CHAPITRE 65

Le bal

(Partie 1)

Comment était-il possible que ses robes, qui lui faisaient il y a quelques semaines à peine, soient toutes serrées au point d'en exploser les coutures? Le docteur Baker l'avait averti de la possibilité d'œdème, mais Elizabeth n'avait pas cru possible de pouvoir enfler à ce point. Ses bras, son cou, son visage, son ventre, ses jambes – même ses orteils! – tout avait pris en volume. Elle ne reconnaissait quasiment plus la personne qu'elle observait dans le miroir. Malgré les doigts magiques d'Abigaëlle, qui apportaient les derniers ajustements à sa robe de soirée, rien ne pouvait dissimuler le fait qu'Elizabeth Darcy était en train de se transformer en porcelet.

-'Plus qu'une minute,' la rassura sa suivante, des épingles entre les lèvres.

-'Avant quoi? D'être prête pour la broche?' maugréa Lizzie avec mauvaise humeur. 'Je peux déjà entendre les commentaires d'ici. Que le temps affecte toute jeunesse et que la beauté n'est pas éternelle.'

Abigaëlle tutta. 'Mrs Darcy, vous êtes sévère avec vous-même. Et puis, avec du repos, votre corps aura le temps de désenfler, j'en suis certaine.' Après une dernière couture, elle recula de quelques pas pour étudier son travail. 'Voilà. Vous êtes magnifique, Mrs Darcy, n'en doutez pas une seconde. Comme d'habitude, votre époux ne verra que vous ce soir.'

Lizzie roula les yeux, mais ne put s'empêcher de sourire. 'Je peux toujours compter sur toi pour me remonter le moral.'

Une vague de fatigue la traversa, et Elizabeth ferma les yeux pour la laisser passer. Cela lui arrivait si souvent maintenant qu'elle avait appris à respirer lentement et profondément, sachant que quelques secondes étaient suffisantes pour que les étourdissements passent.

-'Tenez, prenez une dose de votre tonique avant de descendre,' Abigaëlle proposa, prenant la bouteille en question sur la table de chevet. Lizzie obéit sans broncher, même si le goût infecte lui donnait la nausée. Si cela pouvait l'aider à passer à travers la soirée, elle était prête à en boire tout le contenu.

-'Merci, Abby.' Elle avala une gorgée d'eau pour chasser l'arrière-goût. 'Espérons que Mr Parker fasse sa demande tôt en soirée, pour que je puisse m'éclipser dès que possible.'

Bennet émit un petit bruit de protestation, s'agrippant maladroitement à sa robe, et Elizabeth se pencha aussitôt pour le prendre ses bras. Son fils avait dernièrement découvert la marche à quatre pattes et en profitait pour explorer son environnement dès qu'il le pouvait. 'Moi aussi je préfèrerais rester ici avec toi,' murmura-t-elle en posant un baiser sur sa joue. Son fils se nicha au creux de son cou en se frottant les yeux. 'J'ai du mal à croire qu'il a déjà 6 mois,' remarqua-t-elle, bougeant doucement de droite à gauche pour le bercer.

-'Les jours sont longs, mais les années sont courtes, comme disait ma mère,' Abigaëlle lança de l'autre bout de la pièce, où elle rangeait les multiples robes qu'Elizabeth avait essayées. Elle revint après un moment et laissa Bennet lui prendre le doigt. 'Bientôt, il fera la course dans les corridors de Pemberley, n'est-ce pas Maître Bennet?'

Lorsqu'il bailla rondement, Elizabeth s'installa pour l'allaiter, chantonnant des berceuses pour l'endormir. Malgré son diagnostic d'une faiblesse du sang, ce qui aurait pu empêcher la production de son lait, Lizzie était soulagée que ce ne soit pas le cas. Elle profitait de chaque moment à nourrir son fils, craignant à chaque fois qu'il soit le dernier. À plusieurs reprises Darcy lui avait suggéré d'engager une nourrice pour s'occuper de lui, mais Elizabeth refusait encore de baisser les bras. Elle allaiterait son fils et ce, jusqu'à ce qu'elle n'ait plus une goutte de lait en elle.

-'Lizzie?' La tête de Jane apparut dans l'embrasure de la porte. 'Es-tu prête?'

-'Presque,' répondit Elizabeth avec un sourire, invitant sa sœur à entrer un moment. Cette dernière vint se poster près de sa chaise et observa la scène avec nostalgie.

-'Ces moments me manquent,' dit-elle avec un soupir. 'Je me languis d'un nouveau bébé à cajoler.'

Elizabeth remarqua la douleur dans son ton et prit la main de son aînée pour lui partager son support. Jane lui avait révélé à son arrivée qu'après plusieurs mois à espérer un nouvel enfant, elle était tombée enceinte au début de l'automne, mais avait fait une fausse-couche deux semaines plus tôt.

-'Je n'ai pas à me plaindre,' dit sa sœur, dont les yeux tristes et honnêtes trahissaient le chagrin. 'J'ai deux enfants en santé et, si Dieu le veut ainsi, je peux tout à fait m'en contenter.'

-'Oh, Jane,' murmura Lizzie avec empathie. Elle ne savait quoi dire d'autre, sachant que Jane n'apprécierait pas des promesses génériques et vides. 'Je suis désolée. Si j'avais su ce que tu vivais, je n'aurais pas insisté pour que tu viennes à Pemberley.'

Sa sœur secoua la tête. 'Non, j'ai bien fait de venir. Charles avait raison de croire que de sortir de la maison et de voir des visages familiers me ferait du bien. Charlie et Beth me manquent énormément, cela va sans dire, mais j'apprécie mes jours à Pemberley, surtout à pouvoir les passer avec toi.'

Le cœur d'Elizabeth se serra. Loin derrière elles étaient les jours où elles parlaient tard dans la nuit, à rire et planifier leur futur. Aujourd'hui, elles se voyaient lorsqu'elles le pouvaient, et les conversations tournaient autour des leurs responsabilités et de leurs enfants. Cependant, malgré la distance, malgré les années, leur complicité restait la même.

Avec son fils maintenant rassasié et endormi pour une bonne partie de la nuit, Elizabeth le déposa dans son berceau et replaça sa robe avant de jeter un dernier regard à son reflet. Les rubis à son cou et à ses oreilles, les rubans de velours dans ses cheveux et la longue robe de mousseline de coton blanc brodée de fils de soie ne pouvaient pas dissimuler les changements récents de son corps. Personne n'avait fait de remarques cette semaine, pas devant elle tout le moins, excepté sa soeur Jane, qui avait exigé d'elle un compte rendu détaillé du diagnostic du médecin dès qu'elles furent en privé. Elizabeth ne s'était pas offensée du commentaire de son aînée, consciente qu'il était né de son inquiétude à son égard et non de quelconque mesquinerie.

-'Tu es parfaite, Lizzie,' commenta Jane avec un sourire, comme si elle devinait ses pensées.

Elizabeth sourit à son tour. La présence de Jane ne manquait jamais de la réconforter. 'Comme notre mère le disait toujours, je ne suis pas aussi belle que toi, mais je devrais être en mesure de me faire inviter pour une danse ou deux.' Elle réalisa sombrement qu'elle ne pourrait pas se permettre ce plaisir. 'J'ai promis à Will de rester sage ce soir. Et, en toute franchise, je n'ai pas vraiment envie de danser.'

Jane appuya sa tête contre la sienne, et pendant un moment elles se regardèrent à travers le miroir. Les années n'avaient pas effacé les contrastes entre elles; pâle, blonde, avec de grands yeux bleus, Jane était toujours l'opposée de sa sœur. Ce soir, elle était particulièrement jolie avec sa robe de mousseline rose pâle et ses cheveux coiffés à la dernière mode.

-'J'irai mieux,' promit Elizabeth, devinant ses pensées. Elle était lasse des regards inquiets, des questions sur son état, des insistances pour qu'elle se repose. Elle préféra changer de sujet. 'J'aurai besoin de ton aide ce soir. Will s'entête à vouloir introduire Mr O'Shee à nos connaissances et je crains que le pauvre homme soit snobé de toute part. Mon époux est complètement aveuglé par son sens de la justice qu'il ne voit pas le mal que cela pourrait faire. Il est convaincu que ses compères accepteront Mr O'Shee pour l'homme respectable qu'il est.'

-'Mr O'Shee est un homme respectable, de cela il n'y a pas de doutes,' concéda Jane avec conviction, mais elle se mordit bientôt la lèvre, l'air incertain. 'S'il n'y avait pas une si grande ressemblance entre les deux hommes, les spéculations sur son sujet n'incluraient pas ses origines, mais je crains que ce soit inévitable. Cela ne jouera pas en sa faveur, surtout sans fortune.'

-'Exactement…Nous devons lui tenir compagnie comme nous le pouvons, pour ne pas qu'il soit trop laissé par lui-même.'

L'horloge montra qu'il était vingt heure et Elizabeth savait que les invités ne tarderaient pas à arriver. En plus de ceux qui avaient résidé à Pemberley toute la semaine s'ajouterait toutes les bonnes familles des environs, montant leur nombre à plus de soixante. C'est le pas lourd qu'Elizabeth mena la marche vers le rez-de-chaussée. 'Il est étrange de se dire qu'il y a presque six ans maintenant, nous étions si impatientes d'assister à ce genre de soirée,' dit-elle. 'Parfois, j'ai l'impression qu'une vie entière s'est passée entre notre dernier jour en tant que jeunes femmes célibataires et aujourd'hui. À l'époque, l'idée d'assister à un bal comme celle-ci m'aurait donné des ailes. Ce soir, j'ai l'impression que mes chaussons ne sont pas faits de satin, mais de plomb.'

-'Je réalise aujourd'hui à quel point nous n'étions pas bien préparées à ce qui nous attendait,' avoua Jane en passant son bras sous celui de sa sœur. Ce geste, si simple, rappela à Lizzie toutes les fois où elles s'étaient donné le courage nécessaire de faire face à n'importe quel évènement. 'Mais nous nous en sommes bien sorti, tu ne trouves pas? Nous avons tellement de chance.'

-'Toujours aussi optimiste et humble,' la taquina Elizabeth en riant. 'Tu as néanmoins raison. Je ne dois pas perdre de vue tout le chemin que nous avons fait depuis, ni la chance que nous avons.'

Elles pénétrèrent dans la salle de bal et Elizabeth rejoint Darcy, qui paraissait encore plus digne qu'à son habitude dans son tailcoat bourgogne. Ils accueillirent les invités un à un, et bientôt la pièce fut pleine à capacité. La chaleur qui s'y installa devint rapidement suffocante, forçant Lizzie à préférer le bord des fenêtres ouvertes dès qu'elle eut fait le tour des invités pour de plus longues conversations. Jane à ses côtés, elle prit le rôle d'observatrice pendant un moment, fière du travail accomplit. Le décor, les rafraîchissements, la musique, tout était exactement comme elle l'avait imaginé, et cela semblait faire son effet sur ses invités même les plus critiques.

Georgiana et Kitty se joignirent à elles après quelques danses. Leurs joues étaient roses dû à l'exercice et leurs cavaliers, Mr Parker et Mr Gresley, s'excusèrent aussitôt pour aller leur chercher de la limonade.

-'Quelle chaleur!' s'exclama Kitty en s'éventant. 'On se croirait en plein mois de juillet.'

-'Mr Gresley semble être un excellent danseur,' commenta Elizabeth avec un clin d'œil.

-'Il est plutôt bel homme,' contribua Jane d'un ton conspirationnel. 'Un médecin, ce n'est pas un mauvais prospect du tout pour toi, Kitty.'

Leur cadette roula des yeux. 'Ne commencez pas, sinon je serai obligée de constater que l'âge vous transforme en matriarches complotistes.' Elle jeta un coup d'œil derrière elle, pour être certaine que personne n'écoutait leur conversation, surtout pas l'homme en question. 'Je serais incapable d'être la femme d'un médecin. Mr Gresley est tout à fait charmant, mais je ne crois pas être en mesure de m'intéresser à la médecine avec la même passion. Je viens tout juste de passer la dernière demi-heure à recevoir un résumé de sa dernière lecture, Principes de Chirurgie, par un certain Charles Bells. Je suis certaine que c'est un livre très instructif, mais il m'a perdu après la première minute.'

-'Il a pourtant une grande facilité à la vulgarisation de la matière,' le défendit Georgiana. 'Lorsque j'ai l'occasion de l'accompagner dans ses tournées, il exerce une patience infinie à m'expliquer les principes de la médecine, les causes possibles pour les symptômes et les traitements envisageables.'

-'Il est certainement très épris de son travail,' approuva Kitty avec un petit rire. 'Et j'imagine qu'il n'aura pas trop de mal à se trouver un bon parti, mais ce ne sera certainement pas moi.'

-'De toute manière, il n'est pas disposé à se trouver une épouse pour le moment.' Voyant les regards curieux de ses compagnes, Georgiana rougit. 'Quoi? Il me l'a dit lui-même plus tôt cette semaine, lorsque je l'ai aidé à se sortir des griffes de Miss Dingles lors d'une partie de cartes. Il souhaite se concentrer sur sa profession pour quelques années encore avant de fonder une famille.'

-'Tu viens probablement de briser le cœur de plusieurs jeunes filles présentes ce soir,' Elizabeth répondit, pointant d'un mouvement de tête le groupe de femmes dont les yeux avides étaient rivés sur l'apprenti médecin alors qu'il faisait le chemin de retour avec deux verres de limonade. Il l'offrit à Kitty, qui l'accepta gracieusement. Mr Parker fit de même avec Georgiana, mais plutôt que de rester avec le groupe pour continuer la conversation, le jeune homme lui tendit le bras en proposant un tour de la pièce. Elizabeth échangea un regard avec Jane et Kitty, soudainement très alerte.

Georgiana déglutit avec difficulté avant d'accepter l'invitation. Kitty empoigna le bras de Lizzie et serra très fort. 'Crois-tu que…?'

-'Je ne sais pas,' murmura Elizabeth en suivant le couple des yeux. Ils semblaient en grande conversation maintenant, et Georgiana était pâle et tendue.

-'Ce sera l'évènement de l'année, cela va sans dire,' dit Mr Gresley. 'Georgiana sera une magnifique mariée.'

-'Je lui souhaite surtout d'être heureuse,' dit Kitty, dont le front s'était plissé légèrement. 'Pensez-vous que Lord Gillingham sera présent?'

Les trois sœurs échangèrent des regards inquiets. Si l'oncle de Mr Parker décidait de revenir de Grèce pour assister au mariage de son neveu, il y avait de grandes chances que Lydia fasse une apparition aussi.

-'Mr O'Shee semble absolument hors de son élément ce soir,' dit soudainement Jane d'un ton navré.

Elizabeth suivit son regard et vit Patrick qui prenait congé de son demi-frère en quête d'une coupe de champagne. Malgré son élégance dans l'habit emprunté qu'il avait revêtu, il n'y avait aucun doute qu'il éprouvait un grand malaise. L'air sombre et la mâchoire serrée, il resta en retrait, et personne ne semblait vouloir l'approcher malgré les nombreuses introductions faites par Darcy. Lizzie avait tenté de rester près de lui, mais ses devoirs d'hôtesse l'avaient forcé à se promener entre les groupes.

-'Je crois qu'il est temps que nous intervenions à nouveau,' déclara Elizabeth en expirant longuement. Elles se frayèrent un chemin jusqu'à lui, engageant une conversation légère et facile pendant un moment.

Ce repos fut de courte durée car Darcy apparut bientôt accompagné de la famille Shaw. Mr Shaw, un homme de petite taille et bien portant, était un gentleman possédant une propriété voisine modeste. Sa femme, d'un même calibre, avait l'air d'avoir avalé un citron tant ses lèvres étaient minces et pincées. Miss Shaw, quant à elle, semblait avoir hérité des traits de sa mère, plus une denture proéminente.

-'Mr Shaw, Mrs Shaw, Miss Shaw, je vous présente Mr O'Shee, cousin de Miss Vivianne Calbert, dont vous avez fait la connaissance tout à l'heure. Mr Calbert est un vieil ami de mon père.'

Patrick s'inclina respectueusement. 'Enchanté.'

-'O'Shee? Irlandais, n'est-ce pas?' questionna Mr Shaw. 'Comment vont les affaires, de votre côté de la mer? Nous avons tous entendu parler des horribles soulèvements des dernières années. Terrible, terrible! Vous avez bien fait de venir en Angleterre, quoi que votre oncle doive se lamenter de votre absence à ses côtés.'

-'Fort heureusement pour lui, mon oncle se débrouille très bien sans moi,' répondit Patrick, dont le sourire forcé ne trompait personne.

Piquée d'intérêt, Mrs Shaw fit un pas vers l'avant, approchant sa fille du même coup. 'Ah, oui, Mr Calbert, n'est-il pas propriétaire d'Evergreen Place? Un charmant prospect, j'en suis certaine.'

-'Charmant, en effet.' Patrick termina sa coupe de champagne et en prit une autre. 'Un prospect que ma cousine héritera entièrement en temps et lieu.'

La déception sur le visage de la mère et de sa fille n'aurait pu être plus claire. 'Oh. Je vois. Cela doit vous laisser énormément de temps libre. Avez-vous des hobbies, Mr O'Shee?'

Cette tentative détournée d'en savoir plus sur sa situation monétaire sembla agacer Patrick, qui répondit: 'J'ai été musicien pendant plusieurs années, avant d'être engagé ici, à Pemberley, comme gérant de chantier.'

-'O'Shee m'est rendu indispensable,' offrit Darcy, alors que Mrs Shaw repoussait subtilement sa fille derrière elle. 'Il m'a été d'une aide précieuse dans la reconstruction du village. Il a l'esprit d'un ingénieur et le leadership d'un général.' Après un moment de silence, il ajouta: 'Dansez-vous le Dutch Skipper, Miss Shaw?' Les musiciens entamaient la dernière dance avant le repas. 'Je suis sûr que Mr O'Shee serait enchanté de vous y mener.'

Elizabeth jeta un regard sévère à son époux. Pourquoi insistait-il autant à mettre son demi-frère dans l'embarras? Il était clair que Patrick n'avait pas passé le test pour cette mère aux yeux perçants. Miss Shaw, qui rougit jusqu'à la racine de ses cheveux blond châtain, leva le regard vers sa mère, qui lui envoya un discret signal de refuser cette offre.

Horrifiée par ce rejet imminent, Lizzie ne sut que faire, mais sa sœur fut plus vite qu'elle pour lui éviter l'humiliation.

-'Mr O'Shee est déjà engagé, Fitzwilliam,' dit soudainement Kitty en se postant au bras de Patrick. 'Il m'a gracieusement invité pour cette danse tout à l'heure. Désolée Miss Shaw, je crains que vous devrez attendre votre tour.'

Sur ces mots, elle entraîna Patrick sur la piste. Les Shaw s'excusèrent et déguerpirent avant que Darcy ne puisse encourager une nouvelle invitation.

Elizabeth entraîna aussitôt son époux à l'écart. 'Will, il faut que tu cesses de pousser O'Shee sur tous ces gens,' murmura-t-elle fermement. 'Ne vois-tu pas le mal que tu causes?'

-'Je ne comprends pas,' répondit-il avec désarroi. 'La respectabilité de O'Shee devrait être suffisante pour lui permettre de faire sa place. Il est un homme de profession, comme Mr Gresley, comme le docteur Baker.'

Lizzie poussa un soupir impatient. 'Crois-tu réellement que tous ces gens n'ont pas déjà fait la connexion entre toi et O'Shee? Que la nouvelle que tu as un demi-frère n'est pas déjà partout dans les salons aux quatre coins de la Grande-Bretagne? Sois réaliste, Will. Je ne sais pas ce que tu lui as dit pour le convaincre d'assister à ce bal, mais je peux t'assurer que tu ne lui as pas rendu service ce soir. Il est misérable.'

Piqué, Darcy partagea aussitôt sa frustration sur la situation. 'Il ne fait pas d'efforts. Il est obstinément honnête avec tout le monde sur sa situation, ce qui ne laisse pas aux autres le temps d'apprendre à le connaître avant de poser des jugements.'

-'Obstinément honnête?' répéta Elizabeth, incrédule. 'Will, tu lui demandes de cacher qui il est vraiment et de jouer à un jeu auquel il n'a jamais eu envie de jouer. Ne comprends-tu pas? Si tu ne te sentais pas lié à O'Shee par un lien de sang et de devoir, aurais-tu cherché sa compagnie? L'aurais-tu invité s'il n'avait été qu'un simple gérant de chantier?'

-'Eh bien, je…je…,' balbutia Darcy, visiblement incapable de répondre sans admettre la vérité.

-'La réponse est non, et tu le sais très bien,' dit sèchement Lizzie. 'Tu aurais travaillé à ses côtés, tu l'aurais respecté, mais tu n'aurais pas cherché à le faire s'élever dans notre monde.'

-'Mais O'Shee n'est pas seulement un gérant de chantier,' insista Darcy, dont le ton perdait légèrement de sa fermeté. 'Il est—'

-'Un Darcy, je sais,' l'interrompit-elle à nouveau, agacée. 'Mais par le sang et non par le mariage. O'Shee n'a pas de titre, n'a pas de domaine, n'a pas d'argent. Il n'a rien qui pourrait inciter ces gens à l'inclure dans leur cercle. Tu ne lui as pas rendu service ce soir, Will. Au contraire. Et à toi non plus.'

Tournant les talons, elle se fraya un chemin dans la foule, laissant derrière elle un Darcy sans mot.

(-*-)

Eh oui, une autre publication, un mois à peine après le dernier! J'ai pu écrire le brouillon de quelques chapitres pendant les vacances des Fêtes, alors j'espère pouvoir publier une fois par mois jusqu'à mai au moins…À suivre!

Merci à toutes celles qui ont laissé des reviews, j'apprécie grandement que vous preniez le temps de commenter les chapitres, c'est très motivant de vous lire! Et pour toutes celles qui s'inquiète de l'état de Lizzie, vos questions trouveront réponse très bientôt…On se revoit en février!