Bonsoir/Bonjour à toutes et tous,

J'espère que vous allez bien. De mon côté je me remet de deux semaines de douleurs liées à mon endométriose...

Voici un nouveau chapitre, j'espère qu'il vous plaira. On avance tout doucement.

N'hésitez pas à me laisser un commentaire, ça me fait toujours plaisir de lire des retours. J'espère que FF ne fera pas buguer la publication comme c'est le cas depuis plusieurs semaines.

Bonne lecture à tous !


Chapitre 16: Tout se bouscule

Le printemps enveloppait Londres d'un parfum de renouveau, mais dans les murs épais et isolés de l'université de magie, le temps semblait s'écouler à un rythme étrange. Emily s'assit en silence dans une salle de séminaire désertée à cette heure tardive. Les murs tapissés de livres anciens et les fioles étiquetées avec soin sur des étagères lui donnaient un sentiment d'intimité oppressant. Elle évitait soigneusement de croiser le regard de Severus Prince, qui préparait la séance d'Occlumancie avec sa rigueur habituelle.

Cela faisait maintenant deux mois qu'ils avaient commencé ces sessions, un accord informel qu'ils avaient conclu après qu'Emily eut manifesté un intérêt sincère pour cette discipline exigeante. Ce soir, pourtant, l'air semblait plus lourd que d'habitude, comme si les non-dits s'accumulaient dans l'espace restreint.

Concentrez-vous, Miss Stewart. Et souvenez-vous, je ne veux aucune distraction.

La voix grave de Severus résonna, froide mais non dénuée d'une certaine douceur contenue. Emily hocha la tête, rassemblant son courage. Elle ferma les yeux, s'efforçant de calmer les vagues de pensées qui affluaient dans son esprit. Mais c'était peine perdue : le simple fait de sentir son regard sur elle suffisait à perturber son équilibre. Dire qu'elle avait commencé ces leçons pour retrouver un certain contrôle sur ses émotions… c'était peine perdue.

Severus pointa sa baguette avec précision et murmura :

Legilimens.

Le monde se fragmenta autour d'elle, et les souvenirs s'enchaînèrent avec une intensité familière mais toujours déstabilisante : des éclats de rire dans un pub bondé de Londres avec ses amis de l'université, des nuits passées à étudier tard dans sa chambre encombrée de livres... puis un souvenir plus récent et plus vif surgit.

Severus ne comprit d'abord pas ce qu'il voyait. Il se trouvait dans une grande salle de bal aux murs richement décorés, et face à lui, Emily. Elle portait une robe vert émeraude qui accentuait chaque courbe avec une élégance troublante. Elle le regardait avec une admiration qui allait bien au-delà de ce qu'une étudiante pouvait éprouver pour un mentor. Et il se vit comme elle le voyait : grand, impressionnant, avec des traits un peu adoucis par rapport à ce qu'il voyait tous les jours dans le miroir.

Puis la scène changea brutalement : un mélange de souvenirs et d'imagination. Emily, dénudée et vulnérable, se tenait devant lui. Ce n'était plus le bal, ni un rêve, mais une reconstruction fantasmatique du jour où l'accident de potion avait failli lui coûter cher. Bien sûr, ce souvenir ne la plongeait pas dans les sensations douloureuses vécues à l'époque, mais seulement dans le désir brûlant que quelque chose aurait pu se produire. Entre eux. Elle s'approchait de lui, lentement, sensuellement…

Severus rompit le sort d'un geste sec. L'image persistait, même après qu'il eut levé sa baguette, comme gravée dans son esprit. Il détourna le regard, inspirant profondément pour retrouver son calme.

C'est... suffisant pour aujourd'hui, déclara-t-il abruptement, s'efforçant de masquer le trouble dans sa voix.

Emily, désorientée, le fixa, cherchant une explication. Elle ouvrit la bouche pour protester, mais un bruit de pas dans le couloir brisa la tension. L'instant s'évanouit, laissant place à un silence inconfortable.

Nous reprendrons demain, ajouta Severus en récupérant sa cape, évitant soigneusement de croiser son regard.

Emily acquiesça lentement. Alors qu'elle quittait la pièce, un mélange d'inquiétude et de curiosité agitait son esprit. Que pouvait-il bien avoir vu pour réagir ainsi ? Elle avait toujours des difficultés à se rappeler ce qu'ils voyaient dans sa tête. Elle sortit du laboratoire et déambula dans les couloirs de l'université sans but précis.

Severus resta seul dans la salle, la baguette serrée entre ses doigts. Les images refusaient de quitter son esprit. Il se souvenait d'Emily au bal de la Saint-Sylvestre, élégante, rieuse, et de l'étrange sensation qu'elle lui avait laissée. Puis cette autre vision, plus intime, plus déstabilisante. Était-ce seulement son imagination, ou bien avait-elle véritablement fantasmé cela ? Il soupira profondément, ses pensées dérivant malgré lui. Peut-être n'aurait-il jamais dû accepter de lui enseigner l'Occlumancie. Pas quand la frontière entre professeur et élève devenait si dangereusement floue.

De son côté, Emily avait du mal à déterminer la nature du trouble qu'elle ressentait de plus en plus auprès de son maître d'apprentissage. Elle ne savait pas vers qui se tourner pour en parler. Ses amis connaissaient trop Severus Prince pour être objectifs sur la question, et ses parents n'avaient jamais vraiment eu l'oreille attentive lorsqu'elle évoquait des problèmes sentimentaux.

Elle prit la direction de la boutique d'Earl, seule, pour profiter de la compagnie de son plus vieil ami, dans tous les sens du terme, et de sa magnifique boutique. Peut-être qu'un album de musique lui donnerait la réponse. Elle était en train d'aider Earl à ranger des rayons, toujours perdue dans ses pensées, quand il l'interrogea :

Quelque chose te trouble, jeune Emily ?

Emily soupira et répondit d'une voix un peu atone :

Oui, et je n'arrive pas à comprendre pourquoi…

Tu veux en parler ?

Hum, hum… c'est-à-dire que c'est un peu embarrassant...

Ah, je vois, dit-il avec l'air de quelqu'un qui savait déjà tout. Un problème de cœur ?

Eh bien, pas vraiment… enfin, pas dans le sens où tu l'entends…

Dis-m'en plus, je suis tout ouïe ! fit-il en retournant à son comptoir pour s'asseoir, les deux mains sous son menton.

Bien, bien… alors… hum… tu te souviens de Severus ?

Il acquiesça d'un signe de tête, bien sûr qu'il se souvenait du seul ami qu'elle avait ramené ici.

Bien… Alors, hum, Severus est l'un de mes professeurs à l'université. Quand je te l'ai présenté, c'était pour le remercier de m'avoir recommandée auprès de libraires spécialisés en livres anciens.

Hum, hum, acquiesça-t-il, peu étonné qu'elle se rapproche de quelqu'un de plus âgé qu'elle.

Severus était aussi un professeur dans mon lycée, et je suis amie avec sa sœur également. Enfin bref… J'ai l'impression qu'on s'entend bien, enfin… non… je veux dire… on s'entend bien, c'est simple entre nous… et parfois…

Parfois ? reprit-il pour qu'elle lâche le morceau.

C'est idiot…

Pas quand ça te tracasse. Alors ?

Eh bien, je ressens des sensations, comme si j'étais encore une adolescente revivant son premier émoi amoureux… Parfois, je me dis que si j'avais été plus vieille ou bien, simplement, si nous n'étions pas… pas enfermés dans cette relation Étudiante-Professeur… eh bien… que peut-être l'on pourrait être plus que de simples amis…

Hum. Tu es amoureuse de ton ami ?

C'est avant tout mon enseignant.

Il est ton ami, avant tout. De mon point de vue. Et tu n'as pas répondu à ma question. Alors ?

Je crois bien… Il m'a fallu tant de temps pour m'en rendre compte… Je crois que je comprends enfin ce que Nate voulait me dire en début d'année. C'est risible… Il a compris avant moi.

Il te connaissait assez pour voir ça, ce n'est pas risible. Maintenant que tu reconnais tes sentiments, tu comptes faire quoi ?

C'est très simple : rien. Je ne peux rien dire. Je ne veux pas ruiner notre amitié… elle est encore fragile. Et surtout, tant qu'on a ce statut entre nous, le statu quo est la meilleure solution.

Si c'est ce que tu souhaites vraiment, alors je te souhaite bon courage.

Merci, je crois… Tu sais, Earl, tu es le seul à savoir ça. Et je ne sais pas si je vais réussir les deux autres années avant mon diplôme si je dois le côtoyer tous les jours, ou presque… Je veux le voir heureux, mais pas avec quelqu'un d'autre… C'est égoïste, je le sais, mais ça me briserait, et ça, j'en suis certaine.

Dans ce cas, trouve une solution pour étudier ailleurs, passer outre tes sentiments ou bien juste lui dire la vérité. Dans tous les cas, ma petite, je serai là pour toi. dit-il en lui prenant la main et en la serrant avec vigueur. Fais ce qu'il y a de mieux pour toi.

Merci beaucoup, Earl… dit-elle, la voix enrouée d'un sanglot ravalé.

Elle repartit mettre des vinyles en rayon et récupéra un album qui avait l'air prometteur. Elle le paya et repartit chez elle. L'appartement était vide, elle en profita pour écouter son nouvel achat sur la platine dans sa chambre, avec un casque. Étendue sur le sol de sa chambre, des larmes s'échappaient de ses yeux, serpentant sur ses joues, laissant des sillons d'humidité sur leur passage. Elle pensait à l'avenir et se dit que l'idée d'Earl était peut-être la bonne : changer d'université.

L'université de Londres et son département de recherche en potions et herboristerie étaient conviés à un colloque de chercheurs en France, à l'université de Paris. Maîtres et apprentis étaient conviés, ainsi que certains des étudiants les plus prometteurs. C'est ainsi qu'Emily prit un porte-au-loin international, entourée d'Anne et Simon, ses amis de cursus, ainsi que de Severus Prince, James Grant et, malheureusement, Colin Hall. Ils voyageaient par groupe de six.

Ils atterrirent quelques instants plus tard au ministère de la magie française, firent les vérifications d'usage et furent pris en charge par un organisateur pour les conduire dans l'un des quartiers magiques de Paris et à leur hôtel, situé près de l'université.

Anne avait quitté leur groupe, expliquant qu'elle logerait dans sa famille. Elle embrassa ses deux amis et partit rapidement prendre le métro.

Elle nous abandonne lâchement… fit Simon

Oui… surtout qu'on devait partager une chambre…répondit Emily à son ami.

Ah. Tu seras peut-être dans une chambre seule ? Le rêve… Pense à moi qui vais devoir partager ma chambre avec Colin Hall. Ce mec me fait assez flipper.

Si jamais tu as trop peur, je t'accorderai l'asile politique. fit-elle en riant.

Le réceptionniste leur adressa un regard agréable et demanda leur carte d'identité dans un anglais rendu exotique par son fort accent français. Emily lui tendit ses papiers et Simon aussi. Elle lui demanda en français, d'un ton peu assuré :

Suis-je avec quelqu'un dans la chambre ?

Il leva la tête dans un mouvement vif, agréablement surpris qu'on lui parle sa langue. Il lui fit un sourire lumineux et répondit en français :

Je crois que vous serez seule, Mademoiselle. Mais il s'agit tout de même d'une chambre communicante. Il faudra bien verrouiller la porte communicante. Vous êtes à la chambre 302.
—Merci beaucoup.

De rien. Bonne journée, Miss.
Bonne journée.

Elle laissa à leur sort les quatre autres membres de son groupe. Elle monta à son étage et entra dans sa chambre pour les prochains jours. Elle s'effondra sur son lit. Ils avaient quartier libre jusqu'à 19 h, pour le souper qui aurait lieu dans un salon privé de l'hôtel, avec tous les Britanniques, les Français et quelques Italiens qui logeaient ici aussi.

Elle avait quelques heures devant elle, qu'elle choisit de passer dans les rues de la capitale française, avec son appareil photo en main, sous le soleil de ce début mai. En sortant de l'ascenseur, elle tomba sur Severus, qui lui tournait le dos. Elle voulait l'éviter, ce qu'elle faisait en dehors de ses heures de laboratoire, comme une lâche. Elle soupira, et il se retourna. Ils s'observèrent, intensément. Il baissa son regard sur son appareil photo et un sourcil se leva de lui-même, signe d'un questionnement.

Je suis une née-Moldue, tu te souviens, dit-elle, un peu énergique. Elle ne supportait plus la souffrance que créait sa présence dans son cœur.

Oui, je sais. Je ne savais pas que tu faisais de la photo, voilà tout.
Oh. Fit-elle, douchée.
Je ne veux pas t'embêter. Bonne balade. Dit-il en commençant à se détourner d'elle.
Tu veux te joindre à moi ?

Pourquoi avait-elle dit ça ! Non, mais quelle idiote !

En es-tu sûre ? Demanda-t-il, incertain.
Oui.
— Bien. Je te suis.

Ils quittèrent l'hôtel ensemble, prirent naturellement le chemin vers les quais de Seine, en direction de la place Saint-Michel, qui laisserait apparaître Notre-Dame ensuite. Ils cheminaient dans les ruelles ombragées du quartier latin, proches l'un de l'autre, leurs mains à quelques centimètres l'une de l'autre.

Emily était partagée. C'était un bon moment, dans une ville magnifique, avec un de ses plus proches amis, mais c'était aussi une torture d'être dans la ville du cliché du romantisme avec l'homme qu'elle aimait en secret à un pas d'elle, sans jamais assouvir ce besoin de l'embrasser.

Perdue dans ses pensées, elle n'entendit pas Severus lui poser une question. Il se mit devant elle, la stoppant dans sa marche et ses pensées :

Un sou pour tes pensées ? Demanda-t-il.
Hum… c'est mieux si tu n'en sais rien. Fit-elle très doucement.
Comme tu veux… Ai-je fait ou dit quelque chose qui t'a blessée ? Ou bien l'inverse ?
Arg. Severus… Non. Je t'assure que non.
Alors pourquoi, dès que tu me vois, ma présence te semble-t-elle à ce point insupportable ? Demanda-t-il, presque plaintif, et il détestait ça.
Severus… Je… Je ne sais pas quoi répondre…
Tu viens de le faire. Je vais te laisser, on se revoit ce soir de toute façon. Je ferai en sorte de te laisser de la place.

Et il partit avant qu'elle ne puisse le rattraper.

Emily soupira et partit en direction opposée à la Seine, elle verrait cette partie-là de la ville avec Anne dans trois jours. Elle alla au Jardin du Luxembourg et prit en photo les fontaines, les statues, les passants, la végétation. Elle trouva un coin isolé derrière un bosquet qui l'isolait du tumulte de la vie. Elle s'assit sur un banc en bois vert et soupira une seconde fois.

Les larmes coulèrent librement sur ses joues. Elle avait tout gâché. Il ne lui pardonnerait jamais. Elle le connaissait, et elle savait qu'elle l'avait blessé, et que Severus était très rancunier. Elle venait de perdre son ami.

Severus était parti dans une colère noire. Il ne savait où, et quand il émergea de ses pensées, il était, semble-t-il, aussi perdu physiquement que mentalement. Il enfouit ses sentiments au plus profond de lui. Il ne devrait lui faire face qu'encore un mois avant les vacances d'été. Il pouvait tenir une distance professionnelle jusque-là. Il y arrivait très bien avant.

Perdu pour perdu, il entra dans une boutique de musique, pour voir ce qu'elle proposait et aussi demander son chemin. La sonnette annonça sa venue, qui fut saluée d'un signe de tête par le vendeur de la boutique. Il circula parmi les rayonnages, reconnaissant ici et là un artiste, un album. Puis un parfum connu vint à lui.

Il tourna la tête et vit une silhouette familière, une brune qu'il connaissait bien. Il s'approcha et mit sa main sur son épaule, pour ne pas l'effrayer et qu'elle se retourne.