Chapitre 30 – Raditz

Cette putain d'Humaine.

Comment avaient-ils pu se faire avoir de la sorte? Comment en étaient-ils arrivés à faire confiance à cette femme qui venait tout juste de les balancer à Frieza? Juste après lui avoir épargné de s'être fait violer par un Kordylipe en plus!

Raditz l'avait toujours dit. Les femmes, quand elles étaient trop jolies, avaient ce don d'attirer des ennuis aux hommes, parce qu'elles les dérobaient trop facilement de leur jugement et qu'ils finissaient invariablement par écouter leurs hormones. Il aurait dû savoir que cette mégère aux cheveux bleus et aux gros seins n'y faisait pas exception. Il aurait dû savoir que son prince commettait une erreur en adhérant aveuglément à son plan grotesque. Végéta n'ayant jamais vraiment été affecté par le pouvoir de persuasion des femmes auparavant, Raditz s'était bêtement dit qu'il n'avait pas à le raisonner. Mais Bulma n'avait eu qu'à battre des cils pour le duper. Et les voilà maintenant qui payaient le prix de leur insouciance.

Les habiles manipulations de la femme avaient porté leurs fruits. Frieza connaissait la vérité; Végéta était responsable de la mort de l'un des soldats de l'armée des Cold, et peu importe les justifications qu'il lui servirait, le prince ne s'en sortirait pas indemne. Il serait puni, et congédié par son Empereur à un moment aussi critique, Raditz ne pouvait même pas contribuer à alléger la sentence qui en résulterait.

Putain d'Humaine.

Elle allait devoir le payer.

Furieux, le Saiyan à la longue crinière demeura planté devant la porte fermée de la Salle des Commandements pendant plusieurs longues minutes, à se demander s'il existait une issue à ce fâcheux événement. Après mûre réflexion, il conclut qu'il serait préférable de ne pas intervenir, pas tout de suite en tout cas, et il prit la direction des Quartiers pour rejoindre Nappa.

Il devait absolument l'aviser de la trahison de l'Humaine, et établir un plan pour venger leur souverain.

Mais à peine le couloir menant à l'ascenseur franchit qu'une voix l'interpella.

-Raditz!

Le Saiyan fit volte-face. Il se retrouva face à un Znig, ces étranges créatures à la fourrure blanche qui sentaient toujours un peu drôle. Il observa son collègue de façon irritée pendant que celui-ci effectuait un salut officiel à son intention, une arme chargée à la main.

-Quoi? Qu'est-ce que tu veux? demanda Raditz sans prendre la peine de cacher sa mauvaise humeur.

Le moment était mal choisi pour entamer une discussion. Le soldat ne parut toutefois pas affecté par l'irritabilité du Saiyan, et il s'approcha pour le retrouver, sa petite stature et sa tête chauve de plus en plus évidente à mesure qu'il s'approchait du mastodonte à la crinière de lion.

-Où est ton scooter? demanda le Znig avec empressement.

-Je ne l'ai pas avec moi, grommela Raditz. Oublié à ma chambre à cause d'une stupide affaire de Kordylipe.

-Alors tu n'es pas au courant… Tout le monde te cherche. Tu as été convoqué à la station d'embarquement il y a plus d'une heure de ça.

L'humeur de Raditz changea à la mention de sa prétendue convocation, et le Saiyan oublia momentanément la trahison de l'Humaine.

-Hein? À la station d'embarquement? Mais pour aller où?

-Aucune idée. Je n'ai pas les détails. Mais tu ferais mieux de te rendre tout de suite là-bas. Le départ a déjà été retardé deux fois à cause de toi. J'ai juste été chargé de te trouver au plus vite. Je leur signale que tu es en route, dit le Znig en tapotant sur le moniteur de son scooter.

Raditz maugréa quelques insanités en Saiyan et embarqua dans l'ascenseur. La station d'embarquement n'était pas très loin de la salle des commandements, ce qui ne lui laissait pas beaucoup de temps pour réfléchir à cette soudaine assignation, et quelques secondes plus tard les portes automatiques s'ouvrirent sur un décor familier.

La station d'embarquement était un vaste espace circulaire servant à préparer les capsules spatiales et les petits vaisseaux devant quitter pour une mission. Elle permettait d'accueillir les soldats assignés à celles-ci, et logeait également tout le personnel technique responsable des préparatifs qui y étaient associés. Celle-ci était actuellement bondée de monde, et l'effervescence caractéristique qui y régnait indiqua à Raditz que quelque chose de gros se préparait. Partout autour de lui, des gens transportaient avec frénésie de caisses de vivres et de matériel médical pour les charger dans l'un des vaisseaux accostés sur la rampe de départ. Plus loin, d'autres travailleurs équipaient quelques soldats retardataires d'armures et d'armes au Ki flambant neuves. L'espace clos fourmillait d'activité.

Ce paysage était bien connu du Saiyan aux cheveux longs. C'était celui annonçant la venue d'une nouvelle mission.

Raditz sentit un frisson d'excitation lui traverser la colonne. Il s'avança à grands pas vers l'espace réservé aux soldats assignés, le souvenir du Kordylipe et de la trahison de l'Humaine définitivement laissé au pas de la porte.

-Ah Raditz! Enfin! cria l'un des travailleurs chargés de préparer les soldats. Tu en as mis du temps! Qu'est-ce qui t'a pris à être aussi long? Presque tout le monde est déjà parti. Allez, enfile ton armure et dégage d'ici avant qu'il ne reste plus de capsules spatiales.

Le guerrier s'approcha des présentoirs de verre et s'empara d'une armure à sa taille, la plus grosse de toutes.

-J'ai oublié mon scooter à ma chambre. Je n'ai pas reçu les détails de la mission. On va où? demanda-t-il en enfilant le bouclier de métal par-dessus sa tête.

-La Terre, qu'est-ce que tu crois? dit la créature en faisant valser ses tentacules autour d'un soldat nerveux qui peinait à installer son équipement de façon adéquate.

-La Terre? dit Raditz, un peu surpris.

Vu la façon dont s'était terminé son récent déploiement lors de la mission à la boîte de nuit, le Saiyan n'aurait jamais pensé pouvoir retourner sur Terre aussi rapidement. La nouvelle l'enchanta, car il était fébrile de retourner sur ce caillou qui faisait rêver tous les soldats pour découvrir les paysages et surtout, la nourriture. Il en avait eu un bref aperçu il y a quelques semaines, mais avait été déçu de ne pas avoir pu en profiter davantage.

-Oui, la Terre, répondit son interlocuteur. Mais ne te fais pas dit d'idées. C'est devenu un vrai bordel depuis que tu y es allé. Frieza a envoyé des renforts il y a deux jours, et nous avons déjà perdu presque toutes les troupes. Plusieurs bases militaires permanentes ont été démantelées aussi. Et toujours pas de signe de vie de Recoome non plus. Tu imagines?

-Il est mort? s'informa Raditz.

Pas qu'il s'inquiétait vraiment du sort du membre de la force Ginyu, mais si Recoome s'était fait défoncer le crâne, alors cette mission s'avérerait peut-être encore plus excitante que ce qu'il croyait. En plus des paysages et de la nourriture, il pourrait se délier les muscles un peu!

-On ne sait pas, poursuivit le travailleur. Les communications sont devenues presque impossibles depuis deux semaines. Alors c'est difficile de savoir exactement ce qui se passe en bas. Les Humains détiennent plus de ressources que ce à quoi on s'attendait. Quoique la rumeur circule que tout ça serait la faute d'une poignée d'hommes seulement.

Raditz sourit. Ce n'était pas la première fois qu'il entendait cette rumeur, et l'idée de se retrouver face à un adversaire à la force de combat rivalisant la sienne le fit trépigner d'impatience.

-C'est pour ça que tu es envoyé là-bas d'ailleurs, ajouta la créature à tentacules. On a besoin de force brute, comme la tienne. Les soldats faiblards armés de ces stupides armes au Ki ne font pas l'affaire. Ils se sont tous fait exploser ceux-là.

Le soldat qui était en train de se préparer leva des yeux inquiets vers celui qui venait de lui mettre une arme au Ki dans les mains. Il fronça les sourcils et recula d'un pas, l'air de questionner sa volonté à aller se faire exploser, lui aussi.

Raditz, pour sa part, se frotta les mains avec anticipation, un sourire satisfait aux lèvres.

Enfin! Un vrai combat!

L'envie de briser des mâchoires le démangeait depuis un bon moment déjà, et la mission d'il y a deux semaines ne lui avait pas permis de satisfaire ce besoin. Sans compter qu'il pourrait mettre un visage sur le responsable de tout ce merdier, et qu'il lui donnerait la raclée de sa vie. Son excitation ne venait pas vraiment d'une soif de vengeance. Faire payer cette personne pour les pertes qu'il avait infligées à l'armée de Frieza lui était bien égal. C'était plutôt ses instincts refoulés de Saiyan qui avaient vraiment besoin d'être sollicités.

Nappa et Végéta seraient tellement jaloux lorsqu'ils réaliseraient qu'il avait été envoyé là-bas pour se battre!

-T'inquiète pas, jirath, fit l'énorme Saiyan en poussant le soldat nerveux vers la rampe d'embarquement. On va aller leur en mettre plein la vue.

Tous deux se dirigèrent vers les capsules spatiales qui restaient, Raditz avec enthousiasme et son collègue, beaucoup plus réticent. Le Saiyan se plia en deux pour s'installer dans l'un des engins, un énorme sourire étampé sur les lèvres. Les coordonnées de sa destination étant déjà planifiées, il n'eut qu'à croiser les bras sur sa poitrine et attendre que les dernières vérifications soient faites par les techniciens avant que la capsule ne se mette à vibrer sous ses pieds.

Puis, il fut propulsé dans l'espace à une vitesse fulgurante.

Le vaisseau mère de Frieza étant posté en orbite de la Terre, le voyage ne dura que quelques minutes. La capsule spatiale se déplaça d'abord tout en douceur à travers le vide, puis se mit à trembler lorsqu'elle entra dans l'atmosphère de la planète. Finalement, le choc brutal qui eut lieu une trentaine de secondes plus tard indiqua à Raditz qu'il s'était écrasé sur le sol. Le Saiyan entra les codes de confirmation permettant de déverrouiller la porte de la capsule, et aussitôt que celle-ci s'ouvrit, l'air frais de la Terre envahit l'habitacle.

Le Saiyan inspira profondément, heureux de pouvoir enfin respirer de l'air qui n'ait pas été chimiquement produit par un recycleur de gaz. Une petite brise lui chatouilla les narines lorsqu'il se déplia pour sortir de la capsule, déployant lentement son imposante musculature pendant que ses yeux scannaient son nouvel environnement.

Il faisait plein jour à l'endroit où il avait atterri, et l'éblouissante lumière du soleil qui braillait dans le ciel le força à plisser les paupières. Il se trouvait en plein centre d'une plaine verdoyante entourée de collines dont les vagues paresseuses s'étendaient à perte de vue. Le sol était recouvert d'herbe et de petites plantes à la diversité impressionnante. Au loin, il pouvait voir un troupeau d'animaux quadrupèdes s'enfuir du tumulte que venait de provoquer l'écrasement de la capsule spatiale, et du prédateur qui venait d'en sortir. Le ciel était d'un bleu clair comme il n'en avait jamais vu, et il devina que cette coloration était probablement en lien avec la grande quantité d'eau qui recouvrait cette planète. Ses sens aiguisés lui permirent également d'entendre le flot d'un ruisseau qui coulait à proximité, et de sentir une abondance d'odeurs peu familières et toutes plus appétissantes les unes que les autres.

Il en avait souvent entendu parler, mais maintenant qu'il le constatait, Raditz comprenait toutes les louanges qu'on faisait à la planète Terre. Le paysage était magnifique. L'air était pur, et il faisait bon de le respirer. Le soleil ne brûlait pas sa peau ni sa rétine, ses rayons réchauffant son épiderme avec douceur. Le son des bêtes qui volaient dans le ciel et du vent qui soufflait lentement était apaisant.

L'environnement de la Terre n'avait vraiment rien à voir avec les milieux inhospitaliers, sales et dépravés qu'il avait visités auparavant. La réticence de Frieza à mener cette guerre comme il avait l'habitude de le faire était compréhensible. Toutes ces ressources, toute cette magnificence, il voulait se l'approprier, pas la détruire jusqu'à les rendre inutilisables.

Raditz resta planté là pendant quelques minutes, appréciant la vue imprenable qu'il avait devant lui, avant que le sifflement de la capsule spatiale de son collègue n'attire son attention. Celle-ci s'écrasa quelques secondes plus tard à plusieurs centaines de mètres de lui, faisant fuir une horde de reptiles à la peau orangée vers la colline la plus proche.

Le Saiyan s'envola pour aller retrouver son collègue.

-Je n'ai pas mon scooter avec moi, dit-il lorsque le soldat fut sorti de sa capsule. Tu vas devoir me guider vers la base.

L'homme acquiesça sans dire un mot, son visage pâle reprenant des couleurs après qu'il ait lui aussi respiré un peu d'air frais. Il se mit à tapoter sur l'ordinateur de son scooter, ses yeux attentifs aux informations que l'appareil lui transmettait à travers le petit écran verdâtre placé devant son œil gauche. Puis, il pointa en direction de l'une des collines à sa droite.

-C'est à environ une ou deux minutes de vol par-là. Selon les informations que j'ai, il s'agit d'un campement de fortune. La base militaire aurait été complètement démantelée il y a deux jours.

Raditz n'attendit pas d'avoir plus de détails. Déjà, il s'élevait très haut dans les airs pour prendre la direction désignée. Il ne tarda pas à distinguer les vestiges d'une zone de combat qui se dessinait au loin. Le sol naturellement verdoyant avait été retourné à plusieurs endroits. De profonds cratères parsemaient le paysage, un témoin indéniable des récentes explosions qui avaient eu lieu. L'herbe et les buissons étaient carbonisés par le passage du feu, et il pouvait voir que les formations rocheuses avoisinantes s'étaient affaissées après avoir été frappées. Sous ses yeux se déployait un paysage de guerre particulièrement familier. Une vision qui excita encore plus ses instincts de Saiyan.

Tel qu'indiqué par son collègue qui le suivait de près, la silhouette d'un campement de fortune se forma à l'horizon après quelques minutes de vol. De nombreuses tentes avaient été érigées près d'un petit cours d'eau qui serpentait à travers une clairière. Tous deux prirent la direction du plus grand des abris, devant lequel ils atterrirent dans un coup de vent quelques secondes plus tard.

Autour d'eux, des dizaines de soldats armés transportaient des caisses de vivres à l'intérieur de la tente, dont la toile épaisse et blanche était sérieusement abîmée à plusieurs endroits.

Raditz fut accueilli dès qu'on reconnut son immanquable crinière.

-Raditz! Enfin! s'écria le soldat qui était posté à l'entrée de la tente.

Il s'agissait d'Abo, le commandant en charge des opérations du côté Sud de la Terre. Son visage bleu était amoché. Sa mâchoire était étrangement déformée vers la gauche, donnant à sa tête ronde un aspect encore plus globuleux qu'à l'habitude.

-Abo, fit Raditz en croisant les bras sur sa poitrine et en le saluant d'un bref signe de la tête. On a des problèmes à ce que j'ai entendu dire.

Le Saiyan scanna les environs. Les soldats qui travaillaient étaient eux aussi amochés. Leurs armures étaient sales, brisées, et la plupart d'entre eux ne portaient même plus d'armes. Certains boitaient, d'autres portaient des pansements de fortune, et plusieurs étaient défigurés. Mais le pire dans tout ça, c'était que la résignation pouvait facilement se lire sur leurs visages. Une résignation qui donna mal au cœur au guerrier.

Abo s'approcha du Saiyan à petits pas rapides. Le haut de sa tête lui arrivait à peine à la hauteur des genoux, ce qui faisait toujours un peu sourire le géant.

-Des problèmes tu dis! s'exclama le Commandant d'une voix légèrement tremblotante. Tu as vu l'état du campement? On a perdu la moitié des soldats dans l'offensive d'hier, et toutes les installations permanentes ont été détruites la semaine passée. Il ne reste que ces putains d'abris de fortune qu'on déplace presque tous les jours pour éviter de se faire repérer. Les troupes sont découragées et peinent à reprendre des forces. Les communications radio sont brouillées par les systèmes de défense de la Terre, et on n'a pas assez de matériel pour réparer ceux qui sont brisés. Frieza ne nous envoie pas assez de ressources! Il se balance complètement de ce qui se passe ici.

Raditz écouta son collègue déblatérer ses insatisfactions en levant un sourcil interrogateur. Il n'était pas dans les habitudes d'Abo d'être aussi agité. La situation était pire que ce qu'il s'était imaginé.

Il observa son collègue ouvrir l'une des caisses qui venaient d'arriver.

- Tu vois! dit le soldat à la peau bleue en désignant le contenu de la caisse d'un geste hargneux. Il nous envoie encore ces satanées armes! Elles ne servent à rien! Rien!

Il referma la caisse d'un geste rageur.

-Comment ça, elles ne servent à rien? questionna Raditz. Je croyais qu'elles étaient efficaces contre les Humains.

Abo prit une grande inspiration, ses mains se mettant à trembler de plus belle.

-Les Humains réguliers peut-être, fit-il avec une lueur de crainte dans les yeux. Mais pas ceux-là. Ceux qui nous résistent sont capables d'éviter les décharges et de s'en protéger. Ils réduisent même les armes en poussière avant même qu'elles aient servi!

Le sourcil de Raditz s'éleva encore plus haut. Les faits que lui rapportait Abo étaient surprenants. La décharge des armes au Ki de Frieza était puissante. La plupart des êtres vivants étaient soit tués, soit sérieusement blessés par la rafale d'énergie qu'elles produisaient. Un Humain régulier n'était pas suffisamment puissant pour y résister.

-Ohhh je vois ton scepticisme, Raditz, se moqua faussement Abo en hochant vigoureusement la tête. Mais crois-moi. Ces Humains-là… ils sont différents!

-Ah bon?

Abo désigna le campement de fortune qui s'était déployé derrière lui.

- Ce sont eux les responsables de tous ces dégâts. Je te jure, nous n'avons pas affaire à de simples Humains réguliers ici.

Raditz prit le temps d'observer les environs. Il était vrai que le campement de fortune faisait pitié à voir. Les tentes étaient presque toutes brisées et avaient clairement été érigées à la hâte. Du matériel endommagé de toute sorte gisait dans tous les coins du campement, et les débris jonchaient le sol en raison du manque d'organisation.

Ça n'avait vraiment rien à voir avec les installations solides et à la fine pointe de la technologie dont l'armée de Frieza était fière et avait l'habitude de construire lors d'opérations de cette envergure.

Le Saiyan se tourna vers Abo, son énorme sourire contrastant fortement avec la mine déconfite des soldats qui restaient.

-On a vraiment besoin de moi à ce que je vois! dit-il en faisant rouler ses biceps pour les réchauffer.

Malgré la déchéance qui les entourait, Raditz jubilait. Il se foutait bien des troupes et du campement. Il n'en avait même vraiment rien à faire que cette mission soit un succès ou pas. C'était les ambitions de Frieza après tout, pas les siennes, ni celles de Végéta. Tout ce qu'il recherchait, c'était de mettre à profit ce pour quoi il était venu au monde; utiliser sa force brute et ses talents de combattant.

-Où sont ces faiblards d'Humain que je puisse leur régler leur compte? demanda-t-il à Abo sans prendre la peine de cacher son enthousiasme.

Abo l'observa un instant, avant de finalement plisser les yeux.

- Tu as l'air confiant. Je ferais attention si j'étais toi, le prévint-il.

- Pfff, s'esclaffa le Saiyan en rabrouant ses avertissements d'un geste désinvolte de la main. Je suis un guerrier. Me battre, j'ai ça dans le sang. J'ai pas besoin de ces armes à la con pour leur péter la gueule, moi.

- Je te déconseille de les sous-estimer, ajouta Abo d'un ton grave. Tu pourrais être surpris. Il y en a un en particulier qui risque de te donner du fil à retordre.

Raditz fronça les sourcils. Les Saiyans n'aimaient pas qu'on mette en doute leurs capacités, et il n'y faisait pas exception.

- C'est toi, petit homme, qui devrais faire attention de ne pas me sous-estimer, gronda le guerrier d'un ton menaçant. Tu veux que je te donne un avant-goût de ce qui les attend?

Le Saiyan se frotta le poing en guise d'avertissement, un sourire menaçant sur les lèvres. Abo recula d'un pas, conscient qu'il ne faisait pas le poids contre un combattant aussi puissant et aguerri que lui.

Satisfait de voir l'impertinent commandant se replier aussi facilement, Raditz baissa les bras et tendit la paume dans sa direction.

-Donne-moi un scooter pour que je puisse les localiser maintenant, ordonna-t-il.

Abo secoua vigoureusement la tête.

- Ça ne sert à rien. Les scooters ne fonctionnent pas avec eux, expliqua le petit homme bleu.

-Comment ça, ils ne fonctionnent pas?

Abo plaça ses mains sur son ventre, ses bras trop courts ne pouvant pas se croiser sur sa poitrine. Un air hautain sur le visage, il paraissait satisfait que l'ignorance de Raditz soit déjà mise en évidence.

-Ces guerriers ont la capacité d'abaisser leur énergie vitale à des niveaux négligeables. Tu ne serais même pas capable de distinguer leur Ki de celui d'une mouche, même avec un scooter.

Raditz ouvrit la bouche, si stupéfait qu'il en oublia son envie d'effacer l'air supérieur qu'affichait Abo avec son poing. C'était la première fois qu'il entendait parler d'une technique pareille. Lui, Végéta et Nappa étaient capables de faire fluctuer leur Ki, mais jamais il ne lui était venu à l'esprit de le réprimer à des niveaux indétectables. L'utilité de cette habilité faisait pourtant déjà ses preuves, puisqu'elle l'empêchait actuellement de traquer ses adversaires à sa guise. Il prit mentalement la note de leur en parler lorsqu'il rentrerait au vaisseau. Il serait intéressant de s'entraîner à développer une telle habileté, surtout lorsqu'on détenait une puissance aussi élevée et facilement détectable que la leur.

- Je fais quoi alors? demanda le Saiyan à court de solutions. J'ai pas été envoyé ici pour traîner des caisses et jouer le docteur, je t'avertis!

Abo haussa les épaules. Apparemment vexé d'avoir été la cible de menaces, il lui tourna le dos et se dirigea à l'intérieur de l'abri.

-Tu attires leur attention, répondit-il avant de disparaître sous la tente.

Raditz sourit malicieusement en entendant ces mots.

Attirer l'attention des Humains qui protégeaient la Terre? Abo n'aurait pas pu lui rendre la tâche plus facile.

Sans plus attendre, le Saiyan s'éclipsa donc bien haut dans les airs et se mit à la recherche de l'endroit parfait pour créer des remous. La Terre, avec ses conditions de vie clémente et son taux de reproduction et de survie élevé, était un caillou très densément peuplé. Les villes de grande envergure ne manquaient pas, et après avoir traversé l'étendue de plaines et de colline dans laquelle il avait atterri, il ne tarda pas à distinguer les formes rectilignes des constructions Humaines qui se dressaient vers le ciel.

Une fois arrivé à sa destination, Raditz s'arrêta en plein centre de la métropole. L'air était beaucoup moins pur ici, et le guerrier fit une mine dégoûtée lorsque l'odeur réchauffée de la surpopulation lui chatouilla le nez. Plus bas sous ses pieds, il pouvait distinguer les nombreux engins motorisés qui se déplaçaient sur les espaces pavés de noir, et qui dégageaient ce gaz sale et étouffant qui l'empêchait de bien respirer. Écœuré par la pollution qui en résultait, il se dit que ce qu'il s'apprêtait à faire rendrait finalement un grand service à cette planète.

C'est donc sans une once d'hésitation qu'il abaissa la main en direction du plus haut des bâtiments, et qu'il fit apparaître un orbe orangé grésillant dans sans paume. L'œil du Saiyan fut distrait une fraction de seconde par quelques Humains qui marchaient d'un pas décontracté dans les rues, inconscients du danger mortel qui flottait au-dessus de leurs têtes.

Puis, il relâcha l'énergie d'un seul coup.

L'explosion qui eut lieu une fraction de seconde plus tard souffla à travers toute la ville, et le chaos s'installa instantanément dans la paisible cité. Le building visé se transforma en brasier infernal. Les fenêtres des constructions avoisinantes volèrent en éclat. Les voitures qui roulaient trop près de l'épicentre furent renversées. De nombreux Humains se volatilisèrent d'un coup, leurs faibles corps soudainement vaporisés par la chaleur, alors que d'autres furent projetés à plusieurs mètres dans les airs par la déflagration. La détonation fut assourdissante, et sa force fit trembler le sol pendant que la lueur orangée qui avait logé dans le creux de la main du Saiyan un instant plus tôt se refléta dans le ciel clair.

L'assourdissant vacarme ne dura pas longtemps, et il fut rapidement remplacé par le ronflement paresseux des flammes qui engloutissaient la structure de métal. Un étrange silence s'installa, l'habituel boucan occasionné par la vie s'étant temporairement tu le temps de réaliser ce qui venait de se passer. Puis, la quiétude fut transpercée des cris d'horreur et de confusion qui s'élevèrent dans les rues.

Une mélodie parfaitement harmonieuse aux oreilles du Saiyan qui venait de prendre le rôle de chef d'orchestre.

Et maintenant, il ne restait plus qu'à attendre.

Immobile dans les airs, Raditz observa avec satisfaction l'anarchie qui était en train de s'installer. Il contempla l'idée de se laisser porter par sa nature et de descendre pour semer encore plus la terreur dans la ville, histoire de s'amuser une peu, mais il se ravisa bien vite. Déjà, il savait qu'il en avait trop fait. Les dommages qu'il venait d'infliger aux infrastructures lui attireraient probablement les foudres de son empereur, qui tenait mordicus à limiter les pertes.

Mais bon, il fallait s'y attendre un peu aussi. Après tout, on ne faisait pas appel aux services d'un guerrier Saiyan sans s'attendre à un peu de destruction et de zizanie.

La modestie l'ayant emporté, Raditz demeura toutefois en poste, flottant tranquillement au-dessus de la ville qu'il venait de massacrer. Il assista au film d'horreur qui se déroulait sous ses pieds avec désintérêt. L'absence de remords ne le troublait même plus, l'expérience lui ayant appris que ce genre de sentiment n'était jamais vraiment utile en temps de guerre. Des lézards ailés passèrent près de lui à la hâte, probablement effrayés eux aussi par le tumulte qui régnait plus bas. Les bêtes à la peau rougeâtre attirèrent son attention et son ventre se mit à gronder, Raditz se demandant pensivement si celles-ci feraient un bon repas.

Le Saiyan s'apprêtait à s'élancer dans leur direction pour le découvrir, lorsque ses plans gastronomiques furent soudainement interrompus par une voix qui s'éleva derrière lui.

-C'est toi le responsable de tout ça?

Raditz sursauta, ses sens aiguisés déjoués par la discrétion du nouveau venu. Instinctivement, il se maudit d'avoir oublié son scooter dans le vaisseau, puis se rappela qu'il ne lui aurait été d'aucune utilité de toute façon.

Il fit volte-face pour voir celui qui venait de parler, certain qu'il s'agissait de l'adversaire dont il cherchait à attirer l'attention.

Il éclata de rire en voyant à qui il avait à faire.

-Un Namek! Un simple Namek?! s'esclaffa-t-il.

Les antennes de la créature s'agitèrent en entendant la moquerie. Raditz lui, peinait à croire que celui qui avait défait aussi facilement les troupes de Frieza n'était qu'un gnome à la peau verte. D'accord, il devait avouer que pour un Namek, la stature de ce spécimen était particulièrement imposante. Mais tout de même… ceux-ci étaient loin d'avoir la fibre combattante des guerriers Saiyans.

La victoire serait facile.

Et cette éventualité accentua l'hilarité de Raditz.

-On peut savoir ce qui te fait autant rire? dit alors une deuxième voix à sa gauche.

Cette voix, légère, innocente, presque amusée, ne le fit pas sursauter. Raditz savait, grâce aux informations qu'Abo lui avait procurées, que la résistance aux troupes de l'armée des Cold était créée par une poignée d'individus. Il s'était attendu à ce que le Namek ne vienne pas seul.

Il pivota la tête sur le côté pour voir son deuxième adversaire.

Et c'est là que la surprise le rattrapa.

Si Abo avait vu juste en lui disant que la résistance était composée de plusieurs personnes, il s'était trompé sur toute la ligne en affirmant qu'il s'agissait d'Humains. Car même si ce deuxième opposant aurait facilement pu passer pour un Humain, Raditz savait qu'il n'en était pas un.

Une taille imposante. D'innombrables muscles découpés au couteau. Une peau épaisse, résistante, presque cuirassée. Des yeux noirs et exceptionnellement réactifs. Et des cheveux de la même couleur.

Et dont la tignasse lui était drôlement familière.

En voyant son second adversaire, Raditz sentit un poids s'installer dans le creux de son estomac, et le nom de son paternel manqua de s'échapper de ses lèvres entrouvertes.

Mais il se ravisa à la dernière seconde, réalisant soudain l'identité de son opposant.

Devant lui, n'était pas un Humain. C'était un Saiyan.

Devant lui, n'était pas son père. C'était Kakarot, son frère.