Terry était très, très curieux, parce que c'était le moment de visiter la famille de Maman, et elle avait toujours insisté que c'était une famille très différente de celle de Papa, et Terry ne pouvait pas s'empêcher de se demander en quoi. Peut-être parce que Maman et ses parents et ses tantes et oncles avaient des cheveux blonds et roux, là où Papa et tante Lulu et mamie Mellie et tous les autres les avaient noirs avant qu'ils finissent tout blanc ?

Quand ils sortirent de la cheminée, le garçon crut d'abord qu'il était revenu chez tante Lulu, parce que la maison donnait la même impression, une qui n'était pas du tout comme le 12 square Grimmaurd qui était sombre et coincé, une impression de grand avec plein d'air. Et puis il vit que les murs étaient peints en vert, et ceux du couloir en orange, et les meubles étaient couverts de photos et de livres et de bibelots qui n'étaient pas du tout les mêmes, et bien sûr les gens qui attendaient l'arrivée de Papa et Maman et Terry et Tally et Riri n'étaient pas de la famille Black.

« Annie ! Mes aïeux, regarde-toi, quelle belle et grande jeune femme, c'est vraiment toi ? »

Le monsieur grand et fin avec des lunettes rectangulaires avait ouvert grand les bras pour venir embrasser sur les deux joues Maman qui était un peu rouge et souriait d'un drôle d'air, elle n'avait pas l'air de savoir si elle voulait s'écarter parce qu'elle n'était pas dans une humeur câlin ou rendre les bisous avec plus d'énergie qu'elle les recevait.

« Hé, Benjy, ça fait un bail. Dis donc, c'est récent les lunettes. »

« Ah oui » soupira la dame qui se tenait juste derrière le monsieur, dans sa drôle de robe qui n'avait pas l'air d'être du velours mais qui ne ressemblait à rien d'autre en même temps. « Il a bien fallu qu'il se résigne à l'inévitable, il ne peut plus rien lire à moins de le tenir à bout de bras, et quand c'est une étiquette de flacon de pharmacie rédigée en pattes en mouche, tu imagines que ça n'arrange rien... »

« Tu vois comme elle m'embête » fit le monsieur aux lunettes, et les mots râlaient mais ils étaient dit sur un ton affectueux et Terry voulait un peu tirer la langue, il commençait à se rendre compte que les gens parlaient d'une façon qui ne collait pas du tout à ce qu'ils pensaient vraiment et c'était juste fatigant d'essayer de les suivre.

A côté de la dame en velours qui n'était pas du velours et du monsieur aux lunettes, se tenait une fille d'à peu près l'âge de Terry et Tally, il ne pouvait pas être plus précis mais en tout cas elle n'était pas aussi petite que Riri, certainement pas, et elle avait des cheveux un peu comme Maman, couleur paille, mais avec beaucoup plus d'orange dedans, surtout quand elle bougeait la tête et que ses cheveux se déplaçaient sur son cou et ses épaules et le col de sa robe marron, et c'était vraiment très beau.

Terry décida aussitôt qu'elle lui plaisait, nettement plus que Drago Malefoy – d'accord, c'était Tally qui avait parlé à Drago mais elle ne l'aimait pas, alors Terry n'aimait pas Drago non plus – et il marcha droit sur elle.

« Coucou ! Tu es ma cousine Susie ? »

« Terry ! » fit Papa dans son dos, et il avait la drôle de voix comme lorsque Terry revenait du jardin avec des mains pleines de terre humide et d'asticots juste après la pluie parce que regarde Papa les asticots ils sont tout blancs dans la boue noire et ils gigotent c'est trop drôle.

Maman rigola un petit peu et lui passa la main dans les cheveux.

« Oui, Terry, c'est ta cousine Susan qui t'a envoyé le pot de confiture d'abricots pour ton anniversaire. Celui pour lequel tu as envoyé le dessin avec les arbres pleins de fruits et les enfants qui jouent en-dessous, oui ? »

Terry sourit, très grand et très content, et Susan baissa les yeux alors qu'elle rougissait.

« C'était très bon » déclara-t-il.

« Et c'était un très joli dessin » répondit la dame en velours qui n'était pas du velours, qui avait le même nez que Susan et c'était clair, c'était la maman de Susan ! « On l'a rangé dans le salon du rez-de-chaussée, juste au-dessus de la coupe de fruits. Comment tu as dit, Susan ? Pour que les abricots du dessin puissent tenir compagnie aux abricots dans la coupe de fruits ? »

Susan fit un petit bruit gêné, et Terry se trémoussa un peu.

« Je peux te faire la bise ? Ou tu veux pas que je te touche du tout ? » il s'inquiéta.

Demander ce genre de choses, c'était important. Des fois Tally ne voulait pas de câlin et elle le poussait du coude quand il venait lui en réclamer un, et c'était pas du tout agréable, et Susan était sa cousine au lieu de sa sœur mais elle restait une fille alors elle ne pouvait pas être si différente que ça.

Finalement, elle se laissa faire la bise sur les deux joues, et Tally – terriblement vexée – vint dire bonjour aussi, toute polie et droite dans ses bottes pour sortir dans la campagne et marcher dans les flaques – Tally ne marchait jamais dans les flaques, elle préférait cueillir les fleurs et les brins d'herbe – et les adultes firent des bruits polis qui la calmèrent, Tally adorait quand les gens suivaient les règles pour les bonnes manières.

« Je vois que quelqu'un se prépare à rejoindre les cercles de la bonne société » fit la dernière personne à avoir attendu, une dame à l'air sévère avec son chignon et sa mâchoire carrée, qui était plus vieille que Maman et Papa mais pas autant que Grand-père et Mamie Mellie, peut-être autant que tante Lulu, Terry n'était pas certain.

« Oh oui » soupira Maman pendant que Tally prenait l'air content, « elle ne rêve que de manger avec le petit doigt en l'air. Parfois je me demande si je ne devrais pas m'inquiéter, et puis Terry me revient la jambe en sang d'avoir trébuché sur une pierre en courant dans le jardin parce qu'il veut garder la cicatrice, et je me dis qu'au moins elle est sage. »

Terry renifla. La cicatrice sur sa jambe ne se voyait même pas, à quoi bon en avoir une alors ? Mais le monsieur aux lunettes – oncle Benjy ? Est-ce que c'était le bon terme pour Terry ? – se mit à rigoler.

« Et oui, c'est comme ça, les garçons, ça court partout et ça se casse la figure. Enfin, les garçons et toi, Annie, ne pense que j'ai oublié la fois où j'ai couru te repêcher dans la rivière parce que tu voulais donner du pain aux canards. Du pain que tu avais volé dans la corbeille de table pendant que ta mère préparait le ragoût, si je ne m'abuse. »

« Il y a prescription » répondit Maman qui n'avait pas l'air désolée du tout et Terry ne savait pas que Maman avait été comme lui, pourquoi elle le grondait maintenant ?

« Je confirme » dit la dame au chignon, et oncle Benjy rigola encore.

« Bon, on va chercher les sandwiches ? Attention que Bethany ne les vole pas pour les donner aux oies, on en trouve sur le bord du chemin ces derniers temps.»