Précédemment : Meri a été surprise par Haggar, mais a réussi à avertir les autres paladins d'une attaque imminente sur New Altéa. Keith, Lance, Thace et Akira se préparent pour ce qui pourrait bien être la bataille finale sur la planète mère : un assaut simultané contre Vit au sol et la flotte en orbite. Le château-vaisseau est toujours à cran, la chasse à l'espion n'étant pas finie, et la tension a encore grimpé après la découverte d'une archive indiquant que Matt a autorisé une reconfiguration du château mettant à mal la sécurité de leur salle de conférence.
Pidge et Ryner ont découvert que Sam Holt était le pilote du faux lion noir. Après un bref affrontement, ils ont réussi à s'enfuir, mais Pidge a imploré Green de ne rien dire à Karen et ne veut pas rentrer au château. Ryner a fini par céder, allant s'occuper des réparations pendant que Pidge cherche un moyen de libérer son père du contrôle d'Haggar.
Avertissements : Scènes d'action intenses. Discussion de mort, dont celle de personnages anonymes.
Chapitre 44
Rassemblement (Partie 2)
Matt avait envie de vomir.
Il n'était pas seul sur la passerelle, mais il aurait préféré. Il ne connaissait pas les deux personnes de garde ce jour-là, mais elles savaient visiblement qui il était et n'arrêtaient pas de lui jeter des regards qui le faisaient frissonner. Étaient-elles au courant ? Non, sûrement pas. Personne n'avait voulu que cela s'ébruite.
Un des paladins les avait trahis.
C'était bien sûr du grand n'importe quoi. Matt savait qu'il n'était pas un traître. Shiro, Allura et Coran le savaient aussi. Mais la situation était instable et si ce qu'ils avaient trouvé dans les archives s'apprenait, la tension qui grimpait au sein du château allait exploser. Quelqu'un avait compromis la sécurité de la salle de conférence conçue spécifiquement contre l'espionnage et cette personne s'était servi des identifiants de Matt pour le faire.
Ils avaient essayé de trouver l'identité du vrai coupable : mieux valait avoir la réponse sous le coude si et quand ils en informeraient le reste du château, sinon les paladins seraient accusés d'absence d'impartialité. Bien sûr que Matt n'était pas le traître. Il était au-dessus de tout soupçon, hein.
Autant dire que Matt sentait le désastre à plein nez. Il s'était donc retiré de l'enquête, laissant Shiro, Allura et Coran examiner les bandes-vidéo correspondant à la date et l'heure de la demande de reconfiguration. Pendant ce temps, il s'occupait des tâches, certes monotones, mais cruciales pour gérer une ville flottante. Rapports de maintenance, formulaires de réquisition, appels de détresse… Matt les traitait machinalement. Il ne pouvait pas s'occuper de tous les messages de la Coalition, mais il répondait à ceux qu'il pouvait et rangeait les autres dans un dossier que Coran ou Allura pourrait consulter plus tard.
Le sifflement de la porte crispa Matt et il garda les yeux rivés sur le registre de maintenance à l'écran jusqu'à ce que Shiro se penche sur le dossier de son siège.
— Comment ça se passe ?
Matt ricana.
— Je m'ennuie à mourir, mais ça avance.
Il pivota, cherchant des signes de crise imminente sur le visage de Shiro.
— Je t'en supplie, dis-moi que les nouvelles sont bonnes.
Shiro grimaça et baissa la voix :
— L'enregistrement est manquant.
— Quoi ?
— Il a disparu. Trente minutes avant et après l'heure dite : rien. Soit toutes les caméras du château se sont coupées en même temps, soit quelqu'un a tout effacé après les faits.
— Donc notre liste de suspects comprend littéralement tous ceux qui se trouvaient à bord du château ce jour-là ?
Shiro plissa les lèvres.
— Malheureusement. Et comme c'était au milieu d'une journée assez calme…
— Merde, geignit Matt, plaquant son front contre la console devant lui.
Shiro lui frotta le dos dans un soupir.
— Coran continue les recherches. On a encore un espoir d'éclaircir l'affaire. En attendant, j'ai été voir Layeni.
Matt tourna la tête pour regarder Shiro. Il savait que l'utilisation de ses identifiants pour du sabotage avait complètement renversé le cours de leur enquête, et pas entièrement à leur avantage. Leur ennemi n'était pas un simple espion. C'était quelqu'un qui maîtrisait assez la technologie altéenne pour falsifier son identité. Si l'on ajoutait le fait que n'importe qui d'autre aurait donc pu écouter ce qui se passait dans la salle de conférence, Layeni paraissait soudainement beaucoup moins suspecte.
— Ouais ? fit Matt. Comment ça s'est passé ?
— Elle est… restée professionnelle. Elle est furieuse d'être considérée comme suspecte, bien sûr, mais elle ne compte pas laisser les relations entre la Garde et les paladins se dégrader pour autant. Mais je pense qu'elle sait que je ne lui ai pas tout dit.
— Tu t'en es tenu à quoi ?
— Qu'une nouvelle information nous est récemment parvenue indiquant qu'elle avait peut-être fait l'objet d'un coup monté et que j'étais désolé de l'avoir écartée de l'enquête jusqu'à présent. Bien sûr, ça veut dire qu'on va devoir lui parler de ça à un moment donné.
Shiro secoua la tête.
— Je déteste devoir toujours faire attention à ce que je dis.
Matt rit jaune.
— Moi aussi.
C'était épuisant. Matt voulait revenir au temps où il pouvait faire confiance à tout le monde au château sans se poser de questions. Où il pouvait se faire confiance. Au moins, il comprenait Wyn, maintenant. Il savait qu'il n'avait rien fait. Il savait qu'il n'avait pas vendu ses amis à Haggar.
Mais il ne voyait pas comment quelqu'un aurait pu falsifier son identité. Tous les accès individuels se faisaient par quintessence et rien ni personne n'avait le pouvoir de répliquer une signature particulière. Du moins, Coran ne voyait pas comment on pourrait s'y prendre, à moins de pirater le système central, et si quelqu'un avait cette capacité, alors ils avaient de bien plus gros problèmes qu'une fausse demande de reconfiguration.
Une nouvelle boîte de dialogue apparut à l'écran de Matt, le tirant de ses pensées. C'était une autre demande d'approbation de processus de maintenance semi-automatique. Il ne savait pas pourquoi Coran n'avait pas totalement automatisé ce genre de chose, mais il l'approuva d'un glissement de doigt distrait avant de se laisser retomber contre le dossier de son siège, la tête contre les bras de Shiro qui reposaient sur l'appui-tête.
— On est donc de retour à la case départ, hein ?
— Malheureusement.
— Je suis désolé.
Shiro fronça les sourcils.
— Tu n'as rien fait de mal. On va trouver une solution. Fais-moi confiance.
Il se pencha pour embrasser Matt sur le front et Matt sourit sans réussir à se défaire de la culpabilité qui lui pesait. Elle n'avait aucune raison d'être, il le savait, mais il ne pouvait pas s'en empêcher. Ils avaient déjà assez de problèmes sans qu'il ne devienne l'objet d'un coup monté.
Une alerte en triple le fit sursauter. Il activa sa radio en même temps que Shiro, mais ce fut le message à l'écran devant lui qui attira son regard en premier.
— C'est l'identifiant de Meri, fit-il, le souffle court.
— Et c'est le signal d'urgence, dit Shiro.
Matt ouvrit le message sans plus attendre et sentit son cœur sombre vertigineusement.
La radio de Shiro indiqua un appel entrant et le visage d'Allura s'afficha en hologramme au-dessus de sa main, Coran apparaissant par moments derrière elle.
— J'ai vu, dit Shiro avant qu'elle ne puisse ouvrir la bouche.
— On est en chemin, dit Allura. Mets le château en état d'alerte. New Altéa a besoin de nous.
Keith se glissa dans le lien qu'il partageait avec Red comme s'il ne l'avait jamais quitté. En vérité, ça ne faisait que quelques jours qu'il ne l'avait pas vue, mais le temps lui avait paru très long, alors qu'ils avaient été séparés beaucoup plus longtemps après son arrivée sur la planète mère.
C'était peut-être le fait qu'il avait été blessé et alité qui lui avait donné l'impression qu'une éternité s'était écoulée. Ou peut-être était-ce sa proximité : il pouvait sentir Red beaucoup plus clairement maintenant qu'elle était en ville et non plus cachée au plus profond des étendues désertiques.
Il pouvait la sentir, sans pouvoir la rejoindre. Jusqu'à aujourd'hui.
Elle ronronna quand il pénétra dans le cockpit, pleine d'affection, et Keith fut content que personne ne soit là pour témoigner des larmes qui lui montèrent aux yeux.
— Tu m'as manquée aussi, ma belle, dit-il, la main contre le plafond. Prête à te battre ?
Elle se leva, tendit la tête vers le ciel et rugit. Keith se précipita sur son siège et s'y attacha avant qu'elle ne décolle sans lui : elle était suffisamment agitée pour le faire. Lui aussi. Il était resté sur le banc de touche trop longtemps et le peuple avait beau se battre de toutes ses forces, la situation était toujours aussi grave.
Ils devaient réussir à entrer en orbite. Keith se concentra sur cet objectif et sur rien d'autre. Entrer en orbite, contacter le Château des Lions et s'inquiéter de la flotte seulement après.
— Paré au départ ? s'enquit Lance d'une voix presque assez enjouée pour dissimuler son stress.
— Je suis prêt.
Lance relâcha doucement son souffle.
— Ok. On va se forcer un passage jusqu'à Vit. Quand tu auras passé le blocus, tu ne pourras sûrement plus nous contacter à moins de détruire tous les brouilleurs, alors bonne chance, fais attention et sache que je t'aime.
Lance mit fin à la communication avant que Keith ne puisse réagir. Il sourit, rivant son regard vers le ciel.
— Je t'aime aussi, tireur d'élite. À tout à l'heure.
Red rugit à nouveau en décollant, sortant du dôme en un clin d'œil. Keith appuya sur l'accélérateur, fonçant de plus en plus haut, les nuages se dissipant autour de lui et laissant place à un fond étoilé. Il ne savait pas si la flotte en orbite surveillait la situation de près et ne voulait pas leur laisser le temps de réagir.
Elle apparut devant ses yeux quelques secondes plus tard, sous la forme de trois points brillants qui grossissaient rapidement à son approche. L'un d'entre eux se trouvait presque directement sur son chemin et il décida de le viser. Le léger retard pour appeler le château vaudrait le coup s'il arrivait à abattre un des vaisseaux de guerre avant qu'il n'ait le temps de tirer.
Le canon à ion se solidifia dans le dos de Red, le poids plus mental que physique, mais Keith le sentit quand même. Il le chargea et tira à la dernière seconde, brisant les défenses du vaisseau de guerre et forant un trou droit dans son réacteur. Keith sentit la collision jusque dans ses os, mais avec son élan, il put traverser le vaisseau de part en part, retrouvant la vaste étendue de l'espace tandis que le navire ennemi s'éteignait derrière lui.
Le pari avait payé, mais il avait épuisé l'élément de surprise. Keith sourit, l'adrénaline se répandant dans ses veines alors qu'il évitait une salve de lasers venant des deux autres vaisseaux de guerre. Des chasseurs s'en déversèrent dans une nuée commençant doucement à l'encercler.
Keith était plus rapide.
Même sans rien pour indiquer qu'il avait passé le blocus de communication, il le sut immédiatement. La perception de Red s'étendit automatiquement à la recherche de ses sœurs à travers les galaxies. Keith ne s'en était pas rendu compte avant, mais elle aussi était stressée. Elle n'avait pas pu contacter les autres lions depuis très longtemps.
Elle les trouva rapidement et Keith ne perdit pas de temps à ouvrir le panneau de communication. Quelqu'un le devança : un message entrant apparut à son écran, un signal d'urgence faisant écho au bip alarmé de Red. Keith ouvrit le message, le cœur logé dans sa gorge, ne reconnaissant pas immédiatement l'identifiant de l'expéditeur.
Haggar a découvert l'emplacement de New Altéa…
— Vrekt, siffla Keith.
Le message provenait sûrement de l'Entente, à destination de tous ceux en mesure d'apporter de l'aide. Le blocus l'avait empêché de le recevoir jusqu'à présent, ce qui voulait dire que l'information pouvait dater de quelques heures, voire quelques jours. Il voulut chercher la date exacte, mais des chasseurs impériaux le rattrapèrent et des lasers vinrent s'échouer sur les défenses de Red.
Keith gronda, faisant faire volte-face à son lion. Son canon à ion était toujours actif et abattit d'un bon tir un tiers des chasseurs déjà déployés. Le reste s'éparpilla, laissant passer les frégates et les autres navires de combat pour la seconde vague.
D'une simple pensée à Red, il lui demanda d'ouvrir une chaîne le connectant au château-vaisseau. Coran répondit moins d'une seconde plus tard, écarquillant les yeux quand le flux vidéo s'activa.
— Keith ! s'écria-t-il. Comme c'est bon de te revoir en forme.
— Euh. Merci.
Keith voulut remonter pour éviter le tir qu'alignait une frégate, mais il avait oublié à quel point il était lent sans Matt derrière lui et le rayon à ion toucha Red à l'arrière-train, faisant trembler le cockpit.
— Je viens d'apprendre la nouvelle pour New Altéa.
Le sourire de Coran disparut.
— Oui, nous aussi. Allura et Shiro sont en train de rallier les forces de la Coalition et Matt appelle les autres paladins à la rescousse. (Il hésita.) Du moins, ceux qui sont joignables.
Keith détacha son regard du champ de bataille un court instant pour se tourner vers Coran, les sourcils froncés.
— Qui n'est pas joignable ?
— Pidge et Ryner. Ils ne répondent plus à nos appels depuis ce matin.
Keith sentit le malaise le gagner.
— Il leur est arrivé quelque chose ? Où sont-ils ?
— Ils suivent une piste concernant le commandant Holt, dit Coran. Nous sommes presque sûrs qu'ils vont bien, mais nous ne savons pas ce qui se passe. Même Karen n'en a aucune idée. Je crains que nous n'ayons pas le temps d'aller les chercher non plus.
— Ah oui. Avec New Altéa, c'est compliqué.
Keith grimaça alors que deux nouvelles frégates rejoignaient la mêlée. Leur groupe commençait à se disperser pour essayer de prendre Red en tenaille tout en constituant des cibles moins faciles pour son canon. Il l'échangea donc pour la lame de mâchoire et chargea. Elles devaient s'attendre à le voir prendre la fuite, car elles furent gagnées par la panique, tirant dans le vide et lui laissant le temps d'en découper trois avant de devoir se replier.
— Comment ça se présente ?
— Je ne sais pas encore, dit Coran. Impossible de contacter New Altéa. Tant que nous ne traversons pas de trou de ver, nous ne pouvons nous baser que sur le message de Meri…
Keith poussa une série de jurons, interrompant Coran. Une escouade de chasseurs s'était jetée sur lui, se brisant sur ses défenses et l'aveuglant momentanément.
— Tu n'as pas l'air de t'amuser non plus.
— Je vais m'en sortir, dit Keith sans mentionner qu'il avait appelé pour obtenir des renforts. Par contre, on ne va pas pouvoir vous rejoindre avant un moment.
Coran acquiesça.
— Je vais prévenir les autres. Sois prudent.
— Toi aussi.
Coran mit fin à l'appel et Keith recula pour analyser l'armada déployée contre lui. Deux vaisseaux de guerre et une armée de support : difficile pour un seul lion, mais il allait trouver une solution. Il était bien obligé. Ce n'était pas un combat qu'il pouvait fuir.
L'air autour d'Haggar était chargé de quintessence. Des volutes de douceur, de vie, s'enroulaient autour d'elle et caressaient sa peau. Les écrans de la salle clignotaient et vibraient d'un excès d'énergie, jetant une lumière irréelle sur les murs et la peau changeante de Meri.
Comme c'était curieux. Même emprisonnée dans son propre esprit, elle gardait un certain contrôle sur sa transformation. Ce n'était pas parfait, son subconscient la tirant sans cesse vers l'Altéen, influencée par le labyrinthe mental de vieux souvenirs et de rêves plus vieux encore que construisait Haggar autour d'elle. Cette Meri mentale était depuis longtemps redevenue entièrement altéenne, sa transformation tout à fait délaissée.
Elle s'accrochait cependant à son corps. Sa fourrure s'était affinée, la lumière de ses yeux diminuée, mais le reste n'avait pas bougé. Sous la lumière changeante, Haggar pouvait presque croire à un effet d'optique.
Elle ajusta la touche finale de sa prison, enfermant Meri dans une série d'illusions se répétant à l'infini, puis s'approcha de l'ordinateur dont se servait l'Altéenne avant qu'elle ne l'interrompe. La puce de données était là, comme Haggar l'avait vue au sein de l'illusion. Elle la retira et sortit dans le couloir pour la donner à l'un de ses assistants les plus assidus.
— Trouvez ce qu'il y a dessus. Je veux savoir ce qu'elle cherchait.
L'assistant plaqua sa main contre son torse dans un salut et partit en courant commencer son analyse. Haggar se tourna vers les deux druides confirmés qui se tenaient en retrait.
— Gardez un œil sur notre invitée. Si elle génère d'autres informations importantes, je veux être mise au courant. Autrement, laissez-la s'occuper seule. Je la reprendrai à ma charge une fois la question de New Altéa réglée.
Les druides s'inclinèrent, entrant dans la salle d'archives sans un mot. Elle ne leur aurait pas fait confiance pour construire une prison mentale par eux-mêmes, surtout pour y contenir un paladin de Voltron, mais son illusion n'avait plus besoin que d'un peu de surveillance et d'un faible apport en quintessence.
Les secrets que l'esprit pouvait trahir étaient stupéfiants, pour peu de faire preuve de subtilité.
Lance essayait d'éviter de penser à Keith tandis qu'il abattait soldat après soldat. Il essayait d'éviter de penser au temps que ça lui prendrait de passer le blocus, au temps que les paladins mettraient à venir, s'ils le pouvaient… Purée, il espérait qu'ils pourraient venir. Il était conscient que l'univers dans son ensemble avait besoin d'eux.
Il était aussi conscient que, sans eux, Keith était seul avec son lion contre toute une armada.
Mais il essayait d'éviter d'y penser.
Akira le rejoignit derrière l'épave d'un transport privé, son casque cognant contre la coque alors qu'il se penchait pour changer la cartouche de son pistolet.
— Tu tiens le coup ?
Lance abattit trois autres soldats de Vit avant de se remettre à couvert, inspectant Akira de la tête aux pieds. Il était à bout de souffle, des marques de brûlure parsemant son armure (qu'il avait dû emprunter à la résistance puisque la combinaison de vol qu'il portait à son arrivée n'était pas faite pour absorber les lasers ou les coups à l'arme blanche).
— Mieux que toi, en tout cas. Tu sais que tu ne peux pas être partout, hein ?
Akira lui sourit.
— Et c'est toi qui me dis ça.
Il décolla l'instant d'après, cueillant plusieurs ennemis alors qu'il traversait le champ de bataille en courant pour rejoindre le flanc nord en déroute.
Lance leva les yeux au ciel, mais il avait trop à faire dans le secteur. Mirek avait lancé toute sa milice à l'assaut et demandé à la population de rester à l'écart ou de prendre les armes à leurs côtés, mais même ainsi, ils avaient du mal à tenir le coup. Ils avaient encerclé le Kral Mestna, mais l'ennemi était en bien plus grand nombre. S'ils n'avaient pas été vaincus dès les dix premières minutes, c'était purement grâce à Thace, qui s'était servi de son accès de secours au réseau privé de Vit pour envoyer la moitié de ses troupes à un dépôt d'armes pris dans un mouvement de révolte tout à fait fictif.
Arel avait la main-mise sur le réseau de communication impérial et empêchait cette partie de l'armée d'apprendre que le Kral Mestna était pris d'assaut pour éviter qu'ils ne reviennent les prendre à revers.
C'était, à un degré étrangement non négligeable, une bataille technologique. Lance, Akira et Mirek en personne avaient pris la tête de quelques centaines de soldats très peu formés au combat, mais le reste de la résistance se battait de manière plus subtile, interceptant des communications et donnant de faux ordres, contrôlant les caméras de surveillance pour avertir les troupes de résistants des moindres gestes de l'ennemi ou faisant simplement diversion avec des bombes lumineuses ou sonores, empêchant à l'occasion des portes de s'ouvrir ou des équipements de fonctionner correctement.
Ils gagnaient du terrain, lentement, mais sûrement. Un coin de l'esprit de Lance restait en orbite, attendant d'entendre la voix de Keith leur annoncer la chute de la flotte impériale. Un autre coin était fixé sur le reste de l'armée de Vit, quelque part en ville. Sa peau se couvrait de chair de poule en s'imaginant pris entre deux feux.
Et il continuait de tirer. Cela n'avait rien à voir avec les frappes rapides dont il avait l'habitude. Keith n'était pas là pour en faire un concours et l'empêcher de penser à tous ceux dont il prenait la vie.
C'était la guerre, d'une façon plus viscérale que Lance l'avait connue jusqu'à présent. À chaque tir, il se plongeait de plus en plus dans un endroit froid et silencieux où n'existait rien d'autre que la lumière des lasers et la puanteur de la chair brûlée. Des corps jonchaient la rue, amis comme ennemis, mais Lance ne pouvait se permettre d'y penser. Il devait se battre. Ils devaient gagner.
Ils devaient entrer dans le bâtiment.
Ce dernier comptait de moins en moins de gardes et les troupes impériales réfugiées dans le grand hall s'amenuisaient. Lance se concentra donc sur la prochaine étape de la bataille : Vit, qui était toujours à l'intérieur, certainement accompagné d'une poignée d'officiers et de quelques gardes du corps.
— Lance, fit doucement la voix de Thace par-dessus le grésillement de la radio. Il est temps.
Son cœur se glaça, mais il avança, éliminant deux soldats qui se tenaient entre lui et la porte d'entrée. Le temps qu'il dégage le passage, Akira l'avait rejoint, pistolet braqué en l'air. Il adressa à Lance un sourire si sauvage et intrépide qu'on aurait dit le lion rouge personnifié.
— Prêt ?
Il était loin de l'être, mais ils n'avaient pas de temps à perdre. Ils comptaient sur l'arrogance de Vit pour ne pas s'enfuir, mais leur fenêtre de tir pour le coincer était très étroite. S'ils prenaient trop de temps, le brouillage radio d'Arel finirait par faillir et le reste de l'armée tomberait sur les forces rebelles. Même s'il tenait le coup, il valait mieux se synchroniser avec Keith pour en finir avec Vit en même temps que l'armada en orbite, le coincer au plus bas de son assurance et lui administrer le coup de grâce.
Si Vit avait le temps d'accepter la perte des forces en orbite et la précarité de son occupation planétaire, il deviendrait imprévisible. Il pourrait choisir de s'enfuir comme choisir de se battre. Il pourrait lancer un plan de secours encore plus dévastateur. Personne n'en savait rien, ce qui terrifiait Lance.
Mirek et deux de ses soldats passèrent au-dessus d'une barricade pour les rejoindre à l'entrée. Le plan de leur petite équipe de cinq était d'aller confronter Vit pour l'empêcher de s'enfuir avec ses hommes. Thace et Arel étaient chargés de les aider à avancer dans le bâtiment tandis que le reste de la résistance occupait l'armée dehors en se tenant prête à subir une contre-attaque.
— On y va ! rugit Mirek, fonçant comme un taureau à l'intérieur, l'épaule basse, renversant deux soldats de la dernière ligne de défense tandis que les autres se dispersaient dans la panique.
Lance en abattit trois tandis qu'Akira et les hommes de Mirek s'occupaient du reste. Mirek avait déjà traversé le hall d'entrée pour rejoindre l'escalier au fond du couloir.
Lance lui emboîta le pas, un calme se faisant dans son esprit alors que la réalité de la situation le rattrapait. C'était peut-être la fin. C'était peut-être leur dernière attaque, leur première véritable chance de mettre fin pour de bon au chaos qui régnait sur la planète mère, ou au moins de faire un grand pas dans cette direction.
Ou alors, ce serait un désastre total comme leur dernier combat au Kral Mestna. Seulement quelques jours s'étaient écoulés depuis cette débâcle et les décombres avaient été nettoyés, les bureaux de la réception remplacés et le sol poli à briller, mais les cristaux du plafond gardaient des cicatrices rendant impossible à oublier ce qui s'était passé.
Ça n'arriverait plus.
Lance se raccrocha à cette pensée en suivant Mirek dans la cage d'escalier.
Les premiers messages arrivèrent peu de temps après que Ryner soit partie effectuer des réparations. Un appel de sa mère. Puis deux, puis trois. Trois nouveaux appels, cette fois-ci de Shiro. Un message de Matt, lui demandant si tout allait bien.
— Tu lui as dit ? s'exclama Pidge, balançant son irritation à la gueule de Green comme un boulet de canon.
Green se crispa, coupant la tirade de Pidge d'une pensée sèche. Non. Elle s'inquiète précisément parce qu'elle ne sait rien.
L'honnêteté de Green ne pouvait pas être remise en doute et Pidge se calma un peu, sans pour autant pouvoir s'empêcher de faire la tête.
— Tu ne pouvais pas lui dire que tout allait bien ?
Je ne mens pas aux miens. Il y avait un grondement dissimulé dans le message, portant une odeur âpre comme de la fumée de bois. Pidge s'excusa en grimaçant.
Iel comprenait le point de vue de Ryner et de Green. Il y avait certainement à y gagner d'en parler aux autres. Si Matt, Hunk et Coran s'y mettaient aussi, ils finiraient par trouver quelque chose dans les relevés qui pourrait leur servir. Les autres seraient au moins capables de subjuguer le père de Pidge pour le ramener au château-vaisseau.
(C'était peut-être leur meilleure option : le capturer et s'occuper de l'appareil de contrôle une fois la situation maîtrisée.)
Mais plus il y avait de personnes impliquées, plus il y avait de chances que quelque chose tourne au vinaigre. Quelqu'un pourrait être blessé ou tuer par erreur le père de Pidge au lieu de l'assommer. Ce n'était pas qu'iel ne faisait pas confiance aux autres paladins, mais… iel ne voulait pas ajouter de nouvelles variables tant qu'iel n'avait pas calculé les risques.
Iel n'était pas d'attaque à se décider tout de suite, si bien que, lorsqu'un huitième message lui parvint, encore un de sa mère, iel le mit à la corbeille avec les autres et envoya une note rapide en retour. Pas en danger. Sur une piste. Je vous rappelle.
Les craintes des autres momentanément apaisées, Pidge put se concentrer sur des choses autrement plus importantes, un bras pressé doucement contre son flanc sensible. Iel était suffisamment préoccupé·e pour que la douleur passe en second plan, mais iel avait quand même été électrocuté·e.
Iel n'avait pas le temps de s'en faire. Ça lui faisait mal et son corps lui semblait lourd, mais iel ne tremblait plus depuis deux heures et iel retrouvait lentement ses forces. Le temps qu'iel trouve un plan solide, iel irait déjà bien mieux.
Iel avait analysé toutes les données relevées par les scans de Ryner : fiche technique de Dark Green, comparaison avec l'originelle, comparaison entre le bayard et sa réplique, analyse des différences entre cet appareil de contrôle et les données incomplètes possédées sur celui du bras de Shiro…
Iel en tira un grand nombre d'informations intéressantes, mais rien d'utile dans l'immédiat. Dark Green tenait beaucoup plus du robeast traditionnel que d'un lion de Voltron, à commencer par la composante biologique enfermée en son sein. Une composante qui n'avait rien à voir avec son père. La signature de quintessence avait subi de grosses altérations, si bien que Green n'arrivait pas en identifier précisément l'espèce. Elle estimait à 15 % la probabilité qu'il s'agisse d'une espèce inconnue ou d'un hybride, mais si elle devait deviner, il y avait bien une créature qui avait pu être sacrifiée dans la conception de Dark Green. Pidge resta figé·e devant le nom qui s'afficha à l'écran.
Un weblum.
Une créature dévoreuse de planètes, militarisée et reliée d'une manière ou d'une autre au père de Pidge. Iel ne comprenait pas cette connexion et ne voulait pas s'avancer à deviner toutes ses ramifications, mais des cordons de quintessence reliaient son père à Dark Green.
Iel ne put s'empêcher de noter que le corps de Sam n'émettait aucune quintessence. On y retrouvait des échos de celle du weblum et de la sienne (ou du moins de quintessence humaine), mais son corps était imprégné de quintessence synthétique sans marqueur, comme une empreinte digitale qui aurait été brûlée à l'acide.
Chaque nouveau détail glané lui faisait comme une boule de plomb en plus dans l'estomac. Son père était encore là, quelque part. (Iel l'espérait. Iel espérait que c'était bien lui qui les contactait à travers Green, qui leur parlait. Mais iel ne pouvait pas en être sûr·e.)
Iel perdit le fil du temps. Les heures passèrent, les unes après les autres. Iel analysait encore et encore les mêmes données, espérant en tirer quelque chose de plus utile. Espérant contre toute attente trouver quelque chose pour tout arranger. Sauf qu'il n'y avait rien de solde.
Sauf…
— Ce truc n'est pas à base de quintessence.
Ryner venait tout juste de revenir au cockpit en silence. Seule sa présence plus solide dans le lien avait averti Pidge de son retour. Pidge travaillait depuis plusieurs heures et se sentait beaucoup plus calme. Iel n'irait pas jusqu'à dire qu'iel était tranquille, la panique menaçant de l'emporter à nouveau s'iel cessait de réfléchir ne serait-ce qu'un instant, mais pour le moment, iel pouvait se concentrer sur le plan qui commençait à prendre forme à l'écran. Des lignes de code se mélangeaient, bricolées depuis trois différents projets et toujours un peu trop buguées pour leur faire entièrement confiance, mais c'était un début, ce qui faisait toute la différence.
Ryner ne répondit pas tout de suite, mais Pidge sentit son attention se poser sur ses pensées comme pour lui demander la permission de voir son travail.
— Je parle de l'appareil de contrôle, dit Pidge en guise d'explication. Je n'ai pas bien regardé celui de Shiro, mais de ce qu'on avait pu observer et trouver dans les notes de recherche, Haggar l'avait relié directement à elle par sa quintessence.
Un panneau du mur se referma dans un sifflement et Pidge se retourna, prenant soudainement conscience que Ryner n'était pas restée à l'entrée sans raison. Iel fronça les sourcils, mais Ryner s'approcha sans mot dire, le regard fixé sur l'écran.
— Celui-ci n'est pas conçu de la même manière ?
— Non.
Pidge ouvrit un des fichiers que Meri leur avait envoyés quand elle leur avait parlé de la ceinture d'astéroïde Jessaranti.
— Meri a trouvé cette note. Tu vois ? Ça dit que le modèle à base de quintessence ne marchait pas pour une raison inconnue et qu'ils ont dû passer à un modèle neuronal.
— D'accord, dit lentement Ryner. C'est une bonne ou une mauvaise nouvelle ?
Elle se montrait prudente, laissant Pidge mener la conversation, ce qu'iel appréciait. Vraiment. Valait mieux ça qu'elle surgisse en déclarant d'un ton sans appel qu'ils devaient rentrer immédiatement au château-vaisseau.
Mais ça gênait quand même un peu Pidge : iel se sentait jugé·e et mit un temps avant de répondre :
— C'est une bonne nouvelle, je pense. J'aurai moins de mal à trouver une solution. C'est toujours la quintessence qui me fait planter. Si ce n'est pas ce qui alimente ce truc, alors j'ai plus de chance de trouver son point faible. Si c'est un appareil électronique, ce qui m'en a tout l'air, je peux peut-être le pirater.
Ryner ne dit rien.
Pidge remua dans son siège, oppressé·e par l'implication qui surplombait le lien. Iel n'avait toujours pas envie d'en parler aux autres pour l'instant. Surtout maintenant qu'iel avait une solution potentielle qui ne requérait aucune aide extérieure et ne les mettrait pas trop en danger… somme toute.
— Pidge…
— Donne-moi juste une chance.
Ryner plissa les yeux.
— Pourquoi es-tu si opposé·e à laisser les autres nous aider ?
— Et toi, pourquoi es-tu si opposée à nous en occuper nous-mêmes ? Ce n'est pas comme si on allait affronter toute une armée. Si ça marche, on pourra retourner au château avec lui sans avoir à perdre du temps à tout expliquer aux autres. Je ne veux pas laisser mon père aux griffes d'Haggar plus longtemps que nécessaire.
Ryner allait protester et Pidge réagit avant même que ça ne sorte de sa bouche. Iel n'allait pas rentrer au château, pour des milliers de raisons qui n'expliquaient pas totalement le sentiment de désespoir qui l'envahissait à cette simple idée. Iel ne voulait pas décevoir les autres. Iel ne voulait pas qu'ils remarquent combien iel était inutile quand ça tournait au vinaigre. Iel voulait leur offrir plus qu'un problème mal appréhendé et une bonne dose de panique.
Plus que tout, s'iel devait être tout à fait honnête… iel ne voulait pas en parler à sa famille. Rien que d'y penser, ses yeux brûlaient et sa gorge se serrait, annonçant les larmes. S'iel rentrait, s'iel disait tout à sa mère, à Matt et à Shiro, iel s'écroulerait.
C'était la même raison qui l'avait poussé·e à partir de chez iel pour s'enrôler à la Garnison à la recherche de Matt et de son père. C'était bien trop facile de se noyer dans un chagrin partagé, de se laisser gagner par les émotions de chacun jusqu'à finir immobilisé. C'était peut-être égoïste de sa part, mais rester à distance lui permettrait peut-être de tenir le coup et iel serait plus utile en gardant les idées claires.
Était-ce pardonnable ? Peut-être pas. Mais iel savait que c'était nécessaire.
— Je ne vais pas changer d'avis, Ryner, dit-iel d'une voix basse et tendue.
Elle trembla légèrement et iel se maudit pour ça, mais Ryner sembla tout de même saisir la force de sa conviction.
— Je dois le faire, continua-t-iel. Si tu veux le dire aux autres, d'accord. Je vais te poser au château et m'en occuper moi-même pendant que vous perdez du temps à trouver un plan et–
— Non, dit Ryner, l'interrompant d'une main sur son bras. Promets-moi simplement une chose : si ça ne marche pas, si tu n'arrives pas à pirater l'appareil de contrôle, on rentre chercher de l'aide au château. Plus d'excuses.
La brûlure des larmes revint, accompagnée d'un nœud dans sa gorge alors qu'iel regardait son programme incomplet et sa liste de bugs non résolus.
— D'accord.
— Tu peux me le promettre ?
Pidge leva les yeux au ciel, mais acquiesça.
— C'est promis. Dernier essai, puis on rentre à la maison.
Avec un peu de chance, ce serait tout ce dont iel aurait besoin.
Keith faisait de son mieux pour voler droit, Red faisant hurler une alarme dans ses oreilles comme s'il n'avait pas remarqué qu'il avait perdu un de ses stabilisateurs. Le cockpit tremblait et ses virages n'étaient plus aussi serrés qu'il ne l'aurait voulu.
Il n'avait pas le temps de s'en plaindre. Il avait beau avoir abattu des douzaines, voire des centaine de chasseurs et plus de frégates et de vaisseaux de support qu'il ne pouvait en compter, il avait à peine entamé la flotte ennemie. Sans Matt, il était trop lent pour éviter tous les tirs et son attention était divisée entre la menace des petits vaisseaux et les deux navires de guerre restants.
Les barrières de Red tenaient bon, mais il ressentait la pression l'envahir alors qu'elle redirigeait sans cesse l'énergie d'autres systèmes pour les alimenter. Il avait scellé son casque pour conserver son oxygène et réguler sa température afin que Red puisse siphonner l'énergie du système de survie.
Il n'allait pas s'en sortir.
Keith avait mis du temps à se l'avouer, têtu comme il était. Mais il était seul et ne faisait pas assez de percées pour contrebalancer tous les coups que se prenait Red. Si Matt ou même un autre lion avait été là pour l'aider, peut-être…
Mais aucun renfort n'était en chemin. New Altéa était en danger et Keith avait dit qu'il pouvait se débrouiller seul. Ce n'était pas vrai, mais il ne pouvait pas demander aux paladins de tourner le dos à une planète en danger rien que pour le sauver. Il ne pouvait pas non plus s'enfuir. Tout ce qu'il avait réussi à faire jusqu'à présent, c'était d'énerver les commandants impériaux du coin. S'il s'en allait, ils reporteraient leur colère sur la planète mère.
Il devait donc continuer à se battre.
Il parvint à éliminer quelques frégates avant qu'un vaisseau de guerre ne le touche, compromettant les défenses de Red.
Il allait mourir.
Cette pensée le glaça, mais l'adrénaline lui permit de la garder à distance. Il n'avait pas le temps de s'apitoyer sur son sort. Il était un paladin de Voltron : il avait conscience depuis le début des risques qu'il prenait. Il avait toujours été prêt à mourir pour défendre les victimes de l'Empire.
Mais il ne voulait pas mourir sans dire au revoir. Son regard se posa sur l'écran que Red avait affiché depuis le début du combat. Un réseau de satellites entourait la planète et une demi-douzaine d'entre eux brouillait les communications entre la planète mère et le reste de l'univers. Keith les avait ignorés jusqu'à présent, puisque, de toute façon, aucune flotte n'attendait son signal pour décoller.
Il changea de cap, éliminant les chasseurs sur son passage et accélérant pour distancer ses poursuivants. Il fila à travers les cieux entre des volées de lasers, certains assez puissants pour traverser l'atmosphère et toucher la planète en contrebas. Il eut une brève pensée pour les gens que cela avait peut-être touchés, mais ne s'arrêta pas pour autant. Il arriva au niveau du premier satellite et Red l'écrasa entre ses mâchoires, le crissement métallique hérissant la fourrure de Keith.
Deux autres satellites connurent le même sort avant que Keith ne rencontre quelques pilotes qui s'étaient montrés rusés en faisant le tour de la planète à contre-sens pour lui barrer le chemin. Il se retira avant qu'ils ne puissent le coincer contre la flotte qui arrivait par derrière, s'arrêtant juste le temps de griller la première vague d'assaillants avant de prendre une nouvelle direction. Il resta en mouvement, slalomant entre les lasers qui cherchaient à le prendre par surprise, et Red donna un grand coup de queue en passant à côté d'un autre satellite, le brisant en petits morceaux.
Le panneau de communication s'alluma d'un coup, la barre de connexion clignotant vaguement. Il touchait au but. Keith chercha à contacter Lance d'une pensée en faisant le tour des derniers satellites.
Il ne voulait pas mourir sans entendre sa voix une dernière fois.
Ils rencontrèrent de la résistance presque aussitôt entrés à l'intérieur. Vit avait laissé quelques gardes dans l'escalier, puisque les ascenseurs avaient été bloqués dès le début de l'assaut. Lance prit position à l'arrière du groupe pendant que Mirek et ses deux hommes s'attaquaient aux gardes. Akira les soutenait comme il pouvait en couvrant leurs arrières au cas où Vit avait beaucoup d'hommes en réserve.
Mirek se battait comme une armée à elle seule, renversant trois adversaires en moins de temps qu'il n'en fallait pour ses hommes d'en battre un seul. Lance s'était souvent posé des questions sur son passé. Ses renforcements cybernétiques et quelques commentaires de sa part suggéraient un passage dans l'armée impériale, mais elle se donnait plus l'allure d'une diplomate et avait si bien réussi à gravir les échelons d'une résistance qui détestait la violence que Lance s'était demandé si ce n'était pas une toute autre sorte de passé qui la rattachait à l'Empire.
À bien la regarder en pleine action, il ne voyait que deux explications. Soit c'était une ancienne soldate, soit elle avait combattu dans l'Arène, comme Shiro. Elle se battait avec le même air de concentration intense, se jetant à corps perdu dans l'assaut en n'hésitant pas à se prendre des coups destinés à ses alliés. C'était difficile d'obtenir une bonne fenêtre de tir sur les adversaires qu'elle choisissait et Lance avait beaucoup plus de mal à anticiper ses gestes que ceux de Shiro. Il se concentrait donc sur les autres gardes, les éliminant avant qu'ils ne puissent surmener les hommes de Mirek.
Le dernier garde fut à peine tombé qu'Akira dit :
— Une autre vague arrive.
Mirek leva la tête, jurant dans sa barbe.
— On n'a pas le temps de s'en occuper. Vit pourrait être en train de s'échapper.
Elle fit un signe de tête en direction du couloir.
— Venez. Il faut trouver un endroit où les ralentir.
Ils se mirent à courir, plongeant à couvert derrière des coins de mur et coinçant des portes après leur passage pour bloquer la pluie de lasers qu'ils recevaient de leurs poursuivants. Ils s'arrêtèrent une fois arrivés dans la cage d'escalier et Mirek ordonna à ses hommes de se positionner un étage et demi plus haut, ce qui leur offrait un angle de tir parfait sur la porte qui formait un goulot d'étranglement.
— Gagnez-nous du temps, ordonna-t-elle, mais pas au prix de votre vie. Retirez-vous si besoin. On reste en contact.
Ils acquiescèrent et pointèrent leurs armes sur la porte tandis que Mirek, Lance et Akira continuaient leur ascension.
— Il nous reste plus qu'à trouver Vit, dit Akira. On sait où il se cache ?
— Sûrement tout en haut, dit Lance. Je te parie qu'il a un appartement de luxe en terrasse.
Mirek secoua la tête.
— La cellule de crise se trouve au centre du Kral Mestna, bien protégée de tous les côtés. Les étages supérieurs sont trop faciles à détruire, contrairement au reste du bâtiment qui est conçu pour résister à un assaut frontal.
— Tu m'étonnes qu'on n'ait pas réussi à dépasser le deuxième étage la dernière fois, marmonna Lance. C'est une fichue forteresse.
Heureusement pour eux, Mirek savait mieux s'y repérer qu'un couple d'étrangers et les guida douze étages plus haut d'un pas vif et confiant. Ils rencontrèrent une petite escouade de gardes sur le palier, mais elle tomba encore plus vite que la dernière : ils n'étaient que quatre, avec un symbole sur leur plastron pour signaler leur appartenance aux gardes du corps de Vit.
Ils atteignirent le quatorzième étage sans ralentir, Mirek à l'avant, couverte par Lance et Akira. Ils avancèrent une pièce à la fois, s'assurant de ne rien manquer avant de passer à la suivante. Elles étaient toutes vides, ce qui était plus qu'étrange. Lance ne s'attendait pas à un foisonnement d'activité non plus, mais il y aurait dû y avoir des gens surveillant les caméras, relayant des ordres, ou…
— Mirek ! s'exclama Arel dans leurs oreillettes. Vous devez monter sur le toit. Vit cherche à s'enfuir.
— Vrekt !
Mirek tourna les talons, mais Thace l'interrompit avant qu'elle ne puisse foncer vers la cage d'escalier.
— Prenez l'ascenseur, dit-il. Vit semble avoir abandonné le contrôle du bâtiment.
— On a réussi à envoyer une navette sur place, ajouta Arel, mais ça ne va pas le retenir longtemps. Si vous ne vous dépêchez pas, il va décoller.
— Montez, aboya Mirek, martelant le bouton de l'ascenseur comme s'il allait s'ouvrir plus vite.
Lance entra et appuya sur le bouton du toit tandis qu'Akira le suivait. Mirek monta juste après eux, si tendue que Lance sentait une pression dans l'habitacle qui lui donnait la chair de poule. Les étages défilèrent plus rapidement que dans n'importe quel ascenseur sur Terre, mais toujours trop lentement à l'échelle du Kral Mestna. Lance tapotait le baril de son fusil, le regard vissé à l'écran au-dessus des portes.
Ils arrivèrent à bon port et Mirek n'eut pas la patience d'attendre l'ouverture des portes ; Lance les entendit grogner alors qu'elle forçait le passage. Elle chargea tête baissée sur Vit et ses trois officiers, qui s'étaient mis à couvert derrière une structure de cristal décorative au centre du toit. La navette de la résistance planait au niveau de la rambarde du toit, deux snipers allongés sur la rampe ouverte empêchant quiconque de s'approcher.
Vit se retourna quand il entendit Mirek approcher et avertit ses officiers avant d'escalader la structure cristalline. Les snipers cherchèrent aussitôt à le viser, mais Vit était plus rapide et Mirek se trouvait sur le passage, les empêchant de retenir le lieutenant de sauter dans son vaisseau. Les officiers commencèrent à le suivre, mais en faisant bien attention à leurs tirs, les snipers parvinrent à en toucher un à la nuque. Il s'écroula dans un cri étranglé et un de ses camarades l'écrasa pour atteindre la rampe du vaisseau de Vit. Lance visa leurs dos, mais ils étaient déjà trop loin pour qu'il puisse les toucher.
Akira avait laissé tomber son arme laser pour foncer à son tour vers le vaisseau galra, se jetant sur la rampe alors que Vit le mettait en marche et activait ses canons. Il abattit ainsi la navette de la résistance qui s'écrasa plus bas dans un écran de fumée.
Mirek suivait de près le dernier des trois officiers et parvint à l'attraper par le col de son armure au moment où elle atteignait la rampe à son tour. Mirek porta tout son poids vers l'arrière et, avec l'élan du vaisseau et leurs masses respectives, elles retombèrent toutes les deux sur le toit. Elles oublièrent tout de leurs armes, préférant se griffer le visage comme des forcenées. Lance se désintéressa d'elles.
Akira était à bord du vaisseau de Vit, seul avec ce dernier et un autre officier impérial.
Lance fit disparaître son bayard et courut après le vaisseau qui décollait. La rampe commençait à se relever, dégageant un espace au bord du toit. Lance sauta, se donnant un coup de boost avec son jet-pack.
Ses doigts trouvèrent un bord de métal froid et s'y agrippèrent, glissant sur la surface raide qui s'inclinait de plus en plus.
— Lance ! cria Akira.
Il poussa un cri de douleur, rapidement suivi d'un rugissement de défi. L'instant d'après, la rampe se figea, à moitié close, avant de pouvoir écraser les mains de Lance.
Tant mieux. Presque parfait. Au moins, ses mains étaient sauves. Par contre, il se balançait dans le vide à plus de trente mètres de hauteur, distance qui, soit dit en passant, augmentait rapidement. Il essaya de trouver un appui avec ses pieds pour se propulser à l'intérieur du vaisseau, d'où lui parvenait des bruits de lutte. Il y eut un coup de feu et Lance pria pour Akira ; occupé comme il l'était, prier était tout ce qu'il pouvait faire pour lui.
Il y eut un petit grésillement, suivi d'un lourd silence à la radio. Avec le vent qui sifflait autour de lui, Lance n'entendait presque rien, mais pensait pouvoir distinguer le son vague d'une respiration paniquée.
— Lance ? Akira ? Vous m'entendez ?
Lance s'immobilisa, un pied calé de façon précaire contre la base de la rampe.
— Keith ?
Keith poussa un petit rire qui fit l'effet d'une corde serrée autour du cou de Lance.
— Ça a marché. Vrekt.
— Qu'est-ce qui a marché ? Keith–
— Lance, commença Keith avant de marquer une pause, inspirant profondément, Lance accroché à ses lèvres. Lance, il faut que tu m'écoutes. Je ne sais pas combien de temps il me reste. New Altéa est attaquée. Les autres sont en train de s'y rendre. J'ai détruit les satellites qui bloquaient les communications et j'ai réussi à abattre un vaisseau de guerre.
Lance sentit sa bouche s'assécher.
— Pourquoi tu dis ça ?
— Je ne pense pas que je vais réussir à m'en sortir tout seul, dit Keith. Je ne compte pas baisser les bras, tu me connais. C'est pas mon style. Mais… Au cas où je ne reviendrais pas–
— Tu vas revenir, dit Akira d'un ton dur ne souffrant d'aucun argument. Je viens te chercher s'il le faut.
Keith rit et Lance sentit dans le ton de sa voix qu'il n'y voyait là qu'une platitude. Que c'était du désespoir, du déni.
Lance ne perdit pas de temps à essayer de le raisonner. Il ouvrit un canal de communication d'une pensée et le relia à la tour de contrôle où Arel et Thace gardaient un œil sur le déroulé de la mission.
— Est-ce qu'on a un visuel sur un aérodrome impérial ?
Arel émit un son interrogateur, imité par Keith. Thace, heureusement, fut moins long à la détente :
— Un visuel, oui. Si tu veux qu'on fasse quelque chose, par contre, ça va être un peu plus difficile.
— Merde.
— Lance…
— Et dans les autres villes ? Il n'y a pas de vaisseaux disponibles ?
— Lance–
— Est-ce qu'on peut les contacter ? Il y a bien quelqu'un qui doit avoir quelque chose, non ?
— Lance !
— Qu'est-ce qui se passe ? demanda Thace, le claquement de sa voix et la soudaine cacophonie en arrière-plan indiquant qu'ils avaient déjà entamé leurs recherches.
La prise de Lance sur la rampe glissa et il jura, se rattrapant du bout des doigts et serrant les dents contre la douleur.
— Ce qui se passe ? Je vais te dire ce qui se passe. Keith est seul contre une armée sans possibilité d'obtenir de renforts du château, ce qui veut dire qu'il est foutu si on n'arrive pas à lui envoyer de l'aide.
Il y eut un accroc perceptible dans la respiration de Thace tandis que Lance trouvait enfin un appui avec son pied et parvenait à se hisser avec les coudes sur la rampe. Il fit une pause, haletant.
— Tu veux que je te dise un truc, Keith ? gronda Arel. Va te faire vrek.
— Pardon ?
— Va. Te faire. Vrek. Recommence pas à jouer les martyrs, je te préviens. Je vais t'obtenir des renforts. Ton boulot à toi, maintenant, c'est de tenir vingt minutes.
— Mais–
— Pas de mais, Vorsek. Tu restes en vie, sinon je ranime ton corps pour te casser la gueule.
Keith en resta bouche bée et Lance dut se retenir de partir dans un rire incrédule alors qu'il galérait à garder prise.
— Je n'aurais jamais cru dire ça un jour, mais je suis d'accord avec Arel. Tu ne meurs pas sans moi. Ensemble ou rien, c'était notre pacte.
Keith souffla.
— D'accord, dit-il. Je vais tenir le plus longtemps possible. Mais… faites vite.
Vingt minutes après la réception du message de Meri, Val et Nyma débarquèrent au Château des Lions, suivies peu après par Hunk et Shay. Pendant qu'Allura les débriefait, Matt attira Shiro dans le couloir devant la passerelle pour l'embrasser.
— J'aimerais pouvoir venir avec toi, dit-il.
Shiro lui fit un petit sourire.
— Je n'aurai même pas le temps de te manquer. Coran va te faire trimer.
Matt savait bien que Coran allait avoir besoin de son aide, sinon il serait descendu au hangar de la Garde pour leur piquer un chasseur, même s'il n'en avait jamais piloté. Ce fut difficile de regarder Shiro s'éloigner, mettant son casque et s'empressant de rattraper Allura pour monter dans l'ascenseur qui menait au lion noir.
Ils allaient devoir se battre sans Voltron.
Ce n'était pas vraiment la faute de Matt. Le lion rouge était toujours coincé sur la planète mère et personne n'avait eu de nouvelles de Pidge depuis son bref message quelques heures plus tôt. Iel avait dû recevoir l'alerte de Meri comme tout le monde, mais s'iel était trop occupé·e pour répondre à leur douzaine d'appels paniqués, iel l'était sûrement aussi pour prendre part au combat.
Matt se sentait quand même coupable alors qu'il tournait le dos aux ascenseurs. Les autres allaient se trouver dans la mêlée à risquer leur vie pour sauver New Altéa tandis que lui restait bien au chaud au château. Il aurait beau manier un drone ou aider les ingénieurs, ça n'y changerait rien.
Coran mettait fin à un appel quand Matt retourna à la passerelle. Il s'arrêta net à l'entrée, le cœur serré.
— C'était Keith ?
Coran pivota, lui faisant un sourire fatigué.
— Oui. Il semble s'être remis, mais ils ont toujours des ennuis sur la planète mère. Je crains qu'il ne puisse pas nous rejoindre tout de suite.
— C'est déjà ça.
Matt poussa un long soupir en allant s'installer à son poste de paladin rouge. Keith allait bien. Shiro et Allura s'en étaient bien entendu assurés à plusieurs reprises et Coran leur avait dit que Lance était beaucoup moins tendu depuis quelque temps. Matt avait même senti la panique de Red s'apaiser au point qu'elle n'était plus qu'une ombre au seuil de sa conscience.
Mais il n'y avait pas vraiment cru jusqu'à maintenant. Keith allait bien. Matt aurait voulu avoir l'occasion de lui parler, mais il aurait le temps de le faire plus tard, si tout se passait bien.
Les écrans vidéos des lions noir, jaune et bleu apparurent devant Coran peu après et Allura leva le menton.
— Parés au décollage, à ton signal, dit-elle.
— Bien reçu, dit Coran avant de pivoter pour transmettre ses ordres au reste de son équipe.
Le château était en état d'alerte depuis dix minutes, Coran n'ayant pas réussi à contacter New Altéa après trois essais. Après en avoir discuté avec Shiro et Allura, ils avaient décidé d'essayer d'ouvrir un trou de ver. Normalement, rejoindre New Altéa prenait trois jours, mais ils n'avaient pas ce luxe et le message de Meri était clair : Haggar avait un moyen de passer la grille défensive sans être coincée dans la zone de quarantaine. Si les défenses de la planète avaient déjà été déjouées, ils pourraient et devaient s'y rendre immédiatement. Sinon, au pire des cas, ils seraient simplement déviés dans une autre zone du périmètre de sécurité.
La Garde était donc en train de se préparer au lancement et les civils s'étaient réfugiés au plus profond du château pour être plus en sécurité et éviter de gêner les autres. Matt n'entendait plus que les battements de son cœur tandis que Coran programmait le trou de ver et entrait la commande pour l'ouvrir.
La passerelle entière retint son souffle quand le vortex fleurit droit devant, un anneau vide palpitant d'une couleur glaciale sur le fond étoilé pendant quelques secondes interminables avant que la connexion ne se fasse, le remplissant d'un bleu laiteux. Une pointe rouge sang assombrissait son centre et Matt jura :
— Ça n'augure rien de bon.
— De quoi ? demanda Shiro.
— Il y a un problème, dit Coran. Je ne sais pas ce qu'Haggar a fait pour compromettre la grille défensive de New Altéa, mais cela a affecté notre trou de ver.
Il leur envoya une image du vortex et l'expression d'Allura s'assombrit. Hunk eut l'air nauséeux.
— Vous pensez qu'on peut le traverser en toute sécurité ? demanda-t-il. Ça ne va pas nous, euh, découper en petits morceaux… hein ?
— Ça m'étonnerait, répondit Shiro. Haggar doit bien envoyer ses vaisseaux, elle aussi, et elle a déjà dû fournir des efforts considérables pour contrer les défenses sans en plus devoir faire la distinction entre ami et ennemi.
Matt ouvrit la bouche, mais n'avait pas de véritable contre-argument. Juste le sentiment persistant qu'ils devaient être prêts à tout avec Haggar. Mais Allura et Coran étaient d'accord avec Shiro et ils en savaient plus que lui sur les trous de ver, alors il mit un frein à ses craintes autant que possible. Coran les fit entrer dans le vortex, baignant le poste de Matt de nuances froides et d'ombres dansantes.
Ils émergèrent trente secondes plus tard, New Altéa luisant doucement au loin, ses anneaux réfléchissant la lumière du soleil distant. Matt relâcha le souffle qu'il retenait, seulement pour qu'il se recoupe l'instant d'après alors qu'il observait le ciel à la recherche de vaisseaux de guerre impériaux. N'en trouvant aucun, il déploya un drone pour regarder derrière eux, s'attendant à être pris en tenaille par une flotte entière.
…Il n'y avait rien.
Les lions avaient décollé et apparurent devant le château-vaisseau, chacun tourné dans une direction différente.
— Où est l'armée ? demanda Nyma d'un ton vif. Je ne vois pas d'invasion.
— On est peut-être arrivés à temps, dit Hunk d'un ton d'abord lent, mais s'accélérant petit à petit comme s'il cherchait à susciter de l'optimisme en lui. Peut-être même qu'on est en avance ! Haggar n'a sûrement pas encore eu le temps de lancer ses troupes. C'est parfait ! On est–
Il fut interrompu par une transmission provenant de la surface par une chaîne prioritaire. Coran l'accepta aussitôt et l'afficha sur l'écran de communication central. Antok était debout de l'autre côté, pianotant vivement sur un clavier. Il leva les yeux quand l'appel aboutit, son masque dissimulant ce qu'il pensait. Il pivota et lança à quelqu'un hors champ :
— C'est le Château des Lions.
— Antok ! s'exclama Coran. Que se passe-t-il ? Nous avons essayé de vous contacter, mais–
— Paladins !
Kolivan déboula à l'écran, l'air furieux. Il plaqua violemment ses mains sur la console devant la caméra, montrant les crocs.
— Qu'avez-vous fait ?!
Coran resta interdit, visiblement perdu, et Allura se glissa dans le silence chargé d'électricité :
— Nous avons reçu la nouvelle d'une attaque sur New Altéa. On nous a dit qu'Haggar a réussi à passer vos défenses.
— Haggar n'a rien fait. Votre vortex, cependant, a créé un trou dans notre périmètre de sécurité, ce que mes ingénieurs et moi nous accordons à dire que c'est en théorie impossible. Je vous répète donc ma question : qu'avez-vous fait ?
Matt repensa à la pointe de rouge au cœur de leur trou de ver et à l'angoisse qui l'avait saisi quand il l'avait vu. Il s'était dit que ce n'était pas possible, qu'il devait y avoir une erreur. Mais ils n'avaient toujours pas identifié leur espion avec certitude et il ne pouvait pas écarter cette hypothèse.
Haggar s'était-elle servie d'eux pour abattre les défenses de New Altéa ?
Il eut sa réponse à peine quelques secondes plus tard quand un nouveau vortex s'ouvrit dans le ciel de New Altéa. D'abord un, puis un autre, puis trois autres. Ils étaient plus petits que ceux du château, crépitants d'électricité rougeoyante et remplis d'une noirceur à peine visible sur le fond spatial, si ce n'était qu'elle ne présentait aucune étoile.
Un robeast émergea du premier trou de ver tandis qu'une demi-douzaine d'autres s'ouvraient de l'autre côté de la planète. La créature était longue et sinueuse comme un serpent de mer cybernétique dans une mer d'encre. Un deuxième robeast aux ailes de rapace et beaucoup trop de serres apparut par le deuxième trou de ver, et d'autres vortex continuaient de fleurir partout. Il y en avait désormais deux douzaines, trois, trop pour les compter, chacun déversant un robeast avant de se refermer.
Un froid glacial s'empara du corps de Matt et il serra les contrôles de son drone, transi d'incrédulité. L'invasion était là et c'était pire qu'il ne l'avait imaginé.
Haggar avait envoyé une armée de robeasts pour détruire New Altéa.
