna Marcus par sa détermination. Même avec tout ce qu'ils lui avaient fait, Oliver avait fait en sorte de rester debout. Il avait serré les dents et gardé le menton droit, puisant son énergie dans toute la confiance qu'il avait en Marcus. Dans d'autres circonstances, Marcus aurait pu le savourer, mais ils n'en étaient pas encore là.

Afin de protéger Oliver de lui-même, Marcus avait fait en sorte de le nourrir suffisamment depuis qu'ils avaient quitté la Nouvelle Orléans, mais jamais plus afin de l'aider à garder le contrôle. Chaque fois qu'Oliver avait senti son nouvel instinct prendre le dessus, Marcus l'avait empêché de se nourrir directement à la source. Les hormones de plaisir sécrétées en assouvissant ses nouveaux instincts de prédateur provoquait toujours une grande addiction chez les jeunes vampire, et Oliver n'en était pas épargné. La plupart du temps, Marcus avait réussi à dévier ses pulsions grâce au sexe, seulement après tant de temps de privation de nourriture et de sang, Oliver se transformait petit à petit en bombe à retardement, et Marcus craignait de ne plus réussit à le contenir suffisamment.

Le nouvel interrogatoire se poursuivit pour Oliver pendant que Marcus continuait de rassembler ses forces et élaborait sa stratégie. A la manière dont Oliver feula d'avertissement, ils n'avaient probablement pas beaucoup de temps devant eux.

oOo

Le premier cabanon dans lequel Anthony avait été enfermé était assez rudimentaire mais l'Alpha qui l'avait arrêté avait apparemment vite donné la consigne de déplacer Anthony dans un autre lieu de détention presque plus... confortable ? C'était surprenant sachant que l'Alpha avait refusé catégoriquement de le rencontrer. Tout ça ajouté au climat étrange qu'Anthony avait perçu en arrivant à Nouvelle Orléans, le Chasseur était plus que perplexe quand à son ordre de mission premier, mais sa mise sous surveillance était certainement l'une des moins pires qu'il avait connu jusqu'ici. Abi elle-même était confiante et lui avait conseillé d'attendre avant de tenter quoi que ce soit visant à le libérer.

Même s'il était toujours prisonnier, Anthonry avait désormais les mains attachées devant lui, et un repas servit au moins une fois par jour. Le matin, il avait même pu avoir de l'eau, chose appréciable dans un environnement aussi chaud que le bayou. Tout en sachant que sa présence pouvait amener à de la méfiance de la part des meutes, Anthony ne s'était pas attendu à un accueil pareil lorsqu'il avait déboulé vers le village ravagé. Sa cible était passé avant lui, laissant un spectacle macabre qui avait même choqué Abi. Les hommes avaient été pendus ça et là, les côtes ouvertes exactement dans le même procédé que la victime qu'il avait trouvé plus tôt. Le peu de survivants présent l'avaient vu comme une nouvelle menace et Anthony avait choisi de se rendre immédiatement pour éviter un malentendu encore plus grand. Dans l'attente de rencontrer l'Alpha comme c'était de coutume d'ordinaire, il avait choisi de garder le profile bas, communiquant avec Abi uniquement lorsque c'était nécessaire.

Tout ce qu'il pouvait faire en attendant, c'était continuer de réfléchir à la situation telle qu'elle se présentait. De son côté, Abi cherchait en questionnant les âmes errantes pour l'aider dans son enquête. Le plus souvent, Anthony se posait à table les yeux fermés et se concentrait pour visualiser les victimes dans les moindres détails. Huit hommes, tous pendus. A la manière de la première victime, attrapés et pendus avant d'avoir les côtes incisées. La plupart étaient jeunes, dont deux adolescents. L'attaquant n'avait pas été identifié par les survivants, donc il était extrêmement rapide. Un vampire ? Mais pourquoi un vampire s'en prendrait à autant de meutes ? Ça n'avait pas de sens.

A la manière dont la température chuta brutalement dans la pièce et dont sa peau se grêla en réaction, Anthony comprit qu'Abi était de retour. Il rouvrit les yeux avant de se tourner vers la silhouette fantomatique de sa sœur. Les mains jointes sur son ventre, elle le regardait d'un air usé, comme c'était souvent le cas quand elle communiquait avec les âmes errantes victimes de morts traumatisantes. Anthony ne pouvait pas lui en vouloir, de leurs missions c'était très certainement la plus difficile. Accompagner les âmes afin qu'elles traversent de l'Autre Côté n'était jamais une tâche facile, surtout quand la plupart ne comprenaient pas qu'ils étaient morts.

D'un geste usé, Abi lissa ses joues avant de s'approcher.

- Il y a une femme qui aimerait te parler.

Anthony ne parvint pas à cacher sa surprise.

- Une femme ? Les victimes n'étaient pas toutes des hommes ?

- Elle est morte depuis plus longtemps, répondit Abi. Elle s'appelle Myrtle.

Intrigué, Anthony scruta les murs de bois autour de lui. Il n'avait jamais entendu un nom pareil.

- Il y a du monde autour de la cabane ?

- Ils sont partis manger, répondit simplement Abi. Tu veux lui parler ?

- Oui, bien sûr.

Abi lui adressa un petit sourire encourageant avant de s'asseoir en tailleur sur le sol. Les mains posées à plat sur ses genoux, sa silhouette se fondit avant de prendre les traits d'une jeune fille brune avec d'énormes lunettes et d'étranges couettes sur les côtés qui étaient effectivement signe d'une mode plus que passée. Par respect, il hocha la tête.

- Je m'appelle Anthony.

- Tu es un Chasseur, accusa-t-elle immédiatement de sa voix stridente tout en fronçant les sourcils.

- Oui, mais j'ai des ordres précis. Je ne cherche que ce qui a ravagé la clan. Tu l'as vu ?

Elle le sonda d'un regard tellement perçant qu'il eut du mal à cacher son malaise. Malgré son air d'adolescente, elle semblait terriblement âgée. Anthony se demanda depuis combien de temps elle errait.

- Oh, on les connait bien les gens comme toi. Ils ne cherchent pas les innocents au début, mais vers qui ils se tournent quand il n'y a plus rien à chasser ?

Même s'il brûlait de se défendre, Anthony garda le silence. Il n'était pas autorisé à dire ce qui l'amenait réellement. Autour de lui, les échos de voix recommencèrent à chuchoter, le parasitant d'un charabia incessant. La fille dû le remarquer, car elle regarda tout autour de lui avec intérêt.

- Alors tu les entends, mais tu ne peux pas les voir sans ta sœur ?

- C'est toi qui a demandé à me voir, alors parle. Parce que tu as vu quelque chose, et je veux savoir quoi. Je traque ce qui cause les morts dans le bayou, c'est ma mission. Parle-moi car il y aura d'autre morts, et tu le sais.

- Très bien, s'énerva-t-elle.

Elle le regarda avec dédain avant de rajuster le chemisier de l'uniforme qu'elle portait.

- Il est arrivé avec un air mauvais sur le visage. Il a cherché les aînés, et il les a coursé, puis pendus avec cordes imbibées d'aconit. Seulement après, il les a ouvert avec un couteau argenté. Il est très rapide. Les hommes se sont défendus, mais il était résistant à la verveine et aux balles en bois.

Anthony la pressa alors que la silhouette commençait à se dissiper. Si seulement elle ne lui avait pas fait perdre autant de temps !

- Tu es sûre que c'était un vampire ? Il était comment ? insista-t-il.

- Il est grand et blond. C'est un vampire car quand il tué les ainés, ses yeux gris ont viré au rouge sang.

- Pourquoi il tue ?

Mais déjà, la silhouette fantôme s'évanouissait, faisant jurer Anthony. Abi n'avait certainement plus assez d'énergie pour se matérialiser à lui. Mais qu'est-ce qu'il était sensé faire avec si peu d'informations ? Le front posé sur le bois de la table, il ferma obstinément les yeux, gravant chaque parole dans sa mémoire. Vampire blond. Yeux gris. Grande de taille. Huit victimes dans une seule attaque. Comment les avait-il attrapés, piégés ? Une lame en argent, mais pourquoi s'ils étaient déjà pendus avec des cordes d'aconit ? D'agacement, Anthony n'arrivait plus à faire barrage aux chuchotements permanents. Il y avait décidément trop de voix et son crâne allait exploser.

- Assez ! rugit-il enfin en levant le visage vers le plafond aux planches de bois. J'ai besoin de m'entendre penser !

Les présences autour de lui restèrent, mais petit à petit elles se turent, et Anthony pria pour que Abi reprenne assez de force pour intervenir à nouveau à ses côtés. Sa sœur était la seule personne qu'il pouvait voir, et sa seule alliée face à la situation.

- Je veux voir l'Alpha ! exigea alors Anthony. Peeves, je sais que tu es là. Débrouille-toi, je veux voir un Alpha !

Il ne pouvait pas entendre l'esprit frappeur qui s'était entiché d'Abi, mais un courant d'air particulièrement féroce s'agita autour de lui, signe que sa requête avait été entendue.

oOo

Quand la porte claqua derrière les Chasseurs, Oliver relâcha la pression qu'il avait ressentit. Quelques battement de cils furent nécessaires avant qu'il se réhabitue à l'obscurité. Les taches brillantes laissèrent alors place à une vue plus douce liée à l'absence de lumière directe. Avec précaution, Oliver serra et desserra les poings pour permettre au sang de circuler dans ses veines, grimaçant quand les barbelés tiraient ses plaies. Son regard se posa avec inquiétude sur les veines apparentes dont le noircissement l'inquiétait au fur et à mesure que le temps passait. Marcus ne l'avait jamais explicitement informé des conséquences de ce genre de blessure, mais vu l'état de l'Originel, ce n'était pas quelque chose à prendre à la légère. Quand il pensait aux balles que Marcus avaient reçues à sa place, la honte le submergeait et il se retrouvait à guetter le moindre signe d'éveil avec une volonté farouche d'enfin sortir du merdier dans lequel ils s'étaient fourré par sa faute.

Le premier grognement de Marcus fit battre son coeur plus fort à mesure qu'il comprenait qu'il se réveillait enfin.

- J'ai dormi longtemps ? murmura Marcus en remuant à peine ses lèvres craquelées.

- Je ne pense pas. Peut-être deux heures. Comment tu vas ?

- J'ai connu mieux.

Avec un nouveau grognement, Marcus modifia légèrement sa position pour être mieux installé sur le flanc droit. Ses yeux à peine ouvert brillaient farouchement en étudiant le visage d'Oliver avant de s'assombrir en constatant les veines noires qui marbraient ses avant-bras jusqu'aux coudes.

- Tu le gères comment ? demanda alors Marcus d'un ton qu'Oliver ne savait pas trop interpréter.

- Je crois que mon corps s'habitue, hésita Oliver. C'est moins douloureux mais on dirait que ça remonte plus vite.

Le tic nerveux qui passa sur son visage ne plut pas à Oliver alors qu'il examinait à nouveau le tracé noir.

- C'est grave, pas vrai ? comprit-il.

- On va s'en occuper rapidement, répondit Marcus sans le contredire pour autant. Le mieux que tu puisses faire c'est de limiter le plus possible tes mouvements. Il ne faut pas que ça atteigne tes épaules, ni que tu aies de la fièvre.

Oliver hocha la tête vivement avant de s'humecter la lèvre nerveusement. Il avait terriblement soif, et la réaction de Marcus à propos de ses blessures n'était pas des plus rassurantes. Jusqu'ici il avait toujours cru que les Originels étaient invincibles mais il saisissait enfin l'ampleur que pouvait prendre le voyage en Europe, même loin de l'influence de Jédusor. Ils ne s'étaient pas nourris depuis longtemps, et leurs faiblesses accumulées à un moment aussi incertain n'était absolument pas rassurant. La seule chose qui le maintenait debout, c'était de savoir que Marcus avait déjà vécu bien pire, et qu'il s'en était toujours sortis. Sauf que c'était un Originel, et Oliver se disait bien que s'il était le seul hybride encore vivant parmi tout ceux que Marcus avaient transformés, c'était certainement pour une bonne raison.

- Marcus, comment on va sortir d'ici ? demanda-t-il finalement. S'ils sont capables de te maîtriser, on fait quoi ?

- Je suis le seul qui parle leur langue, et ils ont comprit qu'on est ensemble. Ça signifie qu'ils ne peuvent pas te tuer. Leur Code le leur interdit.

- Parce qu'ils ont un code d'honneur, en plus ? cracha Oliver en désignant ses poignets meurtris. Trop charmant.

Depuis le sol, Marcus lui adressa un regard noir qui le fit frémir.

- Oliver, écoute-moi, je ne plaisante pas. Ils pensent que je vais bientôt mourir et ils ont raison. L'infection lié à l'argent est en train de se propager sauf que si je meurs, je ne pourrais pas nous sortir de là avant de reprendre conscience, et vu notre état, je ne sais pas combien de temps ça peut prendre.

- A quel moment c'est sensé me rassurer ? répliqua Oliver. Tu crois qu'ils vont réagir comment quand ils vont voir que tu vas te réanimer après ta mort ?

- Je réfléchis encore. Je suis marbré jusque où ? Tu arrives à voir ?

En penchant la tête sur le côté, Oliver plissa les yeux. C'était un effort qu'il n'était plus habitué à faire. Durant les trois semaines qu'ils avaient passé en cavale, Marcus l'avait familiarisé le plus possible avec ses nouvelles capacités. Seulement voilà, Oliver avait vite découvert qu'elles ne restaient jamais optimales à moins d'être constamment nourrit, et il comme n'était pas prêt à combattre sa nouvelle addiction, Marcus l'avait restreint à des quantités qu'il jugeait raisonnable, mais qui étaient à la limite de la souffrance pour Oliver qui vivait dans une constante frustration.

- J'ai l'impression que ça dépasse de ton col, sous ton menton.

Marcus hocha lentement la tête. Il tenta de remuer à nouveau avant de se raviser, et Oliver fut incapable de calmer la bouffée de colère qui monta en lui en ressentant les vagues de souffrance de Marcus. Les balles allaient l'empêcher de bouger, c'était une certitude. Oliver sentit malgré lui ses poings se serrer pendant que son sang battait plus fort dans ses veines. Marcus du le percevoir aussi car il se raidit en cherchant son regard.

- Oliver, calme-toi, ordonna-t-il d'un ton ferme.

Mais déjà le regard d'Oliver était rivé sur la porte verrouillée et il sentait l'agitation le parcourir. Tout commençait à se mélanger en lui. La fatigue, la douleur, la colère. Et par-dessus tout, la faim. Ses gencives le démangeaient, ses doigts se mirent à trembler et les nouveaux tiraillements provoqués par les barbelés sur ses poignets achevèrent de lui faire voir rouge. Toujours au sol, Marcus le fixait avec préoccupation, et ses lèvres articulèrent des paroles qui ne parvinrent pas à ses oreilles, car Oliver avait déjà basculé dans un tout autre état.

Il voulait sortir de là, et il allait tout faire pour, même si ça signifiait devoir souffrir beaucoup plus sur le moment. Après une grande inspiration, Oliver rejeta la tête en arrière et se mit à forcer sur les barbelés comme jamais. Sans interruptions, il se contorsionna, mordant ses lèvres pour ne pas crier, obligeant son corps à suivre les mouvements en dépit de la douleur qui l'assaillait plus que jamais. Pourtant il continua de tirer comme un forcené, changeant l'axe de ses bras autant qu'il le pouvait. Les Originels lui avaient toujours dit que les jeunes vampires possédaient une force décuplée peu de temps après leur transition, et Oliver plaçait tout ses espoirs dans ces paroles. S'il se souvenait bien des enseignements de Marcus, il pouvait peut-être venir à bout des trois hommes qui les retenaient. Le plus important était de délivrer Marcus et de lui retirer les balles, alors Oliver focalisa dessus.

Partout où les barbelés ouvraient et agrandissaient ses plaies, des rigoles écarlates zébraient ses bras, mais à présents les chaînes cruelles commençaient à se tendre, ce qui confirma à Oliver qu'elles n'étaient probablement pas aussi solides qu'il l'avait pensé au premier abord. Et si la douleur était avant tout pour un effet dissuasif ? Et s'ils l'avaient vraiment prit pour une pauvre petite chose sans défense, car ils estimaient que le plus dangereux était à terre et mourant ?

Sa réflexion lui donna l'énergie suffisante pour enrouler ses deux poignets plusieurs fois autour des barbelés.

- Ne fais pas ça ! cria Marcus en tentant de se redresser à quatre pattes, le souffle court.

Mais Oliver contracta ses mâchoires et puisa dans ses dernières réserves. Les poings serrés à présent, il banda tout les muscles qu'il pouvait encore solliciter, et usa de son énergie pour lutter contre les barbelés. C'était atroce, comme si tout son être était ravagé pas des lames de rasoir, mais Oliver n'avait qu'à se concentrer pour sentir le métal qui commençait à céder. Aussi toxique pouvait-il être, l'argent n'était pas réputé pour sa résistance, et dans un ultime cri, la chaîne droite qui le retenait se détacha du mur, le déséquilibrant dans un premier temps avant qu'il use de son poids en s'arquant en avant, faisant céder la deuxième juste après. De justesse, il se rattrapa à quatre pattes, haletant comme un forcené. Ses doigts sanguinolents défirent plus facilement les chevilles, et quand la porte s'ouvrit à la volée, Oliver attrapa le premier Chasseur qui eut le malheur de passer devant lui.

Oliver ne se souvenait pas avoir eut autant mal de toute sa vie, mais quand ses crocs plongèrent dans la carotide chaude qu'il avait sous le nez, ce fut comme une explosion d'ivresse. Depuis sa transformation, Marcus l'avait uniquement nourrit avec des poches volées dans des hôpitaux, aussi Oliver avait vécu dans la constante frustration d'un instinct qui n'était jamais assouvis. Mais alors que le sang coulait à flot dans sa bouche, il sentait la plupart de ses plaies se refermer et une nouvelle énergie fusa en lui tandis qu'il aspirait la vie du Chasseur avant de lui briser la nuque comme Marcus lui avait apprit. Sans la moindre considération, il le rejeta au sol, tout les sens en alerte sur les bruits de pas qu'il entendait se rapprocher. Il y en avait au moins trois, ce qui correspondait au groupe qui les avait attrapés. Il s'était juré de rendre la monnaie de sa pièce à Tête-à-Claques.

D'un revers de manche, il essuya le contour de sa bouche avant de réaliser que Marcus l'appelait de nouveau. Il avait tellement soif. Avec préoccupation, son regard suivit le bruit des cœurs battants en approche. C'était leur faute après tout, ils les avaient blessé en premier. Derrière lui, Marcus jura bruyamment et se redressa en position debout, prenant appui contre le mur à cause de sa jambe blessée. La vision de l'Originel aussi affaibli acheva de le faire basculer, et il entendit à peine la voix de Marcus appeler son nom tandis qu'il saisissait un autre Chasseur qui venait d'arriver. L'homme eut un mouvement de recul avant d'être plaqué contre un pan du mur et déjà Oliver s'apprêtait à l'attaquer, une main en l'air.

Ce fut le moment où Marcus rugit son nom avec une intensité telle qu'Oliver sentit la part animale en lui frémir sans pouvoir la contrôler. Alors qu'il s'apprêtait à briser la nuque de l'homme qu'il avait entre ses mains, Oliver se stoppa et accrocha le regard fauve de Marcus qu'il n'avait pas vu briller depuis un long moment.

- Oliver, pas lui ! Stop ! ordonna précipitamment Marcus. Il est avec nous ! Lâche-le, c'est terminé.

Sidéré, Oliver lui lança un regard incertain alors que le sang battait toujours furieusement dans ses veines. Qu'est-ce qui était en train de se passer ? L'homme qu'il tenait par la gorge lui tapota le bras avec un sourire crispé, sûrement pour lui faire signe de le relâcher, mais ses doigts écarlates hésitèrent à se desserrer de sa prise. Marcus commença alors à parler dans ce qu'Oliver pensa être le dialecte local, car il l'avait entendu parler comme ça avec les Chasseurs. L'homme qu'il tenait lui répondit alors, regardant toujours Oliver avec préoccupation, ce qui décida ce dernier à le relâcher d'un geste sec.

Ne sachant pas comment agir, il rejoignit Marcus pour l'aider à retirer les barbelés, libérant ses poignets qui étaient dans un état pire que les siens. Pendant ce temps, ils furent rejoints par deux autres hommes, donc un qui portait un long couteau sanguinolant et qui salua Marcus avec un respect presque militaire. Au vu de la manière dont l'Originel lui rendit son salut, Oliver comprit qu'ils se connaissaient, ce qui continuait de le rendre perplexe.

Le petit groupe semblait se tenir à une distance sécuritaire de lui, et à y réfléchir, Oliver se rendit compte qu'il ne s'était peut-être pas montré sous son meilleur jour. Ne sachant toujours pas quelle attitude adopter, il resta flanqué au côté de Marcus.

- Marcus, c'est qui ces gens ? murmura Oliver qui n'aimait pas la manière dont il était regardé comme une bête de foire.

- C'est long à expliquer, répondit Marcus en massant ses poignets libres tout en s'adossant au mur. Mais ils sont avec nous et on peut leur faire confiance.

- Ça veut dire qu'on va les suivre ?

- Laisse-moi voir tes bras avant, exigea l'hybride en lui prenant les poignets.

Oliver frémit quand ses doigts passèrent sur la peau nouvellement cicatrisée. Lentement, les mains de Marcus remontèrent les veines noires et Oliver se rappela qu'il avait dit qu'elles ne devaient pas atteindre ses épaules. Pourtant, il se sentait particulièrement en forme comparé à Marcus qui était dans un état plus que lamentable. Ce fut lorsque Marcus fit glisser ses mains sur ses épaules qu'Oliver comprit que quelque chose n'allait pas. Le regard de Marcus n'était plus fauve, il était d'un noir profond, et dénué d'émotion comme lorsqu'il devait agir de sang-froid.

Mais avant qu'Oliver ne puisse exécuter le moindre geste, Marcus lui saisit la nuque avant de la briser sèchement.

oOo

Quand Draco regagna la maison de Harry, il eut l'étrange surprise de retrouver le jeune Alpha avec une mine d'enterrement. Comme souvent lorsqu'il était préoccupé, Harry avait la manie de jouer avec un vieux canif qu'il avait hérité de son défunt parrain. C'était une belle lame, pratique et robuste que le jeune hybride faisait le plus souvent tournoyer avec agilité entre ses mains. Quand Harry était vraiment énervé, il partait s'entrainer au lancer de couteau plus loin le bayou, mais Draco fut surpris lorsque la lame fusa sur le côté droit de son visage avant de se planter à quelques centimètres de sa tête. Voila qui annonçait une nouvelle soirée bruyante en perspective. Vraiment, Draco était las de sa journée, et n'avait pas du tout envie de reprendre la conversation de la veille. Ses précieuses chaussures en cuir étaient maculées de boue après avoir écumé le bayou en quêtes de nouvelles négociations avec les meutes, et il n'aspirait qu'à un peu de tranquillité.

- Toi, ordonna Harry en désignant son salon d'un mouvement de tête sec. On va parler, et tout de suite.

Et bien soit, apparemment le monde était contre lui. Après une inspiration visant à le calmer, Draco hocha la tête. D'un geste automatique, il ramena ses cheveux en arrière et remonta les manches de sa chemise, prêt au procès qui semblait s'annoncer. Harry le précéda et verrouilla la porte directement après son passage. A présent plus intrigué qu'autre chose, Draco lui saisit le poignet avant de le rapprocher de lui.

- Peter est revenu ici ? questionna Draco après avoir senti l'air.

- Oui, avoua Harry en levant son regard vers lui. Et toi et moi, on a des choses à se dire.

Lorsqu'il indiqua le fauteuil d'un index impérieux, Draco leva un sourcil intrigué. Curieux d'avoir des réponses à ses questions, il s'installa, les mains croises sur son ventre. D'un geste du menton, il encouragea l'Alpha à parler. Harry s'installa face à lui, le visage préoccupé.

- Le Chasseur a parlé. Il dit qu'il travaille pour une organisation et qu'il a été envoyé en éclaireur.

Même s'il en mourrait d'envie, Draco garda ses paroles pour lui, se contentant d'étirer ses lèvres en un sourire satisfait qui ne surprit même pas Harry ; celui qui signifiait son plus beau "J'avais raison".

- Je préfère attendre avant de te présenter mes excuses pour avoir douté de toi, se défendit aussitôt le brun. Ce n'est pas le premier Chasseur qui vient ici, mais s'il dit vrai, c'est le premier de son organisation.

Draco acquiesça, choisissant d'aller dans le sens de Harry. Leurs relations étaient trop tendues ces derniers temps, ce qui ne lui plaisait pas vraiment. A la place, il l'encouragea à parler, espérant faire le bon choix.

- Est-ce qu'il a dit à quelle organisation est-ce qu'il appartient ?

- Peter dit qu'il travaille pour un groupe qui s'appelle Aurors.

Cette fois, Draco ne put cacher sa stupéfaction et se pencha vers Harry, brûlant d'en savoir plus.

- Tu en es certain ?

- Donc tu connais cette organisation.

L'Originel tapota l'accoudoir pensivement, indifférent au regard lourd de questions que son compagnon dardait sur lui. S'il n'aimait pas particulièrement mentir à Harry, cela ne voulait pas dire qu'il devait forcément révéler tout les aspects de sa vie, en particuliers ceux qui ne le regardaient pas. Draco choisit la réponse la plus adaptée à la situation actuelle. Il aurait le temps de développer plus tard. Ce qu'il voulait surtout savoir, c'était pourquoi un Auror était envoyé dans le bayou.

- Les Aurors sont des Chasseurs britanniques mais ils n'interviennent qu'à la demande de l'Autre-Côté et ils suivent un Code très strict, expliqua Draco. Leur principale mission est la régularisation des individus surnaturels qui représentent une menace pour le plus grand bien. Il a dit ce qui l'amène ici ?

- Oui, confirma Harry. Et je sais ce qu'il chasse.

La façon dont il termina sa phrase déplu à Draco qui le transperça du regard. Une nouvelle tension s'installa dans la pièce et le coeur de Harry rata un battement, achevant de rendre le visage de Draco aussi fermé qu'une porte de prison.

- Cesse de me ménager, et parle tout de suite, cingla Draco.

Le jeune Alpha sorti un papier plié de sa poche qu'il fit tourner entre ses mains avant de relever son visage perplexe vers Draco.

- Il dit chasser un homme blond aux yeux gris. Un vampire aux cheveux pâles qui a pendu les hommes des clans et leur a ouvert la cage thoracique.

Draco mit un temps avant de réaliser qu'il avait bloqué sa respiration. Quand il s'en aperçu, il se leva brusquement, l'esprit en effervescence. Sous le regard préoccupé de Harry, il se mit à faire les cent pas, son esprit réfutant ce qui se mettait en place.

- Je veux que tu saches que je ne crois pas que ce soit toi..., commença Harry en se levant lentement sûrement dans le but de le calmer.

Puis, comme s'il se ravisait, le jeune Alpha se focalisa sur son visage avant de froncer les sourcils.

- Draco, tu sais ce qu'il cherche, comprit Harry.

- Je veux que tu m'amènes le voir, exigea Draco en se plantant devant lui. Tout de suite.

oOo

Adrian était au bord de la migraine, il le sentait. Le menton dans la main, il ferma les yeux d'agacement avant de les rouvrir et de prendre une inspiration visant à le détendre le plus possible - ce qui n'était pas vraiment prêt d'arriver dans les circonstances actuelles. Par nécessité, Marcus avait fait aménager les deuxièmes et troisième étage du fort afin d'accueillir les vampires qui avaient rejoint leur cause. La plupart était des malades et des sans-abris voués à ne pas survivre à l'automne et qui avaient choisi de se ranger du côté des Originels par respect envers leur sauveur, mais Adrian ne faisait confiance à aucun d'entre eux. Qu'importe les siècles, les hommes étaient toujours des créatures intéressées, et c'était Marcus qu'ils avaient choisi de suivre initialement, pas lui.

Devant l'ampleur des tâches qu'il avait à effectuer, il lui devenait nécessaire de déléguer, alors Adrian s'était mis en tête de se trouver lui-même ses futurs alliés. C'était donc un peu par hasard qu'il avait rencontré Vincent Crabbe, un sorcier excommunié à cause de son penchant pour la magie du sang. Il n'avait pas été difficile à convaincre, car Adrian s'était vite rendu compte qu'il était assez simple d'esprit. Tout ce qu'il cherchait se retrouvait dans la plupart des désirs des hommes ; de l'argent et du pouvoir, et Adrian était en mesure de lui fournir tout ça tant qu'il lui restait loyal. Ce qu'il n'avait apparemment pas assez anticipé, c'était à quel point il était vraiment bête. Déjà, il avait amené son meilleur ami comme une petite fleur, un certain Gregory Goyle qui avait la carrure d'une véritable armoire à glace. Adrian était certain qu'il était plus grand que Marcus et qu'à capacité égales il pourrait le mettre à terre en un claquement de doigts, ce qui était finalement un atout à garder dans sa manche.

Ainsi, Adrian s'était trouvé à devoir baby-sitter Crabbe, et nouvellement Goyle qu'il avait tout bonnement découvert inséparable de son camarade. Au plus profond de lui, Adrian espérait avoir fait un bon investissement en misant sur sa confiance en ces deux-là. Si son temps se divisait maintenant à passer derrière eux pour réparer leurs bourdes, il avait bon espoir qu'ils montrent leur utilité prochainement.

Enfin, ça ne serait pas pour cette fois, apparemment.

Après avoir remis son béret en place, Adrian se planta devant le petit groupe qui se tenait devant son bureau. Un homme, deux femmes. A un détail près, ils devaient avoir au moins soixante-dix ans, et ce constat provoqua une monté de colère en lui qu'il s'appliqua à maitriser le plus possible.

- Bien, reprit Adrian avec toute la patience dont il pouvait faire preuve. Nous sommes d'accord que ce n'est pas du tout ce que je vous ai demandé ?

- Tu nous a dit de trouver des hommes pour toi. C'est ce qu'on a fait.

- Des hommes, oui, corrigea Adrian avant de se pincer le nez.

Comment il allait justifier à Marcus l'existence d'une branche gériatrique dans sa nouvelle milice ? De tout les habitants que pouvait compter le Vieux Carré, il avait fallut que ces abrutis lui ramènent trois vieux. Mais qu'est-ce qu'il allait bien en faire ? Heureusement pour lui, son smartphone vibra bruyamment et le contenu du SMS qu'il avait reçu relégua sa préoccupation du moment au second plan.

- Une urgence, je dois vous laisser. Crabbe, tu trouves une chambre pour que ces messieurs-dames puissent s'installer. Je vous rejoins plus tard.

Après les savoir salué de son béret comme il avait vu des jeunes hommes faire dehors, il fila hors de son bureau vers le petit salon, croisant Blaise dans le couloir ouvert qui affichait une mine grave.

- Oh, c'est forcément mauvais, commenta Adrian tandis que Pansy les devançait de son pas rythmé, non sans leur donner un coup d'épaule au passage.

Blaise renifla d'agacement avant de fermer les doubles portes derrière lui, signifiant que Pansy et lui étaient encore en froid depuis leur précédente conversation, et Adrian mourrait de curiosité d'en savoir toujours plus.

Alors qu'il n'avait pas remit un pied dans la maison depuis plus d'une semaine, Draco les attendait de pied ferme avec une expression tellement grave que Pansy saisit automatiquement la carafe de bourbon préférée de Marcus avant de tous leur tendre un verre. Nerveux, Adrian attendit qu'ils parlent en premier laissant le liquide tourner dans son verre. Quel que soit le sujet que Draco avait à aborder avec eux, il devait être extrêmement urgent pour qu'il se déplace en personne et les réunisse tous. Sa seule crainte était que ce soit lié au silence de Marcus. Adrian passa nerveusement sa langue sur ses lèvres, dans l'attente.

Droit devant la baie vitrée, Draco replaça une mèche de cheveux d'un geste sec, son regard d'orage les dévisageant chacun leur tour.

- Les Aurors ont envoyé un éclaireur en ville, commença-t-il alors que Blaise le fixait avec stupéfaction. Je l'ai rencontré tout à l'heure, il est retenu dans une meute du bayou.

- Les Aurors envisagent une intervention ? s'étonna Adrian, réagissant avant tout le monde.

- Il y a plusieurs choses à savoir, reprit Draco en remontant les manches de sa chemise. D'abord, oui, les Aurors ont reçu des informations qui pourraient les amener à intervenir, sauf qu'elles ne concernent pas toutes Jédusor. Actuellement, le Chasseur a une cible bien précise.

- C'est encore Marcus, c'est ça ? lança Pansy, révélant à voix haute ce qu'ils pensaient tous.

Les bras croisés sur sa poitrine, elle le fixa sans ciller, les sourcils froncés.

- Non, ce n'est pas Marcus, intervint alors Blaise. Sinon ils n'auraient pas envoyé un éclaireur, mais un groupe de Chasseurs. Ils ont été très clair sur le fait qu'il n'y aura pas de second avertissement.

- Des meurtres ont eut lieu dans le bayou, continua Draco d'un ton grave qui capta à nouveau leur attention à tous. Ça a commencé avec des corps d'hommes exsangues, puis des membres de différentes meutes. Harry et moi avons pensé à une nouvelle purge, mais ça ne colle pas avec le silence de Jédusor. Les victimes sont des hommes âgés de la trentaine, la plupart du temps les derniers ainés survivants des meutes.

Après avoir pincé ses lèvres, il but une gorgée de bourbon, comme si la suite allait lui arracher la bouche.

- Sauf depuis quelques jours. Les hommes ont tous été pendus vivants avant d'être supplicié à la façon de l'aigle de sang.

Le silence qui suivit sa déclaration s'abattit sur la pièce sans crier gare, et Pansy se laissa tomber sur le divan, les yeux dans le vague.

- Ce que tu insinues est impossible, murmura-t-elle finalement tout en fixant Draco comme si elle espérait qu'il allait démentir ses propos.

A la place, l'Originel vida son verre d'un trait tout en rejoignant le divan. Là, il sorti un morceau de papier de sa poche et le déplia avant de le faire glisser sur la table basse.

- J'ai également pensé que c'était impossible avant que Harry ne me fasse parvenir son ordre de mission.

Le coeur d'Adrian rata un battement quand son regard accrocha le document. Mis à part dans les journaux de Marcus, il y avait une éternité qu'il n'avait plus eut l'occasion de lire de l'ancien norvégien, et malgré lui, son souffle se bloqua dans sa gorge alors qu'il relevait son regard vers celui de Draco, faisant le lien avec les meurtres évoqués dans le bayou et ce qu'ils pouvaient impliquer.

Monsteret som jakter på Monstre.

- Le Monstre qui chasse les monstres, traduisit Blaise à voix basse confirmant à Adrian qu'il ne s'était pas trompé.

La simple mention d'hommes pendus dans le bayou avait fait germer de mauvais souvenirs dans l'esprit d'Adrian ; ceux de la folie vengeresse qui avait assaillit leur père lorsque l'identité de bâtard de Marcus avait été révélée. Avec une haine dévastatrice, il avait traqué les hommes bruns qu'il avait pendu avant de leur infliger une des pires tortures qui existaient dans leur culture ; l'aigle de sang. Les malheureuses victimes étaient encore vivantes lorsque leurs bourreaux ouvraient leurs côtes, répandant une agonie aussi barbare qu'ignoble. La première fois qu'Adrian avait assisté à une telle exécution, il avait quatorze ans et il avait vomit sur le champs, avant d'en faire des cauchemars durant des mois.

C'était par la suite devenu la signature du père Malfoy avant qu'il trouve enfin le géniteur de Marcus, puis qu'il se décide à en faire sa nouvelle cible. Adrian n'était pas éveillé quand Draco avait tué leur père, mais Pansy avait brièvement évoqué le sujet après qu'Adrian l'ai assaillit de question. C'était une étrange sensation que de se dire qu'ils n'avaient probablement jamais été autant en sécurité qu'une fois leur père définitivement neutralisé.

- Comment ça peut être possible ? prononça enfin Blaise d'une voix rauque. Ça demanderait une telle quantité de concentration magique que nous aurions forcément été alerté.

- Je ne sais pas, répondit Draco. Mais quoi qu'il en soit, ça devient notre priorité.

- Je ne suis pas d'accord, répliqua alors Blaise en croisant les bras sur son torse. Et si ça avait au contraire tout à voir avec Jédusor ? Son activité est anormalement calme depuis que Kerian a été libéré. Qu'en penses-tu Adrian ?

Encore sous le choc Adrian secoua la tête avant de rejoindre Pansy et Blaise. D'un geste sec, il vida son verre d'un trait, grimaçant quand l'alcool lui brûla la gorge.

- Est-ce qu'il y a au moins un truc qui peut rester mort dans cette putain de ville ? finit par articuler Adrian, lâchant enfin la bombe qui lui brûlait les lèvres dès l'instant où il avait lu le contenu de l'ordre de mission.

oOo

Une fois le nettoyage de leur lieu de captivité assuré, Marcus pu enfin souffler. L'équipe qui avait assuré l'élimination des Chasseurs s'occupa très rapidement d'extraire les balles de son corps sur place, avant de les exfiltrer Oliver et lui vers le siège de Durmstrang. Le contact qu'il avait eut quelques jours plus tôt visait à informer Durmstrang qu'il était de retour en ville, même s'il avait plutôt souhaité rester sous les radars. Au moins l'Institut n'avait pas perdu en efficacité à retrouver sa trace, et Marcus se garda derrière l'oreille de remercier le directeur de l'institut dès qu'il le pourrait. De tous les meilleurs éléments que comptaient Durmstrang, Karkaroff était devenu un véritable pilier pour seconder Marcus sur place. Sa rigueur et son sens de la discipline étaient des qualités que Marcus jugeaient très précieuse, tout comme sa discrétion. Lors de sa dernière visite en Bulgarie, Marcus et lui avaient travaillé d'arrache-pied afin de créer le plus de relais possibles dans tout le pays, permettant à ceux qui le souhaitaient d'être repérés par l'Institution afin de bénéficier de ses services. C'était la branche officielle qui justifiait l'existence de Durmstrang, quand Marcus en avait reprit le contrôle des siècles plus tôt.

Leur trajet jusqu'à l'Institution fut bref, et une fois sur place, Marcus fit savoir qu'il ne souhaitait pas être dérangé avant d'en avoir donné la permission. De toute façon, Karkaroff était forcément au courant de son retour, et ils avaient toujours fonctionné ainsi. Pour l'heure, Marcus avait surtout besoin de repos afin de veiller Oliver.

Jamais Marcus n'avait autant apprécié prendre une douche qu'en retrouvant ses quartiers privés à Durmstrang. Le front posé contre les carreaux, il avait laissé l'eau chaude couler un long moment, chassant le sang séché et la saleté qui maculaient son corps à différents endroits. Maintenant que les balles avaient été extraites de son corps, les veines noires tendaient à disparaître, accélérées par le fait que Marcus ait enfin pu se nourrir convenablement sur le trajet. Le sang avait fait son travail, mais les quatre jours de privation de nourriture continuaient à ralentir son métabolisme, en attendant qu'il profite d'un copieux repas dont il n'avait pourtant pas envie. Avec un plaisir non dissimulé, il s'appliqua également à refaire les contours de sa barbe, troquant son air de sauvage négligé pour retrouver une allure propre. Maintenant qu'ils étaient en lieu sûr, Marcus n'avait plus à se fondre dans la masse, bien au contraire. Durmstrang devait savoir que son fondateur était de retour, même si c'était pour un court laps de temps.

Avec la rigueur qui la caractérisait tant, l'Institution avait entretenu chaque pièce avec une minutie admirable. Tout était tel qu'il l'avait laissé en quittant les lieux quelques années plus tôt, allant des livres posé sur sa table de chevet jusqu'aux dossiers en cours qu'il avait supervisé sur son bureau. Pas un grain de poussière et des rideaux repassés, il n'en attendait pas moins de l'établissement pour lequel il avait donné une importante partie de sa vie.

Vêtu d'une chemise bordeaux qui sentait encore l'assouplissant, Marcus contempla le bar avant de choisir une carafe de son bourbon préféré et s'en servir un généreux verre. L'alcool réchauffa sa gorge comme une douce caresse avant qu'il repose le verre sur le bar pour saisir son téléphone qui avait enfin finit de charger. S'il appréciait tout particulièrement les smartphones pour leur praticité, Marcus avait toujours été persuadé que garder un téléphone portable basique était une nécessité, surtout lorsque la fratrie devait traverser certains endroits où les situations étaient tendues. Les technologies, aussi pratiques puissent-elles être, avaient aussi leur revers de médaille, dont la faculté d'être assez facilement traçable. Ravi de voir qu'il n'avait pas perdu la main, il lui fallu peu de temps pour signaler sa position au téléphone qu'il avait laissé au Vieux Carré.

Une fois les formalités les plus urgentes réglées, Marcus emporta une tablette trainant dans le salon pour la consulter depuis sa chambre. Comme chaque fois qu'il revenait dans la pièce, son regard tomba sur la silhouette d'Oliver, installé dans le lit. C'était la première chose qu'il avait fait, à peine arrivé dans ses quartiers. Dégager tout le personnel, et installer Oliver lui-même. Avec application, il avait changé ses habits, et réalisé une toilette complète. Oliver avait toujours accordé beaucoup de soin à son hygiène, aussi Marcus s'en était occupé méticuleusement avant de le rhabiller dans un peignoir confortable et de couvrir avec une bonne épaisseur de couette. Même s'il était encore terriblement pâle, et amaigri de leur captivité, Oliver avait les traits détendus à la manière d'un mannequin endormi.

Le silence régnant dans la chambre ne lui laissait toujours pas parvenir de battement de cœurs, mais une rapide inspection révéla que les marbrures noires étaient déjà grandement atténuées. Durant tout l'effort qu'avait mobilisé Oliver, Marcus les avait regardées remonter à la frontière de ses épaules, et le jeune hybride avait été mortellement proche de se tuer lui-même si Marcus n'avait pas prit la décision de faire cesser les battements de son coeur. Bien sûr, il l'avait fait dans l'urgence, mais c'était objectivement le meilleur choix qu'il avait pu faire pour sauver Oliver. En faisant stoppant les battements de son coeur, le poison ne pouvait plus y remonter.

Tout ce qu'il pouvait faire maintenant, c'était attendre. Marcus avait donné la consigne claire de n'être absolument dérangé sous aucun prétexte. Toutes les entrevues qui n'étaient pas nécessaires avaient donc été décalées, et Marcus prenait la température de la situation de Durmstrang en attendant qu'Oliver revienne à lui.

Il étudiait les documents de la tablette depuis plus d'une heure quand les premiers battements de cœurs se firent entendre, lents et espacés. Ce fut le moment qu'il choisit pour mettre de côté ses occupations et redresser Oliver. Avec intérêt, il mobilisa ses bras pâles, appréciant la manière dont les marbrures se dissipaient comme de l'encre effaçable. Il faudrait nourrir Oliver suffisamment durant sa convalescence, mais ils avaient le temps à présent, et ce n'était pas ce qui préoccupait le plus Marcus à l'heure actuelle. Plus que son état physique, c'était sa prise de conscience lorsqu'il reviendrait à lui qui l'inquiétait le plus.

Oliver était déjà mort une fois avant d'être ramené par le sang de Marcus, et l'Originel était mieux placé que personne pour comprendre le traumatisme que c'était lorsque le corps, puis la conscience revenaient, en particulier après un choc brutal. Il était prêt à mettre sa main au feu qu'Oliver lui en voudrait, ce qui pour une fois, était plutôt légitime. Perdu dans ses pensées, il reprit son verre et le sirota, lisant de nouveaux rapports en diagonale. Le groupe qui les avait arrêté Oliver et lui était vraisemblablement un groupe isolé, mais ils fleurissaient un peu plus sur le territoire. Les derniers recensements étaient même plutôt intriguant. Même si ce n'était pas le but de sa visite à Durmstrang, ça vaudrait le coup de s'y pencher plus tard, une fois Jédusor totalement neutralisé.

Bien malgré lui, Marcus sursauta lorsqu'Oliver revint à lui. D'abord, ce fut un long et pénible gémissement avant qu'Oliver se tourne sur le côté, sûrement le temps de rassembler ses esprits. Puis, avant que Marcus n'ait le temps de poser son verre, il se redressa en hurlant de terreur, les mains rivées sur son cou, en proie à une panique terrible qui rempli la pièce de phéromones de stress et de terreur. Délaissant ses occupations, Marcus le rejoignit immédiatement, usant de ses propres phéromones pour le calmer dans un premier temps. Le regard d'un rouge profond, Oliver le fixa quelques temps avant de battre des cils et de regarder tout autour de lui avec méfiance.

Parce qu'il ne savait pas quoi dire sans être maladroit, Marcus choisi de garder le silence, signifiant par sa présence que tout danger était écarté. Ses mains se refermèrent sur les poignets d'Oliver pour lui faire lâcher sa propre gorge, avant qu'il l'attire à lui pour l'étreindre. Là seulement, Oliver commença à trembler, et Marcus comprit qu'il ravalait ses sanglots dans une tentative de préserver sa fierté. Et rien que pour ça, Marcus l'admirait sincèrement.

Du moins, jusqu'à ce qu'il commence à parler.

- Tu m'a tué, sale chien, prononça Oliver d'une voix rauque en enfouissant encore plus son visage dans son cou.

Marcus hocha la tête, rassuré par sa réaction. Peut-être qu'il n'allait pas si mal que ça. Ou alors, il s'était trop habitué à être à ses côtés.

- Ce n'est pas comme si je m'attendais à ce que tu me dises merci, rétorqua alors Marcus.

- Tu peux te brosser.

Pour la première depuis leur arrivée en Bulgarie, Marcus sourit.